4 COMMENT j'Ai FAIT MON DICTIONNAIRE Je point dominant qui jne préoccupait et qui cadrait le mieux avec ma qualité d'érudit et mon titre de membre de l' académie des inscriptions. Je n'étais pas le premier qui eût conçu l'introduction de l'histoire en un lexique de la langue française. Voltaire en avait proposé une ébau- che en conseillant de citer, au lieu d'exemples arbitraires, dés phrases tirées des meilleurs écrivains. Mais surtout Génin, amoureux de l'ancienne langue, récommanda de remonter délibérément jusqu'à elle, et de ne pas craindre d'y chercher des autorités. Je m'appropriai et l'avis de Voltaire et l'avis de Génin. J'en composai un plan original qui fut bien à moi. J'étais le premier qui entreprenais dé soumettre de tout point le dictionnaire à l'histoire, exécu- tant l'œuvre, si j'avais force, patience et chance favorable. Voyez, en effet, ce qu'est la chance. Bien plus tard, et quand j'avais déjà commencé l'impression, j'appris indi- rectement qu'un savant homme, M. Godefroy, avait, lui aussi, songé à un dictionnaire historique de la langue fran- >- çaise et amassé des matériaux à cette fin. La nouvelle de l'avance que j'avais prise lui ôta tout espoir. A lui la chance manquait. Pourtant tout ne fut pas perdu. Ces amples lectures et sa riche collection d'anciens exemples fournis- saient sans peine de quoi faire un dictionnaire de la lan- gue d'oïl, lequel nous manque. Bientôt je fus en rapport' avec M. Godefroy, j.e donnai mon approbation à une telle entreprise; je le confirmai dans la persuasion qu'elle était fort désirée; j'exhortai, je pressai, j'alléguai maintes fois mon exemple et mes procédés. La mouche du coche, dira- t-on. Non pas tout à fait; car M. Godefroy m'a payé de ma peine en me dédiant son livre, dont la première livraison vient de paraître, enlevant ainsi à l'érudition allemande, qui s'y préparait allègrement, l'honneur de nous donner, à nous Français, un glossaire de notre vieille langue i 1. Le Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses d'-y | lectes du neuvième au quinzième siècle par Frédéric Godet'- } JilL