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faire venir six soldats aux gardes armés, lesquels furent bientôt suivis
de quelques autres. M. le Principal étant entre en Logique à ta teste
de cette troupe lorsque tout étoit fort calme, les soldats tirèrent t'épée,
et M'te Principal désigna ceux qu'il vouloit faire prendre. Ils se sai-
sirent de deux; mais il n'en resta qu'un entre leurs mains. Ils menèrent
ce malheureux dans l'appartement de Mr le Principal qui avoit des-
sein de lui faire donner te Met; mais tes soldats refusant leur minis-
tère pout cela, it lui fit ôter son justaucorps, et lui donna lui-même,
& ce qu'on dit, plusieurs coups d'une disc!p!inefaittede Après
ce traiMement, tes soldats le conduisirent comme un criminel l'épée
tirée, hors du collège, par la porte qui mène à celle de Saint Ber-
nard, n'ayant pour tout habit qu'une veste.
Cette scène s'étant passée en Logique, il voulut en donner une
seconde en Physique; mais tes physiciens qui avaient entendu le
bruict qu'on venoit de faire chez leurs voisins, se barricadèrent dans
leur classe, craignant qu'on en voulût aussi a quelques uns d'entre
eux. Ils avoient raison de craindre; car effectivement l'orage vint
fondre sur eux un moment après. M'te Principal se présenta avec sa
suite, commanda qu'on ouvrit la porte, ta voulut faire enfoncer,
trouvant de la résistance. Le professeur qui craigaoit qu'il n'y eût du
sang répandu si tes soldats entroient, parce qu'it tes voyoit animés et
résolus à se deffendre, tint bon la porte. On fit apporter une échetie
pour entrer par une croisée au dessus de la porte, ou it n'y a qu'un
chassis de papier. Un soldat des plus hardis étoit prest de jetter bas
le chassis pour se faire passage. Le tumulte était si grand que tes voi-
sins et tes passants s'attroupoient aux portes. Les uns étoient montés
sur tes piles de bois, et tes autres avoient mis la teste aux fenestres
pour estre témoins de ce tragique spectacle. Il seroit infailliblement
arrivé du malheur, si tes professeurs des autres classes qui furent
obligés de sortir, n'eussent contenu tes écoliers dans le devoir, et s'ils
n'eussent empesché t'exécution du projet de M'te Principal. Ils firent
retirer tes soldats, et ce ne fut pas sans s'attirer beaucoup d'insultes
de la part de ces gens la.
A la fin, Mt le Principal se rendit à la raison qu'il n'avoit pas voulu
écouter dans la première chaleur. On tui fit sentir qu'il perdoit en-
tièrement le collége par un tel procédé; qu'il y avoit des voyes plus
douces et de moindre éclat dont onseservoitdanst'Univers!té, quand
it s'agissoit de punir un ecolier. Nos remontrances produisirent l'effet
que nous en espérions. Il donna ordre aux soldats de s'en aller, pro-
mit aux physiciens qu'il ne leur feroit rien, et le trouble cessa de la
sorte.
La frayeur et la consternation de tous tes esprits, loin de diminuer,
redoubla par tes rénexions qu'on eut le tems de faire au danger auquel
avait exposé et tes maistres et tes disciples l'imprudence de leur chef
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-9890 (20)