56 FLEURS D'ADULTERE celle d'un morne désespoir; le front entre les mains, il songe, il médite. Use rappelle cette compagne qui n'a pu supporter les horreurs de la captivité; il évoque par le souvenir les grandes solitudes qui l'ont vu naître, la foret profonde qui a été le berceau de son enfant. Tout jeune, il s'est trouvé en face de la nature, sous les épais feuillages qui l'abritaient des rayons du soteil. Oh les beUes nuits étoilées sous le ciel transpa- rent où la lune jette un tel éclat que les fleurs apparaissent avec toute la vivacité de leurs cou- leurs 1 L'homme des bois revoit les grands lacs et les ibis roses, les plantes' des tropiques, do.tt les feuilles s'étalent comme des dômes; les arbres gigantesques, ces clochers de la solitude; tes ro- chers d'où l'eau retombe en cascade, et le fleuve rapide où il se jouait le matin. OU sont les oi- seaux aux ailes rouges et au ventre bleu qui chantaient au-dessus de sa tête? Où sont les ga- zelles qu'il voyait courir devant sa hutte? et les fruits savoureux qu'il cueillait en étendant la main? L'homme des bois regarde autour de lui un bouge obscur, des barres de fer, une odeur nau- séabonde et, à ses pieds, des singes bizarrement accoutrée qui ont donné vingt sous pour assister à son humiliation et à sa douleurl Les mâles ont sur la tète une coiffure inexpli- cable, semblable a une rondelle coupée dans une