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Titre : Correspondance. 6 / Stendhal ; [établissement du texte et préface par Henri Martineau]

Auteur : Stendhal (1783-1842). Auteur du texte

Éditeur : Le divan (Paris)

Date d'édition : 1933-1934

Contributeur : Martineau, Henri (1882-1958). Éditeur scientifique

Sujet : Stendhal (1783-1842) -- Correspondance

Type : monographie imprimée

Langue : français

Langue : français

Format : 10 vol. ; 15 cm

Description : Collection : Le livre du divan

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k6876x

Source : Bibliothèque nationale de France

Notice d'ensemble : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb421257234

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb372447848

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 15/10/2007

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LE LIVRE DU DIVAN

STENDHAL

CORRESPONDANCE (1821-1830)

VI

ÉTABLISSEMENT DU TEXTE ET PRÉFACE PAR HENRI MARTINEAU

LE DIVAN

37, Rue Bonaparte, 37


CORRESPONDANCE. VI 1



CORRESPONDANCE VI



STENDHAL

CORRESPONDANCE (1821-1830)

VI

PARIS

LE DIVAN

37, Rue Bonaparte, 3 MCMXXXIV



715.

A MADAME DEMBOSKI 1

To send the 3 Janvier 1821.

MADAME, trouveriez-vous inconvenant que j'osasse vous demander la permission de vous voir un quart d'heure, une de ces soirées ? Je me sens accablé par la mélancolie. Mon amitié sentira tout le prix d'une marque de bonté dont le public ne s'occupera certainement pas. Vous pourrez vous livrer sans danger à la générosité de votre belle âme. Je ne serai pas indiscret je ne prétends rien vous dire je serai aimable. Je suis avec respect. D.

1. Brouillon do lettre relevé sur les gardes de l'Histoire de la Maison d'Autriche (1218-1792), par William Coxe, traduit de l'anglais par Henry. 5 vol. 1809. Appartient à la Bibliothèque Doucet.

CORRESPONDANCE


716. A

A SIR WALTER SCOTT,

A EDIMBOURG 1

A la Poretta, le 18 Février 1821.

Monsieur,

S'IL vous convient de faire prendre à Paris les livres dont l'indication est ci-jointe, j'aurai trouvé un faible moyen de marquer ma reconnaissance de l'extrême plaisir que vient de me donner the Abbot.

Quel dommage que l'auteur n'ait pas eu à peindre le moyen âge de cette admirable Italie Il aurait trouvé les premiers pas de l'âme humaine vers la liberté. Au lieu de l'égoïste héroïsme de l'absurde féodalité, il eût trouvé sous ses pas la peinture de tout ce que l'âme humaine pouvait alors pour le bonheur de tous. Les idées étaient encore obscures et incertaines, mais les âmes avaient toujours

(1) Peut-être cette lettre n'est-elle pas parvenue à Walter Scott, car le manuscrit sur lequel on a pris cette copie est sans rature et porte la signature de Beyle. (Note de Romain Colomb,)


ici, en 1400, un degré d'énergie que, depuis, elles n'ont plus retrouvé nulle part. Malheureusement, pour se procurer la vision du moyen âge de ce pays, il faut s'enterrer au milieu de monceaux de parchemins poudreux qui, encore vers 1650, furent brouillés et gâtés exprès par les jésuites. Aucun écrivain n'a cherché à donner un recueil sincère d'anecdotes peignant les mœurs de cette époque. Quels ne seraient pas les transports de l'Europe si un homme comme l'auteur du Waverley lui révélait la vie de Cola di Rienzi, ou l'exil du premier Côme de Médicis

Pignotti (Storia di Toscana, Firenze, 1816, 9 vol. in-8°) peut servir de fil pour ne pas s'égarer au milieu des auteurs originaux qui, eux-mêmes, ne sont qu'une introduction aux manuscrits qui renferment la véritable physionomie des temps. Un guide agréable serait aussi le Famiglie illustri d'Italia, di Pompeo Litta, Milano 1820 Burchard, Journal d'Alexandre VI; Fiortifioca, Vita di Cola di Rienzi, etc.

Du reste, on prend la liberté de présenter les ouvrages mentionnés dans la note ci-jointe, non comme objets agréables, les principes politiques sont trop différents, mais comme signes de reconnaissance.


Les amis de l'auteur de Marmion doivent être d'excellents juges c'est pour cela qu'on a mis des doubles.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. H. BEYLE.

717. A

AU BARON DE MARESTE

[Milan] 23 Février [1821].

JE vous siffle de tout mon cœur de n'avoir pas eu l'esprit de m'écrire par l'aimable M. Hér[old] 1 avec lequel je viens de bavarder, une heure, musique. J'ai été enchanté de sa manière, mais son goût n'est pas le mien. Je suis rentré pour lire la brochure de B. Il y manque une phrase ou deux tapées ferme « Donnez sur le champ Tancrède, chef-d'œuvre seria de Rossini, la Pietra di Paragone, et l'Ilaliana, chefs-d'œuvre bouffes, plus les Orazi de Cimarosa. « Choisissez dans les 20 meilleurs opéras des auteurs ci-après, un air dans chaque opéra, et mettez cet air à la queue de vos 1. Le compositeur.


opéras, quand vous les aurez déjà donnés une fois. Glanez dans Piccini, Pachini, Paisiello, Cimarosa, Jomelli, etc., etc. Vous aurez ainsi une vision de la musique antique. »

B. ne vante pas assez la Schiassetti et il a tort de croire que l'on puisse avoir Mlle Mombelli à meilleur marché que Pasta et Cie, il faut 25.000 fr. Ce n'est pas Fesaroni, mais Pisaroni à cela près, je n'ai rien vu que de juste. Il est évident qu'il faut une grande salle 1.

Mme Belloc est horriblement laide, mais c'est probablement « in giornaia » la première actrice chantante d'Italie Mme Camporesi, maigre, froide, malheureuse, mortellement ennuyeuse, a de plus beaux sons dans les alti mais n'a pas i bassi de Mme Belloc.

Je vous ai écrit il y a quinze jours une lettre de 10 pages où je vous parlais de la touchante anecdote des Onfort à Gênes. Cela n'aura plus le charme de la nouveauté, mais c'est à quoi il ne faut pas songer, foutre non Je vais voir Chia.

Je suis mortellement ennuyé de l'Amour s'il faut refaire un manuscrit de toutes les notes indéchiffrables que j'ai fait jeter dans un sac il y a six mois, 1. Voir la lettre du 22 décembre précédent.


je suis mort. De grâce, allez rue J.-J. Rousseau, au Courrier de Strasbourg, lui demander un paquet gros comme 2 petits in-4°. Je ne puis croire que M. Pietro Sev[eroli] ait escamoté une chose aussi insignifiante. Peut-être l'a-t-il perdu, ce paquet en ce cas, je le prie de me le dire je verrai si je puis me résoudre à repêcher dans le fatras. Aussitôt reçu, donnezm'en avis et portez à Chanson.

Ecrivez-moi. Ecrivez. Ecrivez. Maintenez-moi dans la mémoire de Sel Gemme et de Maisonnette, hélas et pour cause. Nous attendons la Pucelle de Vigano s'il ne réussit pas, c'est un homme usé. La Tocci va alle slelle dans la Dame du Lac de Rossini, indignement transposé. La BeIIoc y augmente encore sa réputation. Rossini a dû être sifflé à Rome. avant-hier, 20 février, dans un opérabuffa. L'Arminio de P[avesi] est allé alle slelle à Venise, de compagnie avec le vieux Crivelli et la jeune Pasta, qui, pour ne pas gâter sa voix par des couches, la piglia in c.


718. A

AU BARON DE MARESTE

Milan, 27 Mars 1821.

JE me porte bien, mon cher ami, mais vous n'écrivez point à Kios. D'où vient la chute des fonds de 83 à 79 ? Si vous avez Love, scrivate mi subito and give to Chanson; my man of Strasbourg is uery honest. I understand not his conduct1. J'ai pensé à une chose Ecrivez directement in gour name to M. Fischer 2 « Monsieur, M. B[eyle] m'a envoyé par M. Pierre Severoli un paquet important pour moi. M. P[ierre] S[everoli] a mis ce paquet, à ce qu'il écrit, au courrier de Strasbourg, le 8 octobre 1820. Voici 5 mois et je ne reçois point ce paquet. Oserais-je vous prier, Monsieur, de faire vérifier 1° Si ce paquet à mon adresse a été mis au courrier le 8 octobre 2° où ce paquet s'est arrêté. Vous m'obligeriez infiniment, etc., etc. Mes compliments.

BESANC.

1. Si vous avez l'Amour, écrivez-moi aussitôt et donnez-le à Chanson mon homme de Strasbourg est très honnête. Je ne comprends pas sa conduite.

2. Fischer était directeur des postes à Strasbourg et le C" Severoli avait dû lui remettre le manuscrit de l'Amour.


J'aurais eighl pages to write upon the country of1 mon c. bête, niais. Cela ne vaut rien sans 8 pages de détails. Excepté the King, tout le monde dans la boue, mais all will go, malgré la bêtise atroce of lhe Chief. J'embrasse le Vicomte. All is changé in Lutèce, they say. Rappelezmoi à Maisonnette et à Sel Gemme. Write to me subito après avoir reçu Love, si vous le recevez.

Dites à Jombert de ne plus m'envoyer rien de politique nous avons payé 57 fr. et je n'ai pas reçu 200 pages. Mille amitiés à Lambert, à Smidt, à Annette. Perhaps, in a year, I will go to you. I shall send a Romantic to you 2.

719. A

AU BARON DE MARESTE

[Milan], Samedi soir, 1er Avril [1821].

I believe, my dear friend, that I have enfin took la plus pénible résolution in all my life, thal of coming back to Bruxelles's hotel. 1 have had, il y a quelques heures, a leller from Cularo, after 1. J'aurais huit pages à écrire sur le pays de. 2. Peut-être, dans un an, irai-je à vous. Je vous enverrai un Romantique.


what I should be mad if 1 did not take a parti. Rien au monde ne peut être plus pénible pour moi. I will have only three thousand for the remain of my life afler this year. I have an intention of going to Cularo, and I will wait there for three thousand, wilh what I shall make my enter in Lutece, somewhat in May. Say nothing of that to lhe Viscount1, pour n'être pas ridicule, si je n'ai pas la force de soutenir cette résolution.

Before asking 'lis necessary lo know what is to be asked 2; ouvrez donc les yeux en mon honneur et voyez ce que je pourrai ask with one apparence of succès. Voyez par Sel Gemme. Je ferai tout ce qui sera nécessaire. Vous sentez bien 1° Oue tout est relatif 2° que vous vous déplairiez peut-être fort ici mais 3° que pour moi, c'est le plus grand des sacrifices. Après celui-là, on peut faire tous les autres. Rien n'est plus plaisir pour moi in Lutèce. I would write to you ten pages que vous 1. Je crois, mon cher ami, que j'ai enfin pris la plus pénible résolution de toute ma vie, celle de revenir à l'hôtel de Bruxelles. J'ai reçu, il y a quelques heures, une lettre de Cularo après quoi je serais fou si je ne prenais pas un parti. J'aurai seulement trois mille après cette année pour le reste de ma vie. J'ai l'intention d'aller à Cularo et j'attendrai là les trois mille avec lesquels je ferai mon entrée à Lutèce environ en mai. Ne dites rien de cela au vicomte.

2. Avant de demander, il est nécessaire de savoir quo demander.


liriez avec plaisir, but 'fis impossible. Quand on se gêne, on ne sait what to say, donc je finis. Dites-moi que vous avez reçu cette lettre. Vous sentez que quand on se fait couper la jambe, on ne marchande pas sur les détails.

Donc, immédiatement after having got the money in Cularo, (je vends 14.000 fr. à recevoir après la mort de 4 personnes de 65 ans, pour 6.500 fr.) I will immedialely go to M. Petit's 1. Si, par impossible, il y avait quelque chose de pressé, que [vous ayez] la probabilité of having somewhat d'avantageux en me pressant, write and I go. Mille amitiés au Vicomte, à Lambert, à Smidt, à Annette. Have you had a leller from lhe 27th March 2?

Rien de bon en musique. La Pasta part, demain, pour aller passer sept mois à Paris. Les vrais amateurs en parlent ici très diversement. Le bon, pour elle, c'est que sa mère a hérité de 200.000 fr. Probablement, la Schiassetti eût mieux fait votre affaire. On a été injuste envers cette charmante fille, dans une brochure. Le premier acte de la Jeanne d'Arc de Vigano est divin, le reste embrouillé et 1. Après avoir reçu l'argent à Cularo (.) j'irai immédiatement chez M. Petit. Rappelons que M. Petit tenait à Paris l'hôtel de Bruxelles.

2. Avez-vous eu une lettre du 27 mars.


ennuyeux. Mais que dis-je divin il faut que je me corrige de ces mots en allant chez vous autres. Il faut que la conversation des gens d'esprit me dédommage de tout.

720. A

AU BARON DE MARESTE

[Milan], 2 Avril [1821].

send to the fire a letter just written to you. I will be with you somewhat toward lhe middle of May.

The hunger brings the wolf out of lhe forest.

My compliments to Maisonnette and Sel Gemme. Before acting 'tis necessarg fo know what is to be acted. Excuse me if I write insigni ficantly. I should have only three poor thousand per annum 1. ROWE.

1. Je jette au feu une lettre que je venais de vous écrire. Je serai avec vous vers le milieu de mai environ. La faim fait sortir le loup de la forêt.

Mes compliments à Maisonnette et à Sel Gemme. Avant d'agir il est nécessaire de savoir ce qu'il faut faire. Excusez- moi si je vous écris do façon Insignifiante. J'aurai seulement trois pauvres mille francs par an.


721. A

AU BARON DE MARESTE

[Milan, 14 Avril 1821].

JE ne sais, mon cher ami, si vous avez reçu mes lettres. Dominique will be with you in a month1. N'en dites rien au Vicomte, ni à personne. Il part avec le dernier regret pour essayer de Lutèce l'expérience faite, if he found nothing, he will reiurn gladly ai lidi amati2. Faites mes compliments à Sel Gemme, Maisonnette, Lamb[ert]. I think we will see curious things in France 3. Nous aurons diablement à bavarder sur la bêtise humaine. I know curious exemples. Ne m'écrivez plus. Voilà le seul mérite de la présente.

Dominique logera chez M. Petit.

Dupuy.

1. Sera avec vous dans un mois.

2. S'il ne trouvait rien, il sera content de retourner au rivages aimés.

3. Je crois que nous verrons de curieuses choses en France.


722. A

AU BARON DE MARESTE A PARIS Milan, le 7 Mai 1821.

ÉTAIS aussi fort en peine de la santé de ma pauvre mère lorsque j'ai reçu intacte votre lettre du 11 avril. Je vous ai écrit plusieurs longues lettres, ensuite deux ou trois plates comme celle-ci. M. Dominique est un original qui sera avec vous dans trente jours je serais fâché qu'il dût embrasser Besançon à travers la Manche.

La chute della Pielra di Paragone vous démontre ce que j'avance depuis cinq ans qu'un Parisien comme vous et un Italien tel que moi avons un goûl différent. De plus, chacun a le .bon go.ût, s'il parle sincèrement. Tout ce dont je puis vous assurer, c'est que la chute de Sigillara (nom d'amour donné à la Pietra) a produit un grand scandale dans Landerneau, et que le nom d'oreille de parchemin a été prodigué aux gens de bon goût par excellence. Sigillara, avec l'Italiana et Tancrède, portera le nom de Rossini à la postérité. Du reste il est drôle de dire, à propos de la Pietra, que Rossini se répète 1. La France.


c'est son troisième ou quatrième ouvrage. Vous avez pris les répétitions par la queue. Ne prenez jamais conseil de Dominique sur les choses qui doivent plaire à Paris en ce sens, il manque d'yeux il peut dire ce qui plaît généralement ici et ce qui lui plaît. Si je faisais une longue lettre, elle irait tenir compagnie à 8 ou 10 dont 4, au moins, de 10 pages, une de 15 sur la musique à Annette du Conservatoire. J'ai vu M. Hérold, que j'ai trouvé gentil, mais déjà diablement, je ne dirai jamais gâté, mais changé par l'air de la Seine. Le Français actuel me fait l'effet du singe. Donc, à vos yeux, je serai le lourd éléphant, e sempre bene1.

Les arts sont morts et enterrés. Nous avons ici Mercadante. C'est le seul maëstro qui se distingue un peu, avec Pacini. Le duo de Frédéric II est sublime pour moi. On dit qu'il l'a volé voilà la question. Le pamphlet était bien injuste envers la Schiassetti une grande lettre fut par moi écrite à proposifo 2.

Je me fais une fête de voir Maisonnette, Sel Gemme, et les bons amis Lambert, Vicomte, etc. Il faut que l'esprit et l'amitié me dédommagent des arts. Cela me semble difficile. J'ai toujours abhorré

1. C'est toujours bien. 2. A ce propos.


Voltaire, et l'esprit de Paris, c'est du Voltaire dans tous les formats.

Le premier acte de la Pucelle de Vigano, copie de Schiller, fut un chef-d'œuvre en son temps, et par moi à vous décrit, les quatre derniers actes plats. Ce grand homme bali fiera en août.

Mille choses aimables à nos amis sur lesquels je compte beaucoup. Je comptais beaucoup sur un honnête homme de 37 ans, qui portait le Loue. Il a écrit (je me suis procuré sa lettre et je l'ai sur mon bureau) qu'il avait envoyé le 8 octobre. Qu'y faire ? Mais je n'ai pas commis d'imprudence. Dominique n'attend que money pour voler vers vous. Mistress Lag. fait bien des compliments au Vicomte elle adore la belle Italie, a une loge où elle passe 4 heures chaque soirée, bouche béante, comme feu Dauchet.

Adieu, jusqu'au commencement de juin. Vous trouverez en lui un animal de plus en plus différent du Français aimable, et probablement aussi insupportable à vous que les Saint-Aubin et compagnie le sont à lui. ROBERT1. 1. A cette lettre était jointe cette adresse Madame Annette Questiène, rue Favart, n. 8, Maison Sureau et Petitbeau, Paris. Nous savons que cette Annette était l'amie du vicomte de Barrai qui habitait également au 8 de la rue Favart. Il est croyable que plusieurs de ces lettres à Mareste étalent envoyées sous le couvert de Barrai ou de sa maîtresse.


723

A M. BOIS, AVOCAT1

Milan, le 18 Mai 1821.

Monsieur,

n n'ai pas reçu de lettre depuis celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire à la fin de mars. J'approuve la vente proposée. Je vous ai adressé une procuration le 4 avril. Ne recevant pas de réponse, je vous ai adressé une nouvelle procuration le 2 mai. M. Rivier vous procurera un acquéreur si la chose ne convient plus à la personne proposée. Répondez-moi par duplicata sous le couvert de M. Robert. Versez quatre mille francs chez M. BartheIon, pour le compte de M. Robert.

Envoyez le reste à M. de Barrai, rue Favard, 8, maison Sureau, à Paris, en une lettre de change sur M. Flory ou 1. M. Bois, avocat, maison Castret, place Grenette, Grenoble.

Lettre relative à la succession de Chérubin Beyle qui fut liquidée par Pierre-Claude Bois, avocat. Le notaire était M. Rivier, et MM. Barthelon-Ailloud étaient banquiers à Grenoble. La maison Robert frères, de Lyon, avait une succursale à Milan Stendhal eut souvent recours & ses bons offices. (Cf. Henri Martineau L'héritage paternel de Stendhal, Le Divan, 1927.)


tout autre. La présente est la septième lettre que je vous adresse. Répondezmoi sous le couvert de M. Robert et priez M. Barthelon d'écrire à M. Robert dès qu'il aura touché les fonds que vous lui remettrez. Si vous n'aviez reçu aucune des deux procurations, faites toujours la vente, je vous enverrai une expédition nouvelle de la procuration. Agréez l'assurance de mes sentiments. H. BEYLE.

Nous attendons avec impatience des nouvelles de Mme Sophie1.

Pas de lettres depuis six semaines qu'une seule avec l'extrait de baptême qui avait deux mois de date.

724. A

AU BARON DE MARESTE A PARIS Milan, le 6 juin 1821.

MILLE amitiés à la Vicomtesse et au M Vicomte, et à Lambert. Donnez ce qui suit à Besançon, s'il est encore de ce monde.

1. Mme Sophie Gauthier, La Mme Derville des lettres à Pauline.


Je vois que vous n'aurez pas reçu la longue lettre que je vous ai écrite sur le succès d'Arminio, à Venise. Crivelli v était trop chaud musique sublime de Pavesi, je crois, qui depuis vingt ans ne faisait rien qui vaille. Paroles qui ont enlevé malgré les fautes de langue, il paraît qu'il y a du romantique. Cela va bien au nom de l'auteur, qui est simplement Dicdevaracovitz, jeune gentilhomme qui vit à Venise. Tout cela, orné de phrases convenables, a fait, dans son temps, une lettre de quatre pages. Si vous l'avez reçue, rappelez-vous toujours qu'il faut multiplier tous mes résultats par le rapport P. le goût de Paris divisé par le goût italien car je parle à des barbares qui ont sifflé Sigillara, qui est au Barbier ce que le Tartufe est au Cocu imaginaire. Comment va le voyage de Besançon en England ? Dominique serait bien piqué d'être obligé de débuter dans l'île de Barataria 1 sans le secours de son Mentor. Que penseront de moi les Malo renforcés et les Saint-Aubin en carrosse, si vous ne dirigez mes pas ? C'est cette énorme hypocrisie nécessaire qui me désespère. Je suis allé voir la retraite de Dominique sur le lac de Como j'y ai passé dix jours 1. Paris. Dominique, c'est Beyle lui-méme (Note de Romain Colomb).


avec ma sœur; if he has nothing at Lutèce c'est là qu'il viendra. Il voudrait déjà être hors de Paris c'est une expérience ennuyeuse, qu'il tente uniquement par respect pour votre prudence.

Enfin, je puis vous annoncer que la dislacco amaro 1 de Dominique aura lieu vers le 15 juin. Et vous le verrez le 23, si son bon génie vous a retenu de ce côté de la Manche. Pas de lettre de vous depuis celle de l'ami.

M. Levati a publié quatre volumes des Voyages de Pétrarque. Ce sont des extraits consciencieux, et surtout plats, des œuvres de Pétrarque. Cependant cela a un peu du mérite d'Anacharsis, il réussirait en Angleterre cela aura cinq volumes il en faudrait faire 2 dans l'Introduction. Comme je connais l'auteur, faites annoncer si vous le pouvez.

La charmante Schiassetti reste encore un an à Munich. Madame Pasta, chantant à la Française, chant heurté, aura dû plaire aux siffleurs de la Pielra di Paragone. Il fait un froid de chien en Suisse et probablement en France. Avertissez M. Petit pour une chambre 2.

AUGUSTE.

1. L'amère séparation.

2. Beyle allait quitter Milan, et nous savons par les Souvenirs d'Egotisme qu'il descendit à son arrivée à Paris chez M. Petit, à l'hôtel de Bruxelles 63, rue de Richelieu.


725.

AU RÉDACTEUR DE L'EXAMINER1 [18 Novembre 1821].

Monsieur,

J'ADMIRE fort votre façon de donner un compte rendu des pièces de théâtre. Votre article d'hier sur Miss Tree m'a ravi. Permettez-moi de rendre publique par votre intermédiaire une chose qui m'indigne.

En arrivant à Londres, j'ai vu affichée la représentation de Richard III et j'ai sauté de joie2. J'ai couru au théâtre de Drury-Lane et j'ai trouvé un mélodrame digne de la Porte Saint-Martin. Je me suis imaginé être au ThéâtreFrançais, à la représentation d'Adélaïde du Guesclin ou de Mithridate. Le héros fait remarquer sans cesse qu'il est un grand homme et d'autres en disent autant de lui, mais rien ne se passe sous les veux du spectateur, qui lui fasse croire que Richard qu'il voit devant lui, si bien 1. Cotte lettre a paru, en anglais, dans l'Examiner du 26 novembre 1821. Nous la reproduisons Ici d'après la traduction française qu'en a donnée Miss Doris Gunnell Stendhal et l'Angleterre. Paris, Bosse, 1909.

2. Beyle était arrivé à Londres en octobre et y demeura jusqu'à la fin de novembre.


représenté par M. Kean, est le célèbre Richard, duc de Gloucester. Je n'ai rien à dire contre les corrections d'un certain nombre de vers de Richard III, ni contre la suppression légitime de certaines scènes, aussi longtemps que le correcteur ne s'est servi que de ses ciseaux mais je trouve du dernier ridicule qu'un moderne prétende nous servir ses mesquins sentiments au lieu des grandes pensées de Shakspeare. Quand, dans Shakspeare, Gloucester, s'écrie, en réponse à lord Gray To thee, that hast nor honesty nor grace le spectateur le plus inattentif ne peut s'empêcher de s'écrier « Voilà un homme qui ne s'arrêtera pas en chemin » c'est vraiment là un tableau fidèle des mœurs du Moyen-Age. Quand Gloucester dit aux assassins

How now, my hardy, stout-resolved mates ? le spectateur le plus obtus se dira « Ce prince sait se faire à son entourage. » Mais l'imbécillité de l'auteur du mélodrame éclate partout. Il a l'audace de faire s'écrier à un homme tel que Richard Now is the winter of our discontent

Made glorious summer, etc.

tandis que le roi est encore en vie. Le scribe moderne fait terminer à ce pauvre


roi Henry mourant une phrase de Richard, et c'est là un bel exemple de sang-froid. Richard vient de dire

For this among the rest was 1 ordained. à quoi le pauvre diable, qui est baigné dans son sang, ajoute

Oh 1 and for much more slaughter

Au moment le plus profondément tragique de la scène avec Lady Anne, quand je suis plongé dans de tristes réflexions sur la fragilité des choses humaines, ce malheureux poétereau détourne mon attention, en se lançant à la poursuite d'une épigramme de cabaret

FRESSEL

1 scarce can credit what 1 see.

STANLEY

Why, you see a woman.

Plus tard, Shakspeare dit

My dukedom to a beggarly denier.

Le petit critique y substitue (fidèle à son goût de corps-de-garde),

My dukedom to a widow's chastity.

Et l'auditoire, Monsieur, laisse passer une absurdité pareille. Je vous écris


ainsi, Monsieur, dans l'espoir de vous persuader d'attirer l'attention du public anglais sur la nécessité d'arranger de nouveau la sublime tragédie de Shakspeare. Pour ma part, je trouve que le meurtre d'un frère, d'un ancien compagnon d'armes, du pauvre diable Clarence, dépeint suffisamment le caractère de Richard III, sans l'assassinat d'un ennemi et d'un roi, sans la mort duquel sa famille n'est rien. Richard, faisant de l'esprit sur la conscience,

Conscience 1 'tis a coin, etc.

s'est inspiré de la tragédie française. C'est par ce beau chemin que celle-ci est devenue si ennuyeuse. Je termine, Monsieur, en affirmant qu'il est honteux pour le goût de la nation anglaise de permettre à un plat mélodrame où tout se passe en récit, paisiblement et sans résistance, d'usurper la place d'un des chefsd'œuvre de Shakspeare.

C'est à faire mourir de rire, que de voir les journaux glosant sans cesse sur ce mélodrame, comme s'il était la tragédie. Il est ridicule de la part du bon public de Londres de souffrir que l'on représente la cour d'un roi d'Angleterre comme composée de sept individus. On a été de tout temps, en Angleterre comme partout


ailleurs, plus amoureux de la puissance que cela.

Veuillez agréer l'assurance de ma parfaite considération.

Londres, 18 novembre.

726. A

A MONSIEUR ADRIEN EGRON, A PARIS 1

Londres, 23 Novembre 1821.

Monsieur,

JE ne sais si vous vous rappellerez d'une bien petite affaire il s'agit du prix de 23 ou 33 exemplaires d'une petite brochure intitulée Rome, Naples el Florence en 1817.

Vous me devez, Monsieur, le prix de ces 23 ou 33 exemplaires je vous prie de vérifier la chose dans vos livres et de remettre le montant à mon ami, M. de Mareste, rue de Richelieu, n° 45. Si vous n'avez pas vendu les exemplaires 1. M. A. Êgron, Imprimeur de S. A. R. M. le duc d'Angoulême, rue des Noyers, n° 37, près la Sorbonne, à Paris.


restés chez vous, je vous prie, Monsieur, de les envoyer à M. de Mareste et d'agréer l'assurance de ma parfaite considération. H. BEYLE.

7271

A M. MIRA

Décembre 1821

Curieuse lettre sur l'industrialisme qui nous envahit. « Nous deviendrons encore plus barbares pour les arts. Nous serons tristes comme des Anglais. »

728. A

A MADAME

Berne, le 28 Juin 1822.

E ne vous ai pas encore adressé J l'Amour, madame, parce que je ne suis pas allé à Paris. Après vous avoir quittée, la pluie et le froid vinrent compléter le malheur commencé par l'absence d'une société si bonne et aimable 1. D'après le catalogue Noël Charavay.


pour moi. Je n'ai trouvé la chaleur qu'à Cannes, où j'ai passé trois jours à me promener au milieu des orangers en pleine terre. Me voici en Suisse, paysages admirables, mais j'ai froid. N'oubliez pas, madame, l'auberge de la Couronne, à Genève, bâtie depuis deux ans. Demandez une chambre au troisième, ayant vue sur le lac on ferait payer ces chambres dix francs par jour, que ce ne serait pas cher. Rien de plus beau au monde (elles coûtent deux francs).

729. A

A MONSIEUR FAURIEL 1

7 Juillet [1822].

Monsieur,

SI je n'étais pas si âgé, j'apprendrais l'Arabe, tant je suis charmé de trouver enfin quelque chose qui ne soit pas copie académique de l'ancien. Ces gens ont toutes les vertus brillantes. C'est vous dire, Monsieur, combien je suis sensible aux anecdotes que vous 1. Rue Neuve-de-Seine, n° 68, près de la rue de Tournon.


avez bien voulu traduire pour moi. Mon petit traité idéologique sur l'amour, aura ainsi un peu de variété. Le lecteur sera transporté hors des idées européennes. Le Morceau Provençal que je vous dois également, fait déjà un fort bon repas. Je regrette beaucoup Madame Clarke 2. Agréez, Monsieur, l'hommage de ma reconnaissance.

H. BEYLE.

N° 63, rue Richelieu.

1. Fauriel a fourni à Beyle tout l'essentiel du chapitre LI de l'Amour: De l'amour en Provence, et c'est lui encore qui a traduit pour le même recueil ces fragments du Divan de l'Amour qui terminent le chapitre LIII,

2. Mme Clarke à cette date était en Angleterre. Sur les sentiments de Beyle pour Mme Clarke et sa fille Mary on devra se reporter aux Souvenirs d'Égotisme, de même que la correspondance de Miss Clarke et de Fauriel nous montre combien peu l'esprit de Stendhal était goûté par l'amie de Fauriel. C'est cette antipathie féminine qui sépara Beyle et Fauriel en dépit du goût que les deux hommes avaient l'un pour l'autre.


730. —A

A MONSIEUR VAN PRAET, A PARIS 1 Vincennes, le 4 Septembre 1822.

JE me surprends souvent à me trouver plus heureux que lorsque j'avais vingt ans. Cependant je vais atteindre la quarantaine.

Je me repents de ne m'être pas mis un samedi, en 1803, quand j'avais vingt ans, à faire la liste de mes actions de toute la semaine. Je n'ai rien à objecter aux actions que j'ai faites comme utiles (actions pour me faire des protecteurs, pour gagner de l'argent, etc.), ou faites par devoir, comme marquer ma reconnaissance à l'oncle qui a élevé ma jeunesse.

Mais c'est aux actions que j'ai faites comme agréables que j'ai beaucoup à 1. Cette lettre, M. G. Charlier l'a bien montré, ne fut pas adressée au Conservateur de la Bibliothèque royale à qui Beyle, nous l'avons vu, a adressé plusieurs billets en 1812, comme on avait cru, mais à son neveu Jules qui devint ministre de la Maison du roi des Belges. Tout jeune il avait séjourné à Paris et comme Stendhal dans le cercle des Edwards ou des Tracy. n se lia avec Beyle et une correspondance fréquente aurait été échangée. Il n'en reste que ce billet. Voir à ce sujet G. Charlier Stendhal et ses amis belges. Paris, Le Divan, 1931.


dire. La plupart des choses que je faisais comme agréables en 1803, étaient agréables pour les jeunes gens de bon ton que je voyais, pour les jeunes gens élégants plus âgés que moi mais, dans le fait, ne me faisaient nul plaisir.

SOURCE DE RIDICULE

Un homme d'esprit, qui voit un jeune homme se porter, comme à un plaisir, à une chose qui, réellement, l'ennuie, a une occasion superbe de se moquer de lui car l'ennui transpire, il se voit. Au contraire, rien ne donne un air plus respectable à un jeune homme que de le voir s'abstenir d'une action qui plaît à tous les jeunes gens, uniquement parce qu'elle l'ennuie.

Il n'y a que l'exception de la mauvaise honte.

Rien n'est ridicule comme de voir Charles, âgé de vingt ans, qui prend un plaisir qui l'ennuie, pour imiter son ami Adolphe, âgé de vingt-huit ans, jeune homme de bon ton qui, dans le fond, s'ennuie aussi de cette chose. J'ai vu un homme de quarante ans faire rire toute une société pendant six mois, de la prétention de Charles et d'Adolphe. Faire un samedi, jour par jour, lundi,


mardi, etc., la liste de toutes les actions qu'on a faites, comme amusantes, dans la semaine, et se demander (mauvaise honte à part) Ai-je eu du plaisir réellement ?

P.-S. Remettre sous enveloppe, au 63, rue des Mathurins.

731. G

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES 1 [Paris], rue de Richelieu, no 63.

4 décembre 1822.

M. Buchon 2 m'a fait lire, Monsieur, une phrase fort obligeante pour

moi, dans une de vos lettres. Je suis bien aise que l'Amour vous plaise, j'estime beaucoup le suffrage d'une nation profondément raisonnable. Il n'y a que deux Publics au monde, l'Anglais et le Français. L'Italie et l'Espagne sont trop 1. Sutton Sharp, Esqre. 4, Brick Court, Temple, London. Sur Sutton Sharpe on lira le livre si documenté de Doris Gunnell Sutton Sharpe et ses amis français. Paris, Champion, 1925. C'est miss Doris Gunnell qui a fait don à la Bibliothèque de Grenoble de toutes les lettres de Stendhal à Sutton Sharpe.

2. L'historien. C'est grâce à lui que Beyle avait envoyé de l'Amour à Sutton Sharpe.


gâtées par l'esclavage et ne peuvent faire entendre que leur cœur dans quelque Poème, et non leur raison trop enchaînée depuis deux siècles. Quant à l'Allemagne, l'absurdité de sa philosophie et la prétention d'être originale la gâtent tout à fait. Je voudrais bien que l'Edinburgh Review jugeât l'Amour.

Je profite de vos offres obligeantes. J'ai fait un Essai sur l'Histoire de la Musique en Italie, de 1800 à 1823 c'est proprement l'ère de Rossini 1. Il n'y a pas beaucoup d'idées dans ce petit ouvrage, mais il est rempli de petits faits qui ont le mérite d'être vrais. Un Anglais de mes amis a pris la peine de traduire cette Hisfoire de la Musique, qui peut former 400 pages in-8°.

On a envoyé le manuscrit à M. Murray parce qu'il avait imprimé les Vies de Haydn et Mozart. M. Murray a offert 50 livres sterling du manuscrit on a refusé. Mais je suis d'avis d'accepter ce prix de 50 liv. st.

M. Luby, jeune avocat de beaucoup de mérite et fort obligeant, a bien voulu se charger de traiter avec un libraire pour le manuscrit anglais. Je ne publierai l'ou1. Il s'agit de la Vie de Rossini publiée en 1823, chez Boulland, avec une préface datée de Montmorency, 30 septembre 1828.


vrage en français qu'après que l'édition anglaise aura paru 1.

M. Luby aura la bonté de passer chez vous, Monsieur, et de vous demander vos conseils pour la manière la plus avantageuse de vendre cet essai sur l'Histoire de la Musique en Italie au commencement du xixe siècle.

Rien'de nouveau en littérature. Je vous conseille la traduction d'Hérodote par M. Courier, l'homme vivant qui a le plus de rapports avec Voltaire. C'est une traduction mot à mot, 3 vol. in-8° qui paraîtront en mars 1823.

Deux grandes causes de stérilité 1° notre littérature est sous le despotisme de Laharpe et de ses successeurs tout ce qui se sent du génie écrit sur la politique.

Pardonnez-moi, Monsieur, si j'ai pris au mot votre offre obligeante. Je vous crois sincère et vous offre l'hommage d'une sincère reconnaissance.

H. BEYLE,

63, rue de Richelieu.

1. La traduction anglaise de la vie de Rossini n'a pas été publlée,


732. A

AU BARON DE MARESTE

[1822].

AYEZ la bonté de prendre un volume d'Alfieri (Tragédies), d'y mettre une bande et sur la bande ces mots

« A Monsieur de Viller, à Tivoli. » Faites porter cela à la pension des bains de Tivoli, presque vis-à-vis de chez vous. Je n'ai plus d'enveloppes depuis longtemps souvenez-vous des dites. Ce soir à la Cenerenlola 2.

1. Les bains de Tivoli étaient au 88 de la rue SaintLazare, rue que Mareste quittant la rue de Richelieu était venu habiter.

2. La Canerentola fut jouée à Paris pour la première fois en 1822. Cette lettre non datée ne saurait donc être antérieure à cette année-là.


733. A

A M. ROMAIN COLOMB, A PARIS Paris, le 26 Janvier 1823.

JE L'envoie un exemplaire de la Peinture, un de l'Amour, et un des Lettres de Haydn, etc. expédie le tout à l'aimable M. de Perdrauville. Prie-le de faire connaître ces ouvrages à l'Amérique impatiente. Deux des ouvrages lui resteront; prie-le de faire parvenir la Peinlure à M. Ferjus Duplantier, mon cousin, au Bâlon rouge, près la Nouvelle-Orléans, avec tous mes compliments, comme un souvenir d'amitié et de parenté 1.

1. Ce Ferjus Duplantier était sans doute un de ces cousins de Stendhal dont la famille habitait près de Voiron. Le plus connu avait été Allard Duplantier, député aux États Généraux. Voir la lettre du 24 septembre 1814.


7341.

ABUCHON' 2

[1 Mai 1823].

MON cher et aimable ami, je ne dirai pas collègue, comme M. Berr.

Je connais tellement les libraires

qu'avant de donner le coup de feu à Rossini, je serais bien aise d'avoir une convention signée avec le nôtre.

Voici un projet que je vous envoie. Vous qui êtes l'auteur des conditions les changerez comme il vous conviendra. Il serait peut-être bien d'envoyer la convention par la petite poste à A. Ambroise3, afin de savoir en 24 heures s'il faut se mettre sérieusement à l'ouvrage. Mille amitiés.

STENDHAL.

1. Cette lettre, qui appartient au fonds Requien de la Bibliothèque d'Avignon, a été publiée dans le Mercure de France du 16 avril 1911.

2. Monsieur, Monsieur Buchon, 4, rue Hautefeuille, près la rue Saint-André-des-Arts.

3. Ambroise Dupont qui édita en 1825 la seconde brochure de Stendhal Racine et Shakapeare II et, en 1839, la chartreuse de Parme. La vie de Rossini parut à la fin de 1823 chez Auguste Boulland.


II serait plus rassurant d'avoir les 1.200 fr. comptant. Si cela est possible, changez la conv[enti]on.

1er mai 1823.

735. A

AU BARON DE MARESTE

Paris, le 3 Mai 1823.

Monsieur et cher Compatriote,

Vous devriez bien me faire une histoire de l'établissement de l'opéra bouffe V à Paris, de 1800 à 1823. Cela ferait un beau chapitre de la Vie de Rossini 1. Nous mettrions en note Ce chapitre est de M. Adolphe de Besançon.

La négociation pour l'impression dudit Rossini prend une bonne tournure. J'ai envoyé une convention signée de moi j'en attends le retour.

Dans cette histoire de l'opéra bouffe à Paris, vous pourrez fourrer toutes les méchancetés qui composent l'article que La Baume 2 néglige. Leur coup sera bien 1. La Vie de Rossini, dont l'édition originale porte 1824, parut en réalité à la fin de 1823. Le Journal de la Librairie l'annonçait le 15 novembre do cette année-là.

2. Voir la lettre à Mareste du 16 octobre 1819.


plus sensible à cet animal de Papillon 1 placé dans une espèce d'ouvrage historique, où il y a des faits.

Vous pourrez donner plus d'étendue et de largeur à vos accusations de conspiration contre le dit opéra. Je vous conseillerais même d'insérer la lettre du dit Papillon à Pellegrini, Zuchelli et Cie. Si vous ne faites pas ce chapitre, il me donnera une peine du diable à moi qui, ayant été absent, n'ai nulle mémoire des fails. Vous aurez à épancher votre bile sur les sottises de l'administration de Madame Catalani et à montrer votre génie en esquissant un projet de constitution pour cet Opéra. Le bon Barilli, qui vous voit de bon oeil, vous donnera tous les petits renseignements dont vous pourrez avoir besoin, entre deux fottre, au pharaon. Si j'avais à proposer une constitution, je nommerais un comité composé de dix hommes louant des loges à l'année, fortifiés d'un membre de l'Académie et d'un Italien riche établi à Paris. Voilà un comité de douze personnes qui se réunira une fois tous les quinze jours. Sur les douze, il y en aura neuf de présents. Ils feront un rapport au ministre sur les faits et gestes de l'entrepreneur.

1. M. le vicomte Papillon de la Ferté, intendant du mobilier de la couronne, sous Charles X.


Il y aura un entrepreneur auquel on donnera l'impresa du théâtre. On obligera à fournir le spectacle actuel spectacle que l'on décrira en vingt articles. Il recevra 150.000 francs par an, par 24e, tous les quinze jours. Or, ces 24es ne lui seront payés que sur le Vu bon à payer du président du comité des amateurs, président élu par eux, de six mois en six mois. Ce comité présidera aussi au choix des pièces et à l'engagement des acteurs.

Le grand avantage est que ce comité de douze personnes riches comme le Bailly de Ferrette, le duc de Choiseul, M. Gros, peintre, M. de Sommariva, M. Montrond, défendra dans les salons les faits et gestes de l'administration de l'Opéra. Ces discussions feront que les salons bavarderont de l'Opéra buffa et s'y intéresseront.

Méditez cette idée modifiez-la prenez l'avis de La Baume. Tel jeune homme de vingt-six ans lira notre brochure qui sera ministre dans dix ans. Alors, il aura la fatuité de croire que nos idées sont les siennes.

TAMBOUST.


7361

A VIEUSSEUX, A FLORENCE

Paris, 11 Mai 1823.

M. BEYLE envoie à Monsieur Vieusseux, avec prière de les placer dans

son Cabinet littéraire, un exemplaire de l'Histoire de la Peinture en Italie, 2 v., un de la Vie de Haydn, Mozart et Métastase, 1 v., deux de la brochure intitulée Racine el Shakspeare, 2 v. S'il convient à Monsieur Vieusseux d'en rendre compte dans l'Antologia, M. B[eyle], demande d'être jugé avec toute la sincérité et sévérité possible. La vérité sur tout est le premier des biens.

1. Billet publié par Pierre Jourda Vieusseux et ses correspondants français. Editions du Stendhal-Club, n° 16. L'original est dans le fonds Vieusseux à Bibliothèque de Florence et a été collationné pour cette édition par M. le professeur Luigi-Foscolo Benedetto, de Florence.


737. A

A LORD NOEL BYRON, A GÊNES Paris, le 23 Juin 1823.

Milord,

Vous avez bien de la bonté d'attacher quelque importance à des opinions individuelles les poèmes de l'auteur de Parisina vivront encore bien des siècles après qu'on aura oublié Rome, Naples et Florence en 1817, et autres brochures semblables.

Mon libraire a mis, hier, à la poste, pour Gênes, l'Histoire de la Peinture en Italie et de l'Amour.

Je voudrais bien, milord, pouvoir partager votre opinion sur l'auteur d Old mortality. Je n'ai que faire de sa politique, dites-vous. Vous refusez ainsi de prendre en considération précisément la chose qui me fait regarder le caractère de l'illustre Ecossais comme peu digne d'enthousiasme. Quand sir Walter Scott sollicite, avec la passion d'un amant pour sa 1. Réponse à une lettre de lord Byron (du 29 mai 1823) dans laquelle celui-ci s'efforçait de défendre sir Walter Scott contre quelques critiques de Beyle. On ne sait si la lettre suivante a été envoyée à lord Byron (Note de Romain Colomb.) Voir dans la notice de Colomb, p. XLVI, le texte de la lettre à Byron à laquelle répond celle-ci.


mattresse, le verre dans lequel un vieux roi1, assez méprisable, vient de boire quand il est un des souteneurs secrets du Beacon 2, je vois un homme qui a envie d'être fait baronnet ou pair d'Ecosse. Sur mille personnes qui font de telles choses dans toutes les antichambres d'Europe, une, peut-être, les fait, parce qu'elle croit naïvement le pouvoir absolu utile aux hommes. Sir Walter se serait placé dans cette exception en refusant le rang de baronnet et autres avantages personnels. S'il était sincère, l'horreur du mépris, sentiment si puissant sur les cœurs généreux, lui eût fait, depuis longtemps, un devoir de cette démarche si simple. Il n'a point eu cette idée donc il y a quatre-vingt-dix-neuf à parier contre un que mon cœur a raison en lui refusant un intérêt passionné. Ce n'est pas mon estime légale que je refuse à sir Walter, c'est mon enthousiasme. La nature de l'homme est telle, qu'on ne peut plus éprouver ce sentiment pour les caractères qui ont perdu une certaine fleur d'honnêteté, si je puis parler ainsi. C'est un malheur mais tout homme qui en est réduit à donner des explications sur une action 1. Georges IV.

2. Titre d'un journal tory qui attaquait par des calomnies la plupart des membres de l'opposition.


comme celle du Beacon a perdu à jamais cette fleur, aussi facile à ternir que celle qui fait l'orgueil d'une jeune fille. Mon opinion sur la moralité de sir Walter Scott est à peu près unanime en France « C'est un homme adroit qui a su faire son nid. Ce n'est pas un fou comme les autres ho mes de génie. » Voilà le mot d'approbation du vulgaire qui fait critique sanglante à mes yeux.

La sévérité convient d'autant mieux envers les actions telles que celles de sir Walter, qu'il y a maintenant tout à perdre à être du parti contraire au sien, et que les rois éveillés sur leurs dangers, ont de plus magnifiques récompenses pour les grands hommes qui se prostituent. Si l'auteur d Ivanhoe était pauvre comme Otway, mon cœur serait disposé à lui pardonner quelques petites bassesses commises pour obtenir une chétive subsistance le mépris serait comme noyé dans ma pitié pour la fatalité de la nature humaine, qui fait naître un grand homme sans un revenu d'un shilling par jour mais c'est sir Walter Scott millionnaire qui soutient le Beacon

Si ce journal lui semble utile au bonheur de la majorité des Anglais, comment, sachant qu'on peut le prendre pour un vil flatteur, ne refuse-t-il pas le titre de baronnet ?


C'est bien malgré mon inclination, milord, que je persiste à dire que, jusqu'à ce que sir Walter ait expliqué cette action d'une manière probable, comme juge, je ne prononcerais pas du haut d'un tribunal que sir Walter a manqué à l'honneur, mais il a perdu tout droit à l'enthousiasme d'un homme qui a entrevu la cour. Je suis fâché, milord, que ma lettre soit déjà si longue mais, ayant le malheur d'être d'une opinion contraire à la vôtre, mon respect me défendait d'abréger mes raisonnements. Je regrette sincèrement de n'être pas de votre opinion, et cette parole, il n y a pas dix hommes au monde à qui je puisse l'adresser avec sincérité.

Le pauvre Pellico n'a pas les talents de sir Walter Scott mais voilà une âme digne de l'intérêt le plus tendre et le plus passionné. Je doute qu'il puisse travailler dans sa prison son corps est faible, il était miné depuis longtemps par la pauvreté et la dépendance qui la suit. Réduit à peu près au sort d'Otway, il m'a dit plusieurs fois « Le plus beau jour de ma vie sera celui où je me sentirai mourir. » Il a un frère à Gênes, un père à Turin. Outre Francesca et Eufemio di Messina, il a fait, à ce qu'il me disait, dix autres tragédies son père pourrait en procurer


les manuscrits. Ces tragédies, vendues en Angleterre, pourraient susciter un protecteur au malheureux poète, dans cette nation qui renferme tant de caractères élevés la mort peut changer rapidement les rois de cette nation d'ici à dix ans que Pellico a encore à habiter le Spielberg. Un des ministres d'un de ces rois peut faire le calcul qu'il y a avantage pour sa vanité à obtenir que Pellico sorte de prison en donnant sa parole d'habiter l'Amérique.

Il m'a été extrêmement agréable, mi- lord, d'avoir quelque relation personnelle avec l'un des deux ou trois hommes qui, depuis la mort du héros que j'ai adoré, rompent un peu la plate uniformité dans laquelle les affectations de la haute société ont jeté notre pauvre Europe. Autrefois quand je lus Parisina, pour la première fois, mon âme en resta troublée pendant huit jours. Je suis heureux d'avoir une occasion de vous remercier de ce vif plaisir. Old mortalily m'attache plus vivement, mais l'impression que j'en éprouve ne me semble ni aussi profonde, ni si durable. J'ai l'honneur d'être, milord, votre très humble et très obéissant serviteur. H. BEYLE.


738. A

A MADEMOISELLE

BATHILDE CURIAL, A MONCHY 1 Paris, le 1er Août 1823.

LA bonté que vous m'avez montrée pendant les jours aimables passés à Monchy est un prétexte tout naturel pour me rappeler à votre souvenir par quelque nouvelle qui puisse vous intéresser.

Savez-vous que nous allons avoir une grande nouveauté en musique, mademoiselle ? Le parti de Rossini pâlit au lieu de choisir un opéra parmi les vingt ou trente de Rossini, que ne connaît pas le public de Paris, on est allé chercher un ancien chef-d'œuvre de Cimarosa, les Horaces et les Curiaces (gli Orazi ed i Curiazi) 2.

Je crois que cela ennuiera le public, 1. Au château de Monchy-Humières, près de Compiègne. On sait que Beyle connaissait d'ancienne date la comtesse Curial, mère de Mademoiselle Batbilde et fille du comte Beugnot, avec qui sa liaison deviendra plus intime à dater de mai 1824.

2. La reprise des Horaces et les Curiaces dont il est question, eut lieu au théâtre Louvois, le 14 août 1823. (Note de Romain Colomb.)


quoique Madame Pasta y remplisse un fort beau rôle d'homme et y chante le plus bel air serio qui, peut-être, existe Quelle pupille tenere.

Un tiers du public de Louvois aime la musique, le quart de ce tiers est composé de jeunes personnes comme vous, mademoiselle, qui n'ont pas été en Italie, mais qui font d'une autre manière, leur éducation musicale ce tiers sera enchanté des Horaces.

Un autre tiers est composé de pédants qui jugent de la musique comme un aveugle des couleurs. Ce sont des gens qui ne sentent d'autre bonheur que celui de gagner à la rente ou de porter une plaque. Ils ont appris de mémoire les formes des airs de Rossini, et, ne trouvant pas ces formes dans les Horaces, ils diront Exécrable, ennuyeux Le troisième tiers discute le mérite d'un opéra, comme celui d'une étoffe rayée pour gilet. Une fois qu'il sera bien décidé que les Horaces ne sont pas généralement admirés, ils s'écriront aussi Exécrable, ennuyeux En Italie, le public est tout autre il est comme une belle femme capricieuse il y a des jours où il dit Au diable des plus belles choses. Un spectateur vani-


teux est, à peu près, aussi-rare à Bologne, qu'un spectateur sensible et susceptible d'émotion l'est à Paris.

Voilà, mademoiselle, le procès-verbal d'une grande discussion que nous avons eue hier soir sur le succès probable des Horaces. Vous devinez chez qui c'est chez la personne à laquelle j'ai présenté un énorme barbeau que nous avions vu prendre.

Si vous avez l'air

Quelle pupille tenere.

faites-vous jouer la ritournelle vous y verrez une grande hardiesse, souvent imitée depuis par Rossini Cimarosa osa mettre de la joie, approchant fort de la gaieté, dans la ritournelle d'un air sérieux. Aussi l'acteur chargé de chanter cet air, refusa-t-il pendant longtemps de s'en charger il eut un succès fou à la première représentation.


739

A ALBERT STAPFER1

N° 4, rue des Jeûneurs, Paris.

[8 août 1823].

HÉLAS! Monsieur, je voudrais bien pouvoir vous envoyer les Affinités électives, mais il faudrait pour cela être à deux cents lieues de ces secs Parisiens. La simple et douce Othilie est avec mes livres à Mil[an] et vous avez pu voir dans les journaux comment on vient de traiter un M. Andryane. On l'a condamné par jugement économique à dix ans de prison, il était peut-être aussi innocent que moi. C'est l'effet involontaire, toutpuissant, et partant non criminel de l'amour que Gœthe a peint avec une exactitude mathématique dans les Affinités. Mais il a mis tout cela dans de

1. Monsieur Albert Stapfer, à Talcy.

Albert Stapfer (1802-1892), le premier traducteur de Gœthe en France. On voit que Beyle dès 1823 sutl'entretenir de Gœthe.

Le château de Taley, qui domine la plaine de Beauce entre Beaugency et Mer, célèbre pour avoir vu passer Jeanne d'Arc, par le souvenir de la Cassandre de Ronsard et par les amours d'Agrippa d'Aubigné, appartenait à la famille de la mère d'Albert Stapfer, descendante des Gastebois qui l'avaient acquis en 1780.


diables de cœurs allemands qui manquent trop de logique pour nous intéresser beaucoup à la longue. Ce sont de pauvres fous doux et aimables. Nous serions des fous paresseux si nous nous laissions aller au désespoir parce que la récolte que nous avions espérée pour le mois de mars n'aura lieu qu'en août. Dans tous les siècles, il y a ainsi une grande attente pendante devant les yeux. Est-ce une raison pour ne rien faire ?

Je vous engage souvent à me faire des lettres, elles m'intéressent fort. Gray disait que tout homme avait le pouvoir de faire un bon livre, c'était la simple histoire de sa vie. A défaut de mieux, peignez-moi ce qui vous est arrivé hier. Le génie (vous voyez bien que génie ne veut pas dire esprit), le génie des habitants de la Beauce m'est aussi inconnu que celui des paysans de la Bosnie. La Giuditta va chanter les Horaces le 14 août, elle est déjà dans les douleurs de l'enfantement et dans la crainte de la chute. Hier, elle n'a pas pu jouer au Pharaon, elle est restée sur son canapé tout contre la table, et sans jouer Je ne saurais quelle carte mettre, disait-elle, je n'ai point d'inspiration

1. Mme Judith Pasta. Elle chanta les Horaces de Cimarosa au théâtre Louvois le 14 août 1823.


Je suis fou du naturel de ces cœurs italiens. Du reste elle se souvient de vous comme d'un papillon blanc qu'elle vit l'an passé. Si je m'en vais en Suisse, il en sera de même. Pourquoi se souvenir d'un homme qui n'est pas amant ? C'est une des erreurs sacrées de notre civilisation. Je suis très content des lettres de M. Lécluze 1. On sent la bonne foi. Je ne lui trouve pas assez de hardiesse dans le style pour bien décrire.

N'oubliez pas que M. de Gagern, le premier juriste d'Allemagne et homme d'esprit, croit aux revenants, que tout le monde, à 18 ans, entreprend de faire des balles fées d'après la recette du Freischütz de Jean-Paul. Schiller déplaît à Francfort comme trop classique, trop français, pas assez inversif. Gcethe est plus inversif, le verbe principal est à la deuxième page, voilà qui touche un cœur allemand. Ils croient tout et nous rien. Croyez à ma bien vive amitié.

LA BORDE.

J'espère beaucoup of Sp.

1. Etienne Delécluze (1781-1863), peintre et critique d'art. Chez lui, tous les dimanches matin se réunissaient un petit cercle d'amis parmilesquels Albert Stapfer, J.-J. Ampère, Sautelet, Mérimée et Stendhal.


740.

A LOUIS DE POTTER 1

[Paris, octobre 1823] 2

Monsieur,

JE vais passer un mois à Florence je serais heureux d'être recommandé par vous à quatre ou cinq hommes supérieurs. Je vais abuser de vos bontés, et vous prier, si toutefois cela ne vous gêne en rien, de m'adresser à Florence, poste restante, à M. Henri Beyle, trois ou quatre feuilles d'introduction. Je reviens à Paris en janvier, je serai heureux d'y cultiver votre connaissance. Si vous avez quelque livre ou m[anuscrit] à rapporter de Florence, disposez de moi excusez mon indiscrétion.

Agréez, Monsieur, l'hommage de ma haute considération.

H. BEYLE.

1. Historien belge et homme politique, 1786-1859, que Stendhal a souvent cité dans ses ouvrages. Voir ce propos le précieux opuscule de M. Gustave Charlier qui a le premier publié cette lettre Stendhal et ses amis belges. Le Divan, 1981. 2. Cette lettre a dQ être écrite par Beyle avant son départ pour l'Italie qui eut lieu le 18 octobre. Elle fut envoyée à de Potter, par le docteur Edwards avec une lettre de lui, datée du 21 octobre. Of. G. Charlier loc. cit.


741. A

A MADAME. A PARIS 1

Rome, le 5 Décembre 1823.

JE mourais d'envie, madame, d'arriver, dans une ville dont le nom pût me permettre d'user de la permission que vous m'avez donnée de vous adresser des nouvelles de ce qui se passe dans le monde. Le grand monde ici, paraît chez M. de Montmorency 2 et chez M. Demidoff3. M. de Montmorency fait les honneurs de chez lui avec une grâce vraiment parfaite, car elle n'embarrasse jamais. C'est toujours une corvée que de voir approcher le maître de la maison dans une réunion de deux cents personnes; chez ce duc, c'est une personne aimable de plus, qui vient se joindre au groupe. Il y a trois ou quatre Romaines de la plus grande beauté mesdames Dod-

1. Il est fort vraisemblable que cette lettre était adressée à la comtesse Curial.

2. M. de Montmorency, duc de Laval, fut ambassadeur de France à Rome de 1822 à 1828.

3. Le princè Demidoff en 1823 habitait à Rome le palais Ruspoli.


well1, princesse Bonacorsi, etc. Ces dames ont tout-à-fait le ton assuré, décisif, tranchant, qui était jadis, dit-on, le ton de la cour de France. Elles portent des robes extrêmement décolletées, et il faudrait être bien difficile pour n'être pas fort reconnaissant envers leur couturière. Peignez-vous, madame, le mélange de quarante femmes, vêtues de cette manière, et de quatorze cardinaux, plus une nuée de prélats, d'abbés, etc. La mine des abbés français est vraiment à mourir de rire ils ne savent que faire de leurs yeux, au milieu de tant de charmes; j'en ai vu se détourner pour ne pas les voir les abbés romains les regardent fixement avec une intrépidité tout à fait louable.

Parmi les petits plaisirs que peut donner la haute société, un des plus grands c'est de voir un cardinal, en grand costume rouge, donner la main, pour la présenter dans un salon, à une jeune femme aux yeux vifs, brillants, étourdis, voluptueuse et vêtue comme je l'ai dit. On passe trois heures ensemble à se regarder, à circuler, à prendre d'excellentes glaces, et l'on se 1. Mme Dodwell, qui épousa en secondes noces le comte Spaur, se nommait de son nom de jeune fille Thérèse Giraud et était la nièce du comto Giraud. Elle était connue pour sa beauté, ses extravagances et son courage. Elle contribua en 1848 à l'évasion de Pie IX.


sépare pour se retrouver le lendemain. Chez M. Demidoff on est assis, parce qu'il dépense cent mille francs à faire jouer des vaudevilles français par une troupe d'acteurs à lui, et pas trop mauvais. Il y a un homme de talent que M. B. connaîtra sans doute, c'est un valet nommé Frogers.

Malgré les jolies robes de ces dames, et les aimables chefs-d'œuvre que l'on voit le matin, Rome ne me séduit point, je m'y trouve trop isolé.

Il ne vaut pas la peine, pour un mois, de faire la cour à tous les ennuyeux d'une maison, pour tâcher d'accrocher une place de quatrième aide-de-camp auprès d'une de ces belles femmes. Je ne sais si c'est un signe de vieillesse, mais je me sens un besoin d'intimité qui, puisque un autre est impossible, me fait presque regretter les brouillards de Paris.

Ici, on voit à chaque coin de rue des oranges d'un beau jaune, tranchant sur une superbe verdure, qui s'élève au-dessus du mur de quelque jardin. Le grand obstacle aux courses du matin, c'est la chaleur d'un soleil impitoyable qui brille dans un ciel pur. Cependant, aujourd'hui, il pleut pour la première fois depuis dix jours. Ce n'est pas pour cela que j'ai l'honneur de vous écrire mais il faut


être prudent avec une belle dame française votre permission ne s'étend qu'aux nouvelles du grand monde et il fallait l'avoir entrevu pour pouvoir en parler. Si vous avez la bonté de me répondre une ligne, ce sera signe que vous ne trouvez pas mauvais que j'étende à Rome une permission donnée pour Paris. Est-ce toujours au mois de février que vous comptez y revenir ?

7421

A M.2

[1823].

3

QUOI l'on dîne si tard dans les quartiers latins

Venez à 10 heures chez Mme Pasta, arrivez comme par hasard et sans dire que je vous ai averti. Il y a Paer, Mlle Paer, 1. Ce fragment de lettre provient de la Bibliothèque Nationale, manuscrits, nouvelles acquisitions françaises 22.741.

2. Le destinataire de cette lettre pourrait bien être Victor Jacquemont qui fréquentait chez Mme Pasta, ou Mareste. Il étaiten tout cas des rares personnes à qui Stendhal communiquait ses manuscrits.

3. Le début de la lettre manque.


Mme Gibling et surtout Mlle Shaurau, une Allemande qui a la tête grosse comme Mozart et joue du piano à neuf ans comme Dussek à quarante.

Je pense que vous n'avez pas ouvert mon manuscrit de Rossini. Renvoyez-lemoi. Je vois ce qu'il y manque pour lui mettre un habit de Staub 1.

Je voudrais signer un traité avec le libraire quam minimum credula librario. STENDHAL.

743

A M. MIRA FILS2

1824.

SUR sa brochure romantique Racine el Shakspeare. Il lui demande d'obtenir des articles. « Le comble de l'adresse serait d'en faire dire un mot dans les Débats. M. Duviquet a fait un article sur la Jeanne d'Arc de M. Soumet qui semble fait exprès pour servir d'exposition à notre brochure. Il prétend que nous disons cette ganache d'Aristote, ce rokoko de Despréaux. » 1. Rappelons que le docteur Sans fin est habillé par Staub, « le tailleur à la mode » (cf. Lamiel édit. du Divan, p. 91), et que l'habit noir de Julien Sorel est si bien coupé que le chevalier de Beauvoisis se dit « Il est de Staub, c'est clair » (Le Rouge et le Noir, édition du Divan, II, p. 77). 2. D'après le catalogue Noël Charavay.


744. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Rome, le 13 Janvier 1824.

LA Pisaroni est réellement une chanteuse de premier ordre, peut-être la deuxième ou la troisième du pauvre Parnasse musical, tel qu'il se trouve actuellement. Nous avons été on ne peut pas plus malheureux en spectacles. Donizetti (de Bergame, élève de Mayer), dont les Romains étaient fous il y a deux ans et qu'ils accompagnaient chez lui, le soir de la première représentation de la Zoraïda di Granada, avec des torches et des cris d'admiration, nous a ennuyés mortellement, le 7 de ce mois, avec cette même Zoraïde, fortifiée de quatre morceaux nouveaux. La Pisaroni, qui joue le rôle de l'amant, y est admirable le ténor Donzelli fort bon. Sa voix, cependant, ne me plaît nullement elle est voilée, et, dans les sons hauts, ressemble à un cri. A Valle, (jusqu'ici je vous ai parlé d'Argenlina) à Valle, l'Agnese de Paer est chantée par la Mombelli c'est le chant spianalo dans toute sa pureté, mais non pas dans toute sa chaleur je l'ai trouvée beaucoup


rafraîchie depuis 1820. L'Agnese me paraît dépourvue de chant et. m'ennuie. J'ai dîné aujourd'hui à côté de Mercadante, tout petit jeune homme d'une figure spirituelle il a un style à lui c'est beaucoup pour un jeune homme. Tout Rome chante les airs de Teresa e Claudio je ne conçois pas comment Giuditta 1 n'a pas été sublime dans ce rôle. Mercadante donc, qui a dîné à l'Armeldino 2, fait un dramma serio, Gli amici di Siracusa, pour le 30 janvier.

Si l'on ne remet pas la Donna del Lago, un autre opéra de Rossini, nous sommes flambés. L'année dernière, la Pisaroni et Davide, le ténor, plaisaient tellement qu'on les rappelait cinq ou six fois sur la scène après leurs airs. Hier on a rappelé la Pisaroni deux fois après chacun de ses morceaux. C'est une superbe voix de contralto qui exécute les plus grandes difficultés avec facilité, et qui, de temps à autre, se met comme en colère et alors emporte pièce.

Donizetti est un grand et beau jeune homme froid, sans aucune espèce de talent il me semble qu'on l'applaudit, il y a deux ans, pour faire dépit à la princesse Paolina, qui protégeait le jeune Pacini. 1. Mme Pasta.

2. Restaurant de Rome.


Semiramide a eu le plus grand succès, à Naples. La Molinara, sifflée à Florence à cause des acteurs, a été remplacée par l'Inganno felice. -A Milan, on est malade d'ailleurs vous le saurez mieux que moi, on craint une pendaison, celle du comte Confalonieri, ce qui jette du noir.

Le temps est incroyable de beauté pas un nuage et gelée d'un demi-degré toutes les nuits. J'ai fait des amis à foison je me suis tellement fatigué avec deux amis aujourd'hui à la villa Borghèse et au Pincio, dans une promenade de cinq heures et demie, que je me couche au lieu d'aller au raout de M. l'ambassadeur d'Autriche. Madame Dodwell, née contessina Giraud, nièce de l'auteur de l'Ajo nell' imbarazzo, est, pour moi, la perfection du joli. Je n'ai pas écrit huit lettres depuis deux mois, je marche jusqu'à extinction de chaleur naturelle. Nous avons tous les journaux chez Cracas.

Ce qui m'a fait le plus de plaisir en musique, c'est l'opéra de Thémistocle, à Livourne, par Tachinardi et la Pisaroni, vers le 10 novembre 1. En peinture, ce sont les fresques du Dominiquin, à San Andrea della Valle, que j'avais mal vues en 1817. I. Le 8 novembre 1823 Beyle était Florence où il signait le registre Vieusseux. Sans doute est-ce vers le 20 novembre qu'il passa à Livourne.


Saint-Pierre m'a paru petit j'y avais trop pensé depuis sept ans le Colisée à peu près de même. La nouvelle galerie que Pie VII a ajoutée au musée Pio Clementino en fait le plus beau musée du monde.

Hier l'on a affiché la liste des condamnés pendant les trois derniers mois de 1823 j'y ai remarqué plusieurs homicides à trois ans de galère. Aussi, hier soir, un beau jeune homme a eu le cou à peu près littéralement coupé par un boucher, son rival auprès d'une jolie oslessa (cabaretière) près Monte Cavallo. Mais voici le grave qui arrive, je finis ma lettre. Je suis on ne peut pas mieux reçu de M. l'ambassadeur de France. Ce que j'ai vu de plus curieux dans le genre moral, c'est le jeune Français voyageant en Italie cela passe toutes les théories possibles. Ils viennent pour mourir de plaisir, et ils meurent d'ennui ils ne disent pas quatre paroles d'italien en un jour, et jugent les Italiens, etc., etc. c'est à mourir de rire ajoutez à cela l'enthousiasme de commande pour Rome c'est drôle.

journées les plus agréables de mon voyage, c'est trois jours aux îles Borromées et la traversée de Gênes à Livourne les journées pénibles, Rome, avec sirocco


et la boue puante, vers le 15 décembre. Présentez mes devoirs à l'aimable Giuditta et à toute sa famille amitiés à Colomb et à Maisonnette.

CHAUVIN.

745. A

AU BARON DE MARESTE

Rome, le 23 Janvier 1824.

n'est pas ma faute, mon cher ami non marié, si vous n'avez pas reçu une longue lettre sur la divine laideron Pisaroni. Je veux vous reporter votre mot trop court du 7 novembre dernier, avec le timbre douze janvier 1824; je l'ai reçu je crois, le 13 janvier. Il pleut, pour la première fois depuis le 4. Temps sublime! Grandes promenades avec M. Chabanais et M. Ampère, et de nouveaux amis. Demandez une communication à M. Stritch ou au docteur Shakspeare (M. Edwards).

Mille amitiés à la Giuditta, à son aimable mari, à son excellente mère. Comment se porte le chevalier Micheroux ? Que j'aurais de plaisir à bavarder avec lui Dans la Naissance de Parthénope 1, 1. Opéra de Pavesi.


il y a eu huit premiers partis à Naples. Plate musique, exécution délicieuse. On attend à Rome la Ferlotti, jolie chanteuse qui vaut 25.000 francs pour Paris. Mauvais spectacles à Rome Hier, charmant spectacle français chez M. Demidoff. Madame Dodwell, la plus jolie tête que j'ai vue de ma vie.

7461

A LOUIS DE POTTER

Rome, le 24 janvier 1824.

Largo dell'Impr[es]a.

SI le livre de M. de Potter eût paru en 1750, nul doute qu'il n'eût valu à l'auteur une réputation européenne. Aujourd'hui il a un peu le défaut d'enfoncer une porte ouverte. Les légers arguments de Voltaire, ses raisonnements historiques plus légers encore nous ont persuadé à 17 ans que le catholicisme était une jonglerie établie au profit des 1. Lettre publiée par Gustave Charlier Stendhal et ses amis belges. Etudes stendhaliennes 8. Paris, Le Divan, 1931.

2. Il s'agit de l'Esprit de l'Eglise, paru trcis ans auparavant.


prêtres, d'après la vie d'un Philosophe nommé Jésus. Le gros du public vénérera le livre de M. de Potter plus qu'il ne le lira.

Tous les Français qui sont à Rome me demandent si je connais une Vie des 50 derniers Papes, par M. de Binder. Je vois dans leurs demandes qu'ils voudraient un ouvrage de 500 pages in-8°. On donnerait 4 pages à la vie des anciens papes et des gens insignifiants, 15 et 20 aux Grégoire VI I, aux Léon X, aux Jules II; avant de parler des 50 derniers Papes, une introduction donnerait la vie des 4 papes les plus remarquables dans les temps anciens, St Pierre, Boniface VIII, Grégoire VII, etc., et autres que M. de Potter connaît mieux que moi.

En écrivant ce livre, l'auteur, qui pourrait rester anonyme ou se nommer M. de Binder, devrait avoir présent à l'esprit ces vers de Boileau

.J'appelle un chat un chat et Rollet un fripon. Si l'auteur écrivait en style académique et à périphrases, 2 volumes ne suffiraient pas.

Le volume que je prends la liberté de proposer au savant auteur de l'histoire de l'Eglise serait lu de tous les voyageurs


à Rome. Et le sens du livre serait par eux répandu, à leur retour d'Italie, parmi leurs amis de Paris. L'effet serait immense. Je puis certifier que l'effet seiait assuré, vu le nombre de fois qu'on m'a fait cette question Connaissez-vous une bonne histoire des Papes depuis Alexandre VI ? On devrait admettre toutes les anecdotes prouvées, et par là rendre le livre amusant.

747. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Paris (minuit), Samedi 26 avril 1824. JE désire, mon cher ami, que vous trouviez le temps de passer chez Ladv ocat ce sera une nouvelle obligeance de votre part.

L'Académie française vient de lancer un manifeste contre le romantisme; j'aurais désiré qu'il fût moins bête mais enfin, tel qu'il est, tous les journaux le répètent. Je m'attache à cette dernière circonstance. Pour un libraire tel que Ladvocat, voilà une question palpitante de l'inlérêt du moment; d'autant plus que le dit Ladvocat a fait une espèce de fortune par Schiller et Shakspeare. Fort de


ces grandes raisons et de mille autres, que l'art que vous avez de traiter avec ces gens-là vous suggérera, je voudrais que vous entrassiez chez le dit Ladvocat avec l'air grave et pourtant sans gêne d'un homme à argent. Voici la base de votre discours

« Monsieur, je viens vous proposer une réponse au manifeste de M. Auger contre le romantisme. Tout Paris parle de l'attaque faite par l'Académie française mon ami, M. de Stendhal, l'auteur de la Vie de Rossini et de Racine et Shakspeare, que bien vous connaissez, fait une réponse, à M. Auger cette réponse peut vous être livrée dans trois jours elle aura de deux à quatre feuilles. Je vous en demande trois cents francs, bien entendu pour une première édition, qui n'excédera pas cinq cents exemplaires.1»

Sauf à se réduire à deux cents francs pour mille, ou à cent francs, ou à rien. Hier j'ai envoyé au copiste la fin de cette brochure. Je viens de faire une préface qui en fait une réponse au manifeste de M. Auger.

Il faudrait voir Ladvocat le plus tôt 1. On sait que cette réponse du manifeste d'Auger ou Racine et Shakspeare II ne parut qu'en mars 1825, chez Dupont et Roret.


que vous pourrez. J'écris au Diable boitcux pour le prier d'annoncer ma réponse. Je comptais vous trouver ce soir au café j'y ai mangé le petit enfant de onze heures et quart à onze heures trois quarts. Quand nous verrons-nous ? Demain je vais revoir la Mombelli.

Ch. de SAUPIOUET.

748.

A ANTONIO BENCI1

[3 maggio 18241.

A MICO preggiatissimo quantunque classico.

Eccovi un Amore. Ho trattato

questa passione corne una febbre, corne una malattia, cioè invasions, più alto grado, finalmente morte o guarigione. La pianta dell'opera è l'andamento naturale delle cose.

La vanità avendo rubato il posto a tutte le altre passioni in Francia, e nell'alta società in tutta Europa, ho dovuto pren1. Lettre publiée par E. Toci dans Lettere inedite di illustri italiani e stranieri a A. Benci, livourne 1884, et reproduite par D'Ancona Ricordi storici del risorgiment italiano. Florence, 1913.


dere i miei esempi in Italia. E più, come, a parer mio, l'entusiamo è morto in Toscana ho scelto i miei esempi in Lombardia, a Bologna, in Venezia, ecc., ma per non essere indiscreto, ho trovato bene di fingere per sito delle osservazioni il luogo stesso dove non ne ho fatto per l'apunto, nessuna, vale a dire la Toscana. Questo franco parlare sulla vostra Toscana vi sarà esempio di questa eccessiva sincerità, che puo sola a parer mio risvegliare le povere lettere ammazzate dalle adulazioni e dal parlare contrario al sentire.

Ho fatto una parola nuova. Ho chiamato cristalizatione quell'atto di pazzia che vi fa vedere tutte le perfezioni nell' oggetto ama to.

Questo libro sull'Amore l'avrei publicato in italiano, se non costretto a lasciare la cara Lombardia. Publicarlo in francese è un assurdo, giacchè amore qui non è che « fisico » o « di vanità ». Un borghese si tiene felicissimo di dormire con una duchessa di 60 anni e la trova bella se poi è del sangue reale, bellissima.

Se avete tempo e se potete arrivare al fine del primo volume dell' Amore avrei caro di vederlo annunziato all'Italia nell' Antologia. L'Italia è il solo paese dove si possa giudicare bene della somiglianza di questi ritratti, più Lornbardi pero, torno


a dire, che Toscani o Romani. Il primo tomo dà tutta la teoria dell'Autore, il 2° é di applicazioni. Sono curiose le Arabe, come tradotte espressamente per me dal dottissimo Fauriel.

Se parlate di questo libro, vi domando, sincerità estrema come s'io fossi sepolto da dieci anni. Dite pure che tal libro è del signor Beyle. Voglio andare in Sicilia e riveder Napoli un po' di nome letterario mi sarà passaporto appresso a questi dotti. Scrivendo al signor Vieusseux diteli che serbo gratissima memoria del suo Club dei Sabati. Se sapessi il nome di quel signore che si è degnato di tradurre dalla Edinburgh Review l'articolo sopra la storia della pittura lo ringrazierei di bel nuovo, e li manderei le altre cose mie. Credetemi con vera stima, dal Romantismo in fuori, tutto vostro.

3 maggio 1824 H. BEYLE1. 1. Ami très estimé encore que classique,

Voici un Amour. J'ai traité cette passion comme une fièvre, comme une maladie, c'est-à-dire invasion, point culminant, finalement mort ou guérison. Le plan de l'œuvre c'est l'évolution naturelle des choses.

La vanité ayant accaparé la place de toutes les autres passions en France et dans la haute société de toute l'Europe, j'ai du prendre mes exemples en Italie. De plus, comme à mon avis, l'enthousiasme est mort en Toscane, j'ai choisi mes exemples en Lombardie, à. Bologne, en Vénétie, etc. Mais pour ne pas être indiscret j'ai trouvé bon d'indiquer faussement pour lieu de mes observations celui où je n'en


ai fait, à la vérité, aucune, c'est-à-dire la Toscane. Ce franc parler sur votre Toscane vous sera un exemple de cette excessive sincérité qui peut seule, à mon sens, réveiller les pauvres lettres tuées par l'adulation et les paroles contraires au sentiment.

J'ai inventé un mot nouveau. J'ai appelé cristallisation cet acte de folie qui nous fait voir toutes les perfections dans l'objet aimé.

Ce livre sur l'Amour, je l'aurais publié en Italien si je n'avais été contraint de quitter la chère Lombardie. L'avoir publié en français est une absurdité puisque l'amour ici n'est que « physique » ou « de vanité ». Un bourgeois se tient pour très heureux de coucher avec une duchesse de soixante ans et il la trouve belle, si même elle est de sang royal il la trouve bellissime.

Si vous en avez le temps et si vous pouvez arriver à la fin du premier volume de l'Amour, j'aimerais beaucoup le voir annoncé à l'Italie dans l'Anthologie. L'Italie est le seul pays où l'on puisse bien juger de la ressemblance de ces portraits, plus lombards à la vérité, je le répète, que toscans ou romains.

Le premier tome donne toute la théorie de l'auteur, le deuxième les applications. Les historiettes arabes sont curieuses et ont été traduites expressément pour moi par le très savant Fauriel.

SI vous parlez de ce livre je vous demanderai une extrême sincérité comme si j'étais enterré depuis dix ans. Dites pourtant que ce livre est de M. Beyle. Je veux aller en Sicile et revoir Naples, un peu de renom littéraire me sera un passeport auprès de ces savants.

En écrivant à M. Vieusseux, dites-lui que je garde le souvenir le plus reconnaissant de ses réunions du samedi. Si je savais le nom de ce monsieur qui a bien voulu traduire de l'Edinburgh Review l'article sur l'Histoire de la Peinture je le remercierais de nouveau et je lui enverrais mes autres choses. Croyez-moi avec une véritable estime, le romantisme à part, tout à vous, H. BEYLE. 3 mal 1824.


749. A

A MADAME CURIAL, A PARIS 1 Paris, mardi soir, 18 mai 1824.

Que la prudence est une triste chose ou du moins qu'elle me rend triste J'étais le plus heureux des hommes ou du moins mon cœur battait avec une extrême émotion ce matin en allant chez vous, et cette émotion était douce. J'ai passé la soirée et presque la journée avec vous, mais avec une telle apparence d'indifférence qu'il faut que je fasse un effort pour me persuader qu'il peut en être autrement. Je regrette, pour la première fois depuis dix ans, d'avoir oublié les usages français.

Comment pourrai-je vous voir ? Quand sera-t-il convenable que je me présente de nouveau chez vous ? Je n'y suis pas allé hier, parce que, avant-hier, un domestique m'avait vu demander à la portière si vous y étiez. Etes-vous contente de ma prudence ? Ai-je eu l'air assez indifférent ? J'en suis en colère contre moi-même. 1. Le brouillon de cette lettre était griffonné sur le verso de la feuille contenant le projet de préface de la deuxième partie de Racine et Shakspeare. (Note de Romain Colomb.)


Indiquez-moi de grâce, par la poste, les moments précis où je pourrai vous trouver seule. Je suis bien loin maintenant d'éviter ces moments, et je désespère de les voir arriver, à la quantité de visites que vous recevez.

Un 'petit signe à la fenêtre du boudoir où vous étiez ce matin, par exemple, une persienne à moitié fermée, ou la jalousie à moitié descendue, me dirait que je puis monter.

Si je ne vois pas ce signe de solitude, je ne frappe pas à la porte et repasse un quart d'heure après.

Faut-il donc que vous partiez sans que je vous voie ?

750. A

A MADAME CURIAL, A PARIS [1824].

En rentrant chez moi à deux heures, après vous avoir quittée.

IL faut que je vous écrive, ma chère amie, car il me semble impossible de vous parler. Je dois vous demander excuse de mon indignation de l'autre jour, le jour du dîner. Elle me venait de ce que vous m'appeliez littérateur, qui est, je


pense, le sobriquet que me donne Pot-deFer. Pourquoi m'écrire, me disais-je, si l'on se sent mal disposée pour moi ? J'acceptai le dîner parce que je me figurais un dîner comme ceux d'il y a quatre ans mais les figures de plomb qui vous entouraient gâtaient tout. Si je vous avais dit quelque chose d'un peu délicat, lesdites figures de plomb seraient tombées sur moi. Voilà, ce me semble, le grand et unique malheur de votre position ce sont les ennuyeux. Tout le reste est pénible à passer, mais enfin passera tandis que les ennuyeux vous feront perdre vos matinées, comme celle d'hier matin (quand vous aviez commencé à m'écrire). Or la vie se compose de matinées.

Je voudrais bien vous parler un peu tranquillement la crainte de voir survenir un ennuyeux m'ôte les idées, et alors je ne puis parler que de niaiseries par exemple, de politique, etc., etc.

Si je vous mentais, je n'aurais bientôt plus de plaisir à vous parler. C'est fort sérieusement que j'ai craint de retomber dans cette maladie terrible. Je n'ai retrouvé nulle part la conversation et la confiance, je ne parle pas de l'esprit. Il est impossible qu'on ait le moindre soupçon de mes occupations actuelles. Je ne parais point dans le salon de la dame je ne la


rencontre dans aucun salon je n'ai jamais parlé au mari. Il est impossible d'être plus borné, l'on n'élève la voix que dans les grandes occasions.

Quand partez-vous ? Dites-moi, s'il vous plaît, l'heure où je pourrai vous voir indiquez-moi deux ou trois heures différentes, je me présenterai certainement. Ne pourrais-je pas vous répondre à la campagne ou ailleurs ?

Pardonnez-moi d'être plat devant la belle G. qui répète tout à son frère, lequel n'a pas d'amitié pour votre serviteur.

H. B.

751. A

A MADAME CURIAL, A PARIS Paris, le. 1824.

QUAND je t'ai vue trois jours de suite, mon ange, il me semble toujours que je t'aime davantage, s'il est possible c'est que nous sommes plus intimes, c'est que ce qui nous sépare, ce sont les préjugés qui viennent de ta voiture, et qu'après trois jours d'intimité, chacun de nous, apparemment, ne tient plus à ses préjugés, et ne songe qu'à aimer et à être heureux.


Mon Dieu que j'ai été heureux hier mercredi Je marque ce jour, car Dieu sait quand j'oserai t'envoyer cette lettre. Je l'écris per sfogarmi. Je t'aime tant aujourd'hui, je suis tellement dévoué, que j'ai besoin de l'écrire, ne pouvant le dire à personne. Si nous passions huit jours ensemble et que nos cœurs battissent toujours avec autant d'ardeur, je crois que nous finirions par ne plus nous séparer. J'ai été moins heureux mardi, le jour des Frères Provençaux j'étais un peu choqué. Mais le dîner d'hier a été parfait de bonheur, d'intimité, de douceur. Voilà, suivant moi, du moins, de ces moments qu'on ne trouve jamais, quand on se permet de jouer la comédie avec ce qu'on aime. Je crois que je t'ai expliqué ce mot italien.

752. A

A MADAME CURIAL, A PARIS Paris, le. 1824.

MA bonne amie, afin que tu souffres le moins possible de mes bizarreries je vais faire le sot, c'est-à-dire te parler de moi.

Mes bonnes qualités, si j'en ai, tiennent à d'autres qualités, sinon extrêmement


mauvaises, du moins fort désagréables, mais encore plus déplaisantes à moi qu'aux autres. Je me compare à un conscrit qui arrive dans un régiment de. dragons on lui donne un cheval. S'il a un peu de bon sens, il connaît bien vite les qualités de ce cheval. Le cheval, c'est le caractère mais connaître que le cheval qu'on monte est ombrageux n'ôte pas du tout à ce cheval la qualité d'être ombrageux. Il en est ainsi de mon caractère depuis deux ans surtout, je commence à le bien connaître. Ces défauts ne marquaient guère en Italie, où tout le monde est original et ne fait que ce qui lui fait plaisir, sans s'inquiéter du voisin. En France, on se dit toujours Mais que pensera le voisin ? N'aie pas la moindre inquiétude sur moi, je t'aime à la passion ensuite cet amour ne ressemble peut-être pas à celui que tu as vu dans le monde ou dans les romans. Je voudrais, pour que tu n'eusses pas d'inquiétudes, qu'il ressemblât à ce que tu connais au monde de plus tendre. Je suis triste en pensant que tu as dû être triste jeudi, vendredi et samedi. Devrionsnous augmenter les contrariétés qui nous poursuivent Si tu avais fait une telle action, j'en serais outré. Faut-il que ma maudite originalité ait pu te donner une fausse idée de ma tendresse


753. A

A MADAME.

Paris, le 16 Juin 1824.

Madame,

LES hasards d'une petite succession ayant fait tomber en vos mains quelques lettres qui expliquent les circonstances singulières de ce qui s'est passé entre des personnes de la plus haute distinction, pendant quelques semaines, vous m'avez chargé de tirer de ces lettres le récit d'un amour assez singulier. J'étais l'ami du noble don Carlos, un des héros de cette histoire. Les suites de ce que nous appelons le perfectionnement de la société, qui, à mes yeux, en annonce la décrépitude, rend maintenant impossible l'amour passionné, s'il n'est aidé par un peu d'art et de fausseté. Il est arrivé que les diverses phases de cet amour passionné, dont le récit touche les âmes faites pour aimer, se sont rencontrées entre deux hommes distingués et une femme de la plus rare beauté, avec lesquels le hasard et la société nous ont fait vivre. Cet amour leur a fait quitter la


vous voulez que je leur élève un monument, en racontant, sans le plus léger ornement, ce qu'ils furent et ce qu'ils sentirent. Vous étiez faite pour les comprendre.

Le public aimera-t-il leurs existences ? Je me suis donné beaucoup de peine pour que leurs noms véritables ne soient point exposés aux plaisanteries grossières des âmes vulgaires.

Vous avez employé, madame, cet esprit si distingué, qui fait le charme de vos amis, à construire le récit de cette histoire. Aurons-nous réussi ? Je serai heureux, puisque je vous ai obéi.

STENDHAL.

754. A

A MADAME CURIAL, A PARIS Paris, le 24 Juin. 1824, à midi.

u ne saurais te figurer les idées noires que me donne ton silence. Je pensais que, hier dans la nuit, en faisant tes paquets, tu aurais trouvé le temps de m'écrire trois lignes que tu aurais fait jeter dans la boîte à L. Ne voyant pas


de lettre hier, j'en espérais ce matin. En changeant de chevaux à S. elle aura demandé, me disais-je, une feuille de papier mais non. Uniquement occupée de sa fille, elle oublie l'être qui ne peut plus penser qu'à elle

En rêvant devant mon bureau, les volets fermés, mon noir chagrin s'est amusé à composer la lettre suivante, que peut-être tu m'écriras avant peu car, enfin, que t'en coûtait-il de m écrire un mot ? Voici donc la lettre que j'aurai la douleur de lire

« Tu as exigé de moi, mon cher Henri, la promesse d'être sincère. Ce commencement de lettre te fait déjà prévoir ce qui me reste à ajouter. Ne t'en afflige pas trop, mon cher ami, songe qu'à défaut de sentiments plus vifs, la plus sincère amitié ne cessera jamais de m'unir à toi et de me faire prendre l'intérêt le plus tendre à tout ce qui pourra t'arriver. Tu vois, mon cher ami, par le ton de cette lettre, que la confiance la plus sincère a succédé, dans mon cœur, à des sentiments d'une autre espèce. J'aime à croire qu'elle sera justifiée, et que jamais je n'aurai à me repentir de ce que je fus pour toi.

« Adieu mon cher ami, soyons raisonnables tous les deux. Acceptez l'amitié, la tendre amitié que je vous offre, et ne


manquez pas à venir me voir à mon retour à Paris.

« Adieu, mon ami. »

« »

755. A

A MADAME CURIAL, A PARIS Paris, mardi, sept heures du soir, 1824.

« A présent que je le connais, ai-je trouvé en lui ce que je pensais y trouver, lorsque je le voyais seule-

ment dans le monde et que j'y jouissais de son originalité, de son esprit et de sa belle taille » ?

Voilà ma chère amie, la pensée qui t'occupe. J'ai gagné mon procès en première instance à Paris le gagnerai-je encore à la cour d'appel de M. ? Faitesmoi part de la sentence. Je prenais la chose plus au tragique que ça ce matin, en me promenant vis-à-vis de cette église dont on répare la façade et qui s'appelle Saint-Laurent.

Théodore dîne aujourd'hui chez Auguste. Le mari d'Auguste lui fera lire un acte qui prouve que l'on n'est pas injuste envers cette charmante fille. Le mari m'avait donné un rendez-vous comme le


contrat l'occupait, j'ai eu un tête-à-tête d'une heure avec Auguste, ce qui fera bien gémir Mélodrame, quand il l'apprendra.

Si je continuais, ma je tomberais dans la tendresse la plus tendre, et si la cour d'appel décide que je ne vaux rien, ma tendresse serait ridicule. Adieu, tout m'est insupportable depuis que je sais que tu n'es plus ici. J'avais un dîner délicieux hier, où se trouvaient neuf hommes d'esprit et moi. Quel malheur je n'ai point été brillant du tout. J'ai peu parlé, et ce peu était lourd. Cette catastrophe va agiter ma grande âme. Peut-être qu'il faudra que je renonce à l'amour car, ne pas briller, comment s'accoutumer à ce malheur ? Il est vrai qu'il me reste la beauté et l'opulence. Mais je ne sais, j'aimais mieux les succès de mon esprit ils étaient plus moi.. Le soir, j'ai appris l'histoire d'une pauvre femme amoureuse, A la passion, du mari de son intime amie, et ce mari l'adore. Le mari de la première est un mari féroce, qui n'aime dans sa femme qu'une dot immense et qui serait ravi de là déshonorer, de la reléguer à la campagne, et de jouir seul à Paris de quarante mille francs de rente. Cette histoire dura une heure, elle m'a profondément ému.


J'étais sombre au Café de Foy, à minuit, je venais de faire l'amour à l'espagnole, sous les fenêtres de ma belle je n'avais point de guitare aussi ne l'ai-je point vue. Adieu.

P. S. Ne va pas me mépriser parce que je plie mal ma lettre c'est exprès. 756. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Paris, Juillet 1824.

MON cher ami, je n'ai pas pu profiter hier soir de votre obligeance à me garder une place au parterre, notre pique-nique n'ayant fini qu'à huit heures. Je vous écris ces lignes pour vous pi ier de me laisser un mot chez votre portier, répondant à cette question « Allezvous ce soir chez Maisonnette et à quelle heure y serez-vous ? » Je ne voudrais pas y aller sans vous. Si vous y allez je voudrais y être.

C[rozet] est d'avis que, comme on ne lit plus les journaux, un honnête homme peut écrire dans un journal1 cela me 1. Voir quelques feuilletons du Journal de Paris de 1824, signés M. et d'autres fois A. (Note de Romain Colomb.)


convient car au moyen, des chers confrères travaillant la littérature, je pourrai faire écouler pour 4.000 francs de livres à moi.

Je me chargerais volontiers

1° De l'opera buffa1

De l'annonce des estampes et tableaux qui paraissent dans le cours de l'année.

30 Je donnerais chaque mois, si l'on veut, un article sur les meilleurs ouvrages, qui ont paru en Angleterre.

Cela tiendrait nos badauds au courant de ces deux littératures. Comme je lis les Revues anglaises chez Galignani, et que [Stritch] m'explique les masques, je puis être au courant.

S'il n'y a personne pour rendre compte de l'exposition au Louvre, j'en rendrais compte, en mentant un peu, pour ménager la gloire nationale. Quel est le degré d'absurdité et de mensonge exigé par le rédacteur en chef ? That is the question. Comme on finit toujours par être connu, s'il faut être ridicule et mentir trop fort, je n'en suis pas. Du reste, si l'honneur est sauf, je promets 1. Ce n'est qu'en septembre 1824 que Beyle Inaugurera dans le Journal de Paris cette rubrique sur le Théâtre Royal Italien qu'il tiendra jusqu'au 8 juin 1827. Et il y rendit compte de l'exposition du Louvre en 1824. Voir les Mélanges d'Art.


exactitude et je laisserai, tant qu'on voudra, mutiler mes articles par le rédacteur en chef, grand juge de la paitie des convenances et des amours-propres à ménager.

S'il y avait un théâtre vacant, je le prendrais avec plaisir mais jusqu'à quel point me permettrait-on de prêcher la doctrine de la brochure Racine et Shakspeare ?

En un mot soyez mon ambassadeur, je me moque des honoraires, mais non pas de l'honneur.

Je voudrais être entièrement et absolument connu sous le nom de

ROGER.

757. A

AU BARON DE MARESTE

[Paris], samedi [8 Août 1824] à six heures. Mon cher Ambassadeur,

D'APRÈS ce que Maisonnette vous disait, il y a trois mois, je pense que mille à douze cents francs doit être notre dernier prix. Demandez 3.000, toujours d'après Maisonnette.Pour 1.200 fr. je donnerai 1° une édition à 1200 de l'ou-


vrage actuel qui a 366 pages. Portez votre exemplaire à Delaunay le mien est défiguré comme vous savez 2° Cent pages d'addition, le conte, fort vrai, de Gina (le banquier s'appelait Sorezi elle était de Novare) est un échantillon2. Je vous enverrais bien les Marionnettes qui valent mieux 3, mais il faut en finir. Je fournirai donc cent pages de belles additions. Je voudrais la moitié comptant, l'autre le jour que je remettrai le manuscrit de la dernière feuille. L'impression peut commencer demain. Je remettrai la dernière feuille avant le 30 septembre. Je demande 3.000 ou 1.200 plus 40 exemplaires pour les amis, dont dix en vélin. Allez-y demain si vous pouvez. Je ne puis me rendre chez Mlle Schiassetti. Mille amitiés et remerciements. Faites bien le fier pour le prix. Delalain a vendu le dernier exemplaire 30 francs (il a dit 40) à un Anglais.

1. Rome, Naples et Florence dont la nouvelle édition à 1.200 exemplaires, et en deux volumes, parut en février 1827 chez Delaunay. Le traité avait été signé le 10 janvier 1826 et Beyle obtenait mille francs et vingt-cinq exemplaire.. 2. L'anecdote de Gina est rapportée à la date du 1er octobre 1816, dans l'édition de 1826.

8. Les Marionnettes ont fourni non seulement un chapitre de Rome, Naples et Florence, mais encore deux articles du Globe, 2 et 8 octobre 1824, repris par l'édition des Pages d'Italie, au Divan.


758. A

AU BARON DE MARESTE

17 Août [1824] à 2 heures.

Voici le traité avec le Sr Mongie. Il me semble qu'en signant le traité M. D[elauna]y doit remettre 2 lettres de change l'une, de 300 au 1er octobre, l'autre de 300 au 30 mars 1825. Le lendemain de cette remise, l'auteur enverra la matière de 2 feuilles, et ainsi de suite, sans jamais faire attendre les imprimeurs. Ne pourriez-vous pas accrocher 300 fr. comptant ? la différence ne peut être pour D[elauna]y que de 5 fr., car il doit compter son argent à 1% par mois, 1 mois 1/2 sur 300, c'est 4.50.

Vous pourriez mettre cet article si M. Delaunay fait afficher Rome, Naples et Florence il mettra au bas de l'affiche Par le même auteur Hist. de la Peinlure en Ilalie, 2 vol. in-8°, prix 12 fr Vie de Haydn, Mozart et Métastase, 1 vol. in-8°, prix 5 fr.

Si Delaunay ne consent pas à payer au moins 300 fr. comptant, je ne vois pas de raison pour se presser. Nous pouriions nous donner le temps de voir un autre


libraire, car, comme vous dites, c'est celui de tous pour lequel une telle affaire a le moins d'importance. Au reste, décidez entièrement de tout. C'est bien le moins, après toutes les peines que cette petite affaire vous donne.

H. BEYLE.

759. A

AU BARON DE MARESTE

[Août 1824].

Dear friend,

J'AI vu hier et avant-hier Je et Moi1. Il me semble n'avoir pas envie d'user son crédit pour Stendhal. Quand vous serez de loisir, voyez Delaun[ay]. Tâchez d'accrocher 600 fr. comptant ou au moins 400. Nous passerons un bout de traité. L'impression peut commencer demain. Stendhal corrigera les épreuves jusqu'au 30 septembre, époque à laquelle il va à la campagne. 40 ex., dont 10 vélin. Si Delau[nay] fait afficher le dit Voyage, il mettra au bas de l'affiche 3 autres ouvrages du même auteur la Peinlure, 1. Sans doute Jacquemont, qui lui-même appelait Henri Beyle Jemoi.


l'Amour, Haydn. L'essentiel est l'argent comptant. Malgré toute votre finesse, soyez sûr que Del[aunay] nous trompera encore. Si l'aimable Victor Jacquemont passe à votre bureau, donnez-lui la Préface et les fragments à juger1. (Mais je réfléchis que tout cela est chez vous) je lui trouve beaucoup d'esprit et l'âme élevée. J'ai à vous consulter pour un husband je crains d'être contraint à battre un chevalier de Saint-Louis 2. Envoyez à M. le Comte de Forbin 3 pour les billets et signez-les Bon de M.

Tout à vous. L'essentiel est de l'argent comptant.

LAVARDIN.

Hier, je suis allé faire acte de présence chez M[aisonnette]. II n'y était pas. J'ai écrit. Il y a un article, un peu bavard, mais ouvertement romantique, dans le Journal de Paris du 15.

1. n s'agit toujours de la nouvelle édition de Rome, Naples et Florence. Voir le3 lettres précédentes.

2. Sans doute s'agit-il du gai comte Curlal, assez mécontent de l'assiduité de Beyle près de la Csse Curial. Voir la Gloire etla Bosse, dans le Théâtre, édition du Divan, tome III. 3. Voir la Préface du c Salon de 1824 », dans les Mélanges d'Art, édition du Divan, t. I, p. 5


760. A

A M. LE BARON DE MARESTE, A PARIS

Vendredi, à une heures.

[Paris, le 20 Août 1824].

CHER et obligeant ami, c'est en vain que, hier, je me suis rendu de ma personne chez Mme Schiassetti. Ayant affaire ce matin, je vous adresse 1° Le passeport à l'étranger de ma sœur. 2° La demande de Mme Bazine-Longueville 1, un ancien passeport de Mme Bazine.

Il faudrait deux passeports à l'étranger pour toute l'Italie, passant par le Simplon ou le mont Cenis, en ayant soin d'inscrire Suzette Rivière, la femme de chambre de ma sœur, qu'elle emmène. Mesdames Périer et Bazine iront retirer leurs passeports, se faire voir de vous et signer je leur ai promis que vous ne les mangeriez pas, et même les traiteriez avec bonté.

Si le grand homme 4 est bien ridicule, en revanche il est bien obligeant. 1. Mme Bazine- Longueville était la cousine des Beyle.


Quoiqu'il eût dans le derrière un lavement d'opium, pour ses entrailles, je l'ai mené chez Rapilly, garçon très honnête, quoique libraire, aux Variétés lequel a dit « J'ai tous mes fonds dans mon Marot1, je ne puis rien faire avant le printemps ». De là, nous sommes venus au Constitutionnel lire la première brochure de M. de Chat[eaubriand]2 la seconde paraît lundi et sera plus étoffée.

Ensuite, j'ai traîné ce pauvre garçon, avec son clystère, chez M. Ambroise Tardieu il a trouvé M. Béchet fils. Tardieu a dit L'auteur est une bête de n'avoir pas fait sa troisième édition en même temps que Rossini deux ou trois cents acheteurs de Rossini sont venus me demander Rome, Naples [et Florence en 1817]. »

Buchon a dit à Béchet « En voulezvous pour 1.200 francs ? »

Béchet a répondu « C'est beaucoup, « cependant nous nous arrangerons mais «mon père n'est pas ici il arrive le 25 août, « voyons-nous le 26. »

Je pense donc qu'il faut attendre le 26. Peut-être serait-il bien d'écrire à De1. C'est en 1824 que Rapilly publia les œuvres complètes de Marot.

2. Il s'agit des brochures de Chateaubriand De la Censure que l'on vient d'établir en vertu de l'article 4 de la loi du 17 mars 1822.


launay « M. B. ne revient que le 27 de la campagne comme vos conditions ne sont pas les siennes, il vous rendra réponse alors. »

Quel homme est M. Béchet fils ? Vous n'en savez rien, ni moi non plus. Je et moi demandera 600 francs comptant et 600 à fin mois. J'ai envie d'aller dimanche à Andilly. Savez-vous si Achille ou Apolli[naire] y v ont ? Pourriez-vous y venir, ce qui serait mille fois mieux. Quatre lieues vous aideront à supporter les travaux ardus de la noce. Voici un autre travail ardu. Vous devriez relire Rome, Naples et [Florence], en notant les faussetés et les ridicules, etc. Vous voyez par les quatre premières lignes d'une page qu'il n'y a rien à censurer, vous passez à une autre. Cette manière abrégera les trois quarts de la lecture. Car il y a trop à dire sur les grands articles Alfieri, la France ancienne, etc. Tâchez au moins de me noter les erreurs principales pour le 26.

M. Sautelet vous a-t-il envoyé ses remarques ? Ce soir, à onze heures, je serai chez Mme Pasta.

CHOPPET.


761. A

AVIS AUX TÊTES LÉGÈRES

QUI VONT EN ITALIE

10 Octobre 1824.

1° isez Lalande, de Brosses

20 Itinéraire de Valandi

rien Ou vous ne comprendrez rien à Lisez, si vous pouvez, une histoire de la Peinture et quelque chose sur la Musique ou tout vous ennuiera.

Tâchez de ne pas vous brouiller avant d'être à Genève.

Quand la voisine vous ennuie, faites semblant de dormir.

Dans chaque ville d'Italie, les grandes comme Bologne, Florence, achetez le Guide du pays, la Guida, autrement vous vous ennuierez et ne comprendrez rien à rien.

Avant d'arriver dans une cité, lisez l'article qui la concerne dans Lalande, de Brosses, les notes par Childe-Harold, 1. Beyle adresse ces avis à sa sœur Pauline Mme Périer- Lagrange) et à sa cousine Mme Bazine-Longueville qui allaient partir pour l'Italie.


Valandil, etc., etc., ou bien vous ne comprendrez rien à rien. Faites toujours par écrit vos marchés avec les veturini, Pollastri de Florence est honnête. Prenez toujours, le pouvant, un velurino de Florence; Minchioni aussi est honnête. Une personne seule paye dix à douze francs au plus par jour. Pour ces douze francs, on la charrie, on paye la chambre et le souper du soir.

Etant deux, vous devez être charriées et spesate2 pour huit ou neuf francs. Faites votre offre et allez-vous-en. Une heure après, un veturino inconnu viendra vous dire oui. C'est toujours le même. Ne concluez jamais le marché à la première Parlata.

Au reste, on vient d'établir une diligence de Milan à Rome 3. Les prix sont dans la Gazelle de Milan des premiers jours de septembre 1824.

Etant spez.zale, en partant le matin, vous donnez vingt-cinq centimes chacune d'étrennes.

Je suis allé de Florence à Rome pour 1. L'itinéraire da Valandi, en français, que Beyle recom- mande encore un peu plus loin, se vendait chez Valandi, 37, quai des Grands-Augustins. Ce devait être la traduction du Guide de Vallardi, publié à Milan. Cf. lettre à Sutton- Sharpe du 11 Juillet 1827.

2. Défrayées, nourries.

3. Ce nouveau service fut inauguré le 1er septembre 1824.


dix écus pesés. C'est Minchioni de Florence qui a été mon veturino. J'aimerais mieux voyager par velurino. La diligence coûte le double, et, voyageant de nuit et à heure fixe vous avez la vue du pays de moins, et la crainte des voleurs de plus. Habillez-vous mal en route, tâchez que l'avarice et la prudence l'emportent sur la vanité.

Prenant les veturini, vous voyez les habitudes italiennes dans vos trois ou quatre compagnons de voyage.

Au reste, comme je vous conseille les veturini, vous ne manquerez pas de prendre la diligence.

Arrêtez-vous trois jours à Varèze, trois à Côme et Tremezzina, n'allez à Milan qu'après la Tr[emezzina] II faut six jours à Bologne, autant à Florence s'il y a déjà du brouillard, s'il fait beau, restez à Florence. Je vous donne une lettre pour M. Vieusseux, libraire et homme d'esprit qui ressemble à un épervier.

Corso Buondelmonte je crois, vis-à-vis la colonne et vis-à-vis l'église de SainteTrinité à Florence.

Ecrivez chacune tous les jours ou tous les deux jours ce qui vous reste d'argent. Ce qui manque chaque jour fait la dépense de toute nature.

Toi, Pauline, fais-moi une cravate le


23 de chaque mois. C'est à ce jour que je naquis en 1783. Puisse le nombre de mes cravates arriver à 1783

Quels sont les plaisirs d'un voyage en Italie ?

1° Respirer un air doux et pur

Voir de superbes paysages

30 « To have a bit of a lover 1

40 Voir de beaux tableaux

5° Entendre de belle musique

6° Voir de belles églises

70 Voir de belles statues.

Une femme française se connaît en châles, en étoffes, en rubans, en bonnes cartes soit de piquet, soit entières, mais du reste n'a pas la plus petite idée de tableaux, musique, statues et architecture. Chacune de vous, mesdames, croit que l'architecture de sa paroisse est la plus belle chose du monde. Il faudrait vous dégrossir un peu l'esprit, et lire quelque bon livre, par exemple, Erasme ou l'éducation de la jeunesse.

Vous comprenez bien

1° Qu'il vaut mieux prendre des veturini que la diligence

Qu'il faut payer de huit à dix francs par jour, avec le dîner et la chambre. On 1. Se faire faire un peu la cour.


paye la moitié le premiel jour, le quart au milieu du voyage, le dernier quart en arrivant. Préférez toujours les veturini de Florence. Méfiez-vous toujours de ceux de Rome, Ancône et Rimini. Allez de Baveno à Laveno, de Laveno à Varèze pour 12 lire. (La lira de Milan vaut 76 centimes).

La poste vous mènera de Laveno à Varèze.

A Milan, allez à la Bella Venezia, Place San Fidele, à côté du théâtre, deux francs une belle chambre et trois francs un dîner. A Gênes, la pension Suisse, cinquante centimes le dîner, deux francs pour la chambre.

A Bologne mal allez chez le Français Dupuis, à la Pension Suisse.

Florence, chez Mme Imbert, ancienne femme de chambre de Mme de Bourcit, très honnête.

A Rome, chez Franz.

Franz via Condotti L. Allez chez M. Agostino Manni apothicaire, Piazza San Lorenzo in Lucina près le Corso, près le Cours. M. Agostino Manni, le plus obligeant des hommes, vous trouvera un appartement pas cher. Prenez-le en belle I. Auberge très connue, l'auberge Roesler-Franz, alors tenue par Franz descendant d'une lignée d'Allemands depuis longtemps fixés A Rome.


vue. Je vous conseille via Gregoriana, à côté de Santa-Trinita dei Monti, vis-àvis M. le Consul Prussien 1.

Il faut sacrifier quatre-vingts francs et avoir une belle vue à Rome pendant deux mois, vous aurez un souvenir pour la vie.

Demandez au Nonce de Sa Sainteté, à Florence, de vous procurer une autorisation pour que la douane à Rome visite vos effets a casa, chez vous.

Cette autorisation, on la laisse à la porte del Popolo par laquelle vous entrez au nom de Mme Périer.

Autrement, lorsque vous entrez à Rome, on vous mène à la douane et l'on vous y retient trois heures car l'on fait queue, et les employés visitent chacun à leur tour les voitures qui arrivent par toutes les portes de Rome.

A Florence, allez lire les journaux chez M. Vieusseux, vis-à-vis Santa-Trinità. A Naples, demandez la pension Suisse. Sacrifiez quarante francs par mois pour avoir la vue de la mer. Se loger sur le quai de Chiaja.

Du Simplon à Florence il faut faire viser son passe port chaque soir. On donne 1. M. Trompeo indique, dans son livre si utile Sulle Orme di Stendhal, qu'il s'agit de M. Bartholdy qui habita de 1818 à 1825 à la Trinité des Monts, casa Zuccari.


vingt-cinq centimes à un petit garçon qui va à la Police.

Le seul danger c'est qu'il y ait confusion de passeports. Mettez une marque rouge au vôtre.

Achetez l'itinéraire de Valandi en français. Lisez-le d'avance de manière à savoir qu'à Bologne il y a les galeries à voir. Musée di Cità, galerie Ercolani-TanariMarescalchi.

A Parme, le Musée dans le Palais Farnèse et la salle du couvent de Saint-Paul. Tous les chefs-d'oeuvre du Corrège sont à Parme, voir les églises où il se trouve des coupoles, gâtées aujourd'hui.

A Saronno, entre Como et Milan, voir la peinture de Bernardino Luini.

L'excellent Agostino Manni à Rome voudra vcus loger Largo dell' Impresa à la Lotteria, dans le logement que j'occupais. Autant vaudrait vous loger rue Tirebouchon à Paris. La vue est infâme, mettez-vous via Gregoriana, sur le Pincio, vous aurez quatre-vingts marches à monter chaque jour en rentrant chez vous. STENDHAL.


762. A

AU BARON DE MARESTE,

A HONFLEUR

Paris, le 15 Octobre 1824.

J'AIME mieux, cher ami, ce que vous me dites du caractère gai of the wife1 que si vous m'appreniez que vous avez trouvé auprès du grand crucifix, à un quart de lieue au levant de Honneur, deux billets de mille francs. Voilà un mariage qui s'annonce bien.

J'aime surtout le caractère de M. l'amiral ce sera une ancre pour vous.

Je vous trace ces lignes mourant de faim et sortant du lit, où l'on vient de m'apporter votre épître je vous ferai une longue lettre un autre jour.

Maisonnette plus vide que jamais a diablement gâté les œuvres de Dominique. Du reste fort poli. La vente m'a valu 485 fr. ce mois-ci.

Tout le monde en veut à M. de Villèle; pour moi, je l'aime comme bon financier et anti-Russe. On dit qu'il va être fait duc; gare pour la popularité de Charles X. 1. Mareste était à Honfleur auprès de sa fiancée, Mlle Sartoris.


Sa[lvandy] vient de lancer une philippique contre le dit Villèle. Le clergé paraît s'être fort barbouillé par son indigne procédé envers le feu roi, son bienfaiteur les prêtres voulaient que son corps allât à Notre-Dame, comme ce pauvre Henri IV. Hier, soirée fort gaie chez Giuditta mais ce matin, après la répétition de la Nina, elle retourne au Point-du-Jour. Albert 1 avait l'air tout à fait amoureux et par trop triste. La voisine du second 2 est peu pazza per amore3, pour un noble marchese, absent avec congé 4.

Malgré le ridicule, au lieu d'entrer en matière sur l'Opéra Bouffe, je coupe le dernier article du journal. Si vous pouvez, rapportez-moi ce chiffon, pour la collection, comme dit M. Dupin.

Schnetz est décidément le premier de l'exposition et au rang de Gros son petit Sixte V et la Femme du Brigand le mettent au premier rang, à mes yeux D[elécluze] lui préfère un demi-talent, Léopold Robert. Gros vient d'avoir 1. Stapfer.

2. Mlle Schiassettl qui habitait, hôtel des Lillois, au second étage.

3. Folle d'amour. Allusion à l'opéra de Paësiello La Nina pazza per amore

4. Allusion à Victor Jacquemont, alors chez son ami, Hippolyte Jaubert au château de Herry, près de la Charitésur-Loire (cf. Victor Jacquemont: Lettres à Stendhal, publiées par Pierre Maes, Poursln, 1933, p. 30).


quarante-quatre mille francs pour peindre out le dôme de Sainte-Geneviève on assure que d'en bas on ne distingue rien. Horace Vernet vient d'avoir cinquante mille francs pour le portrait de Sa M. Charles X fait en six jours. Adieu quand revenez-vous ? N'avezvous pas de vilains sables sous les yeux, 1 heures par jour, à marée basse ? Voilà ce qui me déplaisait à mon auberge de Honfleur. CHOPIN D'ARNOUVILLE1. 763. A

AU BARON DE MARESTE

[Paris] Octobre 1824.

Cher Ami,

Maisonnette demande toujours si vous êtes sorti, je dis que non. Quam minimo

Credula postero.

est une belle maxime d'Horace.

Le Maître de Maisonnette peut sortir et Maisonnette avec lui. Avant cette catastrophe étonnante pour les badauds, j'aimerais autant avoir reçu autant de fois 1.Choppin d'Arnouville était préfet de l'Isère depuIs 1817.


75 fr. qu'il y a de miroirs arrangés 1. Je crois qu'il y a 7 miroirs de peinture et 3 miroirs de hoax2, sept et trois font dix. Ce serait justement la belle somme de 750 fr. Mais, qui compte sans son hôte, compte deux fois. Peut-être que les deux rar-gé ne compteront que pour un. Peut-être que les deux premiers, sans numéro, ne comptent pas. Vous seriez bien aimable, dans vos moments perdus, de monter chez Maisonnette. S'il y a une quittance à donner, j'aimerais mieux vous voir signer Durand, car c'est sous le nom de Lemoine que j'entre dans la maison de Love. Ce serait une belle finesse. Sur le nom de la quittance, l'on irait à la servante qui m'ouvrit et à laquelle j'ai donné 5 fr. d'après votre conseil elle dirait M. Lemoine ? le voilà. Donc il faudrait signer d'un autre nom. L'essentiel c'est de toucher, le mois étant fini. J'ai passé ce jour chez vous à cet effet. Je ne suis pas allé à votre entreprise. Il paraît que, 1. Pour comprendre cette lettre il faut se reporter aux explications données par M. Daniel Muller, dans le Divan, de juin 1927 Maisonnette, c'est Lingay qui écrivait au Journal de Paris et y avait fait prendre les articles de Stendhal sur la peinture et la musique. Bn octobre 1824 Stendhal y avait en effet publié 7 articles sur la peinture (dont deux consacrés au peintre Gérard rar-gé) et trois à la musique. Ce qui à 75 francs l'article faisait bien la « belle somme de 750 fr.

2. Hoax mystification. Ce mot a ce sens dans une lettre de Mérimée à Stendhal. Toi il faut lire musique.


comme feu Jésus-Christ, vous faites une retraite de 40 jours que je n'ai pas voulu troubler, mais tâchez de me voir pour bavarder.

DURAND.

764. A

A M. DUBOIS, DIRECTEUR

DU JOURNAL LE GLOBE 1

Paris, 3 Novembre [1824].

Monsieur,

LES louanges que vous voulez bien m'accorder dans le no 24 du Globe sont fort exagérées, ce n'est peutêtre pas une raison pour qu'elles déplaisent à l'amour-propre d'un auteur. Ce qui m'en plaît surtout, c'est qu'elles ne sont pas sollicitées, et notre métier d'hommes de lettres, Monsieur, serait moins avili, 1. Le Globe du 2 novembre 1824, à propos des Conversations de lord Byron, ouvrage inédit du capitaine Medwin, reproduisait une lettre contenue dans cet ouvrage, lettre de Byron datée de Gênes le 29 mai 1823 (reproduite par R. Colomb dans sa notice). Le Globe accompagnait cette lettre de cet avant-propos «Cette lettre est adressée à un Français spirituel qui s'est caché longtemps sous divers nomsetdiverses Initiales, et dont l'originalité piquante, l'excellent ton de critique, les aperçus ingénieux, le style franc et pittoresque auraient pu faire réellement la fortune de trois ou quatre auteurs. Après un tel éloge je dois ajouter que je n'ai jamais vu M. le baron de Stendhal (M. Beyle). » C'est à ce chapeau qui dévoilait trop crûment son identité que Beyle répondait par sa lettre du 3 novembre 1824.


si tout le monde agissait comme vous et moi. Sans doute, dans le Corps des Préfets, dans le Corps des Colonels, il y a des hommes qui se conduisent comme MM. Ancelot, Lacretelle, etc., mais le public les ignore, tandis que les bassesses des hommes de lettres sont patentes. Je vais tous les ans en Italie, c'est ce qui me fit prendre dans le temps, le nom de Stendhal. Vous voyez le traitement qu'on fait subir à M. Courier comme je n'ai pas la célébrité de cet homme éloquent, je dois avoir plus de prudence. Je vous serais obligé, Monsieur, de ne plus parler de moi que sous le nom de Stendhal. Il paraît que le Globe s'exagère un peu le talent des gens qu'il aime, mais que du reste il veut être impartial. Le premier journal qui aura ce courage, pendant 3 ans, fera fortune. Le public a soif de la vérité, beaucoup de gens de province veulent acheter des livres, et sont étonnés de voir arriver une niaiserie quand ils ont demandé quelque ouvrage pompeusement annoncé de MM. Jouy ou Casimir Delavigne. Je ne sais comment la littérature française se tirera de ce mauvais pas La mauvaise foi des journaux littéraires. Une académie de province, victime de ce malheur, devrait en faire le sujet d'un Prix.


Le pauvre Pellico, le premier Poète tragique du continent peut-être, va sortir du Spielberg dans quelques mois 1. Rien n'égale la pauvreté de ce grand poète. Probablement il imprimera dix tragédies dont j'ai vu les manuscrits en 1818. Il faudrait que le public sût que Francesca da Rimini est ce que la langue italienne a produit de plus ressemblant à Racine. Au premier moment de loisir, je prendrai la liberté, Monsieur, de vous adresser une page sur Pellico 2. Je vous engage à vérifier la vérité des louanges que Pellico me semble mériter et à leur donner de la publicité. M. Ugoni de Brescia 3, un excellent juge de fa littérature italienne, est à Paris et peut être consulté sur le mérite poétique de l'auteur de Francesca et de Eufemio di Messina. J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. STENDHAL.

1. Beyle a écrit Spitzberg, faute qui lui était famulère. Silvio Pellico ne devait sortir du Spielberg que le 10 septembre 1830.

2. Cette page sur Pellico a été écrite en effet, et a paru dans le Globe du 30 novembre 1824. Le lecteur la trouvera dans notre édition des Mélanges de Littérature, édition du Divan, tome III, p. 329.

3. En mai 1823, Ugoni avait consacré à l'Histoire (le la Peinture en Italie un article louangeur dans l'Antologia de Florence


765.—A

A MADAME LOUISE SW. BELLOC1 A PARIS

Paris, le. 1824.

JE serais heureux, madame, de pouvoir vous donner quelques renseignements pour l'ouvrage que vous préparez sur lord Byron. Il est vrai que j'ai passé plusieurs mois dans la société de ce grand poète, mais, en vérité, parler de lui n'est pas chose facile je n ai vu lord Byron dans aucun de ces moments décisifs qui révèlent tout un caractère ce que je sais sur cet homme singulier n'est que le souvenir de ce que j'ai senti en sa présence 2. Comment rendre compte d'un souvenir sans parler de soi, et comment oser parler de soi après avoir nommé lord Byron ?

1. Auteur de l'ouvrage ayant pour titre Lord Byron. (Note de Romain Colomb.)

2. Voir à ce sujet la lettre à Crozet du 20 ootobre 1824 et les pages sur lord Byron publiées dans les Mélanges de Littérature, édition du Divan, t. HI, p. 253.

Au chapitre XI du tome 1 de son ouvrage Lord Byron Paris, 2 vol. in-8°, 1824, Mme Belloc indique en note: Un homme de beaucoup d'esprit qui a connu lord Byron à Milan a bien voulu me donner, des détails très intéressants et très curieux sur son caractère et sa conversation (voyez b note 84). » Et en fin de volume ladite note 34 reproduisait la lettre de Stendhal que nous donnons ici.


Ce fut pendant l'automne de 1816 que je le rencontrai au théâtre de la Scala, à Milan, dans la loge de M. Louis de Brême. Je fus frappé des yeux de lord Byron au moment où il écoutait un sestetto d'un opéra de Mayer, intitulé Elena. Je n'ai vu de ma vie rien de plus beau ni de plus expressif. Encore aujourd'hui, si je viens à penser à l'expression qu'un grand peintre devrait donner au génie, cette tête sublime reparaît tout-à-coup devant moi. J'eus un instant d'enthousiasme, et, oubliant la juste répugnance que tout homme un peu fier doit avoir à se faire présenter à un pair d'Angleterre, je priai M. de Brème de m'introduire à lord Byron.

Je me trouvai le lendemain à dîner chez M. de Brème, avec lui et le célèbre Monti, l'immortel auteur de la Basvigliana. On parla poésie on en vint à demander quels étaient les douze plus beaux vers faits depuis un siècle en français, en italien, en anglais. Les Italiens présents s'accordèrent à désigner les douze premiers vers de la Mascheroniana1, de Monti, comme ce que l'on avait fait de plus beau dans leur langue, depuis cent ans. Monti voulut bien nous 1. Poème sur Bonaparte, composé en 1801, à l'occasion de la mort du célèbre géomètre Lorenzo Mascheroni,


les réciter. Je regardai lord Byron, il fut ravi. La nuance de hauteur, ou plutôt l'air d'un homme qui se trouve avoir d repousser une importunité, qui déparait un peu sa belle figure, disparut tout à coup pour faire place à l'expression du bonheur. Le premier chant de la Mascheroniana, que Monti, récita presque en entier, vaincu par les acclamations des auditeurs, causa la plus vive sensation à l'auteur de Childe Harold. Je n'oublierai jamais l'expression divine de ses traits c'était l'air serein de la puissance et du génie et suivant moi, lord Byron n'avait, en ce moment, aucune affectation à se reprocher.

On compara les systèmes tragiques d'Alfieri et de Schiller. Le poète anglais dit qu'il était fort ridicule que, dans le Philippe II d'Alfieri, don Carlos se trouvât sans difficulté, et dés la première scène, en tête-à-tête avec l'épouse du soupçonneux Philippe. Monti, si heureux dans la pratique de la poésie, présenta des arguments tellement singuliers sur la théorie, que lord Byron se penchant sur son voisin, dit, en parlant de Monti He Knows not how he is a poet 1.

1. Il ne sait pas comment il est poète. Mot rapporté comme ayant été dit par Hobhouse dans la lettre à Crozet du 31 décembre 1816.

CORRESPONDANCE. VI 8


Je passai presque toutes les soirées, à partir de ce jour, avec lord Byron. Toutes les fois que cet homme singulier était monté et parlait d'enthousiasme, ses sentiments étaient nobles, grands, généreux, en un mot au niveau de son génie. Mais dans les moments prosaïques de la vie, les sentiments du poète me semblaient aussi fort ordinaires. Il y avait beaucoup de petite vanité, une crainte continuelle et puérile de paraître ridicule, et, quelquefois, si je l'ose dire, de cette hypocrisie que les Anglais appellent cant. Il me semblait que lord Byron était toujours prêt à entrer en compromis avec un préjugé pour en obtenir une louange.

Une chose qui frappait surtout les Italiens, c'est qu'il était facile de voir que ce grand poète s'estimait beaucoup plus comme descendant de ces Byron de Normandie qui suivirent Guillaume lors de la conquête de l'Angleterre, que, comme l'auteur de Parisina et de Lara. J'eus le bonheur d'exciter sa curiosité en lui donnant des détails personnels sur Napoléon et sur la retraite de Moscou qui, en 1816, n'étaient pas encore un lieu commun. Ce genre de mérite me valut plusieurs promenades tête-à-tête dans l'immense et solitaire foyer de la Scala. Le grand homme apparaissait une demi heure


chaque soir, et alors c'était la plus belle conversation que j'aie rencontrée de ma vie un volcan d'idées neuves et de sentiments généreux tellement mêlés ensemble, qu'on croyait goûter ces sentiments pour la première fois. Le reste de la soirée, le grand homme était tellement Anglais el lord, que je ne pus jamais me résoudre à accepter l'invitation d'aller dîner avec lui, qu'il renouvelait de temps en temps. II composait alors Childe Harold; tous les matins il écrivait cent vers, qu'il réduisait le soir à vingt ou trente. Entre ces deux travaux il avait besoin de repos, et il trouvait cette distraction nécessaire en bavardant après dîner, les coudes sur la table et, disait-on, avec le naturel le plus aimable.

Je remarquai que, dans ses moments de génie, lord Byron admirait Napoléon, comme Napoléon lui-même admirait Corneille. Dans les moments ordinaires où lord Byron se croyait un grand seigneur, il cherchait à donner des ridicules à l'exilé de Sainte-Hélène. Il y avait de l'envie chez lord Byron, pour la partie brillante du caractère de Napoléon ses mots sublimes le vexaient nous lui donnions de l'humeur en rappelant la fameuse allocution adressée à l'armée d'Egypte « Soldats, songez que du haut de ces pyramides


quarante siècles vous contemplent! » Lord By ron eût pardonné plus facilement à Napoléon s'il eût eu l'apparence un peu plate de Washington. Ce qu'il y avait de plaisant, c'est que ce n'était point du tout la partie despotique du cœur de Napoléon qui heurtait le pair anglais. Un soir, comme lord Byron me faisait l'honneur de se promener avec moi dans le foyer de la Scala, on vint l'avertir que l'officier autrichien de garde au théâtre venait de faire arrêter son secrétaire, M. Polidori, médecin qui était auprès de lui. La figure de lord Byron prit sur le champ une ressemblance frappante avec celle de Napoléon lorsqu'il était en colère. Sept ou huit personnes l'accompagnèrent au corps de garde il y fut magnifique d'indignation contenue et d'énergie, pendant une heure que dura la colère vulgaire de l'officier de garde. Au retour, dans la loge de M. de Brème, on se mit à faire l'éloge des principes aristocratiques qui, d'ordinaire, étaient fort du goût de milord Byron. Il fut sensible à la plaisanterie, et sortit de la loge furieux, mais sans s'être jamais écarté du ton d une politesse parfaite. Le lendemain, le secrétaire fut obligé de quitter Milan. M. de Brème m'engagea peu après à conduire lord Byron au musée de Bréra


j'admirai la profondeur de sentiment avec laquelle ce grand poète comprenait les peintres les plus opposés Raphaël, le Guerchin, Luini, le Titien, etc. L'Agar renvoyée par Abraham, du Guerchin, l'électrisa de ce moment l'admiration nous rendit tous muets il improvisa une heure, et mieux, suivant moi, que madame de Staël.

Ce qui me frappait le plus chez cet homme singulier, surtout quand il disait du mal de Napoléon, c'est qu'il n'avait selon moi, du moins, aucune véritable expérience des hommes son orgueil, son rang, sa gloire, l'avaient empêché de traiter jamais d'égal à égal avec eux. Sa hauteur et sa méfiance les avaient toujours tenus à une trop grande distance pour qu'il pût les observer il était trop accoutumé à ne pas entreprendre ce qu'il ne pouvait pas emporter de haute lutte. En revanche, onadmirait une foule d'idées fines et justes si l'on venait à parler des femmes qu'il connaissait, parce qu'il avait eu besoin de leur plaire et de les tromper. II plaignait les femmes anglaises, celles de Genève, de Neufchâtel, etc. II manquait au génie de lord Byron de s'être trouvé dans la nécessité de négocier et de discuter avec des égaux. Je suis convaincu qu'à son retour de Grèce, ses talents eussent paru


tout à coup grandis de moitié. En cherchant à mettre la paix entre Mavrocordato et Colocotroni, il eût acquis des connaissances positives sur le cœur humain. Peut être alors lord Byron eût-il pu s'élever à la hauteur de la vraie tragédie.

Il aurait eu moins de moments de misanthropie il n'eût pas cru toujours que tout ce qui l'environnait s'occupait de lui, et s'en occupait pour faire de l'envie ou chercher à le tromper. Le fond de misanthropie de ce grand homme avait été aigri par la société anglaise. Ses amis observaient que plus il vivait avec des Italiens, plus il devenait heureux et bon. Si l'on met l'humeur noire à la place des accès de colère puérile, l'on trouvera que le caractère de lord Byron avait les rapports les plus frappants avec celui de Voltaire.

Mais je m'arrête, pour ne pas faire une dissertation. Je vous demande pardon, madame, de ces considérations générales, j'aurais bien voulu pouvoir les remplacer par des faits sept ou huit années d'intervalle les ont bannis de ma mémoire, et je n'y trouve, sur lord Byron, que les conclusions que dans le temps je tirais des faits mêmes. Je m'estimerai fort heureux, madame, si vous voulez bien accueillir avec bonté cette espèce de portrait moral,


et voir, dans ces pages écrites à la hâte, une preuve du respect profond avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc. H. BEYLE.

766. A

AU BARON DE MARESTE

Paris, le 17 décembre 1824.

QUE dites-vous de cette préface 1 ? Qu'en diriez-vous si vous ne me connaissiez pas ?

J'ai l'idée de réunir les articles [du] Salon ainsi que ceux sur l'Opera buffa, insérés dans le Journal de Paris 2. Pour plaire à la haute société il faudrait Ne jamais imprimer. Tout livre, si petit qu'il soit, nuit à l'aristocratie Il ne faudrait pas défendre un régicide3. Mais jamais je ne pourrais plaire à qui a 60.000 francs de rente car je me fiche sincèrement d'un homme qui a 60.000 francs de rente et cela perce. 1. Probablement la préface écrite pour précéder les articles sur le Salon de 1824 et publiée dans les Mélanges d'art, édition du Divan. Voir les lettres de Jacquemont à Stendhal, publiées par Pierre Maes, chez Poursin, Paris, 1933, lettre V, p. 115.

2. Voir Mélanges d'art.

3. L'abbé Grégoire, député de l'Isère en 1819; Beyle lui donna sa voix comme électeur.


767. A

A MESSIEURS LES MEMBRES DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE 1 Paris, le. 1824.

Monsieur,

J'AI le projet, un peu hardi peutêtre, de solliciter votre voix pour être admis à l'Académie française. Je compte prendre cette liberté vers l'an 1843. A cette époque j'aurai soixante ans, l'Académie ne comptera probablement plus parmi ses membres plusieurs hommes fort honnêtes, fort estimables, fort aimables, mais qui, peut-être à tort, ne me semblent pas des juges littéraires. Un médecin qui a de l'expérience fait une monographie de la fièvre. Vers la fin d'une jeunesse fort agitée un oisif a essayé de faire une monographie de cette maladie que tout le monde prétend avoir eue et qu'on appelle l'Amour. On dit que les premières pages sont obscures. L auteur serait heureux si l'homme supérieur, qu'il scandalise peut-être, pouvait arriver 1. Projet d'une circulaire qui sans doute ne fut pas envoyée.


Jusqu'aux dernières pages de l'Amour et se dire Après l'admission de MM. tel, tel, tel, je donnerai ma voix à celui-ci. Il est avec respect,

B.

auteur de la Vie de Rossini.

768. B

A SA SŒUR PAULINE 1

Paris, 20 Mars 1825.

MA chère amie, on te cherche partout à Grenoble pour t'envoyer deux

mille cinq cents francs, produit

d'une liquidation. Crozet m'en donne avis Michoud le lui avait dit par hasard. Tu aurais dû écrire à Madame Sophie. Il paraît qu'il faut une procuration nouvelle pour toucher cette somme. Adresse-toi à M. le chevalier Arcaud, au Palais de France, qui t'indiquera quel est le consul de France à Rome. Tu passeras une procuration à Grenoble pour toucher ces 2.500 fr., peut-être y a-t-il 2.800 ou 3.000 fr. Je te conseille d'écrire 1. Mme Pauline Périer-Lagrange, dalla signora Hilaire, marchande de modes, Palazzo Mignanelli, Piazza di Spagna Roma.


sur-le-champ à Madame Sophie et à M. Bois. Il pourraient t'envoyer à Rome une lettre de change de 500 fr. payable à Milan et que tu négocieras à Rome en y perdant 1 p. Je pense qu'ils peuvent t'envoyer 500 même avant de recevoir la procuration.

Adieu, ma chère amie.

H. BEYLE.

21 Mars 1825.

Mela parère meta danaro disent les Italiens. Dominique, ne pouvant te donner que des pareri, ne t'a pas écrit. Je suis étonné du degré de méchanceté de Joséphine2. Tu l'auras rendue jalouse. Comme tu lui as des obligations, je te conseille de n'en jamais dire de mal sérieux. Je ne lui ai jamais pailé du voyage en Italie, ne voulant pas de responsabilité avec une telle tête. Il y a bien quelque chose à dire de ta tête. Si j'avais de la fortune, tu pourrais te croiser les bras et t'oublier comme tu as fait chez M. Lorr. Tu sais qu'il n'en est pas ainsi. Considérant que le climat 1. Moitié conseil, moitié argenté 2 Leur cousine Bazine de Longueville avec qui Pauline voyageait en Italie.


est le trésor des mauvaises santés et des gens peu riches. 2° que ni toi ni Dominique n'avez l'esprit d'intrigue nécessaire indispensable à Paris. 3° Que dans le pays des aveugles les borgnes sont rois je te conseille de te fixer comme institutrice dans quelque couvent de Rome ou de Naples en versant comme gage de bonne conduite 80 louis. Si jamais la fortune me sourit, je te tirerai de là. Quand l'on n'est pas riche, il faut travailler et non pas bayer aux corneilles. Que viendraistu faire à Paris ? Ton vrai travail est de trouver du travail. Tâche de raisonner un peu et de comprendre ces trois considérants.

Tout à toi.

B.

769

A MIGNET 1

Paris, jeudi 31 Mars 1825.

Monsieur,

Pour être artiste après les la Harpe, il faut un courage de fer. Il faut encore moins songer aux critiques qu'un jeune officier_de dragons chargeant 1. Cette lettre, citée par Colomb dans sa précieuse notice, avait paru dans le Globe du jeudi 31 mars 1825 sous la


avec sa compagnie ne songe à l'hôpital et aux blessures. C'est le manque absolu de courage qui cloue dans la médiocrité tous nos pauvres poètes. Il faut écrire pour se faire plaisir à soi-même, écrire rubrique Variétés. Le Globe avait fait précéder cette lettre ouverte du chapeau suivant

« Le courage est rare en toute chose il en faut même en littérature. Un homme d'esprit qui donne depuis longtemps l'exemple et qui réussit toujours contre l'Académie, nous communique la lettre suivante. C'est une prédication puisse-t-elle être heureuse Puissent nos jeunes poètes ne pas trembler devant cette autre académie du Constitutionnel et du Mercure, qui chancelle presque comme M. Auger, et qui n'a plus pour se soutenir que les éloges que ses membres se renvoient chaque semaine les uns aux autres, avec le sang-froid de l'habitude et la régularité d'hommes d'affaires « NAÏVE RÉPONSE à un philosophe qui m'écrit Les arts sont perdus en France on peut chanter leur De profundis; notre siècle comprendra les chefs-d'œuvre, mais n'en fera pas il y a des époques d'artistes, il en est d'autres qui ne produisent que des gens d'esprit, d'infiniment d'esprit si vous voulez. »

M. Daniel Muller a exposé avec beaucoup de sagacité dans la Chronique Stendhalienne du Divan (N° 48, mai 1914) que la lettre de Beyle partie dans le Globe répondait réellement à une lettre que Mignet lui avait adressée le 25 mai 1825 et où, le félicitant de la seconde brochure de Racine et Shakspeare, il lui disait entre autres choses

« Le jour où nos auteurs et notre public penseront comme vous, il n'y aura plus de théâtre, et la tragédie se passera dans les livres, et non sur la scène. En attendant, nous ferons remuer encore quelque temps avec nos vieilles ficelles la poupée dramatique. Mais les arts sont perdus, et on peut chanter leur De Profundis: notre siècle les comprendra, mais n'en fera pas. »

Mignet, plus tard, après la mort de Beyle, a porté sur lui ce jugement que nous empruntons à sa Correspondance « Beyle avait de l'esprit, mais pas assez pour être simple et naturel Il affectait la singularité, et n'étant, pas si original, il s'était fait bizirre aussi n'y avait-il guère plus de vérité dans ses livres que dans sou nom. »


comme je vous écris cette lettre l'idée m'en est venue, et j'ai pris un morceau de papier. C'est faute de courage que nous n'avons plus d'artistes. Nierezvous que Canova et Rossini ne soient de grands artistes ? Peu d'hommes ont plus méprisé les critiques. Vers 1785, il n'y avait peut-être pas un amateur à Rome qui ne trouvât ridicules les ouvrages de Canova. Vous me direz, à la première rencontre, à partir de quelle époque a commencé le siècle inhabile à produire des artistes. Monti, Byron, et surtout Walter Scott, ne sont-ils pas de grands poètes ? Je parierais presque que le peintre Prud'hon et le poète Béranger iront à la postérité. Un homme de génie, qui aurait dixsept ans aujourd'hui, nous donnerait le mélange de hautes pensées et de sentiments profonds qui fait le génie, plutôt sous la forme de discours patriotiques, tels que ceux de M. le général Foy, que sous la forme de traités philosophiques comme Rousseau, Pascal ou Montesquieu. Je crois même que Molière, naissant aujourd'hui, aimerait mieux être député que poète comique. Chaque siècle a des hommes de génie quelquefois ils s'en vont sans avoir étalé, comme ceux qui naquirent au neuvième et au dixième siècle. Chaque époque a une branche de


connaissances humaines sur laquelle elle concentre toute son attention là seulement il y a vie. Du temps de Pétrarque, il s'agissait de découvrir et de publier des manuscrits anciens. De nos jours, hélas la politique vole la littérature, qui n'est qu'un pis aller.

J'ai l'honneur, etc. S. 770. A

A MONSIEUR X.

Paris. [Avril 18251].

Monsieur,

JE vous serais obligé de ne pas imprimer cette lettre. Je vous remercie beaucoup de l'article poli que vous insérez sur Racine et Shakspeare. Je voudrais y voir un plus grand nombre de critiques.

Je ne suis point l'auteur des lettres du Classique 2. La petite poste a réellement porté ces lettres à la fin d'avril 1824. Je l'ai indiqué dans la note de la page 50. 1. Racine et Shakspeare II avait paru en mars 1825. 2. Le classique en réalité aurait été un M. Bérenger- Labaume de Marseille, qu'il ne faut pas confondre avec M. Labaume publiciste à Paris. Cf. Louis Royer En marge de deux ouvrages de Stendhal. Paris, Gimud-Badin, 1925.


Je me suis fait un devoir de ne rien changer aux lettres de l'homme de fort bonne compagnie qui voulut bien m'écrire. J'avoue que je ne me serais point exprimé comme lui sur le compte de M. de Lamartine. Je trouve un vrai talent, non pas dans la prose, mais dans les vers de M. Hugo. Mon correspondant classique étant un homme de l'ancien Régime, j'ai respecté son goût dans tout ce qui a rapport à la plaisanterie. J'en suis fâché aujourd'hui, car je tiens beaucoup à être poli. Je trouve, Monsieur, que vous raisonnez mal en me reprochant d'avoir cité la Pandore au lieu du Miroir1. D'abord, cette note est du Classique. Fût-elle de moi, n'est-ce pas déjà un effort de mémoire assez admirable que de se rappeler, à un an de distance, un numéro d'un petit journal ? L'essentiel c'est que le fait soit vrai. Je crois que l'on n'est pas impoli envers un autre en disant que son ouvrage est déteslable. Tout homme qui imprime sollicite une louange,doit s'exposer aux sifflets. Je désire pour mon compte la vérité tout entière et la vérité la plus âpre. Je ne connais de vue aucune des personnes que j'ai nommées. Je serais au 1. La Pandore, journal libéral, avait succédé au Miroir de Jouy et Arnault, et vécut du 17 juillet 1823 ou 31 juillet 1825.


désespoir d'avoir été impoli. Si la brochure sur Racine et Shakspeare a une seconde édition, je supprimerai les mots du Classique que MM. Hugo et de Lamartine pourraient regarder comme des impolitesses.

Je trouve que vous avez tout à fait tort de me reprocher de n'avoir parlé que du théâtre. Il y a, page 73 car comme M. Auger, je n'ai parlé que du théâtre (page 7 du discours de M. le Directeur de l'Académie).

Je dis, page 43, que malgré l'unité de lieu, la Tempête de Shakspeare est une pièce romanlique. A tort ou à raison, mon avis est (page 94), qu'il ne faut pas de vers pour la tragédie nationale, telle que Jeanne d'Arc. Je lis ces deux réponses, et j'en conclus que ma définition n'est pas étroite.

J'ai voulu avant tout être clair. J'ai restreint le plus possible le champ de la discussion. M. Auger m'a servi à souhait en disant Je ne parle que du théâtre. Il me semble que la littérature française est étiolée par les articles de complaisance ou d'injures. Je désire la critique la plus sévère et toute la vérité. Je me corrigerai si je suis convaincu. Je relis souvent les Méditations de M. de Lamartine. J'ai lu les Odes de M. Hugo.


Je serais au désespoir d'être impoli envers des gens de lettres de cette volée, et même envers qui que ce soit. Je vous prie de ne pas parler de ma lettre et de me croire, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

STENDHAL.

771

A MONSIEUR* 1

Aimable classique, [1825].

J'ESPÉRAIS vous rencontrer chez notre ami Lingay et vous remercier de votre bel article. Il est bien long et bien fait pour faire acheter. Je vous dois d'autant plus de reconnaissance que plusieurs des idées de l'auteur ont dû vous faire dresser les cheveux d'horreur. Je crois qu'il n'y a point de paix possible entre vous autres et nous autres. Il faut qu'un des deux mange l'autre.

En attendant ce grand repas, je suis votre très dévoué et très obligé serviteur. H. BEYLE.

Dimanche 20,

1. Lettre autographe appartenant à la Bibliothèque de Versailles.

Cette lettre doit être approximativement de la même période que la précédenteet,commeelle,est un remerciement pour un article écrit sans doute sur Racine et Shakspeare IF


7721

A MM. DUPONT ET RORET2

10, rile Richepanse, le 10 Mai [1825].

Monsieur,

M. FOURNIER me dit qu'il a réglé avec vous tout ce qui concerne la vente de la brochure intitulée Racine el Shakspeare3.

Je pars pour la campagne, le 12 ou le 13 de ce mois. Je désirerais régler le compte de cette brochure avant de quitter Paris. Je vous serais obligé de m'envoyer ce règlement un de ces matins avant 10 heures n° 10, rue Richepanse près le Boulevard. Je vous remercie des soins que vous avez donnés à la vente, et j'ai, Monsieur, l'honneur de vous saluer.

H. BEYLE.

1. Lettre publiée pour la première fois par Émile Henriot, à qui elle appartient, dans le Divan de juin 1914. 2. Messieurs A. Dupont et Roret, libraires 37, quai des Augustins, Paris.

3. Il s'agit Ici de la deuxième partie de Racine et Shakspeare. M. Fournier est l'imprimeur de l'ouvrage.


773. A

AU BARON DE MARESTE,

A HONFLEUR

Paris, le 13 juillet 1825.

CHER ami, je reviens à Paris pour partir. L'heure de la malle-poste me presse ainsi poras palabras 1.

Mademoiselle Mars est grosse, dit-on, chef-d'œuvre de M. de Mornay. Le général Gourgaud, dans sa réfutation de M. de Ségur2, a, dit-on, insulté le dit Ségur on parle beaucoup d'un duel à la Bourse. Cousin nous a dit que c'était pour demain. Quatre millions sont convertis on pense que l'opération est manquée mais on dit que les 75 peuvent être à 78, un moment. Il y a dégoût pour la rente. Les étrangers, tracassés, n'en veulent plus. Cependant l'avis des gens sages est de garder. J'ai un ami génevois, le plus sage des hommes, il me dit « Gardez », et je garde.

J'ai prêté tous mes Globe. N'ayez aucun 1. Peu de mots.

2. Auteur de l'Histoire de Napoléon et de la grande armée en 1812.


regret ils sont plus pédants que de coutume.

M. Girard, d'Egypte, offre de faire un canal sous chaque rue de Paris, moyennant huit millions.

M. Jacques Laflitte offre, ou offrira en 1826 de faire la rue de la porte du Louvre à l'éléphant de la Bastille on lui laisserait la plus value des maisons. Il faut une loi, bien entendu. Le roman de W. Scott the betrothed est fort ennuyeux c'est de l'histoire avec détails.

M. Romieu a lu, à Sautelet, des proverbes romantiques qui l'ont enchanté. Galli, arrivé le 10, va nous faire rire. Il prend les rôles de Buffo, invisibles dans les mains de Graziani. La divine Giuditta a loué une belle maison à Suresnes ou Puteaux, à dix minutes du pont de Neuillyl. Le bon Delécluze est toujours égoïste. Le docteur Edwards est à Londres. Nous vous attendons de pied ferme le 6 août.

Présentez à vos dames l'hommage de mon respect.

COLLINET DE GREMME.

1. La maison de campagne de Mme Pasta était à Puteaux, si nous en croyons la correspondance de Jacquemont.


774. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Paris, le 21 Août 1825.

MON cher ami, la Giuditta, comme vous savez, prétend être insensible aux lettres d'amour essayons. Voici une lettre que je vous supplie de faire copier sur beau papier vélin. Un amant tel que M. Edmond de Charency ne néglige pas ces accessoires.

Composez aussi une lettre si celle-ci ne réussit pas, nous lâcherons la seconde mais il faut une adresse. Donnez celle de l'ami Porte sous un nom supposé mais elle a ouï parler de Porte. Cherchez un nom inconnu. Par exemple, si vous mettiez M. de Charency, chez M. Dubouchage, rue Neuve-du-Luxembourg, n°. Enfin, pour s'amuser et pour rire, il faut agir. Que pensez-vous de ma prudence ? Ce n'est que dans la seconde lettre que je demanderai qu'elle m'envoie une feuille de jasmin pour réponse. N'oubliez pas qu'il faut Viago à Reims, au lieu de Viaggio.

Si cela prenait, entre vous et moi nous ririons.


Si cela allait bien, nous chercherions un beau jeune homme de nos amis, à qui nous dirions « Voulez-vous jouer le rôle d'amoureux d'une femme célèbre ? Mais il faut une discrétion du diable. » PORCHERON.

775. A

A MADAME PASTA, A PARIS 1 Paris, le 21 Août 1825.

E sens, madame, que la démarche J que je fais est ridicule. Il y a plus de deux mois que je me représente tous les jours combien il est ridicule, et même inconvenant, à moi inconnu, d'oser écrire à une femme que la gloire environne et qui est, sans doute, liée avec tout ce qu'il y a de plus aimable et de plus gai en France. Moi, je suis inconnu, simple lieutenant dans un régiment de cavalerie de la 'garde. J'y arrive depuis peu avec une pension de mon père je ne suis pas beau, sans cependant être laid. Avant d'avoir eu le bonheur de vous voir, avant d'être entré dans cette seconde vie, qui 1. Lettre jointe à la précédente.


a commencé pour moi le jour où vous avez joué le Viago à Reims, je me croyais bien fait, remarquable, l'air noble. Depuis lors, je ne vois rien de tout cela. Tout est vulgaire chez moi, excepté la passion forcenée que vous m'avez inspirée. A quoi bon vous le dire ? Je le sens, cette démarche est ridicule vous montrerez ma lettre à des gens qui m'en plaisanteront. Oh comble de douleur Entendre plaisanter sur la passion que j'ai pour madame Pasta Je vous jure, madame, que ce n'est pas le ridicule qui peut m'en revenir que je crains. Ah pour vous je braverais bien d'autres périls. Mais je mourrais de douleur d'entendre parler de mon sentiment pour vous. Ce sentiment fait ma vie, j'apprends la musique, j'apprends l'italien, je lis les journaux qu'avant vous je ne regardais jamais, dans l'espérance d'y découvrir votre nom. Fût-il au bas de la page, dès que j'arrive à cette page, j'ai bien vite découvert ce P majuscule qui commence votre nom et qui me fait palpiter, même quand il commence un mot indifférent. Mais à quoi bon vous dire toutes mes folies ? Que m'en reviendra-t-il ? Comment être connu de vous ? Comment être présenté ? Je ne suis un peu connu que dans quelques salons antiques, qui n'ont pas de relations avec vous ? Je vais chez


136 CORRESPONDANCE

M. le duc de. mais y allez-vous ? Ah je suis bien malheureux, madame Vous ne pouvez concevoir l'excès de ma misère J'ai désiré vingt ans de venir à Paris, j'aimais les chevaux, j'adorais le militaire. Tout cela fait mon supplice aujourd'hui.

Comment être connu de vous ? Quand vous étiez à Paris, je me mettais dans un fiacre, comme pour attendre un ami, et je voyais vos fenêtres. Vous êtes à la campagne, dit-on, mais je n'ai pu obtenir du portier le nom de la campagne. J'ai, je crois, fait peur à cet homme. Ah je m'abhorre moi-même. Sans doute aussi, si j'obtenais le bonheur de vous être présenté je vous ferais peur.

J'ai été obligé d'interrompre ma lettre, j'étais trop malheureux. J'ai vingtsix ans, je suis brun, assez grand, l'air très militaire, dit-on mais, après ce qui m'est arrivé avec votre portier, j'ai coupé mes moustaches, autant que possible. Sans l'ordre de mon régiment, je les aurais coupées tout à fait. Ah du moins, que mon air égaré ne vous fasse pas peur, si jamais j'ai le bonheur de vous être présenté. Ne craignez aucune importunité de moi, madame. Je ne vous parlerai jamais de ma malheureuse passion vous voir me suffirait je vous dirais seulement:


Je suis Charency. Fou que je suis On vous dirait bien assez mon nom en me présentant à vous. Mais je veux continuer à me faire connaître. Je suis d'une bonne famille de la Lorraine je dois avoir un jour quelque aisance j'ai eu une excellente éducation. Ah Dieu si on eût eu l'idée de m'envoyer voyager en Italie, je saurais l'italien, je saurais la musique surtout. Peut-ètre, mais je le crois impossible, comprenant, comme un savant, les airs divins que vous chantez, je vous aimerais davantage non, il me semble impossible.

Adieu, madame, ma lettre est bien trop longue à quoi bon vous écrire, d'ailleurs ?

Je suis, avec le plus profond respect, madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

Edmond de CHARENCY.


776

A MADAME SARAH AUSTIN 1

Orléans, le 10 Septembre [1825].

Ma lettre va par occasion à Paris, et en partira le 16 ou le 17. Ma femme se porte bien. Edgard vous embrasse.

Mister Translator,

COMPRENEZ-VOUS cette phrase, Robert Walpole vola la Comédie ? Vous la trouverez page 16. J'ai voulu pour votre amusement uniquement, car je crois votre nation trop adonnée au Steam pour comprendre ces choses-là, vous donner un exemple de la ligne qui sépare le bon ton du Pédantesque et du bourgeois. Les deux lignes que j'ai ajoutées page 16, ligne 13 et 14, pour être compris des wealthy squires of the Yorks1. Mme Austin traduisit une partie des articles que Beyle envoyait aux périodiques anglais, particulièrement au London Magazine.

Cette lettre a été publiée par Miss Doris Gunnell Stendhal et l'Angleterre. Paris, Bosse, 1909. Elle fait allusion à deux articles de Beyle parus dans le London Magazine de septembre et octobre 1825; une partie de cette lettre a été traduite en anglais et placée dans le livre de Miss Janet Ross Three generations of Englishwomen: memoirs and correspondence of Mrs. John Taylor, Mrs. Sarah Austin and lady Duff Gordon (Murray, Londres, 1888).


hire1 sont infâmes pour des Français. C'est le cachet du Provincialisme. Il me semble que je jure quand je les écris. Voilà de ces sentiments désagréables que je n'ai pas quand j'écris pour moi. Mais comme vous le dites il faut tout faire for the good of the Review2. Je ne puis me plaindre de la traduction du 9. elle est faite avec esprit. Cependant pour maintenir la correspondance et vous piquer un peu je vais vous indiquer des négligences. Et pour réveiller votre gaîté dans la Campagne éloignée à 66 lieues de Londres où vous êtes réfugiée, je vous dirai mes corrections en anglais.

Page 124. They are not so absurd, read The Englisll men of property are not so absurd as. Vanily leads the French.3 127 up to the lasl moment.

Pas du tout. C'est au moment du sermon pendant la Messe qu'elle quitte l'Eglise et se réfugie dans la Sacristie. 127. a knight who shall swear at her own risk 4, pas du tout al his own risk. De sorte que ce chevalier jure sans avoir le 1. Des hommes riches du Yorkshire.

2. Pour le bien de la revue.

3. Ils ne sont pas si absurdes, lire les propriétaires anglais ne sont pas aussi absurdes que. La vanité conduit les Français.

4. Un chevalier qui jurerait à son propre risque (au risque [d'Ida]).


pouvoir de jurer, sans avoir de mandat de la part de Ida.

131. Les mauvais poètes sont le comte de Coëtlogon, le marquis de Valory et M. Dorion.

132. M. Loeve Veymar 1. that of praising all living writers2.

J'avais remarqué 4 ou 5 autres passages que je n'ai pas le temps de chercher. Je vous prie d'ôter les répétitions, de retrancher ce qui peut sembler impropre. Je suis fort mécontent de moi. Le 9 me semble trop sérieux, trop tendu, c'est une caricature du style de Tacite. Il y a trop peu de mots pour chaque idée. Dans d'Edinb[urgh] Rev[iew] il n'y a pas plus de 4 pensées par page. J'ai refait le numéro X pour tâcher plus léger, moins serré, moins sérieux. Je me ris d'un auteur

Qui, développant mal une pénible intrigue, D'un divertissement me fait une fatigue. Raconter prend une place infinie. Je comptais faire comprendre ce qui fait rire dans le Sous-Chef en une page ½, j'en ai mis beaucoup plus. J'ai lu les 2 premières pages à un Anglais qui n'y a rien compris. Tâchez de faire 3 pages avec 1. Un mot illisible.

2.de louer les auteurs vivants.


ces 2 pages allongées. Shak[speare] ne fait pas rire comme Molière. J'aime Rosalinde, je suis attendri par Jacques dans la forêt des Ardennes, c'est de l'or, c'est des diamants, mais ce n'est pas du rire. Avez-vous jamais remarqué l'artifice étonnant du Médecin malgré lui. Je vous engage à le relire.

M. Théaulon a fait six fois Julien la censure a supprimé, a refusé son Visa aux cinq premières manières. Peut-être M. Joubert aura-t-il fait 3 ou 4 fois son charmant Sous-Chef. Ces 4 paysans qui ont pris des habits décents qu'ils portent mal, et qui pendant 20 minutes, toute la dernière partie du Sous-Chef, au lieu d'écouter ce qui se dit se tournent gravement les feuillets de leurs gros régistres, sont impayables. Nos lecteurs peuvent-ils comprendre cela ? Excepté quand ils lisent Shak[speare] ou Byron ou Sterne je vois que les Anglais ne comprennent pas les nuances. Nous, nous les adorons. Un Benêt dit je vous aime à une femme. Les mots ne sont rien, il pourrait dire alli balachon. C'est la nuance de l'intonation qui fait tout. Lisez les Mémoires de Collé. Cela vous fera comprendre la faculté riante des Français. Lisez les Mémoires de Bachaumont, 36 vol. in-12° ou l'abrégé en 3, vol. imprimé en 1810. Pardonnez


mon bavardage. Comme je ne sais pas votre nom, je vous écris comme si je vous connaissais depuis dix ans.

Do you krzow le dictionnaire du bas langage ? You cannol understand Molière and the langage parlé of the high life wilhout le dictionnaire du bas langage. Mais ce mot bas, quelle horreur dans un pays aristocratique 1 Là vous trouverez ab hoc et ab hac, that means au hasard, sans y faire la moindre attention, sans y attacher d'importance.

Citer du latin ne me fera-t-il pas respecter de vos reverend and learned Genllemen ?

J'ai refait trois fois le commencement de ce 10. Bientôt j'aurai out wrillen myself et il faudra cesser. J'ai rétabli page 12 un morceau que j'avais d'abord supprimé. Les délicieuses petites comédies de M. Scribe ne sont que des bulles de savon.

La rencontre à Grenade.

M. de Chateaubriand était éperdûment amoureux d'une Mme de Noailles. Elle lui dit que faites-vous à Paris ? Un homme comme vous se rapetisse dans un salon. Allez à Jérusalem, revenez par la Barbarie et par l'Espagne et je vous jure que vous me retrouverez sous les rumes de l'Alhambra à Grenade. Cela


arriva. Mme de Noailles n'en a nullement été déshonorée. Elle est morte depuis et M. de Ch[ateau]briand a écrit cette anecdote. Sa maîtresse actuelle 1 m'a dit que c'était son chef-d'oeuvre.

Quand je dis quelque chose de curieux à un Anglais, je suis obligé de plaider un quart d'heure (quel plaisir !) pour prouver que j'ai dit vrai. Je vous assure donc de la parfaite exactitude des 20 dernières lignes. Le Français ne peut pas garder un secret, on n'est aimable ici qu'en parlant, il faut parler. Dès qu'un Français de l'high life ne trouve rien à dire, gare les secrets. J'ai répondu il y a longtemps à votre lettre. Ma réponse est partie par occasion on attend une occasion. Vous avez dû recevoir vers le 14 the letter upon the It. littre 2.

1. Mme de Récamier que Beyle eut souvent occasion de rencontrer dans les salons. Il semble aussi qu'il fréquenta également chez elle.

2. La lettre sur la littérature Italienne parut dans le London Magazine de septembre 1825 et fut reproduite, en français, dans la Revue Britannique de- janvier 1826.


777. A

A MONSIEUR MIRA FILS 1

Paris, rue Richepanse, 10.

[le 23 Octobre 1825].

Monsieur,

E suis fort embarrassé, une société qui va jouer à la campagne les Anglaises. pour rire, me demande de lui envoyer la musique des divers couplets que l'on chante dans cette pièce. Pourriezvous m'indiquer qui vend cette musique ? Vous me tirerez d'un fort mauvais pas si vous pouvez savoir de quelqu'un où l'on trouve ces airs de couplets. Si j'échoue on me croira négligent. Je prends le parti de m'adresser à votre amitié. Agréez l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

H. BEYLE.

1. 21 rue du Faubourg-Montmartre, au coin de la rue Grange-Batelière. Mira était le concessionnaire des bala de l'Opéra. Voir les lettres 727 et 743.


778. A

AU BARON DE MARESTE,

A HONFLEUR

Paris, le 10 Novembre. 1825.

QUE dites-vous de la chute du 3 pour %? Je pense que vous êtes mort

pour nous, mon cher ami. Rapportez-moi, en passant, la diatribe contre l'Industrialisme 1, je veux la publier chaud, après l'emprunt d'Haïti.

M. Ternaux a été aussi Cassandre. M. Laffitte aussi peu délicat que deux ducs de la Cour, se disputant un ministère. De plus, je sais par expérience, que j'aime mieux dîner avec M. le duc de Laval qu'avec une Demi-Aune, comme CassandreTernaux. Les Thierry appellent cela de l'aristocratie, mais je pense que Victor Jacquemont a trop d'esprit pour rester longtemps dans cette bande.

DE LA PALICE-XAINTRAILLES Aîné. 1. D'un nouveau complot contre les Industriels, brochure; Paris, 1825.


779. A

A MONSIEUR CERCLET 1, A PARIS Paris, le 30 novembre 1825.

Monsieur,

J'AI des remerciements à vous faire pour les compliments que vous voulez bien m'adresser. Quoi! pensez-vous réellement que mon petit ouvrage soit plein d'esprit comme tout ce que je publie ? Je ne le pense pas moi-même première opposition entre nous. Vous voyez blanc ce que je vois noir nous ne pouvons estimer réciproquement nos esprits que par politesse. Reste notre caractère moral.

Vous n'êtes pas plaisant ou producteur, je m'en aperçois au mauvais goût de la plaisanterie sur un nom qui, vous auriez 1. M. Cerclet, ancien secrétaire-rédacteur de la Chambre des députés et maître des requêtes, est mort à Paris, le 25 août 1849, à l'âge de cinquante-trois ans (Note de R. Colomb). Cerclet était directeur du Producteur qui, dans son numéro 10, tome I, p. 437, avait, par la plume d'Armand Carrel, consacré un article fort vif, mais non signé, à la brochure de Beyle D'un nouveau complot contre les Industriels.

2. D'un nouveau complot contre les Industriels, brochure in-8 de vingt-quatre pp.


pu le savoir facilement, m'a été utile hors de France. A quoi bon les picoteries qui suivent ? Je ne puis qu'accéder entièrement à tout ce que vous dites et de votre incontestable supériorité en économie politique et de mon métalent en cette matière. Ces deux vérités sont également évidentes pour moi.

Comme il ne s'agit que de discussions littéraires, je vous dirai, sans que vous me le demandiez, que si je n'avais pas eu l'honneur de vous voir chez vous, je n'aurais pas résisté à la tentation de prendre pour épigraphe

« Us rendraient la question insoluble, si le bon « sens publie ne dédaignait leurs ridicules et « pédantesques théories. »

Le Producteur lui-même, page 82.

C'est aussi parce que j'avais l'honneur de vous connaître personnellement, Monsieur, et peut-être aussi par suite de mon éducation, que je n'ai pas cherché à prendre le ton du Producteur dans la phrase qui annonce la citation du journal que vous dirigez.

Les Débats du 17 novembre, et le Frondeur d'un de ces jours, m'avaient donné à penser que de grands personnages, qui ont beaucoup de millions et de vanité, donnaient des inspirations à ce journal,


destiné à leur faire gagner à la fois l'argent et l'amitié des Parisiens.

Cette idée était confirmée par des articles de ce journal fort bien fait, d'ailleurs, sur des quatre-vingt-dix-huitièmes de propriété qu'on voit passer journellement d'un respectable industriel à un autre plus respectable encore.

Je ne vois rien, dans la brochure sur laquelle vous voulez bien me donner votre opinion qui puisse blesser le moins du monde le caractère de MM. les rédacteurs des journaux industriels. Je n'ai point l'honneur de les connaître personnellement mais il suffit, monsieur, qu'ils travaillent avec vous, pour que je les croie animés des mêmes sentiments honorables. Vous pouvez savoir facilement, monsieur, qu'ayant beaucoup d'estime pour l'état de journaliste (c'est la tribune de notre temps), je ne connais l'organisation d'aucun journal. Je pensais que les rédacteurs du Producteur étaient les mêmes que ceux du Journal du Commerce. Comme un journal perd beaucoup d'argent les premières années, je croyais encore que l'industrie faisait des fonds pour donner des moyens de publicité à la profonde estime que MM. les rédacteurs ont naturellement pour elle.

Le ton de votre lettre me fait espérer,


Monsieur, que, tout en n'estimant guère, vous mes plaisanteries, et moi vos obscurités prétentieuses, nous pourrons continuer à vivre sur un pied amical. Si vous me permettez de rire de ce qui me semble affecté, et que, par extraordinaire, ma brochure ait une seconde édition, j'effacerai, sans que vous m'ayez rien dit à ce sujet, ce qui a pu paraître inculper vos intentions car les gens qui pensent ne doivent pas donner à rire à ceux qui digèrent.

J'ai l'honneur d'être, etc.

H. BEYLE.

780. A

AU BARON DE MARESTE

Mercredi à 3 heures [1825].

LISEZ et rejetez au feu. Il y a huit jours que j'oublie de vous demander votre avis sur cette question Est-il convenable que le nom de Stendhal paraisse sur la couverture bleue du Mercure1 ?

Cela me fera-t-il mieux vendre mes manuscrits ?

1. Voir la lettre suivante.


Consultez le plus long de nos amis (id est M. Jacquemont) et rendez-moi réponse bien vite.

Si mon porteur de billets m'a fait banqueroute vous m'épargnerez une course en trouvant ces trois billets.

J'ai travaillé de midi à trois heures pour ne pas paraître trop bête en louant tout le monde. La vérité l'a emporté. Je me soucie peu de conquérir la réputation d'un niais.

Je vous communiquerai, si je vous aperçois ce soir, la version sans gêne destmée au M[ercure].

Apportez-moi des enveloppes quand vous y songerez.

Tout à vous,

Vet LE Duc.

781. A

A M. H. DE LATOUCHE A PARIS Ce Jeudi à 2 heures [1825].

MONSIEUR, vendredi à 11 h. ½, M.Tastu imprimeur, rue Vaugirard, n° 36, recevra une page à peu près sur la Sémiramide 1. J'entends la valeur d'une page imprimée.

1. La Sémiramis de Rossini, qui avait été jouée à Venise en 1823 et que le théâtre italien reprit en 1825.


Avec la meilleure troupe de l'Europe et de l'argent à foison, le pauvre génie qui dirige le Théâtre Italien ne peut, depuis trois mois, donner des nouveautés, tant est grand l'effet de la bêtise. Cette idée arrangée en style poli se trouvera dans un grand article sur la Sémiramis que je vous adresserai pour le Mercure du samedi 17 décembre1.

Si quelque expression pouvait choquer le fameux marchéde 1.500 francs, je vous prie de l'effacer 2.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. H. BEYLE.

1. Cet article parut en effet dans le Mercure du XIXe siècle en décembre et a été reproduit dans les Mélanges d'art, édit, du Divan, t. I, p. 331.

2. Allusion à la souscription en faveur des Grecs versée pat Latouche au nom de Sosthène de La Rochefoucault, directeur des Beaux-Arts, qui harcelé par les articles du Mercure, avait cru acheter son silence en lui envoyant nne somme d'argent.


782. A

A VICTOR JACQUEMONT

24 Décembre 1825.

Mon cher colonel,

IL est impossible qu'en relisant ceci 1, il ne vous revienne pas une quantité de petits faits, autrement dits nuances. Ajoutez-les à gauche sur la page blanche. Il y a une bonne foi qui touche dans ce récit que j'avais oublié. Il y a aussi quelques phrases inélégantes que nous rendrons plus rapides. Si j'avais cinquante chapitres comme celui-ci, le mérite de l'Amour serait réel. Ce serait une vraie monographie. Ne vous occupez pas de la décence, c'est mon affaire. J'ai trouvé excellent un avis de vous de septembre 1824 sur la préface du [Tour] elle est détestable.

TEMPÊTE.

1. Victor Jacquemont adressa à Beyle la lettre publiée par R. Colomb à la fin de l'Amour (édition Lévy, 1856) sous le titre Exemple de l'amour en France dans la classe riche, pp. 352-367, signée Goncelin. Beyle, après l'avoir fait mettre au net, en avait envoyé la copie à Jacquemont avec le billet cl-dessus. Cf. Jacquemont Lettres d Stendhal, publiées par M. Pierre Maes, Paris 1933, lettre VI, p. 121.


783. A

A MONSIEUR RENOUARD,

LIBRAIRE-ÉDITEUR A PARIS Paris, le 3 janvier 1826.

Monsieur,

Madame BELLOC m'a fait l'éloge des rapports simples et francs que vous avez avec les auteurs dont vous publiez les ouvrages. Dans deux mois, j'aurai à placer le manuscrit d'un roman 1, en trois volumes in-12, écrit à peu près du style de la Vie de Rossini.

J'ai cherché, dans ce roman, à peindre les mœurs actuelles, telles qu'elles sont, depuis deux ou trois ans.

Mon premier soin a été de ne pas m'écarter du ton de décence de Marguerite Aymon 2. Enfin, l'on ne devinera pas si l'auteur est ultra ou libéral.

Vous conviendrait-il, Monsieur, de traiter de ce manuscrit ? Je vous prie de me garder le secret deux de mes amis se

1. C'était Armance au quelques scènes d'un salon de Paris en 1827. (Note de Romain Colomb.)

2. Roman en deux vol. in-12, de Mme de Cubière, femme du Colonel (aujourd'hui, en 1846, lieutenant général) publié en 1822 (Note de R. Colomb). Ce roman peint la Société parisienne de son temps.


sont chargés de placer cet ouvrage et je ne voudrais pas que les maisons de librairie avec lesquelles ils ont des relations connussent qu'il a été offert à d'autres. Je suis, etc.

784. A

A MADAME JULES GAULTHIER, A SAINT-DENIS 1

Paris, le. Janvier 1826.

POURQOUI, madame, ne m'avoir pas fait dire que vous étiez encore à Paris ? Un mot bien court par la petite poste suffisait. Sans doute, dans une seconde visite, je vous aurais rendu compte de l'impression produite par les Souvenirs 2.

Le ton général me semble un peu celui de la complainte.

La mort d'Alexandre 3 est maintenant regardée comme un bonheur pour l'Europe. Ce pauvre homme entravait l'administration de la justice en Russie, etc. 1. Sur Jules-Sophie Rougier de la Bergerie, épouse de M. Gaulthler, percepteur à Saint-Dents, cf. Lucien Leuwen, édition du Divan, préface de l'éditeur.

2. Souvenirs sur l'Empereur Alexandre. (Note de Romain Colomb).

3. Alexandre Ier, né le 23 décembre 1777, mort à Tanganrock, le 1er décembre 1825. (Note de Romain Colomb).


Cet ouvrage, publié sous le ministère Villèle, eût pu obtenir un succès d'estime aujourd'hui je crains que le Globe, les Débats, le Constitutionnel ne lui montrent les dents.

J'aurais dû, aimable Jules; vous dire tout cela il y a quinze jours.

La vie de Paris fait qu'on n'a le temps de rien trouvez celui de me croire le plus fidèle ami. BEYLE. 785. A

AU BARON DE MARESTE

[Paris, le 23 Février 1826].

J'AI reçu ce matin le recueil de fadaises de M. Français de Nantes. Je l'ai feuilleté et ne suis sorti qu'à midi. Si vous le voulez, il est à votre service. Ce que je veux, mot, c'est que vous me disiez en quelle année Bologne fut conquise par et pour le Saint-Siège ?

L'Atlas de Lesage vous offre les savants payés. Je sais bien que vers 1520 Jules II conquit Bologne et y reçut Michel Ange. Mais, était-ce la première fois ? Heureux les gens opulents qui peuvent


avoir Lesage Allons voir Carloni, un de ces matins. Prenez-moi chez moi. C'est le chemin à cause des Tuileries, agréables à parcourir par ce beau temps.

PORTE.

786. A

AU BARON DE MARESTE

[Paris, le 8 Juin 1826].

Cher bouquiniste,

SI vous voyez chez les bouquinistes 1° Lettres de Mme de Staël sur l'Angleterre, 1 vol. in-8°

2° L'ouvrage de M. Cottu sur l'administration de la justice en Angleterre 3° Quinze jours à Londres, six mois à Londres, trois mois à Londres, etc., etc., Achetez-moi le tout à bas prix, par exemple trois ou quatre francs le volume, au lieu de six francs. J'achèterais de rencontre quelque carte passable de l'Angleterre. Que dit M. de Latrante du Corrège ? CHIPPET.


787. A

AU BARON DE MARESTE

Dimanche, à 5 heures et demie [1826].

LES quatre jours demandés par M. Dondey sont plus que passés. Votre talent diplomatique doit, ce me semble, se diriger à ce qu'il n'infère pas de ce que nous lui avons laissé le manuscrit si longtemps qu'il n'y a pas de concurrents. Tâchez de lui faire entendre qu'il y a des rivaux et de grands preneurs. Je viens de passer la soirée avec M. Poz. II sait beaucoup de choses.

CHARRIER.

Si l'on payait convenablement, l'auteur donnerait trois volumes1. Le premier Pt Chenevoz ne peut guérir. Demandez la place.

1. Il s'agit de Rome, Naples et Florence, nouvelle édition, qui ne parut qu'en deux volumes.


788. A

AU BARON DE MARESTE

Mercredi, minuit [1826].

UN ami chaud que j'ai acquis depuis huit jours, l'homme qui s'est moqué de Scott, m'a vanté à M. U. Canel qui m'envoie ce projet de marché. Auriezvous la complaisance de passer chez Ponthieux et Delaunay ? Cinq cents francs c'est réellement bien peu pour 480 pages. On dit M. Canel un jeune homme honnête, dans le genre de Sautelet1. J'aimerais mieux avoir affaire à lui, mais j'évalue 480 pages mille francs. Cinq cents francs c'est bien peu. Pour vous mettre à couvert, si vous étiez d'accord avec Delaunay ou Ponthieu, j'irais faire le marché et jamais vous ne paraîtriez. A demain à Otello 2. Tout à vous.

COTTONET.

J'ai vu M[aisone]tte, vide et creux. 1. Santelet était établi éditeur depuis la fin de 1824. Ce fut chez Urbain Canel qu'Armance dont il est probablement question dans cette lettre-ci parut en août 1827. Beyle en obtint mille francs.

2. L'Otello de Rossini.


789.—A

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES [Londres], mardi soir [Juillet 1826].

CHER et obligeant ami, jeudi soir je vais chez Mme Austin 1. Arrangez pour un autre jour la visite que nous devons faire à l'aimable famille de Cade-Hill. Mme Pasta part samedi. J'irai chez elle demain soir mercredi.

Tout à vous,

H. BEYLE.

1. Mme Austin avait traduit et devait traduire des articles de Beyle en anglais. Voir la lettre du 10 septembre 1825.


790. A

A MADAME JULES GAULTHIER A ÉPERNAY

Londres, le 15 Septembre 1826.

Aimable et bonne Jules,

Vous avez excusé mon silence. Je reçus votre lettre si aimable au Havre. Depuis j'ai parcouru toute l'Angleterre, toujours affairé par la curiosité, n'ayant pas même de plume pour vous répondre, n'ayant presque pas le loisir de sentir le plaisir de vous écrire. Je ne voulais pas profaner la douce amitié que vous m'accordiez, en vous écrivant une lettre d'affaires.

J'ai vu l'Angleterre, pays où l'on m'a comblé de bonté, mais qui m'a attristé par le malheur de ses habitants. La religion, abominable ici, compte comme le plus grand péché de rompre le sabbal, c'est-à-dire de s'amuser un peu le dimanche. Aller se promener à pied, c'est rompre le sabbat. Or, il y a cinquante-deux dimanches c'est le sixième de la vie. La justice est impartiale et admirable; mais il n'y a de justice que pour les riches.


L'homme qui a un habit fin et trente louis dans sa poche pour commencer un procès, si on le veut, est l'être le plus libre du monde. Le malheureux qui vit de sa journée est plus esclave qu'au Maroc. L'année dernière, il y avait quatre mille cinq cents prisonniers dans les prisons d'Angleterre, dont quinze cents pour des délits de chasse. Un paysan qui se trouve seul dans un bois, après le soleil couché, peut être jeté en prison pour un an, car il effraye les lièvres.

Enfin, aimable Jules, dans les maisons de campagne où l'on m'a invité à passer quelques jours, j'ai vu les femmes anglaises constamment traitées comme des êtres inférieurs. Leur grande vertu est le dévouement, vertu des esclaves. Je mérite presque d'être le vôtre, tant je me sens de dévouement pour cette famille si aimable, parce qu'elle sait aimer. J'accepte votre offre avec empressement. Je ne sais quand des engagements antérieurs me laisseront libres, peut-être à la fin d'octobre. Je vous écrirai pour vous demander si vous serez chez vous. Vous me permettrez d'être bête, simple, naturel ne comptez pas sur un amuseur, je n'en ai pas le talent et encore moins lorsque j'y tâche. J'espère que vous vous portez toutes aussi bien que vous le méritez. Présen-


tez, je vous prie, l'hommage de mon respect à la meilleure des mères. M. Gaulthier m'en voudra-t-il d'écrire à sa femme avec mon cœur, au lieu de lui faire des phrases ?

Adieu, aimable et bonne Jules, répondez-moi, 10 rue Richepanse, d'où on m'enverra votre lettre, et d'ailleurs je repasserai bientôt en France. Mille respects à la belle Blanche. Ai-je besoin de vous parler du mien ?

H. BEYLE.

791. A

AU BARON DE MARESTE,

A HONFLEUR

Paris, le 23 Octobre 1826.

JE trouve votre lettre au retour de la campagne. Je ne suis guère en état de vous répondre, mon cher ami. Je suis absolument dans l'état de l'amant de Claire, et plût à Dieu que cela finît de méme J'ai besoin de votre discrétion, et ensuite de vos conseils. Ne parlez à âme qui vive de ce triste cas. C'est un serment que j'ai fait et refait à la pauvre victime. Le mari est du même caractère enfin rien n'y manque. Je suis


réellement au désespoir. Il s'agit d'une personne très résolue, et que j'ai trouvée amplement pourvue de ce que Claire allait cherchant. Il ne peut y avoir le moindre soupçon de comédie de sa part. C'est pour moi et non pas pour vous que je vous réponds, afin que d'ici à votre retour, votre bonne tête travaille à mon profit 1.

Je vais voir ce matin le docteur Helder 2. Le Brother Brandy pourrait m'être utile, mais il a tant besoin de faire de l'esprit, que, pour avoir quelque chose à dire, il ferait une anecdote de ma cônfidence. Le Sacrifice interrompu a réussi avanthier à l'Odéon. Ils ont transporté bêtement l'action au Pérou. C'est un Français troubadour qui combat avec Pizzare il déserte, et les Péruviens veulent le faire leur roi. On appelle cela diminuer les invraisemblances du poème allemand. Carsoni n'a pas encore osé chanter. Adieu, faites-moi savoir votre arrivée et votre numéro. DUVERSOY. 1. La nomenclature de la correspondance établie par Romain Colomb indique en regard de cette lettre c Demande conseil au sujet d'une circonstance mystérieuse » ? L'explication de cette « circonstance » se trouve à l'avant-dernier paragraphe de la lettre de Madame X. à Henri Beyle, datée de 1826. (Omment a vécu Stendhal, p. 141). (Note d'Adolphe Paupe).— Il s agit de la rupture de Beyle et de Mme Curial.

2. Edwards qui habitait rue du Helder.


792. G

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES 1 Versailles, le 5 Décembre [1826].

(Ma femme vous dit mille choses.) LA paresse toute pure m'a empêché de vous écrire, cher ami. Je vous remercie de votre lettre. Pour être un peu considéré, de l'autre côté du canal, je devrais prendre le ton grave. Mais la gêne ferait que je vous écrirais rarement. J'aime mieux être comme à l'ordinaile. Je vous dois 2 sh. et 4 p. que je vous payerai à la première vue.Je n'ai pu encore trouver d'occasion pour vos Gazettes des Tribunaux, on m'en fait espérer une pour la fin de la semaine. Mais je ne connais d'Anglais que M. St. mon voisin. Votre lettre m'a fait le plus grand plaisir et m'a instruit. J'ai lu une lettre de Naples qui annonce que notre amie P[asta] a eu un grand succès. Mar[este] en a lu une autre qui dit le contraire. Mar[este] est fort sensible à votre souvenir. His wife 2 m'a beaucoup parlé de vous 1. Sutton Sbarpe, esqre. 2 Old Square. Lincoln's Inn. En marge Sharpe a noté Beyle. Received 11 déc. 1826. 2. Sa femme.


et vous recommande les autographes. Si vous vous conduisez en ambassadeur adroit et zélé, à votre premier voyage, elle vous présentera à la charmante femme qui vend ces lettres.

Je remercie our triend lhe Dr Bla[ck]1, 1 wrile for him in a society composed of eight members, a greal discrepancy appeared a f ortnight aga. Yesterday, it was quite probable that the party of four headed by their bare head, viz Vil[lèle], will overturn the four others 2.

The pierres d'achoppement are the Missions and lite sons of Loyola. But I perceive that if I write with a prudent obscurity, you will understand. MM. Villèle, Corbière, Chabrol and Peyronnet are against the Missions that have vastly thinned the interest of our blessed dynasty in Brest, Lyon and oliter cities. M. de Vil. propose to give to every bishop 6 ou 8 aides-decamp missionnaires. They will preach but in the bishoprick only, and in the points where religion wanls them. That would be the death of the immense machine des Missions. MM. Frayssinous, évêque d'Her1. John Black, rédacteur en chef du Morning Chronicle. 2. Je remercie notre ami, le docteur Black. J'écris pour lui dans une société composée de huit membres une grande discussion apparut Il y a quinze jours. Hier, il était tout à fait probable que le parti de quatre, dirigé par leur tête vide, c'est-à-dire Villèle, renverserait les quatre autres.


mopolis, Clermont-Tonnerre, mtre of lhe 1Var, Baron de Damas and Doudeauville, of the Household, are for the Missions and for the Jesuites. The session beginning the 13, perhaps our parly will soon overlurn the olher. We see greal probability in favour of the bill who will appoint the Marechal, duc de Raguse, ministre of War, Martignac of Marine, Porlalis of lhe Cultes. M. de Vil. will take for himself the Affaires Etrangères and give the Finances to M. de Cnabral, a very able person. M. de has made the second proposition of « couper les ailes aux Jé[suites]». Perhaps you know all thal and I am ridiculous in speaking of things already known 1. 1. Les pierres d'achoppement sont les Missions et les fils de Loyola. Mais je pense que si je vous écris avec une prudente obscurité, vous comprendrez. MM. Villèle, Corbière, Chabrol et Peyronnet sont contre les Missions qui ont fortement amoindri l'influence de notre dynastie bénie à Brest, à Lyon et autres villes. M. de Villèle propose de donner à chaque évêque six ou huit aides de camp missionnaires. Ils prêcheront mais seulement dans les évêchés et dans les endroits où la religion a besoin d'eux. Ce serait la mort de l'immense machine des missions. MM. Frayssinous, évêque d'Hermopolis, Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre, Baron de Damas et Doudeauville, de la maison du Roi, sont pour les Missions et pour les Jésuites. La session commençant le 13, peut-être notre parti renversera l'antre bientôt. Nous voyons une grande probabilité en faveur du décret qui nommera le maréchal, duc de Raguse, ministre de la guerre, Martignac, de la marine, Portalis, des cultes. M. de Vil(lèle) prendra pour lui les Affaires Etrangères, et donnera les finances à M. de Chabrol, homme très capable. M. de vil[lèle] a fait la seconde proposition de couper les ailes aux Jé[suites]. Peut-Stre savez-vous tout cela et je suis ridicule de parlerde chesea déjà connues.


Perhaps you know that the higher persan is unable to walk and full of bad humour. The complainl would be a trifling one in eueru other person. But his life is that of Nemrod, so well known among a biblic nation as you are. He makes 20 ou 40 leagues two times in lhe week. The total want of such an exercise can make fatal roads upon a constitution of 69. In this moment, perhaps not in a year, the heir apparent has got two excellent ideas firsi, that lhe noblesse is only cause of the disliking that the nalion enlertains against his family 2° that the nation will never bear lhe influence of the sons of Loyola who really govern. Do you understand and believe that in 20 aclions of the potent and wild bear named government, the said sons dispose of 18 or 19 decisions ? Perhaps, your English coldness says I see nothing of the sort in the Strand, so it is impossible that they exist on the banks of the Rhone. 1 believe you are very prone to Ihis sort of reasoning. I have no hellebores enough for making wrilhe so many heads. So you will believe or not believe 1.

1. Peut-être savez-vous que le haut personnage est incapable de marcher et plein de mauvaise humeur. Le mal serait léger pour toute autre personne. Mais sa vie est celle de Nemrod, si bien connue dans une nation biblique comme la vôtre. D fait 20 ou 40 lieues deux fois par semaine. Charles X.


The said successor has a perfect hatred against M. Vill. All the conversation of our salons are engrossed by the near expectalion of this great change. Send my letter in the Strand to our friend BI. Do you know that the Laws are nolhing at all in France ? The manière d'administrer is all in all. So the alteration of the ministry by sending back four very indifferent men, on the overturn, is an immense thing for tis all.

Make my best compliments to your amiable familg. Present my respects to miss R.

Your are vastly blamed al the Garden Saturday they lamented very much of your not sending some books. I warranted having seen them in the Caisse sent by M. Bossange. The eldest of these amiable sisters is very souffrante by an éréCe manque absolu d'exercice peut porter une fatale atteinte sur une constitution de 69 [ans]. En ce moment, mais cela ne durera peut-être pas une année, l'héritier présomptif a acquis deux excellentes idées d'abord que la noblesse est seule cause de l'antipathie que la nation entretient contre sa famille que la nation ne supportera jamais l'influence des fils de Loyola qui gouternent réellement. Comprenezvous et croyez-vous que dans vingt actions du potentat et de l'ours sauvage nommé gouvernement, lesdits fils disposent de 18 ou 19 décisions ? Peut-être votre flegme anglais dit-il Je ne vois rien de semblable dans le Strand, ausai est-ce impossible que cela existe sur tes rives du Rhône. » Je vous crois très capable de tenir ce raisonnement. Je n'ai pas assez d'ellébore pour faire tcrclre tant de têtes. Aussi vous croirez ou ne croirez pas.


sipèle, who confined her in her bed for 18 days. You must write an explanation upon those books. There are no more robbers in the street. We had little more than lhe other years, but f or the first lime, the chandelle named liberté de la presse has illuminaled those foul proceedings. But the bourgeois were vastly effrayés and that has infinitely increased the disliking against. They said to-dag thal the Ministry paid 70.000 pounds sl. lo the « propriétaire » of lhe « Journal des Débats » for no more annoging them 1. You musl tinderstand what I have said 1. Ledit successeur a une parfaite haine contre M. Vil[lèle]. Toutes les conversations de nos salons sont absorbées par la prochaine attente de ce grand changement. Envoyez ma lettre dans le Strand, à notre ami B)[ack]. Savez-vous que les lois ne sont rien du tout en France ? La manière d'administrer est absolument tout. Alors le changement de ministère par le renvoi de quatre hommes très indifférents, sur le renversement total, est une immense chose pour nous tous.

Faites mes meilleurs compliments à votre aimable famille. Présentez mes respects à, mademoiselle R[Ogers]. Vous êtes fortement blâmé au Jardin. Hier on se lamentait beaucoup de votre non-envoi de livres. J'ai garanti les avoir vus dans la caisse envoyée par de Bossange. L'aînée de ces aimables sœurs est très souffrante par un érésipèle qui la retient au lit depuis dix-huit jours. Vous devez écrire une explication sur ces livres. Il n'y a plus de voleurs dans la rue. Nous en avions un peu plus que les autres années mais pour la première fois, la chandelle nommée liberté de la presse a éclairé ces vilains procédés. Mais les bourgeois étaient très effrayés, et cela a infiniment augmenté l'antipathie contre. On dit aujourd'hui que le ministère paie 70.000 1. st. au propriétaire du Journal des Débats pour ne plus être importuné par lui.


in one leiler 2 monlhs ago, this paper penetrates in the noblesl houses of our aristocracy, and causes the mosl dire pains to the vanity of our premier and is a great peril for his political existence.

After perusing these f our sheets, you know tohat was known yeslerday in the best circles. I have spoken of your letters upon England. The session will lalze very much space in lhe Courrier, however, the Redaclor « propriétaire » will be verg glad of printing one column and a hall, three limes in lhe month, upon England. An article very much the same as your letter with some « anecdotes», if you can get lhem 'should bc very acceplable. This poor Courrier wants esprit.

Read the Memoirs of Casanova, lhe New-London is writing! puffing them. My wife makes her besl complimenls to Esquire. Present my respect, in litile George Street, to the mislress, to lhe masler of the house and to mistress Colson. You speak not of your Sunday paper, why ?

The lhings of Portugal are considered there by our goodheads as an immense evenement, thas is the word. Will John Bull be or nol be out of lemper al these news: That is the greal query. Sir Walter Scott was ridiculed there he has refused « rensei-


gnements » tendered to him for History of Napoléon, by the bookseller Gosselin 1. 1. Vous devez comprendre ce que je vous ai dit dans une lettre, il y a deux mois ce journal pénètre dans les maisons les plus nobles de notre aristocratie et cause les plus terribles peines à la vanité de notre premier ministre et est un grand péril pour son existence politique. Après lecture attentive de ces quatre pages, vous saurez ce qui était connu hier dans les meilleure cercles. J'ai parlé de vos lettres sur l'Angleterre. La session prendra beaucoup de place dans le Courrier; cependant, le rédacteur-propriétaire sera très content d'imprimer une colonne et demie, trois fois par mois sur l'Angleterre. Un article, tout à fait dans le genre de votre lettre, avec des anecdotes, si vous pouvez en trouver, sera très acceptable. Ce pauvre Courrier manque d'esprit.

Lisez les Mémcires de Casanova, le New-London les loue avec exagération. Ma femme vous fait ses meilleurs compliments. Présentez mes respects dans la petite rue Georges, à la maîtresse et au maître de la maison et à madame Colson.

Vous ne parlez pas de votre journal du dimanche. Pourquoi ?

Les choses du Portugal sont considérées ici par les fortestétes, comme un immense événement, c'est le mot. John Bull sera-t-il ou non de mauvaise humeur à ces nouvelles ? C'est la grande question. Sir Walter Scott a été ridiculisé là, il a refusé les renseignements qui lui étaient offerts pour l'Histoire de Napoléon, par le libraire Gosselin.


1. Sutton Sharpe, esqre.2 old Square. Lincoln's Inn. 2. Petite ville du Portugal.


against the Missions and 2° against the Jésuites.

M. Peyronnet has raved 2 days ago, and M. Villèle is with Chabrol and Corbière against the Missions and the Jésuites. There are two objets séparés in the discussion. Will John Bull be in « colère » for the affairs of Portugal ? Will you make war « malgré », your « pauvreté » and the « banqueroute probable » ?

Answer to this query very « intéressante » for us. Have you received my letter 1 1? Mar[este] vous dit mille choses. Avezvous lu le beau travail de M. Dupin sur l'instruction en France ? Il sera dans la lettre du 1er janvier. Adieu.

On se plaint beaucoup au Jardin de ce que vous n'avez pas remis les livres à 1. Envoyez ceci à nos amis du Strand. 1° On dit que le Roi, dans son discours du 12, insérera un morceau inconnu de ses ministres. 2° Que l'ambassadeur d'Angletarre a déclaré aux ministres que si, dans le discours de la Couronne, il n'y a pas un formel désaveu de l'entreprise de Chaves et des royalistes de Portugal, il demandera son passeport.

Je ne crois pas le second, mais on dit généralement que quatre de nos ministres, savoir Villèle, Corbière, Chabrol et Peyronnet, étaient contre les missions et 2° contre les Jésuites.

M. Peyronnet s'est emporté il y a. deux jours et M. Villèle est avec Chabrol et Corbière contre les Missions et les Jésuites. Ce sont deux objets séparés dans la discussion. John Bull sera-t-il en colère pour les affaires de Portugal ? Ferez-vous la guerre malgré votre pauvretéet la. Répondez à cette question très intéressante pour nous. Avez-vous reçu ma lettre 1 ?


M. Lawrence. Ecrivez pour vous justifier. Mademoiselle D[uvaucel]1 est toujours retenue dans sa chambre.

Mes respects à M. votre oncle de Cade Hill and to Miss R[ogers]2.

794. A

A M. PROSPER MÉRIMÉE, A PARIS Paris, le 23 Décembre 1826.

IL y a beaucoup plus d'impuissants qu'on ne croit. Une femme que vous voyez le lundi a un Olivier 3. Dans le charmant petit fragment des Mémoires 1. Voir sur Mlle Duvanoel, La belle-fille du grand Cuvier de qui Sutton Sharpe passa durant quelques années auprès de ses amis pour Ctrele fiancé, la lettre ci-après, nos 795 et 796. En 1828 Sophie Duvaucel écrivait précisément à Sutton Sharpe, alors à Paris, ces ligues au sujet de Beyle, qu'a publiées le premier Adolphe Paupe: «. M. Beyle est un homme si difficile aanuser que je n'ai pas osé lui proposer d'être des nôtres (pour une promenade à Saint-Cloud). Si pourtant il était tenté de faire sa route avec nous, et devenir, au retour, diner au Jardin des Plantes, nous serions bien charmées de cette héroïque résolution. Veuillez donc bien vous charger de mon invitation que je ne lui adresse pas directement, afin qu'il puisse répondre sans façon: « Cela m'ennuie ».

2. La mère de Sutton Sharpe était une demoiselle Rogers. 3. La duchesse de Duras passait pour avoir écrit un roman sous ce titre. Elle ne le publiait pas, la donnée étant scabreuse. C'est alors que La Touche commit la supercherie de publier sous ce même titre un roman qu'on attribua. à Mme de Duras. Tout cela donna probablement à Stendhal l'idée d'écrire Armance. Voir à ce sujet Armance, édition du Divan, et particulièrement la préface de l'éditeur.


de la Duchesse de Brancas 1, publiés par le feu duc de Lauraguais et que de Mareste vous prêtera, il y a deux impuissants, viz 2: M. de Maurepas, ministre, et M. le marquis de la Tournelle, le premier mari de la duchesse de Chateauroux. J'ai aussi étudié Swift dans la Biographie des romanciers par sir Walter Scott.

J'ai pris le nom d'Olivier 3, sans y songer, à cause du défi. J'y tiens parce que ce nom seul fait exposition et exposition non indécente. Si je mettais Edmond ou Paul, beaucoup de gens ne devineraient pas le fait du Babilanisme (mot italien pour le cas de M. Maurepas). Je veux intéresser pour Olivier, peindre Olivier. Le dénoûment que vous proposez avec la surprise de lord Seymour, etc., vient bien d'une bonne tête dramatique, mais, en fin de compte, mon pauvre Olivier est odieux. Les gens sages diront « Que diable quand on est babilan, on ne se marie pas. Olivier vient gêner sa femme et lord Seymour, qu'il s'en aille, bon voyage »

Le Babilanisme rend timide, autrement rien de mieux que de faire l'aveu. Ce mari 1. Lettres de L. B. Lauraguais, dans lesquelles on trouve un fragment historique de Mme de Brancas sur Louis XV et Mme de Chateauroux. Paris, an X.

2. C'est-à-dire.

3. On sait que finalement Beyle a abandonné ce nom et appelé son personnage Octave.


du lundi, M. de Maurepas, M. de la Tournelle l'ont bien fait. M. de la Tournelle est mort désespéré et amoureux fou de sa femme. Olivier, comme tous les Babilans, est très fort sur les moyens auxiliaires qui font la gloire du Président1. Une main adroite, une langue officieuse, ont donné des jouissances vives à Armance. Je suis sûr que beaucoup de jeunes filles ne savent pas précisément en quoi consiste le mariage physique. Je suis également sûr de ce second cas beaucoup plus fréquent L'accomplissement du mariage leur est odieux pendant trois ou quatre ans, surtout quand elles sont grandes, pâles, élancées, douées d'une taille à la mode. Il est vrai que j'ai copié Armance, d'après la dame de compagnie de la maîtresse de M. de Stroganoff qui, l'an passé, était toujours aux Bouffes.

J'ai, comme vous, les plus grands scrupules sur la lettre écrite par le Commandeur. Mais il me faut une petite cause pour arrêter l'aveu. Mon expérience m'a appris qu'une fille pudique aime beaucoup mieux mettre ses lettres dans une cachette que les donner à son amant de 1. Un vieux libertin, nommé Pellot, vantard de ses prouesses, qui venait tous les soirs chez Mme Pasta en même temps que Beyle.


la main à la main. On n'ose pas même regarder cet amant quand on sait qu'il vient justement de lire la lettre qu'on a écrite.

Malivert est le nom de mon village Bonnivet était le nom de l'amiral favori de François Ier. S'il eût fait race, Bonnivet, serait comme Montmorency à peu près, et mieux que Luynes ou Sully.

Ce roman est trop erudito, trop savant. A-t-il assez de chaleur pour faire veiller une jolie marquise française jusqu'à deux heures du matin? That is the question. Voilà ma sensation en recevant votre lettre. Madame d'Aumale, c'est madame de Castries que j'ai faite sage. Mais je reviens à la question de chaleur, vous n'en dites rien. Est-ce mauvais signe ? Si le roman n'est pas de nature à faire passer la nuit à quoi bon le faire ?

Une jeune femme s'intéressera-t-elle à Olivier ?

J'ai à faire une scène d'amour. Armance dira qu'elle aime. Olivier usurperait sur le caractère du cocu s'il se tuait à cause de cet accident; cela retomberait dans le Meinau, de Misanthropie et repentir 1. Le vrai Babilan doit se tuer pour ne 1. Pièce de Kotzebue le baron de Meinau abandonné par sa femme vit en misanthrope jusqu'au jour il retrouve sa femme et lui pardonne.


pas avoir l'embarras de taire un aveu. Moi (mais à quarante-trois ans et onze mois), je ferais un bel aveu on me dirait qu'imporle ? Je mènerais ma femme à Rome. Là, un beau paysan, moyennant un sequin, lui ferait trois compliments en une nuit.

Mais cette vérité est du nombre de celles que la peinture par du noir et du blanc, la peinture par l'imagination du spectateur ne peut pas rendre. Que de choses vraies qui sortent des moyens de l'art Par exemple, l'amour inspiré par un homme sans bras ni jambes, comme l'infâme caricature qui déshonore votre bureau.

Il me semble donc que le Babilan ne doit pas être cocu. Le vrai beau cocu est Emile qui s'est marié par amour et estime. Avez-vous lu cette suite d'Emile 2 ? Le Dean Swift ne voulait pas se marier pour ne pas faire l'aveu; il se maria, sollicité par sa maîtresse, mais jamais ne la vit en tête-à-tête, pas plus après qu'avant. Dans le salon d'un comte, pair de France, noble en 1500 et fort riche, j'ai froid près de la fenêtre, quand il y a vent du nord. Votre objection provient de la vérité probable, mon assertion de l'étude dela

2. Émile et Sophie, ou les Solitaires.


nature. Votre objection serait parfaite en Angleterre.

J'ai relu votre lettre

Quand même Armance, couchant avec Olivier, toutes les nuits, à Marseille, serait étonnée

1° Elle l'adore, et avec la main, il lui donne deux ou trois extases chaque nuit. 2° Par timidité, par pudeur féminine, elle n'oserait rien dire.

Mais' l'amour seul suffit pour tout expliquer.

Le genre de peinture dont je me sers, le genre noir sur du blanc, ne me permet pas de suivre la vérité. En 2826, si la civilisation continue et que je revienne dans la rue Duphot, je raconterai qu'Olivier a acheté un beau godmiché portugais, en gomme élastique, qu'il s'est proprement attaché à la ceinture, et qu'avec ledit, après avoir donné une extase complète à sa femme, et une extase presque complète, il a bravement consommé son mariage, rue de Paradis, à Marseille.

Quand on est songe-creux, homme d'esprit, élève de l'Ecole Polytechnique, comme Olivier, voilà ce qu'on fait. Donner des extases avec la main, quelle belle périphrase pour éviter le mot sale br.nl.r! Objet des méditations d'Olivier donner des extases, etc., a été l'objet des médi-


tations d'Olivier pendant toute sa jeunesse. Il faut que vous sachiez qu'il passait sa jeunesse chez les filles c'est ce que j'ai cherché à indiquer modestement. Armance lui conte cette calomnie que l'on fait sur son compte.

Mais, pour Dieu répondez sur l'article chaleur. Gardez ma lettre, nous en reparlerons peut-être en 1828.

Comte de CHADEVELLE.

7951.

A Mlle SOPHIE DUVAUCEL 2

[1827].

IL lui demande de lui rappeler leurs conventions au sujet d une publication projetée. Il ajoute « Dites à madame votre mère que je ne suis pas la moitié si méphistophélès que j'en ai 1. D'après le catalogue Noël Cliaravay.

2. Sophie Duvaucel, fille née d'un premier mariage de Mme Georges Cuvier avec le fermier-général Duvaucel guillotiné en 1794, était née le 19 décembre 1789, et elle demeura au Jardin du Roi jusqu'après la mort de Cuvier qui survint en 1832. Elle épousa deux ans plus tard l'amiral Ducrest de Villeneuve, préfet maritime de Lorient, Cf. Louis Royer: Stendhal au jardin du roi. Grenoble, Arthaud, 1930;— et Maurice Parturier Précisions sur Mérimée. La Revue de Paris, 1er septembre 1932.


l'air, autrement comme le chevalier Keneth du Talisman elle se croira en société avec le diable lui-même ».

796. G

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES Versailles, 7 Février 1827.

NOUS avons longuement parlé de vous au Jardin 1 on vous aime, mais on est en peine de certains bonbons envoyés à des amis de Londres. Ecriveznous si vous les avez remis. J'ai dit pour votre défense que vous étiez dans la chaleur des plus grandes occupations. L'incartade de M. d'Apponyi2, qui veut appeler le duc de Reggio, ie duc Oudinot, a porté ledit due, personnage courageux, à aller demander au baron de Damas, ministre des affaires étrangères, si le king serait fâché de voir un ambassadeur mort. Il comptait aller voir M. d'App[onyi] dans la journée. Avant la fin de la journée 1. Au Jardin du Roi, chez les Cuvier, où Sharpe durant ses séjours fréquentait assidûment. Il passait même à cette époque pour être fiancé à Mlle Sophie Duvaucel, la belle-fille de Cuvier. Voir Stendhal au Jardin du Roi, par Louis Royer, chez Arthaud à Grenoble, 1930. 2. Ambassadeur d'Autriche à Paris.


le duc de Reggio a reçu une lettre de M. d'App[onyi] à M. le duc de Reggio. M. d'App[onyi] a découvert que la ville qui donne le nom à ce duc était Reggio de Calabre et non Reggio de Lombardie. M. d'App[onyi] continue ses démarches envers M. Soult, duc de Dalmatie. Vous avez su cela. Mais la vraie version, la voici, et aucun journal ne l'a donnée. Les ministres actuels sont conspués ouvertement dans la Chambre des Pairs. Cette Chambre a si bien refait la loi sur le jury que l'on dit que le ministre ne la présentera pas à la Chambre des Députés. Il m'arrive un accident désagréable. Vous verrez par la copie d'une lettre du 2 février que M. C[olburn] interrompt ses relations 1.

1. Un fragment de lettre était joint à la lettre de Beyle et celui-ci y avait écrit de sa main c Paris, février 1827, Première lettre de l'envoyé de M. C[olburn]. La lettre de Londres est du 2. »

Copie. .He will think it very extraordinary though perhaps, you will not, that 1 should have omitted to mention ln my last letter or two, that 1 had not the least idea of continuing after the end of 1826 to trouble M. B. for further communications except on a limited scale, for which 1 am willing to expend not more than L 50, per an annum. I shall ln my next enter into particulars on this subject, in the meantime 1 can only me those lately sent, to make np the defleiency in the year's recelpts. 1 considered myself engaged for one year, would not gone on so long. M. B. should have written about a renewal, before he had sent me more papers however, as it will probably be a disappointement to him, you will have the goodness of discontinuing or limiting on the terms. C[olburn].


Ce superflu m'était fort agréable. Voudriez-vous, en revenant de Westminster monter chez quelque ami et voir s'il est possible d'établir une vente d'articles régulière ou irrégulière, tous les mois, tous les quinze jours, tous les huit jours ? Je suis prêt à commencer sur-le-champ. J'aimerais mieux ne pas interrompre le compte rendu que vous savez. Cela forme une histoire suivie pour les personnes qui s'intéressent aux progrès des Lettres. These arlicles are translated there and I hear with some applause, etc 1. Vous direz tout cela à des acquéreurs Traduction. « Il trouvera très extraordinaire, quoique « peut-être vous ne le trouverez pas, que j'aurais omis « de mentionner dans ma dernière ou mon avant-der« nière lettre, que je n'avais pas la moindre idée de con« tinuer, après la fin de 1826, à déranger M. B[eyle] pour « de nouveaux articles, excepté dans une certaine Limite, « pour laquelle je ne suis pas disposé à dépenser plus de « 50 L par an. Dans ma prochaine lettre, j'entrerai dans a des détails à ce sujet pour l'instant, je ne puis que me « servir de ceux envoyés récemment, pour combler l'insuf« fisance de ceux que j'ai reçus [d'autre part], pour l'année. « Te me considérais engagé pour un an, je n'aurais pas voulu l'être si longtemps. M. B[eyle] aurait m'écrire, a à l'égard d'un renouvellement, avant de m'envoyer d'autres articles. Cependant, comme ce sera probable« ment un désappointement pour lui, vous aurez la bonté d'interrompre ou de limiter les frais. »

C[olburn].*

1. Ces articles sont traduits ici et je les entends lire avec une certaine approbation.

Colburn était l'éditeur de ces journaux anglais depuis 1822 Beyle trouvait un supplément a ses maigres ressources en publiant force informations sur les lettres et la politique. On trouvera ces articles dans l'édition du Divan du Courrier anglais


si vous parvenez à en trouver. Cette affaire est essentielle pour moi. N'en parlez à personne.

Tout à vous.

OLD HUMMUMS,

797. G

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES1 9 Février [1827].

JE vous envoie, cher ambassadeur, un billet que je reçois de l'envoyé de M. Col[burn] 2. Veut-il renouer ? Se repent-il ?

Il a fait deux sottises. Il prévient le 2 février, après avoir inséré deux articles (le 1er janvier et le 1er février 1827) qu'il ne veut pas continuer l'arrangement pour 1827.

Il insinue qu'il ne veut pas payer même ces deux articles.

1. Sutton Sharpe, Esqre. 2 old Square.

2. A sa lettre Beyle a joint une coupure dont voici la teneur (il a ajouté de sa main « Seconde lettre de l'envoyé. ») Si vous désirez écrire à M. Colburn sur ce que vous m'avez dit dans votre billet d'hier, je lui ferai passer votre lettre. Je suis infiniment chagriné qu'il y ait sujet de plainte dans vos liaisons avec ce monsieur, mais j'espère qu'un éclaircissement en bonne humeur, de part et d'autre, raccommodera.

Très sincèrement, je suis votre dévoué serviteur.


Comme j'ai envoyé, depuis notre arrivée à Paris, plus de matière qu'il n'en fallait, on aura pu épargner un article pour le 1er mois.

Tout cela est digne d'un voleur, mais comment envoyer la justice en pleine mer ? dit Molière.

Je vous enverrai un article pour le ler mars. Si vous pouvez le placer, tant mieux. Si vous ne pouvez pas le placer, vous le ferez lire au docteur BI[ack] pour son instruction (le commencement peint la Société en février 1827).

A propos de M. le docteur Bl[ack], ne pourrait-il pas, quand il verra M. Col[burn], lui faire honte de son procédé ? J'espère que vous recevrez vos Gazelles [des Tribunaux]. Je les fais adresser au Jardin. Vous recevrez l'article vers le 15 février. Ce qu'il y aurait de mieux serait de renouer avec ce coquin de C[olburn].

Les on-dit du 9 sont

1° Création de 50 Pairs.

2° La loi sur la Presse passera à la Chambre des Députés sans les amendements de la Commission.


798. G

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES Versailles, 22 Février [1827].

J'AI reçu votre fort aimable lettre, mon cher ami, qui le serez toujours. Je vais répondre en paresseux. J'avais tant de choses curieuses à vous dire sur ce pays, qui se constitue moralement chaque jour, que la crainte de les mal dire m'a fait garder le silence. L'enterrement de Talma a décidé que l'on pouvait se faire porter directement au cimetière. Le refus de titres par M. d'Apponyia décidé l'union de la nouvelle noblesse avec l'ancienne.

Voilà ce que j'appelle se constituer moralement. Dites cela à M. le Docteur Bla[ck]. For the govt it is more unsettled que jamais i.

Mlle Duv[aucel] a perdu une lettre de douze pages adressée à M. Bowd. Nous tremblons pour le sort de nos lettres. Il faut bien que je vous ennuie de nouveau de mon affaire avec Col[burn] 1. Quant an gouvernement, il est plus flottant que jamais.


car peut-être vous n'avez pas reçu une lettre adressée à M. de Lavalette 1, il y a huit jours. Col[burn] a écrit le 2 février (après avoir fait usage des articles du 1er janvier et 1er février) qu'il ne voulait pas continuer pour 1827. 2° Qu'il considérait ces articles comme des suppléments aux envois de 1826, ce qui doit vouloir dire qu'il ne veut pas les payer. Vive la probité Probablement, c'est un accès de colère comme il ne payait pas ce qui était échu le 2 décembre, et que j'avais de la méfiance, je lui ai demandé ce qu'il devait vers le 24 janvier, avec politesse, mais avec fermeté.

Pourriez-vous faire marché avec quelque autre Revue for the said communications ? M. Yates, l'acteur qui a réussi ici, a dit que ces lettres avaient beaucoup de succès parmi les amateurs de la littérature française. J'aimerai mieux en donner une chaque mois mais, s'il le fallait, j'en donnerais une par semaine on m'a conseillé de faire offrir cette marchandise à un M. Soudan, qui fait un journal hebdomadaire tiré à 8.000 exemplaires. Les articles refusés par Col[burn], s'ils avaient 1. Le comte de Lavalette, condamné à mort en 1815, dont l'évasion est restée célèbre, et qui put se réfugier à l'étranger grâce an dévouement de trois Anglais. (Note d'Adolphe Paupej.


été imprimés en caractères ordinaires, auraient rempli 16 pages on les payait 50 livres st., pour trois mois, ou trois articles, viz deux cents £, par an. Ce qui m'arrangeait beaucoup. Mais le diable c'est que les publishers sont des fripons. Je vous envoie le commencement de l'article pour le mois de mars. Si vous ne pouvez pas le vendre, donnez-le gratis, comme échantillon.

La mort ou la maladie de votre lord Liverpool met tout le monde en l'air ici cela est flatteur pour votre nation. Many of our peers were bribed, so lhe law will be âccepted by them. The bribey1 a coûté cinq millions depuis six mois. Say that to our Doct. Bl[ack]. Il pourrait faire l'éloge of my marchandise to lhis rascal C[olburn], et renouer l'affaire. Cependant j'aimerais mieux un publisher moins fripon, s'il en est.

Lundi je vous écrirai une plus longue lettre.

Mar[este] vous salue.

1. Beaucoup de nos Pairs sont soudoyés, aussi la Loi [sur la presse] sera-t-elle acceptée par eux. La corruption.


799. A

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES Le 8 Mars 1827.

E crains, mon cher ami, quelque inexactitude de la poste ou plutôt de votre ami M. de Lav[alette]. Vers le 8 février dernier, j'ai reçu une lettre de vous. J'y ai répondu vers le 9, adressant ma lettre à M. de Lav[alette] sous enveloppe de S. E. Je vous ai écrit trois lettres dans le courant de février. Voyant aujourd'hui, 8 mars, que je n'ai pas de réponse, je vous écris par la poste. Réclamez quatre lettres auprès de M. de Lav[alette].

Je vais recommencer a tedious tale 1. Je voudrais, mon cher ami, que vous puissiez raconter cette friponnerie au bon Docteur Bl[ack] qui, dans l'occasion, pourra faire rougir le libraire fripon. Le dit libraire payait peu exactement. Lassé de ses retards, je lui écrivis, en janvier 1827, pour demander £ 50 échues le 2 décembre. Ma lettre était polie, et cependant, je suppose, l'a mis en colère. 1. Un ennuyeux récit.


Pourriez-vous placer la même marchandise dans une autre Revue ? M. Yates a dit, ici que cette marchandise était estimée en Angleterre. Madame Morgan m'a fait dire la même chose d'Irlande. Si vous avez reçu mes quatre lettres de février, tout ce détail vous semblera very tedious, mais ici nous sommes in challer of business1. Je tiens beaucoup fo these £ 200 qui me permettraient de faire des voyages. Tâchez donc de placer ma marchandise même on reduced price. Avec ledit Col[burn] je ne veux rien rabattre, mais je me contenterais, s'il le fallait absolument, de £ 25, tous les trois mois, ou £ 100 par an.

Car le travail dont il s'agit m'amuse. On m'a parlé d'un M. Soudan qui fait une Literary Gazette tirée à huit mille exemplaires, et qui pourrait, pour un envoi chaque semaine, payer deux ou trois £, ce qui ferait huit ou dix £ par mois. Ne m'avez-vous pas dit une fois que cette Literary Gazette n'était pas de bon ton ? Enfin, cher ambassadeur, tâchez d'arranger un engagement pour 1827. Je vous donne carte blanche. Je serais glorieux qu'un article de ce genre pût conve1. En bavardage d'affaire.


nir tous les trois mois à M. Jeffries et à l'Edinburgh-Review, qui, je suppose, ne s'abaissera pas à friponner. Si ce respectable journal me donnait £ 200 par an, je m'engagerais à ne pas écrire dans le même genre pour une autre feuille anglaise. En un mot, je vous donne tout pouvoir for making me a scrittura 1.

Notre Giuditta 2 chante à Naples dans l'oratorio de Giuditta e Olopherno, qui a été joué le 4 mars. Vous savez qu'Ebers, avocat fripon, devait payer 500 en février il a demandé un délai de quinze jours. Ceci est un secret. Peutêtre notre amie ira à Vienne. Nous parlons sans cesse de vous avec Mlle Sophie, nous voudrions vous avoir à Paris, dix mois chaque année. Adieu. Je résiste à la tentation de vous parler d'objets intéressants. Je veux que ma lettre vous parvienne. Répondez-moi par duplicata, une lettre par la poste, une autre par l'Ambassade.

J'ai beaucoup couru, ce qui m'a empêché de vous écrire en janvier.

Tout à vous, J.-B. LAYA. Racontez tout ceci to lhe aimable Dr Bl[ack] afin qu'il fasse honte à son ami Col[burn].

1. Pour m'arranger un contrat.

2. Mme Pasta.


800. G

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES 1 Paris, le 9 Mars 1827.

Rue Le Peletier, N° 6, près l'Opéra.

Nous ne savons plus ce que vous êtes devenu. Seriez-vous à Lancaster, occupé, non du circuit 2, qui n'a pas encore commencé, mais de ces certains procès singuliers que vous plaidiez amicalement dans une petite chambre ?

Mlle Sophie et moi, nous vous avons élevé à la qualité de Français sans doute vous êtes fort bien suivant les idées anglaises, nous ne prétendons rien vous ôter de ce mérite grave, raisonnable, profond, mais fâché, et toujours en présence de l'idée du devoir mais en même temps, vous êtes fait pour plaire dans un salon français, et, par conséquent, pour vous y plaire. Nous parlons quelquefois un quart d'heure sur ce sujet, Mlle Sophie et moi, et nous finissons par conclure que, 1. Sutton Sharpe, esqre. 2 old Square. Lincoln's Inn. London.

2. Assises anglaises qui se transportent de ville en ville (Note de Casimir Stryienski).


comme on se plaît, là où l'on plaît, nous finirons par vous avoir ici plusieurs mois chaque année. Sans cesser d'être naturel, vous serez très singulier et très original, ce qui est le suprême mérite pour une nation qui ne craint que le baîllement. Cette qualité et l'absence d'adoration pour l'argent a valu à la France la place de Procureur fondé de toutes les nations pour l'appréciation des ouvrages d'esprit. Je n'appelle pas ouvrage d'esprit un traité d horticulture ou de législation. Qu'estque l'Europe a produit en 1826 de comparable aux trois dialogues du père Joseph par Leclercq ? Je vous ai envoyé deux de ces dialogues par M. de Laval[ette]. Les avez-vous reçus? Avez-vous reçu trois ou quatre lettres écrites en février, toujours par la même voie ? Je crains bien que non. Hier, je vous ai écrit par la poste. Je n'ose vous dire bien des choses par l'occasion qui porte cette lettre. Le 19 Mars.

Votre lettre du 13 m'a fait le plus grand honneur je l'ai montrée à de grands personnages sans dire le nom de l'auteur elle a été montrée samedi au


cercle du Jardin. La sœur de Sophie 1 est gravement indisposée.

Mais j'oublie qu'il est quatre heures. Je sors de l'Exposition des tableaux de Talma je suis content du portrait de Shakspeare peint sur un soufflet pour la reine Elisabeth.

Comme il est lundi et quatre heures, je n'ai que le temps de vous dire que j'accepterai la lettre à quatre guinées par mois. Mais, pour accepter avec décence, il faut que Col[burn] m'écrive et m'envoie le paiement de ce qu'il me doit. Oui, certainement, parlez au docteur Bla[ck] et au Times. J'aimerais mieux avoir affaire à d'honnêtes gens. Ne pourrait-on pas faire offrir un article à M. Jeffries, de l'Edinburgh-Review ?

J'ai trouvé un bon traducteur qui a de l'esprit.

Vous recevrez un ex. d'un nouveau Voyage en Ilalie par votre ami de Lancaster 2

Mes respects à Mlle votre tante et à MM. vos oncles.

Toutes les têtes ici croyaient à votre changement de ministère.

1. la demi-sœur de Sophie Duvaucel, Clémentine Cuvier, qui mourut de la phtisie en 1827.

2. Beyle désigne ainsi son ouvrage Rome, Naples et Florence, Edition, Delaunay, 1826.


Hier dimanche, on disait le duc de Wellington prime Minister. Quod deus avertat.

Tout à vous,

CHAPERONIER.

801 1

A. M. ARTAUD 2

Ce dimanche. [Mars 1827].

Rue Le Peletier Na 6

E vous avouerai, Monsieur, que j'ai du mépris pour les manœuvres qu'emploient MM. Jouy, Villemain, Delavigne, etc. pour se faire louer dans les journaux. Ce sont ces messieurs qui ont tant ravalé le métier d'homme de lettres.

Je vous demande donc la vérité le plus sincère.

Dites, si vous voulez, que la loi d'amour a fait peur à un imprimeur timide et qu'il a mis des cartons malgré l'auteur, pour 1. Lettre publiée par M. Paul Arbelet dans la Revue de France du 1er avril 1921.

au Collège Louis-le-Grand, rue Saini-dacques, Paris*.

Nicolas-Louis-Marie Artaud, professeur de seconde à Louisle-Grand et journaliste,


remplacer par des points. les mots malsonnants.

L'auteur a passé onze années en Italie il essaye de peindre les mœurs, etc. Je sais que le libraire doit deux exemplaires voici le premier. Je vous promets de vous envoyer le second le 16 mars. M. Delaunay meurt de peur que les cartons ne paralysent la vente. Tâchez donc de nous annoncer le plus tôt postible, mais traitez-moi en orgueilleux, dites-moi la vérité et employez les mots les plus durs.

Vous verrez que nous n'en serons pas moins bons amis.

Ne parlez pas de l'anecdote du marquis Filorusso. Elle sera remplacée par le suicide de Laodina, aventure si curieuse qui a eu lieu le 18 janvier 1827.

Agréez, Monsieur, l'hommage des sentiments les plus distingués.

H. BEYLE.


802. A

A M. V. DE LA PELOUZE 1

Ce mardi 20 Mars 1827.

Monsieur,

Vous souvient-il, que vous avez bien voulu me promettre, dans le temps une annonce pour mon voyage en Italie 2.

L'imprimeur de la Forest s'est trouvé le très humble serviteur de la Congrégation, il a mis 50 cartons.

Les Chambres vont être bien plates pendant un mois jusqu'à la discussion de la loi d'Amour à la Chambre des Pairs. Ne pourrait-on pas profiter du moment ? Je prie M. Chatelain, M. Mignet ou celui de vous, Messieurs, qui fera l'annonce, de me traiter avec Sévérité, Impartialité, Justice.

L'auteur a passé dix ans en Italie au 1. A M. V. de la Pelouze, rue Saint-Honoré, 340 ou 41, vis-à-vis la rue de la Sonrdiere. Paris 2. Son livre Rome, N aples et Florence, réédité en 2 volumes l'année précédente. En réponse à cette lettre le Globe, dans son bulletin littéraire du 7 avril 1827, a publié une note reproduite par Daniel Muller dans l'Avant-Propos de son édition de Rome, Naples et Florence parue chez Champion en 1919.


lieu de décrire des tableaux ou des statues il décrit des mœurs, des habitudes morales, l'art d'aller à le chasse au bonheur en Italie. Je vous souhaite, Monsieur, bien des succès dans cette chasse, et suis votre très humble et très obligeant serviteur. H. BEYLE.

803. G

A MONSIEUR SUTTON SHARPE, A LONDRES 1

De mon château de B.2

Le 30 Avril 1827.

RIEN ne pouvait me faire plus de plaisir que l'augmentation du fish 3 à la dernière pêche. J'espère, mon cher ami, que l'avancement de M. Scarlett lui fera négliger les fatigues du barreau. M. Brougham héritera de la moitié et vous du quart de l'autre moitié. Est-ce là la proportion ? Je désirais beaucoup

1. Sutton Sbarpe, esqre. 2 old Square. Lincoln' s Inn. London,

2. Illisible.

3. Poisson. Beyle désigne ainsi l'argent.


que M. Brougham prît de l'avancement. Dans ce cas, il me semble que le fish aurait été in great plenty1.

Je pense que la Gazette de samedi 28 a publié votre Ministère. Dans tous les cas je suppose que, le Parlement ouvrant le 1 er mai, la Gazelle du mardi 1er doit parler. Votre ministère nous occupe beaucoup. Savez-vous que le plus grand événement qui se soit passé en France, depuis 12 ans, ce sont les illuminations du mercredi 18 avril 2 ?

Le peuple qu'on croyait mort et qui avait donné sa démission, suivant le bon mot de M. de Sémonville, a donné signe de vie, ce qui a effrayé tous les libéraux riches. I say nollting of lhe « peur » of one august person3. Cela passe toute croyance. I suppose that they have sent twenty or thirty thousand frs. to the « Constitutionnel4 » afin qu'il ordonnât to the people to cry only 5: Vive le K[ing]. That said Constitutionnel a gagné son argent. The Debats, by fear of seeing the people living a second hme, has made his utmost. However the third 1. En grande abondance.

2. A l'occasion du retrait de la loi sur la presse surnommée ia Loi d'amour. (Note d'Adolphe Paupe).

3. Je ne dis rien de la peur d'un auguste personnage (Charles X).

4. Je suppose qu'ils ont envoyé vingt ou trente mille francs au Constitutionnel.

6. Au peuple de crier seulement Vive le Roi.


and lhe seventh1 Légions ne sont pas con- duites aussi bien que nous l'aurions désiré 2. Un homme est sorti des rangs de la 3e légion, a présenté les armes to the K[ing] et a crié « A bas les Ministres » Le Maréchal Oudinot, duc de Reggio, l'a poursuivi l'épée à la main, en criant « Il faut que je le tue » L'homme fuyait le Maréchal (qui a sans cesse besoin d'ar- gent) courait après lui, il allait le tuer, quand un des aides-de-camp lui a dit « M. le Maréchal, le Roi vous demande sur-le-champ. » Le duc de Reggio a laissé l'homme s'échapper.

A la 7e légion, un homme est sorti des rangs, tenant son fusil d'une main et son mouchoir blanc de l'autre. Il a marché to the K[ing] The horse of the K[ing] 3 a eu peur et a fait un écart de six pieds. Le K[ing] a ramené son cheval sur ce garde national qui riait « A bas les Ministres » Le K[ing] lui a dit « Je suis venu pour recevoir les hommages de ma garde na- tionale, et non pas pour recevoii des avis. Qu'on casse cet homme je ne veux 1. Les Débats, par crainte de voir le peuple revivre une seconde fois, a fait tout son possible. Cependant la troi- sième et la septième Légions.

2. la Revue générale de la garde nationale, passée par Charles X, au Champ-de-Mars, le 29 avril (Note d'Adolphe Paupe).

3. Le cheval du Roi.


S = spectateurs.

K = King.

G = Les 13 Légions de la Garde Nationale.

de-Mars étaient trop éloignés pour s'aper- cevoir de rien. Cette journée est le complé- ment de celle du 18. Le peuple qui est fort doux et fort à son aise, a obéi à ses tribuns, le Constitutionnel et le Courrier. On a été étonné de la toilette des 150.000 spectateurs, ils étaient supérieu- rement bien mis. Quelle différence avec la Fédération en 1792 Au lieu de 20 mil- lions, nous sommes 32 millions effet de la division des champs.

Le peuple pouvait se montrer beaucoup plus méchant. Je ne puis vous peindre the « peur » of the Court. La 3e Légion, en passant sous les fenêtres de l'Hôtel-de-

pas qu'il défile devant moi. » (Qu'on casse veut dire qu'on ôte son emploi à cet homme. )

Aucun journal n'a raconté ces deux événements. Les deux cent mille spec- tateurs qui étaient sur le talus du Champ-


Ville, a crié « A bas Villèle! » d'une force à être entendue du Château. J'ai parlé à vingt gardes nationaux de ma con- naissance et de celle de mon beau-père, rien de plus tranquille, timide et bon que ce people, mais rien de plus léger. Quatre articles de ses journaux peuvent le mettre en colère. Say all this to the Dr Bl[ack]. J'ai vu M. Kean, homme d'esprit, a-t-il compris ce qui vient de se passer ? Cet animal de M. C[olburn] ne me fait point payer de ce qu'il me .doit. I have written to M. Jeffries qui recevra ma lettre le 6 mai. Si vous avez reçu 2 ex. d'un Voyage to Rome donnez-en un à quelque Reviewer qui en parle en bien ou en mal, peu importe la mal c'est le si- lence. J'ai oublié de louer M. le Juge Hullock et le ban de l'Angleterre, de manière qu'on me dit que j'abhorre Old England, rien de plus faux. J'éprouve pour elle le sentiment que feu M. Jésus-Christ avait pour les hommes.

Tous les instants qui n'ont pas été con- sacrés à parler du grand réveil du 18 avril l'ont été à discuter l'avancement de M. Canning. Nos bons libéraux badauds le croient libéral. Plusieurs personnes pensent qu'il sera renversé au mois de février 1828.

1. Rome, Naples et Florence (1826).


Vos lettres font les délices de M. de Ma[reste] qui vous est extrêmement atta- ché. On a dit que M. Canning renverrait le Parlement et ferait faire des élections. En ce cas j'irai vous voir. Mais la déser- tion de M. Col[burn] me gêne pour les courses. Je voudrais bien le remplacer. Aujourd'hui a paru l'Histoire de la Guerre d'Espagne de 1809 à 1814 par le général Foy. Cela sera horriblement puffé1. Cela est bien emphatique. II a pour les Anglais la haine d'un Bonapartiste. Croyez-vous qu'un article upon the life of Bonap. by Thibaudeau would be accepled for the Edinburgh-Review ? Is nol the man an hallowed to pick2 ? Avant de me mettre à l'ouvrage j'attends votre avis. Je me déciderai d'après votre opi- nion. Quels sont les sujets qui seraient bien reçus par les lecteurs de 'Edinburgh Review ?

Voilà la véritable difficulté qui m'arréte. Je suis comme un peintre de paysages. Je vous ferai aussi mal ou aussi bien un arbre ou un rocher. Mais qu'aimez-vous le mieux ? L'arbre ou le rocher ? Vous me 1. Sur ce verbe puffer vanter à toute outrance, voir les Mélanges de littérature, édition du Divan, tome II, p. 826 et tome III p. 215.

2. Sur la vie de Bonaparte par Thibaudeau serait accepté par l'Edinburgh-Review ? L'homme n'est-il pas une illus- tration à étudier ?


rendrez un grand service si vous m'indi- quez deux ou trois sujets capables d'inté- resser les bonnes gens à tête étroite et à 2.000 £ st. per annum qui lisent l'Edin- burgh-Review. Ah que je regrette the lellers for Gol[brun]. J'avais le plaisir de faire en conscience le portrait d'un animal curieux.

Rappelez-vous donc que le 18 [avril] a été un grand jour, un peu amoindri par la journée du 29. Cependant, en y réfléchis- sant, on verra que le 29 a moins amoindri le 18 qu'il ne semble au premier abord. Ecrivez-nous de longues lettres, elles font notre bonheur à Mar[este] et à moi. Ecrivez-nous souvent. Chaque samedi, Mlle Sophie me parle de la probabilité de vous voir fixé en France. Cette maison me plaît beaucoup. Présentez mes respects à Miss R[ogers] et à MM. vos oncles. Rappelez-moi au souvenir de M. Bla[ck], de M. John, le membre du Parlement, et de nos amis de Lancaster. Le procès de ce coquin de Wakefield m'a beaucoup intéressé. Je retournerai avec beaucoup de plaisir au Circuit. Grâce à vous, j'y ai pris des idées nettes. Peu de voyages aussi courts m'ont laissé autant de notions précises. Dites-moi s'il y a quelques pro- babilités d'élections. Si oui, I will make articles upon articles. This fish gives me


the superflu. All my obscurities are for prudence sake 1.

For Bla[ck] 12 ou 15 ducs ou grands seigneurs qui entourent the King ont eu peur le 18 avril. Ils se sont dit les Ministres en feront tant qu'ils compro- mettront notre existence politique et les cent ou cent cinquante lhousand francs que nous tirons of the favour of the K[ing]. Il faudrait changer ces ministres mala- droits. Après plusieurs assemblées qui ont fort inquiété les ministres, les 12 ou 15 grands seigneurs qui s'étaient adjoint 10 ou 12 gens un peu moins grands, mais un peu plus éclairés, ou moins bêtes, si vous voulez, sont convenus de pousser, de tout.leur pouvoir, un certain minis- tère dans lequel M. d'Ambrugeac, pair, serait au Ministère de la Guerre, M. de Caraman aux Affaires Etrangères. Mon opinion est que les Ministres actuels res- teront, à l'exception de Peyronnet, rem- placé par M. Portalis, pair.

L'Histoire de la Fronde, 3 vol., par M. le Comte de Sainte-Aulaire, est fort médiocre. Les Etats de Blois, dialogues tragiques, comme le Richard II de Sha- kspeare, passables l'auteur est M. Louis I. Si oui je ferais articles sur articles. Ce poisson » me donne le superflu. Toutes mes obscurités sont voulues par la prudence.


Vitet. A. Thierry va publier des Lettres sur l'ancienne monarchie française cela sera exact, ennuyeux et très puffé. La Ligue, de M. Mignet, ne paraîtra qu'en décembre.

Avec les compliments de M. Lavalette. 804.-G

A SUTTON SHARPE, A LONDRES 1 [Juin 1827].

Rue d'Amboise, 1.

Cher ami, êtes-vous à Londres ? Je n'ai pas la bosse des dates, n'êtes- vous point dans quelque circuit ? Vos détails m'ont fait le plus grand plaisir, surtout sur le fish qui vous arrive de bonne heure, vu votre âge. Pourquoi M. Brougham n'a-t-il pas reçu quelque bonne chose ? c'est bien peu qu'un silk gown 2. Comment s'est divisée à Lancaster la succession du self sufficient 3 Scarlell ? Je ne compte pas voyager faute de fish. Colburn n'a pas payé.

1. Sharpe a écrit en téte la date où il reçut cette lettre 26 June 1827.

2. Toge de soie.

3. Vaniteux.


Mlle Sophie m'a payé mardi un pari de glaces que j'avais gagné.

On a fait une longue mention du seul Anglais aimable, ne vous mettez pas en colère comme patriote.

Vous êtes bien bon de me trouver moi- même aimable. J'avais beaucoup de cha- grin du 1er août au mois d'octobre 18261. Mais n'en parlons plus. Viendrez-vous en France ? Quand ? Dites juste l'époque pour que je tâche d'y être. Vous me flattez sur Rome, Naples [et Florence] dites- moi les défauts que vous y trouvez. Rien n'est parfait pas même votre duc de Wellington. Les Anglais de mes amis m'en veulent car, dans Rome, il n'y a que du mal. Une autre fois, je parlerai de la justice si bonne quoique si chère et de M. Hullock.

Compliments à M. Bla[ck]. Je voudrais me rengager dans quelque Revue f or fish. Adieu, à un de ces jours.

Jetez à la poste le paquet ci-joint.

1. Rupture avec Mme Curial.


8051.

A M. DANIELE BERLINGI-IIERI A PARIS

Jeudi [28 Juin 1827].

Excellenza,

IGRAN personaggi son soggetti a cam- biar parere, come Lei sa. Ricevo a questo momento, alle 5 pomeri- diane, l'avviso che l'altissima giraffa 3 non arrivera aVilleneuve-Saint-Georges che sabato. Cosi sabato alle 7 si va a prendere il vascello a vapore alla greve. Il signor 1. Lettre publiée dans l'Illustrazione Italiana du 22 mais 1891, et reproduite par Ferdinand Boyer Giulia ou le mariage manqué de Stendhal. Éditions du Stendhal-Club, 29.

2. Berlinghierl était un Siennois qui fut marin et diplo- mate, avant de devenir recteur de l'Université de sa ville natale, puis ministre plénipotentiaire à Paris où il mourut en 1837. Cf. sur lui le charmant petit livre de Luigi-Foscolo Benedetto Indiscrétions sur Giulia, Paris, Le Divan, 1934. 3. La girafe, envoyée par Méhémet-Ali, pacha d'Egypte, au roi Charles X, arriva à Paris le samedi 30 juin. Sans doute Berlinghieri et Giulia Rinieri, sa pupille, que Stendhal trois ans plus tard devait demander en mariage, devaient- ils se joindre au petit groupe qui, avec les dames Cuvier, voulait aller à la rencontre de l'animal quasi fabuleux. François Buchon à la date du 29 juin écrivait de son côté à Sutton Sharpe « Beyle et moi nous allons aveo plusieurs professeurs du jardin des Plantes au-devant de la girafe. Mlles Cuvier viennent avec nous sur le bateau à vapeur. » Berlinghieri fut sans doute de l'expédition, mais nous savons que sa nièce n'y alla point.


Geoffroy, questo dotto personaggio, quel gran professore ha fatto lo sbaglio e ha preso il venerdi per il sabato.

Rimango con tutto il rispetto il Suo um° servo

Giovedi alle 5 1/41.

H. BEYLE.

806. A

A Mlle SOPHIE DUVAUCEL

A PARIS

Ce mercredi matin. [1827].

E n'ai pas voulu, Mademoiselle, faire attendre mon pauvre cama- rade de la retraite de Moscou.

0 ingratitude hier, chez le grand citoyen2 j'ai essuyé toute la conversation d'un ennuyeux pour avoir le troisième volume des Sposi promessi3.

I. Jeudi [28 juin 18271. Excellenoe, Les grands person- nages sont sujets à changer d'avis, comme vous le savez. Je reçois à l'instant à 6 h. après midi l'annonce que la très haute girafe narrivera à villeneuve-St-Georges qne samedi. Ainsi samedi à 7 h. on prendra le bateau à vapeur à la grève. M. Geoffroy, ce docte personnage, ce grand profes- seur a fait l'erreur et il a pris vendredi pour samedi. Je reste avec tout le respect votre humble serviteur.. 2. Le général de Lafayette. H. BEYLE. 3. Les Promessi sposi de Manzoni venaient de paraître en 1827 ce qui nous permet de dater approximativement cette lettre.


Il y a un obstacle il n'existe pas, ou du moins M. Manzoni n'a publié que la première moitié de ce troisième volume. Il trouve son roman ennuyeux et l'on dit qu'il ne le finira pas.

J'ai entrevu chez vous, Mademoiselle, un homme qui est mon ennemi parce que j'ai dit devant lui un projet un peu trop viril. M. Ugoni de Brescia est l'homme de Paris qui peut le plus probablement vous placer vis-à-vis cette première moitié du troisième volume.

M. Fauriel, le seul savant non pédant de Paris, l'ancien ami de Madame de Con- dorcet, est l'intime de M. Manzoni et fait traduire Gli Sposi par un M. Trognon. Ce M. Trognon est le frère du précepteur de Monseigneur le duc de Beaujolais, ou le prince de Joinville, ou bien c'est le pré- cepteur lui-même. Ces princes habitent le Palais-Royal. M. Fauriel va chez made- moiselle Clarke, où madame Alexander pourrait peut-être lui parler.

Mais que je suis fou de faire leçon à une Française sur le moyen ingénieux de mener à bien une affaire de ce genre (M. Trognon est du Globe).

Je pourrais mentir plus ou moins adroi- tement j'aime mieux avouer noblement que dimanche matin, dès midi, j'ai été réveillé et emmené et je n'ai plus songé


à la lettre Sharpe. Le difficile est de la retrouver. J'ai déménagé1, le désordre et moi ne faisons qu'un, etc. Cependant je vais me mettre à chercher.

J'ai bien peur que ma lettre ne vous paraisse abrupte. Etant naturelle, elle serait passable pour une Italienne voilà pourquoi je n'attends que la mort de M. de Metternich pour retourner sur les bords du lac de Como.

J'espère que le temps plus doux sera favorable aux péritonites, mais le Brous- sais me fait peur.

Agréez, Mademoiselle, l'hommage de mon profond respect.

H. BEYLE.

1. Beyle qui habitait au début de l'année au 6 de la rue Le Peletier, vint vers juin habiter au 2 de la rue d'Am- boise, à l'angle de la rue de Richelieu.


807. G

A SUTTON SHARPE, A LONDRES Rue d'Amboise le 2 Juillet [1827].

My dear friend,

J'AI pris des renseignements sur la personne dont vous me parlez. Vers le 12 ou le 15 juillet elle partira 1 pour Noyon sur le lac de Genève, de là à Gênes, par le Simplon. Elle respirera l'air suave au bord de la mer à Chiavari, ou bien s'embarquera pour Livourne et Florence, ou bien s'embarquera pour Naples, Corfou ou Palerme. Elle n'an- nonce pas ses projets pour n'être pas liée aussi n'en parlez ni à Mademoiselle Sophie ni à personne. Le départ seul pour le lac de Genève est sûr.

(J'ai su tout cela par la femme de la personne en question.)

Je ne mets pas moins de prix que vous, mon cher ami, à la société que j'avais à Lancaster. Je désire passionnément que vous puissiez venir joindre le voyageur 200 fr. et 10 jours vous mettent à Gênes. Le steamboat de Marseille à Naples touche 1. Beyle parle de lui-même voir la lettre suivante.


à Livourne. Deux ou trois felouques fort bonnes pour se noyer, comme M. Shelley, partent tous les jours de Gênes pour Livourne, 36 heures et 12 fr. De Livourne à Naples, le steamboat met, je crois, 4 jours il prend 120 fr. Si l'on est obligé d'attendre à Livourne, 10 heures et 10 fr.. vous mettent à Florence ou aux bains de Lucques. On revient de Lucques ou de Florence pour le jour du passage du steam- boat connu d'avance.

Ne dites rien à âme qui vive je n'ai rien dit à Mar[este].

Mlle Sophie, sa sœur, sa mère, nous sommes allés par le steamboat de la Seine, à Villeneuve-Saint-Georges au devant de la Girafe, le 30 juin. Mlle Sophie m'a dit que vous écriviez que vous comptiez les jours pour votre voyage en France. En français, compter les jours, veut dire être à moins de 15 jours d'un événement. Je voudrais que vous sussiez parfaite- ment la langue alors nous pourrions vous espérer pour le 20 juillet, au plus tard le sens restreint voudrait dire du 5 au 10 je n'ose y croire.

A propos ce demi-fripon de Colburn ne paye point. Si cela est convenable à votre dignité, passez chez lui. S'il payait 800 fr. pour janvier, 400 plus 200 pour les mois de mars, avril, etc., où il a mis des morceaux


économisés sur mes lettres précédentes (il m'avait fait écrire en octobre que j'envoyais trop peu), ces 800 ou ces 1.200 mangés à Palerme ou à Corfou feraient un bel effet. Ennuyé d'avoir à répondre à toutes les foolish queries sur le voyage, je n'en ai parlé à personne. Si j'étais assez heureux pour que vous fussiez tenté, prenez des lettres de recommandation. Je ne con- nais personne à Naples. Ensuite, la Médi- terranée peut être curieuse en septembre vers Corfou. Une recommandation à quelques Anglais, tenant au gouverne- ment des sept îles, peut vous faire ad- mettre sur un vaisseau allant voir Athènes ou Constantinople. En un mot, jamais les lettres de recommandation n'auront pu être plus utiles.

9 Juillet.

J'avais écrit jusqu'ici lorsqu'on vint me prendre pour aller à la campagne par une de ces petites diligences qui n'at- tendent pas. Je n'avais pas lu votre lettre tout entière.

Je pars le 20 pour Nyon et le lac de Genève. Je vous écrirai le 10 août ou le 10 septembre. Venez me joindre en sep- tembre, je serai à Gênes ou à Naples,

1. Les sottes questions.


nous reviendrons à Paris ensemble. Je n'ai pas besoin de vous dire que vous me ferez beaucoup de plaisir. Vers le 1er août on vous enverra une brochure de moi dont vous enverrez des exem- plaires à MM. Brougham, lord Lansdowne, Jeffries d'Ed[inburgh]-R[eview], le révé- rend Sidney Smith, l'homme gai. Avez- vous reçu le second exemplaire de Rome2 ? La Girafe occupe le Jardin 3, qui se porte bien. The talher would nol be cen- seur.

Adieu je suis pressé. Vos communica- tions politiques me mettent l'âme en repos. Ecrivez-moi beaucoup sur tout, et surtout sur les probabilités que votre cabinet cherchera le bonheur 1° du pays 2° de l'Europe.

Adressez vos lettres à M. B[eyle] chez M. R. Colomb, n° 39, rue Godot de Mau- roy. Le 24 juillet à Nyon, le 10 août à Gênes, le 20 ou 25 à Gênes encore ou à Naples ne dites rien de mes petits pro- jets. Tout à vous.

CORNICHON.

1. Probablement D'un nouveau complot contre les indus- triels.

2. Rome, Naples et Florence.

3. La famille Cuvier.


Le beau M. de Coz[es] est consul à Livourne. Il faut être Montmorency ou Rohan pour suivre la carrière des ambas- sades ici.

808. G

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES Versailles, le 11 Juillet 1827.

E viens de prendre mon passeport, mon cher ami, en pensant à vous et au plaisir d'avoir de la conver- sation en voyant Florence ou Naples, car à Rome, avant octobre, on prend la fièvre. Il est vrai qu'elle ne dure que 22 mois, comme celle de M. le conseiller d'Etat, de Gerando.

Dites aux gens prudents M. B[eyle] est à Nyon sur le lac de Genève je vais l'y voir pour comparer le Léman au Win- dermere 1. M. de Mares[te] vous arrangera votre passeport vous n'avez besoin que de 24 heures ou 48 pour le faire viser par les ambassades d'Autriche, Rome, Naples, et Sardaigne. Mais, bien mieux, vous pouvez faire faire tout cela à Londres 1. Lac d'Angleterre, célèbre par l'École des Lakistes. (Note de Casimir Stryienski).


par votre ingénieux valet de chambre. Je vous ruinerai en ports de lettre pour vous apprendre mes mouvements. Je laisserai en outre des lettres à votre adresse poste restante à Gênes, Livourne. Je vous ramènerai à Paris et si j'ai des affaires à Grenoble (pays beau comme la Suisse), de Tuyin, je vous convoirai jusqu'au dit Grenoble, situé à 10 heures de Lyon et diligence tous les jours. Je ne crains que quelque oncle mâle ou femelle qui voudra vous accaparer. Mais 1° La vie est courte. 2° L'ennui, fatal à tout le monde, est mortel à un An- glais. A force de ne pas mettre d'huile dans une lampe, elle s'éteint à force de faire des choses ennuyeuses, la vie en elle-même devient insipide, et un beau jour rash aci in a fit of derangenaenf 1. Telle action demi-gaie ne vous fait pas beau- coup plaisir aujourd'hui, vous sentez peu d'attrait mais si vous ne la faites pas, dans trois jours vous en serez plus triste. Donc vous devez venir me joindre, 80 gui- nées vous suffisent. { A Paris, vous prenez la malle- poste pour Dôle, vous prenez un cheval à 1 fr. 50 par poste, environ 70 fr. de Dôle à Nyon, diligence,

1. Une action téméraire dans un accès de folie.


28 fr. bateau à vapeur jusqu'à Lausanne, 5 fr. De Lausanne à Domo d'Ossola, diligence, 70 fr., de Domo à Bussonne, allez coucher dans l'Ile Borromée, Isola Bella, 12 fr. de l'Ile à Gênes, 30 fr. de Gênes à Livourne, par felouque, 36 heures et 12 fr. De Livourne à Naples, bateau à vapeur, 150 fr., ou par terre, vue de Rome et Flo- rence, mais punaises dans les lits 130 fr. Achetez à Paris, chez Valandi, quai des Augustins, n° 37, l'lliné- raire d'Ilalie, de Vallardi, Milan, 15e édition, 8 fr. c'est le seul bon. Je vous ai peut-être déjà donné tous ces détails.

Voyez dans la répétition le plaisir que j'aurais à vous avoir. Ersemble, les étrennes étant les mêmes pour deux et pour un, nous en serons quittes pour 10 fr. par jour, oui, Monsieur, 8 shillings défraieront toute notre dépense. Seul, cela monte à 12 fr. per diem. The French dog aime à répéter des phrases toutes faites. Donc, after the censure of the newspapers, la conversation est beaucoup moins viru- lente. D'ailleurs, on ignore les faits. L'affaire Chauvet aurait lieu aujourd'hui que personne ne s'en indignerait. Le dégoût


for the B. and K.1 est extrême toutefois. C'est la gale, chacun voudrait en être guéri. Voyez dans l'ignoble de ma compa- raison la peinture du genre d'impatience, mêlé de dégoût que tout cela inspire. Till one grealer man reslore us and regain the blissful slate. But where is the greater man 2? Peut-être quelque pauvre diable inconnu à lui-même et aux autres. Dans le genre militaire, qu'était-ce, le 21 janvier 1793, jour de la mort de notre Charles 1er, que le jeune Napoléon Bonaparte ? Donc, notre Washington est quelque clerc de procureur de Dijon ou de Grenoble. Com- ment mourra un homme de soixante-dix ans qui s'enivre soir et matin ? On n'en sait rien, seulement il mourra.

Mettez ces raisonnements en varia- tion, étendez-les d'une forte dose de bêtise ou d'impatience, ou de peur, suivant que le salon est bourgeois, libéral ou ultra, et vous reproduirez toutes les conversations du mois de juillet 1827. Un des contes is that lhe K. will go to St-Omer, where he will find 22 or 25 thousand men, till ihere perfectly true, bul here begins the Romance and with them march upon Paris, make 80 bishops pairs, and propose fo the two Cham- 1. Pour les B[ourbons] et le R[oi].

2. Jusqu'à ce qu'un très grand homme nous rétablisse et ressaisisse le bienheureux pouvoir. Mals où est le très grand homme ?


bers to adjourn till 1837, the nation being « enflammée », etc. The few séances of this extraordinary session would be se- crêtes d huis clos. They would, by a Law perfectly legal eslablish the Jésuites. The K. would give his word of not surpassing the budget of 1828 zvho would hold good till 1828, and legally enough all would be dispalched. Utinam in two or three years, by the innumerable foolish enterprises of our Jones we would fall upon the era of one Washington.

My friend, M. Colomb will send you, by some occasion, six or five copies of a book send lhem to the address of lord Lansdowne, M. Brougham, lord Holland, and reverend Sidney Smith, and so forlh. These copies will reach you by occasion in the beginning of August1. Avez-vous reçu the second 1. Un des contes est que le Roi ira à St-Omer, où il trou- vera 22 ou 25 mille hommes, jusque-là c'est tout à fait vrai, mais ici commence le roman et avec eux, il marche sur Paris, nomme 80 évêques pairs et propose aux deux Cham- bres de s'ajourner jusqu'en 1837, la nation étant enflam- mée, etc. Les rares séances de cette extraordinaire session seraient secrètes, d huis clos. Par un décret parfaitement légal, on rétablirait les jésuites. Le Roi donnerait sa parole de ne pas dépasser le budget de 1828, (il tiendrait bon jus- qu'en 1828), et tout serait expédié assez légalement. Dieu veuille qu'en deux ou trois ans, par les innombrables et insensées entreprises de notre Jones [Charles X], nous tom- bions sur l'ère d'un Washington. Mon ami, M. Colomb, vous enverra, par quelque occasion, cinq ou six exem- plaires d'un livre envoyez-les à l'adresse de. et ainsi de suite. Ces exemplaires vous parviendront par occa- sion au commencement d'août.


copy of Rome, etc. ? C'était un méthodiste fort exact qui s'en était chargé. Même quand vous passerez à Paris, dites que je suis à Nyon ou à Vevey.

Quand on fait une confidence, les badauds qui ne voyagent pas et qui vous envient, vous accusent de légèreté si l'on change de projet.

All is well au Jardin. I should believe lhal the youngest sister will make a very amiable friend of mine, bul silence with them. In fine, silence upon all things with the foolish people 1.

All yours,

L. C. G. MARTIN.

Ma femme et sa sœur vous saluent. Mes deux enfants se portent bien. Charles parle de vous en bon anglais. Quel plaisir pour un père My best compliments fo the Doctr Bla[ck] and occasionalty to M. and Mrs. Austin.

My best respects to Miss Rogers, Mrs. Ro- gers and the amiable M. Rogers, izear Bir- mingham and the plain of fire. What is of Mrs. Morgan ? I kiss the hand (after asking 1. Tout va bien an Jardin. Je croirais que la plus jeune sœur deviendra une très aimable amie pour moi; mais silence avec eux. Enfin, silence sur toutes ces choses avec les sots.


leave to the amiable mother) lo the little girl1.

Rép[onse] à M. B[ey]le chez M. R. Co- lomb, rue Godot-de-Mauroy, 39, près la Madeleine.

809. A

A. M. URBAIN CANEL 2 A PARIS [Paris] mardi [17 Juillet 1827].

HIER soir, Monsieur, j'ai corrigé la dernière feuille du second volume 3. Je dois aller la campagne jeudi

je resterai jusqu'à vendredi, si je suis sûr d'avoir jeudi soir quelque épreuve à cor- riger.

Je ne dois plus que les quarante der- nières pages de la copie, je les enverrai demain.

Ce matin, j'ai envoyé l'avertissement. D'après l'avis de M. de la F. 4 je supprime le mot avertissement.

1. Mes meilleurs compliments au Dr Black et à l'occasion à M. et à Mme Austin. Mes meilleurs respects à Mlle Rogers, Mme Rogers et 1'aimable M. Rogers près de Birminghan et de la plaine de feu. Que devient Mme Morgan ? J'em- brasse la main (après avoir demandé la permission à l'aimable mère) à la petite fille. Ce paragraphe manque sur la lettre de Grenoble.

2. Libraire, 9, rue Saint-Germain-des-Prés. 3. Armance.

4. Delaforest, libraire associé à Urbain Canel pour la publication.


Ne pourrions-nous pas finir cette se- maine ? J'ai écrit à M. de la F. chez M. Bono. Nous aurons, j'espère, son avis sur l'avertissement avant le bon à tirer. Agréez, Monsieur, mes salutations dis- tinguées.

H. BEYLE.

P.-S. Vous trouverez, Monsieur, l'aver- tissement dans un paquet à votre adresse à l'imprimerie.

810. A

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES Livoume, le 14 Août 1827.

My dear broiher,

E ferai usage de la langue française pour vous faire comprendre que je sais quelque chose d'elle. The last year, à ce jour, j'étais avec vous. Je puis vous dire, sans exagération aucune, que j'aurais eu plus de plaisir, si, cette année aussi, j'avais été avec vous. J'ai été fêté dans la meilleure société de Gênes, chez l'aimable marquis di Negro, le Joseph Bank de Gênes, mais plus gai.


Par la grande chaleur, mais seulement de 23 degrés Réaumur, le 4 août, j'ai dîné sous une grotte charmante, dans un jar- din, avec la vue de la mer, des gens d'es- prit et de jolies femmes. Je vous ai regretté. Je pars ce soir pour Naples. Mais, en vérité, je ne puis vous dire combien j'y resterai. Cela dépend de l'état d'épuisement de ma bourse. Si le Colburn voulait payer les 1.200 fr. qu'il doit, je les mangerais à Naples. Mais il n'y a pas de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. S'il paye, par hasard, je mangerai cet argent au pied du Vésuve, et je le mange- rais plus confortablement si c'est avec vous. Je vous dirai, pour vous engager au voyage, que la chaleur est fort modérée, 23 R[éaumur]. Donc vers le 15 sep- tembre elle sera tolérable, même pour un habitant de l'Ultima Thulé, qui est la première pour la justice, la marine, etc. Tout le monde me dit que je suis l'en- nemi des Anglais, c'est pourquoi j'ai mis l'emplâtre ci-dessus. Au reste, je me fiche du monde et de l'opinion, je suis content dès que je prends du café à trois pas d'une jolie Italienne. Quand même, entre elle et moi, il y aurait trois amants heureux, épais chacun d'un pied. Donc venez. En soixante-huit heures, j'ai été de Paris à Nyon, par le lac de Genève. Le


bateau à vapeur m'a porté à Lausanne, j'ai pris la diligence de Domo d'Ossola. De Domo aux îles Borromées, dix francs. Le bateau à vapeur vous mène à Sesto Calende.

De là, à Milan, Bologne et Florence, par la diligence. Moi, j'ai préféré Gênes. Ecrivez-moi à Naples, poste restante. Les lettres se perdent à Naples ainsi, si vous venez, écrivez-moi deux fois. En passant à Paris, faites mes compli- ments à l'aimable et spirituelle Sophie, du Jardin. Dites-lui, en confidence, que je l'ai vraiment regrettée, surtout à Sestri di Levante, sur la côte de Gênes. Qui n'a pas vu la mer de là, ne la connaît pas. Pour elle, mon séjour à Naples n'est pas un secret.A cette heure, je suis sûr d'y aller. Ecrivez-moi à Naples poste restante. Je pense qu'aujourd'hui, 14 août, vous êtes dans la belle salle gothique de Lan- caster, pêchant le fish en abondance. Il me semble que l'avancement du Scarlett a dû doubler vos parts. Présentez mes respects à M. Brougham. I say nothing of this country, parce que je désire que ma lettre vous arrive.

Croyez que je désire sincèrement que vous sautiez le pas et veniez en Italie. Tout à vous,

Robert BEYLE.


Mes respects à Mlle Rog[ers] et à MM. ses frères. N'oubliez pas les aimables dames de la campagne, près Birmingham. If Colb[urn] pays, nous pourrions aller à Corfou ou en Sicile. Prenez des lettres de recommandation pour les autorités anglaises, il y aura des choses curieuses à voir, mais il faut des recommandations, et je n'en ai pas.

Robert B.

811. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS ET A ROMAIN COLOMB

Florence, le 19 Novembre 1827.

SURTOUT, quand vous écrirez à M. de Mareste, ne manquez pas de lui dire combien nous pensons à lui il venait souvent passer l'avant-soirée avec nous, à Paris. »

Voilà ce ue me disait hier madame de Lam[artine]1.

1. C'est par Mareste que Beyle avait été mis en relation avec Lamartine. Celui-ci avait d'abord écrit à Mareste ce qu'il pensait de Racine et Shakspeare (voir sa lettre dans l'édition du Divan, p. 378). Plus tard dans ses Entre- tiens de Littérature il s'est longuement souvenu des visites que lui flt Beyle à Florence en 1827.


The husband a désiré me voir et je le trouve fort bonhomme et toujours admi- rable.

Rien de plus magnifique que les bals que nous donne le prince Borghèse il a trente-cinq salons de plain pied, meublés avec une fraîcheur et un goût que rien ne surpasse. Il y avait bien quatre-vingts Anglaises à la dernière soirée dansante, et trois Italiennes, mesdames Ruccellai, toujours sémillante et charmante, et Nencini, encore bien, et.

Ce que j'ai eu de mieux, depuis que je vous ai quitté, c'est une navigation de douze jours, sans mal de cœur. J'ai vu Porto-Ferrajo pendant deux jours, Capo d'Anzo, etc. J'ai passé dix jours en pension chez un paysan de Casamiccia, dans l'île d'Ischia c'est une idée que je dois à [?] 1, remerciez-le de ma part; c'est délicieux. Tous les matins j'allais à Forio ou à Ischia, à âne. J'ai passé un mois à Naples et trois semaines à Rome. M. de Laval a été parfait pour moi. Remerciez M. D[elécluze] du plaisir que m'ont fait ses deux articles sur M. Man- zoni j'ai connu le dit grand poète à 1. L'aimable et spirituel M. di Flore, de Naples, fixé à Paris, depuis 1800. (Note de Romain Colomb).


Gênes. Figurez-vous un marquis fort riche, Gian Carlo, c'est ainsi qu on l'ap- pelle, qui a la plus jolie viletta de Gênes, sur le rempart du Nord. Là, chaque soir le marquis di Negro reçoit tout ce qu'il y a de distingué c'est comme la société de M. Delécluze, plus des femmes. Le 3 août, par une chaleur étouffante, il nous a fait dîner dans une grotte de son jardin, de laquelle on voit la mer, la côte de Saranno, etc., etc. M. l'abbé Galliaffi y fut charmant, quoique poète latin il improvisa à table une épigramme contre les Anglaises. A propos d'improvisateur, les gens d'Arezzo font des miracles pour M. Sgricci, qui a dit une tragédie intitulée Crispo, ce qui ne veut pas dire le Crispin, mais un parent de Constantin, et ensuite Tieste. Ce vénérable band. est exécré par ja- lousie à Florence.

228 CORRESPONDANCE

cone qui paraissent derrière, sont plus hautes que S. Francesco et l'écrasent. Un nouveau compositeur Persiani, a eu beaucoup de succès à Florence et à Li-

L'Eglise de Saint-François de Paule, à Naples, de M. Bianchi, n'est qu'une pauvreté; c'est la Rotonda (le Panthéon) de Rome plus les deux colonnades du Bernin devant Saint-Pierre, ainsi les maisons de Pizzo Fal-


vourne peut-être est-ce un successeur pour Rossini. La plus belle chose en fait d'arts, a été une éruption du Vésuve, à la fin de l'Ultimo giorno di Pompéï c'est une décoration de Sanquirico on m'a conté cela, je ne l'ai pas vu.

Adieu. Mes respects à Mme d'Arg[out] et à ce qui lui appartient. Les 76 et la dissolution agitent tous les Français d'ici, depuis quatre jours. Bien des respects et des amitiés au bon docteur et à Mme Edw- [ards] et à M. Stritch. Avez-vous vu Jac- quemont ? Que devient-il ? Bien des choses à Clara Gazul. Eh bien voilà Mlle Julie mariée. Quel chagrin pour un cœur sen- sible Dites à Buchon, si le hasard vous le présente, que je lui porterai un volume d'histoire en janvier. Priez Prosper 1 de présenter mes hommages à Mme Ancelot, à M. et Mme Gérard, sans oublier l'ardente Mlle Godefroy. Bien des choses à tous nos amis de la rue Chabanais, à MM. Edwards, Thirot, Lambert, Fiori. Je vois beaucoup votre compatriote M. Alex. Porvis. Saluez le Président. Je présente mes hommages à la diva Giuditta.

Bien des compliments à la comtesse Theroni, au comte aimable et au Docteur. Je viens de faire la connaissance de 1. Mérimée.


M. Tomasini qui retournait de Rome à Bologne. Si vous rencontrez Buchon, priez-le de rappeler mes respects aux pauvres dames du Jardin [des Plantes]. J'ai été atterré en lisant dans le journal à Rome le coup qui les a frappées1. Je finis comme Arlequin faites mes compli- ments à toutes les personnes qui vous par- leront de votre serviteur.

Z. Joseph CHARRIN.

Je ne veux pas laisser de papier blanc. Your old friend of the Hôtel Richelieu et moi nous serons bien reconnaissants if you will write to us a long, verg long political letter upon the 76 new pears and the eleclion. We are there in the dark2. Voici mon adresse M. B. via del Ramerino, n°7785, accanlo à Santa Croce3. Si je pars, le maître de la maison fera suivre votre épître. Je ne compte pas quitter Florence avant le commencement de décembre. Il y a ici de belles soirées, bals et dîners à satiété, ainsi que de jolies Anglaises, all that bêtes comme des pots. Toutes les 1. Mort de Mlle Clémentine Cuvier.

2. Si vous nous écriviez une longue, très longue lettre politique sur les 76 nouveaux pairs et sur l'élection. Nous sommes là dans l'osbcurité.

3. La via del Ramerino occupait alors une partie de l'actuel Borgo Allegri. Elle allait de Santa Croce à la rue Ghibellina.


ganaches of old Europe should go there grand soleil aujourd'hui. On aperçoit par- dessus les ponts les sommets des mon- tagnes de Pistoja.

Le 27 novembre on a tranché la tête audit Pistoja, à un axoricidio, qui avait tué sa femme un garçon de théâtre. a tué son camarade avant-hier, à dix heures et demie, d'un coup de couteau il en sera quitte pour trois ans de galères. Quatre théâtres ouverts, le seul passable est le Cocomero où la Grisi chante les Horaces. Je suis encore sous le charme de l'éton- nant Lablache que j'ai vu à Naples, ainsi que David. David n'est plus à la mode, il n'a point de jeu. On adore Lablache. Many arrets in the. le temps est sévère. Adieu. Ne manquez pas de m'écrire une longue lettre, 7785, via del Ramerino elle réjouira la personne qui m'a donné à dîner hier on a parlé de vous.

Lettre jointe à M. Kolon, rue Godot, 39 1 Cher ami, je te remercie de tes lettres. Envoie par la poste, à Mme Bianca Mojon à Gênes2, l'exemplaire de Rome, 1. Romain Colomb, rue Godot de Mauroy.

2. Mm, Blanca Milesi, cousine de Matilde Viscontini, et que Beyle avait connue à Milan. Elle avait épousé le docteur Benedetto Mojon. Beyle, d'après M. Trompeo, l'aurait revue le S août 1827, à Gênes, chez le marquis di Negro.


Naples, etc. où il y a pour moi Fais relier par le relieur, ton voisin, des exem- plaires d'Armance avec une feuille blanche entre chaque feuillet imprimé. Recom- mande de ne pas battre le tout, autrement maculature 3° Remets le mot ci-dessous à M. Sautelet, et huit jours après tu pren- dras chez lui trois volumes, savoir deux de la Peinlure et un de la Vie de Rossini. Ecris sur la première page à Mme la mar- quise Bartolomeo, via Larga, Firenze. Remets ces trois volumes à M. Barrois, rue de Seine, 12, avec prière de les joindre au premier envoi qu'il fera à M. Vieusseux à Florence. Adieu, mes respects à Madame. Je ne te répète pas les détails me concernant que j'ai déjà écrits à Mareste.

A Sautelet, M. Beyle, a l'honneur de saluer M. Sautelet, et de le prier de mettre au porteur un exemplaire de l'Hisloire de la Peinture et un exemplaire de la Vie de Rossini, le tout valeur en compte. Florence, ce 19 novembre 1827.

H. BEYLE.


8121.

A M. VIEUSSEUX, A FLORENCE [22 Décembre 1827].

MILLE remerciements, Monsieur et cher Ami, de votre obligeant accueil. Je pars pénétré de reconnais- sance pour les bons habitants du palais Buondeimonte. Remettez, je vous prie, le billet ci-joint chez Mr Micali quand vous passerez vis-à-vis de chez lui. Mille res- pects à MM. Nicolini, Giordani, Montani, Poerio, Gino Capponi, Salvagnoli, etc., etc., etc.

1. Lettre publiée par Pierre Jotirda Vieusseux et ses correspondants français. Éditions du Stendhal-Club, na 16. Revue sur l'original par M. le professeur Luigi Foscolo Benedetto.

Vieusseux, né à Oneglia. en 1779, avait fondé à Florence en 1819 un Cabinet scientifique et littéraire des plus fré- quentés, et publiait depuis 1821 une revue l'Antologia. (En marge de cette lettre Vieusseux avait noté « 1827 22 xmbre, ce soir, la veille de son départ. »)


813. A

A ALPHONSE GONSSOLINI 1

Isola Bella, le 17 janvier [1828].

C'EST une des îles Borromée où se trouve une auberge passable à l'enseigne du Delfino, nom cher à tous les Français. C'est pour cela que je m'y arrête depuis deux jours à lire Bandello et un volume compact de l'Espril des Lois. J'ai assisté au fiasco de l'Opéra à Bologne le 26 décembre car il y avait opéra quoiqu'on nous eût assuré le con- traire à Florence. Croyez après cela à ce qu'on nous dit sur ce qui s'est passé il y a cent ans J'ai été enchanté du spectacle de Ferrare. Il n'y avait de mauvais que la partition du maestro. C'était l'Isolina de ce pauvre Morlacchi 2. Cet homme est 1. All'ornatissimo signore il signor Alphonse Gonssolin, piazza Santa Croce, casa del Balcone, 7671, in Firenze. Alphonse Gonssolin, dont Beyle venait sans doute de faire la connaissance à Florence, était un jeune avocat du Cher, ami de Duvergier de Hauranne, et qu'une santé délicate poussa à séjourner en Italie. Il s'était fixé à Flo- rence et y fréquentait le cabinet Vieusseux. Il y voyait encore Lamartine, le marquis Bartolomei et Hortense Allart de Méritens. C'est dans ce petit cercle que Beyle venait de graviter avec lui. Voir à ce sujet Luigi-Foscolo Benedetto Un conipagnon d'un séjour florentin de Sten- dhal, dans Il Marzacco, 18 décembre 1932.

2. Fr. Morlacchi, né à Pérouse en 1784, auteur de l'opéra de Tebaldo ed Isolina.


en musique ce qu'est en littérature M. Noel ou M. Droz. J'ai trouvé l'hiver à Ferrare. Ce sont les plus obligeants des hommes. Un ami de diligence voulait me présenter partout. L'étranger est rare sur le bas Pô.

Avant de quitter les environs de Bo- logne, il faut que je vous prie de remercier M. Alph. de L[a]m[artine]1 de toutes les bontés qu'il a eues pour moi. J'ai trouvé qu'on donnait à Bologne pour 10 écus des tableaux dont on voulait 200 écus il y a quatre ans. Si jamais M. de L[a]- m[artine] est curieux du plaisir d'acheter ou de marchander des tableaux, il peut demander à Bologne M. Fanti, marchand distributeur de tabac et de plus père de la prima donna Fanti. Ce M. Fanti a un ami qui possède cinq cents croûtes. On peut se faire un joli cabinet passable avec dix tableaux de quarante écus pièce, entre autres une esquisse du Guide. En arrivant à Milan, la police du pays m'a dit qu'il était connu de tous les doctes que Stendhal et B[eyle] étaient syno- nymes, en vertu de quoi elle me priait de vider les états de S. M. apostolique dans douze heures. Je n'ai jamais trouvé tant de tendresse chez mes amis de Milan. 1. Lamartina était alors attaché à l'ambassade fran çaise de Florence.


Plusieurs voulaient répondre de moi et pour moi. J'ai refusé et me voici au pied du Simplon.

Venise m'a charmé. Quel tableau que l'Assomption du Titien Le tombeau de Canova est à la fois le tombeau de la sculp- ture. L'exécrabilité des statues prouve que cet art est mort avec ce grand homme. M. Hayez, peintre vénitien à Milan, me semble rien moins que le premier peintre vivant. Ses couleurs réjouissent la vue comme celle du Bassan et chacun de ses personnages montre une nuance de pas- sion. Quelques pieds, quelques mains sont mal emmanchés. Que m'importe Voyez la Prédication de Pierre l'Ermite, que de crédulité sur ces visages Ce peintre m'apprend quelque chose de nouveau sur les passions qu'il peint. A propos de bons tableaux j'ai oublié mon tableau de Saint-Paul chez M.Vieusseux. Si vous y son- gez, rapportez-moi ce chef-d'œuvre, mais surtout remerciez infiniment MM. Vieus- seux, Salvagnoli, etc., de la bonté avec laquelle ils ont bien voulu me faire accueil. Faites, je vous prie, trois ou quatre phrases sur ce thème et avec quatre dièzes à la clé. Dites à Mesdames les marquises Bartoli que je n'ai rien trouvé à Venise ou à Milan d'aussi aimable que leur accueil. Là aussi faites des phrases, surtout envers cette


pauvre jeune marquise qui s'est imaginé trouver dans la patrie de Cimarosa les douces mélodies de Mozart.

Que n'avons-nous pas dit de Madame de Thérase1 avec Miss Woodcock ? J'aira- conté toute l'intrigue de. j'ai longue- ment parlé de Gerirude 2. Figurez-vous que le roman attendu avec tant d'impatience n'est pas encore arrivé à Milan, que je me suis repenti de ne l'avoir pas apporté. Mademoiselle Woodcock me demandait si son caractère était peint à propos d'une des trois héroïnes. Je vois que non, lui ai-je dit. Ai-je deviné ? Demandez à Madame de Thérase ?

C'est vous apparemment, Monsieur et cher ami, ou cher ami tout court, si vous le permettez que je dois remercier pour deux épîtres de finances que j'ai reçues à Venise. Tenez compte des ports de lettres que vous ont coûté les dites épîtres. Quand vous reverrez le pays de la vanité n'oubliez pas que M. de Barrai, rue Favart, 1. Hortense Allart de Méritens qui se faisait alors appeler de Thérase et qui séjournait à Florence à cette époque, avant de se rendre en 1829 à Rome où eile devait faire la connaissance de Chateaubriand.

2. Gertrude, roman qui, déjà édité en Italie, devait paraître à Paris en 1828 sous la signature d'Hortease Allart de Thérase. Voir la lettre de Stendhal du 24 septembre 1828 à M. Tastu, imprimeur. Sur les rapports de Beyle et d'Hortense Allart, cf. Henri Martineau Stendhal et le Salon de Mme Ancelot. Paris, Le Divan, 1932.


238 CORRESPONDANCE

n° 8, place des Italiens, vous donnera l'adresse de votre très humble serviteur. J'ai passé mes soirées à Venise avec le grand poète Buratti. Quelle différence de cet homme de génie à tous nos gens à chaleur artificielle Jamais je ne rapportai à Paris un plus profond dégoût pour ce qu'on y admire voilà ce qu'il faudra bien cacher. Hayez me semble l'emporter même sur Schnetz. Que dire de M. Buratti, comparé à M. Soumet ou à Madame Tastu? 814. A et G

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES i Paris, rue Richelieu, n° 71.

le 23 Mars [1828].

MON cher ami, je vous ai attendu à Florence si jamais vous allez en Italie, vous trouverez des lettres insignifiantes, poste restante. Mon voyage a occupé six mois et demi. J'ai passé quinze journées délicieuses dans l'île d'Ischia, près Naples. J'ai vu Ferrare, que je n'avais jamais vu La prison du Tasse m'a touché. Lord Byron s'y fit ren- 1. Sutton Sharpe. Esq., Lincoln's Inn. Old sqnare 2 London.


fermer deux heures, il s'y frappait le front sans cesse, m'a dit le gardien actuel. Mais de quoi m'avisé-je, de vous parler de ce cachot ? J'ai vu le nom de M. Rogers écrit sur le mur à gauche. Présentez mes respects à MM. vos oncles et Mademoiselle votre tante. Avez-vous reçu un roman intitulé Armance ? Tous mes amis le trouvent détestable moi, je les trouve grossiers. C'est la plus grande des impossi- bilités de l'amour. Le héros Octave est impotens.

Je ne comprends rien à votre politique. Ni vous non plus, je gage. Notre Chambre élective est divisée en trois clubs. Le moins nombreux, celui de M. Agier, fort de trente membres, a donné la victoire au club libéral, pour la nomination de M. Ro- yer-Collard (qui, en 1818, était assez ultra ainsi que son factotum, M. Guizot). Les concerts de Mme Speroni sont divins, et Madame Malibran Garcia, que vous connaissez, sera la première chanteuse du monde, si elle n'abuse pas de ses cordes hautes qu'elle usera. Son fort est dans le bas.

Mille amitiés à la sublime Giuditta .et au cher Mich[eroux] 1. Donnez-moi des nouvelles de ces aimables personnes. Ne 1. Stir Micheroux et Mme Pasta, voir les Souvenirs d'Égo- tisme, où Micheroux est désigné sous le nom de Michevaux.


m'oubliez pas auprès de M. Pasta et de Madame.

Je vous écris en courant et non à fond. Depuis dix mois que je suis à Paris, je n'ai le temps de rien, auri sacra fames me fait encore écrire pour ce fripon de Colb- [urn] M. Stricht, mon ami, étant à Londres, a fait un arrangement de 150 £. per annum moyennant de petits articles dans un journal nommé Athenœum et un article dans le New Monthly. Tout cela est trop fréquent, çà me gêne. Et ce coquin ne parle point de payer les 1.000 francs dus pour février 1827.

Comme tout peut se rencontrer dans ce monde, même un libraire honnête homme, si le hasard vous rapproche jamais de ce Phénix, et que vous puissiez faire un arrangement pour moi, je quitte- rais avec plaisir Colburn qui, pour payer tous les trois mois, se fait tirer l'oreille. 0 que je puisse les lui tirer à ma fantaisie Ce pauvre jardin est horriblement triste et désespéré 1. Quelle perte Quel Jean sucre que M. de l'être Je crains que la mère ne meure. Mlle Sophie, fort affligée et assez malade elle-même, aurait quelque idée d'un voyage en Angleterre. Où êtes- vous ? Comment faut-il vous écrire ? 1. Le jardin des Plantes Mlle Cuvier venait de mourir.


The fishes, combien rapporte-t-il par an ? Je n'oublierai jamais le bon accueil de M. votre oncle des environs du pays du Feu. Présentez mes respects à la belle fille du grand assureur qui passa jadis les ponts de Londres avec sept shillings. Un mot de souvenir à M. Brougham, si cet homme d'esprit a conservé mon nom dans le sien. Comptez-vous venir sur le continent cette année ? Quand ? Je n'ai point de projet faute d'argent. Si j'en avais, j'hésiterais entre Lisbonne et la Grèce.

Si j'avais un moyen de « conveyance » 1 je vous enverrais le deuxième volume des Soirées de Neuilly 2. Rien de plus amu- sant pour Mlle Rogers, rien ne peint avec plus de vérité le Français de 1828. Mareste se porte bien et vous chérit. J'ai failli vous envoyer une grande lettre politique, il y a un mois. Je l'avais faite pour mes amis d'Italie, je m'y étais engagé par serment avant de quitter Flo- rence. J'y suis arrivé pour y passer huit jours, j'y ai passé soixante-huit jours 1. Transport.

2. Les Soirées de Neuilly, parues sons le nom de M. de Fongeray, pseudonymo de Dittmer et Cavé, parurent en un vol. en 1827 et furent réimprimées en 2 volnmes en 1827-1828, Le frontispice de Henry Monnier est, on le sait, une charge très poussée de Stendhal lui-même. CORRESPONDANCE. VI 16


c'est une Anglaise, marquise, qui m'y a le plus plu.

Adieu, cher ami, j'ai trop à vous dire. Mes respects au Dr Black et à M. C. le rédacteur du Globe, que je lis toujours avec la plus grande confiance annoncez à ces messieurs que rien n'est plus véri- dique que tout ce qu'écrit M. Thibaudeau sur Napoléon.

Les deux Revues sont bien plates. Gardez-moi le secret envers l'aimable Chon-Bu 1.

Tout à vous,

CLAUDE CHOPPIN.

71, rue de Richelieu,

Grand hôtel de Valois.

Quel bon livre a paru en Angleterre depuis le mois de juin 1827 ? [ Lisez les lllémoires du comte de Brenne, mi- nistre du jeune Louis XIV sous Mazarin, curieux et amusant 2 vol. Un M. Monteil publie une curieuse Histoire de France elle aura 10 vol. Elle peint tous les petits orages de la vie]2.

Dans quelle estime tient-on l'Alhenœum? Si vous rencontrez Me. lillle slreet, near 1. Buchon, nn des directeurs de la Revue Trimestrielle. Voir la lettre du 13 juiUet 1828.

2. Ces quatre lignes publiées par Paupe et Chéramy ne sont pas dans l'original qui a été déposé à la biblio- thèque de Grenoble.


Westminster Abbey, l'amie de tous les Westminster Reviewers, rappelez-lui mes respects, mais je ne puis me rappeler son nom. Que devient votre ami Cobbett ? Kean est-il toujours aussi excellent ? On dit que nous l'aurons après cet emphatique Macready. A-t-on imprimé Paul Pry 1 Envoyez-le-moi s'il est enfin imprimé. Votre petit Shakspeare a fait ma joie à Ischia.

815. A

AU GÉNÉRAL DECAUX,

MINISTRE DE LA GUERRE

Paris, le 3 Juillet 1828.

Rue de Richelieu, 71.

Monseigneur,

J'AI l'honneur de mettre sous les yeux de Votre Excellence ma cessation de payement du 30 juin 1828. Comme on ne me compte que treize ans, sept mois et vingt-huit jours de services au 1er juillet 1818, j'aurai droit à recevoir 450 francs par an jusqu'au 1er juillet 1833. C'est ce qui me semble résulter de l'or- donnance du 21 mars 1828. Je désire tou- 1. Comédie anglabe encore três populaire. Elle est d'un nommé John Pool. (Note de Casimir Stryienski.)


cher ce traitement de 450 francs à Paris. Si j'avais eu quatorze ans de service au 1er juillet 1818, je serais de droit en réforme jusqu'au 1er juillet 1834 et en mise de retraite à 450 francs par an. Suivant la note qui était jointe à mon titre en date du 11 janvier 1820, signé Martellière, directeur, j'ai treize ans, sept mois et vingt-huit jours de service, savoir 1° dans le 6e régiment de dragons, du 23 septembre 1800 au 5 octobre 1802, deux ans douze jours 2° dans le commis- sariat des guerres, du 15 novembre 1806 au 1er juillet 1818. Je ne réclamai pas dans le temps contre cet état de services. La vérité est que j'ai passé le grand Saint- Bernard avec le premier consul Bonaparte. Le général Berthier avait bien voulu donner l'assurance que j'aurais la pre- mière place vacante dans un régiment de cavalerie. Je rejoignis le 6e régiment de dragons, non pas le 23 septembre, mais aussitôt que ce régiment arriva d'Alle- magne avec le général Moncey, c'est-à- dire quelques jours avant la bataille de Marengo. Je fus simple dragon jusqu'à ce qu'on me donnât la place du citoyen Mallot sous-lieutenant.

J'ai servi comme adjoint aux commis- saires des guerres la veille de la bataille d'Iéna. On ne compte mes services qu'à


dater du 15 novembre 1806. Je supplierai Votre Excellence de vouloir bien me faire indiquer quel genre de preuve on serait disposé à admettre pour mes services dans le 6e dragons avant le 23 septembre 1800. J'ai passé ma jeunesse, de 1800 à 1814 hors des frontières, j'ai été auditeur au Conseil d'Etat, et comme tel j'ai fait la campagne de Moscou. Ma santé a été altérée pendant quatre ans. L'état de ma maladie ne m'empêcha pas de faire la campagne de 1813 pendant laquelle je fus intendant à Sagan, en Silésie M. le général Latour- Maubourg commandait à Sagan. Pendant la campagne de 1814 j'ai été commissaire dans la 7e division militaire (Grenoble). J'ai fait les campagnes de 1806, 1807 et 1808, toujours faisant fonctions de com- missaire des guerres. J'ai été intendant des domaines à Brunswick. J'ai fait comme commissaire des guerres la campagne de Vienne en 1809. Cet état de service peut peut-être me mériter quelque faveur dont j'ai besoin étant sans fortune. Je demande à prouver les quatre mois et deux jours qui me manquent pour avoir droit à la retraite de 450 francs par an après le 1er juillet 18341.

1. L'ordonnance du 2 novembre 1828 fit compter à Beyle six ans de service de plus et il toucha son traitement de réforme de 450 francs jusqu'à sa mort.


Je suis avec un profond respect, Mon- seigneur, de votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur. DE BEYLE.

816. A

AU BARON DE MARESTE

Paris, le 6 Juillet 1828.

VOUS savez que M. de Boisbertrand 1 m'avait comme nommé à une place de 1.700 francs aux Archives du royaume.

Les Archives ont passé à M. le vicomte Siméon. M. Palhuy m'a recommandé à son collègue, le chef de bureau qui a hérité des archives.

Cela posé et bien compris, M. Gilmerl, chef de bureau aux Archives, vient de mourir.

Faut-il demander une place de 1.700 fr. aux Archives ? M. Siméon ne s'impatien- tera-t-il point 2 ?

Je rêve à cela depuis deux jours, espé- rant vous voir au café.

Comte DE L'ESPINE,

1. Directeur au ministère de l'Intérieur,

2. Voir la lettre du 24 juin 1829.


8171.

AU DIRECTEUR

DE LA REVUE TRIMESTRIELLE 2 71, Richelieu, le 18 Juillet [1828]

Monsieur le Directeur

JE laisse le passage du Joueur. Je fais abstraction dans cette comparai- son de ce qu'il y aurait de vil à recevoir de l'argent.

Vérifiez l'époque de la Jeune fille de Perth. J'ai mis 1250 au hasard. Je n'ai pas de livres. Ce serait plutôt 1350. Renvoyez-moi cette épreuve. Je la ferai relier avec d'autres articles de ma façon pour mon usage.

Aparicio, ce mot est-il le vrai nom du grand peintre espagnol ? Je n'ai pas mes livres.

1. Lettre du fonds Requien, à la Bibliothèque d'Avignon. publiée par le Mercure de France du 16 septembre 1911 et par M. G. Charller dans la Minerve française du 1" juil- let 1919.

2. La Revue Trimestrielle qui commença de paraître en janvier 1828 et n'eut que cinq numéros avait pour pro- priétaires et gérants J.-A. Buchon et A. Bossange. L'article que Beyle y publia se trouve dans le de Juillet et a été recueilli dans les Mélanges d'art (édit. du Divan, p. 153), sous ce titre Des beaux-arts el du carartère français.


L'usage de la Revue que vous dirigez, Monsieur, avec tant de succès, permet-il aux auteurs de faire tirer à part cinquante exemplaires de leurs articles ?

On pourrait ne livrer ces exemplaires qu'un mois après l'apparition du numéro de la Revue Trimestrielle.

Si la réponse était affirmative, combien me coûteraient cinquante exemplaires de ces articles ?

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et tr[ès] ob[éissant] serviteur. H. BEYLE.

818. A

A MADAME JULES GAULTHIER, A ÉPERNAY

Paris, le 6 Août 1828.

VOUS avez bien jugé de mon cœur, chère et aimable Jules. Je défie personne d'avoir été plus sensible que moi à votre bonheur. J'avais été pro- fondément affligé de vous voir désespérer lors de votre départ. Depuis, votre petite sœur que j'ai rencontrée en omnibus


m'avait dit que rien n'allait mieux. Vous voyez que cette bonne nouvelle a eu pour moi toutes les grâces de l'imprévu. J'ai lu votre lettre hier soir en arrivant à la campagne j'étais si transporté que je n'ai pas osé vous écrire, ma lettre aurait eu l'air de celle d'un amant.

Ne manquez pas, je vous en prie, de m'an- noncer votre arrivée à Saint-Denis j'irai bien vite vous voir nous courrons en- semble les bois d'Andilly. Ils sont tou- jours pour moi ce qu'il y a de mieux aux environs de Paris.

A propos, il y a un an, le libraire vous a-t-il envoyé un roman qui s'appelle Armance ? C'est l'histoire d'un monsieur qui ressemble à M. de Curial. Ce n'est pas à dire qu'il soit député.

Ce pauvre général Curial se meurt tou- jours, mais ce n'est pas de la poitrine, c'est des entrailles. Crozet a la goutte. Adieu, aimable Jules, bien des compliments à M. Gaulthier et des respects à madame votre mère.

Vous savez que la grosse madame de Podinas 1 accompagne une petite prin- cesse 2 que j'aime à la folie. Ce sont les gardes d'honneur à cheval qui aiment madame de Podinas et comme elle est 1. Voir Souvenirs d'Égotisme, édit. du Divan, p. 18. 2. La duchesse de Berry.


plus corsée que la duchesse, ces provin- ciaux la prennent pour la princesse, et partent de là pour se croire alliés à l'au- guste famille des Bourbons. La vertueuse duchesse de R. sèche de dépit et de vertu.

Si Madame la comtesse de Tascher se souvient de moi, présentez-lui les hom- mages les plus respectueux, et vous, ma- dame, comptez à jamais sur ce qu'il y a de plus tendre et de plus dévoué dans l'âme d'un philosophe de quarante-cinq ans.

71, rue Richelieu.

819. G

A M. SUTTON SHARPE, A LONDRES Paris, le 14 Août 1828,

rue Richelieu, 71.

MARESTE part pour Honfleur. Je lui ai annoncé votre passage en France. Il avait le projet de vous engager à passer par le Paquet de Southampton au Havre. En deux heures, la vapeur, comme on dit en France, vous conduira à Honfleur, où tout le monde vous indi- quera la maison de Mme Sartoris, la belle-


mère de Mareste. Vous monterez à cheval sur des rosses et visiterez la côte avec cet homme judicieux. S'il ne vous a pas invité c'est qu'il trouve que ça n'en vaut pas la peine. S'il avait chez lui un petit opera Buffa monté, il n'aurait pas manqué de vous inviter. Mlle Sophie me commu- nique vos lettres. Nous admirons le doigt de Dieu, comme nous disons nous autres catholiques, qui amène l'émancipation par un ministère Tory. Lisez la brochure de M. Cottu, si vous vous intéressez à la France, c'est-à-dire au continent. Le remède proposé par M. Cottu est inad- missible, mais la maladie est réelle. La brochure de M. Cottu étant bien pensée, ma méchanceté suppose qu'elle n'est pas de lui. Peut-être, M. de Lamennais, l'ami de sa femme, l'a-t-il aidé. Jacquemont est parti le 12 pour Brest et Rio de Janeiro. Il vous porte au nues 1.

Vous vous étonnez du gros paquet ci-joint n'ayez pas peur. Le livre le plus amusant qui ait paru depuis un an en France, c'est les Mémoires de Tilly. Tilly était le plus bel homme de son temps il s'est brûlé la cervelle, en 1816, à Bruxelles, pour se punir d'avoir été volé 1. Sutton Sharpe s'était entremis en faveur do Victor Jacquemont pour Lui obtenir des autorités anglaises des lettres de recommandation pour les Indes.


au jeu. Tilly a eu beaucoup de femmes à cela rien d'étonnant. Mais il les a aimées. Voilà pourquoi son livre est si fort à la mode dans les châteaux des environs de Paris. Malheureusement cet homme si beau ne savait pas écrire et il se piquait d'être littérateur. Il fait de la morale et généralise à tous propos. Cette morale rend son livre un peu lourd. En réduisant les trois volumes en un, on aurait un ou- vrage délicieux. J'ai fait un article sur Tilly, c'est le premier article que j'aie fait depuis dix-huit mois. Un Anglais de mes amis qui traduit mes articles, a craint de gâter sa réputation en écrivant sur un livre aussi libertin que Tilly.

Pouvez-vous donner mon article à quelque journal littéraire en Angle- terre ?

Si vous ne le pouvez pas, envoyez-le à M. Colburn avec la lettre ci-jointe. Ainsi, mon cher ami, agissez sans gêne aucune. Je pense que les Mémoires de Tilly existent à Londres. Au lieu de copier les passages cités, j'indique la page et le volume de l'ouvrage original. Si vous pouvez vendre cet article, vendez-le pour ce que vous voudrez. Je voudrais me mettre en rela- tions avec un journal anglais, et ramasser ainsi de l'argent pour voyager.

Plusieurs journaux promettent, mais j'en


voudrais un qui payât régulièrement a thing deuoutly to be wished1.

Si vous ne pouvez pas vendre cet ar- ticle sur Tilly, le seul livre amusant qui ait paru depuis six mois, envoyez-le à M. Col- burn avec la lettre ci-jointe.

Si vous trouviez un homme d'esprit qui eût la même estime que moi pour ce livre, qui aura une grande réputation d'ici un an ou deux, j'abrégerais l'original et je le lui enverrais, arrangé de manière à for- mer deux charmants petits volumes for- mat odauo. Tout homme d'esprit sujet à bâiller, achèterait ces deux petits volumes. Notre ami Bu[chon] a une place de six mille francs par an pour aller visiter les manuscrits entassés dans les biblio- thèques de Toulon, Agen, Perpignan. Adieu. Mes respects à mademoiselle votre tante et à MM. Rog[ers]. N'oubliez pas M. Ro[gers] near Birmingham. Vous trouverez le Jardin horriblement triste. Je vous en préviens pour que votre figure expressive ne marque pas d'étonnement. Adieu.

WILLIAM CROCODILE.

Mille compliments à M. le docteur Black et Me Austin. Que devient la West- minster Reuietu et M. Southern ? 1. Une chose sincèrement désirée.


8201

A MONSIEUR BOULLAND,

LIBRAIRE-ÉDITEUR

[Vendredi 22 Aoûl 1828].

Monsieur,

J'AI vu dans les Débats l'annonce d'une seconde édition d'Armance roman. J'ai changé les 10 premières pages du premier volume, et je vous donnerai ces changements si vous me le demandez. Si cela vous convient, Monsieur, dites- moi combien il vous reste d'exemplaires à vendre de la vie de Rossini.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur votre très humble et très obéissant serviteur. H. BEYLE.

71, rue de Richelieu.

Ce vendredi:

Je vous prie de placer la liste des ou- vrages du même auteur au revers du faux titre.

1. Lettre qui provient de la collection Bernier, an musée Condé, Chantilly, et qui a été citée par M. Raymond Lebègue dans l'Avant-Propos à son édition d'Armance, Champion, 1925.


8211.

A M. TASTU

24 Septembre 1828.

RELATIVE à l'impression de Gertrude de Madame Alida de Savignac qu'il s'est chargé de surveiller 2.

1. D'après le catalogue Charavay.

2. Gertrude, roman déjà Imprimé en Italie où il avait eu du succès, est une œuvre d'Hortense AUart de Méri- tens qui parut en 4 vol. in-12 à Paris en 1828, chez A. Dupont, et sous le nom de Mme Hortense Allart de Thérase. Au- dessous de la firme de l'éditeur on lit Imprimerie de J. Tastu. Beyle qui avait fait la connaissance d'Hortense à Florence en 1827 avait en effet offert ses services pour l'impression de ce volume à Parls. Voir les deux lettres d'Hortense Allart à Beyle datées de Rome les 10 mars et 26 avril 1828, publiées dans la Chronique stendhalienne parue à Mlan chez Coffe en 1907, p. 39. Il y est dit en effet de mettre le libraire en rapport avec Mme de Savignae, passage Sendrier n° 1.


822. A

A MONSIEUR VIOLLET-LE-DUC CHEF DE DIVISION A LA MAISON DU ROI [17 Novembre 1828] 1.

Cher et obligeant ami,

PERMETTEZ que je vous présente M. Lolot, mon ami. C'est l'un des IL principaux propriétaires de la célèbre fabrique de cristaux établie à Baccarat. Le Roi y est allé, on lui a fait des cadeaux, il ne veut pas être en reste. On a emballé ces jours-ci des objets d'art destiné aux propriétaires de Baccarat. M. Lolot vou- drait avoir quelques détails à ce sujet, trahissez en sa faveur le secret de l'Etat et comptez en revanche sur toute ma reconnaissance

Delécluze est invisible cette année, mais si vous êtes visible le vendredi, j'aurai l'honneur de faire ma cour à Mme Leduc. Viendrez-vous jeudi à l'Académie ? M. de Barante doit y dire du mal de feu M. de 1. La. date de cette lettre a pu être fixée, grâce à l'allusion au discours de 3f. de Barante. M. de Barante fat reçu à l'Académie française, le 20 novembre 1828 il fit l'éloge de son prédécesseur le comte de Sèze. (Note de Casimir Stryienski.)


Robespierre, qui n'a pas de cordons à donner.

Je vous suis dévoué comme si vous en aviez les mains pleines.

H. BEYLE.

Ce lundi matin, 71, rue Richelieu.

823. A

A M. PROSPER MÉRIMÉE A PARIS Paris, le 26 Décembre 1828,

à cinq heures du soir, sans bougie.

CE soir, 26, opéras nouveaux à Milan, Naples, Venise, Gênes, etc., dont j'enrage.

La jalousie ne tue l'amour que dans un cœur froid de quarante ans, qui désespère. Cette jalousie vous grave à jamais dans le cœur de de M. Cette cristallisation peut être lente. Vous pouvez la hâter de six mois (+ ou -), en lui disant « Depuis trois ans je vous adore, mais je n'ai que dix-sept cents francs de rente et ne puis vous épouser. Je n'ai pas voulu mourir fou. » Ni plus ni moins. Laissez le dévelop- pement à son cœur.

Ce mot heureux me sert de transition:


avez-vous mis trop de développement dans votre roman1 ?

Je crois que vous seriez plus grand, mais un peu moins connu, si vous n'aviez pas publié la Jacquerie et la Guzla, fort inférieures à Clara Gazul. Mais comment diable auriez-vous deviné tout cela? Quant à la gloire, un ouvrage est un billet à la loterie. L'Africa 2 est oubliée et c'est par des sonnets que Pétrarque est immortel. Ecrivons donc beaucoup. D'ailleurs, après l'exercice que pratique notre amie Sand, écrire est, pour un pauvre diable, le plus grand plaisir.

Que ferez-vous avec mille francs ? Irez-vous à Naples ? C'est possible. Irez- vous à Meudon ?

Si vous n'êtes pas pressé, oubliez le roman pendant un an. Alors vous le juge- rez. Du moins, moi, au bout de six mois, j'ai tout oublié. Sans doute, plus d'un duc voudrait se faire un nom pour mille francs. Plus d'une femme honnête voudrait en être à son quatrième rendez-vous avec vous. Mais où trouver l'agent de change pour une telle négociation ?

Si vous voulez manger mille francs 1. La Chronique du Règne de Charles IX qui parut an début de mars 1829.

2. Épopée régulière, dont. le sujet est l'histoire de Rome à la fin de la seconde guerre punique, et dont Scipion est le héros. (Note de Romain Colom,b.)


sans délai, lisez-moi votre roman, car, comme Courier, je ne puis juger sur le manuscrit. Je l'entendrai avec plaisir de sept heures du soir à minuit, en deux ou trois séances.

Je serais trop sévère pour votre style que je trouve un peu portier. J'ai eu du mal à faire, etc., pour J'ai eu de la peine à faire, etc.

Je ne vois que vous en littérature et M. Janin, auteur du Dialogue de don Miguel et Napoléon. (Figaro du 19 ou 20 décembre) 1.

Si vous voulez, je vous ferai voir M. Janin cela parera le coup pour le Figaro. Mais, suivant moi, les grands hommes du Globe sont jaloux de vous. Je sens souvent en vous la manière de rai- sonner de Maisonnette, id esl une jolie phrase au lieu d'une raison, id est le manque d'avoir lu Montesquieu et de Tracy + Helvétius. Vous avez peur d'être long.

Cela sent le goût vaudevillique de 1829. Vous et moi, ou vous tout seul, nous ne pourrons jamais être au-dessous de la pièce que vous me nommez. Quelle pru- dence C'est là que vous trouverez des 1. C'est dans le Figaro da mercredi 17 décembre 1828 que parut un « dialogue des Morts » non signé avec comme personnages: Napoléon, Jean VI et don Miguel.


mille francs et vous ne courrez pas le quart du péril où votre roman va vous exposer. S'il n'est pas supérieur à la Jac- querie, vous tombez.

Souvent, vous ne me semblez pas assez délicatement tendre et il faut cela dans un roman pour me toucher. CHOPPIN. 824. A

A MADAME JULES GAULTHIER, A SAINT-DENIS

Paris. 1829.

FEMMES femmes vous êtes bien toujours les mêmes mais vous seriez moins aimables peut-être, et certainement moins aimées si vous aviez plus de raison.

Quel jour et à quelle heure serez-vous rue Saint-Florentin ?

Quand madame Clémentine1 viendra- t-elle vous voir ?

Quel jour et à quelle heure irez-vous la voir ?

Voilà les détails administratifs de l'ami- tié. A tout hasard, demain dimanche, 1. La comtesse de Tascher. (Note de l'édition Paupe.)


vers les huit heures du soir, je tenterai la fortune rue St-Florentin.

Présentez, je vous prie, tous mes respects à madame Clémentine je brûle d'être un ancien ami de trois ou quatre ans on ose alors se dispenser quelquefois un peu de la cérémonie. C'est à cause de ce mot que je voudrais passer ma vie à Rome et non à Paris.

Soyez heureuse. Que ne puis-je contri- buer à votre bonheur

LE LÉOPARD.

825. A

A MADAME JULES GAULTHIER Paris (jeudi) [Janvier] 1829.

HÉLAS je suis tombé dans une paresse immense et telle, que si je ne vous écris pas dans le premier moment de plaisir que me donne votre lettre, elle ira prendre place avec huit ou dix devoirs pressants qui attendent depuis un mois. Je finis un grand ouvrage en trois volumes1. Je vous écris sur le papier du livre. J'ai tant de choses à faire, que je n'ai pas 1. Les Promenades dans Rome, qui parurent en deux volumes, chez Delaunay (1829).


même pris du papier à lettre dans la bou- tique voisine. Ainsi le manuscrit est dans mon secrétaire, sain et sauf et non lu je le lirai un de ces soirs 1.

Ah que je plains M. Gaulthier Mais que je le félicite d'avoir une bonne femme non affectée pour le soigner J'espère qu'il évitera ce maudit froid c'est lui qui donne les névralgies. On appelle ainsi à Paris ces douleurs atroces et subites. Quand on n'est pas trop mal, on se guérit toujours ici, mais peut-être pas à Saint-Denis, avec de l'huile camphrée j'ai vu ses bons effets.

Vous savez, si vous vous en souvenez, que je n'ai jamais goûté la société des hommes. Je sais que notre liberté s'aug- mentera d'un centième tous les ans et aura doublé en 1929. Cela cru, rien d'en- nuyeux comme des discussions politiques et les trois quarts ne sont pas de bonne foi. Tout ce grand raisonnement est pour vous prouver combien je suis sensible au souvenir de madame de Tascher. Notre Chambre voulant agir en douceur, la poli- tique est bien plus ennuyeuse qu'il y a un an.

1. On sait qu'en 1833, Mme Jules Gaulthier confiera à Beyle le manuscrit d'un roman, le Lieutenant, d'où il tirera l'idée de son Lucien Leuwen. Sans doute lui a-t-elle remis eu 1829 un premier essai du à sa plume.


Les députés médiocres, qui, par bêtise, sont modérés, se liguent contre Benja- min Constant et autres gens d'esprit. Les gens d'esprit n'ayant pas de caractère sont en colère de voir que la pièce marche et marche bien sans qu'ils aient un rôle brillant.

M. le dauphin dit qu'à l'avenir il rie faut pas payer les charges de cour. La pauvre royauté tombera plus vite à n'être qu'une présidence, comme à Washington. On est irrité des coups de canon anglais contre Saldânal1 c'est une grande infamie les Anglais en ont le privilège. Du temps de la terreur, nous étions en colère, mais de sang-froid. l'île Sainte-Hélène, les pontons et ces coups de canon

Si le temps devient honnête, je vous écrirai quatre ou cinq jours à l'avance pour avoir réponse, si vous n'avez mieux à faire, et j'irai vous demander à dîner. Si vous faites des façons, je vous bouderai un mois. Vous voyez, aimable Jules, que moi, je ne fais pas de façons.

M. Victor Hugo n'est pas un homme ordinaire mais il veut être extraordinaire, et les Orientales m'ennuient et vous ? Arrangez-vous pour voir le Mariage secret de Scribe. Il mérite les cent vingt- 1. Allusion an conflit anglo-portugais. La lettre sui- vante contient une autre allusion à ce conflit.


deux mille francs qu'il a gagnés cette année. Le Mariage secret n'est pas le titre1, mais le sujet de cet admirable petit drame qui tord le cœur. On parlait beaucoup, hier soir. du Registre de M. De- lavau, qu'on lui a volé et qu'on imprime 2. Le faubourg Saint-Germain est au désespoir de ce que M. Etienne rédige l'adresse. On disait de l'Académie, mais vous le savez déjà, qu'elle avait le bec dans l'eau, à cause de l'aventure de M. Au- ger3. Savez-vous qu'il est terrible de donner des nouvelles qu'on sait déjà ? Il faut être le seul correspondant, encore plus que le seul amant. Communiquez cette belle pensée à la femme aimable qui daigne se souvenir de votre ami. COTTONET.

1. Il s'agit ici, nous dit M. Daniel Muller, de la Malvina de Scribe, jouée pour la première fois le 8 décembre 1828. 2. Delavau était un ancien préfet de police, destitué à la chute de Villèle en janvier 1828. Beyle revient encore sur sa mésaventure dans la lettre suivante.

3. Auger, de l'Académie, que Beyle avait pris à partie dans Racine et Shakspeare II, venait de se tuer en se Jetant dans la Seine,


826. A

A ALPHONSE GONSSOLIN1

N° 71, rue de Richelieu, 10 février [1829]. ENFIN voilà signe de vie de votre part. Nous craignions pour votre santé. Je fais la commission. M. Duret va faire le buste de madame Bleue 2. Je le crois assez bien dans cette cour. Ce soir, on joue Henri III de M. Dumas. C'est un acheminement au véritable Henri III politique. Ceci est encore Henri III à la Marivaux. Victor Hugo, ultra vanté, n'a pas de succès réel, du moins pour les Orientales. Le condamné fait horreur et me semble inférieur à certains passages des Mémoires de Vidocq 3. Le registre de la police Delavau a été volé chez un pauvre vieil espion qui est mort, et Mou- fardier l'imprime tel quel.

Les Mémoires de M. Bourienne me semblent une trahison domestique. Il fut renvoyé pour avoir vendu le crédit du 1. M. Alphonse Gonssolin, à Bourges.

2. Alberte de Rubempré qui habitait rue Bleue, d'où encore son nom de Mme Azur. Voir sur elle les Souvenirs d'Égotisme.

3. Les Mémoires de Vidocq avaient paru depuis peu. (Paris, Tenon, 1828-1829, 4 vol.) et Le Dernier jour d'un condamné venait d'être mis en vente.


'premier consul. Les salons sont indignés de Terceira 1. La délivrance de l'Islande est assurée. L'extrême gauche a failli se séparer le grand citoyen2 lui a fait en- tendre raison. Peignez-moi exactement une de vos journées sans rien ajouter ni re- trancher par vanité. Ayez la vanité d'avoir de l'orgueil et de tout dire.

Relisez la huitième section de l'Homme par Helvétius, et vous serez considéré de votre dévoué

COTONET.

827. A

AU BARON DE MARESTE

Paris, le 17 Février 1829.

VOICI l'état de la librairie.

Ambroise Dupont a remis ou

va remettre son bilan. Dans cette pièce éloquente, M. Tastu figure pour 45.000 francs.

Ladvocat aurait fait banqueroute lui ou les personnes dont il est le nom officiel. Mais un spéculateur fait paraître sous son nom les Mémoires de Bourienne. Ladvo- 1. Expédition des réfugiés portugais pour Terceira (18 janvier 1829), ne des Açores.

2. La Fayette.

266 CORRESPONDANCE


cat ou sa maison, totalement étranger à cette affaire, aura 25 centimes ou 40 cen- times par volume.

Docagne et Lefèvre, sont peut-être sur le point de remettre leur bilan. Il résulte de ces renseignements, qu'il y a une rande fortune à faire dans la librairie. Les libraires ne pouvant payer comptant. payent cent francs à l'imprimeur et au marchand de papier, pour ce qui vaut 50 francs.

Ensuite le libraire en boutique qui reçoit réellement votre argent et le mien, obtient un rabais de 55% sur les romans par exemple. Ce détail ne mène à rien, il a pour but de vous mettre au fond de cette affaire. Trois Colombs se réunissent, apportant 50.000 francs chacun et payant tout comptant, pourront donner de su- perbes volumes, comme les Mémoires de l'Etoile, de Foucauld, que vous m'avez prêtés, pour trois francs car, à qui paie- rait comptant, ces volumes coûteraient trente sous, ou plutôt vingt-huit sous (nous venons d'en faire le calcul). Le papier d'un seul libraire est bon c'est celui de notre ami Delaunay. M. Don[dey-Dupré] passe pour un peu truffatore1 Du papier donné par lui ne


passerait pour bon qu'autant qu'il aurait une autre signature. On pense que le jour où il aurait intérêt de manquer, il le ferait sans peine.

Je viens de passer une matinée amusante avec l'homme d'esprit 1 qui estimait 4.000 fr. le manuscrit que vous savez. Les deux hommes qui devaient donner 2.000 fr. comptant et un billet de 2.000 francs sont en déconfiture. M. Tastu aurait été charmé de l'ouvrage il désire imprimer du bon et il estime cet auteur mais il est dans une crise horrible. Colburn ne payant pas ce qui est échu le 1er janvier dernier, j'aime mieux toucher quelque chose au- jourd'hui que de renvoyer à l'année pro- chaine.

Vos occupations vous permettent-elles de voir Delaunay ? S'il dit non, pouvons- nous, avec honneur, renouer avec Don- [dey-Dupré] ?

Dans l'état de choses, voilà le seul parti à prendre. Si j'étais plus jeune, j'appro- fondirais les idées que je vous présente plus haut et je me ferais libraire. Deux bons et sages amis, comme Colomb et moi, nous pourrions donner de beaux in- oclavo à trois francs ou deux francs cin- 1. M. H. de Latouche qui, paraît-il, avait conseillé à Beyle de demander à l'éditeur 4.000 francs de son manus- crit des Promenades dans Rome.


quante centimes et gagner vingt sous par volume vendu. Le public achète énor- mément tout sot qui a 8.000 francs de rente se fait une bibliothèque il n'y son- geait pas en 1780, ou même en 1812. CHOPPIER DES ILETS.

828. A

AU BARON DE MARESTE

Paris, le 7 Mars 1829.

VOULEZ-VOUS voir la mine de ces gens faibles et empesés, qui ont gagné un gros lot à la loterie de la fortune? Venez avec moi lundi, vers les onze heures du matin, au transport du corps de M. le duc Charles de Damas. Il habitait le faubourg Saint-Honoré et Saint-Philippe-du-Roule priera pour lui. Je dis onze heures mais j'ignore le moment précis tâchez de le savoir. Venez me prendre au café Teissier (place de la Bourse), ou au nouveau café de M. Pique (l'ancien café de Rouen), qui s est réfugié au coin de la rue du Rempart et de la rue Saint-Honoré. Si vous ne


venez pas, dites-le-moi je m'acheminerai tout seul.

M. Z. m'a fort bien reçu ce matin. Quelle raison supérieure. COTTONET. 829. A

AU BARON DE MARESTE

Paris, le 10 mars 1829.

(Café Teissier, vis-à-vis de la Bourse).

JE vous remercie sincèrement je vois que vous suivez avec intérêt ma pauvre petite affaire. J'ai refait, depuis six semaines, tous les morceaux de l'itinéraire de Rome qui me semblaient manquer de profondeur. Il n'y a pas d'amour-propre à vanter ce livre, dont les trois quarts sont un extrait judicieux des meilleurs ouvrages. Si j'avais épousé la fille sans jambes de M. Bertin de Vaux, j'aurais six mille francs de ces deux vo- lumes 1. M. de Latou[che] m'a dit quatre mille.

Si M. Ladvocat en donne quatre mille francs, ce ne sera que trois mille six cents, à cause des escomptes à payer à M. Pourra. Je pense que nous serions heureux d'en 1. Tout ceci concerne les Promenades dans Rome.


ois mille. Comme j'ai besoin d'a

avoir trois mille. Comme j'ai besoin d'argent suivant la phrase des vendeurs de meubles, je le donnerai même à moins mais réelle- ment c'est dommage. Aucun être bien élevé n'ira à Rome, sans acheter cet iti- néraire.

Il faudrait que vous eussiez la bonté de voir Mirra 1, je ne l'ai pas assez cultivé il m'écrit avec un Monsieur en tête. Le brave Colomb pioche ferme avec moi, tous les matins 2. Je suis prêt à livrer les deux volumes j'ai de quoi en faire trois.

Je puis, comme disent les marchands, forcer en anecdotes, ou forcer dans le genre instructif. Voyez, je vous prie, M. Mirra, le plus tôt que vous pourrez.

J'étais avec Arnica Il à la rep[résenta- ti]on Bouffé c'est une attrape incroyable. Il me semble qu'une des nouveautés, la Recette, n'a pas été terminée.

M. Ladvocat devrait placer vis-à-vis le titre Promenades dans Rome, une vue de Saint-Pierre 4, cela soulagerait beau- coup l'attention du lecteur qui n'est pas 1. C'était le fils de Brunet, le célèbre acteur des Variétés. Voir les lettres 748 et 781.

2. Cela a duré pendant près d'une année. (Note de Romain Colomb.)

3. Mme de Ménainville.

4. C'est ce que flt M. Delaunay, pour la 1re édition en 2 volumes in-8.


à Rome. J'espère que vous serez content de la description du Vatican et de Saint- Pierre. A cela, il n'y a d'autre mérite que la patience.

Le général Clap[arède] était en grande loge avec la Noblet1 cela m'a choqué. J'ai été content de la figure Napolitaine de la duchesse d'Istrie. Félicie, des Variétés, avait l'air d'un mulet de Pro- vence, fier de porter son panache. P. F. PIOUF.

830. G

A M. SUTTON SHARPE A LONDRES' [Paris], 71, rue Richelieu.

3 Avril 1829.

Cher ami,

JE vous présente un homme d'esprit qui a vu et fort bien jugé les choses les plus curieuses de l'Europe. C'est M. Fonzi, chirurgien dentiste de la cour de Russie et du Roi d'Espagne. M. Fonzi a inventé un nouvel appareil pour 1. Danseuse de l'Opéra; elles étalent deux sœurs. (Note de Romain Colomb.)

2. Sutton Sharpe Esq., Old Square n" 2. Lincoln's Inn,


brûler le charbon de ferre. Il va à Londres pour demander un brevet d'invention. Faites-moi l'amitié de lui indiquer l'avocat qui s'occupe de ce genre d'affaires. En vous entretenant avec l'homme aimable que je vous recommande, vous ferez à volonté un voyage à Pétersbourg, à Naples ou à Madrid.

J'ai commencé cet hiver deux ou trois lettres pour vous, mais le respect que j'ai pour votre perspicacité a fait que j'ai voulu les rendre trop substantielles et jamais je ne les ai finies. Nous recevons de curieuses lettres de Jacquemont datées du Cap. Il nous peint fort bien Rio-Janeiro. Lisez Bourienne sur Nap[oléon]. Rien de plus plat, bas, bête, que ledit Bourienne, mais il a vu.

Quand vous verrai-je ? Venez, ne fût-ce que pour huit jours le mouvement chasse la bile savante.

Mar[este] et Mér[imée] se portent bien. Mér[imée] vient de publier « 1572 », ouvrage plein d'esprit à la Voltaire. Mme Ancelot parle beaucoup de l'aimable anglais.

Tout à vous.

BEYLE.

Di Fiore a l'honneur de se rappeler au souvenir de M. Sharpe et le prie de s'inté-


274 CORRESPONDANCE

resser vivement à M. Fonzi, son compa- triote et ami intime, qui réunit à différents genres de mérites un cœur excellent1. 831. A

AU BARON DE MARESTE

[Paris] 5 Mars [18291.

COMME le Firmin Didot ne répond pas, il faut tâcher de s'arranger avec M. Delaunay. Mais, à quel prix? Mille francs comptant, et un billet de huit cents ou six cents.

Comme Colburn ne paie pas, il faut vendre, même mal. Donc, quand vos occu- pations vous le permettront, parlez à M. Delaunay.

Le papier de Rome, Naples, elc., est plus laid que celui d'aucun ouvrage publié dans ce temps. M. D[elaunay] en eut honte et me dit qu'on l'avait trompé. Il faudrait qu'il s'engageât à prendre du papier semblable à celui de tel volume qui sera dans sa boutique. S'il avait dépensé cent francs pour trois annonces de vingt 1. Les lignes qui forment ce P. S. sont de la main de Di Flore.


lignes, Rome, Naples, etc., serait épuisé. Voilà un désavantage. M. D[elaunay] est assez riche pour se permettre la paresse et ne pas annoncer mais cela ruine l'auteur. J'aimerais mieux vendre une quatrième édition de Rome, [Naples, etc.], que de mal vendre les Promenades [dans Rome]. Tout ceci ne signifie rien. Le bon est de vendre et d'obtenir mille francs comp- tant.

M. Z. m'a écrit et donné un rendez-vous. Pour cinq francs on a quatre-vingts cahiers du papier sur lequel je vous écris, chez Me Durand (auteur de Mémoires ?) rue de la Sorbonne, 3.

CHAMPION.

832. —A1

A M. DE PASTORET2

[1829]

7 LETTRES avec signature à M. de Pas- toret. 10 pages in-4 ou in-8. Deux lettres sont datées par la poste 18 janvier 1826 et 1836 les autres ne portent aucune date.

1. Catalogue Charavay, 19 décembre 1903.

2. Voir la lettre du 15 octobre 1812. Beyle fréquentait chez son ex-collègue au Conseil d'Etat et rencontrait chez lui des savants Cuvier, Laplaoe, Dumas, et des littéra- teurs Villemain, Cousin.


Intéressante correspondance. Dans une lettre il explique qu il ne peut venir le matin au Luxembourg parce qu'il tra- vaille la nuit.

« Malgré mon obscurité, persécuté par les visites, je travaille la nuit. C'est ce qui fait qu'à onze heures je ne suis pas levé. »

Plusieurs lettres sont relatives à une place de bibliothécaire, laissée vacante par le décès de M. Méon, et que Beyle aurait bien voulu obtenir1. Il a copié de sa main, une lettre jointe au dossier du vicomte Siméon à M. d Argoult qui explique qu'il n'a que l'approbation des choix des employés présentés par les conservateurs MM. A. Rémusat, Dacier et Champollion. Il tient absolument à être fonctionnaire, et une place sur le point d'être vacante aux Archives, celle de M. Tourlet, est sollicitée à nouveau par Beyle il ne se montre point exigeant.

« Si la place de M. Tourlet devenait vacante et que l'on voulût bien absolu- ment la donner à l'un de ses deux subor- donnés, je prendrais volontiers la place de ce subordonné. Là, comme à Sainte- Geneviève, je prendrais volontiers la queue pour entrer à mon tour. »

1. Voir à ce sujet les lettres suivantes.


833.

A M. DACIER1

Paris, 5 Juin 1829.

MONSIEUR, je ,suis loin de croire que des ouvrages aussi peu marquants que ceux que j'ai l'honneur de mettre sous vos yeux méritent quelque attention. Je ne prends la liberté de les présenter que parce que j'ai intérêt d'obte- nir le suffrage d'un juge éclairé. Le temps, edax rerum, a bien modéré mes opinions politiques, et, même dans ma jeunesse, employé dans des affaires assez graves, j'ai connu toute la discrétion qu'il faut y apporter.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. H. BEYLE.

1. Lettre publiée par Louis Royer Stendhal candidat à la Bibliothèque Royale. Éditions du Stendhal-Club, 32. Dacier était le président du conservatoire de la Biblio- thèque. Beyle sollicitait une place à la Bibliothèque royale; cette place ayant été donnée à Paulin Paris, Beyle demanda la place de surnuméraire qu'avait P. Paris. Cf. la lettre suivante.


834.

AU MINISTRE DE L'INTÉRIEUR1 Paris, le 24 Juin 1829.

MONSEIGNEUR, j'ai l'honneur d'exposer à Votre Excellence que, d'après des renseignements que j'ai lieu de croire fondés, il existerait en ce moment à la Bibliothèque du Roi une place d'au- xiliaire vacante dans la section des manus- crits par suite de la mort de M. Méon. Les acquisitions subites et considérables de manuscrits faites par la Bibliothèque depuis trente ans, surtout par l'effet de la réunion à ce grand établissement des collections appartenant à des maisons reli- gieuses supprimées, ont accru considérable- ment le travail. Malgré tout le zèle qu'on a pu y mettre, il a dû résulter de cet encom- brement de manuscrits à explorer un retard préjudiciable aux études historiques et aux lettres.

Le dépouillement et la classification des manuscrits, la rédaction du catalogue définitif n'ont plus pu s'opérer avec la même rapidité, car le nombre des travail- 1. Lettre publiée par Louis Royer Stendhal candidat à la Bibliothèque Royale. Éditions du Stendhal-Club, 32.


leurs restant le même, le travail s'est trouvé infiniment augmenté. La mort de M. Méon a privé de fait le département des manuscrits d'un employé, puisque M. Paris ayant été nommé à la place de M. Méon, il n'a pas été procédé au rem- placement de M. Paris.

Il semblerait que l'intérêt d'un vaste établissement tel que la Bibliothèque du Roi exige que ses catalogues soient à jour, et l'on peut supposer qu'il doit lui être utile d'avoir toujours le même nombre d'employés.

D'après ces considérations, qui peut- être sembleront fondées en principe, j'ai l'honneur de supplier Votre Excellence, auprès de laquelle j'ose faire valoir les titres que me donnent quatorze années de service, de vouloir bien me nommer ou autoriser le conservatoire de la Biblio- thèque à me nommer auxiliaire pour con- courir au dépouillement des manuscrits. Je serais extrêmement flatté d'être adjoint aux savants illustres qui dirigent les travaux de la Bibliothèque du Roi. Les littératures étrangères ont été l'étude de toute ma vie. J'ai résidé longtemps hors de France pour le service de 1'Etat, et il me semble que je pourrais être de quelque utilité au travail à faire sur les manus- crits en langues étrangères modernes qui


sont en grand nombre à la Bibliothèque. Je suis avec respect, de Votre Excel- lence, le très humble et très obéissant ser- viteur.

H. BEYLE 1.

1. Cette lettre fut transmise à M. Dacier, président du conservatoire, avec la recommandation suivante Ministère de l'Intérieur.

Direction des Sciences,

Lettres, Beaux-arts, journaux

et théâtres. Paris, 26 juin 1829. Monsieur, j'ai l'honneur de vous transmettre et je vous prie de mettre sous les yeux du conservatoire une demande de M. Beyle qui sollicite une place d'employé auxiliaire aux manuscrits de la Bibliothèque du Roi.

M. Beyle est une homme de lettres très honorable, dont les ouvrages annoncent une Instruction étendue et variée. Quant à sa demande, c'est à vous, Monsieur, et au con- servatoire, à apprécier les considérations sur lesquelles Il la fonde et à me faire à ce sujet la proposition que vous jugerez la plus convenable au bien du service. Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Pour le Ministre,

Secrétaire d'État au Département de l'Intérieur Le Directeur des Belles-Lettres, Sciences et Arts, Vicomte SIMEON.

Le vicomte Joseph-Balthaznrd Siméon, ancien préfet, était un ami de Mareste à qui le 6 juillet 1828 Beyle avait déjà demandé de solliciter pour lui près du directeur des Belles- Lettres une place d'archiviste.


835. A

A MONSIEUR DAVID D'ANGERS, A PARIS

Paris, 24 Juillet 1829.

CHER et obligeant ami, vous par qui je vivrai après ma mort, si vous mettez un nom à la médaille1, mettez en petit caractères Henri Beyle. Mille et mille amitiés.

H. BEYLE.

836. A

A MADAME VIRGINIE ANCELOT', A PARIS

Paris, ce jeudi. [18291.

Madame,

été à la campane tou cé jour ci mé com il m a poin de plézir san compensasion, je nai paz u le boneur de vou rencontré.

1. Il s'agit du médaillon de Beyle fait par David d'Angers en 1829.

2. Sur Mme Ancelot et ses rapports avec Beyle, on con- sultera Henri Martineau Stendhal et le Salon de Mme Ance- lot. Paris, Le Divan, 1932.


Kan vous auré fini l'ane mor 1 seré vouz asé bone pour le renvoyé à M. Gonssolin 2, n° 34, rue du Bac

Agréé mé respec. CHINCILLA. 837. G

A M. SUTTON-SHARPE, A LONDRES 3 Versailles, le 10 janvier 1830.

NOUS avons tous espéré que vous vien- driez pour Noël. Froid du diable ici. M. Cuv[ier] a beaucoup de succès dans son cours. M. de Cormenin a blâmé le cumul à la dernière session, ori- gine du cours. Mais je veux vous parler d'affaires. Promenades dans Rome. Le bon Docteur Edwards me donne l'idée d'essayer d'avoir un article dans l'Edinburgh-Review, ou toute autre revue à la mode, viz: lue par les gens riches qui vont en Italie. Je remets à Mademoiselle Sophie un exem- plaire que son obligeance parfaite trou- 1. Roman de M. J. Janin ayant pour titre L'âne mort ou la femme guillotinée. (Note de Romain Colomb.) Le roman de Janin parut en 1829.

2. Sur Gonssolin voir la lettre du 17 janvier 1828. 3. Sutton Sharp, Esq. ne 2 Old Square. Lincoln's Inn.


vera le moyen de vous envoyer. En atten- dant, et pour gagner un mois, si votre exemplaire est libre, envoyez-le au rédac- teur de l'Edinburgh-Review, en le remet- tant à son libraire à Londres. M. Rogers vous dira quelle est la personne influente pour avoir un article.

L'exemplaire que je remets à Mademoi- selle Sophie remplacera le vôtre. Pour vous récompenser, je vous enverrai le meilleur voyage en Angleterre qui ait paru. M. de Gustine, l'auteur, était à Shrewsbury, par exemple, le 22 août 1832. Cet ouvrage a paru mer. On dit l'auteur a mernber of the clergé A. R. of bishop of Klogher1. Il a l'esprit fin et aristocratique, 36 ans 2 et 60.000 francs de rente.

Nous parlons souvent de votre génie tout français chez Madame A[ncelot] (n° 5, rue Saint-Roch). Mérimée, Mareste et la dame sont les interlocuteurs. La bataille politique approche. Les libéraux veulent qu'à jamais le King soit forcé de 1. Sodomiste. C'est une allusion au procès scandaleux de l'évêque anglican de Clogher et d'un soldat anglais qui eut lieu en 1822. Beyle emploiera encore cette expression dans les marges de son manuscrit de Lucien leuwen pour en qualifier ce singulier personnage qu'il appelle lord Link et qui paraît au chapitre XXXI. Sur le marquis de Custine qui avait en effet une réputation plus qu'équivoque et qui venait de publier des voyages en Suisse et en Angleterre, voir la lettre suivante.

2. Custine avait en réalité 40 ans.


prendre le ministère dans la majorité des Chambres. Cela réduit notre bon King à la fonction de griphe. M. de Poli[gnac], un peu trop bête pour son grand projet, veut réduire la Chambre à la fonction de Conseil.

Dites cela to our friend Dr Black. Les libéraux commencent à comprendre que la Chambre ne doit pas gouverner. Elle n'y entend rien. Jamais le génie léger et aimable des Français ne comprendra le Budget. La Chambre doit désigner au King les ministres, et donner des avis à ces ministres, qu'elle chasse s'ils ne suivent pas ces avis. Mais la Chambre les laisse les maîtres de tous les détails.

Voilà le Credo des plus spirituels députés ou du moins des moins lourds.

Les provinces sont beaucoup plus mon- tées que Paris, beaucoup plus près de prendre feu pour la Charte. Dans le fait, Paris est une République. Personne n'y est vexé. The Court fait rire et voilà tout. The amiable duchesse of Angou[lême] was perfectly ridiculous with the sieur Séguier. Il s'en est vengé en se moquant d'elle dans un discours au public, avant-hier 8 ou 7 janv[ier].

Voir la Gazette des Tribunaux, la seule amusante. MM. Thiers, Mignet, Stapfer, traducteur de Gœthe, et Carrel, officier,


1. Théobald, Emile, ArcambaI Piscatory, homme poli- tique, qui devait l'année suivante se battre avec H. de La- touche qui avait dans le Figaro commis quelques indiscré- tions vis-à-vis la duchesse de Dino précisément. Cf. à ce sujet une lettre de Mérimée à Stendhal en date du 15 mai 1831.


d'Egypte, de 1810 à 1828, par M. Planat, homme de mérite, mort depuis peu. Hernani, tragédie de M. Victor Hugo, mal imitée des 2 gentlemen of Verona et autres pièces de ce genre du divin Shak[speare], va causer une bataille au Théâtre Français, vers le 6 février. La Haine des détails est ce qui perd notre littérature tout le monde veut croquer comme M. Scribe. A propos, le dit Scribe vient de se brouiller avec le public en se moquant du Jury, au moment où le grand Polignac voudrait l'attaquer. M. Scribe n'aime que l'argent il a 1.500 mille francs gagnés par le théâtre.

J'aurais quatre lignes à vous dire upon the son of the Duke ot (remember the maid of. by our Shakspeare). Cette affaire occupe beaucoup les gens qui ont des yeux à la tête. Si the Polignac fait le méchant, ceci pourrait finir par une guerre with the Kings of Europe. Les provinces sont montées. Elles ne peuvent rien sans dému- seler le tigre, sans réveiller the Mob1. Une fois réveillé, cet animal terrible devient fou, ravage tout, puis s'endort. Si ce malheur arrive, si the Mob est réveillée, rien de mieux que de l'occuper à reprendre la rive gauche du Rhin. Alors, guerre avec 1. Li populace.


l'Europe. Les Français, battus la première année, un peu plus heureux la seconde, remporteront, la troisième, la plus grande victoire. Alors toute l'Europe n'aura plus que des Kings'griphes. Voilà la question. Dites cela au Dr Black.

Mais nos gens aisés de province ne veulent pas réveiller le lion qui dort. Cependant, plutôt que de voir la Chambre tomber au rôle de Conseil, on réveillera le tigre mais les réveilleurs mourront de peur. La République n'est voulue que par les badauds forcenés. Ce sont les com- pagnies de grenadiers du parti anti- Polignac on dit que MM. Dudun (Lava- lette) et Peyronet seront nommés Ministres à Compiègne vers le 15 janvier. Présentez mes hommages à Mademoi- selle votre tante et à l'homme aimable qui habite près de Shoredum et à Madame Austin si jamais vous la voyez.


838. D

A Mlle SOPHIE DUVAUCEL

[Janvier 1830.]

Mademoiselle,

J'AI oublié dans la grosse lettre que M. Pentland1 aura la bonté de vous remettre précisément le prétexte honnête qui me donnait la hardiesse de vous demander une adresse (celle de Mlle Hall2).

J'ai remis chez mon portier (71 Riche- lieu) le premier volume de M. de Custine 3. 1. Joseph Pentland (1797-1873), consul d'Angleterre en Amérique du Sud, fit des observations scientifiques dans les Andes. Il était l'ami de Cuvier.

2. Peut-être s'agit-il ici, comme l'a pensé M. Louis Royer, de la romancière et critique anglaise Anne-Maria Fielding (1800-1881) qui avait épousé l'éditeur Samuel-Carter Hall et qui publia nn Keepsake The Amulet où parut un portrait de Sophie Duvaucel, par Th. Lawrence. Mais peut-être l'adresse demandée est-elle celle de la fille de cet explorateur anglais Basil Hall, à qui Beyle devait le 10 mars suivant consacrer un article dans le National, et qui était en relation (une lettre relatée au catalogue Henri Saffroy, 59, jan- vier 1932, nous l'apprend), avec Sophie Duvaucel et les Cuvier.

3. Mémoires et voyages ou Lettres écrites à diverses époques pendant des courses en Suisse, en Calabre, en Angleterre et en Ecosse. Paris, Le Normant, 1830. 2 volumes. Stendhal devait parler de cet ouvrage dans le Temps du 3 février 1830. Cf. Les Mélanges de littérature, édition du Divan, tome III, p. 237.


C'est le voyage en Italie et celui qui con- vient le mieux à ces jolies âmes françaises pour lesquelles il faudrait écrire avec les couleurs de l'arc-en-ciel. Quels que soient les torts de M. de Custine,

II n'est point charlatan,

II n'est point vaudevilliste courant après la pointe,

Il peint vrai

Trois petites qualités assez rares. Il a 18 ans, dans le volume que votre Italien pourrait venir chercher, quand il va au Conseil d'Etat. II est quelquefois enfant. Son grand défaut est d'avoir peur du public, qui, sauf votre respect, n'est qu'une bégueule crevant d'ennui et mettant à son amusement des conditions impossibles à remplir.

Voici une anecdote à moi contée hier soir

Le King of Naples bat ses domestiques. Il est très fort, mais il ne peut pas marcher et se trouve aveugle plus qu'à moitié. A Madrid, il laisse tomber son mouchoir. Son domestique s'approche. Alors le King le saisit par l'oreille de la main gauche et, de la droite, l'assomme.

Faro ri corso (je me plaindrai), dit le pauvre assommé.

Et à qui, insolent ?

A cette Madone que voilà, dit le


domestique montrant un tableau de Vélas- quez.

Tiens, voila dix onces (160 fr.), dit le King alarmé, ne dis rien à la Madone. Agréez mes respects. TOMBOUCTOU. 839. A

A EUGÈNE GUINOT

[Janvier 1830.]

Cher et aimable Collègue,

VOICI une Notice sur M. Acton; vous y verrez une grande vérité, c est que ce pauvre Acton (mort d'une saignée avant hier) avait bien deux cent cinquante mille francs de rente, mais d'un héritage qui était venu le chercher à Besançon et non de l'argent que la 1. A M. Eugène Guinot, 12, rue d'Alger.

Eugène Guinot, né à Marseille en 1805 est mortà Paris en 1861. Auteur fécond, il écrivit entre autres de nombreux vaudevilles sous les pseudonymes de Paul Vermont on de Pierre Durand. Stendhal, dans les Mémoires d'un Touriste (édit. du Divan, t. III, p. 192 et 332) le rangeait parmi le brillant contingent fourni par Marseille à la littérature et citait avec éloge un de ses articles paru dans le Courrier Français. C'est dans ce journal que Guinot consacra par la suite un article sur le livre de Stendhal. Et celui-ci, en 1840, lui faisait adresser par l'entremise de R. Colomb, de ces petites pierres gravées qu'il avait l'habitude de donner en cadeau à ses amis.


Reine Caroline avait donné à son amant. Ceci est très curieux.

Le ministre Acton1, destitué, alla en Sicile et prêta son cœur tout ce qu'il avait gagné. On en a rendu une petite partie au chev[alier] Acton qui vient de mourir.

Voilà du neuf, voilà du curieux, vous pourrez faire cinquante lignes charmant Renvoyez-moi l'original.

Tout à vous, PAGAON. 8402

A MADAME O'REILLY

19 Février 1830.

L'AUTEUR la remercie de lui avoir prêté des livres.

(c J'ai passé la nuit à lire ce

pauvre Byron. Le Moore n'a aucun talent dans ce livre il a même l'air un peu coquin 3. J'ai connu lord Byron. » 1. Les deux frères Acton, tous les deux nés à Besançon d'une famille irlandaise établie en France, avaient servi en France, l'un dans la marine, l'autre dans l'armée, jusqu'à la Révolution. L'aîné, Joseph (1737-1808 ou 1813) avait été premier ministre de la reine Caroline de Naples. Le cadet qui avait suivi le roi de Sicile fut gouverneur de Gaëte. Il mourut à Naples, en Janvier 1830, fort âgé. Catalogue N. Charavay. Vente du 17 mai 1910. 3. Thomas Moore venait de publier sa Vie de Byron


841.—A

A MADAME JULES GAULTHIER A PARIS

Paris, le 1er Mars 1830.

CHEZ moi, vous pourriez trouver l'objet régnant ledit objet est fort jaloux, parce qu'il a lu une de vos aimables et bonnes lettres. Je suis resté très faible. Le vin de champagne et Hernani ne m'ont pas réussi. J'irai vous voir ce soir dimanche, si j'en ai la force et, encore plus probable- ment lundi. Quand serez-vous chez madame Clémentine1 ? Je vois bien que vous êtes mon ennemie, puisque vous me supposez un bonnet de coton. J ai tant pris d'opium que ma cervelle est comme de coton, mais vous régnez dans ce coton. DIMANCHE.


842. D

A Mlle SOPHIE DUVAUCEL

Dimanche à 7 heures [7 Mars] 1830.

Mademoiselle,

APRÈS deux heures de recherches immenses dans l'océan de mes papiers, chose que je n'aurais pas faite pour Dieu le Père, quand même il existerait, voici sir T. Lawrence1. Il est sept heures, je meurs de faim, ce qui diminue beaucoup mon éloquence. L'homme aux poissons et à la cruche étrusque, votre favori, a donné, ce matin, un article sur lord Byron 2 où il y a plus de philosophie et de véritable esprit que dans 1830 numéros du Globe. Je suis forcé d'en convenir, malgré l'envie qu'il m'inspire depuis que vous le trouvez si beau. Si vous n'avez pas le National, je 1. Th. Lawrence, que connaissait Sophie Duvaucel et qui avait fait son portrait, était mort le 7 janvier 1830. C'est sans doute l'article de Mérimée, paru dans le National du 24 février, que Stendhal envoyait à sa correspondante. 2. L'article sur Byron de Mérimée, clairement désigné ici, avait en effet paru dans le National du 7 mars 1830. L'histoire du brigand Rondino avait été publiée par Mérimée dans le National du 19 février 1830.


vous conserverai le numéro d'aujourd'hui. Cherchez l'histoire du brigand sublime Rondina, dans le numéro accusé du Natio- nal. Cela est exactement vrai. L'homme aux poissons a plutôt diminué la beauté du caractère de Bonditio. Il lui a ôté un peu de son élan.

Voilà M. Chevreul nommé1. C'est une nouvelle conquête à tenter pour moi. Comment m'y prendre ? Mes goûts cham- pêtres rêvent depuis hier soir aux charmes d'un logement au Jardin avec la perspec- tive des arbres verts, même au milieu de l'hiver. Mais jamais je ne serai assez plat pour plaire à sept personnes sur treize2. Il faudrait que je ne fisse leur connaissance que la veille du grand jour de l'élection. Les hommes les plus doux, quand ils ont subi ma connaissance pen- dant six mois, donneraient six francs pour me voir tomber dans un trou plein de boue au moment où je me prépare à entrer dans un salon. Cependant, je ne hais personne et j'adore Rossini, Napoléon, lord Byron, tous les gens d'esprit auxquels j'ai parlé.

1. Chevreul avait été nommé professeur au muséum par ordonnance du roi du 7 février 1830. Les journaux annon- cèrent la nouvelle le 7 mars.

2. Il y avait alors treize proffesseurs titulaires au muséum.


843. D

A Mlle SOPHIE DUVAUCEL1

[Paris, Mars 1830.]

JE n'ai pas pu, mademoiselle, profiter de votre obligeance et aller conférer avec vous sur l'art de séduire. Vous vous y connaissez mieux que moi. Nous vous sommes beaucoup plus dévoués qu'il y a deux ans, et au bout de deux ans toujours mes amis m'aiment moins, et je suis obligé d'en planter de nouveaux. J'ai eu de tels maux de tête le soir que j'ai passé ma vie comme un vieux dans les théâtres, mes voisins, ou au cercle. Il me semble, d'après ce que vous avez eu la bonté de m'écrire, que M. D. n'est pas précisément un ennuyeux. Je me sens disposé à croire au magnétisme. Le comte Corner, mon ami intime, qui à trente ans avait dissipé cinq millions, et qui, s'il eût menti, n'eût menti que pour des his- toires de femme, a vu lire à travers un mur.

Ne sera-ce pas bien débuter avec M. D.? Mais irai-je le voir ? Sous quel prétexte ? 1. Lettre publiée par Richmond-Laurin :Hawkins dans Figaro du samedi 27 décembre 1930.


Quelque âge que soit un successeur, la vue en est toujours amère. J'espère vous voir samedi vous aurez de l'indulgence pour un arbre qui périt par la tête comme Swift 1.

J'ai articulé sur M. Hall 2. Je n'ai pas dit que son livre était ennuyeux. Ces bonnes gens du Nord ne se doutent jamais de cet effroyable défaut. Ce qu'ils appellent bon sens n'est que le commencement de la vieillesse. M. Hall était plus amusant au Chili. Je lui ai fait honneur du naufrage sublime de M. Maxwell 3.

Pourquoi ne le dirais-je pas ? Je vous assure, sans flatterie, que j ai pensé plu- sieurs fois depuis samedi que je serais heureux d'habiter dans le voismage de l'ours Martin. Quand je serai vieux je ferai amitié avec ce grave personnage et, si je ne lui ressemble pas trop, je paraîtrai tous les soirs dans votre salon, escorté 1. Allusion à une phrase de Swift rapportée par Young: « Je serai comme cet arbre-là, je périrai par la tête. » 2. L'article de Stendhal avait paru dans le National du 10 mars 1830. II rendait compte du Voyage dans l'Amérique du Nord. Le célèbre marin et voyageur anglais Basil Hall (1788-1844) avait publié précédemment un voyage au Chili, au Pérou et au Mexique. On trouvera cet article dans les Mélanges de Littérature, III, p. 313.

3. C'est le 18 février 1817 que l'Alceste, commandée par sir Murray Maxwell, s'échoua dans l'archipel Malais. L'Alceste avait quitté l'Angleterre un an auparavant pour les mers de Chine, en même temps que la Lyra que commandait Basil Hall.


des images de tous mes ennemis. Exemple Mlles Garnett 1 croient que je suis bossu. Au fond, je suis maigre, mais comme je suis obligé de compenser la bosse avec des coussins, je parais éléphantesque. Mlle Arconati (dont je méprise la famille Trotti, c'est à Milan comme Duclou ou Irénilly à Paris) dit que je mets du rouge. Voilà ce qui me fait mal à la tête. Adieu, excusez mes folies et agréez mes respects.

H. BEYLE.

844. D

A Mlle SOPHIE DUVAUCEL

[23 Mars 1830.]

LA faiblesse se met à vos pieds, Made- moiselle; je m'y trouve fort bien, car ils sont jolis, et. quoique du parti de la vertu, vous n'êtes point triste. Samedi, à six heures, je paraîtrai au Jardin des Plantes pour manger et non pour parler. Ce qui fera que je ne serai point embarrassant pour vous, quelque remplis de cant que soient les convives. Je me trouve fort bien de ne plus parler. C'est 1. Sur les dames Garnett, cf. les Souvenirs d'Egotisme, édition du Divan, p. 40.


un nouveau ridicule des Français. Ils ont tort, suivant moi, de trouver le personnage amusant. Mais enfin, l'animal une fois admis sous cette définition, quoi de plus ridicule que de le trouver aimable quand il ne parle pas ? J'explique cela non pas par l'os hyoïde ou par l'animal nommé l'alouale que les journaux ont toujours pris pour la luette1, mais par l'exception que la maîtresse de la maison croit qu'on fait pour elle, car enfin faut-il bien lui dire « how d'you do? »

Savez vous le charmant trait de bien- faisance de Mme la duchesse de Montebello envers une jeune Napolitaine qui a perdu deux enfants de six et sept ans ? Ma foi, cela n'est que sublime et je conçois le goût de M. de Saint-Agnan. De telles âmes sont rares.

Une brochure de M. de Chateaubriand 2 et huit préfets destitués pour demain, 1. M. Louis Royer relève dans tout ce passage une allusion aux controverses entre Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire à l'Académie des Sciences au début de 1830. Cuvier le 22 mars y avait lu un mémoire sur l'os hyoïde et le Journal des Débats rendant compte de cette communication avait commis une amusante bévue entre la luette et le singe hurleur l'alouate.

2. Le Temps du 24 mars annonçait une brochure de M. de Chateaubriand sur les événements actuels. En avril parais- saient La charte constitutionnelle et Le guide des électeurs qui contenaient les principaux points du discours du 8 mars dans lequel il expliquait pourquoi il ne voterait pas l'adresse au roi.


plus une médaille en l'honneur des 2211, voilà les bruits de ce côté-ci de la ville. Agréez mes respects.

H. BEYLE.

P. S. Les grands dégoûtés 2 pourront- ils avoir des billets pour le 10 avril ? M. de Lamartine saura-t-il écrire en prose ? Un pauvre diplomate ne peut parler de rien, pas même de la vie de M. Daru On dit qu'on le fait ministre en Grèce 4. Tant mieux nous irons l'y voir. Mariez-vous et soyez du voyage. Je m'habillerai en Arlequin avec une batte. Je me moquerai dé tout ce qui existe et de beaucoup d'autres choses, et quelle que soit votre vertu, je vous ferai sourire. Avez-vous lu le Violon de Crémone d'Hoff- mann ?

1. Allusion aux 221 députés qui avaient voté l'adresse au roi le 17 mars, adresse qui avait amené la prorogation des deux Chambres.

2. A rapprocher de cette note dé la main de Beyle sur son exemplaire des Promenades dans Rome (ex. Serge André) « Académie française du 24 déc. 29. Cuvier Tiens, voilà des billets pour tes grands dégoûtés. »

3. Lamartine allait être reçu à l'Académie par Cuvier, le 1er avril, en remplacement de M. Daru.

4. Les journaux, environ cette époque, annoncèrent en effet que Lamartine était nommé ministre plénipotentiaire on Grèce.


845. A

A M. SAINTE-BEUVE, A PARIS Après avoir lu les Consolations 1, trois heures et demie de suite, le 26 Mars 1830

S'IL y avait un Dieu, j'en serais bien aise, car il me paierait de son paradis, pour être honnête homme comme je suis.

Ainsi je ne changerais rien à ma conduite, et je serais récompensé pour faire précisément ce que je fais.

Une chose cependant diminuerait le plaisir que j'ai à rêver aux douces larmes que fait couler une belle action cette idée d'en être payé par une récompense, un paradis.

Voilà, Monsieur, ce que je vous dirais en vers si je savais en faire aussi bien que vous. Je suis choqué que vous autres, qui croyez en Dieu, vous imaginiez que, pour être au désespoir trois ans de ce qu'une maîtresse vous a quitté, il faille croire en Dieu. De même un Montmorency s'imagine que, pour être brave sur le 1. Ce recueil de poésies venait d'être publié en mars 1830.


champ de bataille, il faut s'appeler Montmorency.

Je vous crois appelé, Monsieur, aux plus grandes destinées littéraires, mais je trouve encore un peu d'affectation dans vos vers. Je voudrais qu'ils ressemblassent davantage à ceux de la Fontaine. Vous parlez trop de gloire. On aime à travailler, mais Nelson (lisez sa vie, par l'infâme Southey), Nelson ne se fait tuer que pour devenir pair d'Angleterre. Qui diable sait si la gloire viendra ? Voyez Diderot promettre l'immortalité à M. Falconnet, sculpteur.

La Fontaine disait à la Champmeslé « Nous aurons la gloire, moi pour écrire des vers, vous pour réciter ». Il a deviné. Mais pourquoi parler de ces choses-là ? La passion a sa pudeur pourquoi révéler ces choses intimes ? Pourquoi des noms ? Cela a l'air d'une rouerie, d'un puff. Voilà, Monsieur, ma pensée et toute ma pensée. Je crois qu'on parlera de vous en 1890. Mais vous ferez mieux que les Consolations, quelque chose de plus fort et de plus pur.


846. D

A Mlle SOPHIE DUVAUCEL

[Mars 1830.]

DEPUIS longtemps, Mademoiselle, les conversations politiques n'ont été aussi intéressantes. Un lâche qui doit se battre le mardi et qui apprend que le duel est remis au vendredi, se trouve parfaitement heureux les mercredi et jeudi.

Tel est l'état of the french Windsor. Mais je meurs de faim. Au lieu de vous expliquer tout cela, je vous envoie le National qui dit vrai et assez bien. Il enfonce ce jésuite de Journal des Débats. Je ne suis pas mal jésuite aussi, car je vous écris pour vous rappeler que vous répondez le 1er avril à M. de Lamartine et que vous devez avoir un bon billet de centre 1.

Vive le Centre

Si je m'y étais placé en 1821, je serais déjà bibliothécaire 2.

1. C'est le 1er avril en effet que Cuvier reçut Lamartine à l'Académie.

2. Allusion aux démarches de Beyle pour une place de bibliothécaire à la Bibliothèque royale, pour laquelle Cuvier lui avait donné des lettres de recommandation.


La belle chute 1

A demain.

Agréez les respects très humbles de COTONET.

847. A

A MADAME JULES GAULTHIER A SAINT-DENIS

Paris, le 16 Mai 1830 (samedi).

L'ANIMAL est original les dieux l'ont fait ainsi. Il a passé quelque temps à Montmorency, à deux pas de chez vous, mais il ne pouvait vous voir. Où est donc la rue Saint-Marcel dans SaintDenis ? Je l'ai cherchée des yeux en passant. Nous sommes allés à la cathédrale ou abbaye.

On dit que la vanité est la passion dominante, ou, pour mieux dire, la seule de notre nation, particulièrement entre la Loire et la mer du Nord.

Ceci me console. Jamais il n'y aura rien en moi, pas la moindre nuance qui puisse choquer cette passion, cette habitude, si, par hasard, elle s'est nichée dans un petit coin du cœur de l'aimable Jules.


Je ne sais pas écrire raisonnablement, et cependant depuis quatre jours je vous dois une réponse. Ecrire en cherchant la gentillesse et les formes, il fallait attendre des semaines peut-être.

Quand vous écrirez à madame la comtesse Clémentine, comme vous avez discuté mon crime avec elle, dites-lui ma lettre. Quand vous viendrez à Paris, avertissez-moi la veille par la poste. Je vais à la campagne, mais serai bientôt de retour.

Quand on est au café des Vélocifères à Montmorency, cette maison neuve, à deux portes, qui recule, par où faut-il prendre pour aller passer vingt minutes avec vous, rue Saint-Marcel ?

Bien des choses à M. Gaulthier. Quand se fait-il de l'Académie comme votre M. Lajard ? Le baron Gérard l'a pris pour Ponchard, de Feydeau, le trouvant à dîner en place de Grève, chez M. le préfet de Chabrol, et lui a parlé, en conséquence, de sa maladie (c'était, il y a deux mois), de son talent qui charmait le public, etc., etc.

Amitié et dévouement éternel.

COTONET.


848. D

A Mlle SOPHIE DUVAUCEL 1

Honfleur, ce vendredi,

[2 Juillet 1830.]

Mademoiselle,

VOTRE lettre a fait le meilleur effet pour ma fatuité une fatuité de 47 ans avec taille d'éléphant J'ai déchiré la signature. J'ai vu justement une femme de mes amies qui, malgré le mot peu noble ch[emi]se, veut bien me procurer du calicot. « Voyez-vous Madame, lui ai-je dit, que vous n'êtes pas la seule à prendre intérêt à ma garderobe. » On ne s'est nullement douté du nom de la personne parisienne qui veut bien m'écrire. Je pense que j'aurai mon calicot vers le milieu d'août, car il s'agit de le faire venir de Londres.

Daignez, Mademoiselle, excuser ma plume qui est si exécrable que même en écrivant à vous, je n'ai point d'idée autre que celle de former mes pieds de mouche. Nous avons trois averses par jour. Comme 1. Mademoiselle, Mademoiselle Sophie Duvaucel, chez M. le baron Cuvier au Jardin du Roy, Paris.


il faisait chaud dans le pont de mon bâtiment, ce matin, et que la chaleur avec la danse des vagues est funeste, je me suis tenu sur le pont et, du Havre à Honfleur1, j'ai eu une averse qui me rendra bien brave pour celles que j'essuie quelquefois en revenant du Jardin du Roy (avec un y c'est plus ridicule et la poste en ouvrira moins mes lettres). J'espère que Mme Volzy reparaîtra sur l'horizon, le samedi 10 ou 11. Je serai à Paris longtemps avant, rappelé par l'imprimeur 2, sans quoi la vie de paysan me retiendrait bien un mois en Normandie, et, sans compliment, ce serait le samedi qui me semblerait le jour le plus incomplet.

Je suis avec tout le respect possible. Cte COTONET.

1. Mme Sartoris, la belle-mère de son ami de Mareste avait une villa à Honfleur; c'est chez elle que Beyle était invité.

2. Le Rouge et le Noir commençait ii. s'imprimer.


849

A VIEUSSEUX1

[22 Juillet 1830.]

Monsieur,

AVEZ-VOUS reçu dans le temps deux gros volumes sur Rome ? Je voudrais bien que M. Montani à qui je dois tant d'actions de grâces pour Armance, voulut en rendre compte dans l'Antologia. Je voudrais que M. Montani dise toute la vérté sans ménagements sur les Promenades. J'ai voulu dire comme étranger toute la vérité. J'aurais voulu la trouver dans quelque livre lorsque je me trouvai à Rome. Mille amitiés je vous prie, Monsieur, à MM. Montani, Micali, Capponi qui ont bien voulu avoir des bontés pour moi lorsque j'étais dans votre belle Florence.

Agréez avec bonté, Monsieur, les nouvelles assurances de ma plus parfaite considération.

H. BEYLE.

71 Richelieu.

1. M. Vieusseux, libraire, Florence.

Lettre publiée par lf. Benedetto, dans Il Marzocco. 4 décembre 1932.


Paris, le 22 juillet 1830.

Je vous enverrai en septembre un roman intitulé le Rouge et le Noir dont la prétention est de peindre la France telle qu'elle est en 1830.

850 1

A M. L.

Florence, 13 août 1830 2.

EYLE félicite M. L. d'avoir été témoin B et acteur des mémorables journées des 27, 28 et 29. « Vous ne sauriez croire dans quel état d'agitation sympathique les événements de Paris nous ont tenus tous pendant plusieurs jours. On eut dit Florence une ville française. » Maintenant il ne lui suffit pas de savoir l'ordre rétabli dans Paris, il attend avec anxiété la solution qui interviendra et qui rendra la paix à 'Europe.

VIENNET.

1. D'après le catalogue Charavay, mai 1906.

2. Stendhal était à Paris, nous en avons l'assurance, durant les journées de juillet et le mois d'août 1830.


851. A

A M. SUTTON SHARPE

A LONDRES

Paris, 15 Août 1830. 71, rue de Richelieu. VOTRE lettre, mon cher ami, m'a fait le plus grand plaisir. Je n'ai pas écrit une ligne depuis dix jours voilà mon excuse pour le retard de ma réponse.

Pour bien jouir du spectacle de cette grande Révolution, il faut flâner sur le boulevard. (A propos, il n'y a plus d'arbres à partir de la rue de Choiseul jusqu'à cet hôtel Saint-Phar, où nous avons logé quelques jours, en arrivant de Londres, en 1826 on les a coupés pour faire des barricades sur la chaussée du boulevard. Mais aussi les marchands ont été bien aises de s'en défaire. En Angleterre, n'avez-vous pas trouvé le secret de transplanter des arbres gros comme la cuisse ? Si vous rencontrez un homme au fait de ce détail, prenez des renseignements précis. Apportez-nous le moyen de rétablir notre boulevard).

Plus on s'éloigne de la grande semaine, comme dit M. de la Fayette, plus elle semble étonnante. C'est l'effet produit


par les statues colossales par le mont Blanc, qui est plus sublime, vu de la descente des Rousses, à vingt lieues de Genève, que vu de sa base.

Tout ce que les journaux vous ont dit à la louange du peuple est vrai. Le 1er août, les intrigants ont paru, ils gâtent un peu, mais très peu nos affaires. Le roi est excellent il a choisi deux mauvais conseillers, MM. Dupin, avocat, qui, le 27 juillet, après avoir lu les ordonnances de Charles X, déclara qu'il ne se regardait plus comme député et. Interrompu, je prends le parti de vous envoyer ce chiffon. Demain, je vous-écrirai de nouveau. Cent mille hommes se sont présentés pour la garde nationale de Paris. L'admirable La Fayette est l'ancre de notre liberté. Trois cent mille hommes de vingt-cinq ans feraient la guerre avec plaisir. Paris, défendu par l'enthousiasme actuel, ne céderait pas à deux cent mille Russes. Je vous griffonne ces faits grossiers on m'attend. Nous nous portons tous bien. Malheureusement Mérimée est à Madrid il n'a pas vu ce spectacle unique, sur cent hommes sans bas et sans veste, il y avait, le 28 juillet, un homme bien vêtu. La dernière canaille, a été héroïque et pleine de la plus noble générosité après la bataille.

P.-S. Bientôt une deuxième lettre.


852. c et A

AU COMTE MOLÉ,

MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES Paris, le 25 Août 1830.

M. BEYLE, pénétré de reconnaissance qu'on le trouve bon encore à

quelque chose, malgré ses 47 ans et ses 14 ans de service, expose qu'il est absolument sans fortune. Son père s'est ruiné à 73 ans.

M. Beyle désirerait une place de consul général à Naples, Gênes, Livourne, si quelqu'un de messieurs les consuls quitte l'Italie. Si le Consulat est trop au-dessus de ce qu'on paraît avoir la bonté de vouloir faire pour lui, il demanderait la place de premier secrétaire à Naples ou à Rome. Turin n'est pas encore l'Italie et le secrétaire à Florence doit être bien peu payé. J'ai l'honneur, etc.

BEYLE 1.

1. A la suite de cette lettre Beyle adressait au comte Molé cette note résumant ses états de service « M. Beyle a 14 ans de service. Il a été à Moscou, Vienne, Berlin. Il était auditeur su. Conseil d'Etat et Inspecteur général du mobilier et des bâtiments de la Couronne. « En 1813, il fut intendant à Sagan en Silésie. A Vienne, à Berlin, il avait été chargé par M.le comte Daru, son parent,


853. A

AU BARON DE MARESTE

Paris, le 19 Septembre 1830.

AVEZ-VOUS touché quelque argent ? Moi, j'ai cent francs le 1er octobre et cinq cents le 8, mais en attendant, je suis comme la cigale qui a chanté. Les apparences sont toujours superbes du côté du Confsulat]; la Russie nous arrête. Mme de T.1 est admirable pour moi; je lui devrai tout, tout simplement. MICHAL père.

de sa correspondance diplomatique. A Vienne, en 1809, M. Beyle tint la plume dans toute l'affaire de la Hongrie, la plus singulière de l'époque. n s'agissait de donner la Hongrie à un Archiduc.

« Pendant un séjour de dix ans en Italie, M. Beyle a connu la plupart des hommes qui vont avoir une importance politique, MM. Gino Capponi, Poezio, Monsignor Marini, etc, « M. Beyle peut écrire des dépêches en anglais et en italien. Il a fait plusieurs voyages en Angleterre et connaît le mécanisme de son gouvernement actuel. II serait heureux d'être employé sous les ordres de M. le comte Molé. » 1. M-- Victor de Tracy.


854. A

AU BARON DE MARESTE

Jeudi matin [23 Septembre 1830].

JE crois à peu près certain ou du moins extrêmement probable que Dominique a été nommé consul à Livourne.

Mais je suis comme saint Thomas, je voudrais voir l'ordonnance, je cours pour cela. Ne disons rien avant le Moniteur, excepté à l'excellent et l'obligeantissime Mallal.

855. A

AU BARON DE MARESTE

Paris, le 26 Septembre 1830.

CHER ami, mardi il y avait une ordonnance qui nommait Dominique, consul à Livourne. Probablement le crédit d'un M. de Formont l'a fait déchirer. Par ordonnance d'aujourd'hui1, 1. Ce n'est que le 5 octobre que le Ministère des Affaires Etrangères préviendra Chevaller, gérant du poste de Trieste, que Beyle était nommé consul dans cette ville en remplacement du comte de La Rue, partiolpant alors aux travaux de l'Ambassade do France à Vienne.


Dominique est nommé consul à Trieste, in mezzo ai barbari1. Par un reste de bonté, le Ministre a fait porter les appointements à quinze mille francs. Venez donc au café.

856. A

A M. SAINTE-BEUVE A PARIS Ce 29 Septembre 1830, 71, rue Richelieu. Monsieur,

ON m'assure à l'instant que je viens d'être nommé consul à Trieste. On dit la nature belle en ce pays. Les îles de l'Adriatique sont pittoresques. Je fais le premier acte de consulat en vous engageant à passer six mois ou un an dans la maison du consul. Vous seriez, Monsieur, aussi libre qu'à l'auberge nous ne nous verrions qu'à table. Vous seriez tout à vos inspirations poétiques. Agréez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

BEYLE.

1. Au milieu des Barbares,


857. A

AU COMTE MOLÉ,

MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES Paris, 13 Octobre 1830.

JE reçois la lettre par laquelle Votre Excellence veut bien me faire connaître que Sa Majesté a daigné me nommer consul à Trieste.

Je suis prêt à partir'.

Mon zèle serait augmenté, s'il était possible, par la reconnaissance que je dois au ministre qui a daigné faire valoir le souvenir déjà ancien de mes services au Conseil d'Etat et à l'armée.

Je suis avec respect, etc.

BEYLE.

71, rue de Richelieu,

Hôtel Valois.

1. Beyle ne partit que le 6 novembre suivant porteur d'une lettre du ministre, en date du 2 novembre, adressée à Chevalier, gérant du consulat, et lui disant « Je vous invite à remettre à M. Beyle, porteur de cette lettre et récemment nommé par S. M. au consulat de Trieste, la gestion qui vous avait été confiée par M. Delarue, »


858. A

A M. LEVAVASSEUR, ÉDITEUR, A PARIS

Paris, Novembre 1830.

EN vérité, Monsieur, je n'ai plus la tête à corriger des épreuves1.

Ayez la bonté de bien faire relire les cartons.

C'est avec le plus grand des regrets que je me prive du plaisir de dîner avec vous et avec M. Janin. Que j'aurais voulu avoir une plume pour adoucir la grossesse de Mathilde

Puisse ce roman être vendu, et vous dédommager des retards de l'auteur. Je croyais qu'il serait imprimé à deux feuilles par semaine, comme lrmance.

Je vous demande comme preuve d'amitié, Monsieur, de ne pas laisser vendre un exemplaire sans les cartons.

Veuillez envoyer les lettres à M. Colomb, 35, rue Godot-de-Mauroy.

Agréez tous mes regrets de ne plus vous revoir cette année, et tous mes 1. On achevait d'imprimer le Rouge et Ze Noir qui fut annoncé Je 15 novembre dans le Journal de la Librairie.


remerciements pour vos bons et aimables procédés. H. BEYLE. H. BEYLE.

Bien des compliments au puissant M. Courtep.n.1, aristarque du quai Malaquais.

859. A

AU BARON DE MARESTE

[Paris, 1830]

Je vous annonce que je viens de découvrir un grand et vrai poète, ce matin, pour 6 sous, au cabinet littéraire. C'est M. de Musset, Contes d'Espagne d'Italie cherchez pages 227 et 228, mais surtout Portia, pages 146 à 160.

.Mais il n'y croyait pas,

c'est ainsi que je corrige le dernier vers 2.

1. H. de Latouche qui habitait quai Malaquais, 19. 2. Les Conte8 d'Espagne et d'Italie avaient paru cette année-là chez Levasseur et Urbain Canel, 1830. Le dernier vers de Portia est celui-ci

Mais le pêcheur le tut, car il ne croyait pas.


8601

A M. DANIELE BERLINGHIERI2 Paris, 6 Novembre 1830.

Monsieur,

C'EST peut-être une grande témérité, à moi, pauvre et vieux, de vous avouer que je regarderais le bonheur de ma vie comme assuré si je pouvais obtenir la main de Mlle votre nièce. J'ai eu besoin d'être rassuré par elle. Mlle votre nièce m'a dit que votre amitié pour elle et votre bonté étaient si grandes, que, même en n'acceptant pas ma proposition, vous ne vous en moqueriez pas trop. Ma fortune à peu près unique est ma place j'ai quarante sept ans je sais trop pauvre pour m'occuper de la fortune de Mademoiselle. Quand je serais riche, je ne m'en occuperais pas davantage. Je 1. Lettre publiée dans l'Illustrazione Italiana du 22 mars 1891 et dans le Mercure de France du 1er octobre 1930. 2. Sur Berlinghieri voir la lettre du jeudi 28 juin 1827. Rappelons que l'histoire de ce mariage manqué de Beyle avec Giulia Rinieri, pupille de Berlinghieri, a été racontée par M. Ferdinand Boyer: Giulia ou le mariage manqué de Stendhal, Mercure de France du, 1" octobre 1930 et édition du Stendhal-Club, n° 29. M. L.-F. Benedetto dans son précieux volume Indiscrétions sur Giulia, Le Divan, 1934, a achevé d'éclairer cette curieuse aventure. On trouvera dans sa belle et Indispensable étude la réponse du Commaudeur Berlinghieri à la lettre de Stendhal.


regarde comme un miracle d'avoir pu être aimé à quarante sept ans.

Mademoiselle votre nièce ne voudrait pas pour tout au monde, Monsieur, être séparée de vous. Elle passerait six mois à Trieste avec moi et six mois avec vous. Je donne ma parole d'honneur de la ramener à Genève après les six premiers mois et de venir l'y rechercher six mois plus tard. Je signerai le contrat de mariage sans le lire si Mademoiselle a quelque chose, on pourrait le donner aux enfants qu'elle pourrait avoir. Par ce moyen, le mari serait hors de cause. Le mariage pourrait se faire à Varèse, près le Lac Majeur, le 1er mai 1831. Monsieur, j'ai parlé en honnête homme à un honnête homme. Je me séparerai six mois chaque année d'une personne qui voudrait passer sa vie auprès de vous.

Je suis avec le plus profond respect H. BEYLE.



TABLE

DU SIXIÈME VOLUME

715. A MADAME DEMBOSKI (3 janvier 1821) 7 716. A SIR WALTER ScoTT (18 février 1821) 8 717. Au BARON DE MARESTE (23 février 718. 1821). 10

718. (27 mars 1821). 13 719. (1er avril 1821). 14 720. (2 avril 1821). 17 721. (14 avril 1821). 18 722. (7 mai 1821). 19 723. A M. Bois.(18 mai 1821) 22 724. Au BARON DE MARESTE (6 juin 1821) 23 725. Au RÉDACTEUR DE L'Examiner (18 novembre 1821) 26

726. A MONSIEUR ADRIEN EGRON (23 novembre 1821) 30

727. A M. MIRA (décembre 1821) 31 728. A Mme (28 juin 1822). 31 729. A M. FAURIEL (7 juillet 1822) 32 730. A M. VAN PRAET (4 septembre 1822) 34 731. A hi. SuTTON SHARPE (4 décembre 1822) 36

732. Au BARON DE MARESTE (1822). 39 733. A M. ROMAIN COLOMB (26 janvier 1823) 40

734. A BUCHON (1er mai 1823). 41 735. Au BARON DE MARESTE (3 mai 1823) 42 736. A VIEUSSEUX (11 mai 1823). 45 737. A LORD NOEL BYRON (23 juin 1823). 46 738. A Mlle BATIIILDE CURIAL (ier août 1823) 51


739. A ALBERT STAPFER (8 août 1823). 54 740. A Louis DE POTTER (octobre 1823). 57 741. A Mme (5 décembre 1823). 58 742. A M. (1823). 61 743. A M. Mira (1824). 62 744. Au BARON DE MARESTE (13 janvier 1824) 63

745. (23 janvier 1824) 67 746. A Louis DE POTTER (24 janvier 1824) 68 747. Au BARON DE MARESTE (26 avril 1824) 70 748. A ANTONio BENCI (3 mai 1824). 72 749. A Mme CURIAL (18 mai 1824). 76 750. (1824). 77 751. (1824) 79 752. (1824). 80 753. A Mme. (16 juin 1824). 82 754. A Mme CURIAL (24 juin 1824). 83 755. (1824). 85 756. Au BARON DE MARESTE (juillet 1824) 87 757. (8 août 1824).. 89 758. (17 août 1824). 91 759. (Août 1824). 92 760. (20 août 1824).. 94 761. AVIS Aux TÊTES LÉGÈRES (10 octobre 1824) 97

762. Au BARON DE MARESTE (15 octobre 1824) 104

763. (octobre 1824).. 106 764. A M. DuBois (3 novembre 1824). 108 765. A Mme LOUISE Sw. BELLOC (1824).. 111 766. Au BARON DE MARESTE (17 décembre 1824) 119

767. A MM. LES MEMBRES DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE (1824). 120 768. A SA SŒUR PAULINE (20 mars 1824). 121 769. A MIGNET (31 mars 1825). 123 770. A M. X. (avril 1825). 126 771. A M. (1825). 129 772. A MM. DUPONT ET RORET (10 mai 1825) 130


773. Au BARON DE MARESTE (13 juillet 1825) 131

774. (21 août 1825). 133 775. A Mme PASTA (21 août 1835). 134 776. A Mme SARAH AUSTIN (10 septembre 1925) 138

777. A M. MIRA (23 octobre 1825). 144 778. Au BARON DE MARESTE (10 novembre 1825) 145

779. A M. CERCLET (30 novembre 1825). 146 780. Au BARON DE MARESTE (1825). 149 781. A M. H. DE LATOUCHE (1825). 150 782. A VICTOR JACQUEMONT (24 décembre 1825) 152

783. A M. RENOUARD (3 janvier 1826). 153 784. A Mme JULES GAULTHIER (janvier 1826) 154

785. Au BARON DE MARESTE (23 février 1826) 155

786. (8 juin 1826). 156 787. (1826). 157 788. (1826) 158 789. A M. SUTTON SHARPE (juillet 1826). 159 790. A Mme JULES GAULTHIER (15 septembre 1826) 160

791. Au BARON DE MARESTE (23 octobre 1826) 162

792. A M. SUTTON SHARPE (5 décembre 1826) 164

793 (11 décembre 1826) 172

794. A M. PROSPER MÉRIMÉE (23 décembre 1826) 174

795. A Mlle SOPHIE DUVAUCEL (1827). 180 796. A M. SUTTON SHARPE (7 février 1827) 181 797. (9 février 1827) 184 798. (22 février 1827) 186 799. 8 mars 1827).. 189 800. (9 mars 1827). 192 801. A M. ARTAUD (mars 1827). 195


802. A M. V. DE LA PELOUZE (20 mars 1827) 197 803. A M. SUTTON SHARPE (30 avril 1827) 198 804. (juin 1827). 206 805. A M. DANIELE BERLINGHIERI (28 juin 1827) 208

806. A Mlle SOPHIE DUVAUCEL (1827). 209 807. A M. SUTTON SHARPE (2 juillet 1827). 212 808. (11 juillet 1827) 216 809. A M. URBAIN CANEL (17 juillet 1827) 222 810. A M. SUTTON SHARPE (14 août 1827). 223 811. Au BARON DE MARESTE ET A ROMAIN COLOMB (19 novembre 1827). 226 812. A M. VIEUSSEUX (22 décembre 1827) 233 813. A ALPHONSE GONSSOLIN (17 janvier 1828) 234

814. A M. SUTTON SHARPE (23 mars 1828). 238 815. Au GÉNÉRAL DECAUX (3 juillet 1828) 243 816. Au BARON DE MARESTE (6 juillet 1828) 246 817. Au DIRECTEUR DE LA REVUE TRIMESTRIELLE (18 juillet 1828). 247 818. A Mme JULES GAULTHIER (6 août 1828) 248

819. A M. SUTTON SHARPE (14 août 1828) 250 820. A M. BOULLAND (22 août 1828). 254 821. A M. TASTU (24 septembre 1828).. 255 822. A M. VIOLLET-LE-DUC (17 novembre 1828) 256

823. A M. PROSPER MÉRIMÉE (26 décembre 1828) 257

824. A Mme JULES GAULTHIER (1829) 260 825. (janvier 1829) 261 826. A ALPHONSE GONSSOLIN (10 février 1829) 265

827. Au BARON DE MARESTE (17 février 1829) 266

828. (7 mars 1829).. 269 829. (10 mars 1829). 270 830. A M. SUTTON SHARPE (3 avril 1829). 272 831. Au BARON DE MARESTE (5 mars 1829) 274 832. A M. DE PASTORET (1829). 275 833. A M. DACIER (5 juin 1829). 277


834. Au MINISTRE DE L'INTÉRIEUR (24 835. A M. DAVID D'ANGERS juin 1829) 278

835. A M. DAVID D'ANGERS (24 juillet 1829) 281 836. A Mme VIRGINIE ANCELOT (1829). 281 837. A M. SUTTON SHARPE (10 janvier 1830) 282 838. A Mlle SOPHIE DUVAUCEL (janvier 1830) 288

839. A EUGÈNE GUINOT (janvier 1830). 290 840. A Mme O'REILLY (19 février 1830). 291 841. A Mme JULES GAULTHIER (1er mars 1830) 292

842. A Mlle SOPHIE DUVAUCEL (7 mars 1830) 293

843. (mars 1830) 295 844. (23 mars 1830) 297

845. A M. SAINTE-BEUVE (26 mars 1830). 300 846. A Mlle SOPHIE DUVAUCEL (mars 1830) 302 847. A Mme JuLES GAULTHIER (16 mai 1830) 303

848. A Mlle SOPHIE DUVAUCEL (2 juillet 1830) 305

849. A VIEUSSEUX (22 juillet 1830) 307 850. A M. L. (13 août 1830). 308 851. A M. SUTTON SHARPE (15 août 1830) 309 852. Au COMTE MOLÉ (25 août 1830). 311 853. Au BARON DE MARESTE (19 septembre 1930) 312

854. (23 septembre 1830) 313

855. (26 septembre 1830) 313

856. A M. SAINTE-BEUVE (29 septembre 1830) 314

857. Au COMTE MOLÉ (13 octobre 1830) 315 858. A M. LEVAVASSEUR (novembre 1830) 316 859. Au BARON DE MARESTE (1830) 317 860. A M. DANIELE BERLIN GHIERI (6 110vembre 1830) 318.



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