Michel Liénard et l’ornement au XIXe siècle

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Publié par Sophie Derrot le 3 avril 2015 dans Collections

Au XIXe siècle, le monde de l’ornement est florissant. Plus encore qu’aux siècles précédents, des recueils spécifiquement dédiés à l’art décoratif et à l’ornement paraissent, souvent autour d’un thème, d’un style ou du travail d’un artiste. Il est fréquent qu’un sculpteur qui dessine lui-même des motifs publie de tels ouvrages, afin de faire connaître son talent d’ornemaniste. Michel Liénard est de ceux-là, comme l’illustrent les Spécimens de la décoration et de l’ornementation au XIXe siècle, parus en 1866 et disponibles dans Gallica.

 

M. Liénard, "Les sept péchés capitaux", pl. A. 29 des Spécimens, 1866.
M. Liénard, "Les sept péchés capitaux", pl. A. 29 des Spécimens, 1866.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Ce recueil apparaît comme un résumé de la carrière et des talents de dessinateur de Liénard. Lorsqu’il paraît en 1866, Michel Liénard (1810–1870) est à la fin de son parcours – il mourra, quatre ans plus tard, épuisé par une vie de travail très dense. Riche de 125 planches lithographiées réparties en trois volumes, cet ouvrage couvre presqu’exhaustivement tous les champs d’action du sculpteur. Il est publié par le principal éditeur de Liénard, Charles Claesen, un Belge fixé à Liège mais qui possède également des maisons à Paris et à Berlin, permettant une diffusion de ses ouvrages à l’échelle européenne. Claesen, qui est aussi lithographe, se fait une spécialité de l’estampe de décoration et d’architecture, publiée en grands formats qui sortent d’abord en livraisons puis en recueils.

Avec les Spécimens, il s’agit réellement de donner un aperçu de la production et de l’imagination d’un artiste très prolixe. Participant pleinement de l’art décoratif du milieu du siècle, Liénard a surtout travaillé les styles néo-gothique et néo-Renaissance. Doté de nombreux appuis dans les sphères de la noblesse et de la haute bourgeoisie qui l’emploient pour leurs hôtels et leurs chapelles, il réalise des meubles uniques et précieux, avec la maison Grohé notamment, ou bien des pièces d’orfèvrerie raffinées, comme celles de François-Désiré Froment-Meurice. Mais Liénard s’intéresse également à l’art industriel ; il dessine par exemple de nombreux modèles de pièces de fonte pour les fonderies du Val d’Osne et nombre de ses fontaines monumentales sont encore en place aujourd’hui de par le monde.

M. Liénard, « Cheminée : fragments historiques de la Renaissance », pl. B.8 des Spécimens, 1866.
M. Liénard, « Cheminée : fragments historiques de la Renaissance », pl. B.8 des Spécimens, 1866.

Dans la préface des Spécimens, Claesen, en bon éditeur, déploie une rhétorique magistrale pour mettre en valeur la nouveauté de l’ouvrage, le caractère rare et indispensable de son apport à l’art contemporain. S’il est vrai que beaucoup d’ouvrages paraissent en lien avec des réalisations des siècles passés, comme les photographies de l’Alhambra par les frères Bisson, il est cependant d’assez mauvaise foi de souligner la rareté de ce type de recueil : le Recueil de décorations intérieures de Percier et Fontaine, publié en 1812, est un succès, et le style néo-Renaissance fait ses premier pas dans l’Album de l’ornemaniste d’Aimé Chenavard en 1845. La somme que Claesen publie avec Liénard tire cependant son caractère impressionnant de ce qu’elle mêle inventions et réalisations, dans des secteurs d’activité très divers : sculpture architecturale, décoration intérieure pour les sphères privées ou publiques, mobilier, purs ornements, compositions fantaisistes. Liénard y assume ses compositions inspirées de la nature comme ses modèles historiques, lui qui s’est nourri du bestiaire gothique et des monstres maniéristes tout autant que des compositions équilibrées de la Renaissance. Dès le sommaire, les titres des gravures indiquent souvent le style que la composition est censée suivre (« Frises : genre Louis XVI ») et les artistes qui ont inspiré Liénard sont fréquemment cités (« Couronnement de lambris : genre Dietterlin »). Cette diversité d’inspiration se reflète dans chacun des quatre frontispices.

M. Liénard, « Cartouche et coins : genre néo-grec », pl. C16 des Spécimens, 1866.
M. Liénard, « Cartouche et coins : genre néo-grec », pl. C16 des Spécimens, 1866.

Liénard et Claesen travaillent ensemble à cinq reprises, soit pour des ouvrages collectifs soit pour des ouvrages uniquement dédiés au travail du sculpteur. Celui-ci fait en effet partie de ces artistes assez féconds pour pouvoir publier des recueils qui leur sont exclusivement dédiés, à l’instar de Eugène Prignot ou de Martin Riester. Avant les Spécimens, Claesen avait publié des planches de Liénard dans un recueil dédié à l’ornementation des armes, paru avant 1855. Il continuera à publier des œuvres de Liénard après la mort de l’artiste, comme ce qui peut paraître comme une suite des Spécimens, le Portefeuille de Liénard, en 1872, avec l’aide du fils et du gendre du sculpteur, Paul Liénard et Alfred Doussamy.

Les Spécimens sont sans aucun doute le recueil le plus courant des œuvres de Liénard et celui par lequel sont nom a subsisté. Largement diffusé – il paraît d’abord à Liège, est réédité à Paris après la mort de l’artiste puis se trouve distribué jusqu’aux États-Unis –, il s’attache rapidement au nom du sculpteur. Il s’agit d’ailleurs de l’ouvrage le plus largement conservé dans les collections des bibliothèques, alors que les traces de ses autres estampes sont particulièrement difficiles à trouver.

Sophie Derrot - Département du Dépôt Légal

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