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Jérôme Nodenot, chasseur d'étoiles oubliées

Du côté des gallicanautes
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3 mai 2018

Comment choisir parmi tous les romans numérisés dans Gallica ? Pour trouver votre prochaine lecture, laissez vous guider par Le Gallicanaute des naines brunes et noires, Jérôme Nodenot, auteur d’un blog littéraire mettant en valeur auteurs oubliés et inconnus.

Bonjour Jérôme Nodenot. Pouvez-vous nous parler un peu de vous ?

Je suis né et j'ai passé mon enfance dans le Gers, avant de faire des études de Lettres Modernes à Toulouse. Et comme, on le sait, les études de Lettres mènent à tout, je suis devenu par la suite pizzaïolo, au point d'avoir aujourd'hui ma propre pizzeria, dans une petite ville de l'agglomération toulousaine. Sinon, en terme de profil, je suis d'abord et avant tout, depuis toujours, un grand passionné de lecture. Si je suis un Gallicanaute aujourd'hui, c'est surtout parce que j'ai trouvé avec Gallica une nouvelle manière, originale et jubilatoire, de vivre cette passion pour la lecture.
 
Comment avez-vous découvert Gallica ?

A l'époque, à Toulouse, en allant chercher mon pain je passais tous les soirs devant la plaque de ma rue et je lisais : "Jean Viollis, écrivain". Je ne le connaissais pas, et un jour j'ai eu la curiosité de regarder sur internet. Impossible de trouver son œuvre dans le commerce, mais par contre j'ai découvert un lien vers Petit Cœur, roman de Jean Viollis. Voilà comment, grâce à Gallica, j'ai pu lire immédiatement et gratuitement un livre du gars qui donnait son nom à la rue que j'habitais. Ensuite, de fil en aiguille, j'ai surfé de plus en plus sur la bibliothèque numérique, et j'ai découvert en parallèle l'équipe Gallica sur les réseaux sociaux, qui, en fédérant une sorte de communauté autour d'elle a joué un grand rôle pour moi. J'ai découvert un monde fascinant, celui des bibliothécaires. L'ensemble a fait que peu à peu, surtout à partir de fin 2013 lorsque j'ai ouvert mon blog, je suis devenu un geek du monde de la Bibliothèque. Marcel Proust écrivait dans Le Temps retrouvé :

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature"

C'est un peu dans la même optique que je considère désormais le monde de la Bibliothèque comme une sorte de "vrai monde".

Comment votre blog Le Gallicanaute des naines brunes et noires est-il né ?

Lorsque j'ai lu Petit Cœur de Jean Viollis, j'ai ressenti un plaisir de lecture nouveau, très jubilatoire. Et je me suis rendu compte que le monde de la Bibliothèque était rempli de Jean Viollis, d'auteurs complètement oubliés ; d'ouvrages sur lesquels il n'existe pas le moindre commentaire, par exemple sur internet. Je me suis dit alors que je pourrais prolonger et partager le plaisir de dépoussiérer ce patrimoine oublié, via un blog. Me constituer une bibliothèque très originale tout en faisant "exister" mes trouvailles sur internet. En un mot, joindre l'utile à l'agréable. Le principe est très simple : je lis un livre et je le commente sur mon blog, en en donnant quelques extraits. En réalité je n'ai rien inventé, c'est un peu ce que faisaient les bibliophiles du XIXe siècle, comme par exemple Charles Nodier. Voilà ce qui est formidable aujourd'hui : tout le monde, depuis chez soi, peut jouer au petit Charles Nodier, en "sauvant" de l'oubli et en valorisant sur internet des ouvrages qui mériteraient d'être encore lus de nos jours (comme par exemple La Seule Nuit d'Adolphe Retté ou  La Femme jaune de Camille Delaville, entre autres dans ma petite bibliothèque), ou même des textes plus insolites, ce que Nodier appellerait des "petits rogatons" (dans ma bibliothèque, par exemple Le Caractère par le prénom par A. de Rochetal, ou bien encore Voyage sous les flots d'Aristide Roger).

Comment avez-vous choisi ce titre ?

Comme je disais je suis un geek du monde de la Bibliothèque, et quand je parle de Gallica c'est souvent en employant des métaphores, peut-être un peu "bateau", mais je ne peux pas m'en empêcher. Pour le titre du blog, par exemple, j'imagine Gallica comme une galaxie dont les auteurs classiques sont les stars, mais qui comme toutes les galaxies est constituée également d'autres étoiles, certaines qui ont brillé très fort et qui aujourd'hui sont mortes, ce sont les naines noires (des auteurs oubliés), et d'autres encore, les naines brunes, qui sont des étoiles ratées, qui n'ont jamais réussi à briller (des auteurs qui n'ont jamais vraiment connu de notoriété). Voilà pourquoi le blog s'intitule Le Gallicanaute des naines brunes et noires.

Comment utilisez-vous Gallica dans le cadre de vos recherches ?

Gallica est à mes yeux un grand espace de liberté. De toute façon je lis véritablement tous les ouvrages que je commente sur mon blog, et je n'ai pas autant de temps que je voudrais pour le faire. Du coup mon travail est celui d'une fourmi, même si dans le meilleur des cas je vis encore pendant trente ou quarante ans je serai loin d'avoir lu le cinquième de tout ce qui se trouve sur Gallica. C'est pourquoi le hasard est un élément essentiel de ma démarche, ça lui donne même un petit côté métaphysique : je tape un mot dans le moteur de recherche, en fonction de mes envies du moment, et je me laisse dériver au gré des suggestions. Je suis dans ma petite barque flottant sur les eaux calmes du grand océan Gallica ; quand je vois une île qui pourrait m'intéresser je la parcours rapidement, et si elle me plaît vraiment et que je vois que personne encore n'en a parlé, j'y plante mon petit drapeau et je la fais exister sur la grande carte internet. Le seul effort que je m'autorise est celui d'affiner mes recherches en limitant la période de publication au XIXe siècle ; pour le reste, je ne suis qu'un dilettante, un tout petit navigateur qui écrit son carnet de voyage, mais cela me plaît et ce n'est pas si inutile.

Avez-vous une anecdote concernant un document découvert dans Gallica ?

Oh, ce n'est pas vraiment une anecdote... c'est bien plus que ça : j'ai découvert dans Gallica toute une catégorie de documents, qui sont devenus aujourd'hui, en tant que lecteur, un de mes genres littéraires préférés ! J'appelle moi-même ces ouvrages des "livres-promenade". Les bibliophiles, en particulier à partir du XIXe siècle, aimaient posséder des livres mais aussi, pour certains d'entre eux, en parler. Sous forme de revues, comme par exemple Le Bulletin du bibliophile, mais aussi à travers des ouvrages constitués de courtes notices, souvent captivantes, sur des textes oubliés. Ces livres me donnent l'impression, quand je les lis, de flâner, de me promener dans le monde de la Bibliothèque. Parmi mes préférés, on trouve bien sûr les Mélanges tirés d'une petite bibliothèque de Charles Nodier, mais aussi Catalogue des livres composant la bibliothèque poétique de M. Viollet Le Duc (il s'agit du père du grand architecte, c'était un littérateur et cet ouvrage est remarquable, bien plus qu'un catalogue), Les Fous littéraires de Gustave Brunet, Le Livre des singularités de Gabriel Peignot, etc. C'est un peu ce genre de littérature que j'essaye de produire moi-même avec mon blog, modestement bien sûr. C'est surtout le genre de littérature que tous les passionnés qui aiment lire et commenter des ouvrages sur internet pourraient faire désormais, ce n'est plus réservé à une élite ! Être un Gallicanaute tout en faisant un peu ce que faisaient les bibliophiles du XIXe, c'est aller de l'avant en s'inscrivant dans une continuité ; n'est-ce pas là tout le sens de la vie ?

Charles Nodier, gravure sur bois.

Quelles sont vos autres utilisations de Gallica ?

J'utilise aussi Gallica pour plein d'autres raisons que mon activité principale, et qui tournent toutes autour d'une même motivation : les réseaux sociaux, en particulier Twitter. Stimulé par l'équipe Gallica ou par d'autres Gallicanautes, j'ai toujours envie de partager mes trouvailles (photos, #UnesDuJour100ans, epubs, etc.). J'invite vraiment les frileux à venir s'amuser un peu avec nous, parce que c'est aussi ça, Gallica.

Qui est susceptible de vous aider à découvrir de nouvelles sources ?

Je m'intéresse en amateur aux archéologues littéraires professionnels ; des personnes qui sont exactement comme moi, mais dont la barque est équipée d'un gouvernail, d'une voile, et qui surtout possèdent une carte détaillée de l'océan sur lequel on navigue. Des érudits, dont je m'inspire parfois, comme Roger Musnik qui tient ici même une rubrique sur les écrivains populaires du XIXe siècle, ou encore Eric Dussert, avec son Alamblog ; comme ces bibliothécaires qui écrivent des articles ici aussi, sur le blog Gallica, toujours très inspirants, et instructifs pour les amateurs. J'en profite pour faire passer le mot : continuez, vous êtes nos phares !

Des projets en cours ?

Si d'autres personnes font un peu la même chose que moi, même de manière plus occasionnelle, ou si certains passionnés qui aiment lire et commenter des livres sur internet sont inspirés par ma démarche, nous pourrions peut-être construire quelque chose ensemble. Je serais même prêt éventuellement à dépersonnaliser mon blog pour l'ouvrir à d'autres collaborateurs.

Le mot de la fin ?

Je tiens à remercier l'équipe Gallica qui m'a permis de m'exprimer ici, et pour ce beau cadeau de pouvoir être CM d'un jour, moi qui suis passionnément le compte Gallica sur Twitter depuis longtemps déjà. Je suis très fier d'être un Gallicanaute, je me qualifie même de "Pionnier-Gallicanaute" ; nous tous, d'ailleurs, qui vivons aujourd'hui, nous sommes des Pionniers-Gallicanautes ! Depuis le personnel de la BnF qui s'occupe de Gallica jusqu'à un petit pizzaïolo de la région toulousaine, en passant par tout le monde, nous avons la chance, tous ensemble, de construire les débuts de la plus grande bibliothèque numérique du monde, et ça, c'est un privilège vraiment excitant, dont je souhaiterais que nous prenions conscience.

Retrouvez Jérôme Nodenot :

Vous aussi vous utilisez Gallica pour un projet qui vous tient à cœur et vous souhaiteriez en parler sur le blog Gallica ? N’hésitez pas à nous contacter à gallica@bnf.fr en mentionnant "Billet Gallicanautes" dans l’objet de votre message.

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