A L'HISTOIRE DE CAYENNE XXIII n y aura peut-être bien des hommes de bonne foi qui, en lisant ces lignes, s'écrieront: Mais votre Guyane est un gouffre affreux! La France y a, sans profit, entoui en tout temps des centaines de mil- lions son climat dévorant est un obstacle insur- montable à toute tentative sérieuse de colonisation. Ce qu'il y a de plus sage à faire est de la rendre aux jaguars ët aux crocodiles, en s'abstenant de sa- crifier désormais un seul homme ou un seul écu à ce minotaure. Voici la réponse, que ne peut faire sans quelque rougeur au front un ami sincère de son pay s Non, ce n'est pas le champ qui est infertile ou empesté: c'est le propriétaire qui toujours s'est montré im- prudent, léger et inhabile, ou qui n'a pas suffisam- ment profité de l'expérience du passé. Par une sorte d'ironie du sort, notre domaine est placé entre ceux de deux des plus petits peuples de l'Europe, les Po tugais et les Hollandais; le reste du littoral de la Guyane est aux Anglais ou dépend de la Colombie; t notre frontière du sud, les Por- tugais ont fondé l'immense empire du Brésil, qui se développe et fe consolide chaque jour; à notre frontière du nord, les Hollandais ont créé la ma- gnifique colonie Surinam; les Anglais, auxquels
les traités de i8H ont assuré leur petite part de la