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Title : Comment j'ai fait mon "Dictionnaire de la langue française" (Nouvelle édition, précédée d'un avant-propos) / par É. Littré

Author : Littré, Émile (1801-1881)

Publisher : C. Delagrave (Paris)

Date of publication : 1897

Contributor : Bréal, Michel (1832-1915). Éditeur scientifique

Subject : Littré, Émile (1801-1881). Dictionnaire de la langue française

Type : monographie imprimée

Language : French

Format : 1 vol. (VIII-47 p.) ; in-18

Format : application/pdf

Copyright : domaine public

Identifier : ark:/12148/bpt6k81576g

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-X-8231

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30824710c

Provenance : bnf.fr

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Title : Comment j'ai fait mon "Dictionnaire de la langue française" (Nouvelle édition, précédée d'un avant-propos) / par É. Littré

Author : Littré, Émile (1801-1881)

Url of the page : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k81576g/f27


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DE LA LANGUE FRANÇAISE 19

les miens, la perte de papiers égarés, l'incendie; ce fut °.
la guerre, à laquelle je ne "songeais pas, qui m'inter-
rompit.
.L'impression, commencée dans le dernier quart de 1859,
.finit en 1872. Elle éifra donc un peu plus de treize ans.
_En 1859, j'avais près de cinquante-neuf ans; en 1872,
soixante et onze. Cet espace de vie humaine, long à tout
.âge,*l'est relativement bien plus à la'fin -de l'existence.
Pourtant je le passai sans encombre et sans ralentisse-
ment. Mais l'inclémence du sort sévit par les événements
extérieurs; la guerre de 1870 me fit perdre un an tout
entier. Je me rends cette justice qu'en présence des dan-,
gers et des désastres de la patrie je ne conservai aucune
pensée pour l'interruption ou la ruine (car le pire était
en perspective) de mon œuvre. Mes préoccupations étaient
ailleurs. Hippocrate, qui fut ma première étude, nous
apprend qu'une douleur plus forte amortit une douleur
moindre. La douleur moindre fut le dictionnaire, et elle
fut amortie. En réalité, déduction faite de l'année de la
guerre, passée dans l'oisiveté de l'angoisse, l'impression
avait demandé douze ans.

L'intervalle des deux mois nécessaires à l'imprimerie
pour amener de l'état de copie à l'état de bon à tirer un lot
de mon manuscrit fut mon salut; car il me permit de
gagner sur elle. La condition du succès gisait en ceci que,
pour chaque intervalle de deux mois, la masse de copie
consommée par l'imprimerie serait moindre que la masse
de copie que j'aurais préparée et conduite à l'état satisfai-
sant. Cet état satisfaisant consistait à intercaler tous les f
matériaux qui étaient amassés ou qui s'amassaient au fur et
à mesure selon un plan déterminé, à me servir du dépouil-
lement de tous les dictionnaires patois que j'avais pu me
procurer, et à mettre à contribution plus que je n'avais
fait les vastes recueils de Lacurne Sainte-Palaye et de
Pougens, en un mot à transformer en texte définitif et

Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-X-8231

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