Fourier, le fouriérisme et les fouriéristes

0
Publié par Laurent Portes le 1 janvier 2013 dans Collections

La pensée de Charles Fourier (1772-1837) trouve une place de choix sur Gallica puisque ses œuvres, comme celles de ses disciples, y sont abondamment représentées.

Fourier : [estampe]

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530064966/f1.item

D’abord par les éditions de ses principaux traités parues de son vivant, à commencer par la très rare édition originale de la Théorie des quatre mouvements et des destinées générales (1808), où il annonçait ses intuitions fondamentales, qu’il ne fera que perfectionner dans ses livres ultérieurs , auxquels ses contemporains n’accordèrent que peu de cas. Il est vrai que des titres souvent étranges étaient bien mal faits pour en assurer le succès commercial : que ce soit La Fausse Industrie morcelée, répugnante, mensongère, où, en économiste politique, il démontait avec lucidité les mécanismes du capitalisme naissant, ou Le Nouveau Monde industriel et sociétaire (1829), où il se livrait à une analyse des passions individuelles, dans lesquelles il voyait le ressort le plus puissant du développement commun.
C’est la presse qui assura la propagation la plus large de ses théories : d’abord l’éphémère Réforme industrielle ou Le Phalanstère (1832), puis La Phalange (1836-1849), qui se fixèrent le but de donner des applications pratiques à ces idées, en un mot de bâtir le « Phalanstère », de le faire passer de l’état de théorie de la société à celui de bâtiment harmonieux.
« L’école sociétaire », nom officiel associant les disciples de Fourier, était née. Elle regroupa, jusqu’à la fin du XIXe siècle, un nombre important de continuateurs de sa pensée : on pense bien sûr à Victor Considérant (1808-1893), devenu représentant du peuple en 1848 et maître d’œuvre d’une tentative de colonisation phalanstérienne au Texas. Il en était de plus méconnus, ou méconnues (puisque les femmes occupèrent dans ce mouvement une place de choix que leur siècle était loin de leur accorder d’ordinaire) : Zoé Gatti de Gamont, dans un Fourier et son système, se faisait l’interprète du maître, tandis que Clarisse Vigoureux, dans Parole de Providence, le présentait comme le « révélateur de la loi des destinées »
Pendant des décennies, la « Librairie de l’Ecole sociétaire » et la « Librairie phalanstérienne » proposèrent ambitieux traités comme plus modestes plaquettes : le premier livre de François Cantagrel Le Fou du Palais-Royal, riche exposé d’une pensée certes paradoxale, mais pas insensée, fait partie des premiers, tandis que fait partie des secondes le véritable hymne qu’Henri Brissac consacre aux Femmes. Enfin, témoin de la persistance tout au long de ce siècle de ce courant de pensée, la publication, en 1894, de cet Historique de l’Ecole sociétaire fondée par Charles Fourier, dû à Hippolyte Destrem (1816-1894) et à Adolphe Alhaiza (1839-1922) .
Parfois victimes en leur temps de moqueries inspirées par l’incompréhension de leurs idées sociales hardies, et, il est vrai, de leurs provocations, les fouriéristes, comme leur inspirateur, recueillent aujourd’hui l’attention de ceux qui voient en eux des représentants du « socialisme romantique ».

Laurent Portes - direction des Collections, département Philosophie, Histoire, Sciences de l'Homme
 
Publié initialement le 2 août 2012.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.