M!AYS 5 ti) nauséabondes, les émanations écoourantes, repoussantes, des poissons morts. des détritus putréfiés que ballottent les flots. Ils se résignent a boire l'eau du lac fétide, mauvaise, corrompue par ces résidus, par !ca immondices des agglomérations humaines. Les procédés de cette pcchc sont assez primitifs et seraient susceptibles de maints perfectionnements. A la nuit, sur les indications d'un vieux pécheur cambodgien familiarisé avec les mœurs et les habitudes de la gent aquatique, chaque équipe va Investir, cerner au dépourvu les bancs de poisson que révèlent les bulles, le frisson, le léger mouvement des ondes; elle lance, à la lueur des torches, ses mets autour de cette masse grouillante, resserrant le cercle pour l'acculer dans une sorte de petit enclos de pieux et jeter ensuite les prises dans les barques. Au jour les hommes se reposent pen- dant que les femmes et les enfants vident, salent et étendent sur les claies le poisson qui doit sécher au soleil. Plusieurs patrons s'associent quelquefois, réunissant bout à bout leurs grands filets et se partageant le butin. Dès que la crue recommence à élever le niveau des eaux, toutes ces colo- nies temporaires se dispersent, abandonnent le lac qui redevient désert et silencieux. Une partie du produit de cette pêche est consommée dans le Cambodge. Huit millions de kilogrammes, valant dans le pays deux millions de francs, sont annuellement exportés et vendus aux divers marchés de l'Extrême-Orient. Le riz aquatique. Une sorte de riz sauvage aquatique croît sponta- nément en certaines parties du Grand Lac, notamment à. ses deux extré- mités, ainsi que dans quelques-unes des plaines noyées qui 1 environnent. A l'époque des basses eaux, ses jeunes pousses sont mangées par les troupeaux de buffles. Mais dès que commence la crue, les tiges montent avec autant de rapidité que l'inondation, émergeant continuellement leurs cimes et prolon- geant leurs racines à dix, douze mètres de profondeur, davantage s'il le faut: leur champ mobile suivant les variations du niveau des eaux sans jamais se laisser noyer. La baisse des eaux permet de récolter ce riz à peu près à pied sec dans les plaines des environs où cette moisson se Mt en commun d après de vieux usages locaux. Sur le lac même, ce sont les pauvres gens qui vont le recueillir, inclinant les épis sur leurs pirogues qui glissent entre les toufïes et frappant la plante a coups de bâton. Une bonne partie des grains tombe à l'eau et ensemence le champ pour l'année suivante.