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Titre : Correspondance. 5 / Stendhal ; [établissement du texte et préface par Henri Martineau]

Auteur : Stendhal (1783-1842). Auteur du texte

Éditeur : Le divan (Paris)

Date d'édition : 1933-1934

Contributeur : Martineau, Henri (1882-1958). Éditeur scientifique

Sujet : Stendhal (1783-1842) -- Correspondance

Type : monographie imprimée

Langue : français

Langue : français

Format : 10 vol. ; 15 cm

Description : Collection : Le livre du divan

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k6875m

Source : Bibliothèque nationale de France

Notice d'ensemble : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb421257234

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb372447848

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 15/10/2007

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CORRESPONDANCE (1816-1820)

LE LIVRE DU DIVAN

STENDHAL

V

ÉTABLISSEMENT DU TEXTE ET PRÉFACE PAR

HENRI MARTINEAU

PARIS

LE DIVAN

37, Rue Bonaparte, 37

MCMXXXIV


CORRESPONDANCE. V 1


CORRESPONDANCE v


CORRESPONDANCE (1816-1820)

37, Rue Bonaparte, 37 MOMXXXIV

STENDHAL

v

D

PARIS

LE DIVAN


612. G

A LOUIS CROZET

Lyon, 20 octobre 18161.

COMMENT peux-tu douter de ma vive reconnaissance et quel besoin astu que Félix 2 te dise que je me loue de toi ? Toutes les lettres que je reçois de Grenoble sont toujours pleines de duretés. Je les mets à part pour ne les ouvrir que le soir, et cependant elles m'empoisonnent encore un jour ou deux. Lés tiennes seules me sont une fête. La fête a été double ce matin en voyant arriver deux lettres. Mais un accès de nerfs par excès d'attention pour Michel-Ange me force à sauter la moitié de mes idées. Je vais chercher partout quelqu'un .qui ait des connaissances à Rome. Cela m'est difficile, car aucun de mes amis n'a de ces sortes de relations. Je n'épargnerai rien, sois en sûr. On dit que Dominique y va bientôt. Si malheureusement l'affaire 1. Beyle était alors à Milan.

2. Félix Faure.


n'est pas faite à cette époque, il courra lui-même.

Demain, escorté d'un graveur de mes amis, je prendrai les estampes que je connais fort bien.

J'ai été content de la lettre. Charmante prétention est du vrai bon ton. D'ailleurs c'est une espèce d'article qui fait connaître combien de belles choses il y a là-dedans. En un mot very well.

Le hasard qui tamen sero me respexit inertem, m'a jeté dans ce qu'il y a de mieux parmi les Anglais voyageurs, dix pages à écrire, mais les nerfs. Conclusion pendant leurs vingt ans d'exil du Continent, leur raison a fait des pas de géant. Mange un- plat de moins pour être à même de lire quelques numéros de l'Edinburgh-Review rédigée par MM. Jeffrie, Smith, Brougham, Mackintosh, Alison, et tout ce qu'il y a de mieux. J'y ai retrouvé beaucoup de mes pensées nouvelles, raison de plus for the Comedy. Chaque de 280 pages serrées coûte à Londres 7 fr. 20 centimes (6 shillings). Quatre nos par an ou 28 fr. 80. Commencé en 1802.Quatorze mille abonnés. J'ai dîné avec un joli et charmant jeune homme, figure de dix-huit ans, quoiqu'il en ait vingt-huit, profil d'un ange, l'air le plus doux. C'est l'original de


Lovelace ou plutôt mille fois mieux que le bavard Lovelace. Quand il entre dans un salon anglais, toutes les femmes sortent à l'instant. C'est le plus grand poète vivant, lord Byron. L'Edinburgh-Review, son ennemi' capital, contre lequel il a fait une satire atroce', dit que, depuis Shakspeare, l'Angleterre n'a rien eu de si grand pour la peinture des passions. J'ai lu cela. Il a passé trois ans en Grèce. La Grèce est pour lui comme. l'Italie pour Dominique. Hors dé là, il fait des vers qui, de retour en Grèce, lui semblent p!ats. Il y retourne. L'enthousiasme de ces Anglais pour Milan est incroyable et passe toutes les bornes, comme leur mépris for. En un mot n'achète plus aucun livre que l'Ed[inburgh] Rev[iew].

Lis lè voyage en Angleterre de M. Siméon de Lyon, 2 vol. 18 fr. extrait par Hoffmann. La Revue Britannique n'est qu'une plate traduction de l'Ed[inburgh]-Review. Le libraire Masson, Bossange et Cie importe des livres français en Angleterre. Si quand tu auras des relations avec Renouard tu te souvenais de lui dire d'envoyer 5 ex. à MM. Jeffrie, Brougham, Mackintosh (qui va publier une excellente Histoire d'Angleterre de 1688 à 1789), Smith et Alison. Le libraire de l'Ed. Rev. 1. English Bards and Scotch Reviewers (1809).


est Longmann à Londres. On remettrait les cinq exemplaires à Longmann en écrivant les noms de ces- MM. sur le tilre, ainsi to M. Smith 1. Edinburg.

C'est là le grand jury de la littérature et du bon sens. Heureux qui trouve grâce devant eux Ils sont excellents pour la littérature allemande qu'ils méprisent autant que moi. Le talent de comiker leur manque. Idem pour l'opus.

L. de Firmin 2 t'a écrit de Paris le 26 septembre ses raisons pour ne pas passer aux 3e, 4e, 5e et 6e. Accuse réception of this ef fusion. Tu seras assommé par ces paquets à ton arrivée à M[ens]. Prie la charmante P[raxède] de ne pas me voler tout à fait ton cœur. J'ai perdu les 4/5 de celui de Happy by his wife.

Je te remercie de tes nouvelles d'élection. Développe ton projet d'aristocratie qui me semble bon avec une aussi plate nation Quelle bêtise générale partout Michel aura 180 pages de manuscrit, id est 127 pages- imprimées.- J'en suis à 104. Tout est copié. Je corrige, mais le mal de nerfs est venu hier au lieu de 1. Five ex. to MM. Smith, Brougham, Alison, Macklntosh, Jeffrie, Brougham à Londres. Les quatre autres à Edimbourg. Le nom sur le titre. (Note de Beyle). 2. C'est ainsi en effet que Beyle a signé sa lettre du 30 eeptembre précèdent.


travailler, quatre heures sur mon lit'. Pas .une note. Cependant ne crois pas si peu utiles les notes, cela accroche les sots, les benêts, les gens qui ne comprennent pas le texte. D'autres fois la chose difficile est jetée en note. J'avais le projet de n'en point faire, j'ai vu fair island 2, Happy3, Mich4., Alex[andre], my brother-in-law5, qui sont bien loin d'être sots, et j'ai fait les notes. Tu n'as pas d'idée combien nous sommes en arrière pour les arts et d'une présomption si comique. La présomption rend les trois quarts de nos livres ridicules d l'étranger. Si jamais tu écris, songe à lire l'Edinburgh-Review, pour voir le ton des autres nations. Ce pauvre Travel si la médecine qu'on lui donne ne le guérit pas, il est mort. On attend-l'effet. (Sa femme pleure). 1. En marge d'une lettre de Crozet reçue le 19 octobre Beyle écrivait « Je te prouve ma vive reconnaissance en suivant tes avis. Je fais Michel-Ange au lieu de l'appendice. Mais l'attention profonde m'a sur le champ redonné des nerfs. Quand je ne travaille pas, je me porte bien. J'en suis à la page 104 de Michel. Tout est copié, je n'ai qu'à corriger. Pas une seule note excentrique. »

2. Louis Pépin de Bélisle.

3. Beyle,dans son journal et sa correspondance, désigne souvent Félix Faure sous le nom de Happy, traduction anglaise de son prénom latin. Voir à ce sujet la lettre du 23 mars 1817.

4. Mich. désigne peut-être ici Michel, le second frère de Félix Faure H. Beyle en parle dans la Vie de Henri Brulard, édit. du Divan, t. II, p. 198. 5. Mon beau-frère, Alexandre Mallein.


Winckelmann, c'est Mlle Emilie1 racontant l'histoire d'Héloïse et d'Abélard. Je ne suis pas en train de relever cet admirable ridicule. Il y aurait de la prétention. Tous les gens à sensiblerie citent Winckelmann dans vingt ans, si l'opus réussit, on citera l'opus.

Religion. Pour n'être pas un enfonceur de portes ouvertes, Dominique voulait respecter la religion. Il avait déjd fait un morceau là-dessus. Mais il a étudié l'histoire, il a cru que la seule législation du xve siècle en Italie était l'Enfer et que Michel-Ange avait été forcé à être peintre juré de l'inquisition. Forcé, poussé par l'histoire (Pignotti, Machiavel, Varchi, Guichardin, etc., etc.) il a été forcé de mal parler dans la vie de M. 2 il a jeté au feu hier sept à huit feuilles atroces. Il craint encore que tu n'en trouves trop. Mais on ne se doute pas de cela à Paris. Il faut bien faire entrer cette idée. Au reste, la nouvelle Chambre, au moyen de deux voix et de quatre places par député, sera probablement modérée, et l'on aura en janvier d'autres chiens à fouetter. 1. Quelle est cette demoiselle Émilie ? Serait-ce la plus jeune des trois demoiselles Rongier La Bergerie ? Ou cette Émilie dont Beyle parle dans son Journal à la date du 4 avril 1813 ?

2. Michel-Ange.


Comment rendre discrètes les shepherderies1 et Fair island ? Si tu le peux, fais-le. Si tu trouves réellement basse, plate, la dédicace 2, pouvant faire rougir Dominique en 1826, supprime-la. Il m'a consulté, je ne la trouve pas plate. Item, primo panem, deinde philosophari. Avec 12.000 fr. par an et Cularo 3 je serai le plus malheureux des êtres, avec 4 ou 6 ici, very happy 4.

Titres d gauche:

C'est bien commode. Rien n'engage plus vivement l'attention. Je viens encore de l'éprouver pour le voyage de M. Siméon en Angleterre. Cependant si le Bossu 5 ne peut pas s'en tirer, supprimons. Tous les livres nouveaux sont comme cela. Il est étonnant qu'un prote n'ait pas assez d'intelligence pour cela.

Notes

Supprime, tu as tout pouvoir. Cependant l'état présent répond à l'objection 1. Mot forgé par Beyle, de shepherd, berger (bergerie). Il s'agit des Rougier de la Bergerie.

2. La dédicace à Alexandre Ier. Voir plus haut lettre du 28 septembre 1816.

3. A Grenoble.

4. Très heureux.

5. Ce sobriquet qui revient souvent au sujet de l'impression de l'Histoire de la Peinture désigne l'imprimeur luimême ou un commis de chez Firmin-Didot.


pour quoi le Beau moderne est-il plus loin de paraître là qu'ailleurs ?. Surtout pourquoi. tant d'estime pour la force et en France tant de mépris ?

On trouve ces pourquoi huit jours après la lecture. Pour imiter Montesquieu, je les ai supprimés. De même dans MichelAnge. Les Charles Nodier diront que font ces discussions religieuses ? Un chêne superbe et tortu à cause d'un gros rocher qui s'appuyait sur sa tige, mais quoique tortu on peut voir qu'il eût surpassé de bien loin le chêne Raphaël qui aujourd'hui et avec raison est bien plus estimé. Je t'ai peut-être déjà donné cette excuse. Je ne garde nulle mémoire des lettres, de là le rabâchage.

Tu as raison pour la beauté antique féminine. Je n'avais pas de marbres ici, je l'étudierai à R[omeJ. Speak not of lhisl projet. On m'ennuie assez. J'ai cherché en vain pendant un quart d'heure le chap. 87 pour voir si tu as raison. Je n'ai pu le trouver.

Schlegel

Tu me fais grand plaisir de me dire que tu m'as ôté du danger de paraître dans le régiment de ce La Harpe. C'est un petit 1. Ne parle pas de ce projet.


pédant sec, confit de vanité allemande, mais fort savant. Il sera tympanisé à fond dans l'Ed[inburg]-Rev[iem]. Là se trouve la vraie théorie romantique. En Angleterre son triomphe est déjà vieux. Ils sont étonnés de retrouver cette vieille bêtise d'imitation de moyens el non de but sur le continent. En France on battra Schlegel et l'on croira avoir battu le Romantisme. Ce qu'il y a de bon c'est ta profonde ignorance des Français. C'est le comble du ridicule. Cinquante Pairs en Angleterre. savent le grec comme je sais l'italien. C'est que la Société ne leur prend pas tout leur temps, comme à vous, Messieurs. As-tu mis que Schlegel voudrait couper le cou à la littérature française ? Tâche de mettre cela. Cela est intelligible à Ouhehihé. De même.: l'italien n'est que de l'allemand corrompu.

Je te demande bien pardon de t'avoir fait recopier ce long chap[itre]. Quand tu en auras le temps à Mens critique un peu le style. Plus ce qu'on dit est grand et difficile, or les arts sont plus difficiles encore que la -politique pour des français, plus donc on est difficile par le fond plus il. faut être simple et sans prétention dans le style. Ne sommes-nous pas d'accord là-dessus ? Il me semble qu'une lettre fait toujours un bon chapitre dans un sujet difficile,


P. S. Mets une enveloppe bien épaisse aux feuilles imprimées. N'y ajoute aucune lettre de ta main.

J'attends avec impatience deux choses 1° les feuilles, 2° les critiques marginales ou autrement.

Je t'envoie deux mauvaises gravures pour te faire prendre patience. Cela formera toujours le goût de P[raxède]. Par la liaison des idées tout ce que tu lui diras sera sublime, belle occasion pour faire digérer Tracy. Fais un catéchisme par demandes et réponses.

Titres

613. G

A LOUIS CROZET 1

Lyon, 21 octobre 1816 2.

SAIS-TU que l'ouvrage perdra infiniment s'il n'y a pas de titres à gauche. Pour fair island, le père Martin 3, etc., etc., le sujet est intéressant, 1. M. le chevalier Louis Crozet, chez M. Payan l'aîné, à Mens, par Vizille, Isère.

2. Beyle était alors à Milan.

3. Peut-être s'agit-il ici de Jean Martin, cet entrepreneur des ouvrages du Roi qui, en 1767, avait épousé Marie-Rosé Beyle, sœur de Chérubin, et qui était le père de cette Joséphine de Longueville dont Beyle parle souvent à sa sœur Pauline.


mais la manière fatigante, désagréable. Ils fermeront le livre puis, poussés par la curiosité, le rouvriront et parcourront les titres à gauche. S'il en est temps encore, le moyen est bien simple, diminue de moitié les titres à gauche.

Ils sont trente, je suppose, n'en mets que dix. Les annonces les plus générales, .alors quelque borné que soit le prote, il les placera. Il y aura quelques bévues ? Hé bien, j'aime mieux deux ou trois' bévues et avoir ces titres qui. excitent l'attention, facilitent les recherches, etc. Je viens d'en sentir tout l'agrément dans le Voyage en Angleterre, de M. Siméon. Donc, s'il en est temps, etc.

Epigraphe du second volume, sur le titre To the happy few 1.

Si tu en as le temps tiens une liste des changements, suppressions, variations. Je rabache cela parce que les lettres peuvent se perdre.

J'ai couru de deux à six pour la dispense. Jusqu'ici néant. Ils disent tous qu'ils s'adressent à leur agent à Rome quand ils ont de ces affaires. Ton ami y sera dans trois semaines. Je ne renonce point à trouver quelqu'un. Compte sur mon envie de te rendre ce que tu fais pour moi. 1. Pour quelques heureux.


Le collier coûte 92 francs. Au dessous un collier de cinquante francs était trop laid. Un collier de 7 pièces coûtant 220 fr. n'eût pas été apprécié en France. La petite madonne de 22 lignes coûte 24 francs, mauvaise 15 francs. Je puis te l'envoyer par lettre. J'aimerais mieux t'envoyer par la diligence avec Michel la madone alla seggiola par Morghen 30 fr. Donne la décision.

Quand j'aurai fini tu factureras le remboursement à M. Barthelon et prendras une lettre de change sur la maison Robert. Us font des affaires ensemble, rien de plus simple.

Pour que mes feuilles ne courent aucun risque, ne m'envoie qu'une ou deux feuilles à la fois. Tu n'as qu'à faire deux ou trois enveloppes avec du papier opaque. Je ne te renvoie pas la lettre du Bossu que j'ai déchirée. Mets la lettre de Mme Périer1 à la poste. Ou bien monte-lui la tête en lui interceptant la moitié de ses lettres. Mes respects à Mme Prax[ède]. Prie-la de ne pas me voler tout ton cœur.

DUBOIS DU BÉE.

1. Sa sœur Pauline.


614. G

A LOUIS CROZET

Versailles, le 5 novembre [1816] 1.

SUIVANT le désir de ton cousin j'ai fait copier sa dissertation et vérifier. Elle est bonne. Il remportera le prix.

J'ai gardé une copie absolument semblable. Il y a une lacune de deux cahiers de 41 à 81, que tu recevras incessamment. Si tu approuves tu passeras à Pierre. Ecris à la marge les observations et renvoie-moi ces cahiers, si les observations empêchent le passage au Bossu. Sinon, en me citant la ligne, je copierai tes observations sur ma copie. Letellier m'appelle. Adieu. On a reçu intacte ton épître. Tu pourrais lancer l'autre conservée dans tes archives 2. Rien de plus tranquille et de plus heureux que ce pays. J'espère que la bonne loi adoptée malgré Le Voyer et les autres Jacobins va vous donner la tranquillité.

1. Beyle était à Milan à cette date.

2. Il doit s'agir des réponses à Oarpani conftées par Beyle à Crozet.- Voir la lettre au Constitutionnel du 26 septembre 1816.


Je ne partage nullement ton avis sur les de. Réponse incessamment. Vivendum est, et il faut te distraire. Attaque donc ces trois cahiers. Cent pages 1 ot Haydn. Il manque net deux cahiers de la page 21 à la page 61. Le cahier d'écriture différente est une mauvaise copie qui peut donner une idée de ce qui manque.. Ori enverra les deux et troisième cahiers. Il y a ici le 1, le 4, le 5.

For me Vivendum est.

Pour toi Il faut te distraire et ne pas devenir haïssant.

615. G

A LOUIS CROZET 2

(Livourne), le 15 novembre 1816 3.

AUCUN de mes amis n'a avec Rome des relations autres qu'officielles. J'ai frappé à toutes les portes, mais la sage politique de Joseph II qui 1. Déchirure du papier..

2. M. le chevalier Louis Crozet, ingénieur des Ponts et Chaussées, chez M. Payan l'aîné, à Mens, département de l'Isère.

3. Beyle était probablement à Milan à cette date.. Du reste l'indication de lieu entre parenthèses (la parenthèse est de Beyle lui-même), est une présomption que le lieu est de fantaisie.


règne encore a prohibé toutes les relations autres qu'officielles. Je serai à Roine dans vingt jours. Au moment de partir, dés affaires retiennent mes amis.

Je n'ai pas voulu t'assassiner de lettres. Tu as autre chose à faire. La dernière que j'ai reçue de toi est celle de Mâcon. Au moins'la moitié des lettres sont jetées au feu.

Le trop d'attention pour Michel m'a donné des nerfs si forts, que, depuis dix jours, je n'ai presque rien pu faire. J'ai là devant moi ledit Michel, copié en 192 pages. En deux jours de santé, je donne le dernier poli et j'envoie.

Il y aura quatre lacunes pour des descriptions qui doivent être faites par celui qui décrit et qui a vu ce grand homme sous un jour nouveau. Ce que les auteurs vulgaires blâment comme dur, je le loue comme contribuant à faire peur aux chrétiens cette peur salutaire qui conduit en paradis fut le grand but de MichelAnge.

Tu es probablement très heureux pour le cœur, figure-toi que je suis le contraire uniquement à cause de Cularo. Que faire ? Je suis forcé de contempler le laid moral. Je voudrais ne pas avoir si fort raison contre l'homme1 qui abuse du droit du 1. Son père.


plus fort. Si le bâtard n'avait rien, je prendrais un parti vigoureux, probablement professeur en Russie. But he has seventy years 1, de là l'Enfer pour M. Mozart 2.

Tiens note des changements que tu fais pour pouvoir donner un errata; Le Bossu te donnera trois copies du testament. Arrange une de ces copies en forme de lettres avec une enveloppe et fais remettre ce paquet à M. Robert qui passera les Alpes dans 15 jours. Cet homme obligeant habite près le pont de Claix dans un domaine nommé l'Ile. Mme sa mère habite à Grenoble, visà-vis la rue Bayard, on entre par la rue Perollerie, je crois. Fais remettre le paquet à l'une ou l'autre de ces adresses. Faure connaît fort bien les deux logements. On a bien d'autres chiens à fouetter, on laissera tranquille un homme qui raisonne' obscurément sur les arts. La religion est la cause unique du dur et du laid que les sots reprennent dans Michel- Ange. Laisse le plus que tu pourras'le développement de ce ressort secret. Mets des points quant tu supprimeras. En 'un mot, M. le chimiste, cette espèce d'écume qu'on nomme beaux-arts est le produit 1. Mais il a soixante-dix ans.

2, Beyle lui-même.


nécessaire d'une certaine fermentation. Pour faire connaître l'écume, il faut faire voir la nature de la fermentation.

J'ai lu les vieilles histoires eh originaux, j'ai été frappé de l'ignorance où nous sommes sur le Moyen-Age et de la profonde stupidité et légèreté des soi-disants historiens. Prends pour maxime de ne lire que les originaux et que les historiens contemporains.

Pour me rafraîchir le sang, donne-moi quelques détails sur ton bonheur. Je rabâche le conseil de mettre Tracy en catéchisme. Cela manque. Quel bon cours d'éducation pour la nation que les élections de septembre 1816 tout le monde veut prouver. Cela fera tomber la plaisanterie bête, tant mieux, il n'y aura plus de plaisants que les bons plaisants. On va sentir le besoin d'un catéchisme apprenant à prouver à son adversaire..Quatre volumes font peur et non pas cent pages de demandes et de réponses avec un peu de sel ironique.

Les quatre lacunes sont tout à fait vers la fin de Michel-Ange, dans les trois dernières feuilles. Quatre jours après l'arrivée de Dominique à R[ome] il expédiera ce bavardage à Mens, vers le huit ou dix décembre. Afin que ta prophétie soit accomplie, il y aura probablement inter-


ruption dans les travaux du Bossu. Mais' les nerfs m'arrêtent depuis dix jours et des gens aimables que j'attends depuis deux mois n'ont pas le caractère de partir. Envoie-moi toujours une des copies par la poste, sans une ligne of your hand, and with1 épaisse enveloppe.

Présente mes respects à Madame Praxède et prie-la de ne pas me voler tout ton coeur.

GRITIVAUX.

Je décachète

M. Robert est allé à Paris, on croit qu'il passera à sa terre de l'Ile pour embrasser sa famille. C'est là qu'il faudrait faire remettre la lettre. Il sera à l'Ile vers le 25 novembre.

Je n'ai rien reçu depuis Mâcon, aujourd'hui 18 novembre. Tu as autre chose à faire, je ne te dis cela qu'au cas que tu eusses écrit.

Si tu as huit feuilles il faut employer la diligence de Charvet, rue Perollerie, dans une boîte.

1. De ta main, et avec.


616. G

A LOUIS CROZET

Milan, le 26 décembre 1816 1.

TA lettre du 28 novembre, que je reçois à l'instant, m'a fait le plus T vif plaisir, au milieu de l'isolement moral où je me trouve. Remember the jealousy of Fairisland2 quand nous lui fîmes entendre que tu avais une tragédie reçue aux Français. The bad procédés of the inhabitanls of Cularo viennent en grande partie du même motif. You must say nothing of the changement of place of your friend Dominique who is in R. from the 13 of décember. Nolhing of that to nobody 4. Autrement pourquoi être juste envers cet original qui est peut-être plus amusé que moi.

N'oublie pas cette remarque. Elle me prive of giving to yau mille détails pittoresques qui auraient peut-être amusé 1. Beyle était à Rome le 26 décembre, le contexte de la lettre est assez clair.

2. souviens-toi de la jalousie de Bélisle.

8. Les mauvais procédés des habitants de Grenoble. 4. Ne dis rien du déplacement de ton ami Dominique qui est à Rome depuis le 13 décembre. Rien de cela à personne. 5. De te donner.


l'aimable Mme Prax[ède]. Je lui aurais parlé de l'église de Ste Prax[ède], une des plus belles de (Milan) et où l'on montre la pierre sur laquelle reposait Mlle Prax[ède] la sainte. Rien de plus sublime que les objets d'art. Rien de plus dégoûtant que la morale. Je marche constamment de huit heures du matin à 4; à pied et pour cause. Je suis si harassé que-je m'endors à 6 heures jusqu'à 8 le lendemain. Du reste, pas d'attaques de nerfs depuis onze jours que mon extrême curiosité me fait courir. L'économie m'a jeté dans une petite auberge où il n'y a pas même de plume 2. Je ne te noterai donc pas la centième partie des idées que m'a données ta lettre. Ecris-moi pour ta dispense. J'ai des facilités. La moitié des lettres se perdent. Tourmente le Razand pour écrire. Je suis désolé que l'affaire de l'Ecole ait manqué. Je te félicite de ce que tu ne veux pas te réduire au triste métier de gardecon pour le reste de ta vie. Tu veux élever jusqu'à toi les gens que tu aimes. Le séjour dans la rue Vaugirard vis-à-vis le Luxembourg aurait puissamment favorisé cette idée. Je reviens au conseil de faire le catéchisme 1. L'église Sainte-Praxède est à Rome, où Beyle se trouvait en réalité.

2. Ce ne devait donc pas être l'albergo della Jacinta, comme avait pensé M. P.-P, Trompeo.


de Tracy, car je ne puis me guérir de la manie de conseiller les gens que j'aime. L'inconvénient dont tu me parlés est horrible. Tu recevras par le courrier suivant la lettre à D.

Farcis Michel-Ange, que tu auras reçu le 14 décembre, de notes pieuses et révérencieuses. Tâche de ne pas supprimer de vers, car dans mon illusion, il me semble que tout se tient dans ce poème. MichelAnge, sous la douce religion de la Grèce, eût été Phidias. Tu recevras dans trois jours, ce qui manque à Michel-Ange. Je n'ai pas eu le temps de polir vingt pages de détails à la fin de M[ichel]. Efface les détails ridicules par leur peu d'importance. J'aurais eu besoin de laisser dormir deux mois et de revoir ensuite. A l'histoire de Saint-Pierre, après ces mots le signe d'aucune religion n'a jamais été si près du ciel, il y a une longue note sur les temples de l'Inde. Cela n'est pas exact mets seulement pour toute note ces mots (1) en Europe.

Avant cette cruelle révolution qui a tout bouleversé, en France, on mettait le nom d'une ville étrangère aux books 1 tolérés. Comme une sage imitation doit toujours conduire l'autorité, je propose de

1. Livres.


faire faire un nouveau titre au poème des arts. Mettre par M. Jules-Onuphre Làni 1, de Nice, et pour lieu d'impression, Bruxelles ou Edimbourg. Car, si l'on connaît Dominique, cela incendie son rendez-vous, ce qui piquerait fort ce jeune homme amoureux. Ensuite dès que l'opération de cet infâme monstre d'incorrection, Le Bossu, aura produit mille, je te prie instamment de lui ordonner d'envoyer huit cents à Bruxelles, dormir en paix et à l'abri de M. Le Bon, huissier à verge. On fera cadeau de soixante ou quatre-vingts on ne mettra en vente que dix jours après les cadeaux. Par ce moyen l'opinion publique sera dirigée en quelque sorte par les quatre-vingts gens d'esprit que Seyssins aura gratifiés et dont je lui laisse le choix. Je lui ai envoyé jadis une liste qui pourra le guider. Il faut y ajouter, madame Saussure, née Necker, à Genève M. de Bonstetten, à Genève à Paris, Mme la comtesse Sainte-Aulaire, M. le comte Français de Nantes, M. le général Andreossy. N'oublie pas la note comique de Schlegel qui voudrait couper le cou à la littérature française. Il faut cela pour me différencier de ce pédant 1. L'Histoire de la Peinture en Italie parut en réalité sous les initiales M. B. A. A.

2. Crozet.


pire que les La Harpe. The work of Mme de Staël which I know1 fera bien un autre scandale. Cette pauvre dame qui, au fond, manque d'idée et d'esprit pour l'impression, quoiqu'elle en ait beaucoup pour la conversation, me semble vouloir avoir recours au scandale pour faire effet. Elle parlaitof going to America after this book 2 qui paraîtra la veille de son départ de Paris pour Coppet.

Immédiatement après les vers sur le beau moderne vient le Michel-Ange. Le cours de cinquante heures est après Michel-Ange. Les volumes seront assez gros, ce me semble. La paresse m'empêche de faire l'appendice. Nos gens sont si en arrière je vis ici avec dix ou douze. Impossible, dix mille fois impossible de faire sentir les arts à ce qu'on appelle à Paris un homme d'esprit parlant bien sur tout j'ai eu beau les mettre en fonctions de la. connaissance de l'homme lettre close pour les Français. Après avoir remué toute la journée hier pour. avoir des billets pour la première représentation du grand Opéra, ils ont fait de l'esprit sur les costumes pendant la première demi-heure, ont parlé continuellement, et enfin l'ennui les a chassés avant le tiers du 1. L'ouvrage de Mme de Staël que'je connais.

2. D'aller en Amérique une fois ce livre paru.


spectacle. C'était le Tancrède du charmant Rossini, jeune homme à la mode. Je. pourrais tout au plus t'envoyer quatre pages, note précise sur la richesse de Florence au XIIIe siècle à mettre à la fin du f irst vol 1. Cela est aussi curieux qu'ignoré. Mais, en total, je désespère de faire sentir les arts à ces monstres de vanité et de bavardage. Ils sont de bonne foi quand ils disent cela est mauvais, leur âme sèche ne peut sentir le beau. Je vois partout des Mlle Emilie. Je ne crains qu'une chose, c'est que, trouvant de la duperie à faire quoi que ce soit, je ne finisse par me dégoûter du seul métier qui me reste. Je me suis tué à la lettre for this work par le café et des huit heures de travail pendant des trente ou quarante jours de rage pied. Je réduisais par là à vingt pages ce qui en avait d'abord cinquante. J'ai usé le peu d'argent disponible, j'ai donné les soins les plus minutieux et les plus ennuyeux. à un excellent ami, je risque d'incendier mon rendez-vous avec la musique, et tout cela pour offrir du rôti à des gens qui n'aiment que le bouilli. Y a-t-il rien de plus bête

Je vais relire ta lettre et voir si j'ai répondu à tout

1. Premier volume.

2. Pour cet ouvrage.


Il est douteux que je reçoive de longtemps le 2e et le 3e envoi. Cependant comme j'ai disposé 2 ou 3 canaux, un bon vent peut me les amener. Je vois avec bien du plaisir que les fautes sont plus rares dans le 3e envoi. J'ai noté les fautes du 1er. Dans le volume vert de Michel-Ange, parti le 7 décembre pour gagner Mens, l'italien allait assez bien. Le Bossu est décidément inepte de n'avoir pas trouvé le bel évêque dans l'édition de Cologne in-4° qui se trouve partout, comme le dit Brunet Manuel de l'amateur de livres 1. Il faut que dom Félix envoie toujours par la diligence au n° 1217. Le fidèle domestique Pèdre me fait tout tenir.

20 Achille doit avoir

meubles 2.400

cabriolet 600

3.000 600 de mandats

Reste 2.400 environ.

Voilà tout ce que je trouve à répondre. Tu as tout fait pour le mieux. Si tu pouvais effacer trente lignes ridicules dans les détails du chapitre qui suit le caractère de Michel-Ange, même sans 1. Il s'agit de la note latine de l'Introduction sur la mort de Côme Ghéri, le jeune et bel évêque de Fano, tirée de l'Histoire Florentine de Varchl, voir l'Histoire de la Peinture en Italie, édition du Divan, t. 1, p. 34.


rien inventer, tu serais un grand homme. Les hommes d'esprit de Paris me semblent si ridicules que je dois sembler horriblement privé de TACT à MM. Fair, Ouhehihé, etc. J'invoque ton génie éminemment sagace pour effacer ces manques de lact. Ton article sur les moines non producteurs vaut certainement mieux que ce qui l'entoure dans l'opus. Ici, c'est bien moins, il s'agit de polir quelques détails. L'article de Tapolino dont M. se moquait me semble bien plat. Les Italiens font une pompe du diable de ce conte.

N'oublie pas Néron-Schlegel.

617. A

A LOUIS CROZET

[Décembre 1816].

NOTE à mettre au dernier mot du dernier vers de la vie de Michel-Ange On me conseille de mettre ici une note de prudence. Il faut pour cela parler de moi. Sous la Chambre de 1814, j'avais eu l'idée de faire imprimer ce ballon d'essai, à Berlin où, en fait d'opinion religieuse, la liberté de la presse est honnête. Mais ce


préjugé ridicule dans la monarchie, qu'on appelle amour de la patrie, m'a fait désirer de voir le jour à Paris.

Toutefois, j'ai voulu, auparavant, acquérir la certitude qu'on vend publiquement sur les quais et à vingt sous le volume, la Guerre des Dieux, la Pucelle, le Système de la Nature, i'Essai sur les mœurs, de Voltaire, etc., etc., etc.

Je ne savais pas une chose que l'on m'écrit, l'impression terminée, c'est que les délits de la liberté de la presse sont jugés par des juges bien justes et non pas par un jury. Or, ces Messieurs sont hommes et, comme tels, fort curieux d'orner leur petit habit noir d'une croix rouge. On sait que les ministres mettent tout l'acharnement de la vanité piquée contre la liberté de la presse, et, au moyen du fonds de réserve des décorations, ils sont ici accusateurs et juges. Mon avoué aura beau dire que lorsqu'on permet la Guerre des Dieux, il est ridicule de s'offenser d'un livre spéculatif, fait peut-être pour une centaine de lecteurs. Si le ministre a besoin ce jour-là de paraître dévot, pour faire excuser quelque mesure anti-religieuse, les chanceliers Séguier, les Omer. ne sont pas rares.

P.-S. As-tu, reçu la lettre de ce pauvre Colomb sur le caractère de Dotard CORRESPONDANCE. V 3


who, doling upon his wife and family 1; oublie non seulement l'amitié, mais; ce qui est bien pis, la justice. Parles à Dolard en ménageant sa vanité.

1. Le caractère de Radoteur, qui, radotant sur sa femme et sa famille.


sophie de la poésie devant le célèbre Lord Byron et M. Hobhouse, l'historien. Il m'adressait la parole et débitait toutes les vieilles théories qu'il valait mieux que le poète peignit Minerve qui arrête le bras d'Achille, que de montrer les anxiétés de ce héros emporté tantôt par la colère, tantôt par la prudence. M. Hobhouse s'écria tout à coup He knows riot how he is a poel 1.

Il était tout honteux et me fit répéter plusieurs fois l'assurance que Monti n'entendait pas l'anglais. Je vois que cette remarque s'applique à Canova. Cet homme, qui, avec le ciseau, donne des sentiments si sublimes, avec la parole n'est qu'un Italien vulgaire. Voilà ce qui, pour la première fois, je te le jure, m'a donné un peu de vanité. Les gens qui expliquent les règles, et surtout qui les font sentir, sont donc bons à quelque chose.

Accuse-moi la réception d'une feuille ridicule, si on la trouvait, intitulée Raisons pour ne pas faire les 3e, 4e, etc., volumes de l'H[istoire].

Tu as recevoir, de Turin, un blancseing avec un projet de lettre. Je persiste 1. ll ne sait pas comment il est poète 1 Ce mot est attribué à Byron dans la lettre à Mme Belloc en 1824.


excepté pour le mot Ballon d'essai qui me semble ridicule. Corrige et fais transcrire moyennant trois sous la feuille. Je tiens assez à la signature dissemblable pour ne pas incendier le rendez-vous sous les grands marronniers où l'on entend de si douce musique. Cependant on en recevra une seconde où il n'y a d'altéré que le mot Londres.

Mais, maudit bavard, envoie-moi donc les omissions de Michel-Ange

Hélas une des infortunes du Dr Beresford est tombée sur ma malle en retard depuis le 12 décembre. Elle contient les dernières phrases de réclame' et l'ébauche des articles d'omission. Si demain 1er janvier elle n'est pas arrivée, comme je passe la matinée dans la Sixtine à écouter N. S. P. le pape, à vingt pas de S. S. je commencerai cet article et avant le 4 certainement j'expédierai le tout. J'ai lu le livre de M. Jules Onuphro Lani (de Nice), Edimbourg 1817: Cela me paraît le plus prudent. Le livre de Mme de Staël couvrira l'autre. Mets Dominique à même de solliciter la dispense. Ne peux-tu pas te placer à l'Ecole des Mines ?

Dis-moi au moins l'effet que MichelAnge a produit sur toi. Sans note, je crains que cela ne soit trop pour les Fair islands.


As-tu reçu un rouleau d'estampes ? Offre de ma part la Seggiola à Madame. Si tu ne veux pas acheter les autres, renvoie-les à Félix qui en fera cadeau à M. Ennemond.

619. A

A. M. DIDOT, ÉDITEUR A PARIS (Londres). Hanover Square, 1er janvier 18171

DANS cette lettre 2, Beyle déclare qu'il est responsable devant la loi des deux volumes imprimés sous le nom d'Histoire de la Peinture, et termine ainsi

« J'ai la répugnance que doit éprouver tout homme bien né à voir mon nom descendre dans la boue avec celui des critiques actuels. Pourquoi les délits de la presse ne sont-ils pas jugés par un jury et les membres désignés par le sort loyalement ? ».

H. BEYLE.

1. Beyle était à Rome le 1" janvier 1817. D ne fit son premier voyage en Angleterre qu'en août de cette année-là. 2. Collection Auguste Petit, vendue à Grenoble 1886, n° 41-4.


620. G

A LOUIS CROZET 1

Rome, 6 janvier 1817.

J'ESPÈRE, mon cher Louis, que tu es le plus content des Dauphinois depuis le 26 décembre. Félix me le fait entendre. Cette idée-là me rendrait tout content sans la mort de ce pauvre Périer 2.

Ce matin, en revenant de la villa Albani, où j'avais été tourmenté par le soleil que j'avais fui sous une allée sombre de chênes verts, j'ai appris la triste nouvelle. J'avais reçu 2.100 francs, ce qui, avec 240 que j'ai encore, me permettait de rester six mois à Rome ou à Naples. L'amitié que j'ai pour Pauline me rappelle à Cularo, je crois que j'y serai pour ses affaires, rien pour les miennes, cependant je pars. Quand ? Je ne suis pas encore résolu. Si j'avais quelque espoir raisonnable de t'embrasser, je t'assure que je me hâterais, mais tu seras parti.

Il m'arrive un accident étrange, mais 1. M. Louis Crozet, Ingénieur du corps royal des ponts et chaussées, chez M. Payan, lainé, à Mens (Isère). 2. Le mari dé sa sœur Pauline.


j'avais juré de ne rien prendre au tragique ne songeant pas qu'une véritable tragédie me tomberait sur la tête. Mes deux malles mises au roulage .à Florence le 12 et qui devaient être ici le 18 décembre, ne sont pas encore arrivées le 6 janvier. Dans ces malles est tout le style de Michel-Ange.

Que faire ? J'ai fait le plafond de la Sixtine; sans faute le premier convoi te l'apportera écrit par moi, bien large. Il suffira de le coudre en son lieu dans le volume vert.

Il n'y a rien à dire à la chapelle Pauline, attendu que la fumée des cierges a -fait justice de la chute de saint Paul et du saint Pierre.

Reste uniquement la lacune du Jugement dernier. Si cela est plus commode au Bossu, qu'il laisse huit pages ou une demi-feuille en blanc et qu'il finisse son ouvrage en mettant après Michel-Ange, le cours de cinquante heures, plus une table comique. Quarante-huit heures après avoir reçu mes malles je t'expédie un Jugement terrible. Je suis plein du physique de la chose il me manque tous les petits détails critiques et techniques que j'ai renvoyés là pour les. faire passer à l'aide de ce morceau célèbre. Je t'enverrai cela en


toute hâte. T'envoyer un Jugement sans détails techniques, les amateurs maniérés ne manqueraient pas de dire plus haut encore « C'est un monsieur qui fait fort bien la philosophie, la politique, et même un peu de peinture. »

Les amateurs que j'ai vus ici enterrés dans la technique me montrent à la fois et le comment de la médiocrité actuelle et les critiques que l'on fera du pamphlet de Dominique.

Autre chose qui m'inquiéterait trois lettres de Faure du 20 décembre et pas un mot des estampes et du volume vert partis le huit de Milan par la diligence ordinaire ? Oh Dio

Parle-moi un peu de toi. Les Zii se conduisent bien, c'est là l'essentiel. La basse jalousie rentre sans effet dans son coin, à multiplier les Esculapes à Zyeux. Ma sœur est plus accablée que je ne l'aurais cru. Elle ne me dit pas même s'il y a testament. Périer en avait fait un qui donnait tout à ma sœur, sous la condition de payer 90.000 fr. aux neveux. Cela lui ferait 120.000 ou 100.000 francs en un domaine, à deux lieues de la Tour-du-Pin, dans les bois pittoresques. Avec ces 4.000fr. de rente et les 4 ou 5.000 de Dominique, ils pourraient vivoter ensemble dans quelque coin. Ce coin sera-t-il à Paris ou à Milan ?


Adieu, il y a de beaux yeux qu'il vaut mieux regarder que mes pieds de mouches. Que ces beaux yeux n'étaient-ils ce matin à la villa Albani devant le Parnasse de Raphael Mengs

Onuphro LANI.

621. G

A LOUIS CROZET

Rome, le 13 janvier 1817.

COMME je suis né malheureux, le ciel, qui veut que je passe pour le contraire d'un homme d'ordre à tes yeux, a retardé jusqu'au 12 janvier l'arrivée des matériaux du Jugement dernier. Je t'envoie la Sixtine copiée d'après nature. Couds-moi cela en son lieu et place avec une aiguille préparée par une belle main. Je la supplie de me rendre ce service. Elle sera ainsi la marraine de l'ouvrage. Plut à Dieu que l'enfant eût la fraîcheur de la marraine

Il n'y a rien à dire sur la chapelle Pauline sinon que tout y est noir comme un four et que l'odeur de cire brûlée y prend au nez dès qu'on y entre. On y dit les quarante heures toutes les fois que l'église s'en souvient.


Reste le Moïse et le Jugement. Ce Moïse est un morceau bien dur. Je ne sais comnient l'approximer de ces petits oiseaux à l'eau de rose qu'on nomme des Français aimables. Ceux que je vois ici me. font désespérer et m'ôtent tout courage. Les fonctions analytiques de Lagrange seraient plus claires pour eux.

Mais parlons de ton bonheur. Dis-moi quand le destin cruel te fera quitter Mens pour Plancy. C'est de là que j'attends les critiques. Elles seront un peu tardives. Je pense que tu vas envoyer Michel au Bossu. Pour ne pas ennuyer par cent pages continues à la Bossuet, j'ai mis une couleur de prosopopée. Je ne sais si cela fait bien. J'ai mis la chambre obscure et les trois paysages pour faire sentir les styles, le portrait de mon duc d'après nature mais ce portrait est-il assez fondu ? Je l'ignore. Mon homme va être bientôt duc. Si j'ai manqué de tact, corrige-moi. Si décidément cette couleur de prosopopée te choquait, renvoie-moi les. deux pages il n'y a qu'à ôter, en trois traits de plume tout est rentré dans le style sublime. As-tu décidé pour Jules Onuphre Lani de Nice, à Edimbourg ? As-tu reçu deux ou trois lettres piquées ? Mais il faudrait que cet. animal n'en fît usage qu'au moment de la mort. Autrement le charmant


rendez-vous que j'ai with sweet music1 serait incendié. Paris est un théâtre plus curieux, mais je suis si amoureux; et tu sens la force de ces termes, de ma charmante musique que je doute si Paris pourra jamais me convenir.

Ce problème va se présenter. Ce pauvre P. 2 a faussé compagnie bien mal à propos. Je vais être obligé d'aller me rinfangar3 en février. Je perdrai deux mois sans plaisir ni utilité. Que deviendra the, good sister4 ? Je la laisserai religieusement libre, mais je pense qu'elle verra qu'à trente et un ans, il lui convient d'habiter avec Dominique. Leurs deux petites lampes réunies pourront jeter une honnête clarté, mais comme les déplacements sont mortels à d'aussi frêles fortunes, il s'agit de choisir pour toujours. Si, à Plancy, il te vient quelque pensée là-dessus, communique-la-moi. Depuis la lettre sur Dolard, you know myself as I5. Mais revenons. J'insiste pour envoyer 5 ou 600 exemplaires respirer l'air natal -à Bruxelles. Vu le bâtard il faut tâcher .de rentrer dans nos fonds, et vaincre un peu de paresse. Exige donc cet envoi du

1. Avec la douce musique.

2. Périer-Lagrange.

3. Mot forgé par Beyle me replonger dans la boue. 4. La bonne soeur (Pauline). 5. Tu me connais comme je me connais moi-même.


Bossu. Les cadeaux douze ou quinze jours avant la vente (du Pré). 13 fr., 12 au moins me semble le dernier mot. Je vois bien que tout le contrat aura été transcrit avec cette infâme orthographe par o j'étois françois, la chose qui me fait le plus mal au cœur. Je mets cela au pied de la croix. Souviens-toi seulement que tu as une autorité absolue, et qu'il est désormais inutile de me consulter. Agis, décide, finis. Ne serait-il pas à propos de demander un petit compte au petit Bossu, ne fût-ce que pour savoir si l'opus en est toujours au 45 ?

Je ne sais si tu as parlé à l'homme qui doit treize louis, mais j'ai reçu 1300 francs qui avec les 800 de la rente viagère m'auraient fait dire pendant six mois tenet nunc Parthenope. Le beau-frère en ordonne autrement. S'il manque quelque petite chose à Achille tu vois que je suis en mesure de venir à ton secours. Je suis passionné pour ta critique, tu me connais intus et in cute. Ne ménage rien, donne le mot le plus cruel à la plus cruelle nouvelle, comme dit notre' ami Shakspeare. R. le 21 j. 1817.

Comme je suis né malheureux, observant trop longtemps les loges de Raphaël


au Vatican le 16, par un temps froid, je suis au lit depuis le 16 au soir, cum grandi dolore capilis. Cela ne retarde que de quatre ou cinq jours le Moïse et le Jugement, car le médecin m'annonce la fin de la fièvre pour demain. Fais pousser le Bossu jusqu'au Jugemenl. L'ouvrage, à son égard, sera comme fini. Dis-lui de composer la fin de Michel et le cours de cinquante heures et de te l'envoyer en épreuves. Ce cours sera moins incorrect. Ha le monstre Quelles niaiseries il me fait dire. J'ai relu les huit premières feuilles. Rien ne m'a plus choqué que ces deux passages

page x « forcé de servir d'appui à ce petit nombre de vérités. » Il faut « fut fait pour amener ce petit nombre de vérités. »

XXVIII « d'une petite porte qui donnait sur la rue et à venir donner un premier rendez-vous, » Il faut « d'une petite porte sur la rue et à venir donner un premier rendez-vous. »

Ai-je été assez niais page xxvi pour dire « l'histoire de sa mort causée vol[ontairement] par une femme qui l'aimait est vraiment singulière. » Ce vraiment me fait mal au cœur.

Tu as dû recevoir les lettres de Paternité. Recommande au Bossu de ne faire


feu qu'à propos, autrement il incendie mon rendez-vous. Appelle Jules Onuphro Lani, surtout envoie à Bruxelles 600. Je serai à Cularo pour la fin de février. Je crains que le timbre n'ait ébruité la grossesse de cette pauvre Dominique. Dieu sait quel scandale dans Landerneau, outre que l'envieux Alexandre nous a déjà vu tire le gros volume l'année dernière. Je crois que tu as le volume vert depuis le 20 décembre, je serais trop enragé s'il était perdu. Il fut mis le 8 à la diligence. As-tu reçu une note qui dit que la façade de Saint-Pierre telle que Michel l'avait dessinée est peinte au-dessus d'une porte dans la bibliothèque du Vatican ? Copie' également l'incluse, sous l'article du groupe de Michel-Ange à Santa-Croce, en parlant de son tombeau après sa mort « La figure encapuchonnée qui couronne le groupe de Michel-Ange derrière le maître-autel donné une expression dé 'tendresse bien rare chez ce grand homme.» Voilà ma note.

Plan pour toi


AAA galerie ouverte de 15 pieds de large soutenue par des pilastres, les 62 voûtes peintes par Baphael et ses élèves, ce sont les loges.

CCCC sont les chambres de Raphaël.

Tout cela au second. Au premier est la chapelle Sixtine. 622

A M. PIERRE DIDOT 1, A PARIS [5 mars 1817.]

S'IL le faut absolument Beyle reconnaît qu'il est l'auteur des deux volumes imprimés sous le nom d'Histoire.de la peinture en Italie; mais il demande dé faire connaître son nom le moins possible. i. D'après le catalogue Noël Charavay.


Il donne des références sur sa situation et demande de publier son ouvrage sous le nom de M. Jules-Onuphre Lani. Il indique les services à faire. « Si l'on ne donne à cet ouvrage que l'attention qu'il mérite, je prie M. Renouard de se charger de la vente et de l'annonce dans les journaux. Si, moyennant quelques louis, l'on peut faire faire des articles exacts, sévères et même méchants, je ferai cette dépense avec plaisir. »

623. G

A FÉLIX FAURE 1

[23 mars 1817.]

Mon cher Félix,

J'AI écrit à Seyssins pour l'engager à châtrer de ses belles mains Michel. Pour commencer à ôter le venin. Fais-moi l'amitié

1° d'effacer le titre du 4e ou 5e chapitre Accidents de la monarchie.

1. En tête de ce brouillon, de la main de Beyle « Onze coupures envoyées à Happy ». Il est croyable qne Félix Faure n'a jamais reçu la lettre dont nous reproduisons ici le brouillon ou qu'il l'a eue trop tard. Toujours est-il qu'aucune des corrections ou coupures demandées par Beyle n'a été faite..


Au chapitre intitulé Spectacle, touchant1 et qui commence par ces mots « Après le Bacchus, Buonarotti fit pour le cardinal de Saint-Denis, etc. », le 5e commence par ces mots « Si l'un d'eux plus âgé que les autres, etc. la vie et la chaleur: Mais une mère au déclin de l'âge.» D'un coup de ciseau coupe net et garde dans ton bureau tout ce qui suit, 12 ou 13 pages. 3° Va au chapitre qui commence par ces mots « Veut-on réellement connaître Michel-Ange. » (12 pages enlevées), vers la septième ligne efface les quatre lignes qui commencent par « ni aux miracles. La constitution anglaise. » jusqu'à « les attributs de Dieu ont changé. » Même chapitre. A l'alinéa qui commence par « Comment aurait-il deviné qu'il y avait une autre beauté ? » efface « une férocité sombre faisait la religion de son siècle » et les dix-neuf ou vingt lignes suivantes jusqu'à l'alinéa qui commence par « Tout l'ensemble du xve siècle. »

5° A la chapelle Sixtine après le blanc il y a un maudit alinéa qui commence par « On sent qu'il était physiquement impossible de trouver ou de reconnaître la beauté des dieux », coupe deux pages 1. Coupure de douze pages. (Noie de Beyle).


jusqu'à l'alinéa « « Le fond de tout génie est toujours une bonne logique ». 60 L'alinéa qui suit commence par « Être trop fort dans ce qui manque à la plupart des grands hommes », efface les cinq dernières lignes. Alors l'alinéa finit par « sous l'empire des préjugés raisonnables ».

7° Coupe-moi avec des ciseaux le chapitre qui raconte le siège de Florence et qui a pour titre Dernier soupir de la liberlé et de la grandeur florentines 1. « Florence saisit l'occasion. » coupe six pages. Après les huit pages coupées tu vois un alinéa commençant par « Ce prince hypocrite.», efface et écris Clément VII, en contrefaisant ton écriture. Cela se trouve à la page 147 du volume qui est devant toi.

9° Page 148 ou 149, efface la note « J'apprends que c'est le ministre Desnoyers. »

10° Page 150 ou 151, efface les huit vers italiens et tout l'alinéa commençant par ces mots « Un jour il trouva écrit sous la statue. »

11° Enfin page suivante efface la -note de trois lignes qui commence par « il piû vil di quell'infame. 2 »

1. Coupure de six pages. (Note de H. Beyle). 2. En tout couper vingt pages. (Note de Beyle).


624. A et C

A M. CLARKE, DUC DE FELTRE,

p

MINISTRE DE LA GUERRE Grenoble, 26 avril 1817.

Monseigneur,

AR la lettre dont Votre Excellence m'a honoré le 21 octobre 1816, Elle me fait espérer que mon

traitement de non-activité d'adjoint aux commissaires des guerres me sera payé si je justifie de ma conduite pendant l'absence du Roi en 1815.

Attaqué d'une maladie de poitrine pendant la campagne de Moscou, que j'ai faite en entier, attaqué de la fièvre nerveuse en Silésie où j'étais intendant (à Sagan) en 1813, les médecins déclarèrent que l'habitation des pays chauds était indispensable j'allai passer deux mois en Italie en 1813.

A la dissolution de l'ancien Conseil d'Etat, me trouvant libre, j'allai suivre le traitement de ma maladie à Milan, où je l'avais déjà commencé en octobre et en novembre 1813.

J'y arrivai le 14 août 1814. Le 31 mars


1816 je rentrai en France pour vendre une maison. Je repartis en juin. J'ai passé l'hiver à Milan et je rentre en France presque guéri. J'ai été saigné quinze fois, j'ai pris quarante-huit frictions mercurielles et fait le traitement de la salsepareille.

Ce que dessus sera prouvé, si Votre Excellence me l'ordonne, par des certificats de l'autorité municipale de Milan et des médecins qui m'ont traité.

En février, mars, avril, mai, juin et juillet 1815; je n'étais point alité et pouvais voyager. J'habitais à Milan, rue San Pietro all'Orto, 909 mais je n'eus jamais la moindre idée de demander mes anciennes places à .l'usurpateur. Le certificat ci-joint prouve que je ne suis pas rentré en France à cette époque. Fidèle à l'adresse au Roi que je signai comme auditeur au Conseil d'Etat (Monileur d'avril 1814, le même numéro où se trouve l'abdication de Buonaparte), je n'ai jamais varié dans ma fidélité et.mon dévouement au souverain légitime. Ma famille est connue par son dévouement à la cause sacrée de la légitimité. Mon père a été nommé par le Roi premier adjoint au maire de Grenoble et a fait pendant un an les fonctions de maire. Son Altesse Royale Monseigneur le comte d'Artois


a daigné lui accorder la croix de la Légion d'honneur. Après avoir fait toutes les campagnes depuis 1806 et les deux campagnes de Moscou et du Mincio, je me trouve à trente-cinq ans avec une santé et une fortune délabrées. Je ne touche rien du gouvernement. J'ai grand besoin de la solde de non-activité de commissaire des guerres adjoint. J'ai touché cette solde du 1er juin 1810 au 30 octobre 1814,d'après deux décisions expresses portées 1° dans une lettre de Son Excellence Monseigneur le duc de Feltre, ministre de la guerre 2° dans une lettre de Son Excellence Monseigneur le comte de Cessac, ministre de l'administration de la guerre.

Mes bons services comme adjoint aux commissaires des guerres de 1806 à 1810 sont connus de MM. Daru, Joinville et Villemanzy. J'ai toujours fait fonctions de commissaire des guerres et souvent de sous-inspecteur aux revues, particulièrement à Brunswick (1806, 1807,. 1808) où j'étais intendant des Domaines.

Je supplie Votre Excellence de m'accorder le traitement de non activité de commissaire des guerres adjoint depuis le mois de novembre 1814, payable à Paris. Je suis, avec le plus profond respect,


Monseigneur,. de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur 1. Le commissaire des guerres adjoinl, DE BEYLE.

625. A

A M. CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE DE LA GUERRE

Grenoble, 1er juin 1817.

Monseigneur,

VOTRE Excellence, par sa lettre. du V 21 octobre 1816, a daigné m'annoncer que je serais payé de mon traitement de non-activité d'adjoint aux Commissaires des guerres aussitôt que j'aurais prouvé que je n'ai pas servi pendant l'absence du Roi en 1815.

Le 26 avril dernier, le maire de la ville 1. A cette lettre était joint un certificat de notoriété attestant que Henri Beyle, ancien auditeur, est arrivé à Grenoble le 29 juillet 1814, en est reparti pou de jours après pour Milan, n'est rentré en France pour affaires de famille qu'en avril 1816, qu'il est reparti en juin pour Milan et n'est arrivé à nouveau à Grenoble que le 13 avril 1817. Parmi les signataires de ce certificat, on relève les noms de Félix Faure, Bigillion, Alphonse Périer, Pascal fils, Michoud, etc. (cf. A. Chuquet, loc. clt. pp. 515-516).


de Grenoble, où je suis né, m'a donné un certificat duquel il résulte que je n'ai plus eu de fonctions depuis, la suppression de l'ancien Conseil d'Etat. Depuis l'adresse que j'ai signée le 11 avril 18141 et par laquelle je prêtais serment de fidélité au roi, je n'ai eu aucune communication avec l'usurpateur. Ma famille est connue depuis les premiers jours de la Révolution par son dévouement à l'auguste famille des Bourbons, et c'est à ce titre que mon père a obtenu la croix de la Légion d'honneur de Son Altesse Royale Monseigneur le comte d'Artois. J'ai adressé le certificat du maire de Grenoble à Votre Excellence. Je lui avais adressé en juillet 1816 mon livret duquel il conste que mon traitement m'est dû depuis le mois de novembre 1814. J'ai fait dix campagnes, y compris celle de Moscou où j'ai perdu ma santé, il ne me reste que le traitement de non-activité de mon grade d'adjoint aux Commissaires des guerres.

Ayant rempli les conditions imposées par la lettre de Votre Excellence en date du 21 octobre 1816, je la supplie d'ordonner que mon traitement soit liquidé sans délai.

1. par inadvertance, Beyle' a écrit 1813.


Je suis avec respéct, Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.

Le commissaire ,des guerres adjoint, DE BEYLE.

626. A

NOTE POUR LE LIBRAIRE

(Envois de l'Histoire de la Peinture en Italie)1 Le 15 septembre 1817.

NOTA N'afficher et n'envoyer aux journaux que quinze jours après avoir adressé des exemplaires aux personnes nommées ci-après.

Ne pas envoyer d'exemplaire à la Quotidienne, aux Débats, au Bon Français, à la Quinzaine.

Envoyer à

M. le duc de La Rochefoucault-Liancourt, rue Royale-Saint-Honoré, 9 M. le duc de Choiseul-Praslin, rue Matignon, 1

1. M. Paul Arbelet,dans son excellente thèse sur l'Histoire de la Peinture en Italie,fait remarquer que la liste suivante n'est pas aussi complète que celle tracée par Beyle sur ses carnets et que notamment il y manque les noms de Consalvi, Canova, la comtesse Albany, la princesse Doria.


M. le comte de Tracy, rue d'AnjouSaint-Honoré, 42

M. le comte de Volney, pair de France, membre de l'Académie française, rué de La Rochefoucault, 11

M. le comte Garat, rue Notre-Damedés-Champs M. le lieutenant-général, comte, pair de France Dessoles, rue d'Enfer-Saint-Mi,chel, 4; M. le lieutenant-général Andreossy, rue de la Ville-l'Evêque, 22

M. de Cazes, ministre

M. le duc de Broglie, pair de France, rue Lépélletier, 20. Et le duc de Brôglie, de la Chambre des députés, rue SaintDominique, 19

M. de Staël fils

M. Benjamin Constant (Mercure) Sir Francis Eggerton

M. le duc de Brancas-Lauraguais, pair de France, rue Traversière-Saint-Honoré, 45

M. Terier de Monciel

Mme la comtesse de Sainte-Aulaire M. le comte Boissy-d'Anglas, pair, rue de Choiseul, 13

M. le comte Chaptal, membre de l'Institut, président de la Société d'encouragement, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 70


M. Thénard, membre de l'Académie des Sciences, rue de Grenelle-Saint-Germain, 42

M. Biot, membre de l'Institut, au Collège de France, place Cambrai. Absent de France

M. le chevalier Poisson, membre de l'Institut, rue d'Enfer-Saint-Michel, 20 M. le comte La Place, pair de France et membre de l'Institut, rue de Vaugirard,31;M. de Humboldt

M. Maine-Biran, rue d'Aguesseau, 22 M. Manuel, avocat

M. Dupin, avocat, rue Pavée-SaintAndré-des-Arcs, 18

M. Berryer, avocat, rue Neuve-SaintAugustin, 40

M. Mauguin, avocat de la Cour royale, rue Sainte-Anne, 53

M. de Jouy, de l'Institut, rue des Trois-Frères, 11

M. Say, du Constitutionnel;

M. Villemain, chef de division à ta Police

M. le comte de Ségur, grand-maître des Cérémonies, rue Duphot, 10

M. de Lally-Tollendal, pair, membre de l'Institut, Grande-Rue-Verte, 8 M. Laffite, banquier, député, rue de la Çhaussée-d'Antin, 11


M. le maréchal duc d'Albuféra, rue de la Ville-l'Evêque, 18

M. le prince d'Eckmühl, rue SaintDominique-Saint-Germain, 107

M. Béranger, auteur du Recueil de Chansons

Mme Récamier

M. Récamier (Jacques), banquier, rue Basse-du-Rempart, 48

M. Dupuytren, chirurgien en chef, vis-à-vis la colonnade du Louvre M. Talma, rue de Seine-Saint-Germain, 6

Mlle Mars, rue Neuve-du-Luxembourg; 2 bis

M. Prud'hon, peintre d'histoire, rue de Sorbonne, 11

M. Goethe, Ministre d'Etat, à Francfortsur le-Mein

M. Sismonde-Sismondi, à Genève Sir Walter Scott, poète, à Edimbourg.


627. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Thuélin (Isère), le 15 octobre 1817.

Mon cher Baron,

LE vicomtel vous dira que je vis comme un loup. Il sera à Paris le 22 et m'a donné deux jours dans ma solitude. J'ai accroché de ma misérable fortune .2.460 francs, et je compte partir pour Milan le ler novembre. Je ne recevrai les journaux que demain; Ici, sur les bords du Rhône, les prêtres, qui sont tous des espions, se livrent aux douceurs de l'assassinat, comme je vous le disais. On envoie les assassins dans les cures du diocèse de Lyon.

Rien ne peut ajouter aux éloges qu'on donne au préfet et à M. Blondeau 2 je n'ai pas entendu une seule parole de blâme. On ne sait qui nommer maire. Il paraît qu'Alphonse 3, que tout le monde désirait, n'en voudrait pas. Il est d'abord banquier 1. Le vicomte de Barrai.

2. Le préfet était Auguste Choppin d'Arnouville, arrivé à Grenoble le 6 septembre 1817 et Blondeau était commissaire général.

s. Alphonse Périer.


et ne se soucie pas de voir son bureau pillé, si les ultras avaient jamais le dessus. Il paraît qu'ils tournent, au sang. Là lumière vient de Lyon, ou tout bêtement la Ligue recommence. Il y a cinq sociétés religieuses la plus énergique est celle de la Fin du Monde. Cinquante mille de ces badauds de Lyonnais croient qu'ils vont se trouver prochainement à la plaine de Josaphat. Je ne vois de remède que les écoles à la Lancastre et une nouvelle édition du Citateur de Pigault-Lebrun, ou bien un professeur d'économie politique et d'idéologie. Le remède étant à vos yeux pire que le. mal, la seconde ville du royaume vous fera rire par toutes les déraisons prédites par ce jacobin de Benjamin Constant dans le Mercure, article sur saint Jérôme.

Quant aux cinq départements voisins de Nîmes, faites-moi une loi qui y suspende le jury pour un an et qui fasse juger tous les crimes par une commission de trois colonels et deux juges. Le Ministre ne choisira que des gens nés au nord de la Loire et n'ayant pas habité le midi. Nommez le duc de Raguse et tout ira bien.

Soyez convaincu que tout autre remède est un plat palliatif. J'ai eu une conversation comme telle, à l'égard de la Vendée,


avec Busche1, et je vous donne 'gratis le résultat. Non pas gratis, car je prétends que vous me payiez en beaux et bons articles 2.

On m'en a montré un dans le Moniteur du 23 septembre. C'est favorable, mais trop plat pour faire vendre. Voici une grande mesure de repos jusqu.au 5 novembre. Portez à l'aimable Maisonnette. Poussez l'article de Crozet qui, quoique plus menteur que le mien, est bien moins plat. Je ne, vous répète pas cette chanson sur plusieurs airs, faites ce que vous pourrez. Je dois 1.200 francs au moins à Didot. Envoyez-lui par la petite poste le billet ci-joint, et quand vous verrez la Vie de Mozart affichée, payez-lui les cent francs. Le tout par lettre, sans vous ennuyer du colloque. Cette phrase n'est pas claire ce qui l'est davantage, c'est que L'homme le plus marquant de l'Isère est M. le conseiller Michoud 3. Demandez à M. le baron Pasquier ses rapports sur les 1. Voir la lettre du 16 octobre 1817.

2. Des articles sur la Vie de Haydn et sur l'Histoire de la Peinture. Il venait de paraître un article sur la Peinture, signé D. C. dans le Moniteur du 23 septembre. Beyle comptait beaucoup sur Lingay, qu'il appelle Maisonnette, .et qui était rédacteur aux Débats, pour « être articulé dans la presse.

3. Sur le conseiller Michoud, voir la lettre à Pauline du 1" octobre 1805. Beyle a encore fait de lui un vif éloge dans la Vie de Henri Brulard, édit. du Divan, t. II, p. 86-87.


jugements de Valence. Il a été menacé de vive voix d'être tué et sa main brûlée. Les sœurs hospitalières, les curés, les nobles ont agi. sans succès sur lui, mais avec succès sur les jurés. Il faut faire juger toutes ces causes au nord de Lyon. Notez le dit Michoud comme un homme plein d'honneur, de courage et de bon sens et qui ira loin si on t'aide. Il abhorre l'usurpaleu et lit Say et Delolme couramment et il est riche.

N'oubliez pas mon très sincère compliment au nouveau Conseiller d'Etat. Il verra que son intérêt, à son âge, est de lire Bentham et B. Constant. Je prie l'aimable van Bross 1 de se souvenir de la lettre mensuelle.

Ai-je besoin de vous prier de cultiver pour moi l'aimable Maisonnette? La bonté de son cœur finira par forcer sa paresse à lire aussi Bentham et le Commenlaire de Montesquieu, chez Desoer, à Liège 2. Michoud en. est ravi.

1. Van Bross est ce Smidt ou Schmidt qui accompagna Beyle à Londres en juillet 1817.Voir sur lui les lettres des 16 juin 1816 et 1er mai 1818.

2. Le Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu par Destutt de Tracy avait été écrit en 1806, mais son auteur ne pensait pas le faire éditer. Il l'avait communiqué à son ami Jefferson qui en fit imprimer une traduction aux ÉtatsUnis en 1811. Des éditions clandestines avaient paru depuis à Liège et à Paris. Aussi Destutt de Tracy se décida-t-il à en donner lui-même une édition celle-ci parut à Paris en 1819, chez Desoer.


Je vous ai plaint sincèrement en voyant les adieux de Madame Morandi et de Garcia 1.

Donnez-moi des détails sur votre manière d'arranger. votre hiver. Cela pourra me servir et me convertir de mon amour pour Milan.

L'homme aux 4 Maisons est-il à la porte ? Les élections étant beaucoup moins jacobines que je le craignais, je pense que Maison2 sera encore libéral un an.

.Il.uoslro L. A. C. BOMBET,

Marquis de Curzay.

628. A

AU BARON DE MARESTE Milan, le 15 octobre 1817 3.

JUGEZ du plaisir que m'a fait votre lettre, je n'ai pas encore de journaux Je suis ravi de la défaite des Jacobins Manuel, Laffitte et consorts. Dites-moi comment on a mis le désordre parmi eux. Ensuite je ne conçois pas la 1. Chanteurs de l'Opéra Italien de Paris.

2. Le duc Decazes (Note de Colomb sur l'original). 3. Beyle était alors à Thuélin.


peur du bon parti. Que feraient cinq ou six -bavards de plus ? La généralité de la France. a nommé de gros butors qui seront toujours du parti de notre admirable Maisonnette 1. Je suis peiné à fond de ce que. vous me dites de Besançon 2, qui n'a pas encore son affaire. Ceci est un exemple pour Henri. Il est résolu à ne prendre de place qu'à la dernière extrémité. Or, il a encore. 6.000 francs pour six ans. Cependant voici son -état de services. Je vous prie de mettre tous vos. soins aux articles. Maisonnette va croître en puissance et, en ayant le courage d'attendre cinq ou six mois, nous serons articulés, id est vendus. Ne pourrait-on pas essayer de faire passer au Conslilutionnel et au Mercure, l'article de Crozet ? En attendant, faisons parler le. Journal général, ou même les Lellres Champenoises. Quant aux Débats, Maisonnette pourrait se réduire à les prier de parler, même en mal. Je finis par répéter qu'en en parlant à Maisonnette tous les quinze jours, d'ici à six mois nous obtiendrons l'insertion. Quand ce serait d'ici à un an, mieux vaut tard que jamais.

Je suis bien fâché de la paresse de Crozet.. Çà vous aurait fait une maison char- 1. Lingay.

2. Mareste, lui-même.


mante sa femme est pleine d'esprit naturel vous y auriez présenté deux ou trois hommes de sens c'était un excellent endroit pour être les pieds sur les chenets. Grondez-le ferme afin qu'en dépit de la grande maxime, il se repente. Prions au moins Maisonnette de faire annoncer encore une fois dans les journaux à lui soumis, par l'insertion d'un simple titre. Adieu, parlez de moi à Mme Chanson et à Maisonnette. Je parle de vous à Hélie, qui est tout à fait supérieur. J'embrasse van Bross. Si vous en avez le courage, voyez Didot, pour Haydn.

629. A

A M. BUSCHE, A PARIS Thuélin (Isère), le 16 octobre 1817. Mon cher Moscovite1,

SI vous avez la patience d'écrire votre excellente conversation sur l'origine et les ruines de la Vendée, et que vous vouliez l'envoyer à B. mettez 1. C'est surtout à Moscou que Beyle s'était lié avec son cOllègue au Conseil d'État, Busche, avec qui Il habitait, voir la lettre du 4 octobre 1812.


votre nom et votre adresse chez mon ami M. S., rue. 5. La rue à côté de Tortoni, à côté de l'ambassadeur de Hollande. Ce n'est pas tout, l'ami qui était avec moi, lors de l'aimable soirée que vous nous fîtes passer, désire beaucoup parler de temps en temps bon sens avec un homme du bon temps. Voici sa définition: M. le baron de Mareste a été trois ans officier dans la légion du Midi lors de la chute du tyran, il était avec M. le Conseiller d'Etat d'Argout et jouissait de douze mille francs de traitement dans les droits réunis. A la Restauration, il devint secrétairegénéral de la préfecture du Doubs. Pour la sagacité, l'expérience, la connaissance des hommes, le caractère nécessaire pour les faire marcher, c'est un des hommes les plus remarquables que j'aie rencontrés.

Conservez-moi un peu de souvenir et croyez que je n'oublierai jamais les moments agréables que vous m'avez fait passer dans notre grand palais de Moscou. H. BEYLE,


MALGRÉ l'irréussite quant aux articles, en tenant bon vous les ferez passer d'ici quatre ou cinq mois. Avez-vous eu la bonté de corriger la Vie de Haydn ? Confirmez, si vous voyez Didot, ce que je lui ai écrit, d'en envoyer des exemplaires, à M. Isaac aîné à Calais pour M Dessurne, n°203, Fleet Street, à Londres J'espère que l'arrivée de l'excellent M. Blondeau vous fera connaître ce paysci. On voudrait pour maire M. Giroud, l'ancien Receveur Général.. Surtout, renouvelez le Ministère public de la Cour. Le Duc a fait merveille, cependant comme il est allé déjeuner chez le général Marchand, le Dauphinois, toujours malin, a dit « Le Marchand de Paris va déjeuner chez le Marchand de Grenoble ». Dites cela à l'aimable Maisonnette. M. En[nemond] Hélie sait parfaitement votre affaire Ecrivez-lui quand vous voudrez. Si vous ne m'écrivez qu'un mot, remettezle chez Barral.

630. A

AU BARON DE MARESTE

Grenoble, le 29 octobre 1817.


POURQUOI diable ne me donnez-vous pas plus de détail sur BesaniL ç[on]1? Quelles sont ces dispositions douteuses ? S'étendent-elles jusqu'à Maison ? 2 Il est pénible de penser à quelque chose et de n'avoir que des données vagues. Je ne puis que vous recommander de la ténacité, c'est comme pour les articles. Je vous,remercie de l'espoir du feuilleton de plus, soyez sûr que d'ici à six mois les autres journaux inséreront les autres articles. Si j'avais le choix, je voudrais faire passer dans les Débats l'article de Croz[et]. Comme vous en avez deux copies, ne pourrait-on pas dire à MM. du Mercure Si vous n'avez rien de mieux, si vous n'avez pas le temps de penser, insérez celui-ci avec tels changements, etc., etc. J'ai parlé à fond à Enriemond il sait votre affaire comme vous-même.

1. Mareste lui-même.

2. Decazes (nole de Colomb).

631. A

AU BARON DE MARESTE Thuélin, le 30 octobre 1817.


La prudence vous ordonne d'attaquer Theys, sauf, après l'avoir obtenu, à n'envoyer pattre personne. Une fois que vous avez Theys, après 33 lettres écrites et sept mois de patience, demandez un congé de 15 jours pour aller en campagne. Venez en cinq jours à Cularo, Là, je vous aurai muni d'une lettre pour M. Durand, adjoint au maire du Cheylas. près Goncelin. C'est le premier agriculteur du département de mon ami. Vous le menez, à Theys et faites ce que je fais depuis avant-hier. Vous écrivez ce qu'il vous dit sur votre domaine.

Cela écrit, deux jours après, vous lui dites « M. D[urand], vous convient-il.de vous charger de ma procuration pour vendre avec un bénéfice de cent louis ? Cet homme, de probité même, a vendu ainsi un domaine acheté 83 mille francs par mon bâtard, il l'a vendu 162. C'est qu'il va boire au cabaret. D'ailleurs, vous avez votre estimation pièce à pièce. En un mot, il est, pour vendre les domaines, ce que Cuillerier est pour les clapites (?). Cela fait, vous reparaissez triomphant à Paris le vingtième jour.

Le procès de my sister me tient ici with the good. D[urand]1, jusqu'au 3 no1. Le procès de ma sœur me retient Ici avec le bon D[uran]d.


vembre. Je pars avec elle, vais à Milan, et, au mois de mars, hélas je vais passer un mois à Grenoble pour faire juger en appel, et, si elle perd, un mois à Paris, pour prier votre co-dîneur M.in d'appeler pour elle en cassation.

Que Maisonnette est aimable de songer aux absents. J'accepte avec plaisir la Sketch, M. le Duc de Dalberg est-il à Turin dans ce moment ? Je crois que oui. En arrivant à Paris, il y a cinq mois, je suis allé dire à M. Poisson, de la part de Plana, mon géomètre de Turin, de mettre tous les livres de mathématiques qu'il voudrait envoyer à Turin, aux Relations Extérieures, à Paris, sous le couvert de M. le duc de Dalberg. Si le dit duc est à Turin, adressez à M. Plana, astronome .royal, à la Specola, à Turin, avec le cachet, et aux Affaires Etrangères. Si vous trouvez des inconvénients, adressez par la diligence, à l'ornatissimo signor, il signor B. Asti, casa Peronti 1217, Corsia del Giardino, in Milano. Cela peut courir bien des hasards, mais j'ai trop d'impatience pour attendre une occasion deux ou trois mois. Je ne sais qu'envoyer, en revanche, à l'aimable M[aisonn]ette, notre Italie est si pauvre en bons livres. Ce. que je trouve de plus acceptable for him, est de dicter à mon secrétaire une traduction


de Philippe II d'Alfieri1. Cela lui. ferait-il plaisir ? Remettez ce mot de réponse chez Barral. En ce cas comment lui envoyer ce cahier vite et sans frais ? Il serait prêt le '20 décembre, à l'adresse.de son Ministère ? Est-ce que M[aisonn]ette n'a pas exécuté sa promenade au Havre ? C'est une grande duperie.

Voici un mot pour Didot que je vous prie de jeter à la poste. Cependant il devrait vous avoir remis les épreuves 2. Au reste sa lambinerie fait qu'il ne m'envoie pas son compte, ce qui nous fait gagner le grand jour où nous brillerons dans les Débats, ce' qui nous fera vendre. S'il n'y a pas d'indiscrétion, priez M[aisonn]ette de faire solliciter les autres rédacteurs de journaux. Adieu, mon cher ami, votre lettre m'a fait le plus vif plaisir. Dans la prochaine, confirmez-moi donc le sentiment que la Cie de Duval est froide; le préfet 3 donné un asile à M. le capitaine Buisson, persécuté par M. de Doué, chef d'escadron de Génie à Cularo. Ce trait, fait pour frapper, produit une grande sensation. Votre Gie

1. Le 15 juillet 1819, Beyle commencera en effet cette traduction. Voir Thédtre, édit. du Divan, tome III, p. 343. 2. Voir lettre suivante.

3. Le préfet Choppin d'Arnouville.


est exécrable. Notez que le Gall et M. de Doué ont agi le lendemain du départ du Mal. M. de Pina 2 n'a pas daigné venir de la campagne pour recevoir le Mal. Ils disent que le Gouvernement est faible et en profitent.

Mettez à sa place, M. Giroud, Receveur Gal. Renouvelez le Procureur Gal. Au reste, M. de Blondeau doit vous éclaircir la vue. Je vous donne le Conseiller Michoud pour un homme dans le genre du Molé probe et intrépide on lui en veut. Si vous avez besoin d'exemplaires de mes books, voici un bon sur M. Didot. Mille .amitiés à Smidt. Encouragez-le à traduire le catéchisme de Bentham, ça lui fera un titre, vous le pronerez comme profond. M. Durand, qui me voit écrire, me dit que Theys est un pays unique pour revendre en parties boisées. Venez y passer quarante-huit heures avec lui, et ces quarante-huit heures vous valent 10.000 fr. et vous font payer beaucoup plus vite.

1. Le général Donnadieu, commandant la 7e division militaire, remplacé en mars 1818 par le général des Essarts. 2. Maire de Grenoble.


632. A

A M. PIERRE DIDOT, A PARIS1 Troyes, 3 novembre 1817.

J'AI reçu votre lettre. Je vous prie de porter l'épreuve des neuf premières pages de la Vie de Haydn à M. de Barral, rue Favart, n° 8. M. de Barral prendra et paiera pour moi le J.-J. Rousseau.

Faites brocher 300 exemplaires de la Vie de Haydn avec le nouveau titre. Faites afficher il faut imprimer 2.000 affiches et les faire poser par vingt ou trente très haut. Distribuez-en chez MM. Delaunay, Mongie, Chanson, Renouard. Je vous prie d'en envoyer 80 ex. à M. Isaac aîné, à Calais, pour faire passer à Londres, à M. Dessurne. Le joui- où vous mettrez le paquet au roulage pour M. Isaac, prévenez-le, par un mot. Donnez le compte de l'épreuve, du brochage et de l'affiche à M. de Barral, qui aura la bonté de payer cette dépense comptant.

J'ai, Monsieur, l'honneur de vous saluer. H. BEYLE.

1. M. Pterre Didot, imprimeur du roi, rue du Pont-de Lodi, n° 6, Parts.


633. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 1er décembre 1817.

VOTRE lettre que je reçus à Thuélin avec le compte de Didot fit la consolation de mon exil celles des 13 et 20 novembre, que je reçois aujourd'hui, me font penser pour la première fois, à cette ennuyeuse lutte des droits contre les privilèges, qui remplit tout en France. Plus une pierre de voûte est bonne pour sa place, moins elle peut convenir ensuite pour tout autre bâtiment. De manière que tout ce qu'on fait en littérature en France, il n'y aura de bon que le point où on en arrivera en 1838. Dans les pays qui n'ont pas de but, les arts ont gardé leurs charmes coutumiers, tandis que votre Manie des grandeurs est un article de politique en vers et en cinq actes.

Psami re d'Egitlo est un ballet assez amusant de Vigano, qu'on a donné hier pour la dernière fois. Nous sommes arrivés le 21. Psami était précédé du second acte du Matrimonio Segreto. Galli, dans le rôle du comte, est seul parfait pour moi. La froide Festa faisait Carolina, et le


ténor Monelli, bon dans une petite salle, était sans couleur dans ce gouffre énorme. Après le grand ballet, le second acte de la Cenerentola de Rossini. C'est, comme Psami, du médiocre d'un grand artiste. Le tre Melarancie sont trois princesses que des génies enlèvent endormies dans leur lit, qu'ils apportent dans une forêt où le sabbat se tient, et qu'ils jettent par terre, le tout à la manière des Mille et une nuits. Aussitôt une fée enchantée les change en trois belles oranges et les emporte dans un sac. Arrive le génie el Mourab, monté sur un bélier gigantesque il fait venir en un clin d'oeil un chevalier qui n'était qu'à deux mille lieues de là, et c'est pour lui faire cadeau d'un sac où se trouvent 1° un joli pain de munition, ensuite un balai de trois sous, plus un paquet de ficelle. A la vue de ces jolis cadeaux, le chevalier (le jeune et superbe Molinari) saute sur le bélier qui part au petit trot et l'amène devant unecour fermée par une grille de fer il jette la grille en dedans, un chien énorme lui saute dessus, il le reçoit d'un air doux et lui remet le pain de munition que le chien va vite manger dans un coin. Un prodigieux géant, que l'on voit occupé à tirer de l'eau avec un seau qu'il attache à une tresse..immense formée de ses cheveux,


se porte contre le chevalier qui lui fait son compliment terminé par le don du paquet de ficelle. Le géant enchanté, s'assied sur la margelle du puits et s'endort.

Reste une diablesse de vieille qui, avec une pelle, chauffe un vaste four elle est séduite par le petit balai. Alors le chevalier s'élance dans le château et vole le sac où sont les trois oranges; il délivre, chemin faisant, une troupe de chevaliers ils rapportent les trois oranges à leur père les oranges, mises sur une table, deviennent énormes, et on en voit éclore les trois princesses mariages, balabile, etc. L'acte de l'intérieur du château où les trois princesses, rendues à leurs formes naturelles, parce qu'on ajugé à propos d'en faire des servantes, arrivent dans un salon où la fée, en sortant a rendu immobiles les chevaliers prisonniers cet acte, dis-je, est assez drôle. Le commencement de ce ballet est sublime, le milieu encore bon, la fin plate c'est du Vigano de troisième qualité. La considération de ces merveilles a rempli mon cœur et mes yeux depuis le 21 novembre. J'ai cherché et trouvé un appartement pour ma sœur; je l'ai présentée elle a déjà trois bonnes amies. On m'a bien parlé politique dans les


loges où je vais, vous sentez l'effet des choses vagues sur un adepte qui a eu. t'avantage de discourir avec Maisonnette et Besançon. Je me suis dépêché de fermer les oreilles.

Je trouve toujours ce pays bien supérieur au vôtre jugez-en. Le général prince de Starhemberg est peut-être le seul homme à courage français qu'il y ait dans l'armée autrichienne c'est un Lannes, un Lassalle de plus, grand prince de plus, frère naturel de l'empereur c'est donc un des plus grands personnages possibles. Il y a deux ans qu'en cette qualité il trouva bon de voler à un chien d Israélite de Ferràre pour cent mille francs de mauvais foin. Le conseil aulique commença un procès dont le jeune prince fit de bons rires avec ses amis. Il y a trois mois que tous les ofriciers, lui compris, qui se trouvent Milan, reçoivent l'ordre de se rendre en grande tenue au ministère de la guerre. Arrivés là, le secrétaire du Conseil de guerre donne lecture d'un jugement en vingt pages qui, dit-on, condamne le jeune prince à tirer les barques sur je ne sais quel fleuve des états autrichiens pendant six mois il sera dégradé, déclaré incapable de servir, et, en outre, condamné à restitution et aux dépens, s'élevant à la bagatelle de douze cent mille


francs. Le prince se mit à pleurer. Le greffier tire un nouveau papier l'empereur commue les six mois de galères en six mois de prison, et confirme le reste de la sentence. Le prince tire son épée, la remet au greffier, et, dans la même voiture de ville qui l'avait amené au ministère, part, sans rentrer chez lui, pour aller subir sa détention dans une forteresse de Bohême. Sa femme, laideron qui l'adore, apprend çà une heure après, prend la poste et lui court après. Elle est riche et paiera pour lui, qui reste, à trente-trois ans, déshonoré et sans le sou. Cela doit sembler bien ridicule à des gens brillants, qui ne savent pas faire obéir un préfet. Ceci fait le pendant du fils du maréchal, lieutenant fusillé à Vienne mais vous savez çà.

J'avais peur de ne pas trouver de quoi remplir quatre pages. Vous les trouverez peut-être bien vides, mais je ne peux pas vous fournir mieux.

Je lis jusqu'à deux heures je me promène jusqu'à quatre et dîne à cinq à sept je fais une visite ou deux à huit je parais dans la loge de ma sœur un ou deux amis à moi viennent m'y relever, et je commence mes petits tours dans la Scala jusqu'à minuit que le Ire Melarancie commencént 'à s'enfler sur la table du roi,


leur père, et à devenir grosses des princesses. Le reste ne valant rien, je reviens chez moi, où, dans mon lit, je lis jusqu'à une heure. Je lis les lettres de d'Alembert, Montesquieu et autres à Mme du Deffant, 2 vol. chez Léopold Collin. Les lettres de d'Alembert m'ont fait beaucoup d'impression, vu que ce sont pour nous, mon cher ami, des arguments ad hominem. Il était, en 1764, content avec mille sept cent francs de rente si content qu'il refusait une grande place à Berlin. Et vous avez l'effronterie, vous qui b.nd.z, qui plus est, de vous plaindre de dix lhousands

Mes six lhousands ne sont pas si clairs. J'ai 4.250 francs d'assurés par an, et 6.000 à toucher. Plus, si deux personnes, l'une de 59 ans, (le Salvaing) 1, l'autre de 71, quittent, je gagne 80 ou cent mille francs. Là-bas, le mépris me suffoquait voir dans la bouse de vache ce que j'ai vu si beau à Hinter-Linden de Berlin ou à Schoenbrünn, m'empêchait de digérer..Il est bien vrai que je ne trouverai jamais ailleurs la conversation des gens d'esprit comme Besançon, Maisonnette, etc. voilà 1. M, de Salvaing avait sa vie durantla jouissance d'un étage de la maison que Chérubin Beyle avait fait construire rue de Bonne et dont Beyle était propriétaire. Il vendit l'appartement Salvaing le 16 avril 1819 a Joaeph Robert.


ce qui fait que vos lettres me sont un besoin de première nécessité.

Que van Bross ait deviné Bombet, je m'en doutais mais j'ai toujours rempli mon but, qui était de ne pas parler comme auteur. Je me suis trouvé, à la chute de mes grandeurs, rempli d'orgueil, mais d'un orgueil tenace, que jeûnes, et prières n'ont pu chasser. Cet orgueil se sent fait pour être préfet ou député. Le métier d'auteur lui semble avilissant ou, pour mieux dire, avili. J'écris pour me désennuyer le matin j'écris ce que je pense, moi, et non pas ce qu'on pense; le tout, en attendant que le Moniteur m'apprenne que je suis appelé à la préfecture de N. place que je refuserais avec horreur, tant que je me verrais le collègue de M. Montlivaut1, etc., etc., etc. Voilà ce que m'a appris l'examen de mon intérieur, comme. disait feu Tartufe. Vous en savez autant que moi sur toutes mes cachotteries et me ferez plaisir de toujours épaissir. le voile. Le manque d'esprit d'Alfieri est dé moi, tout le reste de l'Edinburgh-Review. Idem pour le Paris d'autrefois c'est vous qui me l'avez indiqué. Le morceau sur l'italien est de Bombet. Il est très vrai qu'il 1. Préfet de l'Isère du 14 juillet 1815 à juillet 1816, avait laissé ,un déplorable souvenir de brutalité et d'intransigeance.


n'entend pas le toscan, ou, pour mieux dire, il l'entend, mais l'a peu entendu, Florence l'ayant toujours scié. L'article sur Vigano, c'est mon cœur et mon sang, comme dit Parny1. Le titre a été inventé par le libraire. Voici un bon. Si jamais vous relisez, vous qui connaissez, si bien la chose, usez un crayon à relever ce qui vous semble faux, ou mieux, faites un petit cahier des bévues, avec des renvois, et profitant du moment où l'auteur vous donne de l'humeur, dites-lui des sottises, ferme 2. Je n'ai pas vu. ce volume 3 depuis qu'il est broché. Il me semble qu'il doit paraître un peu Alfierien, c'est-à-dire sans esprit. Contez-moi net ce que vous en a dit Maisonnette, excellent juge à mes yeux, depuis qu'il méprise un peu ces gens que je méprise tant la Harpe et Suard. Si je ne vous dis rien des cadeaux dont il m'accable, c'est que je veux conférer ce soir avec mes amis sur les moyens -de transport s'ils sont en route, vous avez bien fait.

Je suis bien aise, car je vois que cet 1. Voir Rome, Naples et Florence, édition du Divan, tome 18, p. 169.

2. Mareste profita de la permission et fit tenir ses critiques à Beyle. Celui-ci les recopia à la fin d'un exemplaire des Fables de La Fontaine. Elles ont été publiées par Paupe La vie littéraire de Stendhal, Champion, 1914, p. 21. 3. Rome, Naples et Florence en 1817.


homme si aimable, et que la bonté de son cœur rend si supérieur aux Cromwells qui l'entourent, pense à moi cependant basla cosi. Ce pays est si stérile, que jamais je ne pourrai faire l'équivalent de ces deux précieux volumes. Il y avait un trou en Suisse où végétait un peu de liberté de la presse vous avez vu dans la Gazelle de Lausanne, n° 92, je crois, que les ministres de France et d'Autriche invéhissent là-contre. Cela est bien bête, à mes yeux, s'entend. Ou faites fusiller des libraires Palm1, ou ne nous ennuyez plus de votresottise vous n'avez pas les c.ll.s qu'il faut pour comprimer contentezvous donc de diriger, c'est-à-dire d'amoiridrir, d'égarer, comme le cardinal de Richelieu fit par son Académie Française. Je lirai les deux Moniteurs où bavardent les provinciaux, je vous indique, par contre le Moniteur du 31 octobre sur la liberté et l'arbitraire. L'auteur m'a écrit une excellente lettre ne le nommez pas. Au reste, je n'ai pu encore voir son Monileur. Je ne suis pas tout-à-fait de son avis je ne veux pas que le gouvernement se mêle le plus possible de mes affaires. L'Amérique-Nord me semble un modèle parfait voyez le Commenlaire sur Montesquieu 1. Palm est un libraire allemand fusillé en 1806 pour avoir vendu un pamphlet contre Napoléon Ier.


(par Jefferson)1.— Ce qui a intéressé surtout, c'est le détail de vos journées et soirées. J'ajoute, à ce que je vous ai dit de moi, que mon dîner d'hier, excellent et chez le restaurateur le plus noble, nous a coûté six lire à deux la loge, six lire les deux billets quatre lire. Or une lire vaut soixante-seize centimes. Cette vie est tout ce qu'il y a de plus noble et de plus splendide.

Ceci me conduit au matrimonio de. Besançon. Si la fille a cent cinquante mille francs, si elle est fille unique et qu'il n'y ait qu'une mère, je conseillerais d'épouser, parce qu'alors on peut rester à Paris en se foulant foncièrement de tout. Mais voilà ma condition sine gua non. Rester à Paris pour trembler chaque matin d'être supprimé dans quelque nouvelle organisation, c'est l'antichambre de l'enfer; je crois que tous les employés de province sont dans ce cas.

Je vous dis, pour ne pas l'oublier, que M. de Tracy m'a dit du mal du personnel de Mackintosh. C'est un homme qui ne voit pas nettement le rapport des peuples et des kings. Peut-être cela ne vous déplaira pas.

J'ai lu la phrase de votre lettre sur 1. Le .commentaire de Tracy, édité par Jefferson.


l'immortel Galiari à un Piémontais homme de goût, qui a été saisi d'un rire inextinguible c'est le Cimabue d'un art dont Perego, Fuentès, Landriani, Sanquiric, sont les Carraches. Mais je vous pardonne tout, si vous faites votre journal. Ah chien de paresseux vous allez m'objecter le travail dont vous êtes surchargé. Songez au beau voyage d'Angleterre en 1830 que paiera M. Ridgeway.

Pour mon affaire, ce qu'il y a de mieux, c'est le Ministère des Relations Extérieures, surtout si l'on veut vous promettre d'envoyer vite à S. Ex. Dal[berg]. Si cette voie est impossible, envoyez par la diligence, en recouvrant le paquet en toile cirée, en adressant à Lugano (Suisse), al signor Pietro Fontana. Le même Fontana, qui est curieux comme une femme, désire que le jour de la semaine que vous consacrez à Galignani, vous demandiez à ce maître fripon, combien il vous vendra un exemplaire du journal du dimanche, L'Advertiser, je crois, journal in-4 dont Van Bross a acheté un à Londres. Celui de dimanche ler arrive le 4 chez Galignani, qui nous l'enverrait le 11, au bout d'une semaine, quand il reçoit le suivant. Le commis se chargerait de ce soin et serait bien payé. On nous a dit en Angleterre que ce journal du dimanche qui a 52 nos


par an, rendu en France, ne coûterait que 80 francs. Si Galignani était un peu raisonnable, demandez-lui ce qu'il voudrait pour un infâme Morning Chronicle. S'il ne veut pas se défaire de celui-là, quel est le moins mauvais ensuite ? Le Times, le Statesman, le Gentleman Magazine de Philips, qui paraît tous les mois ? Je vous dirai d'après la connaissance des prix quels sont les moyens de transport. Mais une commission à laquelle je tiens bien plus, c'est que vous veuillez me rappeler au souvenir de madame Chanson est-elle bien délivrée de cette triste jaunisse, si peu faite pour une jolie femme ?

Dites à Maisonnette combien je suis reconnaissant. Quoi Il a trouvé l'instant de s'occuper d'idées si creuses Il a bien voulu rendre populaire un sujet si abstrait et qui aurait eu besoin que l'auteur sût bien écrire Voilà des procédés qui me feraient regretter Paris. Dites-lui qu'il me rende le service de rendre à cette Grande Ville sa splendeur ou du moins son honneur, et alors je retiens une petite chaise dans le salon du samedi. Envoyez par la poste la lettre au n° 63, rue des Petits-Champs, et, trois jours après, allez-y. C'est moi, qui écris à votre insu, du moins pour la forme de l'épître.


Adieu, Carissimo, me voilà à ma dernière page. Dites-moi votre avis sur la nouvelle édition de Molière par Auger, sur le Cours de littérature de Lemercier. Ce sera encore un Mezio Termine. Il nous faut Shakspeare pur. Una fides. J'embrasse Smidt, la bonne Mine, et même la brillante Aglaé with the clap 1.

634. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 3 janvier 1818.

E suis enchanté, ravi rien ne peut J payer de telles lettres. J'aime même la boueuse politique quand elle est traitée d'aussi haut. Vous ne m'en parlez pas assez au long. L'histoire de voir des gens inscrits pour parler contre a réveillé toutes les curiosités. Pour moi, je suis à peu près de l'avis de Quintus Fabius B[eugnot] le jury, en appel, me semble tout ce que ces enfants-là peuvent supporter seulement, si le jury n'a pas prononcé soixante jours après l'arres1. Avec le claquement, bruyamment, et non point comme le voulait bizarrement Stryienski avec le «claquoir » (gonorrhée).


tation des prévenus on leur ouvre la porte et on leur souhaite le bonjour jusqu'à nouvel ordre. Hier soir, dans une soirée de onze personnes, on s'est occupé une demi-heure de la loi sur les journaux qui a passé par cent quatre-vingt deux contre cent-trente-et-un. Si vous voulez juger de notre fanal, cherchez la Gazette de Lugano chez Galignani. Mais, pour Dieu parlez plus longuement de l'esprit politique de Paris.

J'en viens tout simplement à ce qui m'intéresse le plus. Je suis ravi de votre patience de mettre des notes marginales. 1 Vous devriez prendre des ex. chez Egron et en faire relier un avec quatre cahiers de papier blanc jetés tout à travers du volume. Cela est exactement mon journal. Je le lus à Crozet qui me conseilla of printing2 j'en étais aux deux tiers, quand vous me fîtes lire l'article sur madame du Deffant et celui d'Alfieri dans l'Edinburgh Review pour mettre ces idées en circulation, je les ajoutai. Je ne nierai point que Stendhal n'ait eu souvent des nerfs à Rome mais, dans ce 1. Ces remerciements s'adressent à la critique que Mareste, comme Beyle l'en priait dans sa lettre précédente, lui avait adressée sur Rome, Naples et Florence. Cf. Paupe La vie littéraire de Stendhal, p 21.

2. D'imprimer.


siècle fardé, n'est-ce rien qu'un livre de bonne foi ? Comment voulez-vous un portrait complet en deux cents pages ? Sur la vanité des jeunes Français, nous ne sommes pas d'accord. Il est trop clair que ce n'est plus dans le jabot et dans les femmes qu'ils la mettent mais c'est dans tout. Paraître est toujours plus pour eux qu'être. Voyez M[ettray] et tous nos amis de.Cularo. Quant à la ducomanie de Stendhal, outre qu'elle est fort naturelle chez un homme d'une si haute naissance, un beau jour, pour n'être pas reconnu, il a multiplié par la quantité comtes et marquis, toutes les initiales citées. Songez que la noblesse d'Italie, excepté Venise, est plus riche que jamais. Il y a ici deux cents familles à cent mille francs de rente, qui en mangent trente. Retenez ce trait pour l'Italie de 1848. Les nobles y auront (et je m'en réjouis) l'influence réelle et constitutionnelle de richesses immenses. Aujourd'hui, il n'a y que les comtes et marquis de Stendhal qui reçoivent. Je vérifie, par toutes les anecdotes que j'entends, ce qu'a dit Stendhal; je n'ai pas changé d'yeux. Je voudrais vous tenir ici en présence des modèles. Quant au P[iémont], Stendhal en savait trop pour parler. C'est incroyable, mon meilleur ami 1 en est. 1. Mareste lui-même.


M. Dalpozzo, maître des requêtes à Paris, ensuite président à Gênes, vient de se couvrir de gloire en faisant imprimer ici des plaidoyers ou consultations, pour mieux dire, qui dévoilent toute la vénalité of the (roman) Senale 1. Un peuple ainsi mené deviendrait le plus fourbe, le plus méfiant, le plus coquin de la terre en cinquante ans. C'est comme les. Grecs d'Athènes, gouvernés par l'esclave d'un eunuque noir. Je calomnie le Kislar-aga, sa justice vaut mieux.

Je suis fâché que vous n'ayez pas dit dans Paris exactement ce que vous me dites. Il n'y a d'important que la vente, et on ne peut pas tirer grand-chose de cette affaire. Dans tous les genres, il n'y a de bon que le naturel. Il en est tout autrement de l'histoire et même de Haydn. Tâchez de faire louer ce dernier. Si vous pouvez, tâchez de faire renouveler tous les trois mois l'annonce malérielle. Suivant moi, l'article de votre lettre ferait le meilleur feuilleton possible. On sent tout de suite une franchise qui touche. Si la Chambre ne s'est pas encore dégoûtée du noble métier de Bureau d'Annonces, faiteslui faire hommage of the book by your

1. Du sénat romain le sacré collège.


triend Coure1, qui n'a pas imité le Quintus Fabius et Cie. D'où sera-t-il préfet? Autrefois, les puissants avaient'la puissance et de plus le respect voyez M. de Choiseul. Maintenant ils n'auront plus que la puissance. Il faudra qu'ils baissent continuellement. les yeux, ou, à chaque regard, ils seront obligés de mâcher le mépris. Si vous saviez ce qu'on dit de l'ami de Maisonnette, et des autres Moi, je trouve le public injuste il faut que cela soit bien fort.

Nous venons de faire une grande et très grande perte. Sa Majesté s'est lassée du Conseil aulique et a nommé ou nommera des ministres comme à Paris. Elle a nommé M. Saurau, ministre de l'Intérieur il y aura des chefs de division pour chaque royaume. Celui d'ici n'a pas inventé la poudre, au contraire; mais il a cinq cent mille francs de rente et une fille unique il donne aux pauvres quatre mille francs par semaine il ne pense qu'aux moines il alla à Vienne, il y a deux ans, pour les redemander. Ce gouvernement qui ne tombe pas dans les Concordats, et dans l'oubli du passé, lui refusa sa demande. Au retour, on ne trouva pas sur sa porte l'excellent mot maison

1. Du livre par votre ami.


Bancal!, mais bien une figure de grandeur naturelle, en habit de Cour et fort ressemblante à lui, comte Bassi. De chaque poche, sortait une petite figure de moine et de religieuse, et lui, il embrassait de toutes ses forces un énorme f iasco, aussi grand que lui. Nous allons avoir le sage archiduc Regnier, et pour second, un M. Guicciardi. ministre ou préfet de police ici sous l'usurpateur. Quelques personnes lui accordent un talent supérieur mais tiendra-t-il les prêtres et les nobles comme notre comte de Saurau ? J'en doute. Les quatre dernières années de ce pays-ci sont un modèle, mais c'est du talent perdu ce qui est absolu n'est plus de mode.

Savez-vous que je suis encore effrayé de la vision que nous avons eue du préfet le plus libéral de France, je veux dire Apo[llinaire]2. Je vous jure que le plus illibéral d'ici vaut cent fois mieux qu'Apo[llinaire], non par les paroles, mais en aclions. Vous allez encore vous Stendhaliser, mais je vous assure que je suis froid et vrai.

1. La maison Bancal était la maison mal famée de Rodez où venait d'être assassiné un ancien magistrat, Fualdès Beyle fait Ici allusion à la main qui sur la porte de Talley.rand avait tracé maison Bancal.

2. Le comte d'Argout.


5 janvier. Voilà onze personnes gui viennent de décider un bien grand point (sur la presse). Puisque nos admirables ministres, avec une majorité aussi forte, n'ont pu avoir que onze voix; ils doivent voir que l'opinion veut le jury. C'est murer dans les cavernes intérieures du Vésuve un gaz inflammable qui, là, est dangereux, et qui n'était rien exhalé dans l'air. Il fallait faire des jurés payant deux mille francs d'impôts. Nous ne serons pas du même avis cela me semble une grande bêtise. Ne pouvait-on pas empêcher les élections de l'année prochaine ?

Il n'y a pas moyen d'y tenir avec de tels jacobins. Ou bien nous réconcilieronsnous de cœur avec ces bons ultras ? Eclaircissez-moi bien cette grande question. Dominique me disait qu'il se fiche d'être conquis il aime mieux le jury pour la presse, et les Prussiens. Avez-vous regardé l'événement de la Wartbourg1 le 18 octobre ? L'Allemagne en est à son 1789. Que pense notre âmi Maisonnette ? car je pense, moi, que tout son cœur n'est pas dans ses vingt-cinq mille francs. Nous n'aurons pas toujours des gens de 1. C'est au château de la Wartbourg que le 18 octobre 1817 eut lieu l'assemblée de la jeunesse allemande qui fut le signal d'un important mouvement politique.


génie pour ministres. M. de Choiseul était bien puissant il a pour successeur l'infâme d'Aiguillon. Si les deux tiers des Français disaient qu'il est nuit à dix heures du matin, le king doit dire de même, si le métier lui plaît.

SPECTACLES

Mais parlons spectacles, nous serons moins' dissidents. Le 26 décembre, la Scala a ouvert. L'abonnement coûte cinquante francs jusqu'au. 14 mai. L'opéra les Deux Wladimir, exécrable copie de Mérope et d'Héraclius, a une musique volée à l'Académie impériale de musique, id est savante, plate et ennuyeuse au suprême degré c'est de Winter, jeune poulet de soixante-dix-neuf ans. Vous lui devez Proserpine. Le premier jour, on a sifflé cette infamie le second, cent billets donnés l'ont fait tolérer. Tandis qu'on le huait, il pleurait de joie. On applaudissait la, fille naturelle de ce grand homme, mademoiselle Metzger, jeune créature criblée de petite vérole, laide et catin au suprême degré, mais voix superbe. C'est un soprano, pas si haut que la Bonini cela plairait à Paris. Madame Camporesi a une voix froide-et magnifique. C'est peut-être la première


après la sublime Catalani. La Marconi, contr'alto passable, plus laide encore que la Metzger. Madame Camporesi, avec des traits superbes, est déplaisante. Le 18 janvier, nous aurons Ciro, de Rossini ensuite un opéra de Soliva et le 14 mars, Don Juan,pour la troisième fois en deux ans. A Venise, fiasco infâme aux deux théâtres San Mosé et la Fenice. Ils ont sifflé Tachinardi, Galli et la Festa. Les deux premiers sont des dieux pour moi. A Naples, l'Armida de Rossini a eu le plus grand succès mais on a été obligé d'aller le chercher à la campagne avec de la maréchaussée et de le mettre en prison pour lui faire terminer la. partition. Le carnaval, à Naples, ne commence que le 12 janvier. Je ne vous parle pas de beaucoup de petits fiascos dans les petites villes on a de l'humeur, on la passe sur les acteurs.

BALLETS

Oh a été sur le point de mettre en pl ison Vigano.. Cet homme de génie ne sait pas composer sur le papier. Il a commencé Dédale el Icare le 4 août et l'a fini le 25 décembre, en faisant répéter de dix heures du matin à six, et de dix heures du soir quatre heures après minuit. Dédale,


sifflé le premier jour, est comme les tragédies historiques de Shakspeare ce n'est pas Racine ou Voltaire qui peuvent faire cela, l'action est profondément urate mais cela a peu d'intérêt. Chaque jour, cependant, ce ballet a plus de succès. Les machines en sont pitoyables, les décorations mauvaises, excepté la dernière c'est la cour de Neptune. Rien moins que des poissons dansants dans un palais de madrépores et de corail. Cela est magnifique et surtout singulier, mais ne peut pas se comprendre à Paris. Cela convient à mes nerfs et m'occupe pendant huit jours. Le second ballet de Vigano a été aussi tellement sifflé qu'on l'a supprimé. Nous en aurons un nouveau le 12 janvier, et le 24 Otello, grand ballet. Il paraît que Mirra, que je n'ai pas vu, était un chefcl'oeuvre on pleurait. Remarquez que les tragédies de mon dieu Shakspeare donnent des ballets tout faits. Le balabile, les danses sont pitoyables, à l'exception de dix jeunes élèves charmantes. La pantomime de Dédale est très bien jouéé par Molinari (Minos), Pallerini (Procris), et surtout par la Grassi (Icare). Icare a quinze ans, et ses mouvements font tirar l'uscetto1, c'est un grand bien.

1. Tirer la petite porte (du pantalon à pont). Stryienski proposait cette autre version « tirar l'uccello. »


Le petit théâtre Re nous a divertis par le Roi Théodore, mal chanté. Paisiello est bien gai; mais après une demi-heure de cette musique, on est tout surpris de s'ennuyer. Depuis deux jours, le Comte de Comminges.; l'encre est blanche auprès de cela la musique est du jeune Paccini, et a beaucoup de succès, je ne l'ai pas vue. La chute de Tramezani a retenti ici. Stendhal n'avait-il pas raison ? Madame Boroni1, contr-alto, est une cidevant maîtresse de Dominique.. Son mari, M. Chappuis, est ce courrier que je voulais vous faire protéger auprès de M. de Gooddi. Si vous voulez une lettre pour elle et lui, vous aurez une lucarne sur le théâtre mais c'est un ton de dix degrés au-dessous d'Aglaé, Guicciardi, Bassi. Je vous écrirais encore quatre pages, mais je vais faire partir cette lettre, car pour écrire fin, je me fatigue la main. Communiquez au cher Vicomte ce qui peut l'intéresser de ceci. Faites hommage à la Chambre of the Hislory and Life of H[aydn]. Soyez franc dans les articles. Faites annoncer par le titre. J'ai prié le vicomte de m'abonner au Journal du Commerce pour trois mois, à partir, du 1. Angela Pietragrua.


1er janvier, même adresse que votre lettre. Priez-le encore de- m'acheter chez Barrois, le n° 56 de l'Edinburgh-Review et de me l'envoyer par la poste moyennant vingt sous pour les vingt feuilles.Vous devez en juger chez Galignani.

Ce 4 au soir, je viens de faire toutes mes visites de départ. Soyez convaincu que dans chaque maison l'on dit « Ah si nous pouvions en pendre seulement 50 (mettez libéraux ou nobles, suivant le parti). Les ultra annoncent qu'il va y avoir une grande crise, et qu'il y en aura plus d'un à la lanterne. Ils sont désespérés. Si l'on voulait calmer, il faut absolument un autre maire non noble (les deux ou trois derniers l'ont été). Surtout remplacez M. Grand-Thorane, le Procureur général. Vous demandez du pratique, en voilà. Adieu, je suis charmé de me trouver demain dans un pays où tout me sera indifférent. Je compte un pou sur une lettre de vous vers la fin du mois. Crozet me promet de venir depuis quinze jours, et je fuis sans l'avoir vu. Vivent les lambins Ths JEFFERSON.

S. Ex. M. le Comte de Gabriac est amoureux de Mme Foletti Boral à Turin, et, s'il le faut, je puis lui faire parler pour


ces charmants voleurs qui sont pour moi la Manne dans le Désert. Lisez' votre journal du 29 au 30 décembre, vous verrez le changement.

635. A

AU BARON DE MARESTE

Milan, 25.janvier 1818.

Mon cher Ami,

IL y a eu 500 exemplaires du Voyage (en Crimée). 1 Le libraire Egron en a distribué gratis 40 ou 50. Il est

convenu, par sa dernière lettre de novembre, de payer 3 francs chaque exemplaire qu'il vendra. Il lui était dû 200 fr. Voudriez-vous, quand vous vous trouverez près de ce quartier perdu2, lui remettre une lettre que vous recevrez et lui demander la réponse et l'argent ? Vous trouverez un homme d'esprit fort poli et une face rappelant d'une manière singulière celle de J.-J. Rousseau. Si, contre la coutume' des libraires, il vous 1. Beyle désigne ainsi Rome, Naples et Florence. 2. Egron habitait au 37 de la rue des Noyers, qui, partant de -l'actuelle rue Saint-Jacques, aboutissait un peu au sud de la place Maubert.


remet l'argent, portez-le de la même course de cabriolet, à M. Pierre Didot. Le dit Pierre m'a demandé il y a trois mois 1.440 francs. Ce compte est trop fort de 150 francs, mais il attend depuis septembre si M. Egron vous donne quelque chose remettez d'abord 50 francs au Vicomte 1.

Si ce que dessus vous ennuie le moins du monde, remettez la pièce au père de cinq enfants 2. S'il n'était plus le père que de deux, je la lui aurais adressée d'abord. Mais aurait-il bien cet excès d'effronterie de demander à un honnête homme l'argent qu'il lui doit ?

Je brûle de recevoir par la poste le numéro 56 de l'Edinburgh-Review. Le numéro 55 a paru à Londres en juillet. Donc on peut espérer un numéro 56. La poste m'a apporté le numéro 54 ici moyennant vingt sous d'affranchissement pour vingt feuilles. Si on faisait des difficultés au Vicomte, priez-le, entre deux parties d'échecs et quand il sera en high spirits3 pour vous avoir fait mat, de porter le numéro 56 au libraire Jombert, rue du Paon n° 1 (près Madame veuve Courcier). Ledit Jombert m'en a envoyé d'autres numéros pour 1. Le Vte de Barral.

2. C'est encore Barral que Beyle désigne ainsi. 3. De bonne humeur.


vingt sous et se chargera de cette commission. Si j'avais chaque mois trois conversations avec vous et une Edinburgh, je serais heureux. Pour être heureux il faut trouver son bonheur dans sa chambre fermée à double tour.

Pour être heureux, il ne faut pas de nerfs agacés par le dieu de l'éloquence. Je sens dans ce moment que ce dieu m'inspire à rebours, ainsi je ne puis rien vous dire d'agréable pour faire passer l'amertume d'une course rue des Noyers. Il me semble que l'aimable Maisonnette n'a pas assez de pouvoir pour mettre M. Aubertin sur la même ligne de bonheur que Jay de Grenoble 1. Faites vendre les Vies de Haydn si vous pouvez. C'est un book si bénin que ce bout de Journal des Débats ne refusera pas d'en parler. Quant au Voyage 2 je ne vous demande rien, ça n'en vaut pas la peine. Reportez votre bonne volonté sur les Vies. Songez qu'il y a huit cents orphelins qui pleurent en magasin, et huit cents orphelins à quatre francs.

Plutôt que d'attendre encore les deux 1. Louis-Joseph Jay avait été le professeur de dessin d'Henri Beyle à l'École centrale de Grenoble. TI avait en 1817 publié une traduction des Lettere Pittoriche de Bottari. Beyle parle surtout de lui dans la Vie de Henri Brulard.

2. Rome, Naples et Florence.


books anglais, envoyez-les moi par la poste. Ici on laisse tout passer.

Je puis faire parler à M. le comte de Gabriac qui fait l'Ambassade. Adieu, j'ai trop de nerfs pour écrire. Mille choses à M[aisonn]ette. Où en est son épître ? Quand B[enjam]in Constant mettrat-il. en vente son Histoire de la Religion1 ? Elle est imprimée. Laisserez-vous vendre en mars le livre de Madame de Staël ? Laisserez-vous un cinquième de Jacobins arriver. l'année prochaine ? That is the question.'

636. A

AU BARON DE MARESTE

Milan, le 12 mars 1818.

ENFIN, vous voilà en pied, mon cher ami, et distribuant des passeports aux voyageurs ébahis qui viennent d'être renvoyés de commis en commis, pendant vingt minutes, et avec sept mille francs encore 2. Je vous assure que cet heureux événement m'a donné une 1. Cet ouvrage ne parut qu'en 1824 et Stendhal lu i consacra un long article, non, signé dans le London Magazine de novembre 1824.

2. Mareste venait d'obtenir un poste au bureau des passeports de la Préfecture de Police.


joie sincère. Est-il vrai qu'il date du 1er janvier dernier? C'est le cas de le dire chi la dura la vince1. Rien de nouveau. Un ballet d'Otello archi-sublime trois opéras de suite archi-plats. Le dernier de Solliva est le plus mauvais de tous. Nous allons en avoir un de Winter et un de Morlachi. Ici, les Romantiques se battent ferme contre les Classiques vous sentez bien que je suis du parti de l'Edinburgh Review. A propos, remettez à M. Jombert le numéro 56, il me l'enverra par la poste. Ne pourriez-vous pas risquer la même voie pour les autres livres ?

Au reste je serai à Grenoble en avril. Je vous en donnerai avis. Ne négligez pas M. Hélie. Songez que la place peut tomber. Et comment va le cher Maisonnette ? Quand paraîtront ses articles ? Je n'y pense que quand je songe aux 1.442 francs que je dois à Didot. Ne pourriez vous pas faire faire hommage à la Chambre des Députés de l'Histoire [de la Peinture en Italie] ? Cela équivaut à une annonce. J'ai vu avec plaisir cet homme d'esprit, M. Courvoisier, recevoir le prix de son zèle désinteressé. Lyon en 1817 2, fait grand bruit hors de- France.

1. Celui qui persiste triomphe.

2. Beyle désigne ainsi avec prudence son propre livre Rome, Naples et Florence en 1817.


Ah si vous aviez le temps de m'écrire Rien depuis la fin de décembre. Le Vicomte aussi est devenu d'airain. Il m'écrit quatre lignes sur les tableaux de Raphaël qu'il a vus avec vous.

Nous aurons ici Marie Stuart, ballet de Vigano. Comment s'en va votre Opera buffa ? Dites à vos plats journalistes de vanter un peu les ballets de Vigano et les décorations de Milan. Nous en avons eu cent-vingt-deux de nouvelles en 1817 chacune coûte vingt-quatre sequins. Si vous n'avez rien de mieux envoyezmoi les deux volumes anglais, francs de port, par le couvert du Ministre, à M. Félix Faure, substitut du Procureur général, rue de Bonne à Grenoble Je serai à Grenoble pour vingt-quatre heures en avril. Souvenez-vous que vous avez là un Monsieur Michoud, Conseiller, homme de premier mérite et de grand courage. Vous n'avez pas le temps de lire mais le samedi, chez Maisonnette, vous devez apprendre des nouvelles littéraires: Je pense qu'il peut bien paraître à Paris six volumes par an, dignes de vous. Faitesmoi connaître ce qui vous semble bon. Voyez-vous quelquefois M. Masson et M. Busche ?


637.—A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 21 mars 1818.

AH mon cher ami, je commence par essuyer mes larmes. J'ai tant ri en voyant ce pauvre vicomte ouvrant la lettre d'Isa-ac, que je laisse tout là pour vous remercier. L'absolu et son histoire sont divins, et les Mémoires de Rovigo

Quand je lis vos lettres, j'ai, pour un instant, le regret de n'être pas à Paris. Ce que vous me dites de la place est vrai mais je ne sais pas solliciter. Vous rappelez-vous l'effort que nous eûmes à faire sur nos caractères pour nous mettre en bas de soie et aller chez Mme Beugnot, et, quand nous fûmes chez le portier, nous restâmes tout pantois d'apprendre que depuis quinze jours elle ne recevait plus. N'est-ce pas là une maladresse insupportable, un manque absolu de talent ? Quand vous avez eu un oncle' ministre, vous avez fait comme moi quand j'avais un cousin 1, vous avez réussi. De plus,

1. Pierre Daru.


vous êtes de la faction, si ce n'est dominante, du moins aimée en secret moi, je suis ouvertement un chien de libéral. pour tout potage. Vous souvient-il du mépris que Stendhal témoigne quand il est à Francfort c'est un morceau de mon journal de Paris. Donc je ne suis pas encore assez misérable pour aller admirer les rapports de messieurs tels. J'ai éprouvé, d'ailleurs, que, pour tous les sots, je sens l'orgueil d'une heue. Sans haïr personne, j'ai toujours été finement abhorré par la moitié de mes relations officielles, etc., etc., etc. Enfin, l'Italie me plaît. Je passe, de sept heures à minuit, chaque jour, à entendre de la musique et à voir deux ballets le climat fait le reste. Savez-vous bien, Monsieur, que depuis six jours nous sommes à quatorze degrés de Réaumur ? Savez-vous qu'à Venise on vit da signore pour neuf lire, et que cette lira-là vaut cinquante centimes? Je vis encore un ah ou deux à Milan, puis autant à Venise, et puis, en 1821, pressé par le malheur,' je vais à Cularo, je vends la nue-propriété de l'étage de M. de Salvaing, dont B[igillion] m'offrait dix mille francs cette année, et je vais tenter fortune à Paris. Otez-moi le sentiment de mépris, rendez-moi les chevaux du Carrousel, et me voilà. Vous me trou-


verez fou mais que voulez-vous ? tout ce qui en vaut la peine, dans ce monde, est sot. Le bon côté de ce caractère est de prendre une retraite de Russie comme un verre de limonade. Prenez-vous-en à vous-même, mon aimable ami, si je vous ai parlé aussi longuement du moi. Aubertin a examiné votre balance. Il craint, comme vous, une bêtification à peu près inévitable. Remède cinq heures exactement payées chaque semaine et consacrées à un travail antiputride. Recipe: la nouvelle édition d'Helvétius chez Lepetit et Crapelet, 15 fr., 3 vol., les quatre volumes de Tracy + Jefferson, total huit volumes, et lisez-moi cela cinq heures par semaine, montre sur table lisez de plus les quatre Edinburgh-Review chaque année.

D'après le tapage charmant que fait le' livre de cet infâme défenseur d'Antinoûs 1, je ne doute pas que le chef des prêtres et tous les autres honorables enc.l..rs ne veuillent se procurer un livre si bien pensé.

Cent trente ex[emplaires] vendus me libèrent envers D[idot]. Donc je puis 1. Le passage-sur Antinoüs dans l'Histoire de la Peinture en Italie était un de ceux qui avalent le plus ameuté certains journaux et en particulier Les Débats, contre ce livre jugé immoral.


appliquer les 395 35 d'Egr[on] à mes amours, l'Ed. Review. Je joins ici un mot pour Egr[on] qui me vole ung petit. Quand vous en aurez le temps prenez sa traite de 395 35. Vendez-la à l'escompte et remettez l'argent à Van Bross pour Dessurne.

Le dit calicot m'achètera la collection complète de mon cher Edinburgh-Review qu'il adressera à Jombert. Pour votre peine gardez-en dix pendant six mois. car il ne me faudra pas moins pour dévorer les dix-sept autres. La moitié est à sauter net mais le reste vaut un peu mieux que la façon de MM. V[illemain], Auger et même Lacretelle. Cela bat diablement en ruine la ci-devant soi-disant littérature française.

Il ne manque au charmant Maisonnette que de comprendre Jefferson (qu'il se garde bien de relire Montesquieu) 'et de se faire traduire huit articles de l'Edinburgh Review par exemple, dans le n°52, je crois l'article sur la nouvelle édition de Swift, et les grands articles du numéro 50 sur Dante, Pétrarque et lord Byron. Au lieu de faire un article sur Stendhal, articulez sur Bombet 1. Songez à huit 1. Stendhal vent dire qu'au lieu de faire parler dans les Journaux de Rome, Naples et Florence (Stendhal), il est préférable de faire écrire des articles sur les vies de Haydn, Mozart, Métastase (Bombet).


cents [ex.] en magasin. Les cent cinquantehuit Stendhal se débiteront d'eux-mêmes. Le Bombet est bénin, bénin. Personne ne s'imaginera. C'est ce matin que j'ai lu la réclamation dans les Débats du 9. J'ai craint jusqu'à votre lettre que l'excellent Maisonnette ne fût effleuré1. J'en serais au désespoir. Rassurez-moi bien là-dessus et, s'il le faut, mettez des cartons et effacez la fatale note sur aide-bourreau. Je vous en prie, tirez cela bien au clair et qu'il ne soit pas compromis pour moi.

Avez-vous l'article de Crozet ? Faitesmoi le plaisir de le donner à quelque noble écrivain du coin pour qu'il en fasse huit copies à deux francs l'une. Ne pourrait-on pas envoyer copie de l'article de Crozet à huit journaux ? Par paresse, ils extrairont ces articles. Ne pourrait-on pas faire hommage à nos législateurs de la Vie de Haydn et de Mozart ?

Le commencement de l'article de Maisonnette sur Bombet est délicieux. Voilà la grâce française, l'urbanité que les deux Chambres nous feront perdre le. lourd raisonner viendra à sa place. D'un autre 1. Lingay avait publié dans le Journal de, Débats du 6 mars un article sur la livre de Beyle, mals ce même Journal des Débats le 9 mars avait violemment désavoué l'article de son collaborateur Lingay (Maisonnette), en faveur de l'Histoire de la Peinture en Italie.


côté, aux louanges près, qui sont toutes excessives, l'article de Crozet est un véritable extrait, donne une idée plus appropriée du livre. Ne pourrait-on pas se rédimer du reproche d'enc.l.g. par un cri de l'innocence persécutée ? Une bonne réclamation, bien insolente, dans le Journal du Commerce, pousserait à la vente. Je suis comme l'huissier « Frappez, monsieur, j'ai quatre enfants à nourrir. » Le ton aigre de ce conaillon de Marie Boutard qui aura fait l'article appelle une réponse aigre. Le tout uniquement pour. vendre. Il faut répéter à ce public si bien nommé flasque, qu'il doit, en conscience, acheter un livre si beau. Voyez donc si vous ne pourriez pas, entre deux passe-ports accoucher d'un cri de l'innocence.

My dear, en juillet 1817, vous me disiez qu'il n'y avait pas eu de conspiration à Lyon. Rappelez-vous les instructions données à Màrmont vous étiez tout Sainevillel, alors. Et les trois fugitifs en Suisse, que Watteville ne voulait pas rendre ? Et cet ami vôtre, noblement employé par le Feltre à lui fournir de petits complolins ? Je vous trouve changé. Vous parlez as an agent of the King et 1. Charrier-Saineville, licutenant général de police à Lyon.


non os lover of the future happiness of the country1. On saura qu'une Cour pré- vôlale a fait fusiller vingt-huit pauvres diables, dignes au plus d'un an de prison où est le mal ? Il est sublime not for the K. but for the happiness of the country2 qu'on discute publiquement et librement en mars 1818 des événements de juillet 1817. Savez-vous ce qui se passe encore ? Moi je le sais par les Anglais voyageurs. Je vois trembler vos plats préfets, dont trente encore sont exécrables et vingt faibles. Savez-vous les progrès de la couleur verte à Cularo, et les prêtres portant aux nues Donnadieu 3 et lui disant au nez qu'il efface Bayard et Lesdiguières ?

On m'écrit que Choppin 4 va être rappelé. Cela est faux, me direz-vous. Soit, mais on me l'a écrit. Dites-moi donc qu'on a peur de ces terribles cinquièmes, qui s'échelonnent dans l'avenir. Je ne vois pas de milieu il faut être ou tyran de fer comme Bonaparte, ou 1. Comme un agent du Roi et non comme un amant du bonheur futur du pays.

2. Non pour le Roi, mais pour le bonheur du pays. 3. Le général Henri-Gabriei Donnadieu, né à Nimes en 1777, commanda à Grenoble la 7e division militaire de décembre 1815 à fin mars 1818.

4. Choppin d'Arnouville était préfet. de l'Isère depuis août 1817.


raisonnable en laissant raisonner. Je ne crois pas que le Cardinal de- Richelieu lui-même se tirât d'affaire par un mezzotermine. On peut amasser quatre millions et un duché, mais intérim la boutique va au diable. Je conclus qu'au fond du cœur vous êtes, sans vous en douter, un peu ultra. Moi, je veux la constitution actuelle, moins les deux noblesses, et plus le jury pour la presse plus encore, dater de la troisième année. Autrement, l'homme qui jouit d'une rente viagère ne peut aucunement lier son successeur. Cette phrase vous semble triviale patience, vous la rencontrerez un million de fois d'ici à trois ans. La France, aura la colique jusqu'à ce qu'elle accouche de cela c'est l'avis à peu près unanime des voyageurs anglais. Au reste, la France sera bientôt le pays le plus. heureux de l'Europe, sans aucune comparaison. Ce qu'on paye aux alliés ne signifie rien. Nous ferons une bonne banqueroute des deux tiers en 1830. Je crois, avec Jefferson, que c'est là la seule bonne politique. Autrement, vous ne manquerez pas de Pitt, que les immortels Lacretelle appelleront probes, parce qu'ils ne laisseront pas de quoi se faire enterrer. La moindre faute de Timon peut vous jeter dans une mer de sang. Les demi-pacanls, les riches Paysans


sont enragés et contre qui ? et où est la force réelle? Je ne conçois pas que vous laissiez partir les étrangers: Point d'étrangers et point de concordat, l'un ne. va pas sans l'autre. En ce sens, je suis de l'avis du Stanhope. Est-il mort, au moins ? S'il peut se tirer des duels, il a un nom mais te pas est difficile. Expliquez-moi donc cet enfantillage de renvoyer les étrangers ? Probablement, vos espions vous trompent par des rapports, ou ils vous flattent. Ayez .donc des copies des rapports que les espions russes envoient à leur maître. Mais bon Dieu vous êtes abhorrés par toute la canaille comment ne le voyezvous pas ? Une glace d.'un pouce d'épaisseur vous sépare de 1793. Voyez donc que l'Angleterre est hors d'état de payer une nouvelle coalition, pendant deux campagnes répondez un peu à ceci par de vives raisons.

Ah mon ami, quelle voix que celle de mademoiselle Elena Vigano Figurezvous que la loge de ma sœur lui a coûté, par grâce singulière, trente francs. Elena est fille de Vigano et sœur d'Olèllo, de Mirra, de Promethée et autres chefsd'œuvre que j'adore. Canova, Rossini et Vigano, voilà la gloire de l'Italie actuelle. Elena est le premier amateur de l'Italie elle a eu hier vingt-cinq ans. C'est bien là


il canlar che nell' anima si sente1. Sa voix légère est légèrement apparinala (voilée) au premier air. Pour elle, c'est le brio, l'esprit, la coquetterie même. Je vais chez elle depuis un mois et l'entends chanter chaque soir. C'est une véritable âme d'artiste elle a fait des choses héroïques pour l'amour. Par exemple, veiller sept mois de suite un amant mourant, et, étant à Venise pendant le blocus, traverser les postes autrichiens, dans une gondole, être arrêtée vingt fois, et, enfin, voir cet amant, lequel au bout de sept mois d'étisie, est bien et dûment mort à Padoue. Voyez dans le journal du 22 et dans celui du 24 ou 25 les détails de son concert de ce soir. Toutes les dames de la ville l'abhorrent car elle a le talent de réunir quinze hommes tous les soirs et quarante le vendredi; talent absolument inconnu ici. Une femme craint toujours qu'une autre lui ruba il morous2 (l'Innamorato).—Mon thermomètre est ceci quand une musique me jette dans les hautes pensées sur le sujet qui m'occupe, quel qu'il soit, cette musique est excellente pour moi. Etes-vous sujet au même phénomène ? Toute musique qui me laisse penser à la musique est médiocre pour moi.

1. Le chant qu'on sent dans son âme. 2. Vole son amant.


24 mars. Une musique détestable est celle 'de- Winter, l'Etelinda, sifflée hier soir. Le ballet de Vigano, la Spada di Kenneth, roi d'Ecosse, est bien joli. On avait trouvé Olello trop fort, trop plein d'action, trop tetro la Spada est une fête pour l'imagination. La Pallerini et le jeune danseur Molinari vous feraient .un vrai plaisir. Nous en avons bon besoin toutes nos musiques de cet hiver ont été éxécrables. Les génies sont en monnaie dans tous les genres. Moi, je me fais saigner dans une heure à cela près je suis fort bien. La suite à demain. Your Ministry is faible. Dans quel sens la nation a-t-elle marché depuis mars 1817? Dans un sens absolument opposé aux vœux of the M. le Ministre de la Justice oserait-il aujourd'hui faire condamner Riou et Comte, et Dunoyer? Doncyour Ministres ne dominent en aucune manière les événements et laissent tout son jeu à la théorie. Votre loi sur le recrutement est une horreur. Cela est aussi foolish que de laisser sortir nos amis les ennemis, but all that is very well for the country'. L'arbre du jardin de Galignani devient bien respectable. The f uture Congrès, they

1. Mais tout cela est très bien pour le pays.


say, is only made for speâking il for1 le traité avec la France et pour museler lès libéraux de la presse.

Un Anglais.

Dites à Maisonnette de ma part, qu'à la place of his friend, je supprimerais toute noblesse et garderais lhe foreign Army2. Le contraire et la loi du recrutement me semblent deux lourdes fautes. Thal is of me3.

FINANCES

Vendez la traite de 395 francs. Sur le produit remettez 40 francs à Jombert, 30 au Vicomte et le reste à Van Bross pour M.' Dessurne qui m'achètera les vingt-cinq premiers volumes de l'Edinburgh pour douze guinées, chez Priestley 5 High Street, Blomsbury, Londres. Si la traite rend moins de 340 francs remettez Rien au Vicomte et 40 francs à Jombert. Le Vicomte me fera crédit pour les 34 fr. que je lui dois.

1. Le futur Congrès, disent-ils, est seulement fait pour parler du traité.

2. L'armée étrangère.

3. Ceci est de moi.


POLITIQUE

Dans ma précédente de janvier, je vous demande if the friend of Maisonnette shall nol become ultra by lhe fear of the imminents CINQUIÈMES 1. Cela me semble toujours probable. Comment faire for intercepting. these cinquièmes 2 ?

Je vois dans les Débats le rappel du vert Donna[dieu]. Bon mais le sous-préfet de Bourgoin ? mais tous les sous-préfets de 1815 qui sont verts ? Ah vive la Minerue et son n° VI

En terminant ces plàtes huit pages qui seront suivies de huit autres, écrivezm'en deux pour ne pas laisser moisir les nouvelles.

Je n'ai encore rien reçu de mon libraire, pas même l'Edinburgh Reviéw par la poste. Ah Voilà te vrai malheur de n'être pas à Paris Bien des choses 'à Isola Bella 3 et au charmant Maisonnette. N'a-t-il point 'été fâché de la diatribe du 94 ? Je suis prêt à tout faire, c'est-à-dire à cartonner pour peu qu'il le désire. Pour 1. Si l'ami de Maisonnette ne deviendra pas ultra par la crainte des imminents cinquièmes. La Chambre devait être renouvelée chaque année par cinquième.

2. Pour intercepter ces cinquièmes.

3. Louis de Bélisle. 4. Désaveu du Journal des Débats, dans le n° du 9 niara 1818.


vous, lisez Jefferson, et plus de Benjamin Constant c'est de la bouillie pour les enfants.

638. G

A X.

7 april [1818].

Monsieur,

Vos vers sont si jolis que je vous en aurais remercié depuis longtemps, si au lieu de me donner des louanges exagérées ils célébraient une personne assez heureuse pour réunir toutes les qualités aimables qu'ils peignent si vivement. Je conserverai précieusement cette jolie octave et'je la montrerais plus souvent à mes amis si le talent du poète avait un peu plus ménagé ma modestie. 'Je garderai le souvenir de l'aimable connaissance que M. Toffetti m'a procurée, et je serai heureux, Monsieur, si le hasard nous rapproche, j'espère que vous aurez à me montrer de nouvelles preuves de votre beau talent.

Agréez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments bien distingués,


639. A

AU BARON DE MARESTEGrenoble, le 9 avril 1818. (Maison Bougy, place Grenette, 10.)

MON aimable ami, le procès et la maladie de ma sœur me. tiendront ici un long et ennuyeux mois. J'espère, comme moyen de salut, quelques lettres de vous. Je vous expliquerai la position de Milan et vous me comprendrez ensuite à demi-mot. Je vous décrivais les merveilles de nos arts. Cela faisait la seconde partie de ma réponse à votre délicieuse lettre de dix-huit pages, que je sais par cœur. Vous aurez trouvé, sans doute, trop de politique dans la mienne. Comme vos agents vous flattent, j'ai copié la manière de voir de plusieurs Anglais qui ont passé chez nous en dernier lieu. Je suis d'avis qu'il faut garder l'armée d'occupation et s'en tenir au Concordat de 1801, plus une ordonnance du Roi qui, pour dix ans, défende tous les titres, une suspension provisoire de la noblesse, comme nous avons une suspension provisoire des trois quarts de la Charte.

Vous reconnaîtrez la sottise de mon


cœur le discours de M. Laffitte, lu hier à Chambéry, m'a pénétré de douleur. Je pense qu'il exagère pour tâter du ministère. Je pense de plus; avec Jefferson, qu'il faut faire au plus vite et proclamer la banqueroute. Sans les emprunts, on n'aurait pas payé les Alliés. Ils auraient divisé la France ? Où est le mal ? fautil être absolument 83 départements, ni plus ni moins, pour être heureux ? Ne gagnerions-nous pas à être Belges ? D'ailleurs, il faudrait une garnison de vingt millé hommes par département, pour garder, au bout de cinq ans, la France démembrée. Si l'on avait déclaré que les dettes contractées sous un roi, ne sont pas obligatoires pour son successeur, voyez Pitt impossible et l'Angleterre heureuse. Comme votre aimable ami (Maisonnette), poursuivi par la politique, jusque dans sa tasse de chocolat, doit être non moins poursuivi par les flatteurs, communiquez-lui ces idées américaines. M. Gaillard, consul à Milan, fut invoqué dernièrement par quelques Français qui, à la Police, avaient des difficultés pour un visa oublié sur leurs passeports il répondit en refusant d'intervenir « Je suis Consul du Roi et non des Français ». Le comte Strassoldo, indigné du propos; fit lever la difficulté. Vous maintenez, de


tels agents et vous renvoyez l'armée d'occupation.

Je trouve ici un préfet un peu méprisé, pour n'avoir pas répondu, en Français; aux provocations entendues par ses oreilles au cours de la Graille 1, devant cinq cents témoins. Je suppose qu'il avait ses' ordres. D'après mes idées, chez un peuple étiolé par deux cents ans de Louis XIV, il est utile d'avoir des autorités personnellement méprisées. Cependant, je vous engage à renvoyer M. de Pina 2.

J'envoie à l'aimable. Maisonnette les tragédies de Monti c'est le Racine de l'Italie, du génie dans l'expression. Là tragédie des Gracques .peut être. une nourriture fortifiante pour un poète classique. Mais le classicisme de notre ami ne cède-t-il pas à la connaissance des hommes, qui s'achète quai Malaquais.3 Se tue-t-il toujours de travail ?

Si le couvert du ministre n'est pas indiscret, je vous enverrai, pour vous, deux petits volumes, bien imprimés, contenant plusieurs poèmes de Monti. Comme cette digne girouette n'a changé de parti que quatre fois seulement, ses poèmes sont rares. 1. Quai de Grenoble, aujourd'hui cours Claude-Bernard. 2. M. de Pina était alors maire de Grenoble.

S. Le ministère de la police était alors quai Malaquals.


Je regarde le facétieux Vicomte comme tout à fait enterré. Je n'ai pas le courage de m'envoyer les Débats des 6 et 9 mars, avance de quinze s[ous]. Si vous avez l'article de Crozet, faites-en faire six copies et adressez-les à six journaux. Je voudrais bien huit lignes dans le Commerce et vingt dans la Minerve. Dans les pays étrangers on n'achète que sur la recommandation des journaux de l'opposition. A Milan, le Commerce est défendu, mais tout le monde lit le Vrai Li béral qui arrive à Lugano. On parte beaucoup à Vienne d'une adoption qui aurait trop d'esprit. Cela serait bien égoïste, cependant je n'y crois pas.

Tâchez de tirer 300 francs d'Egron et de les envoyer à Dessurne, pour l'Edinburgh Review, dont vous' garderez dix volumes pour un an. J'ai soif de choses anglaises, journaux ou autres. Songez que je suis affamé et que je repars le 10 mai. Je vous écris au débotté. Est-il bien sûr que le Journal des. Débats du 9 n'a fait aucune peine à Maisonnette ? Offrez-lui Cartons, etc., etc. Je serais au désespoir que son charmant article lui eût été occasion de peine. Adieu.


640. G

AU DIRECTEUR

DE L'EDINBURGH-REVIEW1 Sienne 2, le 10.avril 1818.

Monsieur,

JE ne pensais pas qu'une bagatelle comme Rome et Naples en 1817 méritât de fixer l'attention de gens aussi graves.

Je trouve que le critique a été un peu dupe de la gravité. Il ne voit le courage que sous la moustache propos d'armée qui traduit pour le cas présent veut dire que si l'on n'est pas pédant, il ne vous croit pas instruit.

Mon but était de renfermer sous le moins de mots le plus de choses possibles. Probablement 'si j'avais fait des -phrases lourdes comme M. Millin le critique ne m'aurait pas trouvé si flippant3. 1. Brouillon d'une lettre destinée au directeur de l'Edinburg-Review. Cette revue avait parlé de Rome, Naples et Florence dans son XXIX, novembre 1817.

2. Beyle avait d'abord écrit Naples.

3. Le critique de l'Edinburgh-Review avait accolé au nom de Stendhal l'épithète flippan y. Beyle en avait été amusé.


Combien n'aurait-il pas fallu de pages à un grave anglais pour donner son portrait au lecteur ? On a celui de Stendhal au bout de dix lignes et le lecteur qui n'aime pas ce caractère peut fermer le livre. Grand avantage au milieu de ce déluge de feuilles imprimées qui va étouffer les connaissances.

Au reste le vieux colonel Forsyte n'est autre que l'Edinburgh Review. C'est aussi le vrai nom du comte Neri parlant d'Alfieri. C'est aussi l'Edinburgh Review qui m'a fourni l'épigraphe.

Le morceau sur cette pauvre langue italienne qui va mourir est de moi. C'est un sujet neuf et original que je vous invite à approfondir

Là crainte de la police a fait tronquer le quart de mon livre. Vous concluez d'Herculanum que je ne sais pas le latin. Dois-je conclure du Cardinal Gonsalez que vous ne savez pas lire l'Almanach ? L'essentiel n'est-il pas en 1817, à la veille des grands événements, d'observer quelle est la disposition que l'apparition de Napoléon a laissée dans les cœurs italiens, car un peuple n'a jamais que le degré de liberté auquel il force.

Or l'état des têtes et des cœurs en Italie, la f orce du ressort et le sens dans lequel il est dirigé ne sont-ils pas mieux


indiqués dans Stendhal que dans Millin ? Je n'ai jamais lu ce savant et ne -le lirai jamais car il passe pour trop ennuyeux. Ainsi que sur le continent l'on est la dupe de M. Calquhanus, ainsi l'on est dupe en Angleterre du plat ouvrage .de M. Millin. Inhabiles a voir la nature, leur savoir de seconde main n'est jamais pris que dans la lettre morte des livres. J'ai lu seulement le premier volume d'Eustace, je trouve qu'il peint en aucune manière les habitants actuels du pays qu'il parcourt. A tout moment son prêtrisme le rend dupe des choses les plus grossières. Il ajoute foi par exemple à un archevêque vantant son pays natal et le Patriotisme d'Antichambre ce grand trait de la moderne Italie Il n'a nulle connaissance des Arts, pas même le goût qui court les rues il s'extasie sur les statues de Plaisance mais il est grave, cela suffit. Je me charge de montrer dix erreurs grossières dans le premier volume d'Eustace provenant de son ignorance totale des hommes et des mœurs qui depuis cinq cents ans changent la surface du pays qu'il décrit. C'est tout simple les Anglais voyageurs ne voient que quelques familles nobles, ne se mettent jamais dans la ceto di mezzo1 ou quand je 1. La classe du milieu, la bourgeoisie.


les y ai vus ils affichaient une froideur et une hauteur insolentes. Pour faire des voyages, de telles gens ne peuvent que copier des livres. En 1817 les Anglais à Rome ne se voyaient qu'entre eux. S'ils allaient chez le banquier Torlonia, c'était pour lui faire des scènes sur sa juiverie. Jamais je n'en ai vus chez M. l'avocat Nota et autres sociétés où l'on peut observer l'homme.

J'avoue que vu l'exécration générale il faudrait au voyageur anglais qui voudrait voir autre chose que des valets en place et des banquiers, une sorte de liant qui serait l'antipode du caractère national. Pour. de tels caractères des trois grands hommes de l'Italie, Canova, Rossini et Vigano, deux sont invisibles. Mais lis vous citeront les vers faits sur Roscius et Pilade. S'il m'arrivait jamais d'écrire, je pondrais vingt pages en phrases savantes et lourdes peut-être alors la critique m'ôtera ce beau titre de flippant, peut-être sa gravité s'avisera-t-elle qu'il est plus difficile de faire une seule observation.de mœurs que de citer vingt fois Silius Italicus et Stace!

Monsieur, je vous l'avoue avec peine, lés Anglais sont abhorrés en Italie, un soupir de haine s'exhale pour eux de tous


les cœurs sur le continent. On ne vous sépare pas de votre gouvernement qui a payé les gens qui ont. abattu Napoléon. La vie s'est retirée d'Italie avec Napoléon. (D'ailleurs on suppose votre politique extrêmement noire et traîtresse, on a peur du sombre.)

Apprenez qu'il est aussi regretté à Milan qu'à Florence. Sa plus affreuse tyrannie était moins nuisible, au peuple que l'inertie actuelle. Vous .frémiriez si je vous parlais du Piémont. Le gouvernement du dey d'Alger vaut peut-être mieux que celui des Diletti Reggi1. Un Dilello reggio vient régler dans l'intérieur des familles le procédé d'un beau-père avec son gendre, d'une mère avec son fils (voyez M. de Prié fils cadet et favori, 1818). Comment imprimer cela ? Vous, Monsieur, qui dites tout ce que vous voulez, vous n'entendez pas à demi-mot-, vous ne savez pas lire le blanc dés lignes de ce qu'on imprime sur le continent. Par exemple un auteur anglais à ma place n'eût pas manqué de se vanter pesamment d'avoir habité l'Italie pendant soixante mois. Pour éviter la pédanterie, pour ne pas choquer le lecleur français on évite ces tournures et les graves Anglais vous trouvent léger

1. Des rois bien-aimés


Lisez les consultations de M. l'Avocat Dalpozzo qui ont failli le mettre à Fenestrelle (imprimées à Milan).

J'ai souvent rompu des lances pour les Anglais. Cependant je persiste à trouver dans tous les Anglais que j'ai vus un secret principe de malheur. Dans une position donnée je crois un Anglais toujours plus malheureux qu'un Italien ou un Allemand. Et les Anglais sont surtout malheureux, des petits malheurs que des gens nés plus heureusement oublient au bout d'un quart d'heure. D'où vient cela ? C'est un grand problème. Peut-être de la religion.

Du reste, Monsieur, le meilleur livre que je connaisse, celui qui me fait le plus de plaisir depuis six ans, c'est l'Edinburgh Review., Mais, grand dieu n'ayez pas besoin de la moustache pour croire au courage J'oubliais la belle histoire Ayturyd.

Pour. 1 ridicule ne peut-être encouragé par des gens d'esprit dont le premier intérêt est de montrer tous les détails du leur. Les débats de notre chambre des Communes sont supérieurs aux vôtres parce qu'on ose y rire.

Au reste.

J'ai l'honneur.

1. Ici un feuillet manque dans Le brouillon conservé.


CORRESPONDANCE

641.—A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Grenoble, le 14 avril 1818.

Ab joue principium.

STENDHAL vous a donné une peinture vraie du gouvernement de Milan. Le maître ennuyé de la Chambre aulique, forme des ministères. Le comte de Saurau est ministre de l'Intérieur; Le comte Millerio, riche bigot milanais, très haï, est sous-secrétaire d'État et est parti pour Vienne le 1er avril. Le comte Strasoldo (nom italien), du Frioul, est président du gouvernement. Il haït les nobles et les prêtres'; il a pour vice-président te célèbre comte Guicciardi, le Talleyrand de la Lombardie. François 1er lui disait « Je n'oublierai jamais que c'est à vous que ma maison doit la Valtéline ». Guicciardi était l'homme à donner pour directeur à ce faiblissime Eugène. Il a quatorze enfants il joue toute la journée aux jeux de commerce, avec des millionnaires, et, sans friponner, gagne quinze mille francs il était sénateur. L'archiduc Régnier, futur vice-roi, a


trente mille francs de rente et occupe à Vienne un second étage. Ce serait un bon chef de division, minutieux, à l'Intérieur. On est étonné qu'avec autant d'instruction positive, avec toute une statistique dans la tête, l'on soit si aveugle aux conséquences les plus immédiates. Il a pour majordome, ou l'équivalent, le comte de Saint-Julien, homme d'esprit, qui connaît à fond l'Italie. Je connais plusieurs gens du gouvernement qui disent « Les espions nous sont inutiles, nous sommes abhorrés mais si d'ici à quinze ans les peuples italiens ne se voient pas donner la main par la Russie ou la France, ils nous rendront justice ».

Le gouvernement, en général, est fort bon. Dans le gouvernement de Milan, un peu moins de la moitié du royaume d'Italie, on fait le budget., plus on impose vingtdeux millions de francs qui font le béné:fice de l'empereur je dis bénéfice parce que cette somme arrive à Viennè dans sa caisse particulière. Il a une peur du diable 'd'être chassé. Tous les grands employés partagent cette crainte chimérique ils conviennent tant qu'on veut des vices du maître et finissent en vous disant « J'ai cinquante ans j'ai toujours pensé à me retirer à soixante pourvu que ça dure encore vingt ans, pour me payer


dix ans de pension, je .suis content ». Depuis le cèdre jusqu'à l'hysope, c'està-dire depuis l'employé de six cents francs jusqu'à MM. de Bubna, général, et Strasoldo, président, tous croient sincèrement que d'ici à vingt ans, l'Italie, prendra une position nalurelle, comme ils disent. Je n'en crois rien en tout cas, la veille des assassinats, je filerai Prina serait vengé sur deux mille nobles. Ils disent que si la voiture, en France, n'a pas tourné c'est qu'elle était lestée par les biens nationaux. Jamais roi constitutionnel n'a subi d'éclipsé aussi totale que Cechin (Franceschino), du temps de la gloire de sa Camera Aulica. Tandis qu'il était à Milan, l'on affichait des décrets signés par lui à Vienne avec cinq jours de date, et des décrets qui stipulaient le conlraire de ce qu'il disait. Mais, comme le King de Sardaigne, il fait tout pour le voglio, comme on. dit (pour la gloire du mot Je veux). Les nobles sont extrêmement mécontents et, ne sachant de quel bois faire flèche, les assassins de Prina se font libéraux. Les prêtres sont furieux. Le-comte .Gaïsruck, archevêque de Milan, est un grand chasseur, devant Dieu, et de plus, un déterminé fumeur. On aura beaucoup de peine à l'empêcher de venir à la Scala en grande loge. L'évêque ou archevêque


.de Trente, auprès duquel il a été employé, aimerait mieux manquer à son bréviaire qu'au spectacle.

Les cris des nobles et des prêtres, ces grands ennemis de toute civilisation, auraient, je crois, converti à l'Autriche les .esprits de ces riches et voluptueux bourgeois qui, à Milan, font le fond de la population mais par principe de justice et d'honnêteté, bête à l'allemande, le gouvernement a voulu appliquer à l'Italie les lois paternelles faites par les lourds habitants du Danube. Par exemple deux témoins suffisent pour faire un testament deux témoins déposeront que Mme de Valserre a donné tous ses biens, de vive voix et en leur présence, à un troisième fripon absent, et cela suffit. Les assassins et voleurs n'ont pas de défenseurs la bonne âme des juges doit leur suffire, etc., etc. enfin la législation des ânons et des oies appliquée à un peuple de singes malins et méchants.

Pour appliquer cette belle législation, on vient de renouveler tous les tribunaux et de chasser six cents juges italiens qui, avec leurs familles sont à la mendicité. Dans chaque tribunal, il y a un tiers de juges allemands, mesure nécessaire, car les Italiens ne comprennent nullement l'esprit de lois aussi baroques.


Le renvoi des juges du pays a proton-. dément choqué le peuple. Vous voyez que ce pays, quoique heureux, s'estime fort à plaindre. Leurrichessé estincroyable. On a ordonné de raccommoder les balcons et de mettre des consoles ou arcs-boutants à ceux qui avaient plus de six pouces de saillie. Cette petite loi de police a fait reconstruire la moitié des façades de Milan. Sous un autre prétexte, les deux tiers des boutiques sont changées en un mot, -on regorge de richesses. Les banquiers Ciani ont gagné un million, sur leurs soies, en quinze jours. Tout le monde 'a gagné en proportion, les soies ayant augmenté à Londres d'une manière incompréhensible, la cause en est au Bengale.

Ce qui augmente la richesse des Milanais, c'est l'incroyable absurdité des lois qui se succèdent en Piémont. Tous les gens riches viennent respirer Milan. Ce spectacle corrige un peu les Milanais de la manie de se croire malheureux. Milan est, dans le fait, une riche république; adonnée aux arts et à la volupté. Voilà, je crois, mon cher philosophe, tout ce que je ne pouvais pas vous écrire de là-bas. J'oubliais deux hommes extraordinaires M. Dalpoizo, que vous aurez vu à Rome, président de la Consulta, pu


à Gênes, premier président, ou à Paris, membre des requêtes c'est le Benjamin Constant du Piémont.

On imprime à Milan les Opere d'un duuocalo nativo Milanese1 c'est une suite de consultations qui forment la plus sanglante critique 'des arrêts du Sénat de Turin, corps judiciaire fort respectable avant la révolution, et qui, aujourd'hui, passe pour archi-vénal. M. Dalpozzo a vingt-cinq mille francs de rente et la bonhomie ou l'ambition de rester à Turin: En février, il y a eu un grand Conseil sur son compte il s'agissait de le mettre à Fenestrellc pour quatre ans. Le gouverneur de Turin, M. de Revel, vieux honnête homme de soixante-cinq ans, vient d'hériter de biens immenses d'un M. de la Turbie. Il a dit au Conseil « Mais enfin, Dalpozzo dit-il vrai ? Oh il n'y a pas de doute. En ce cas nous sommes trop heureux d'avoir quelqu'un qui s'oppose un peu à tous ces avocats )). C'est uniquement à ce propos que Dalpôzzo doit la clef des champs comme propriétaire, le Revel a craint le jugement du Sénat. Dalpozzo n'allant pas en prison, on pourrait bien lui donner une place c'est peut-être pour cela qu'il reste à Turin. C'est un homme aimable 1. Les œuvres d'un avocat natif de Milan.


à force de raison. Je le voyais tous les soirs dans une loge, et il nous contait de drôles de traits. Le King est le meilleur homme du monde, et peut-être aussi dominé par ses ministres que s'il donnait les deux Chambres mais le voglio (l'honneur du mot voglio), me disait un Piémontais, homme d'esprit, en nous promenant sur la place du château. Le Gabriac se fait moquer de lui .il fait l'amour à la Louis XIII et sans offenser Dieu. Le ministre de Russie ouvertement brouillé avec les ministres, a déclaré que dorénavant il habiterait Gênes c'est une mau vaise tête. Le comte de Lodi couvre le Piémont d'espions et me paraît fort adroit. Pour moi, je regarde comme extrêmement intéressant et utile que le Piémont reste in statu quo.

L'autre homme remarquable est le médecin Rasori, un des conspirateurs de Mantoue, qui est sorti le 20 mars. Pauvre comme Job, gai comme un pinson et grand homme comme Voltaire, au caractère près, Rasori a une volonté de fer. Je mets au premier rang des hommes que j'ai connus, Napoléon, Canova et lord Byron ensuite Rasori et Rossini. Il est. médecin et inventeur, de plus, poète et écrivain du premier mérite. Il va vivre en faisant des livres il traduit en ce


moment de l'allemand. Conversation éton- nante; figure usée, mais superbe, figure de camée. Si vous étiez moins encroûtés, vous auriez un homme comme cela pour huit mille francs à Paris. Ce serait le brochet. qui ferait courir vos carpes il troublerait un peu le concert de louanges réciproques que vos Cuvier et vos Humboldt se renvoient sans cesse avec un accord si touchant.

Ce qui fait que je ne solliciterai que le plus tard possible, c'est que je passe trois soirées ou plus, par semaine, de onze heures à deux après minuit, avec Mme Elena Vigano, fille du grand compositeur de ballets, et qui est le premier amateur d'Italie. Nous sommes là quinze ou vingt on parle ou l'on se tait avec le plus parfait naturel vous m'entendez, vous, qui connaissez l'Italie, et Nina nous chante sept à huit airs, quinze ou vingt quand le cœur lui en dit. Les trésors de la lampe merveilleuse ne pourraient payer, pour moi, les délices de ces soirées. Songez qu'on y va en bottes, archi-bottes, et que souvent je n'y prononce pas un mol. On s'étend sur un canapé et on se laisse charmer. Le portrait de Nina, que Maisonnette vous remettra, est une caricature c'est Bettoni,. imprimeur célèbre, qui a fait ces lettres.


Je passe une heure où deux dans laloge de M. Louis Arborio de Brême, fils, du Brême qui a deux cent mille francs, de rente, ami de Mme de Staël, de M. Broughàm, homme d'esprit, chef des romantiques italiens. A propos, la guerre des romantiques et des classiques va jusqu'à. la fureur à Milan ce sont les verts et les bleus. Toutes les semaines, il paraît une brochure piquante je suis un romantique furieux, c'est-à-dire je suis pour Shaks- peare contre Racine, et pour lord Byron contre Boileau. Pendant que j'en suis à M. de Brême, il faut que je vous parle d'une commission. J'avais bien juré de ne jamais donner de commission, mais celle-ci n'est pas pour moi, et vous la ferez si vous voulez. La veille de mon départ, M. Louis de Brême m'a rappelé que le célèbre Alessandro Verri, auteur des Nuits rornaines, a a laissé en manuscrit plusieurs ouvrages. Sa famille mécontente de lui ne veut pas les publier mais Verri pré- voyait le cas, et a laissé des doubles à un ami. Cet ami a envoyé ces manuscrits à M. de Lestrade, rue Ste-Marguerite, 31, en priant ledit Lestrade d'envoyer mille francs à Milan, ou de renvoyer les manuscrits. Ce M. Lestrade est le traducteur en français des deux premières parties des Nuits romaines et, de plus, ultra. Voyez


s'il vous convient de prendre un cabriolet, et de vous transporter rue Ste Marguerite, à' l'effet d'obtenir une réponse dudit L[estrade], qui ne répond plus depuis six mois. Probablement aucun libraire ne veut donner mille francs mais, dans ce cas, il faut qu'il vous remette les manuscrits. Au fond ils ne sont pas imprimables en Italie.

On attendra que quelque libraire de Paris veuille s'en charger. Si tout cela vous ennuie, on m'assure que le philosophe Joseph Rey1 vient de se faire recevoir avocat à Paris et je m'adresserai à .lui. Soyez sûr que je me tiendrai à quatre pour ne pas vous donner de commission dont je sens tout l'ennui pour un homme qui a l'avantage de représenter six heures de suite.

juge le procès de ma sœur le 24 avril, j'espère repartir le 30 au plus tard. Je me suis assuré que l'appartement de M. de Salvaing vaut 18.000 francs. 1. Joseph Rey, né à Grenoble le 24 octobre 1779, avait été camarade d'Henri Beyle à Grenoble èt durant les premières années de leur séjour commun à Paris. En 1804 il entra dans la magistrature. A la Restauration il s'installa avocat à Grenoble, puis après un séjour en Allemagne en ]816, venait de s'établir avocat à Paris en 1817. Rayé du barreau de Paris en 1819 pour délits politiques, condamné à mort par contumace en 1820, il fut amnistié en ]826, rentra en France et mourut à Grenoble le 18 décembre 1855. C'est lui qui avait fait connaître Tracy à Beyle.


L'on m'offre 10.000 francs de la nue-propriété. Lorsque je ne pourrai plus y tenir, je prendrai cet argent et j'irai m'appuyer de vos lumières et solliciter. Dans tous les cas un chien de libéral, comme moi, aura plus d'avantages après l'arrivée de deux ou de trois nouveaux cinquièmes. Je pense qu'il faut faire tout au monde pour empêcher ces cinquièmes d'arriver. Je m'attends à quelque coup d'éclat. En attendant, les jugements de Scheffer et Cie annoncent un redoublement de haine contre les, ministres et les Jacobins. Je sais par cœur votre lettre de dix-huit pages. Ecrivezmoi, ici, place Grenette, n° 10, maison Bougy je brûlerai incontinent. Vous n'avez pas d'idée des propos dès ultras l'affaire Fualdès est une ramification de la conspiration Didier1 mes oreilles ont entendu cela. Donc, ils meurent de peur. Tous les employés dansent encore, quoique l'orchestre ait cessé de jouer. Ils ont encore les habitudes. J'ai voulu, par reconnaissance, vous écrire hier, quoique ayant des nerfs je crains bien que vous ne puissiez pas me lire.

1. Beyle avait été très intéressé par l'affaire Fualdès et nous savons qu'en mai de cette même année 1818, il allait se faire adresser de Paris un portrait de Mme Manson, une des héroïnes de ce sombre drame. Quant à la conspiration Didier qui avait eu lieu à Grenoble le 4 mai 1816, voir. Henry Dnmotard Jean-Paul Didier: et la conspiration, de Grenoble. Arthaud, à Grenoble.


On dit ici que M. de Saineville ne fera pas de brochure, et que B[érenger]1, cet homme à talent jaune, va publier l'histoire du coup de main de Didier il est plus sûr qu'il imprime De la justice et des lois d'exception en 1815, titre impossible à remplir à Paris.

Il est probable pour moi que Bérenger est un homme remarquable.

Je suis étonné de Michoud dont je vous ai souvent parlé. Ce garçon-là ne lit rien, pas même les' journaux son métier l'absorbe, et cependant il parvient tout seul aux vues auxquelles je n'arrive qu'aidé par nos Anglais voyageurs par exemple, l'utilité, pour un Etat, de n'avoir aucun crédit et de faire banqueroute tous les dix ans.

Adieu. Mille choses à Maisonnette. Dites-moi donc si le du 9 avril ne l'a point effleuré. Je vois chez Falcon que pour vendre, il faut force prospectus. Si nous faisions imprimer par M. Chanson le 1er article qui a paru et le second, le tout sur papier fin et en très petits caractères ? 1. Charrler-Saineville, lieutenant général de police de Lyon, publia en 1818 Compte rendu des événements qui se sont passés à Lyon du 5 septembre 1816 à fin octobre 1817. » Bérenger de la Drôme, ancien avocat général, député à la Chambre des Cent-jours, auteur de la justice criminelle en France, 1818. Voir la lettre à Pauline du 14 août 1815.


On ferait timbrer cela à trois centimes par exemplaire. Il faudrait obtenir du Journal du Commerce et du Journal de Paris d'envoyer cela dans le journal. Il y a tous les jours des exemples. Demandez à M. Chanson comment va la vente. Donnez-moi donc quelque commission. J'embrasse le Vicomte et Smidt. Ce dernier est-il en pied ? Que ne traduit-il Hazlitt ou Shakspeare, ou le catéchisme parlementaire de J. Bentham. Au bout de deux ans, cela lui ferait un titre.

Pour vous distraire de la politique, devenez romantique les littérateurs actuels sont comme l'école de Bologne, du temps de Francia il faut un Louis Carrache pour les remettre dans la voie. A propos, certainement que je veux une description des tableaux de Raphaël, cela est de première nécessité pour moi la Chambre de sainl Paul à Parme, et la Vierge de la bibliothèque, m'ont mis tout-à-fait du parti du Corrège, à mon dernier voyage j'ai besoin de me fortifier en Raphaël.


642. A

AU BARON DE MARESTE A PARIS Milan, le 22 avril 1818 1.

Vous croyez que je me tiens pour battu par votre excellente lettre ? Très peu. Je suis toujours pour la banqueroute, dans l'intérêt des moutons, et non du berger. (You will find me backed by Tracy 2).

Mais nous avons les beaux-arts sur lesquels nous sommes d'accord. Devinez qui est censeur de tous les plats journaux qui s'impriment en Italie, et censeur très sévère ? L'archiduchesse Béatrix, jeune coquine de soixante-cinq ans, à Vienne, qui, il y a trois ans, en sa qualité de dernier rejeton de la famille d'Este, persécutait le Tasse. Un opéra, intitulé le tre Eleonore, qu'on allait jouer, fut obligé de se nommer Lope de Vega. Donnez-moi donc l'histoire de Cantillon. Je suis vraiment content que Maisonnette n'ait pas été fâché. Je ne parle pas de 1. Bien que datée de Milan que Beyle avait quitté le 9 avril, cette lettre, le contexte le prouve, a bien été écrite à Grenoble.

2. Vous me trouverez soutenu par Tracy.


revenir sur l'Antinoüs, mais d'annoncer par dix lignes, après Fualdès et le Budget. Ce Commerce pénètre partout. Je vous remercie de vos bonnes intentions pour Bombet. Il y a là huit cents ex. à cinq fr. Je vois sous mes yeux chez Falcon que, pour vendre, il faut assommer la province de prospectus. Il lui en arrive quatre chaque jour au moins et j'ai vu celui des œuvres de Morellet faire effet sur deux lecteurs de journaux. Si donc, après Fualdès, Budget et Cie, on pouvait faire imprimer, par notre Chanson, les deux articles de Maisonnette, plus six lignes de' réplique, cela ferait une manière de prospectus amusant pour les provinciaux, parce que cela leur apprendrait qu'il y a un nommé Michel-Ange. Il faudrait glisser cet imprimé dans le Journal de Paris et le Commerce. Pardon de vous ennuyer de cette petite affaire, je songe aux 1.400 fr. dus à Pierre Didot.

Demandez à Chanson, sans air d'intérêt, s'il vend. Je voudrais juger si Pierre a vendu une centaine d'exemplaires, alors j'achèverai de le payer. Je vous demande la continuation de vos sages avis. sur la place. Cela m'empêchera de déraisonner quand je rêve creux. Probablement vers 1820, je pourrai aller tâter le terrain. Savez-vous que le Beugnot m'avait offert


la place de Busche en 18141. Au reste, ledit Niort est pénétrant comme l'ambre. Je sais par expérience que je n'ai nul talent.

Que je vous félicite de votre petit cabinet donnant sur ce joli petit jardin je connais le local pour avoir eu deux ou trois missions, en 1810, dans cette maison. Le jardin où vous lirez ceci me semblait truly rafraîchissant.

Si vous lisez l'Edinburgh Review et le Morning Chronicle, nous finirons par nous rencontrer. Je suis tout Ed. Review. Prenez Van Bross par la tête, forcez-le d'acheter chez Théophile Barrois Plan of Parlementary reform in the form of a catechism, with reason for each article by2 Jérémie Bentham, huit shillings 9 = 12 f. à Londres et 13 à Paris. Qu'il traduise cela, rien de plus simple, style mathématique qu'il y mette son nom, faiteslui une préface de quatre pages. Chanson imprime et voilà Van Bross avec un titre. Quoi de plus simple et que peut-on perdre à ce jeu ?

J'attends, pour le 30, les livres de Jombert, et j'attends, comme la manne 1. Busche était préfet des Deux-Sèvres. D'où le sobriquet que Beyle lui donne à la ligne suivante.

2. Plan de réforme parlementaire sous la forme d'un catéchisme, avec le raisonnement pour chaque article par.


dans le désert, non sans m'ètre impatienté notablement. Si jamais vous avez quelque chose à m'envoyer, adressez-le à M. Félix Faure, substitut, rue de Bonne, maison Lescabonne. La seule chose vexante dans la fortune philosophique, c'est le manque de livres. Car je suis de votre avis, hors de Londres, et Paris, il n'y a pas de conversation. Il y a des monstres, des Canova, des Rossini, des -Vigano mais les lumières ne sont pas répandues.

Quand je vous parlais de montrer à Maisonnette une phrase malsonnante, c'était pour me maintenir auprès de lui et faire qu'en 1820 je puisse encore le voir. Je travaille trop pour être à la hauteur de l'Ed. Review et de Tracy. Je suis convaincu que vous vous maintiendriez d la hauteur au moyen du petit cabinet. Mais y lisez-vous les ouvrages du jour ou les above mentioned1?

Si vous pouvez, d'ici deux ans, faire une fugue de deux mois dans l'étranger, pour voir le colosse aux pieds d'argile d'en dehors, peut-être que vous reviendrez méprisant encore plus nos gens et les above mentioned. Voyez les trois ans de voyage de feu M. le baron de Montesquièu. 1. Ci-dessus mentionnés.


En un mot, je prêche pour les voyages. Pour finir de vous prêcher, et le Journal ? —Quelle bonne chose que les Mémoires d'un homme non dupé et qui a entrevu les choses C'est, je crois, le seul genre d'ouvrages que l'on lira en 1850. On lira huit hommes de génie, car il n'y en a guère plus; ensuite du Saint-Simon, du Bezenval et du Duclos, toujours on en tire le jus de la connaissance de l'homme. Qu'est-ce que ceux de Lauzun ? Comme ce Talleyrand écrit mal Lauzun dirat-il qu'il a couché avec M[arie]-A[ntoinette] ? Croyez-vous aux Mémoires de Morellet? Quelque ennuyeux qu'ils soient, ses Mémoires aussi secs, aussi ralatinés que ceux de Bussy-Rabutin pourront être curieux.

La Minerve dit que les Mémoires de Rovigo ne sont pas imprimés. Avez-vous vu le fac-simile ? A propos, je pense que vu l'arrivée de cet ennuyeux cinquième, on va tomber ferme sur tous les plats écrivains. Ne pourrait-on pas reculer un peu ces cinquièmes? Je tremble qu'on ne vous nomme ces admirations de la province les Manuel, Lafayette, Constant. Un'petit coup d'Etat déclarant qu'il n'y a pas d'élections, de quatre ans, me ferait plaisir.

On dit ici Stanhope tué d'une balle et


achevé à coups de poignard. Si le fait est ou sera vrai, donnez-moi des détails. Je pars toujours le 10 mai. Mon bâtard èst plus noir que les vôtres et il se ruine. Je quitte toujours la France avec un plaisir de 18 ans, ce plaisir si vif et si pur. Même en admettant que les Anglais sont divisés en dix partis (moi je n'en vois que trois), pouvez-vous nier que l'Edinburgh Review ne soit tirée à douze mille exemplaires ? Donc, ce peuple est plus raisonnable que nous en politique. .D'ailleurs, nous sommes ce qu'il était en 1660, sous Charles II et, cent cinquante ans d'éducation n'est-ce rien ? Donc, j'en crois plus dix Anglais que dix Français. C'est une erreur de vos eunuques de Paris, que la froideur soit de la sagesse. J'aimerai toujours mieux un' Brougham passionné qu'un Bequey froid, 'et un .sir Samuel Romilly que votre M. Desèze, qui prend le pont du Gard pour un pont. Lisez-vous les journaux anglais? Le calicot de Londres. y a-t-il fait annoncer les Aubertin, Stendhal et Cie ? Que pensezvous de Fair-Island ? On.le dit peu noble. A cela près, de quelle force est-il ? La mère d'Apo[Ilinaire] s'en va ici disant que l'affaire Fualdès est une ramification de celle de Didier. Audiui. Comment ce grand jeune homme se trouve-t-il du mariage ? Avez-


vous fait quelque nouvel ami un peu pas.sable ? Notre ou votre grande fille estelle morte de la poitrine ? Est-ce l'Oli.verson du Vicomte qui se fait marquer? Le Vicomte est-il en froid avec moi ? il .m'écrit des demi-pages, ou est-ce la crainte des ports de lettres ? Si vous pouvez négocier le billet 395 300 à Dessurne, 35 au Vicomte, Il Van Bross et le reste à Jombert. Comment passez-vous vos soirées ? C'est là un de mes grands arguments pour Milan. Le revers de la médaille, c'est le manque absolu de conversation, comme celle de Busche et de Besançon. Monti vient de faire un ouvrage sur le .dictionnaire de la Crusca. Cette pauvre langue italienne est engloutie par le français. J'ai ici le volume qui paraît de l'ouvrage de Monti vous êtes profond dans cette partie le port est bon marché, j'ai envie de vous l'envoyer vous le remettrez à Jombert,, dans six mois.

Voici un bon de dix ex. sur Didot. Quand vous en aurez le temps, envoyez six ex. de la Peinture et de Haydn à Jom.bert qui me fera passer cela. Croyez-vous que des gens plus spirituels que le Pruchet, par exemple M. Jay de la Minerve et Tissot du Commerce, trouvent bêtes les articles de Crozet ? Mais, que diable -de deux choses l'une ou Maisonnette


raisonne ou il ne raisonne pas. Il se dit « Cet homme-là me paye et fait mon bonheur; je l'aiderai en tout et je me. fiche du reste chacun pour soi, ici-bas je suis content. Basta; gaudeanl bene nati. » C'est le raisonnement de Talleyrand et de nombre de gens d'esprit. Ou bien, après avoir été payé, il prétend encore être vertueux, c'est-à-dire utile au bonheur du peuple, fidèle à la maxime Salus populi, suprema lex est. En ce cas, il est un sot ou un hypocrite. Il faut être bien borné pour se figurer que l'intérêt du berger et celui des moutons soient le même c'est-à-dire que le berger le croie. Alors il faut dire Je lui ai vendu mes actions mes actions ne seront pas conséquences de mes raisonnements, mais pour avoir de l'esprit, mes raisonnements seront toujours des conséquences du principe Salus populi, et j'aimerais mieux être Belge.

Voici qui me semble sans réplique Dans ce siècle réunir les honneurs de la vertu et les plaisirs du vice, c'est l'impossible.

Voici un fait Faure a un champ de moine dans la plus belle position impossible de le vendre tout le monde lui dit C'est un bien national. Ne me niez-vous pas cela dans votre dernière ?


Adieu, mon cher ami. Encore une lettre ou deux avant le 20 mai, car je crains bien d'être enchaîné jusque là. Par exemple. ce qu'on sait de l'assassin de lord Wellington.

Et Mackintosh, quand paraît-il en Angleterre ? Le 56 de l'Ed. Review l'annonce comme très prochain. Avez-vous toujours une batterie traduisante ? Le duc de Broglie fera-t-il-imprimer exactement.le manuscrit Staël. Au reste, à mes yeux, cette femme célèbre manque d'idées et avait la Ducomanie.

643. A

AU BARON DE MARESTE 1er mai 1818.

My dear,

DITES au Vicomte que, d'ici à trois jours, je lui enverrai une lettre de change. Dites-lui de remettre les Confessions de J.-J. à :M. Jombert. Si vous en avez le temps, prenez vingt exèmplaires chez Didot et envoyez votre trop plein à M. Jombert avec le mot ci-dessous. Je me recommande à vous pour faire


passer, si vous pouvez négocier la lettre de change, 300 francs à M. Dess[urne] pour l'Ed[inburgh] Review complet, plus deux volumes de table, chez Longmann, Pater noster Row. J'écris à Van Bross, le calicot connaît cela parfaitement. Tâchez de faire speak of Life of Haydn1. J'ai grand besoin d'un peu de votre électricité. Ah le plat Pierle Aujourd'hui je,partirais volontiers avec l'amiral Anson. Je pars peut-être le 4.

644. A

A M. JOMBERT, LIBRAIRE A PARIS [1er mai 1818.]

JE prie M. Jombert de m'envoyer successivement tous les romaiis,.impri7més en anglais par Firmin Didot, en commençant par the Abbot. M. J[ombert] me les enverra par la poste à mon nom après les avoir coupés. Ensuite Rob Roy, the Antiquary, etc. Essayons par quatre volumes en anglais, de Walter Scott, chaque, mois.

1. Parler de la Vie de Haydn.


645.-A

A M. SCHMIDT 1

Grenoble, le 1er mai 1818

MON aimable compagnon, que votre longue lettre m'a fait de plaisir Elle m'a attendu vingt-quatre heures, parce que j'étais dans nos mon-'tagnes, la seule chose qui puisse rompre l'ennui dans ce pays d'égoïsme plat. C'est aussi bien plat l'avantage en question. 0 ciel faut-il qu'un Moscovite s'avilisse à ce point Mais comme Besançon dit que l'on perd la moitié de son bon sens dès qu'on est seulement à quarante lieues de Paris, je prends le parti de faire comme lui dans cette circonstance s'il en veut, j'en prends, et demain je vous envoie l'extrait de baptême. En me prévenant quinze jours d'avance, ce qui me vaudra une autre 1. Cette lettre a été transmise par Schmidt au baron de Mareste à Paris, avec le petit chapeau suivant a Paris, le 4 mai 1818. « Cher tyran, enfin, hier soir, en rentrant, jé havé trouvé une letter du duc de Steindhal elle est tellement excellente que je crois devoir vous faire bien vite cadeau d'une copie d'icelle » Sur Schmidt, voir la lettre à Crozet du 16 juin 1816.


CORRESPONDANCE

lettre de vous, je ferai compter les 200 fr. à Paris.

Parlez-vous sérieusement ? Le vicomte en queue de morue Le vicomte dîner aux Frères provençaux C'est trop fort, c'est incroyable Je le voyais au troisième degré du marasme moral. Il m'écrivait autrefois des lettres délicieuses et, depuis un an, il n'est rien sorti. Portez-en.mes plaintes à la vicomtesse.

Je vous approuve de tout mon cœur, dans votre dos à dos silencieux avec 99%. Il faut apprendre à ces coquines-là qu'elles ne sont bonnes que quand on les désire. Et Mina ? Dites à Besançon que. je compte partir d'ici le 10 mai, au plus tard qu'il me dépèche encore une secousse électrique avant mon départ.

Ne plaisantez pas mon tyran Milaniste, songez qu'il n'y a point eu de réaction. Depuis la chute des brigands, en tout vingt-trois arrestations pesez cela. Je finis parce que je m'ennuie tant dans ce pays que je suis éteint.

Quand vous écrirez à Dessurne, demandez-lui comment vont les ventes. On lui a envoyé trois marchandises, savoir Vie de Haydn, l'Histoire de la Peinture, Voyagés de Stendhal1. Le n° 57 de l'Edin1. Rome, Naples et Florence.


burgh-Review, parlant de ce dernier', on a dû en vendre. Savez-vous que Besançon vous remettra 300 francs avec prière de les faire passer Fleet street, 203,pour acheter une Edinburgh-Review de rencontre, plus deux volumes de table, Paternoster Row, chez Longmann.

Adieu, mon cher secrétaire d'ambassade. Je vous somme de me donner des nouvelles nouvelles. Alors quel est le moins plat des Annales ou du Journal général ? Je suis chargé d'abonner mes amis à quelque chose qui ne soit pas les Débats. Galignani est-il toujours aussi fréquenté ? Ah que je le regrette Mais je ne suis pas taillé en solliciteur j'ai la jambe trop grosse.

Yours, TAVISTOCK2.

1. Le de novembre 1817 de l'Edinburgh-Review avait én effet publié un article élogieux sur Rome, Naples et Florence.

2. Beyle signe ici Tavistock, en souvenir de l'hôtel Il est descendu à Londres, lors du voyage qu'il y lit avec Schmidt en 1817. Dans les Souvenirs d'Égotisme, édition du Divan, p. 90-93, Beyle semble confondre les deux voyages, celui de 1817 et celui de 1824,


646.—A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 16 mai 1818.

MON cher ami, cette femme charmante et qui serait adorable quand même elle ne chanterait pas comme un ange, madame Elena Vigano, dont je vous ai envoyé le portrait si peu ressemblant, eh bien, vous allez avoir le bonheur de la voir.

Elle est folle de Paris; elle a voulu absolument voir cette ville, et je crois que, pendant les deux mois qu'elle y sera, elle donnera quelques concerts. Vous entendrez la voix la plus aimable de l'Italie. Cet organe enchanteur vous mettra au courant de tout ce qui a été fait d'admirable depuis que vous avez quitté l'Italie

Quoiqu'elle parle français comme un ange qu'elle est, peut-être les premiers jours ce grand nom de Paris lui fera-t-il un peu peur. (C'est là que votre italien va briller). Donnez-lui les conseils nécessaires pour se conduire au milieu de tant d'amateurs sans oreilles. Vous qui connaissez si bien le monde, vous pouvez


guider d'une manière sûre madame Elena Vigano elle a beaucoup de lettres de recommandation M. Paer est son ami; cependant je compte plus sur vous que sur tous les autres. Vous devez lui donner des directions pour réussir. Menez-la un samedi chez Maisonnette, elle vous chantera deux airs et vous la prônerez dans les journaux. Plus elle chante, mieux elle chante cette voix si flexible, si miniature, s'anime et se fortifie en chantant elle est plus divine encore dans le douzième air que dans le premier.

Traitez madame Elena Vigano comme ma sœur; dès que vous l'aurez vue, vous trouverez que mes éloges sont bien audessous de la réalité. Je lui conseille de manger à l'hôtel de Bruxelles et de loger à l'hôtel de l'Italie. Si vos occupations vous retiennent trop, confiez-la à l'aimable Gustave. Adieu remerciez-moi bien vite.

H. BEYLE.


647. A

AU BARON DE MARESTE Milan, samedi, 25 mai 1818.

SAUTEZ de joie, je vous envoie la femme la plus aimable, la plus gaie, la plus naturelle, que Venise ait jamais produite. Elle n'a jamais coûté un sou à ses amants, et je ne doute pas qu'avec votre italien, vous ne parveniez à être.1 Enfin, je vous envoie deux mois de bonheur et de folie, un épisode heureux à votre vie.

Hier matin, elle a formé lé projet de partir demain son père lui a accordé la permission. Le prétexte est de donner trois ou quatre concerts au piano c'est le premier amateur d'Italie elle est élève et amie de Rossini et de Michele Caraffa. Le but réel est de voir Paris le rêve serait d'y être engagée dans la nouvelle troupe que l'on forme à Louvois. Dieu m'en préserve L'Italie serait privée d'une de ses fleurs mais vous êtes si obtus, vous autres Parisiens, que je ne veux rien vous dire de ce divin talent. D'ailleurs, je dors 1. La fin de la phrase est barrée à l'encre et illisible.


j'ai passé avec elle jusqu'à trois heures, et je me réveille à neuf pour écrire. N'allez pas croire que si je suis son amant, la place est: prise d'ailleurs, j'en jouis mieux comme ami.

Je lui donnerai des lettres pour vous, le complaisant S[midt] qui, à votre défaut pourra la trimballer, et même le père de sept enfants 1, quoique je compte peu sur lui. Cependant, l'aimable A[nnette]2 en la dirigeant dans la première emplette, si essentielle, d'un chapeau et d'une robe, lui rendrait un grand service. Si les sept enfants occupent trop cette maison, l'aimable Van Bross y suppléera avertissez ces deux personnages.

Au fond elle a un peu peur de se lancer à Paris avec un valet de chambre qui est allé à Lyon, et un vieux banquier arrivé hier de Livourne et qui va à Paris passer cinquante jours, pour une banqueroute. Donc, le premier jour, double mesure de blague rassurante. Paer est l'ami de la famille.

De la famille. de qui ? Quoi, vous ne le voyez pas, de l'aimable, de la folle, de la divine Elena Vigano. Si vous me faisiez un pareil envoi, je vous embrasserais quinze jours de suite, à la première vue. 1. Le comte de Barral.

2. Annette Questiène. Voir la lettre suivante.


Je lui ai enflé Votre Excellence de la manière convenable.

Souvenez-vous que contraire to all the women of this country, she has never took a penny f rom her lovers 1.

Elle arrivera. le 25, le 26, le 27 2. Prévenez. à l'Hôtel d'Italie, place des Italiens, où je l'adresse. Je lui dis de manger à l'Hôtel de Bruxelles. L'essentiel est de lui ôter la peur le premier jour ce sera le grand service. Elle a un boisseau de lettres de recommandation. Vous pouvez faire annoncer ses concerts dans le Journal de Paris. If you will not of this good fortune3, expliquez la marche au sieur Van Croot 4. Songez qu'elle va passer une année there and that she is for me the besl flower of this city5. Donc Rendez-la contente de vos procédés. Si vous pouviez exalter le père de sept enfants, de manière à lui faire faire l'effort incroyable d'aller pendant deux jours, quand il rentre à l'hôtel 1. Contraire de toutes les femmes de ce pays, elle n'a jamais pris un sou de ses amants.

2. Nina Vigano séjourna en effet à Paris en juin 1818. La Quotidienne, dans son numéro du 26 et 27 juin, rend compte d'un concert qu'elle vient de donner Cette jeune cantatrice, qui a une figure fort agréable, possède une belle voix et une excellente méthode. »

3. Si vous ne voulez pas de cette bonne fortune. 4. Sobriquet de Schmidt à qui est adressée la lettre du 1er mai 1818.

5. Là et qu'elle est pour moi la plus belle fleur de cette ville.


d'Italie, voir si elle est arrivée. Mais chargez Van Croot de ce soin. Il faul lui ôter l'isolement et la peur dans le premier moment. Je lui conseille la route de la Bourgogne. Dites-moi vite, vite, ce que vous avez fait di colanlo sennol.

TORICELLI.

648. A

AU BARON DE MARESTE

Milan, le 15 juillet 1818.

Cher ami,

NOUS attendons Nina dans la semaine. Ah ça j'espère que vous l'avez eue ?

M. Jombert m'envoie un ballot envoyez-lui les livres que vous avez pour moi, plus huit titres de Haydn que Didot vous enverra, plus une lettre dudit. Vos opuscules anglais font le bonheur de l'happy few. Un de ces Anglais qui ont l'infamie de penser comme Jefferson et comme Stendhal, nous a apporté les illuslralions du 4e chant de Childe-Harold, par Hobhouse, et le dit chant. Les notes sont lourdes et vraies. Ayez pitié de. ma

1. De tant de sagesse.


curiosité en déroute. Je vous rendrai votre pitié pour le malheur que vous avez de ne pas voir enterrer la Vestale toute vive. C'est aussi fort que le plus atroce de Shakspeare. C'est un art dont on ne se doute pas où vous êtes la Vestale se fait violer en règle. On la donne à la Scala dans ce mois de repos.

J'écris qu'on envoie 120 fr. à Jombert qui vous remboursera ric-rac des frais de l'article nécessaire dans le Journal de Pans. Comme cette feuille charmante ne vient plus à Milan, envoyez-moi de ces imprimés. Faites donc louer les huit cents ex. de l'Haydn. Voilà l'essentiel.

Adieu, pensez un peu à mes pauvres finances et surtout à ma.

CURIOSITÉ.

Il n'y a plus de liberté en Angleterre, disent les Anglais. Quand Smidt sera-t-il à Paris ? Est-il à Bruxelles ? Quelle est son adresse à Bruxelles ? Mille amitiés à Barral, à la bonne Annette 1, à M. Lacour, mon camarade de mérite.

1. Annette Questiène, actrice de l'Opéra-Buffa, et camarade de cette Angelina Béreyter, qui de 1811 à 1814 fut an mieux avec Beyle. Elle était la maîtresse du vicomte de Barrai. Cf. les Souvenirs d'Égotisme, édit. du Divan, p. 79.


649.—A

AU MARÉCHAL GOUVION SAINT-CYR MINISTRE DE LA GUERRE

Grenoble, le 1er août 18181.

Monseigneur,

PAR la lettre dont Votre Excellence m'a honoré le 15 juillet, elle m'annonce que mes services dans le 6e régiment de dragons n'étant point suffisamment justifiés, je dois lui adresser les pièces qui les constatent

J'ai en conséquence l'honneur d'adresser ci-joint à Votre Excellence et en original. 1° Mon acte de naissance

2° Un certificat du lieutenant général Michaud

3° Le certificat du Conseil d'Administration du 6e régiment de dragons qui constate que je suis entré dans ce corps le 1er Vendémiaire an IX et que j'y ai servi comme sous-lieutenant jusqu'au 13 vendémiaire an IX, observant que je suis réellement entré comme dragon en germinal, an VIII, avant Marengo. Mais 1. Henri Beyle, à cette date, était en Italie. Maia il aviat tout intérêt à faire croire qu'il résidait en son pays.


il a été reconnu, dans le temps, que nos contrôles étaient mal tenus, et l'on ne m'y porta qu'au commencement du trimestre de vendémiaire.

Je possède seulement une copie de la lettre que M. le ministre de la guerre m'écrivit le 12 messidor an IX, pour m'annoncer que, par arrêté du 5 messidor an IX, le premier consul m'avait confirmé sous-lieutenant au 6e dragons à dater du 1er brumaire an IX. J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence cette copie certifiée.

Par ces pièces, mes services dans le 6e dragons me semblent justifiés. Depuis j'ai fait les campagnes de 1806 à Berlin, 1807, 1808, 1809 à Vienne et 1810 comme adjoint aux commissaires des guerres. J'ai fait la campagne de 1812 et suis allé à Moscou comme attaché à la personne du général en chef, en qualité d'auditeur au Conseil d'Etat, inspecteur général du mobilier et des bâtiments de la couronne. Quoique ma santé ait beaucoup souffert dans la retraite, j'ai fait la campagne de 1813 en Silésie, et j'ai été intendant à Sagan. J'ai fait la campagne de 1814, dans la 7e division militaire et au corps d'armée commandé sous Genève par M. le général Marchand. Je suis fils de famille j'ai perdu dans la retraite- de


Moscou environ quinze mille francs qui formaient la moitié de ma fortune disponible, et je n'ai plus de santé.

Tels sont mes droits à une demi-solde de pension. Je prie Votre Excellence de me pardonner ces détails connus de toutes les personnes sous lesquelles j'ai servi, par exemple M. le comte Daru et M. Dumas.

Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.

H. BEYLE, sous-lieutenant,

à Grenoble,

650. A

AU MARÉCHAL GOUVION SAINT-CYR MINISTRE DE LA GUERRE

Greiloble, le 10 août 1818

Monseigneur,

PAR la lettre dont Votre Excellence m'a honoré le 15 juillet dernier, elle m'annonce que, dans un état fourni par moi, la date de ma nomination d'adjoint provisoire est fixée au 29 oc1. Beyle à cette date était toujours à Milan.


tobre 1806. Les renseignements existant au ministère ne la font remonter qu'au 15 novembre.

C'est en vain' que j'ai recherché la lettre signée de M. le comte Daru et écrite de la main de M. l'ordonnateur Mazeau qui me nommait adjoint provisoire et m'envoyait à Brunswick pour y faire les fonctions de commissaire des guerres. J'en joins ici une copie certifiée. Je suis sûr, d'autre part, d'être parti de Berlin deux jours après l'entrée du quartier général, c'est-à-dire avant le 1er novembre 1806. Comme M. l'intendant général Daru gardait des copies de toutes ses lettres, s'il est nécessaire, je demanderai à M. le comte Daru une copie de sa lettre du 29 octobre 1806 qui m'envoyait àBrunswick. A Brunswick, j'ai été nommé intendant des domaines et j'ai fait les fonctions de sous-inspecteur aux revues sous les ordres de M. le comte de Villemanzy.

J'ai fait les campagnes de 1800 et de 1801 dans le 6e régiment de dragons. Comme adjoint aux commissaires des guerres, les campagnes de 1806, 1807, 1808 en Prusse, et celle de 1809 et 1810 à Vienne. J'ai toujours fait fonctions de commissaire des guerres et n'ai jamais été employé comme adjoint.

J'ai fait la campagne de 1812 et suis


allé à Moscou comme auditeur au Conseil d'Etat. A Moscou, M. le comte Dumas, intendant général, me donna une mission pour assurer la subsistance de l'armée durant la retraite. On me fournit une escorte, et, à Bobr, M. le comte Daru me félicita au nom du général en chef sur le succès de ma mission. Sans coûter un centime à la caisse de l'armée, j'ai fait faire des distributions à Orcha et lieux voisins. Ces distributions furent infiniment précieuses à cause des 'circonstances. J'ai fait la campagne de 1813 en Silésie et ai été intendant à Sagan.

J'ai fait la campagne de 1814 dans la 7e division militaire. Depuis, je n'ai ni demandé ni fait de service. Je suis fils de famille j'ai perdu dans la retraite de Moscou environ 15.000 francs qui formaient la moitié de ma fortune disponible, et depuis cette retraite je n'ai pas eu deux mois de santé de suite.

Tels sont, Monseigneur, mes droits à une solde ou pension.

Maintenant pour vivre, je travaille dans la maison de commerce Robert frères et Cie.

Je suis, avec un profond respect, Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur. DE BEYLE.


651.— A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 26 août 1818.

PER Dio ceci passe la permission les cieux sont devenus d'airain. La Nina1 est partie avant-hier pour Bologne je pars dans une heure per i colli di Brianza, entre les deux branches du lac de Como, de Lecco à Como. Je voudrais bien, au retour avoir une lettre de vous, quand vous devriez ne me rien dire de la conspiration je parle de celle de Chapdelaine; que vous avez peut-être oubliée, mais que nous ne croyons véritable que depuis huit jours, qu'un Milanais est arrivé de Paris.

Mais le bon, le divin, sera l'histoire et les histoires de la Nina, que vous me devez en conscience. Elle m'a dit « M. de Mareste a bien de l'esprit, mais il estméchant. ». J'en ai conclu qu'elle vous avait lâché pour le comte P[érignon], père ou fils, et que vous aviez lancé l'épigramme. A la vie qu'il paraît qu'elle a menée, il faut que quelqu'un ait été ami

1. Elena Vigano.


utile. Le blâmerai-je ? Parbleu, non. Il s'agissait pour elle de rendre brillants les soixante-dix jours qu'elle a passés à Paris, et elle y a réussi car elle est ivre de Paris au point d'en offenser les bons Milanais, qui de leur naturel, sont jaloux. Donc, huit pages sur la Nina je ferai l'ignorant à son égard. En novembre, elle va à Venise, où je l'irai voir en décembre, Au mois de février, elle revient ici pour un an avec le papa, qui a quarante-quatre mille francs pour 1819, et qui est si bon, si généreux, si charitable qu'il n'a jamais dix sequins. Imaginez qu'il fait des pensions aux frères de ses anciennes maîtresses. Quelle qu'ait été la Nina à Paris, elle est charmante, ici, par son naturel et par son chant.

Comment va le cher Maisonnette ? Quand imite-t-il son patron, par un bon mariage, avec une dot de trois cent mille francs ? Présentez-lui mes vœux à'ce sujet. Primo vivere deinde, philosophare. Pour moi, je remplace le premier par le second. Je vis à peine, mais je n'ai cependant point de dettes que 1.400 francs à D[idot]. Faites-moi donc imprimer l'article à envoyer avec le .Journal de Paris. Gare les Chambres De plus, faites-moi un article sur Bombet. Enfin, faites annoncer theHistory of Painting par le titre


seulement, ou avec deux lignes d'éloges par votre ami le Journal de Paris. J'attends encore un an ou deux la sortie du 72 ou du no 56, vulgo Salvaing. Si ce dernier sort, j'ai 20.000 francs. Enfin, vaille que vaille, quand je n'ai pas de nerfs, c'est-à-dire quatre fois par semaine je suis content.

De conversation sensée, ici pas l'ombre. Journaux rares notre boussole, c'est la Gazetta di Lugano et la Minerve plus mille huit cents Anglais qui nous passent sur le corps.

Olello et la Vestale ont été des chefsd'œuvre, comme nous n'avons rien en France depuis Voltaire. Le reste de nos opéras, détestable. Dorliska, de Rossini, commun. Je m'imagine que Paër et Spontini sont jaloux de Rossini. Vif, généreux, brillant, rapide, chevaleresque, aimant mieux peindre peu profond que s'appesantir sa musique, comme sa personne, est faite pour faire raffoler Paris. Rappelez-moi au souvenir de ce pauvre père de dix-neuf enfants qui m'a écrit une demi-page le 2 mai. Recommandezlui de me rappeler au souvenir du philosophe Lambert. Van Brosse est, je pense, à Bruxelles. Adieu. N'oubliez pas le Journal de Paris et surtout de m'écrire les faits et gestes de Nina. Il me semble que


si les réformateurs (au Parlement d'Angleterre) s'unissaient avec les Whigs, ils pourraient arriver à quatre-vingt-dix voix et à cent vingt, disent nos Anglais, les ministres surtout. Qu'élirez-vous à Paris ? Je suis pour B. Constant, et vous, pour Chaptal, je pense. Adieu, voilà la voiture. Ecrivez donc, bel ingrat Avezvous eu la Nina ?

Jetez l'incluse à la poste. Que fait la bâtarde ? Think you of matrimony ? 1 L'histoire de Mackintosh a-t-elle paru ? Encore un mot sur les Mémoires de Rovigo. Les véritables ont-ils paru ? Ou les menaces personnelles les ont-elles arrêtés ? Pour combien de temps ? Qu'est-ce que le libelle de Fouché contre les trentehuit exilés par lui ? Le pamphlet attribué à Mme de Montesquiou est-il d'elle ? Et les lettres de Mme' Bertrand ?

1. Pensez-vous au mariage ?


652. A et G

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 2 septembre 1818.

HÉLAS, non, je n'ai pas reçu cette substantielle lettre1 du 5 juin C'est la première des vôtres qui finisse dans la pipe d'un caporal et je jurerais bien que ce caporal est français. Si je l'avais eue, j'en aurais cru plutôt à la conspiration. Comment croire que des gens sans cœur, ni bras, ni jambes conspirent ? Si réellement ils poussaient leurs intentions bénignes jusqu'à vouloir égorgiller, ceci produira un second 5 septembre2, c'est-à-dire que les nobles 'n'auront plus que les trois quarts des places, au lieu des sept huitièmes.

Si cet effet avait lieu, je pourrais bien essayer d'obtenir une place de cinq mille francs à Paris. Le bâtard est pire que jamais, et il est secondé depuis peu par le ministre de la guerre. Les intendants militaires de Grenoble ne veulent plus 1. Le fragment de brouillon de la bibliothèque de Grenoble porte « cette grave lettre. » 2. Allusion à l'ordonnance royale du 5 septembre 1816, donnée par Louis XVIII. (Note de Romain Colomb).


me payer ma demi-solde de neuf cents francs, sous prétexte qu'ils ne voient ma face qu'une fois l'an1, et que je suis notoirement absent c'est le coup de pied de l'âne. Un douaire si bien gagné Je n'étais pas absent pendant mes douze campagnes Remarquez que, le corps des commissaires des guerres étant supprimé, Son Excellence ne peut pas avoir besoin de moi du soir au lendemain, et qu'il faut d'abord, pour jouir de mes talents qu'elle me fasse nommer à une place par ordonnance mais malheur aux vaincus. Donc je laisserai mes livres ici et tout mon établissement pour aller attendre à Paris la sortie du 72 ou du 58. Avertissez-moi s'il y a jour à quelque place dans le genre de celle qui rend Besançon content2. J'aimerais mieux moins d'assujettissement et seulement 4.000 francs. Le moins affligeant serait d'avoir trente heures de travail par semaine à exécuter dans un bureau, mais à peu près aux heures qui me conviendraient. Ce parti est dur,mais vous savez que le loup sort du bois. Ce dernier trait des Intendants militaires m'a piqué.

Le tableau que vous me faites de l'agi1. Broulllon de Grenoble « Qu'ils ne voient pas ma face le 30 de chaque mois. »

2. Allusion au baron de Mareste lui-même.


tation morale de Paris et des flots de l'opinion, qui déborde et renverse tous les vieux édifices, diminue la peine que j'aurais à me jeter dans ce gouffre cela ne se voit pas deux fois c'est la débâcle des Valois. Une fois jouissant des deux tiers de la liberté anglaise, on retombera dans un cours majestueux et tranquille encore comme l'Angleterre, de 1713 à 1760. Faites part de mon vœu à Maisonnette, et dites-lui que si réellement il y a un second 5 septembre, je désire une place. Je pense que je ne l'obtiendrai pas qu'est-ce que douze campagnes sous l'usurpateur ? Je n'en serais pas trop fâché. Je suis persuadé qu'à Paris je serais haïssant, c'est-à-dire malheureux. Je paye par cet excès de sensibilité désordonnée l'enthousiasme et le bonheur que j'ai trouvés dans plusieurs moments de ma carrière par exemple, à l'entrée à Berlin, le 26 octobre 1806. D'ailleurs vous connaissez ma mortelle répugnance pour les bas'de soie et je m'éloigne chaque jour davantage de la jambe fine qui convient au solliciteur. Voici une lettre de change de 200 francs que payera M. Flory, lequel gît, je crois, rue des Petites-Ecuries, 38. Payez les 4.500 ex. de l'article à moins que Chanson né se paye sur les ex. qu'il vendra. Payez 90 francs à Jombert et le reste à Barral.


Tous ces impératifs-là sont pour la forme faites cela quand vous en aurez le temps ou passez la lettre de change à l'ordre du malheureux père de sept enfants. Je voudrais avoir le plus tôt possible les Edinburgh Review, je les ferai cartonner ici. Je pense que Jombert a sept à huit Peinture qu'il pourrait joindre à cet envoi, ainsi que les Lettres anglaises, etc. Je voudrais le Voyage en Autriche, de CadetGassicourt, par la poste, adressé à Novare, à M. Dominique Vismara'. Ceci est une commission. Si tant est qu'Egron ait vendu, ne pourrait-il pas payer ? Il devra après la vente, 432 francs. Vous sentez qu'après la galanterie du ministre de la guerre, le baron de S[tendhal] ne passera à une seconde édition2 qu'autant qu'Egron, Chanson ou autre voudra imprimer sans que l'auteur ait bourse à délier. Je suis très revenu de la manie stampante. Savezvous qu'elle me coûte cinq à six mille francs, avec lesquels je pourrais me donner du bonheur, par exemple, attendre encore un an avant de chercher de l'emploi. Au reste, la seconde édition aurait 470 pages. 1. Dominique Vismara, ingénieur à Novare, était le frère ou le père de Gluseppe Vismara, avocat à Milan, intime ami de Beyle et libéral au point de devoir être, en 1821, condamné à mort par contumace par le tribunal autrichien.

2. De Rome, Naples et Florence


J'ai le manuscrit tout prêt. Accusezmoi la réception des deux cents francs, cela me procurera une lettre. Quand un heureux moment de verve vous emporte à dix ou douze pages, pour frapper moins les commis de la poste, divisez en deux ou trois paquets. Servez-vous de temps en temps d'adresses différentes. Par exemple, M. Dominique Vismara à Novare, Mme Veuve Peronti, 1217, MM. Robert frères, négociants à Milan. Déguisez votre écriture sur l'adresse. En un mot, vous êtes un Moune. Je suis dans l'obscurité. Par exemple, qu'est-ce que le duel de Fitz-James et de Jouy ? Le plus sot des deux a-t-il été tué ?

J'ai trouvé les programmes de Vigano mais si c'est pour mettre ses ballets, ils ne nous serviront pas de rien. Vous y voyez, par exemple, dans Otello les sénateurs exprimant leur étonnement mais commet ? Voilà le talent dé ce grand homme. Il a observé admirablement les gestes humains. Par exemple, au troisième acte de la Vestale, celle-ci se rend à son amant la pantomime qui dure un quart d'heure est tellement vraie et tellemerit gracieuse, que, sans indécence, il fa tirar tutti1. Vous sentez que, dans un 1. Il fait tout tirer. C'est là la même image, assez libre, que dans la lettre du 3 janvier 1818.


programme destiné à faire comprendre ce qu'on voit, on ne décrit pas ce serait voler leur office aux yeux des spectateurs. C'est le premier homme de lettres venu qui fait ses programmes à Vigano. Celui d'un de ses principaux ballets n'a été fait qu'après le ballet, qui était délicieux, et Vigano eut toutes les peines du monde à dire ce qu'il avait voulu exprimer à Gherardini, le traducteur de Schlegel, qui voulait bien lui faire son programme. Je parie que vous me trouverez exagéré. Si vous n'aviez jamais vu de tableau de Raphaël, que penseriez-vous des louanges qu'on lui donne ?

Voilà une transition pour vous remercier des 4.500 ex. Si vous vous en souvenez, envoyez-m'en trente ou quarante par la poste, et chargez le vicomte de m'envoyer le Journal de Paris, quand il contient de ses œuvres. Cela coûte un sou d'affranchissement. Mais il est tellement occupé, que ce soin se trouvera probablement au-dessus des forces de son amitié. En revanche, la vôtre est d'une activité, d'une force de volonté vraiment italiennes. Sans doute que je ne demande pas mieux que de faire une seconde édition elle serait de 450 pages le .manuscrit est prêt. Voyez si Chanson veut entreprendre cela. Il tirerait mille ex., dont quatre ou


cinq cents pour lui. C'est bien le cas de m'envoyer par la .poste l'ex. que vous avez chargé de vos critiques marginales. Dites-moi, sans ménagements, l'opinion de Maisonnette sur le style. J'ai trop d'orgueil pour ne pas aimer la critique. Si vous avez encore la lettre que Dominique vous écrivit de Cularo, envoyez-moi la copie ou l'original pour tâcher de l'adoucir et de le placer. Le vrai seul est aimable. Je vous prie de me faire envoyer l'Ed. Review. Combien vous dois-je ?

Tenez-moi au courant des livres passables que vous lisez. Je trouve plats tous ceux qui nous arrivent de France, ce ne sont que des factums pour ou contre un parti, et la vérité y étant dite avec la crainte.de M. Marchangy, ils ne seront pas même bons pour l'histoire. Quand je considère qu'on ne parle pas en Angleterre des ouvrages de M. de Tracy, je regarde toujours à mes pieds pour voir s'il n'y a pas un chef-d'œuvre. Quelle critique fait-on des.Comrrientaires sur Montesquieu Que le critique n'a pas volé son style à l'auteur.

Rien de neuf ici qu'un mauvais opéra de Rôssini,'Dorliska c'est du mauvais Voltaire. Rossini, piqué des critiques qu'on lui a décochées à Paris, à propos de la Nina, veut aller y composer des opé-


ras français, ce qui semblera séditieux -à MM. Paër et Spontini. On vient d'engager pour Paris deux ou trois chanteurs de sixième ordre.

Dites-moi quelque chose du congrès veut-on y anéantir la liberté de la presse ? Ce serait bien fait mais l'oeuvre est difficile. Quant au reste, nous nous en moquons. Que me fait que le Luxembourg soit à Guillaume ou à Georges ? Que faitesvous de Mme-Perry qui est à l'hôtel Meurice ? Maisonnette lui donne-t-il à dîner ? Nous avons ici un nouveau journal il Concilialore 1. Je crois que cela sera plat pour vous et utile ici. Duport donne un concert de danse, vendredi 13 septembre.

1 dare not say you some anecdotes 2. Le sort de votre lettre du 5 juin m'effraye. Qui -élirez-vous à Paris ? Les libéraux Constant les ministériels Chaptal les ultras Fiévée ou Agier. Je vous *adresserai- les programmes de Vigano comme les poésies de Monti. Peut-être les arrêtera-t-on. Si vous ne recevez pas ceux-là, je vous en enverrai d'autres. Nina a bien fait, je ne lui dirai rien, et, d'ailleurs, ne la reverrai qu'à Venise, en 1. Le Conciliatore commença à paraître en effet en'septembre 1818.

2. Je n'ose vous dire des anecdotes.


décembre. Elle s'ennuie à Bologne. Ici elle n'a jamais look a farthing from any body1. Je suis, dit-elle, la calamita degli apiantati 2. Son amant ne dépense pas dix francs par mois pour elle.

Quels sont les auteurs dé la Note secrète3 ? Adieu, un mot tous les quinze jours. P.-S. Egron a autant d'espoir que Chanson en a peu, mais ce dernier, doublé de Maisonnette, est bien plus hardi. Il me semble que l'arrangement est proposable. Je ne voudrais pas avancer plus de deux ou trois cents francs mais nous pourrions lui laisser trois cents, quatre cents et même cinq cents ex. Voyez. J'approuve tout d'avance. Marchez. La vanité of author m'a fait penser un peu depuis trois jours to lhe second edilion of Stendhal. Cette vanité sotte se masque un peu du prétexte de l'utilité pécuniaire. La première édition à cinq cents ex. a coûté neuf cents fr. On a dupé le baron de deux cents francs. En réduisant les neuf cents payés par son innocence à huit cents, chaque ex. coûte trente-deux sous. 1. Pris un centime de personne. 2. Je suis, dit-elle, l'aimant des décavés.

3. Cette note secrète dont Beyle s'inquiète ici inspirera le chapitre XXI du tome II du Rouge et Noir. Rédigée par Vitrolles et les ultras sous l'inspiration du comte d'Artois, elle demandait à Londres la prolongation de l'occupation étrangère.


On le vend: quatre francs, dont on remet au baron trois francs moins le treizième. Peut-on proposer à Chanson d'imprimer .mille exemplaires ? Je lui avancerai deux cents francs. Il gardera trois ou quatre cents ex. pour lui il m'en remettra sept cents. Je ne vend ai mes ex. que deux mois après qu'il aura mis les siens en vente et au bout de six mois, il me rendra mes deux cents francs. Les mille ex. à trente feuilles lui coûteront réellement mille fr. On vendra le volume six francs pour cinq francs, ses trois cents ex. lui vaudront quinze cents francs. Donc Chanson, en avançant huit cents francs, changera mille francs contre quinze cents en trois mois.

Adieu, un mot tous les quinze jours, ROBERT Frères.

653. A

AU BARON DE MARESTE

Milan, 1217, le 4 septembre 1818.

ENFIN, une lettre de vous Je n'ai pas reçu celle du 5 juin. J'ai commencé une longue réponse. Je vous écris un mot pour vous prier de toucher la lettre de change ci-jointe chez


M. Flory, rue des Petites-Ecuries, 38. Payez les quatre mille cinq cents francs. Donnez quatre-vingt-dix francs à Jombert et le reste, s'il y en a, au cher vicomte. Adressez-moi l'Ed[inburgh-Review] ici. Je suis empressé de la recevoir, n'ayant rien à lire. Je vous enverrai les programmes des ballets qui vous seront aussi inutiles que les phrases de l'imprimeur. Si vous voulez' la Vestale, il faut ce grand homme. On dit que Rossini va à Paris composer des opéras français.

Comme on ne reçoit pas ici le Journal de Paris, priez le vicomte de' m'envoyer des numéros intéressants, ainsi que l'article. Nina est à Bologne.

Mille' choses à Maisonnette, Lambert, Smidt, et l'ordinaire prochain.

FUDGE FAMILY1.

Chanson se chargerait-il de la 2e [édition de Rome, Naples et Florence] ?

1: Moore venait de publier à Londres en 1818 Fudge Family in Paris, edited by Th. Brown the younger. Beyle, comme il le dit à Mareste dans sa lettre du 24 octobre 1818, venait de lire ce livre qui devait dix ans plus tard fournir à Mérimée une épigraphe de sa Chronique du siècle de Charles IX.


L'AUTEUR de l'Hisloire de la Peinlure a l'honneur de présenter un exemplaire de cet ouvrage à l'Institut de Milan. Il pense que c'est en Italie qu'il faut chercher les véritables juges des ouvrages sur les arts. Ceci n'est point un vain compliment, c'est une conséquence exacte des théories exposées dans l'ouvrage.

L'auteur ne cherche que la vérité. Il supplie les personnes qui pourront l'honorer de quelque attention de le traiter lui et ses théories avec la dernière rigueur. Il éprouve un vif sentiment de peine de ne pouvoir compter au nombre de ses juges l'immortel Appiani, dont le beau talent faisait tant d'honneur à la Lombardie et à l'Italie tout entière. Je vous prie, Monsieur, de ne montrer ces feuilles à personne, et de me dire si vous trouvez les idées justes. J'aime mieux une vérité présentée en mauvais style qu'une phrase brillante qui au fond ne conduit l'esprit du lecteur qu'à une idée fausse. Ajoutez

654.—G

Paris, le. septembre 1818.

Monsieur,


les nuances qui me sont échappées, effacez celles qui vous semblent fausses.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Président, votre très humble et très obéissant serviteur,

B. A. AUBERTIN,

rue Favart, n° 81.

655. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Lac de Como. Tremezzina, 24 octobre 1818. IL faut que ce soit une chose bien merveilleuse que de pouvoir se rendre chaque matin ce superbe témoignage « J'habite Paris, et, de plus, par ma position, je sais quelques-uns des secrets d'une douzaine de faquins qui se croient du talent parce qu'ils ont de la puissance ». Si vous n'étiez pas transporté par ce noble sentiment, comment auriez-vous pu arriver à la belle imagina1. Cette lettre est un des nombreux projets tracés par Stendhal quand 11 songeait au moyen de faire vendre en Italie son Histoire de la Peinture sans révéler qu'il en était l'auteur. Aussi avait-il forge ce nouveau pseudonyme qui cadrait fort bien avec les initiales du titre M. B. A. A. L'adresse indiquée par surcroît était celle de son ami le vicomte de Barrai.


tion que je craignais qu'on arrêtât lés ballets de Vigano pour les ballets euxmêmes ? Avez-vous reçu deux paquets dont chacun contenait Otello, la Vestale, Mirra et Psami ? Un si gros paquet, adressé à un si grand personnage, ne sentil pas d'une lieue la statistique, le rapport officiel, etc. ? Enfin avez-vous reçu deux paquets ou un seul ? Le second est recommandé et à votre adresse le premier à Maisonnette est parti à la fin de septembre.

Si vous aviez eu le temps de lire le chapitre d'Helvétius De l'esprit par rapport d différentes sociétés, vous auriez compris que, quand je trouvais la France pauvre, je parlais de littérature. Vous me citez en réponse l'Esprit d'association de M. de Laborde vous aviez mieux à me citer la Physique.de Biot est un ouvrage tout autrement supérieur. Demandez à Maisonnette s'il n'est pas vrai qu'on appelle littéraires les ouvrages qui perdent vingtcinq dans la traduction ? Rien de moins littéraire que Laborde, si ce n'est B[érenger]1. Tracy lui-même n'est littéraire que par la sublimité et la justesse des pensées. L'Esprit des Lois ne fut littéfaire que par le style divin. La preuve en 1. Bérenger de la DrOme.


est que Béntham, dont le génie est Montesquieu perfectionné, n'a jamais été cité comme augmentant les richesses littéraires de l'Angleterre. Tout cela est encore vrai de l'administration militaire de Bayet. Reste donc le livre de Mme de Staël1 qui n'est. que de la conversation écrite, ouvrage contradictoire et puéril, s'il en fut jamais, et à genoux devant le plus grand mal de la société actuelle, la noblesse. L'ouvrage de B[érenger] ou de Laborde peut vous donner beaucoup de plaisir dans ce cas vous avez raison de l'appeler sublime l'erreur est d'ajouter que ce sont des ouvrages de lillérature. L'un 'est de sèche jurisprudence, l'autre est tissu de mesquines conséquences de Ricardo et de Say, saupoudrées d'un peu d'esprit, pas trop mais, fût-il écrit par l'abbé Galiani, ce n'est pas là de la littérature. C'est ensuite une erreur d'un autre genre que de croire que' Lemercier et Chénier, gens enterrés en 1790, soient supérieurs ou seulement égaux à Vigano. Vous jugez de Vigano par Gardel c'est exactement comme si vous jugiez dé Mme Catalani par mademoiselle Arnaud, ou de Raphaël par David ou de Canova par M; Lemot. Un Français peut bien 1. Considérations sur les principaux événements de. la Révolution Française.


dire et croire que Lemot lui fait plus de plaisir que Canova. Mais à un tel homme, on dit Parlons de la Minerve et des élections. Certainement il n'y a personne en Italie capable d'écrire une page comme Benjamin Constant. Tout homme qui a un succès immense dans sa nation est remarquable aux yeux du philosophe. Je vous dis que Vigano a eu ce succès. Par exemple, on payait quatre mille francs par an les compositeurs de ballets lui, a quarante-quatre mille francs pour 1819. Un parisien viendra, qui dira « Fi, l'horreur » II peut être de bonne foi seulement je dirai tout bas « Tant pis pour lui. » Si Vigano trouve l'art d'écrire les gestes et les groupes, je maintiens qu'en 1860 on parlera plus de lui que de Mme de Staël. Donc j'ai pu l'appeler grand homme, ou du moins, homme extrêmement remarquable et supérieur, comme Rossini ou Canova, à tout ce que vous avez à Paris, en beaux-arts ou littérature.

Ensuite c'est une erreur de fait, et parce que vous le voulez bien, que vous réduisez à deux les poètes de l'Angleterre. Si vous vouliez, Crabbe et Campbell et Walter Scott, seraient aussi des poètes, puisque leurs ouvrages en vers ont eu douze éditions, et qu'aucun d'eux n'est assez grand seigneur pour faire acheter ses ouvrages


par flatterie. Si vous vouliez, je vous dirais que je ne vois rien en France de comparable à Monti et à Gœthe mais vous me répondrez que je suis burlesque, que vous avez MM. Cuvier, Laplace, Berthollet, Gouvion-Saint-Cyr, le duc de Dalmatie. Tout cela parce que vous n'avez pas lu attentivement l'Esprit d'Helvétius.

Vous trouverez ce que dessus ridicule, et nous n'en serons pas moins bons amis au contraire il n'y a rien de plus agréable que de se dire de bonnes injures. Le Commentaire sur Montesquieu contient exactement mon Credo politique. De plus je veux le gouvernement actuel jusqu'en 1860. Lorsque l'auteur me donna le livre, il me dit de n'en pas parler c'est pourquoi je vous le dis de Jefferson. Si on en fait une seconde édition, envoyez-m'en deux exemplaires.

Ecrivez-moi au plus vite des détails sur l'Espagne je suis à la Tremezzina depuis dix neuf jours, et vos lettres me rendent recommandable à vingt ou trente pauvres hères qui ont chacun un demimillion, mais qui ne font pas la dépense de l'abonnement à un journal français. J'ai une chambre délicieuse qui n'est séparée du lac que par une route de. huit pieds de large, où viennent passer chaque jour cinquante personnes de la société


répandue dans les cent villas qui ornent ce vallon délicieux. Dans la villa Sorrimariva, plus voisine de ma chambre que la vôtre ne l'est du café de Foy, j'ai cent tableaux médiocres, deux du Guide, deux de Léonard de Vinci et une statue de Canova. Le soir, société très gaie, très musiquanle, très toutante où je suis admis volontiers et sans avoir besoin de parler et de briller. Un de ces jours j'ai fait dixhuit parties de billard sans dire la valeur de. dix lignes. Cette vie me coûte huit fr. par jour c'est à peu près mon revenu, et c'est un terrible argument contre l'idée d'aller augmenter le nombre des solliciteurs crottés.

Notez que si le bâtard me laisse seulement 34.000 francs, je suis sauvé et riche à jamais, car je me ferai 7.000 francs de viager. Au printemps, j'irai peut-être prendre une chambre chez M. Petit 1. Quand vous verrez Lacour, demandez lui comment il faut faire pour toucher, par procureur fondé à Grenoble, ma demisolde de 900 francs. L'Intendant me porte sur les Revues, mais, attendu que je ne lui présente pas ma face tous les mois, depuis octobre dernier, je ne touche rien. 1. C'est là, rue de Richelieu, n° 47, à l'Hôtel de Bruxelles. que Beyle descendra en effet à son retour à Paris en 1821. Cf. Souvenirs d'Égotisme, édition du Divan, p. 13.


N'oubliez pas cela. L'aimable Lacour doit être au courant de ce dédale de règlements bêtes ou injustes, dont on nous ennuie depuis 1814. Imaginez-vous que je ne lis ni le Commerce, ni la Bque historique, à peine la Minerve, une tous les mois par grâce.

Payez le vicomte, auquel je promets une longue lettre à condition qu'il m'enverra copie de celle de Crozet sur la Peiriture Italienne.

C'est un Welche qui préfère la Cinti à la Nina. Que voulez-vous dire à de telles gens ? Qu'ils sont les dignes descendants des admirateurs de Boucher et de Rameau. Pourriez-vous me faire envoyer par la poste la dernière brochure de B. Constant1 sur les élections ? Noter commission à oublier pour peu qu'elle vous ennuie. Je voudrais par la poste huit des titres que Didot a faits pour Haydn et que je n'ai jamais vus. Je les collerais à huit exemplaires que j'ai de ce livre assez robinet d'eau tiède, mais que je vous recommande, attendu que 800x5 = 4.000, sur lesquels D[omini]que aura 3.000 ou 2.000, avec lesquels il paierait M. Petit ou d'abord les 1.400 francs de M. Didot.

1. C'est le 24 juin 1820, que Mareste enverra à Beyle la Nouvelle loi de. Élections de Benjamin Constant, coût 1 fr. 80.


J'ai Fudge Family, ainsi que l'admirable ouvrage de M. Hallam, Histoire du moyen-âge du cinquième au quinzième siècle, deux volumes 60 francs. Il y a cent cinquante pages sur l'histoirede France que vous devriez faire .traduire cela est aussi bon que Thouret (Thouret est un homme qui passe pour le meilleur historien de France, en Italie, et qui sera un cuistre à vos yeux accoutumés à l'esprit de l'Histoire de Cromwell).

J'ai vu la liste de tous les préfets, de tous les maires de chef-lieu, de tous les colonels, de tous les ambassadeurs français et je tiens ferme au 1 /8. Faites faire le compte par un de vos amis. C'est un M. Wersey qui avait cette liste.

Vous autres qui avez tant de talent, .vous ne savez pas comme on se moque de vous pour l'affaire de Lyon. Sentezvous que, horreur à part, c'est la conspiration 1 la plus ridicule qui ait jamais existé pour des gens qui, à cent lieues de là, font métier de tout savoir ? Et vous vous croyez du talent Vous avez bien mieux, morbleu Vous avez du pouvoir et des sonnelles. Gaudeanl bene nati. En attendant, voyez comme le pape se 1. Cette conspiration qui éclata à Lyon le 8 juin 1817 avait été organisée par l'autorité militaire, pour se faire un mérite de sa répression (note de Romain Colomb).


tire bien de sà conspiration de Macerata rien de plus prouvé et de plus grave, car l'infâme parti Carbonaro existe toujours, et cependant pas une goutte de sang. Cela était un peu plus sérieux que ces pauvres diables de patriotes de 1816, auxquels vous avez tout doucettement coupé le poing..

Allez gaudeant bene nati (voir le jugement de Rome dans le Diario ou dans la Gazelle de Milan du 21 octobre 1818.) Nous avons ici un duetto sublime, chanté par Frédéric II, exactement mis comme Fleury dans les Deux Pages, et une. jeune femme qui lui demande la grâce de son amant, qu'on va fusiller. C'est Remorini et madame Camporesi. Si les brouillards de la Seine n'ont pas rouillé vos oreilles, achetez ce duetto, six francs, chez Ricordi, de Milan, le premier marchand de musique d'Italie, et faites-le chanter à Paris. Les paroles ne signifient rien cela peut aller à un père refusant un mariage à sa fille. Ce duetto est le début de Pacini, jeune compositeur de dixneuf ans, fils du bouffon. Silva est éteint. Demain nous avons le Pèlerin blanc, mis en ballet par le plat Gioja, le même dont le Comte d'Essex m'à chassé de la ville, tant les tours de force et vingt chevaux qui galopent m'ennuyaient.


Mille tendres souvenirs à Maisonnette. Ecrivez-moi bien vite les détails de l'Espagne et l'article pour votre ami le Journal de Paris. Est-il vrai que l'Empereur Alexandre viendra en Italie ? Alors quels beaux'spectacles pour vous Que pensezvous de la Jérusalem de Baour ? Si cela était très bon, je ferais les frais de l'édition la moins chère. J'ai lu avec plaisir le n° 56 de l'Edinburgh Review où l'on drop this flippanl author1 M. de Stendhal. Il y a dans le 56 de l'Edinburgh Review un article excellent sur le Dante persécuté par les jésuites jusqu'en 1780 on l'a payé quatre-vingt-dix-sept louis à Foscolo, qui est à Londres2.

Ne traduit-on pas l'admirable Birkbech ? Avez-vous remarqué son mauvais goût à propos des chapiteaux de Washington ?

Vous me devrez huit pages rien que sur les intrigues des élections. Cette nation fait-elle son éducation ? Jusqu'à quel point le raisonnable peut-il encore y être ridicule ? La collection des articles de Dussault, publiée par M. le cheva1. l'on tombe le «flippant» (bavard spirituel) auteur. 2. Cet article, comme l'a bien montré M. Robert Vigneron, inspira tout un passage de l'Amour, édit. du Divan, tome I, pp. 132-134 et un autre des Promenades dans Rome, édit. du Divan, tome II, pp. 41-42. Cet article n'était pas signé, mais avait bien Foscolo pour auteur.


lier Eckard, immortel auteur de l'Histoire de Louis XVII, vaut-elle la peine d'être lue? Je regarde Dussault comme le, Fiévée du classicisme, le meilleur avocat d'une vieille platitude.

656. A

AU BARON DE MARESTE

Varèse, le 14 novembre [1818].

AVEZ-VOUS reçu les ballets ? Mais vous n'avez pas reçu le comment, et le programme vous paraîtra ce' qu'il' est une platitude.

Payez le Vicomte et Jombert. Je vous remercie de Leckis 1, c'est du bon médiocre. Ne m'envoyez pas Fudge Family que j'ai. Faites traduire de Henry Hallam, View of Europe, from the V till the XV century, cent cinquante pages sur' l'Histoire de France et cent sur la.Constitution anglaise préférez cela à Madame de'Staël, si vous l'avez.

Voilà un intervalle littéraire, après 1. The Balance of Power de Gould Leckis avait été envoyée à Beyle par de Mareste le 26 septembre 1818. Le même jour Mareste proposait de lui adresser Fudge Family, et lui donnait des nouvelles de ses affaires d'édition.


les élections et le fiasco. de Constant jusqu'aux Débats. Profitez-en pour ce pauvre Bombet dans le Journal de Paris. Allez chez Egron, prenez 450 francs et remettez-les à M. Flory qui vous donnera une lettre de change soit sur Milan, soit sur M. Robert, à Grenoble. Ça m'est égal. La copie, la simple copie de mon Histoire du Monstre1 me ruine.

Mille, remerciements à Maisonnette pour l'article 2. Il me traite beaucoup trop bien. Ah si je pouvais avoir un vrai jugement par Maisonnette, par Dussault, par Feletz, alors je pourrais me corriger. Mon ambition serait d'avoir 3.. c'est l'amusement des gens ruinés. Grande dispute ici entre la musique de Cimarosa et celle de Pacini. Prenez la Gazette de Milan du 9 novembre. Je connais beaucoup la jolie Schiassetti elle est engagée à' Munich, où la Cour l'adore, jusqu en mars. Vous n'aurez pas la Fabre. Adieu, barbare Compliments au Vicomte, à M. Lacour, à Van Brosse. Des détails morbleu des détails sur les élections 1 Histoire de Napoléon, alors sur le chantier.

2. Article de Lingay sur l'Histoire de la Peinture en Italie qui avait été Imprimé en un prospectus réclame: 3. Lignes d'italien illisibles.


657.—A

A Mme DEMBOWSKI 1

Varèze, le 16 novembre 1818.

(Remise le 17 novembre.)

Madame,

E voudrais vous 'écrire une lettre un J peu amusante, mais je passe ma vie avec de bons bourgeois qui s'occupent toute la journée du prix du blé, de la santé de leurs chevaux, de leur maîtresse et de leur casin. Leur grosse joie, leur bonheur si facile me fait envie avec un cœur qui se contente de choses si grossières, comment faire pour manquer le bonheur ? Et cependant, ils errent au hasard, au milieu de ces écueils qui semblent si aisés à éviter, et eux aussi sont presque toujours malheureux. Ils ne s'occupent guère du monde qui nous. intéresse et qui est pour eux comme une terre étrangère. Une chose les a beaucoup frappés ils prétendent être sûrs que Madame A[nnoni] a pris un amant 1. Épouse séparée du général Dembowski, Mme Dembowaki, née Viscontini, n'est autre que cette Métilde si tendrement chérie par Beyle de mars 1818 à la fin de son' séjour à Milan.


c'est encore un Russe qui a cette jolie femme, car il paraît décidé que M. de Pahlen a la petite L. la Gênoise. Donc, c'est un M. de B[erg], que je connais, très joli garçon, mais peut-être l'être le plus sec qu'on puisse rencontrer, le plus affecté, le plus bavard, le plus égoïste, le plus à cent lieues du sentiment, qui a persuadé à Madame Ajnnonil qu'il l'adorait et, qui plus est, qu'elle l'adorait. Ils passaient leur vie à lire-des romans sentimentaux ensemble. Ici, elle n'écoutait pas un mot du spectaclè pour être toujours à lui parler. Ceci est sûr, mais je doute du reste.

Le plaisir le plus vif que j'ai eu aujourd'hui est celui de dater cette lettre j'espère, dans un mois, avoir le bonheur de vous voir. Mais que faire pendant ces trente jours? J'espère qu'ils passeront comme les neuf longues journées qui viennent de s'écouler. Toutes les fois qu'un amusement, une partie de promenade cesse, je retombe sur moi-même et je trouve un vide effrayant. J'ai commenté mille fois, je me suis donné le plaisir d'écouter encore mille fois les moindres choses que vous avez dites les derniers jours que j'eus le bonheur de vous voir. Mon imagination fatiguée commence à se refuser à des images qui, désormais, sont trop liées avec l'affreuse idée de votre


absence, et je sens que tous les jours mon cœur devient plus sombre.

J'ai trouvé un peu de consolation dans l'église de la. Madonna del Monte je me suis rappelé la musique divine que j'y entendis autrefois. Je m'en vais à Milan, un de ces jours, à la rencontre d'une de vos lettres, car je compte assez sur votre humanité pour croire que vous ne m'aurez pas refusé quelques lignes, pour vous si indifférentes à tracer, si précieuses, si consolantes pour un coeur au désespoir. Vous devez être trop assurée de votre pouvoir absolu sur moi pour vous arrêter un instant à la crainte vaine de paraître encourager ma passion en me répondant. Je me connais je vous aime pour le reste de ma vie tout ce que vous ferez ne changera rien à l'idée qui a frappé mon âme, à l'idée que je me suis faite du bonheur d'être aimé de vous et au mépris qu'elle m'a donné pour tous les autres bonheurs Enfin j'ai besoin, j'ai soif de vous voir. Je crois que je donnerais le reste de ma vie pour vous parler, un quart d'heure des choses les plus indifférentes.

Adieu, je vous quitte pour être plus avec vous, pour oser vous parler avec tout l'abandon, avec toute l'énergie de la passion qui me dévore.

HENRI.


658. A

AU BARON DE MARESTE Milan, le 20 novembre 1818, Books 1.

IL est plus facile pour Henri d'avoir I des Books traduits en anglais, que de les avoir annoncés à Paris. Voilà le voyage traduit 2, avec dix pages des plus grandes louanges. (Esthetic Review for mai 1818).

Egron avait promis le prix de 158 a 3 fr. pour octobre. 158 X 3 = 474. Voici son reçu. Dans un moment de loisir et d'amitié, voyez s'il veut lâcher le tout ou partie et remettez-le à M. Flory contre une lettre de change chez M. Robert. Si lui ou Chanson veut print again3 gratis ou à peu près, I can send matter for four hundred or five hundred pages 4. Les additions sont d'un genre plus sérieux, plus solide, méritant moins l'accusation de flippancy 5.

1. Livres

2. Rome, Naples et Florence en 1817.

3. Réimprimer. 4. Je puis envoyer la matière de quatre cents ou cinq cents pages. 5. Persiflâge. Nouvelle allusion à l'article de la Revue d'Edimbourg qui, en novembre 1817, avait ainsi qualifié l'auteur de Rome, Naples et Florenee.


C'est vous qui m'avez donné l'anecdote de Grécourt. J'avais des nerfs ce jour-là et l'ajoutai tant bien que mal to a sheel que je corrigeais. Refaites-moi ce conte ainsi que celui de la Bisteka2: gran francesi grandi in tutto3, et ajoutez-le au manuscrit, quand il passera sous vos yeux. J'ai supprimé les trente dernières pages. J'ai tant de matériaux que je puis supprimer largement indiquez-moi seulement les taches. Vous savez bien que je ne suis pas auteur à la Villehand4. Je fais de ces niaiseries le cas qu'elles méritent ça m'amuse j'aime surtout à en suivre le sort dans le monde, comme les enfants mettent sur un ruisseau des bateaux de papier. Vous ai-je dit que Stendhal a eu un succès fou ici il y a quatre mois. Par exemple l'exemplaire du Vice-King fut lu au café par quatre personnes qui ne voulaient que le feuilleter et qui se trouvèrent arrivées à une heure du matin, croyant qu'il était dix heures du soir, et ayant oublié d'aller prendre leurs dames au 1. A une feuille.

2. Stendhal fait allusion à cette anecdote dans la première édition de Rome, Naples et Florence (1817) à la date du 2 mai (Edit. du Divan, t. III, p. 72). Mareste ne dut pas donner satisfaction à Beyle, car la Bistecca a disparu de l'édition de 1826.

3. La Bistecca (bifteck) grands Français, grands en tout.

4. A la Villemain.


théâtre, etc. On a découvert trois faussetés. Mais tout cela est futile. L'essentiel c'est de payer ce diable de Did[ot]. 'A Cularo, pour 1.400 francs l'on me demande un billet de. 1.800 francs avec intérêt à 5%. Ne. pourrait-on pas faire mettre cet article dans lè Journal des Savants ? Daùnou me semble un excellent juge de la partie historique. M. Cousin, qui va chez Maisonnette, met d'ennuyeux articles dans ce journal, en faveur de la philosophie écossaise et contre l'intérêt personnel d'Helvétius. Mais on peut être utile quoique bête. Le Commerce a-t-il parlé of Painting, .coinme il l'avait promis to my friend Rey1? Quand vous en aurez le temps, demandez à Did[ot] combien il a vendu de Haydn. Je ferais en sorte d'envoyer à Did[ot] ce qui manquera pour compléter les 1.400 fr. et je punirai mon ingrat pays en ne donnant les trois derniers volumes que dans vingt ans 2. Pour en finir, avez-vous le courage d'articuler sur Haydn ?

Je vois qu'il va y .avoir une Revue

1. A mon ami Rey.

2. Ces trois derniers volumes n'ont jamais paru du vivant -de Stendhal. On en trouvera les ébauches laissées dans ses papiers sous ce titre Écoles italiennes de peinture, vol. aux éditions du Divan,


encyclopédique. Au fait, il n'y a plus de journaux littéraires, ce besoin doit se faire sentir. Je pense sincèrement que tout ce que nous avons à désirer en politique, c'est que les choses continuent du, même pas dix ans de suite. Il n'y a plus d'alarmes à avoir. Donc, l'intérêt politique doit céder un peu à l'intérêt littéraire. D'ailleurs ,les discussions politiques commencent à être si bonnes, c'est-à-dire si profondes, qu'elles en sont ennuyeuses. Qui pourra, par exemple, suivre le Budget? Voyez donc si vous pouvez obtenir accès à la Revue encyclopédique qui a une division intitulée Peinlure. Y-a-t-il exposition cette année ? En ce cas, nouvelle affiche. Voilà pour l'essenliel. Le luxe, pour ma vanité, serait un vrai jugement, en conscience, par Dussault, Feletz ou Daunou. Enfin, tous les six mois, faites annoncer par le titre. J'écrirai à Did[ot] pour qu'en faisant brocher dorénavant il supprime une vingtaine de cartons exigés, en 1817, par la timidité et les souvenirs Ri. Ch.1 Plus, je lui demanderai .huit titres de l'Haydn pour huit exemplaires que j'ai ici et que j'enverrai en cadeau. Je lui demanderai cinquante 1. Rioust et Chevalier. Cf: la préface à l'édition du Divan de l'Histoire de'la Peinture en Italie, pp. XXXI-XXXII.


exemplaires de la P[einture] pour des cadeaux ici.

Il y a ici huit ou dix excellents juges des Sensations du beau, qui ont un mépris extrême pour M. Qualremère de Quincy et les connaisseurs de France. Le Jupiter Olympien de M. Quatremère est d'un ridicule outré, par exemple. 1° Quels sont, à Paris, les gens qui passent pour connaisseurs ? 2° Pour grands peintres .? 3° Pour bons sculpteurs ? Ne me laissez pas devenir étranger dans Paris. Rien reçu from you depuis six semaines. Ch. DUÉIF.

7 décembre 1818

659. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 11 décembre 1818..

LISEZ-VOUS le Conciliatore ? Non car, 1° il est bête 2° il est libéral. Cependant, s'il paraît chez Galignani, lisez, dans les six derniers numéros, des articles signés E. V., c'est-à-dire Ermès Visconti (le marquis). C'est sur le romanticisme c'est-à-dire sur cette ques-


tion « Voulons-nous la tragédie à la Xipharès ou la tragédie à la Richard III? » Ce M. Ermès passe pour le meilleur philosophe du pays. Votre attention, à vous autres, Français, est absorbée par la politique pour quarante ans, la littérature va donc se réfugier dans les pays qui n'ont pas encore le bonheur de pouvoir appliquer à leur syphilis le mercure des deux chambres.

Quand la France sera guérie, la littérature y reparaîtra aussi belle et plus vigoureuse que jamais, et la cause de Racine tient aux carrosses du roi, où M. de Chateaubriand nous apprend qu'il eut l'honneur de monter, avant d'aller écouter les bruits du désert.

Comparativement, la France va donc être littéralement stérile car les mezzofermine, si bons en politique, ne valent rien en fait d'arts. La poétique de Madame de Staël est plus mauvaise que celle de la Harpe ou de l' Edinburgh Review. Si vous avez le temps, récréez-vous avec le Romanticisme. Ne commencez-vous pas à être las de la politique ?

Je n'ai rien reçu depuis six semaines, depuis les élections, je crois. Pour soutenir les intérêts de ma sagacité que vous outragez. maintes fois, répétez-vous que je vous demandais, en juin dernier, si


vous ne songiez pas à retoucher: cette dangereuse loi des élections. Il faut que Maison' tourne ou fasse tourner la loi d'ici à deux ans. J'aimerais beaucoup mieux qu'il fit semblant de voir la lumière comme saint Paul. Car j'en suis au point que si le coquin débarquait dans un pays où je fusse préfet, je le ferais fusiller sans délai. La France est sur le grand chemin de la félicité si on veut lui faire prendre les sentiers qui abrègent, la charrette versera. Au moyen de quoi, nous voilà presque d'accord, ce me semble. C'est un Anglais très connu qui m'a convaincu de cette vérité. Il m'a loué Henry Hallam, que nous faisons venir.

Dites à Maisonnette de faire traduire 150 pages de the View of the Hislorg of Europe, from the Vth century till the XVth2. L'Histoire de Philippe le Long, l'inventeur des Communes, et le portrait hideux ,et savantissime de la féodalité que nous prêche M. de Villeneuve, ex-préfet, sont admirables dans ces cent cinquante pages. Ce sera pour Maisonnette un livre ministériel et en même temps une acquisition

1. Le duc Decazes, 2. Henri Hallam Vue sur l'histoire àe l'Europe du au XVe siècle.


importante pour notre pauvre histoire de France.

L'ouvrage coûte 60 francs à Londres. Savez-vous que Birckbech a publié un second pamphlet Letters from the Illinois, 100 pages, où il traite joliment toutes les religions ? Lisez et conseillez à Van Brosse de traduire ces 100 pages, plus les 150 du premier ouvrage. Voilà des livres Vous connaissez sans doute un nouveau manuscrit de Sainte-Hélène, en cent pages, prétendu dicté par l'usurpateur. C'est vigoureux et incorrect. Les écrits de B. Constant relèguent aux imprimés par Ridgeway dans la classe des Factum, pour un parti. Je faisais cette réflexion en lisant ce dernier. Les gens de la Révolution, les Danton, les Robespierre, les .Tallien, etc., etc., avaient, du pouvoir et peu de talent, si l'on veut, mais enfin, ils avaient pris ce pouvoir. Les Maison d'aujourd'hui n'ont eu que la peine of pleasing to a Gérontel. Cela est un peu différent arracher à ses rivaux et au risque de la vie, le délicieux pouvoir, ce premier des biens, ou séduire an old man 2. Je viens de lire une lettre de l'aimable Schiassetti sans écorner sa vertu, elle est la 1. De plaire à un Géronte. 2. A un viell homme. Allusion aux relations du duc Decazes et de Louis XVIII.


favorite de la reine, du roi des princes, etc. Ils l'accablent de choses flatteuses à Munich ma poco danaro 1. Le jour de naissance d'Adélaïde Schiassetti, où elle a eu dix-huit ans, le prince royal est venu chez elle en grand gala, et, en entrant, lui a dit avec majesté « Je vous prie de vous mettre à genoux. » Elle s'y met toute étonnée. « Jurez-moi devant Dieu qui voit tout, aujourd'hui votre jour onomastique, que, quoi qu'il arrive dans la suite, vous me regarderez toujours comme votre père. » Elle n'est libre' qu'en avril vous l'auriez à l'Opéra-Buffa pour quinze mille francs mais vous êtes trop barbares.

Grasset a été, en Italie, honnête homme et connaisseur B[erelli] tatillon et friponneau. Il y avait à Varèze, ville de six mille âmes, quand j'y étais, un pauvre diable qui chantait Basile dans le Barbiere di Seviglia de Rossini il était ridicule et connu dans la ville sous le nom de don Basilio, quand un beau matin nous avons appris que ce rare sujet nous était enlevé par la .superbe Paris.

Vous avez la Chabran, la Fodor et Pellegrini, dit-on. J'ai vu hier la 1. Mais peu d'argent.

2. Le prince Louis, devenu roi de Bavière en 1825. (Note de Romain Colomb.)


délicieuse Liparini elle est bien changée faites-lui chanter la Contessa di Colle Ombroso, partout ailleurs elle est mauvaise. Le 26 décembre, nous avons ici la Clemenza di Tito de Mozart, par Crivelli, la froide Camporesi, habillée en homme, et la froide Festa.

Avez-vous lu la terrible comparaison entre la Méduse et l'Alceste, dans le numéro 60 de l'Ed. Review ? Si j'avais l'honneur d'être ministre, je ferais traduire ces douze pages et distribuer aux députés et à la Marine. Mais le Molé est trop sot. Trouvez-vous quelque chose à répondre à ces douze pages? Us ne savent pas le franco; ils ne comprennent pas le moral avait souffert. Du reste, c'est notre histoire en Russie. Je n'osais pas vous dire cela pour qu'on ne criât pas au paradoxe.. Voulez-vous voir le caractère du capitaine Chanmorin ? Prenez M. de Pastoret fils. Mille compliments à l'aimable Maisonnette. Pourquoi ne s'estil pas trouvé dans la même liste que M. Villehand ?

Adieu, écrivez, écrivez-moi donc.


660. A

AU BARON DE MARESTE 1 Milan, le 11 décembre 1818.

Mon cher ami,

JE vous recommande M. Fontana, riche négociant de Milan, qui va à Paris et à Londres.

Si vous pouvez .lui être utile pour ses passeports ou pour toute autre chose,vous m'obligerez infiniment. Je connais son aimable famille depuis nombre d'années, et je serais bien aise que ma recommandation pût être utile à M. Fontana. Tout à vous,

H. BEYLE:

Arrivando a la prefettura di Polizia, il signor F. domanderà il signor de Mareste e gli darà la presenle, cosi non aspettera2.

1. M. de Mareste, chef du bureau des passeports à la Préfecture de Police à Paris.

2. Arrivant à la préfecture de Police, M. F. demandera M. de Mareste et lui donnera la présente, ainsi il n'attendra pas.


Mon cher ami, je viens enfin d'obtenir une adresse sûre. Mettez sous une enveloppe à M. Antonio Augustoni, négociant à Chiasso (Suisse), et sur la lettre pour M. Robert,. à Milan.. Ecrivez-moi, de grâce, ou je meurs de soif. En cas de besoin, vous pouvez aussi adresser des paquets' par la diligence (à la même adresse).

JE suis sans lettre dé vous depuis deux mois et demi. Vous devez en avoir reçu deux le jour de Noël,. mais vous devez être bien occupé de vos changements. Toutes les lettres provenant de Paris, l'Espagne et adressées à des

661. A

AU BARON DE MARESTE [1818.]

662. A

AU BARON DE MARESTE

Milan, le 20 janvier 1819.

Monsieur et cher père,


non-négociants de cette ville sont envoyées to. V.

Ecrivez-moi sous le couvert de

M. Guasco, avocat à Turin.

M. Giovani Plana, astronome à Turin. M. Dominique Vismara, ingénieur à Novare.

Comme vous m'écrivez toutes les six semaines, servez-vous tour à tour des deux adresses. Mille amitiés au cher Vicomte et à Van Crout. Je félicite Maisonnette voilà son maître adoré. 663

AU PRINCE ODESCALCHI 1

Pariggi, li 30 Genaro 1819

Pregiatissimo Signore,

Padrone colendissimo 1

TENGO per fermo, pregiatissimo signore, che ai tempi migliori della musica vale ai dire a tempi di Pergolese e di Cimarosa, fosse Roma la capi1. A sua Eccelenza il signor Pietro de Prlncipl Odescalchi, Direttore del Giornale Arcadico, Roma. Cette lettre a été publiée par M. Paul Arbelet, dans les Mélanges d'Archéologie et d'Art en 1909. Elle était reliée avec un exemplaire des Vies de Haydn, Mozart et Métastase qui appartient à la Bibliothèque Victor-Emmanuel.

2. Beyle à cette date était à Milan. La lettre a dû être écrite de Paris par Crozet, d'après un brouillon envoyé par Beyle.


tale dell'impero della musica, è cosi vien detto a pagina 388 del qui annesso libro fatto per addimesticare i francesi coll'arte che dir si puô veramente Italiana. Prego il Giornale Arcadico 1 di render conto del libro con la maggior sincerit à e severità. Resta troppo occupata di Politica la Francia per aver agio di dar giudizio di tali opérette, e l'Italia si fata sinant vien chiamata al posto di vera patria delle buone lettere non meno che delle arti.

Ho l'onore

pregiatissimo signore 1

di dichiararmi

Il di lei

umssmo ed obbmo servitore

L. A. C. BOMBET2.

1. Le Gioinale Arcadico, fondé en 1819 dura jusqu'en 1868. 2. Au prince Odel3calchi, Très estimé Monsieur, Maître très respectable Paris, le SO janvier 1819. Je suis sûr, très honoré Monsieur, qu'à la meilleure époque de la musique, c'est-à-dire aux temps de Pergolèse et de Cimarosa, Rome était la capitale de l'empire de la musique, ainsi qu'il est dit à la page 388 du livre ci-joint fait pour familiariser.les Français avec l'art qu'on peut vraiment dire italien.

Je prie le Journal Arcadique de rendre compte du livre avec la plus grande sincérité et sévérité. La France demeure trop occupée de politique pour avoir le loisir de juger de tels petits ouvrages, et l'Italie, si fata Binant, est appelée au rôle de vraie patrie des bonnes lettres non moins que des arts. J'ai l'honneur, très estimé Monsieur, de me déclarer votre très humble et très obéissant serviteur. L. A. C. BOMBET.


664. A

AU BARON DE MARESTE 1 [Milan], 2 février [1819].

Dear friend,

PAS de lettre de vous depuis novembre. Jugez de mon impatience. Toutes les lettres de Paris vont voir les eaux sur le Danube.

Usez successivement des trois couverts suivants et au lieu du mot Paris, mettez Turin, du reste sans gêne.

Monsieur Guasco, avocat à Turin. Monsieur Giovani Plana, astronome à Turin.

Monsieur Dominique Vismara, ingénieur à Novare.

Cette dernière est la meilleure.

Mille amitiés au bon Vicomte et à Van Cross.

Avez-vous reçu une brochure de M. Visconti sur le Romanticisme 2 ? Mais vous 1. M. de Mareste, hôtel de Bruxelles, chez M.. Petit, 45, rue Richelieu.

2. Il s'agit de six articles parus dans le Conciliatore de Milan nos 23 à 28 Idée elementari sulla poesia romantira et qui furent réunis en décembre 1818 en une brochure de 61 pages.


avez eu bien d'autres chiens à fouetter. Tâchez d'accrocher 400 francs de M. Adrien [Egron] et envoyez-les-moi par Flory. Si vous n'avez rien à faire un jour, arrangezmoi une seconde édition 1. Avez-vous reçu deux lettres vers Noël ? Si vous avez fini des Edinburgh Review, envoyez-les-moi, je ferai relier cet ouvrage.

Mille choses à Maisonnette. Devient-il un peu Commentaire sur Montesquieu ? J'ai lu le de Pradt et la Fille de Jupiter. Qu'a-t-il paru de bon après cela ? Avez-vous pu faire annoncer Bombet ? 2 Avec les Ed. Rev., envoyez-moi huit nouveaux titres que Didot a dû mettre chez vous. Je n'ai pas encore vu ce titre.

665. A

AU BARON DE MARESTE [Milan], 8 février 1819.

AH! mon cher Mareste, que je suis A touché de'votre accident! Je vois avec plaisir que vous entreprenez un traitement à fond. J'ai parlé de ce 1. De Rome, Naples et Florence.

2. Via de Haydn, Mozart et Métastase. Les titres nouveaux étaient pour relancer cet ouvrage.


mal au célèbre Moscati Il dit qu'il est incurable et qu'il faut un régime sévère pendant toute la vie seulement. Je désire qu'il se trompe. Ne manquez pas de me tenir au courant de votre vessie. J'attends un jour sans nerfs pour faire une longue réponse au cher et aimable Vicomte. Votre troupe, telle qu'elle est dans les Débats du 20 janvier, est détestable. Pellegrini est très bon et il est vrai que la Fodor a le plus grand succès à Venise. Vous devez tout faire pour arracher la Fabre qui est à Palerme.

Faites hommage of one History of Painting to the Chambre des Députés. Et surtout écrivez-moi sous le couvert de M. Dominique Vismara à Novare (Piémont). Votre impatient ami,

Dominique VISMARA

Avez-vous reçu le Romanticisme d'Ermès Visconti 60 pages ? Et le plat programme des ballets de Vigano ? Je vous envoie le dialogue sur les Deux Unités par le marquis Visconti 1. Cela me semble judicieux et surtout fait diversion à la politique.

1. Dialogo sulle unita drammatiche di luogo e di tempo, brochure de 31 pages qui parut en janvier 181D et réunissait deux articles du Conciliatore nos 42 et 43.


666. A et G

AU MARÉCHAL GOUVION-SAINT-CYR

MINISTRE DE LA GUERRE Thuélin (Isère), le 28 mars 1819 1 Monseigneur,

APRÈS avoir fait douze campagnes et avoir perdu le peu que j'avais à la retraite de Moscou, pendant laquelle j'ai rempli une mission importante à Orcha et Bobr, je me trouve sans ressources. Il ne me reste au monde qu'une demi-solde de 900 francs comme adjoint aux commissaires des guerres, nommé à Kônigsberg en 1807. M. l'intendant militaire de Grenoble m'a suspendu cette demi-solde depuis le mois d'octobre 1817, et ce, parce que je ne pouvais pas me trouver à Grenoble, tous les mois à jour fixe. Je réclamai et n'obtins pas de réponse. Depuis 1814, j'ai été fort mal vu des autorités de Grenoble, et comme forcé à m'expatrier, tout cela parce que 1. Beyle était à Milan lorsqu'il écrivit cette lettre, datée de France par précaution. En tête du brouillon qui se trouve à la bibliothèque de Grenoble, il a noté « Écrit réellement le samedi-saint 10 avril 1819. Parti le 11 avril pour Lyon, deux copies un peu corrigées dn deux lettres à M. Thirat. J'écris de midi à 6 heures. Ce travail me transporte tout à fait à Paris,


j'avais été envoyé dans la 7e division militaire en décembre 1813 (voir le Moniteur du 26 décembre 1813). J'avais cherché par tous les moyens à empêcher l'invasion du territoire français j'avais contribué à un appel aux anciens militaires dauphinois, et alors, M. le baron Rostaing était employé à Grenoble. Je n'ai jamais eu qu'à me louer de messieurs les intendants militaires de Grenoble. Mais je compris que M. le baron Rostaing étant employé à Paris, j'avais peu d'espoir d'obtenir une réponse à mes réclamations 1.

Par surcroit de disgrâce, je me trouvais à Grenoble lors de 1 affaire Didier, à laquelle j'étais parfaitement étranger. Je vis que je n'avais plus d'autre ressource que de m'expatrier. Comme je me trouvais savoir l'anglais et l'italien, j'obtins une place de commis-voyageur dans la maison Robert frères de Lyon et Milan. Ces messieurs, anciens militaires, me donnent un appointement de 1.500 francs.

Je renouvelle maintenant la réclamation à laquelle il n'a pas été répondu dans le temps. Je supplie très humblement Votre Excellence de faire vérifier au bureau de la cavalerie et à celui des com1. Variante d'un brouillon: « Je pensai depuis que je n'obtiendrais jamais de réponse de Paris d'un bureau que M. Rostaing dirigeait..


missairés des guerres si je n'ai pas fait douze campagnes depuis Marengo jusqu'à Moscou en qualité de sous-lieutenant au 6e régiment de dragons, d'adjoint aux commissaires des guerres et d'auditeur au Conseil d'Etat, section de la guerre. Je suis bien connu de M. le général Michaud, dont j'ai été aide de camp, de M. le général Mathieu Dumas, qui m'a employé dans Moscou, et de M. le comte Daru, pair de France. J'ai été à la section de la guerre de 1811 à 1814 lorsque son Excellence Monseigneur le Maréchal GouvionSaint-Cyr était conseiller d'Etat à la même section.

Maintenant je me trouve absolument sans ressources autres que ma petite place dans le commerce. Le corps des Commissaires des guerres étant supprimé, je suis dans une position différente de celle de messieurs les officiers à demi-solde qui, d'un jour à l'autre, peuvent être remis en activité.

A ces titres, je supplie votre Excellence 1° De décider que je toucherai à Grenoble l'arriéré de la demi-solde d'adjoint aux commissaires des guerres à partir du 1er octobre 1817

2° De m'accorder un congé afin que dorénavant je puisse toucher cette demi- solde sans être toujours présent à Gre-


noble, ou du moins en me présentant une fois par an. Cette présence à Grenoble me coûtera annuellement 3' ou 400 francs mes affaires comme commisvoyageur de la maison Robert me retiennent toute l'année sur les grandes routes de Lyon à Milan, Livourne, Naples. Je reconnais que j'ai besoin d'un peu de grâce mais l'Etat ne pouvant donner à un français de trente-six ans et qui sert depuis l'âge de dix-sept ans, qu'un secours de 900 francs, voudra-t-il m'empêcher de faire un métier pour vivre, surtout l'Etat ayant supprimé le corps dans lequel ce Français servait ? Si la pension suffisait pour le faire vivre, ou si le corps n'était pas supprimé, le cas serait différent. J'ose donc espérer qu'en considération des douze campagnes que j'ai faites, votre Excellence daignera m'accorder le payement de 900 francs par an, montant de la demi-solde qui m'est due comme adjoint aux commissaires des guerres depuis 1807. Je suis, avec un profond respect, Monseigneur, de votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur. L'adjoint aux Commissaires des Guerres, DE BEYLE.

M. Beyle, adjoint à Grenoble,

Grande-Rue-Neuve, 13


667. G

A X*

Genève, le 6 avril 1819.

Monsieur,

CHARGÉ par mon père de distribuer cinquante exemplaires de l'Histoire de la Peinture aux personnes les plus marquantes par leurs lumières et l'indépendance de leur caractère, je me hâte de vous faire parvenir cet ouvrage. L'auteur profitera des critiques pour corriger le manuscrit des trois derniers volumes qui conduisent l'histoire de la peinture jusqu'en 1819.

Il souhaite être jugé sans aucun ménagement, il a trop d'orgueil pour désirer les égards qu'on emploie ordinairement envers la vanité des écrivains. Son vœu est que les journaux le critiquent avec toute la franchise et la sévérité possibles. Il croit que c'est en Italie que son ouvrage peut être jugé, mais malgré cette opinion il n'a pas flatté ses juges 1.

1. Au verso de ce projet de lettre, Beyle a écrit: « Ajouter aux étrangers

.ses juges.


Daignez agréer, Monsieur le Baron, l'hommage de ma considération très distinguée. AUBERTIN fils.

668. A

AU BARON DE MARESTE Milan, le 9 avril 1819.

LE Vicomte vous dira, mon cher baron, que je vous écris par une LE occasion pressée. J'ai reçu votre lettre sous le couvert de Plana. Le vicomte vous donnera trois adresses, faute de quoi = pipe du caporal.

Au diable les impressions au diable le Dans le cas où vous aurez pu lire ces deux volumes, l'auteur verrait avec reconnaissance que vous leur procurassiez l'avantage d'être jugé par ceux de vos amis qui aiment les arts et la vérité. Sans doute un Italien qui traiterait ce sujet ferait beaucoup mieux, 11 apprécierait les Michel-Ange et les Corrège avec un cœur de la nature de ceux qu'ils ont voulu toucher.

L'auteur toujours désireux de se procurer des critiques vous prie de faire annoncer cette Histoire dans le journal qui paraît dans votre ville, si toutefois cette annonce même dans les termes les moins approbatifs ne blesse aucune convenance.

Comme il est très âgé, il est ,un peu pressé de publier les trois derniers volumes

Daignez, etc. »

Wrltten one to C. Chigi. 11 avril.


chien de la Métromanie j'en suis démordu. N'en parlons plus jamais que pour rentrer dans nos fonds et vendre ce qui est fait. Annoncez Haydn, si vous pouvez, M. Joseph Reyl, qui, quoique du parti opposé à Maisonnette, a beaucoup de jugement, et qu'il peut vous être agréable de connaître, fera annoncer la Peinture dans la Revue.

Au diable tout cela

Après-demain, un ballet nouveau de Vigano, c'est un prétendu trait de la vie d'Othon III on l'a transporté en Sicile, et la police l'a défendu pendant six mois nous aurons la Tarentule. Je ne vous dis rien des plats carbonari. Maisonnette doit en savoir long sur ces animaux-là. Est-ce que les agents de Maisonnette le flattent toujours ?

Le Vicomte vous dira comme quoi je passe ma vie chez une petite Ninon, à vingt ans et 40.000 fr. de rente, à jouer au pharaon. J'ai passé ma soirée d'hier. à lui faire comprendre et saisir le noble jeu de 30 et 40. Au reste rassurez-vous, depuis quatre mois que cela dure j'ai perdu 40 francs. Au reste, lisez la lettre au 1. Joseph Rey dont il a été question récemment (voir la lettre du 14 avril 1818) était en 1819 inscrit au barreau de Paris. Il allait être quelques mois plus tard, pour ses opinions libérales, rayé du tableau de l'ordre.


Vicomte si vous pouvez. Quand je veux écrire vite, je tremble comme St-Médard. Je suis toujours à me disputer pour tirer une chétive subsistance de mon principal débiteur qui malheureusement est en même temps my father. Je compte sur 4.800 encore pour 4 ans. Je vous avoue que mon 6 ris et mon horreur pour le maître M[aison] sont tels que j'aime mieux cela que chercher secours. A ce propos que je vous félicite des grandeurs de d'Ar[gout], cet homme d'un grand courage. J'espère que, par exception à la règle générale, il ne sera pas refroidi pour vous. Faites Besançon maître des Requêtes, cela est plus solide qu'un chef de bataillon qu'on renvoie sans brevet. Au reste, je juge à l'aveugle je ne puis que me réjouir de. l'élévation de d'Ar[gout] pour vous, et pour lui qui est arrivé par un bon chemin le courage. Il devrait se bien guérir de tout séidismé en faveur de l'autorité et il pourrait fournir une belle carrière, etc., etc. S'il veut donner pour un an une place de 4.000 fr. à notre ami Dominique, celui-ci l'occupera pour un an avec plaisir. Voilà exactement le contraire de ce qui précède, et vivent les bonnes têtes c'est que j'ai pensé que cela ferait un voyage à Paris et de bonnes discussions avec vous, et que ce qui, dans le fait,


retient le plus ma vertu romaine,- c'est l'ennui des bas de soie et de solliciter. Pour cela, je ne vous reverrai que quand l'un des deux 56 ou 72 sera sorti, peutêtre 6 ou 7 ans j'en ai 36,cela fait à 43 ans. C'est cruel. Qu'y faire ?

J'ai beaucoup travaillé l'Anglais et le Pharaon. Voyez si ces talents sont de mise. Ici, je vis heureux quand je puis accrocher 400 fr. par mois 4 heures de musique, tous les soirs, ne me coûtent que 50 centimes. A Paris, j'aurai quelquefois quelque billet de la famille de M. le Chef de bureau. En un mot, d'ici à 4 ans, voyez s'il y a un trou que l'on puisse laisser au bout d'un an, si, comme je le crois, je m'ennuie à Paris.

En politique je suis optimiste décidé. Tout va le mieux du monde. Les peuples font, leur éducation. J'aurais bien 8 ou 10 anecdotes mais, même par occasion, 1 dore nofl ce qui me fâche pour vous, c'est que c'est à crever de rire. On prend ici plus d'intérêt à la nomination de Benjamin [Constant] qu'à Paris. A propos, ce fils de Jacob a été élu au Mans cela ne fera-t-il point du tort à notre ami Fair-Island ? Donnez-moi des nouvelles de ce' beau garçon, silencieux à mon endroit Je n'ose pas.


depuis 3 ans. On nous dit que le Nismois sera P[réfet] de Police. On nous dit que la Chambre sera portée à 500 cela me semble dur.

Remettez les Ed. Review à M. Jombert et quelques bons livres, si vous en avez. Votre Leckis a fait le bonheur de 18 personnes au moins cela est médiocre, mais vrai. Ce qui me pique, c'est qu'en vendant my books, M. Dessurne, à Londres, a dépensé 350 fr. que je ne puis lui rendre que dans un mois je m'attends à lui devoir et à en retirer 0. Dites ce mécompte au bel ami Van Brosse qui annonce ce tardif paiement au sage Dessurne. Cultivez toujours pour moi l'aimable Maisonnette. L'impossibilité de vous conter mes quatre anecdotes, me rend aride comme un journal. Et votre vessie, estelle aride ou humectée ? Donnez-moi de vos nouvelles en détail. Vous savez que le fameux Moscati dit qu'il faut un régime de toute la vie pour ce mal, surtout beaucoup de gaieté. Quelle idée Connaissezvous 1 Sepolcri de Foscolo ? Ce sont 600 vers imprimés en 1802, c'est ce qu'il y a de mieux depuis 20 ans. La rage du Romanticisme occupe ici toutes les têtes ce sont de drôles de têtes, à 4.000 lieues 1. Vraisemblablement Guizot, né à Ntmes, dont le sort politique semblait alors lié à celui du Ministère Decazes.


des françaises. Les Italiens ne doivent aucune de leurs idées aux livres. Quelle énergie, quelle fureur, quelle vila! Rossim a fait dans Armide un duo qui vous fera b.nd.r d'amour pendant 10 jours, si votre vessie vous le permet, entendez cela. Pellegrini doit l'avoir. Duetto entre Armide et. Rinaldo.

669. A

AU BARON DE MARESTE 15 avril 1819.

vous savez bien, mon cher philosophe, que ce qu'il y a de pis à Paris, c'esl d'êlre oublié. Tous les droits, tous les services, mes 12 campagnes sont des attrape-nigauds.

J'abhorre la sollicitation en bas de soie, mais. que dites-vous de l'idée suivante Dès que la Presse sera soumise au Jury, faire imprimer un nouveau titre pour l'Histoire de la P[einture en Italie], où on lirait Par M. Beyle, ex-auditeur au Conseil d'Etat. Que dirait l'univers de cette grande entreprise ? Et en attendant que l'univers se soit prononcé, qu'en ditesvous vous-même ?

Il est évident, qu'avec la gloire de


M. Marchangy, tombe la crainte du procès qui agitait tant Crozet. Avec ce nouveau titre, distribuer gratis des exemplaires à MM. les Pairs de France, duc de Cadore, Comte Daru, Comte de SaintVallier, général Andreossy, Baron Mounier, Baron de Barante, Vicomte d'Houdetot, Comte Molé, M. Flory, banquier, Comte Beugnot, Bélisle, préfet, Comte d'Argout. Si vous approuvez cette idée, n'attendez pas une réponse, et faites-la exécuter par le grand Vicomte. Vous avez 35 francs. Employez ce trésor à faire imprimer par le Ctre Didot 2 nouveaux titres absolument semblables aux anciens, à ces mots près Par M. Beyle, ex-auditeur au Conseil d'Elat le 1er de ces titres pour le premier volume, le 2e pour le second volume. Que le Vicomte exige du beau papier. Ce qui me désole, c'est que voilà encore une commission. Mais, d'honneur, ce n'est pas pour la Métromanie, ce n'est pas même pour Circences, c'est pour Panem tout simplement.

Si vous trouvez les mots Ex-auditeur au Conseil d'Etat trop emphatiques, mettez ex-auditeur.

Adieu. Ce titre rendra raison de mon absence à toutes mes anciennes connaissances, et l'occasion est la loi contre la Presse, excellent prétexte. CARRÉ.


670. A et' G

A Mme MÉTILDE DEMBOWSKI [Mai 1819]. 1

Madame,

AH! que le temps me semble pesant depuis que vous êtes partie 2 Et il n'y a que cinq heures et demie Que vais-je faire pendant ces quarante mortelles journées ? Dois-je renoncer à tout espoir, partir et me jeter dans les affaires publiques ? Je crains de ne pas avoir le courage de passer le Mont-Cenis. Non, je ne pourrai jamais consentir à mettre les montagnes entre vous et moi. Puis-je espérer, à force d'amour, de ranimer un cœur qui ne peut être mort pour cette passion ? Mais peut-être suis-je ridicule à vos yeux, ma timidité et mon silence vous ont ennuyée, et vous regardiez 1. Le brouillon non daté de cette lettre se trouve à la bibliothèque de Grenoble avec cette note, en tête, de la main de Beyle « Voici le naturel of thix man. » 2. Le 15 mai Beyle écrivait sur son exemplaire de l'Histoire de la Peinture: E te chiamando i lumi ad ciel si pietosi affisse che gli occhi aneh'io levai, certo aspettando, la tua venuta Elle est partie le 12 mai 1819. »

Et en t'appelant il fixa tes yeux au ciel avec tant de piété que moi aussi je levai les yeux, attendant avec certitude ta venue.


mon arrivée chez vous comme une calamité. Je me déteste moi-même si je n'étais pas le dernier des hommes ne devais-je pas avoir une explication décisive hier avant votre départ, et voir clairement à quoi m'en tenir ?

Quand vous avez dit avec l'accent d'une vérité si profondément sentie ah lant mieux qu'il soit minuit ne devais-je pas comprendre que vous aviez du plaisir à être délivrée de mes importunités, et me jurer à moi-même sur mon honneur de ne vous revoir jamais ? Mais je n'ai du courage que loin de vous. En votre présence, je suis timide comme un enfant, la parole expire sur mes lèvres, je ne sais que vous regarder et vous admirer. Faut-il que je me trouve si inférieur à moi-même et si plat?


671.—A

A Mme MÉTILDE DEMBOWSKI Varèse 1, le 7 juin 1819.

Madame,

Vous me mettez au désespoir. Vous m'accusez à plusieurs reprises de manquer de délicatesse, comme si, dans votre bouche, cette accusation n'était rien. Qui m'eût dit, lorsque je me séparai de vous, à Milan, que la première lettre que vous m'écririez commencerait par monsieur et que vous m'accuseriez de manquer de délicatesse ?

Ah madame, qu'il est aisé à l'homme qui n'a pas de passion d'avoir une conduite toujours mesurée et prudente. Moi aussi, quand je puis m'écouter, je crois ne pas manquer de discrétion mais je suis dominé par une passion funeste qui ne me laisse plus le maître de mes actions. Je m'étais juré de m'embarquer ou au moins de ne pas vous voir, et de ne pas vous écrire jusqu'à votre retour une force plus 1. Cette lettre datée de Varèse a été en réalité 'écrite à Volterra où Beyle avait suivi Métilde qui était allée voir ses fils au collège de cette ville.


puissante que toutes mes résolutions m'a entraîné aux lieux où vous étiez. Je m'en aperçois trop, cette passion est devenue désormais la grande affaire de ma vie. Tous les intérêts, toutes les considérations ont pâli devant celle-là. Ce funeste besoin que j'ai de vous voir m'entraîne, me domine, me transporte. Il y a des moments, dans les longues soirées solitaires, où, s'il était besoin d'assassiner pour vous voir, je deviendrais assassin. Je n'ai eu que trois passions en ma vie l'ambition de 1800 à 1811, l'amour pour une femme qui m'a trompé 1 de 1811 à 1818, et, depuis un an, cette passion qui me domine et qui augmente sans cesse. Dans tous les temps, toutes les distractions, tout ce qui est étranger à ma passion a été nul pour moi ou heureuse ou malheureuse, elle remplit tous mes moments. Et croyez-vous que le sacrifice que je fais à vos convenances de ne pas vous voir ce soir soit peu de chose ? Assurément, je ne veux pas m'en faire un mérite je vous le présente seulement comme une expiation pour les torts que je puis avoir eus avant-hier. Cette expiation n'est rien pour vous, madame mais pour moi, qui ai passé tant de soirées affreuses, privé de vous et sans vous voir, 1. Angelina Pietragua.


c'est un sacrifice plus difficile à supporter que les supplices les plus horribles c'est un sacrifice qui, par 1 extrême douleur de la victime, est digne de la femme sublime à laquelle il est offert.

Au milieu du bouleversement de mon être, où me jette ce besoin impérieux de vous voir, il est une qualité que cependant jusqu'ici j'ai conservée et que je prié le destin de me conserver encore, s'il ne veut me plonger, à mes propres yeux, dans le monde de l'abjection c'est une véracité parfaite. Vous me dites, madame, que j'avais si bien compromis les choses, samedi matin, que ce qui s'est passé le soir devenait une nécessité pour vous. C'est ce mot compromis qui me blesse jusqu'au fond de l'âme, et, si j'avais le bonheur de pouvoir arracher le trait fatal qui me perce le cœur, ce mot compromis m'en eût donné la force.

Mais non, madame, votre âme a trop de noblesse pour ne pas avoir compris la mienne. Vous étiez offensée et vous vous êtes servie du premier mot qui est tombé sous votre plume. Je prendrai pour juge, entre votre accusation et moi, quelqu'un dont vous ne récuserez pas le témoignage. Si madame Dembowski, si la noble et sublime Métilde croil que ma conduite de samedi matin a été le moins du monde


calculée pour la forcer, par le juste soin de sa considération dans ce pays, à quelque démarche ultérieure, je l'avoue, cette conduite infâme est de moi, il y a un être au monde qui peut dire que je manque de délicatesse. J'irai plus loin. Je n'ai jamais eu le talent de séduire qu'envers les femmes que je n'aimais pas du tout. Dès que j'aime, je deviens timide et vous pouvez en juger par le décontenancement dont je suis auprès de vous. Si je ne m'étais pas mis à bavarder samedi soir, tout le monde, jusqu'au bon padre Rettore se serait aperçu que j'aimais. Mais j'aurais ce talent de séduire que je ne l'aurais pas employé auprès de vous. S'il ne dépendait que de faire des vœux pour réussir, je voudrais vous obtenir pour moi-même, et non pour un autre être que j'aurais figuré à ma place. Je rougirais, je n'aurais plus de bonheur, je crois, même aimé de vous, si je pouvais soupçonner que vous aimez un autre que moi-même. Si vous aviez des défauts, je ne pourrais pas dire que je ne vois pas vos défauts je dirais, pour dire vrai, que je les adore et, en effet, je puis dire que j'adore cette susceptibilité extrême qui me fait passer de si horribles nuits. C'est ainsi que je voudrais être 1. Le directeur du collège San Michele.


aimé, c'est ainsi qu'on fait le véritable amour; il repousse la séduction avec horreur, comme un secours trop indigne de lui, et avec la séduction, tout calcul, tout manège, et jusqu'à la moindre idée de compromettre l'objet que j'aime, pour le forcer ensuite à certaines démarches ultérieures, à son avantage.

J'aurais le talent de vous séduire, et je ne crois pas ce talent possible, que je n'en ferais pas usage. Tôt ou tard, vous vous apercevriez que vous avez été trompée, et il me serait, je crois, plus affreux encore, après vous avoir possédée, d'être privé de vous que si le ciel m'a condamné à mourir sans être jamais aimé de vous.

Quand un être est dominé par une passion extrême, tout ce qu'il dit ou tout ce qu'il fait, dans une circonstance particulière, ne prouve rien à son égard c'est l'ensemble de sa vie qui porte témoignage pour lui. Ainsi, Madame, quand je jurerais à vos 'pieds, toute la journée, que je vous aime, ou que je vous hais, cela ne devrait avoir aucune influence sur le degré de croyance que vous pensez pouvoir m'accorder. C'est l'ensemble de ma vie qui doit parler. Or, quoique je sois fort peu connu et encore moins intéressant pour les personnes qui me connaissent, cependant,


faute d'autre sujet de conversation, vous pouvez demander si je suis connu pour manquer d'orgueil ou pour manquer de constance.

Voilà cinq ans que je suis à Milan. Prenons pour faux tout ce qu'on dit de ma vie antérieure. Cinq ans, de trenteet-un à trente-six ans, sont un intervalle assez important dans la vie d'un homme, surtout quand, durant ces cinq années, il est éprouvé par des circonstances difficiles. Si jamais vous daignez, faute de mieux, penser à mon caractère, daignez, madame, comparer ces cinq années de ma vie, avec cinq années prises dans la vie d'un autre individu quelconque. Vous trouverez des vies beaucoup plus brillantes par le talent, beaucoup plus heureuses mais une vie plus pleine d'honneur et de constance que la mienne, c'est ce que je ne crois pas. Combien ai-je eu de maîtresses en cinq ans, à Milan ? Combien de fois ai-je faibli sur l'honneur ? Or, j'aurais manqué indignement à l'honneur si, agissant envers un être qui ne peut pas me faire mettre l'épée à la main, j'avais cherché le moins du monde à le compromettre.

Aimez-moi, si vous voulez, divine Métilde, mais, au nom de Dieu, ne me méprisez pas. Ce tourment est au-dessus


de mes forces. Dans votre manière de penser qui est très juste, être méprisé m'empêcherait à jamais d'être aimé. Avec une âme élevée comme la vôtre, quelle voie plus sûre pour déplaire que celle que vous m'accusez d'avoir prise ? Je crains tant de vous déplaire que le moment où je vous vis le soir du 3, pour la première fois et qui aurait dû être le plus doux de ma vie, en fut, au contraire, un des plus inquiets, par la crainte que j'eus de vous déplaire 1.

1. A la suite de ce brouillon de lettre, Beyle a ajouté cette note pour lui-même:

« Réflexions. Mardi soir, 8 juin 1819.

Idées de planter tout là.

Ce soir, froideur à ne pas remettre les pieds au collège jalousie pour le cavalier Giorgi, qui va faire la conversation de l'autre côté du canapé et, en sortant, elle s'appuie beaucoup sur lui, d'un air intime. Les femmes honnêtes, aussi coquines que les coquines. »


672. A

A Mme MÉTILDE DEMBOWSKI, A PISE Florence, le 11 juin 1819.

Madame,

DEPUIS que je vous ai quittée hier soir, je sens le besoin d'implorer votre pardon pour les manques de délicatesse et d'égards auxquels une passion funeste a pu m'entraîner depuis huit jours. Mon repentir est sincère je voudrais, puisque je vous ai déplu, n'être jamais allé à Volterre. Je vous aurais exprimé ce sentiment de regret profond hier même, lorsque vous daignâtes m'admettre auprès de vous mais permettez-moi de vous le dire, vous ne m'avez pas accoutumé à l'indulgence, bien au contraire. Or, je craignais qu'il ne vous parût que demander pardon de mes folies ne fût vous parler de mon amour et violer le serment que je vous avais fait.

Mais je manquerais à cette véracité parfaite qui, dans l'abîme je suis engagé, est ma seule règle de conduite, si je disais que je comprends un manque de délicatesse. Vous verrez dans cet aveu


l'indice d'une âme grossière et peu faite pour vous comprendre, je le crains. Vous avez senti ces manques de. délicatesse ainsi ils ont existé pour vous.

Ne croyez point, madame, que j'aie formé tout d'un trait le projet de venir à Volterre. Vraiment, je n'ai pas tant d'audace avec vous toutes les fois que je suis attendri et que je vole auprès de vous, je suis sûr d'être ramené sur la terre par une dureté bien mortifiante. Voyant sur la carte que Livourne était tout près de Volterre, je m'étais informé et l'on m'avait dit que de Pise l'on apercevait les murs de cette ville heureuse, où vous étiez. Dans la traversée, je pensais qu'en prenant des lunettes vertes et changeant d'habit, je pourrais fort bien passer deux ou trois jours à Volterre, ne sortant que de nuit et sans être reconnu de vous. J'arrivai le 3, et la première personne que je vis à Volterre, ce fut vous, madame il était une heure je pense que vous reveniez dîner en sortant du collège vous ne me reconnûtes point. Le soir, à huit heures et quart, lorsqu'il fit tout-à-fait obscur, j'ôtai les lunettes pour ne pas sembler singulier à Schneider. Au moment où je les ôtais, vous vîntes à passer, et mon plan, si heureusement suivi jusqu'alors, fut renversé.


J'eus sur le champ cette idée si j'aborde madame Dembowski, elle me dira quelque chose de dur, et dans ce moment-là je vous aimais trop, une parole dure m'eût tué si je l'aborde comme son ami de Milan, tout le monde dira dans cette petite ville que je suis son amant. Donc, je lui marquerai bien mieux mon respect en restant inconnu. Tout ce raisonnement eut lieu en un clin d'œil ce fut lui qui me conduisit toute la journée du vendredi 4. Je puis vous jurer que je ne savais pas que le jardin Giorgi appartint à votre maison. Je croyais vous avoir vue entrer à droite de la rue, en montant, et non à gauche 1.

Dans la nuit du 4 au 5, je pensais, dis-je, me trouver le plus ancien des amis de madame Dembowski. Je fus tout fier de cette idée. Elle peut avoir quelque chose à me dire sur ses enfants, sur son voyage, sur mille choses étrangères à mon amour. Je m'en vais lui écrire deux lettres telles, que, si elle veut, elle peut rendre raison de mon arrivée à ses amis d'ici et me recevoir. Si elle ne veut pas, elle me répondra non, et tout sera fini. Comme, en cache1. L'ancien palazzo Giorgi, aujourd'hui palazzo Fabrini, se trouve en effet à gauche, en montant, rue Victor-Emmanuele, 21, sur le chemin de la Porta a Selci. (Note de l'édition Paupe et Chéramy).


tant ma lettre, j'ai toujours l'idée qu'elle peut être surprise et que je connais les âmes basses et l'envie qui les possède, je me refusai à joindre mon billet aux deux lettres officielles, afin que, si votre hôte les ouvrait par mégarde, on n'y vît rien que de convenable.

Je vous l'avoue, madame, et peut-être je risque de vous déplaire en vous l'avouant, jusqu'ici je ne vois point de manque de délicatesse.

Vous m'écrivîtes d'une manière très sévère vous crûtes surtout que je voulais forcer votre porte, ce qui ne semble guère dans mon caractère. J'allai rêver à tout cela hors de la porte « a Selci » 1 en sortant de la porte, ce fut par hasard que je ne pris pas à droite je vis qu'il fallait descendre et remonter, et je voulais être bien tranquille et tout à mes réflexions. Ce fut ainsi que je fus amené au Pré où vous vîntes plus tard. Je m'appuyai contre le parapet et je restai là deux heures à regarder cette mer qui m'avait' porté près de vous et dans laquelle j'aurais mieux fait de finir mon destin.

Remarquez, madame, que j'ignorais entièrement que ce Pré fût votre promenade habituelle. Qui me l'aurait dit ? 1. Porte de Volterra par où l'on va vers Florence. (Note de l'édition Paupe et Chéramy).


Vous sentez que j'étais d'une discrétion parfaite avec Schneider. Je vous vis arriver aussitôt je liai conversation avec un jeune homme qui se trouvait là et je partis avec lui pour aller voir la mer de l'autre côté de la ville, lorsque M. Giorgi m'aborda.

J'avoue que je pensai que vous lie croyiez plus que j'eusse voulu forcer votre porte je fus très heureux, mais, en même temps très timide. Sans la ressource de parler aux enfants certainement je me compromettais. Ce fut bien pis quand nous entrâmes au collège j'allais me trouver vis-à-vis de vous et vous voir parfaitement en un mot jouir de ce bonheur qui me faisait vivre depuis quinze jours et que je n'osais même espérer. Je fus sur le point de le refuser à la porte du collège je ne me sentais pas la. force de le supporter. En montant les escaliers, je me soutenais à peine certainement si j'avais eu affaire à des gens fins, j'étais découvert. Je vous vis enfin depuis ce moment jusqu'à celui où je vous quittai je n'ai conservé que des idées confuses je sais que je parlais. beaucoup, que je vous regardais, que je fis l'antiquaire. Si c'est dans ce moment-là que j'ai commis des manques de délicatesse, c'est bien possible, je n'en ai nulle idée seulement j'aurais donné


tout au monde pour pouvoir fixer le tapis yert de la table. Je puis dire que ce moment a été l'un des plus heureux de ma vie, mais il m'est entièrement échappé. Telle. est la triste destinée des âmes tendres on se souvient des peines avec les plus petits détails, et les instants de bonheur jettent l'âme tellement hors d'elle-même qu'ils lui échappent.

Le lendemain soir, je vis bien, en vous abordant, que je vous avais déplu. Seraitil possible, pensai-je, qu'elle fût amoureuse de M. Giorgi ? Vous me donnâtes la lettre qui commençait par monsieur je n'en pus guère lire au collège que ce mot fatal, et je fus au comble du malheur au même lieu où la veille j'étais fou de joie. Vous m'écriviez que j'avais voulu vous tromper en faisant le malade' et qu'on n'avait pas la fièvre lorsqu'on pouvait se promener. Cependant, le vendredi, avant de vous écrire, j'avais eu l'honneur de vous rencontrer deux fois à la promenade, et je ne prétendais point dans ma lettre que la fièvre m'eût pris tout-à-coup, dans la nuit du vendredi au samedi. J'avais des pensées si tristes, qu'être renfermé dans ma chambre augmentait mon malaise.

Le lendemain de ce jour fatal, je me punis en ne vous voyant pas le soir, je


vis M. Giorgi jaloux; je vous vis vous appuyer sur lui en sortant du collège. Plein d'étonnement, de consternation et de malheur, je pensai qu'il n'y avait plus qu'à partir. Je comptais ne plus vous faire qu'une visite de politesse, la veille de mon départ, visite que vous n'auriez pas reçue, lorsque la femme de chambre me courut après dans le jardin, où j'étais déjà avec M. Giorgi, criant « Madame dit qu'elle vous verra ce soir au collège. » Ce fut uniquement pour cette raison que j'y allai. Je pensais que vous étiez bien maîtresse d'aimer qui vous vouliez je vous avais demandé une entrevue pour vous exprimer mes regrets de vous avoir importunée, et peut-être aussi pour vous voir bien à mon aise et entendre le son de cette voix délicieuse qui retentit toujours dans mon cœur, quel que soit le sens des paroles qu'elle prononce. Vous exigeâtes lé serment que je ne vous dirais rien de relatif à mon amour je l'ai tenu, ce serment, quelque grande que fût la violence a me faire. Enfin, je suis parti, désirant vous haïr et ne trouvant point de haine dans mon cœur.

Croyez-vous, madame, que je désire vous déplaire et faire l'hypocrite avec vous ? Non, c'est impossible. Vous allez dire « Quelle âme grossière et indigne de


moi » Eh bien, dans cet exposé fidèle de ma conduite et de mes sentiments, indiquez-moi le moment où j'ai manqué de délicatesse et quelle conduite il eût fallu substituer à la mienne. Une âme froide s'écrierait aussitôt « Ne pas revenir à Volterre. » Mais je ne crains pas cette 'objection de votre part.

Il est trop évident qu'un être prosaïque n'eùt pas paru à Volterre d'abord, parce qu'il n'y avait pas d'argent à gagner en second lieu, parce que les auberges y sont mauvaises. Mais ayant le malheur d'aimer réellement et d'être reconnu de vous le jeudi soir 3 juin, que fallait-il faire ? Il est inutile de vous faire remarquer, madame, que je n'ai point l'impertinence de vouloir faire avec vous une guerre de plume. Je ne prétends point que vous répondiez au long à mon journal mais peut-être votre âme noble et pure me rendra-t-elle un peu plus de justice .et, quelle que soit la nature des relations que le destin laissera subsister entre nous, vous ne disconviendrez pas, madame, que l'estime de ce qu'on a tendrement aimée ne soit le premier des biens 1.

1. A la suite de ce brouillon de lettre Beyle a ajouté pour lui-même la note suivante

«Je trouve la réponse en quatorze pages au clou des clefs un procacio l'a apportée hier soir, demandant une grazzia. Cette réponse, datée, à la fin du 26, n'est pas venue par


la poste 1° en shest à Florence 2° ou elle l'a envoyée en recommandant de la rapporter à Volterre, si l'on ne me trouvait plus à Florence ou, peu probable, elle a consulté la Lenina* sur cette réponse— qui ainsi arriverait de Bologne, nul signe sur l'enveloppe. M[étilde] n'a reçu ma lettre du 11 que vers le 15 ou le 16, sa réponse n'est partie que 10 jours après, elle n'a commencé à répondre que le 22, savoir, six jours après avoir reçu la lettre.

J'ai bien fait de n'en pas écrire une seconde.

Il est singulier que M[étilde] n'ait pas répondu par la poste. Pourquoi prendre une autre vole ? Il y a un motif. TACTIQUE

29 Juin 1819.

Ce qui me fit trembler en ne recevant pas, en son temps, de réponse à ma lettre du 11, c'est que je pensais que la contessina était enfin dans le vrai système de défense. Elle devait renvoyer ma lettre du 11, cachetée, avec ces mots

« Monsieur,

Je désire ne plus recevoir de lettre de vous et ne plus vous écrire. Je suis avec une parfaite estime, etc. » Elle devait m'écrire les mêmes 3 lignes à Florence, et se tenir à ce parti au lieu de cela, maintien du 10 et réponse de 14 pages. Quand même elle eût écrit cela, l'amour trouve des raisons, j'eusse persisté. Peut-être même quand je la verrais couchée with grec IX (?) lui trouverais-je une excuse.

Utilité de ce que m'a dit Cain quoi qu'appris sans agrément dans le moment. Je ne persiste pas, comme Blücher, par raisonnement et opiniâtreté, mais le cœur le veut ainsi.»La Lenine est Mme Bignami, amie et un peu la parente de Mme Dembowski. Stendhal parlera d'elle dans ses Souvenirs d'Egotisme (édit. du Divan, p. 35) et il semble encore que les deux amies mises en scène les 27 et 28 octobre 1818 dans tes Pages d'Italie tédit, du Divan, p. 150) étaient Metilde et la Lenina. (Voir l'article de M.A. Caraccto dans le Divan de janvier 19M. n° 180.)


A Mme MÉTILDE DEMBOWSKI

J'AI ce malheur, le plus grand possible dans ma position, que mes actions les plus pleines de respect, et je puis dire les plus timides, vous semblent le comble de l'audace par exemple n'avoir pas épanché mon cœur à vos pieds les deux premiers jours que je fus à Volterre et sur des actes de respect qui m'ont peut-être le plus coûté dans ma vie. A tous moments, j'étais tenté de rompre la règle que le devoir m'imposait. Dix fois, plein de choses à vous dire, je pris la plume. Mais je me dis si je commence, je succomberai. Je sentais le bonheur d'oser vous écrire dix lignes au-dessus de tout pour moi. Mais, si dix lignes pouvaient m'excuser auprès de vous, il me semblait que je sortais par là de l'espèce d'incognito où je devais me tenir soigneusement pour ne pas vous blesser. Avoir été vu de vous 1. Beyle a fait précéder son brouillon de lettre de la note suivante

« Avec un peu de fièvre, sortant de l'Inganno Félice, qui m'a plu beaucoup pour la première fois, et pendant lequel je composais cette lettre. J'ai écrit ce qui suit le 29, de dix heures et demie à minuit et demi ».

673. A

Florence, le 30 juin 1819.

Madame 1,


était un hasard, oser vous écrire était une action de ma pleine et libre volonté. Il est évident que, comme étrangers, et permettez-moi de croire que ce n'est que de nation que nous sommes étrangers l'un à l'autre, comme étrangers, nous ne nous comprenons pas nos démarches parlent une langue défférente.

Je frémis pour le passé que de manques de délicatesse j'ai dû vous exprimer en vous disant tout le contraire Nous ne nous comprenons absolument pas. Quand j'écrivais « Schneider, en bavardant, vous certifiera que je suis malade », j'entendais certifiera à vous, à la maîtresse de ma vie. Que me font les idées des habitants de Volterre ?

Autre chose. Je n'ai jamais compris qu'il fût décent d'aller chez le Rettore, et, par le plus cruel des sacrifices, je m'étais promis de ne plus y aller, et je crus faire merveille en ne m'y présentant pas le mardi. Je croyais que c'était vous poursuivre, vous vexer de mon amour car, en allant chez le Rettore, j'allais chez vous, et vous m'aviez reçu froidement et, si vous vous en souvenez,' madame, le mercredi, en vous abordant tout tremblant je sentis le besoin d'excuser ma présence là, par l'invitation de la femme de chambre. Combien de mes actions les plus simples


de Milan ont dû vous déplaire Dieu sait ce qu'elles signifient en Italien.

Pour l'honneur de la vérité, pour n'en plus reparler, je vous affirme que, vous voyant passez le 3, à une heure, un instant après que vous m'eûtes regardé sans me reconnaître, Schneider me dit, en deux mots, qui était cette dame, et qu'elle habitait casa Guidi. Je n'osai lui faire répéter ce nom. Il me semble toujours être transparent quand on me parle de vous. Le 3, je fis le tour de la ville, de la porte de l'Arco à la porte de Florence, m'orientant d'après le plan levé par monsieur votre frère. Je. remarquai, à côté de la porte Florentina, le jardin anglais de M. Giorgi. J'y allai et je vis de jeunes demoiselles sur le mur. Il me plut, je me promis de revenir le lendemain, et j'ignorais qui j'étais destiné à y rencontrer. De même, pas la moindre préparation dans mon excuse à M. Giorgi, car je n'avais pas fait la plus petite interruption à Schneider, je n'avais pas même prononcé votre nom. Soyez sûre, madame, qu'on ne vous a pas remis ma première lettre de samedi, au moment que je la portai. J'allai me promener assez loin. Quand je repassai devant la casa Giorgi, il y avait certainement plus d'une heure à ma montre, et je me rappelle fort bien que j'hésitais


beaucoup je ne trouvais pas l'intervalle assez considérable. Enfin, je me dis « Maudite timidité » et je frappai. C'est absolument M. Giorgi qui me prêta l'idée de demander à vous voir c'est exactement comme mercredi matin, quand j'allai voir sa galerie, pour vous remettre une lettre il voulait absolument me faire entrer dans votre chambre, quoiqu'il ne fût que neuf heures et demie.

Je me suis bien mal fait comprendre, madame, si vous me croyez un homme si difficile à désespérer. Non, je n'espère plus, et il y a déjà longtemps. J'ai espéré, je l'avoue, au mois de janvier, surtout le 4 un ami qui était chez vous, le 5, me dit en sortant (pardonnez-moi tes termes propres) Elle est à vous ferez-vous le scélérat ? Mais, le 13 février, je perdis tout espoir. Vous me dîtes des'choses ce jourlà que je me suis souvent redites depuis. Il ne faut pas croire que les choses dures que je ne vous blâme en aucune manière de m'adresser, bien au contraire, soient perdues. Elles tombent profondément dans mon cœur, et ce n'est qu'assez longtemps après qu'elles commencent à faire effet, à se mêler dans mes rêveries et à désenchanter votre image.

J'ai beaucoup pensé depuis quatre mois à ce qui me reste à faire. Faire l'amour


à une femme ordinaire ? La seule idée me révolte et j'en suis incapable.- Me jeter dans l'impossibilité de vous revoir par une bonne insolence ? D'abord, je n'en aurais pas le courage ensuite excusez mon apparente malhonnêteté, ce serait me mettre dans le cas de m'exagérer le bonheur d'être auprès de vous. Pensant à madame Dembowski à cent lieues d'elle, j'oublierais ses rigueurs, je mettrais, à côté les uns des autres, les courts moments où il me semblait, à tort qu'elle me traitait moins mal. Tout me deviendrait sacré, jusqu'au pays qu'elle habite, et. à Paris le seul nom de Milan me ferait venir les larmes aux yeux. Par exemple, depuis un mois, pensant à vous de Milan, je me serais figuré le bonheur de me promener avec vous à Volterre, autour de ces superbes murs étrusques, et jamais il ne me serait venu à l'esprit de me dire les choses vraies et dures qu'il m'a fallu dévorer. Ce système est si vrai que, lorsque je reste quelque temps sans vous voir, comme au retour de Sannazaro, je vous aborde toujours plus épris. Je puis donc dire avec vérité, madame, que je n'espère pas mais le lieu de la terre où je suis le moins malheureux, c'est auprès de vous. Si, malgré moi, je me montre amoureux quand je suis auprès de vous, c'est que je


suis amoureux mais ce n'est nullement que j'espère vous faire partager ce sentiment. Je vais me permettre une longue explication philosophique, à la suite de laquelle je pourrai dire

Trop d'espace sépare Andromaque et Pyrrhus. Le principe des manières italiennes est une certaine emphase. Rappelez-vous la manière dont V1[ismara) frappe à votre porte, dont il s assied, dont il demande de vos nouvelles.

Le principe des manières parisiennes est de porter de la simplicité dans tout. J'ai vu faire en Russie cinq ou six grandes actions par des Français, et, quoique accoutumé au ton simple'de la bonne compagnie de Paris, je fus touché encore de trouver si simples les gestes de ceux qui les faisaient. Eh bien, je crois, madame, qu'à vous, l'ornement d'un autre climat, ces manières simples auraient semblé légères et peu passionnées. Remarquez que, dans mes belles actions de Russie, il s'agissait de la vie, chose qu'on aime assez; en général, quand on est de sang-froid. Les manières de M. Lampato et Pecchio peuvent vous donner quelque idée de notre ton simple, à nous autres Français. Remarquez que le visage de Vismara est tout-à-fait à la Française ce sont ses


manières qui font un contraste avec les nôtres, et que je donnerais la moitié de ma vie pour pouvoir contracter. Il suit de là que mes démarches, comme cela m'a frappé hier à la lecture de votre lettre, que mes démarches, dis-je, doivent souvent peindre à vos yeux un sentiment bien éloigné de celui qui les inspire. C'est probablement comme cela que vous trouvez que j'ose.

Vous savez que, dans les romans, les amants malheureux ont une ressource ils disent que l'objet de leur amour ne peut plus aimer je trouve que cette ressource, me vient depuis quelques jours. Vous voyez donc, madame, par cette confidence que je prends la liberté de vous faire de tout ce qui se passe de plus intime dans moi, que je n'espère pas.

On vous écrit, madame, « qu'on pense à Milan que je suis venu vous rejoindre ou que j'ai souhaité qu'on le croie. » C'est cette année, pour la première fois, que j'ai passé un an à Milan sans faire de voyage. Je parle à très peu de personnes, et ces personnes sont accoutumées à me voir partir et arriver. Vous êtes partie le 12 et moi le 24 j'ai dit que j'allais à Grenoble. Ici, j'ai trouvé Vaini et Trivulzi je leur ai dit que je revenais de Grenoble que, me trouvant à Gênes, la Luminara de


Pise, annoncée pour le 10 juin, m'avait amené à Livourne, et le retard de l'arrivée de l'empereur à Florence.

Quant à l'idée que je désire qu'on croie que je suis venu vous rejoindre s'il est au monde une supposition maligne dont il me soit facile de me justifier, non par des phrases, mais par de bons faits constants, c'est celle-là.

Depuis cinq ans que je suis à Milan, le peu de personnes qui me connaissent peuvent le certifier, il ne m'est pas arrivé une seule fois de nommer une femme. Je ne parle pas d'une personne qui voulut, malgré moi, me loger chez elle. Une autre femme s'est affichée au bal masqué ce carnaval mais elle l'a bien voulu et je n'y ai pas eu la moindre part, et ce qui me démontre bien franc du collier sur cet article, c'est que mes amis les plus intimes ont été très étonnés de cette relation déjà ancienne et terminée depuis longtemps. Il est vrai que je n'avais ces femmes que comme des filles. Mais cela, loin de nuire à la petite vanité de s'en vanter, ne ferait que-lui donner un vernis de meilleur ton. Je défie la personne qui vous a écrit de faire nommer sur mon compte deux autres femmes. A propos de quoi, madame, vous aurais-je donné la préférence pour une infamie, à vous, surtout, que l'estime


publique rend si difficile d'attaquer sur ce point? J'ajouterai que, dans ma jeunesse, j'ai toujours été trop ami de la gloire véritable, et grâce à beaucoup d'orgueil, j'ai toujours eu trop d'espoir d'y parvenir pour aimer la gloire du mensonge. Madame, si l'on me calomnie sur une chose dont Cagnola, Vismara et les autres peuvent me justifier mathématiquement, que dira-t-on sur d'autres sujets qui, de leur nature, ne sont pas susceptibles d'autant de clarté dans la justification ? Mais je m'arrête par respect pour l'amitié dont vous honorez la personne qui écrit 1. Je pense, madame, qu'en arrivant à Milan, ce que j'ai de mieux à faire est de dire comme à Vain2. Si vous pensez autrement, madame, daignez me donner vos ordres. Dois-je dire que j'ai été à Volterre ? Il me semble que non.

J'espère, madame, avoir ôté de cette lettre tout ce qui rappelle trop ouvertement l'amour 2.

1. Peut-être faut-il voir dans ces lignes une allusion à la cousine de Métilde, Mme Traversi, qui combattit toujours l'inclination de Beyle auprès de Mme Dembowski. 2. Sur ce brouillon, Stendhal a écrit pour lui-même Elle me répond par une rupture apparemment fondée sur le vers

Trop d'espace sépare Andromaque et Pyrrhus.

Lettre de désespoir de Dominique, dont on n'a pas gardé de copie. Le 6 juillet la lettre suivante lui est adressée elle l'aura reçue le vendredi 9 juillet. Cette lettre bien écrite, n'a qu'une page. »


674. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Florence, le 18 juillet 1819.

C'EST charmant je [rentrais] de me promener aux Uffizzj où', comme vous savez, on va le dimanche'; je pensais justement à vous. Quel plàisir de le tenir sous le bras me disais-je mais le coquin m'a abandonné, comme un vil jacobin. Je rentre et je trouve votre lettre. Je suis bien fâché de voir que vous souffrez; je vous exhorte à la plus grande prudence le vieux Moscati m'a dit qu'il fallait trente ans de tempérance, pour consoler l'urêtre d'un coup de seringue. Donnezmoi des détails.

Il m'est arrivé, le 23 mai, de toucher sept cents francs grande fête au manoir infernal. Que faire d'une somme si énorme ? Le 24, je suis parti par la diligence de Gênes, cinquante francs. Huit jours à Gênes.— Traversée délicieuse en vingtsept heures, et soupant à Porto Venere, de Gênes à Livourne. Huit jours à Livourne et Pise, pour ces plates fêtes et enfin je suis à Florence depuis quarante jours, et j'ai encore cent francs. Je suis


ici, via Lambertesca, chez Hembort, supérieurement, cinq paules le dîner et trois la chambre. Dîner de trente couverts où j'ai soutenu une dispute de chien sur le maréchal Ney. Sa veuve n'a nulle dignité. Elle a déconsidéré la douleur dans ce paysci elle est actuellement à Rome. Quand le Vicomte verra cette lettre, il dira « Bon voilà justement le début de Je fais mes f arces. »

Je .cherche du noir dans ma tête. Je vous dirai que les Florentins me déplaisent extrêmement il y a quelque chose de sec et de correct qui me rappelle la France. La Lombardie et mon cœur sont faits l'un pour l'autre j'espère que voilà un. grand cœur. Vous allez me dire quelqueinjure quand je vous avouerai qu'en. quarante jours de temps et étant tout le jour dans la rue, ayant vu toutes les processions du Corpus Domini et de la SaintJean, je n'ai pas trouvé une seule Florentine vraiment belle. Mes beautés, ici, sont deux jeunes Anglaises que je vois tous les soirs aux Cascine et sur le pont della Trinità, vers onze heures. Encore sont-ce des beautés de brochet je veux dire sans expression. C'est sur le pont della Trinità que nous avons cherché un remède aux infâmes chaleurs qui nous ont cuits pendant dix jours. Figurez-vous qu'on n'ar-


rose pas les rues à Florence littéralement les pierres de la place du Grand Duc étaient encore brûlantes à minuit. Le Bottegone était brûlant mais il doit avoir fait une fortune il fallait prendre une gramolata toutes les heures sous peine de crever on dit que nous n'avons eu que vingt-huit degrés et demi. Justement, je viens de finir lhe black Durward et Old Mortality de W. Scott. Le dernier demi volume d'Old Morlalily ne vaut pas un f. le reste est à côté de Tom Jones, c'est-à-dire dans les nues. Justement cela est plus sérieux et la peinture de l'amour est sacrifiée. C'est la mode cette pauvre passion est en disgrâce auprès de nos romanciers modernes, Madame de Genlis, miss Edgeworth, W. Scott. Savez-vous pourquoi ? C'est qu'ils ont assez d'esprit pour savoir que pour peindre la passion, il faut l'avoir sentie.

Que [dit-]on de l'Hisloire de Venise de M. Daru 1 ? Il disait qu'il y avait, en 1790, un ambassadeur vénitien à Versailles, qui faisait des rapports originaux à sa République. C'était une infâme tyrannie que cette aristocratie j'ai été sur les lieux et j'ai vingt anecdotes pas l'ombre de 1. Le 29 octobre 1819, Mareste faisait envoyer à Beylc l'Histoire do Venise de Pierre Daru.


liberté cent familles puissantes,qui nourrissaient quelques milliers de, pauvres nobles.; tout le reste opprimé. A ces deux dernières circonstances près, c'est comme .à Vienne. A propos, l'empereur a été d'une générosité incroyable il donne trois ou quatre mille sequins comme .on donne vingt-cinq louis ;,c'est le contraire d'il y a trois ans il se sauve en économisant sur sa défroque il porte un chapeau à calotte enfoncée par le temps, que le domestique de votre domestique jetterait à la rue. Tout son habillement vaut bien trente francs. Du reste, le comte de SainteHélène 1 a gâté le métier ces souverains se promènent comme des ostensoirs, plus ou moins beaux à voir, mais il ne font point de décrets qui tiennent le public en anxiété, ils ne sont pas centres d'action. Aussi, indifférence complète et pis que cela. Mon Dieu où mettrai-je cette lettre à la poste ? Si j'étais un Irlandais, je vous dirais Ne manquez pas"de m'avertir, si vous ne la recevez pas. Je compte sur votre écriture.

Ma société ici se compose d'orfèvres, avec lesquels je fais des pique-niques, où l'on boit à la santé de Benvenuto Cellini. Ces orfèvres ont amené au dernier 1. Napoléon.


CORRESPONDANCE

dîner, à côté de la tour du Dante, près de l'Acienda dei Ghiaccio, dîners exécrables, qu'ils trouvent fort bons et qui coûtent cinq paules ils ont amené, dis-je, deux Américains qui ne doutent pas que l'emprunt de l'Angleterre ne soit para bellum pour eux. Mais ils croient que les ministres anglais, pour se soutenir, veulent la guerre. Les aristocrates anglais meurent de peur et se serrent contre le ministère. J'espère avoir la joie de voir une révolution dans ce pays-là. Les pontons et Sainte-Hélène seront vengés. Adieu, je vais à la Cenerenlola par la Mombelli c'est très bien chanté mais toujours du Rossini, c'est le Pâlé d'anguilles.

Faites jouer la Sigillara de Rossini, ou la Pielra del Paragone. Le grand rôle, écrit pour Galli, doit convenir à Pellegrini. Pardon du port des lettres je vous traite en opulent chef de bureau je veux payer mes dettes à Did[ot].


A Mme MÉTILDE DEMBOWSKIFlorence, le 20 juillet 1819.

PEUT-ÊTRE que, dans ma position de disgrâce, il peut vous sembler peu convenable que j'ose vous écrire. Si je vous suis devenu odieux à ce point, je veux tâcher, du moins, de ne pas mériter davantage mon malheur, et je vous prie de déchirer ma lettre sans aller plus loin. Si au contraire, votre âme sensible, quoique trop fière, a la bonté de nie traiter comme un ami malheureux,- si vous daignez me donner de vos nouvelles, je vous prie de m'écrire à Bologne, où je suis obligé d'aller « Al signor Beyle, nella locanda dell' Aquila Nera. » Je suis réellement inquiet de votre santé. Seriezvous assez cruelle, si vous étiez malade, pour ne pas me l'apprendre en deux mots ? Mais il faut m'attendre à tout. Heureux le cœur qui est échauffé par la lumière tranquille, prudente, toujours égale d'une faible lampe De celui-là, on dit qu'il aime, et il ne commet pas d'inconve-

675.—A

Madame,


nances nuisibles à lui et aux autres. Mais le cœur qui est embrasé des flammes d'un volcan ne peut plaire à ce qu'il adore, fait des folies, manque à la délicatesse et se consume lui-même. Je suis bien malheureux.

HENRI.

676. A

AU BARON DE MARESTE

Bologne, le 24 juillet 1819.

LA pipe du caporal m'a fait apporter ici ma lettre. Savez-vous qu'en, arrivant le 22, j'ai trouvé neuf lettres qui m'annoncent que j'ai perdu mon père le 20 juin et qui me grondent de n'être pas à Grenoble depuis longtemps ? Une de ces lettres contient la copie du testament qui est une espèce de manifeste contre ce pauvre Henri. On lui donne cependant la moitié de la partie disponible mais tout le mobilier, qui est considérable, à M. M[allein], ce qui est juste.

S'il y a cent mille francs, j'aurai 37.000 francs et chacune de mes sœurs 31.000. Il me semble que nous trouverons 350 ou 300.000 francs, dettes payées, ce


qui ferait 90 ou cent miile francs pour Henri. Il mettrait

40.000 fr. à fonds per-

du, à 10 4.000 fr.

40.000 fr. en rente 2.500 fr.

20.000 fr. à 5 sur 9.100 fr terres 1.000 fr.

et son fonds perdu ac-

tuel 1.600 fr

Je m'abonnerai bien à avoir sept mille francs. Il faut que j'aille m'ennuyer à Cularo. Ecrivez-moi là, franchement, Grande-Rue-Neuve, n° 13. Probablement je serai électeur parlez-moi de cette comédie.

Mon credo politique est le Commentaire de Monlesquieu, de Tracy comme M. Beaufils, je ne sors pas de là. Je me fous rondement à cette heure de la vente de la Peinlure; j'écris à Did[ot] pour le payer. Je mettrai les exemplaires chez Chanson ou chez quelque libraire soigneux. Vous êtes mon Conseil des Anciens vous avez bien fait de ne pas mettre the name. Faites lire tout ceci à Barral. Prenez un commissionnaire qui, avec les bons ci-joints, ira prendre 12 ex. chez Didot il portera les 12 chez le sieur Jombert qui me les enverra à Grenoble.

Pour gagner du temps, j'ai daté de Rome 22 juillet les réponses aux fatales


lettres. Donc, le Vicomte et vous, supposerez celle-ci datée de Rome. Je serai dans l'ennuyeux Cularo du 20 août au 30 septembre. Dans la suite, avec sept mille francs, faut-il vivre à Pans ou à Milan ?

Des nouvelles, ferme, des nouvelles Mille tendresses à l'aimable et bon Maisonnette. Mes compliments au Nismois. Qu'estce que sa femme ? Qu'est ce que le secret de M. Bignon ? M. Z. verra-t-il Maisonnette ? Cela est contre l'intérêt de Maison, il serait cependant le plus souple des hommes. J'embrasse Maisonnette et le Vicomte.

677. G

A Mme MÉTILDE DEMBOWSKI [1819.]

CONNU et j'ai été six mois à me prouver que je ne vous aimais pas. Vous pouvez bien me rendre plus malheureux en m'éloignant, mais tant que vous serez vous-même, je ne vivrai que pour vous. Jugez-en par le sacrifice que je vous propose, si mon amour vous ennuie, n'en parlons plus.

Vous savez déjà 1 aventure de Palfy.


Elle ne vaut certainement pas la peine d'être entendue deux fois, à tout hasard la voici telle qu'il l'a contée devant moi. Figurez-vous un gros butor de cinquante ans avec des moustaches, qui veut faire parler de soi en amour et qui est galant avec pédanterie. Là Santambrogia l'a refusé pour autre chose que les demifaveurs, une autre danseuse l'a pris, mais il a voulu la Brognoli. Un de mes amis a fait le mezzano et l'a conduit à la digne mère, ancienne grotesque, qui a commencé par lui jurer que sa fille était vierge et qui a fini par lui demander deux mille livres. Accordé. La Brognoli mère lui amène sa fille, enveloppée d'une grande redingote qu'on quitte en entrant, elle avait dessous un déshabillé délicieux et pas trop indécent. La mère disparaît. Ici commence le mensonge du nouveau Bayard. La vertueuse Brognoli se jette à ses genoux et lui déclare qu'elle aime la Flûte de l'orchestre, beau jeune homme, que sa mère est une malheureuse de l'avoir vendue, etc.etc. Le héros ne manque pas de lui promettre l'argent nécessaire pour épouser la Flûte, argent que suivant moi il a gagné.

Toutes les autres aventures de Milan sont communes. Celles de Paris, vu les élections, sont divines. Les ministres si


puissants ont été joués et tournés en ridicule au vu et su de quatre mille électeurs, plus ridiculement qu'un vieux Cassandre qui surprend un jeune homme avec sa femme, qui va se plaindre à la police et qui finit par recevoir des coups de bâton. Si vous étiez ici je vous conterais cela, mais il faut dix pages pour vous mettre à même de rire. En un mot ma pauvre patrie s'avance au galop vers le bonheur et elle marché à la liberté d'une manière amusante, avantage unique pour des Français avant de faire leur bonheur la liberté fait leurs plaisirs.

Que je vous remercie du détail que vous me donnez de votre journée. Je me disais sans cesse que fait-elle à cette heure ? Contentons-nous donc de l'amitié si l'amour est impossible. Votre mot « Alors chacun se retrouve avec soi-même et est heureux qui l'est est charmant. Voulez-vous que je vous dise que je n'ai jamais vécu dans la société d'aucune femme qui. en dit de semblables ? Non, vous me direz que c'est un compliment. Mon cœur va palpiter toujours de neuf heures à dix heures, à cette heure que vous donnez à vos correspondants. Pour exprimer ma pensée par les extrémités je dirai que.


678. A

AU BARON DE MARESTE Grenoble, 10 août [1819].

JE serai probablement à Paris vers le 1er septembre. J'y vais me tâter moi-même et tâcher de deviner si, avec 6.000 francs, il me convient de passer le reste de ma vie dans le voisinage de Me d'Estainville ou de la Scala.

Je suis beaucoup attiré par le plaisir de disputer avec vous et de voir agir la grande machine.

Demandez à Chanson s'il ne convient pas de faire une nouvelle affiche pour la Peinture et d'afficher dans l'avenue des salons d'exposition.

Voyez s'il y a jour à glisser un article de six lignes dans un de vos journaux ministériels. On dit que le Journal de Paris part de vos bureaux.

Mille amitiés à Maisonnette. Dites mon arrivée au Vicomte et à Smidt. Dispensezvous d'envoyez prendre des exemplaires chez Didot. Recommandez Tancrède et la Pietra del Paragone de Rossini.


J'AI reçu votre lettre il y a trois jours. En revoyant votre écriture j'ai été si profondément touché que je n'ai pu prendre encore sur moi de vous répondre d'une manière convenable. C'est un beau jour au milieu d'un désert fétide, et, toute sévère que vous êtes pour moi, je vous dois encore les seuls instants de bonheur que j'aie trouvés depuis Bologne. Je pense sans cesse à cette ville heureuse où vous devez être depuis le 10. Mon âme erre sous un portique, que j'ai si souvent parcouru, à droite au sortir de la porte Majeure Je vois sans cesse ces belles collines couronnées de palais qui forment la vue du jardin où vous vous promenez. Bologne, où je n'ai pas reçu de duretés de vous, est sacré pour moi c'est là que j'ai appris 1. En tête du brouillon de cette lettre. qui Be trouve à la bibliothèque de Grenoble, Henri Beyle a noté « Written the 25 th August. Transcrite le 27 août. »

2. Majeure a été biffé.

679. G

A Mme MÉTILDE DEMBOWSKI Grenoble, le 25 août 1819 1.

Madame,


l'événement qui m'a exilé en France, et tout cruel qu'est cet exil, il m'a encore mieux fait sentir la force du lien qui m'attache à un pays où vous êtes. Il n'est aucune de ces vues qui ne soit gravée dans mon cœur, surtout celle que l'on a sur le chemin du pont, aux premières prairies que l'on rencontre à droite après être sorti du portique. C'est là que, dans la crainte d'être reconnu, j'allais penser à la personne qui avait habité cette maison heureuse que je n'osais presque regarder en passant. Je vous écris après avoir transcrit de ma main deux longs actes destinés à me garantir, s'il se peut, des fripons dont je suis entouré. Tout ce que la haine la plus profonde, la plus implacable et la mieux calculée peut arranger contre un fils, je l'ai éprouvé de mon père. Tout cela est revêtu de la plus belle hypocrisie, je suis héritier et, en apparence, je n'ai pas lieu de me plaindre. C'est précisément ce qui dans d'autre temps m'eût fait sauter aux nues, et je ne doute pas que cela n'ait été calculé à cet effet.

Ce testament est daté du 29 septembre 1818, mais l'on était loin de prévoir que le lendemain de ce jour il devait se passer un petit événement qui me rendrait absolument insensible aux outrages de la fortune. En admirant les efforts et


les ressources de la haine le seul sentiment que tout ceci me donne, c'est que je suis apparemment destiné à sentir et à inspirer des passions énergiques. Ce testament est ici un objet de curiosité et d'admiration parmi les gens d'affaires je crois cependant, à force de méditer et de lire le code civil, avoir trouvé le moyen de parer le coup qu'il me porte. Ce serait un long procès avec mes sœurs, l'une desquelles m'est chère. De façon que, quoique héritier, j'ai proposé ce matin à mes sœurs de leur donner à chacune le tiers des biens de mon père. Mais je prévois que l'on me laissera pour ma part des biens chargés de dettes et que la fin de deux mois de peines, qui me font voir la nature humaine sous un si mauvais côté, sera de me laisser avec très peu d'aisance et avec la perspective d'être un peu moins pauvre dans une extrême vieillesse. J'avais remis à l'époque où je me trouve les projets de plusieurs grands voyages. J'aurais été cruellement désappointé si tous ces goûts de voyages et de chevaux n'avaient disparu depuis longtemps pour faire place à une passion funeste. Je la déplore aujourd'hui uniquement parce qu'elle a pu me porter dans ses folies à déplaire à ce que j'aime et à ce que je respecte le plus sur la terre. Du reste tout ce que porte cette terre


est devenu à mes yeux entièrement indifférent, et je dois à l'idée qui m'occupe sans cesse la parfaite et étonnante insensibilité avec laquelle de riche je me vois devenu pauvre. La seule chose que je crains c'est de passer pour avare aux yeux de mes amis de Milan qui savent que j'ai hérité.

J'ai vu à Milan, l'aimable L. auquel j'ai dit que je venais de Grenoble et y retournais. Personne que je sache, madame, n'a eu l'idée qu'on vous avait écrit. Quand l'on n'a pas de beaux chevaux, il est plus facile qu'on ne pourrait l'imaginer d'être bien vite oublié. J'ai trouvé à L. une idée qui m'a fait beaucoup de peine et que je tâcherai de détruire à .mon retour. Donnez-moi, je vous prie, de vos nouvelles dans le plus grand détail. Ne vous sentez-vous absolument rien à la poitrine ? Vous ne me répondez pas là-dessus et vous êtes si indifférente pour ce qui fait l'occupation des petites âmes que tant que vous n'aurez pas dit expressément le non, je crains le oui.

Après avoir bien haï la Porretta 1, je l'aimerai avec passion si ses eaux vous ont ôté les maux d'estomac et surtout les maux d'yeux. A force de le désirer, je 1. Bagni della Porretta, station thermale entre Bologne et Florence.


me trouve presque l'espoir que vous voudrez bien me donner de vos nouvelles, c'est la seule chose qui puisse me faire supporter la détestable vie que je mène. J'ai la perspective de voir ma liberté écornée Milan je ne puis me dispenser d'y conduire ma sœur qu'Otello a séduit et qui, dans_ce pays, est toujours plus malade.

Je finis ma lettre, il m'est impossible de continuer à faire l'indifférent. L'idée de l'amour est ici mon seul bonheur. Je ne sais ce que je deviendrais si je ne passais pas à penser à ce que j'aime le temps des longues discussions avec les gens de loi.

Adieu, Madame, soyez heureuse je crois que vous ne pouvez l'être qu'en aimant. Soyez heureuse, même en aimant un autre que moi.

Je puis bien vous écrire avec vérité ce que je dis sans cesse

-La mort et les enfers s'ouvriraient devant moi, Phédime, avec plaisir j'y descendrais pour toi. HENRI.


680.-G

AU COMTE PIERRE DARU 1 Grenoble, le 30 août 1819 2.

Monsieur,

J'AI eu le malheur de perdre mon père en juin. J'arrive d'Italie, et je trouve que la plupart des lettres que .j'ai écrites depuis six mois ne sont pas parvenues en France. Je désire qu'une lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser au mois d'avril ait été plus heureuse. Je me félicitais, comme Français, qu'on vous eût rendu quelque influence sur la chose publique comme particulier, je prends une part bien vive à ce qui peut vous être agréable. Je dois aux dignités dont vous avez eté revêtu de n'être pas un petit bourgeois plus ou moins ridicule, et d'avoir vu l'Europe et apprécié les avantages des places 3.

1. A M. le comte Daru, pair de France, rue de Grenelle n° 82, faubourg Saint-Germain, Paris.

2. Le brouillon de cette lettre est à la bibliothèque de Grenoble. Au-dessous de la date, Beyle a ajouté Mis à la poste le 31 août.

3. Beyle avait d'abord écrit « et apprécié le bonheur de l'ambition. n a biffé et noté dans la marge Amphibologie.


Mon père laisse des dettes énormes. S'il me reste 4.000 francs de rente en terres, je retournerai vivre à Milan dans le cas contraire, j'irai faire à Paris le pénible métier de solliciteur. Comme la liquidation marche lentement, j'aurais le temps d'aller passer quelques semaines à Paris et de vous renouveler de vive voix, l'assurance de toute ma reconnaissance et du respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

H. B.

681. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Cularo (Grenoble) le 1er septembre 1819. JE suis bien reconnaissant de votre belle lettre de huit pages. J'ai lu également celle du Vicomte. Je compte partir le 14 septembre, 'après les élections 1 et débarquer chez M. Petit, hôtel de Bruxelles, s'il le faut Faites-moi le plaisir de m'arrêter une chambre au quatrième étage, c'est-àdire au plus bas prix possible. Je suis 1. Le collège électoral était convoqué pour le 11 septembre.


sûr de partir, après les élections: La chose est sûre, car j'ai dans ma table. six mille, francs en or. Mais le bâtard laisse dei debili infinili j'aurai de trente à cinquante mille francs, voilà tout. J'ai trouvé cent vingt mille francs de dettes, plus deux mille' cinq cents francs de rentes viagères, à payer annuellement tous les aperçus qu'on m'avait envoyés étaient exagérés et ce n'est, comme vous le voyez qu'après vingt jours de courses et d'attention soutenue que j'y vois clair.

Toutefois, dites aux gens qui me connaissent que j'aurai mieux de cent mille francs.

J'ai déjà ma demi-solde, environ huit cents francs, plus une rente viagère de. 1.800 francs si je trouve de quoi me faire une rente viagère de 4.000 francs,' je ne prends pas de place, sinôn je sollicite. J'ai affaire à un beau-frère le plus tatillon des hommes qui, conseillé par des finassiers grenoblois, veut lasser ma pa- tience et abuser de mon désir de finir. Pour déjouer cette finesse, je veux aller attendre à Paris que les créanciers le forcent à finir.

Je serais avec vous, sans les élections quoique mon mépris for our dear countrymen1 soit déjà au comble, je veux cepen1. Pour nos chers concitoyens.


dant sacrifier dix jours à ce spectacle. Je suis électeur, car je paye quatre cent qùatre-vingts francs.

Je parierais pour M. Grégoire le parti libéral, guidé par M. Duport-Lavilette 1, une des meilleures têtes du pays, le porte ferme, et, pour gagner les électeurs de Vienne et de Bourgoin, nommera Sappey 2 et Français de Nantes, choix exécrable et dont vous, venlru, vous devez être enchanté. Je crois que M. Rollin sortira au premier tour de scrutin.

Le préfet déclame ouvertement contre Grégoire, et, ce matin, on a reçu un pamphlet anonyme contre ce digne évêque c'est le relevé de ce qu'il a dit en 1792 contre la royauté. Malheureusement, c'est justement ce que pensent nos pètrâ de campagne, qui payent trois cents francs juste. Les susdits paysans sont les seuls (à part l'opinion antimonarchique) qui pensent raisonnablement sur tout. Ils nommeront qui vous voudrez dès que vous leur aurez rendu la nomination des juges dé paix, des maires et des officiers de la garde nationale.

Le préfet porte le comte Bérenger au 1. Les D.nport-Iasvllette, père et fils, étaient alors avocats à Grenoble.

2. Sappey était déjà député de l'Isère.


lieu de Grégoire; mais aujourd'hui voici les probabilités

Rollin, Grégoire, Sappey, Français1. Le ministère présente Bérenger (le comte, conseiller d'Etat), Pinelli-Lavalette, Général du Bouchage.

La partie la mieux liée est celle des ultras ils ne perdent pas une voix les curés de campagne ôteront à Grégoire cent cinquante voix de dévots.

Le préfet est méprisé, quoique plein d'esprit c'est qu'il est avare il ne leur a pas donné à boire assez largement le jour de la Saint-Louis. Il y a eu un demi-duel pour une danseuse, j'entends pour une demoiselle jolie et honnête, sur laquelle un officier est tombé en valsant le préfet est intervenu gauchement. Enfin il a invité, par écrit, un nommé Comeirau, charcutier grossier, mais qui paye plus de trois cents francs d'impôts le dit charcutier en fait des gorges chaudes avec ses amis les peigneurs de chanvre ils sont deux artisans dans cè cas.

Au total, vous savez que ma profession de foi est le Commentaire sur Montesquieu. Toute la basse classe ici pense 1. Les pronostics de Beyle étaient bons. Au premier tour de scrutin le 12 septembre furent élus le baron Savoye Bollin,- Français de Nantes et Charles Sappey. Grégoire fut élu le lendemain.


comme moi, et, dans dix ans, les deux tiers des gens aisés partageront cette opinion. On lit très peu ici, mais le Censeur et la Minerve sont crus aveuglément. On vend beaucoup de Thouret, et l'on a déjà vendu huit Commentaires. Il y a dans la bourgeoisie deux ou trois Hampden de village, some villages Hampden. Il y a une nuance, le parti militaire et le parti libéral pur. Les militaires étant insolents, le premier et le little Nap[oléon], perdent chaque jour du terrain. Au reste, en organisant d'une manière populaire le jury, les mairies et les juges de paix; Maison 1 pourra garder ses chères places cinq ou six ans encore. Il est une bête de laisser condamner Dunoyer2 et acquitter Martainville. Je suis témoin que cela a donné trente voix, au moins, à Grégoire. Il me semble que Mazarin n'aurait pas fait cette faute mais cet homme n'est, au plus, qu'un demi-Mazarin. A sa place, l'honneur à part, j'aurais dix millions de plus et serais plus assuré de la majorité.

Les gens que Votre Excellence ventrue me nomme pour députés, sont, politi1. Le duc Decazes. (Note de Colomb sur l'original.) 2. Dunoyer était un journaliste, collaborateur.du Censeur, journal libéral, tandis que Martainville, royaliste exalté, venait de fonder le Drapeau blanc.


quement parlant, dans le dernier mépris on ne doute pas que le banquier K[arion] ne soit prêt à tout vendre pour une pairie. J'ai beaucoup d'estime pour MM. Michôud, le général Brun1, Duport-Lavillette et Rivier, notaire voilà des gens modérés, au moins trois des quatre, et qu'il faut employer, si vous voulez une véritable popularité. Les juges sont dans la boue et les prêtres un peu moins, parce qu'on regarde M. Bouchard, 2 comme un habile fripon. Du reste, tranquillité profonde, car le préfet et le général sont modérés 3 vous pouvez vexer de mille manières ce peuple avant qu'il montre les dents. Dites mille choses aimables et polissonnes, de ma part, à la sublime Aglaé, à la tendre Questiène, à la tétonière Angeline. Le Vicomte prétend qu'elle a une gorge superbe. Si vous connaissez Lambert, parlez-lui du vif et profond désir que j'aurai à le revoir. Du reste je veux économiser comme un diable, car j'ai 6.000 francs et, d'ici .'à dix-huit mois, ne toucherai 1. Jean-Antoine Brun, général de l'Empire, retiré près de Grenoble.

2. L'abbé Bôuchard fut grand-vicaire de Grenoble de 1802 à 1825, durant tout l'épiscopat de Mgr Claude Simon. Il avait la réputation d'être fort autoritaire et de mener entièrement les affaires religieuses du diocèse. 3. Le préfet était Choppin d'Arnouville et le général Ledru des Essarts, l'un et l'autre envoyés à Grenoble pour faire l'apaisement.


peut-être que mon annuité de 1.600 francs. Adieu au revoir, le 18 ou 19 septembre. Annonce de tout cela et honnêtetés à Maisonnette. Je joue aux échecs toute la soirée avec le Vicomte qui ne'part qu'au premier octobre et qui a vendu son moulin. Dupuy.

682. A

AU MARÉCHAL GOUVION SAINT-CYR MINISTRE DE LA GUERRE

Paris, le 12 octobre 1819.

Monseigneur,

JE réponds à la lettre dont il a plu J à Votre Excellence de m'honorer le 13 juillet 1818. Cette lettre m'ayant été adressée dans la commune de Thuélin (Isère), y est restée un an, et je viens seulement de la recevoir.

Pour constater mes services dans le 6e régiment de dragons, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence

Un ordre original du général de division Michaud donné au quartier général de Brescia le 1er complémentaire an IX pour rejoindre mon régiment, le


6e dragons, alors en garnison à Savigliano, département du Tanaro (Piémont)

2° L'original d'un certificat signé par M. le général de division Michaud et portant que le citoyen Henry-Marie Beyle, sous-lieutenant au 6e régiment de dragons, a rempli près de lui les fonctions d'aidede-camp d'une manière distinguée 3° Une lettre en original, signée de M. le général de division Oudinot, chef de l'état-major général de l'armée d'Italie, en date du 24 vendémiaire, an IX. Cette lettre, adressée à M. Daru, annonce l'envoi d'un brevet de sous-lieutenant provisoire en faveur du citoyen Beyle. Mes services comme sous-lieutenant, commissaire des guerres et auditeur sont bien connus de MM. Daru et Joinville. 40 J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence mon extrait de baptême, signé de M. le maire de Grenoble. Je n'ai eu qu'un frère, qui n'a vécu que quelques mois, et il est de notoriété publique que je suis le seul fils de feu M. Beyle, chevalier de la Légion d'Honneur et premier adjoint au maire de Grenoble.

5° Enfin, je mets sous les yeux de Votre Excellence l'état de mes services signé de moi. J'ai passé le Saint-Bernard avec l'armée


de réserve, j'ai fait les campagnes dé Marengo, du Mincio, démissionnaire à la paix. J'ai fait les campagnes d'Iénà, de Prusse, de Vienne en 1809, de Moscou. J'ai eu une mission dans Moscou même. J'ai fait la' campagne de 1813 et celle de 1814.

J'ai l'honneur d'être, Monseigneur, de Votre Excellence, lé très humble et très obéissant serviteur.

Le Commissaire des guerres adjoinl, DE BEYLE,

45, rue de Richelieu.

683. A

AU BARON DE MARESTE Dôle, le 16 octobre 1819.

C'ÉTAIT une fille entretenue en dispute avec son monsieur, lequel est un ci-devant jeune homme répétant toujours trois ou quatre fois sa phrase. A Charenton, à la nuit tombante, je commençai à lui prendre les cuisses, car elle était au milieu, mais il lui céda bientôt sa place du coin. Le soir, nous fîmes' unexcès de truffes dont je comptais bien lui


faire partager les fruits mais Dieu dispose de nous. Il disposa que ces truffes lui firent mal elle devint acariâtre, le monsieur de mauvaise humeur Enfin je les ai laissés à Dijon sur le point de se quitter, et elle, de me suivre à Milan, mais,j'ai su résister à cet excès de bonheur. Elle sera dans quinze jours à Paris sur le boulevard. Abordez-la hardiment en mon nom qu'elle ne sait pas.

17 octobre.

Je l'ai manquée par humeur de sa part, peut-être aussi par défaut de beauté de la mienne.

Hier, le sommeil m'interrompit. Ce matin, 17, c'est la voiture pour Genève, où je serai demain soir. Je vous embrasse comme je vous aime, id est beaucoup. Voici le Byron pour l'amabilissime Maisonnette.

H. B.

Songez à articuler sur Haydn. Envoyez l'exemplaire à M. La Baume qui trouvera dans la préface un article tout brandi.

1. Collaborateur au Journal de Paris. Ne pas lé confondre avec Béranger-Labaume de Marseille, le classique avec qui Stendhal allait correspondre dans Racine et Shakspeare Il.


'684. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 2 novembre 1819.

ARRIVÉ le 2 octobre, en bonne santé, mon illustre paresse m'a empêché de vous faire part des sensations que j'ai trouvées sur le Simplon, dans la vallée d'Iselle et aux Titans, ballet de Vigano. L'idée dominante que je rapporte de Paris, c'est que chacun a raison dans son trou, et qu'il est absurde de vouloir être à la fois dans deux trous. Quelle belle chose d'être ambidextre, c'est-à-dire à la florentine et à la française en même temps C'est parce que la délicieuse promenade du boulevard me fait bâiller jusqu'au talon que je vous semblerai le comble de l'absurde en vous disant qu'un de messieurs les Titans, assis et haut de-cinquante pieds, baisse la tête, élève une main dans les nues et en redescend sa chère sœur. Les Titans, qui sont malins et qui s'ennuient en enfer, donnent à cette chère sœur trois petites urnes, qui ne sont autres que les âges de fer, d'airain et d'argent. On ouvre ces urnes, et les malheurs correspondants se


développent sur. la terre. Tout cela, c'est l'erreur d'un grand homme, aussi grand que Canova, entendez-vous ? car je me fous à fond de paraître absurde. Deux grands hommes, à savoir Monti et moi, sommes fous des deux premiers actes. Le premier peint l'innocence. Au quatrième, les malheurs qui sortent de l'urne de fer, où il y a des bracelets, une épée et un diadème (notez ce dernier mot), sont du premier grand en fait d'art.

Un homme d'esprit de Turin, avec lequel j'ai dîné hier, a improvisé un discours sur Vigano je l'ai prié de me donner cinquante lignes, que l'aimable M. La Baume pourra arranger dans le Journal de Paris. Ce pays-ci est comme les familles nobles tombées dans la misère il faut casser le nez avec l'encensoir. D'ailléurs,faites observer à M. la Baume que la France n'a pas quatre hommes à opposer à Canova, Vigano, Monti et Rossini. Vigano fait le Cordonnier et ensuite Cymbeline la scène du coffret, quand Iachimo. en sort, et celle des funérailles d'Imogène, par les deux frères, sont déjà faites. J'ai vu Rossini hier à son arrivée il aura vingt-huit ans au mois d'avril prochain il veut cesser de travailler à trente ans. Il est avare et n'avait pas le sou il y a quatre ans.. Il vient de placer cent mille francs


chez Barbaglia; au sept et demi pour cent par an.'Il a mille francs par mois comme directeur despote du théâtre de SaintCharles. Voilà une belle idée prendre l'homme de génie de la partie et le faire DESPOTE.

Cela vaut-il M. Papillon de la Férté? Il est vrai que le King fait une jolie réponse française. Ecoutez-la bien tous les soirs, pendant quatre heures, et mâchez à vide. Outre les mille francs par mois, Rossini a quatre mille francs pour chaque opéra qu'il fait, et on lui demande tant qu'il en peut faire. Son' Donna del Lago, sujet tiré de Walter Scott, a eu le plus grand succès. Il va nous faire une Bianca Capello que nous jugerons le 26 décembre. On sera sévère; il a déjà fait le premier acte à Naples, d'où il vient. Barbaglia entretient ce grand homme, il lui donne 'gratis carrosse, table, logement ed amica. La divine Colbrand, qui n'a, je crois, que quarante ou cinquante ans, fait les délices du prince Jablonowski, du millionnaire Barbaglia et du maestro. La Ripresaglia (La Revanche), opéra actuel de Stunz est une plate imitation de Mozart le petit ballet est infâme. Je suis fâché de ne pas avoir apporté le Frère Vénitien et trois ou quatre autres mélodrames. Il faut des choses nettes,


à la musique ce qui lui convient le moins, c'est l'esprit français, comme la Revanche. Crivelli est passable et la Camporesi excellente. La Romini acquiert beaucoup; la Pasta n'est plus reconnaissable, elle travaille sept à huit heures par jour à donner de nouvelles habitudes à son gosier. La Grassini a dix mille francs pour chanter deux mois à Brescia voix usée. La Nina, toujours plus fidèle, toujours plus brillante, je ne l'ai point vue. Son piano va être le quartier général de Rossini qui, hier, à son arrivée, a été invité à dîner pour dix jours de chaque semaine. Il compte rapporter à Naples sa paga entière, ce qui l'enchante.

J'allais vous abonner au Conciliatore, mais le pauvre diable est mort le 20 octobre, de l'épidémie de Caste. C'est dommage, surtout pour les articles de M. Ermès Visconti.

Vous avez à Paris, depuis deux mois, un monsieur Manzoni, jeune homme de la plus haute dévotion, lequel avait fait, ce printemps, deux actes fort longs sur la mort du général Carmagnola, le grandpère de la Carmagnole, né à Carmagnola, en Piémont, et fatto morire1 à Venise, par le Conseil des Dix. Ces actes étaient faits pour être lus il s'est interrompu pour 1. Et condamné à mort.


traduire le livre de Lamennais, sur l'Indifférence en matière de religion,. et pour réfuter les impiétés de Sismondi. Ermès l'a excité à faire une tragédie jouable il a refait ses deux premiers actes et les trois derniers, le tout en trois mois. Cette Mort de Carmagnola est sous presse e desta la più alla aspettazione 1. Toute ma crainte est que cela ne plaise pas à M. Duviquetouau grand Evariste Dumoulin 2, car c'est romantique. Des soldats se battent, un solitaire les arrête « N'êtes-vous pas tous Italiens, tous fils de la même patrie ? » etc., etc. On dit ce passage sublime. Actuellement la scène de mon drame change, elle est à Parme. Point de grossesse 3. C'était une petite calomnie inventée par vous, messieurs. On a reçu deux lettres du cher father4, lequel grondait. Pas de réponse. The first personnage of this King reçoit l'ordre. de s'informer en secret du pourquoi. Il écrit au premier chambellan, lequel va montrer les lettres to the Widow. Elle fait appeler the Tall[eyrand] borgne 5 qui jure qu'il n'a pas reçu de lettres for her Highness. Elle se fâche il va bien 1. Et éveille les plus hauts espoirs.

2. E. Dumoulin était l'un des fondateurs et l'un des trois directeurs du Constitutionnel. Duviquet était le successeur de Geoffroy aux Débats.

S. Il s'agit de Marie-Louise.

4. François II, Empereur d'Autriche.

6. Neipperg.


chercher et rapporte les deux lettres qu'il oubliait depuis deux mois. Il demande to her Highness qu'on nomme une commission pour examiner les cachets qui se trouvent intacts. Her Highness renvoie ces messieurs, pour lire ses lettres, et ces messieurs, pour se désennuyer dans le salon de service, s'amusent à se donner force coups de poing mais le lendemain ils se sont baisés. On a ri, et cela prouve deux intrigues autour de this poor woman. J'ai oublié de remercier l'aimable Maisonnette de ses huit pages de prose. Faitesle pour moi. Ce n'est pas mon cœur qui a oublié. Quand vous aurez le temps de vous ennuyer, voyez Didot et Renouard. Voici un mot pour Jombert. Je me suis remué, comme vous verrez, pour ne pas perdre mes livres. Mille amitiés au Vicomte, à Annette, au bon Lambert. Je regrette les amis, mais peu Paris. Par la première occasion, je vous enverrai quelques brochures. Si jamais le Journal de Paris casse le nez avec l'encensoir à la belle Ausonie et aux Titans, ne manquez pas de dépenser un sou pour affranchir ce numéro à mon adresse ici. This shall make me a very good title1. On a ici des détails extrêmement 1. Ceci me fera un très bon titre.—Ce qui laisserait entendre que Beyle a envoyé un article sur les Titans de Vigano au Journal de Paria. n ne semble pas que cet article ait paru.


poétiques sur Parga. Je crois qu'on en a fait une brochure de soixante pages que l'on va imprimer à Genève. On fait courir de drôles de bruits sur the Germany (illisible) générale. Dites au Journal de Paris qu'il est vénéré à Turin, comme un oracle, et c'est dans cette eau trouble que pêche le journaliste du pays, homme d'esprit, M. Rossi. J'ai parlé de vous à l'aimable Barot 1. Write to M. Plana, you must remember.. M. Dalpozzo continue à être l'aigle d'Augusta Taurinorum 2. On vient de révoquer la loi si singulière sur les baux à farine. M. Balbi, le ministre, commença jadis sa carrière par traduire les poètes anglais on se fonde là-dessus pour espérer beaucoup de son bon sens. Priez M. La Baume de pousser un peu à la vente de ce que vous avez lu à Besançon. Envoyez-lui-en un exemplaire. L'auteur de Mirabeau a-t-il fait son devoir ? Le 3 novembre je trouve une occasion pour expédier ces quatre pages. Je vous enverrai à part les lettres pour Didot et Renouard. Je voudrais que Didot donnât les exemplaires au brave Jombert. 1. Banquier de Lunéville Beyle parle de lui dans les Souvenirs d'Égotisme. Son vrai nom était Lolot. Voir la lettre à Viollet-le-Duc, de novembre 1828.

2. Turin.


685. A

AU BARON DE MARESTE Milan, le 27 novembre 1819.

Mon cher ami,

E vous recommande M. le comte de Capitani, jeune homme d'infiniment de feu et d'esprit que sa famille envoie à Vienne, et qui, avant de voir le Danube, veut prendre une idée de Paris. Il a pour compagnon de voyage M. Odier de Genève.

Je désirerais que M. de Capitani logeât chez l'excellent M. Petit et y dinât, le tout pour six francs par jour. Ce jeune homme appartient à une des meilleures familles de ce pays, et cependant n'est pas ultra. Ainsi présentez-le au Vicomte, à Lambert et si vous pouvez, faites-lui avoir des billets de spectacle.

Surtout, par vos sages conseils, guidez son inexpérience, faites qu'il ne jette pas son argent par les fenêtres et qu'il revienne sain et sauf. Tâchez de lui avoir des billets pour la Chambre des députés. J'ai reçu votre lettre et celle de Lambert. Mille amitiés au Vicomte et à Annette. Présentez M. de Capitani à Mme Aglaé. H. BEYLE.


686. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 21 décembre 1819.

UNE collection de baïonnettes ou de guillotines ne peut pas plus arrêter une opinion qu'une collection de louis ne peut arrêter la goutte.

Voilà, mon cher ultra, l'idée qui m'est venue en lisant la deuxième partie de votre lettre du 8. Je riais de bon cœur de votre ignorance politique, ou plutôt du voile que l'amour de votre baronnie et les souvenirs de supériorilé individuelle qu'on vous inocula jadis à l'Académie d'Alfieri, mettent devant vos yeux. Vous me rendez ce rire quand je vous parle de Vigano, et nous avons tous deux raison, car.il n'y a pas de morale, et nos physiques sont différents; La preuve en est que de tout Paris, je ne regrette que Nina. Tout le reste me semble vieille coquette, et vos tableaux et vos livres me font l'effet de Mme de Saint-Aubin n'est-ce pas là le nom de l'amie de Mme Lambert Tout cela se réduit à ce que le Corrège aurait fait ses madones noires s'il eût peint au Sénégal.


Lé bon, entre amis, c'est d'être francs comme cela, on se donne le plaisir de l'originalité. Donc, à l'âge près, je voudrais être Grégoire. Mon seul défaut est de ne pas aimer the blood 1 mais puisqu'on ne peut compter sur rien, pas même sur la charte, je me réjouis de l'élection de Grégoire, bien plus qu'au moment où nous la fîmes. La raison, c'est que son exclusion, après le ministère Fouché, est un fait palpable, et que le dernier paysan, acquéreur' de domaines nationaux, comprendra quand nous le lui aurons expliqué de toutes les manières pendant un an. Même dans le sens de votre roi, je l'aurais admis ce trait de respect pour la charte, que coûtait-il ? Enfin, rien de moins endormant que cette séance. Je vous parais le comble de l'absurde, ainsi basta cosi. Seulement comme nous n'avons plus que les Débats et le Courrier, aller Kosibad, dites-moi ce que c'est que le jeune sérieux qui a menacé d'interrompre la gaieté de la séance du 6 ?

Je vous donne ma parole d'honneur que, si j'avais été député, j'aurais fait entrevoir les idées que je viens de vous écrire cela aurait fait ma gloire en 1830. Je trouve les libéraux plats même M. d'Ar1. Le sang.


genson fut plat en. 1815, de ne pas parler plus net sur Nîmes. Donc, encore une fois, vous vous trompez quand vous me dites que j'aurais vu deux cent cinquante grands hommes à la séance du 6.

Dans votre réponse,' mettez une phrase ultra, en caractères bien lisibles. Au reste, notre style français, à vous et à moi, est inintelligible ici, et votre écriture archiinintelligible donc, ne vous gênez nullement. Je vous remercie de votre lettre que j'ai reçue par Domenico les deux manières sont bonnes.

Nous ne sommes pas moins éloignés en tragédie qu'en politique et en ballets. Un médecin vous sauve en .vous donnant l'émétique cela diminue-t-il la gloire du médecin qui me sauve ici, à trois cents lieues de vous, en me donnant l'émétique ? Voilà le principe du romanticisme que vous ne sentez pas assez. Le mérite est d'administrer à un public la drogue juste qui lui fera plaisir. Le mérite de M. Manzoni, si mérite il y a, car je n'ai rien lu, est d'avoir saisi la saveur de l'eau dont le public italien a soif. Cette eau ferait peutêtre mal au cœur au public de la rue Richelieu qu'est-ce que cela me fait à Milan ? Sentez-bien ce principe du romanticisme, là'il n'y a pas d'Académie de Turin entre vous et moi.


Un mélodrame est à Paris un ouvrage que deux mille littérateurs peuvent faire une mort de Carmagnola ne peut être faite ici que par deux ou trois hommes. Croyez que si M. Manzoni réussit, il aura une gloire immense, et que tout ce qu'il y a de jeunes poètes en Italie se creuse la cervelle depuis douze ans pour faire une tragédie différente d'Alfieri, et ne trouve rien. Donc, quand Carmagnola serait un mélodrame traduit, s'il fait pâmer toute une nation, il a un grand mérite; lisez cette phrase à vos Saint-Aubin. Je passe mes soirées avec Rossini et Monti tout pesé, j'aime mieux les hommes extraordinaires que les ordinaires. Je vous quitte pour aller dîner avec Rossini, je passe ici pour être ultra-anti-rossinien on s'occupe beaucoup de musique et 'de Grégoire. Je vais lire votre' lettre à Rossini il est fort drôle et a de l'esprit il est juste a la hauteur des lettres de Bombet, il crée sans savoir comment. Schiller a fait deux ou trois excellentes tragédies comme Wallenstein, ayant sur le sublime des idées dignes de M. Cousin. Si Rossini voyait le comment de ses œuvres, il serait à mille lieues en avant des théories du sieur Bombet moi-même je suis fort en avant aujourd'hui, après cinq ans d'expérience.


687.—A

AU BARON DE MARESTE [Milan], 8 février [1820].

JE suis amoureux d'une femme qui m'a donné la scolozione et affaibli par le baume de copaïne.

Ecrivez-moi donc. Pas de lettres depuis trois mois Que dites-vous du Comte de Carmagnola que Maisonnette a dû recevoir 1 ? Vous endormez joliment les Français, je suis ravi.

Faites annoncer par le titre la P[einture] et la Vie de Hagdn dans votre Paris. Depuis trois mois, je n'ai lu que dix Renommées 2 pour tout potage (et j'abhorre les Jacobins) Les Mémoires sur 1815 sont-ils de Nap[oléon] ?

Faites rire le Vicomte avec ma blennorrhagie. C'est la première depuis 1809, mais elle est forte. Comment va votre vessie ? Ecrivez donc. DURANT. Compliments à MM. Lingay et Louis de B[arral].

1. Le Comte de Camagnola, tragédie de Manzoni, fut publiée en 1820.

2. La Renommée fondée le 15 juin 1819 par B. Constant, Pages, etc.


688. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 3 mars 1820.

NE craignez rien de la pipe, écrivez par Turin j'ai reçu avant-hier votre lettre du 20 février et hier le paquet du négociant. Si vous riez de mes renseignements sur Rossini, je ris de vos prédictions de solidité pour Maison. J'ai discuté vingt fois l'âge de Rossini avec Rossini il jure qu'il a vingt-huit ans, je croirais trente on se rappelle ici l'année où il fut exempté de la conscription cela prouve, je crois, vingt-neuf ou trente ans. On donne ici un petit ballet qui est une comédie contre Dieu. L'Idolo Birmano descend de son autel pour partager les offrandes avec les prêtres. Allessandro nelle Indie-de Vigano me plaît infiniment. Nous aurons Galli et Crivelli après Pâques. Je fais depuis longtemps et j'ai repris, par vos avis, une comédie romantique 1. J'enverrai à Chanson la matière de deux feuilles in-dix huit, intitulée l'Amour. C'est une dissection de ce Monsieur ultra-

1. Letellier.


ridicule. Je prierai Chanson d'en tirer cent exemplaires. Chaque copie manuscrite me coûte dix francs et je pense pour quatre-vingts francs en avoir cent copies. C'est, en littérature, du romantique. Si vous voyez Chanson, demandez-lui la manière d'imprimer à cent exemplaires, au meilleur .marché possible, un ouvrage qui formerait quatre-vingts pages in-8, c'est je pense l'in-18 ? (Ici des notes de musique illisibles). Voilà à quoi je pensais en recevant hier votre billet, enchanté de n'être pas en France. Ni Walter Scott, ni Machiavel lui-même ne m'ôteraient de l'idée que la Fr[ance] arrivera au degré de lib[erté] qu'avait l'Angleterre, de 1715 à 1750. On y allait par une douce pente, il paraît qu'il y aura cascade. Donnez-moi tous les détails sur l'événement à jamais déplorable1. Si celui-là fait le crime, à qui le crime sert, [s'il] vous plaît? J'en conclurai que.cela vient des gens qui n'ont pas été invités au bal. Quatre ou. cinq sous-Bonapartistes auront monté la cervelle du monstre. Ecrivez beaucoup et ne craignez rien. Ma sœur s'amuse à m'envoyer des journaux de Grenoble pliés dans ses lettres cela passe. Rien de plus sage que nos gens. D'ailleurs, votre écri-

1. Assassinat du duc de Berry.


ture que je lis-couramment est absolument indéchiffrable ici vous pourriez ne pas cacheter. Mettez quelques mots anglais et jamais le nom de l'individu, toujours une qualité. Nous avons su l'affreux événement en six jours, de même la chute de Maison, etc., Maisonnette a-t-il ses six mille francs de pension ? Que va-t-il faire ? Ira-t-il en Angleterre ? Son maitre ira-t-il ? Parlez-lui de mon vif intérêt.. Il n'y a que lui qui m'intéresse là-dedans. Je crois que rien au monde ne peut changer le degré de lib[erté] qu'on aura en 1835. Je répète une collection de bayonnettes, etc., etc. Il faudrait que le King se déclarât seul imprimeur du royaume et encore, les Minerve de 1815 contiennent du venin pour 1820, 21, etc.

Je regrette bien de n'être pas à Paris avec Crozet-Seyssins. Que pense-t-il du C[ommentai]re sur M[ontesqui]eu ? Je voudrais 'qu'on me chassât de cette position-là autrement, je vois des gens qui réclament le droit du plus fort sans être les plus forts. A propos, avez-vous reçu deux lettres et Lambert une par Maisonnette ? Si Lambert en a besoin pour moi ou pour lui, j'écrirai à M. de Latour-Maubourg, qui était justement mon général à Sagan et qui me traitait bien. Depuis je l'ai revu à Paris. Je relis pour la qua-


trième fois vos lettres, je crois avoir répondu à tout.

J'irai à Paris en septembre 1820. Sûrement, j'aurai de l'argent, pas beaucoup. Peut-être attendrai-je 1821 pour pousser à Edimbourg, ou même à New-York. Ce projet me rit, mais je n'en dis rien. Je passerais là six mois et puis je reviendrais. On peut faire cela à peu de frais. Ce qui .m'a donné cette idée, c'est que Paris m'a paru tout Saint-Aubin, même les B. Const[ant] et les Etienne. Que dire du Rédacteur du Journal de Paris, de M. de Lamennais, etc. Tout cela m'étouffe de mépris. Je puis avoir tort, mais ma sensation, pour moi, est vraie. J'aime mieux passer ma vie avec Monti et Rossini. Je ne me sens pas d'humeur de vous décrire Alexandre 'aux Indes; cela est horriblement ardu et, après s'être tué de peine, cela se réduit au discours du lion, qui veut faire goûter au cerf le plaisir de boire du sang. Vous êtes l'homme de Paris, moi l'homme de Milan le foin intellectuel qui nourrit nos esprits depuis six ans est différent. Une bouteille ne peut pas contenir à la fois du champagne et du bordeaux. Je ne vois rien de mieux aujourd'hui, à demain; je finis ma lettre égoïste. 3 au soir. Nous avons eu des bals masqués, dont quatre charmants toute


la bonne compagnie y était; entre autres, une princesse russe, Mme Volkonski, femme bien remarquable, point affectée, chantant comme un ange et une voix de contralto, élevant, à la Tracy, un fils qu'elle adore .écrivant passablement en français, elle a fait imprimer des nouvelles. Elle a trentedeux ans, laide, mais d'une laideur aimable et composant de jolie musique, et folle et charmante sous le masque. Elle est partie ce matin pour Naples. Voilà qui me paraît mieux que madame Saint-Aubin.

Quel dommage de n'avoir pas de port franc J'ai oublié de porter à Paris des poésies que j'ai recueillies en Toscane elles sont du Comte Giraud, petit Mirabeau de Rome. C'est une satire qu'il a lue à une société des trente premiers personnages de Florence et où il les satirise eux-mêmes. Vous devez connaitre les masques et peut-être la satire c'est ce qui me console. Elle est intitulée la Celra Spermaceutica. Les masques sont le marchese Ricàrdi, madame Rimbotti moglie di Ruggeri, Torrigiani, Alegrina Finzi, juive, Capponi le boiteux, le suisse Kleiber, entrepreneur des tabacs, Bartoli, Bardi, Piero Dini, il dottore del Rosso, la moglie di Fanchi. Le divin, divinissime, c'est que cela fut lu à eux-mêmes, celui


qu'on déchirait baissant la vue et ainsi successivement de tous.

5 mars.

Voici comment notre Scala est arrangée. L'entreprise finit le 21 mars le gouvernement donne quatre-vingt mille francs pour-trois mois à un entrepreneur qui a engagé Galli débarquant de Barcelone pour huit mille francs ce qui fait plus de cent francs par soirée. Plus, la Féron, une amie d'un Puccita, pour prima donna, et le fatal Puccita pour compositeur. Le second opéra sera de Caraffa, qu'on a engagé et qui est ici. Vigano et la Pallerini vont donner la Vestale à Bologne et à Sinigaglia. Nous aurons les Taglioni et, dit-on, un ballerino francese. Du reste, ce pays-ci juge de la danse comme nous de la musique. La Camporesi a vingt mille francs de rente et se retire dans quinze jours son beau-frère Marconi, de Rome, lui a fait un cadeau de cent mille francs, afin de ne pas avoir une personne de son sang sur les planches. Un Rosaberg nous a ennuyés avanthier soir de son violoncelle, mais la Camporesi a chanté divinement, pour moi, Quelle pupille tenere de Cimarosa, dont la réputation durera plus de vingt ans,


si le ciel me prête vie plus longtemps il me transporte toujours. Le dernier que j'entends, de Mozart ou de lui, est toujours le plus grand. Galli est venu d'Espagne en quatorze jours. Nous avons des nouvelles rapides par Gênes, et j'aime les nouvelles de mer, elle ne peuvent pas être modifiées par tous les préfets. Je me réjouis de M.- Siméon, que j'ai vu fort raisonnable à Cassel en 1808, mais peut-être est-il rimbambito, ou, plutôt, il n'est qu'une transition aux Villèle et Corbière. Force nouvelles de ce pauvre Maisonnette. A-t-il les 6.000 francs ? C'est un beau moment pour prendre le sens commun 'et lire le Commentaire de Tracy. Diteslui d'en faire une réfutation.

Je vous reprie de prendre les quinze ou vingt St[endhal] 1 qu'a encore Egron et de les remettre à Delaunay, en lui enjoignant de les vendre fort cher, le plus cher possible, six ou dix francs, car ce sont les derniers. Cela servira à payer Chanson. Quelle est la manière la plus économique d'imprimer à cent exemplaires, ce qui peut former soixante-dix pages in-18 ? Il is lhe question.

Vous voyez combien je suis loin de la politique.

Cte GiRAUD.

1. C'est-à-dire Rome, Naples et Florence.


689. A

AU BARON DE MARESTE Milan, le 18 mars 1820.

Mon cher ami,

JE vous recommande M. le comte Salazar. C'est un jeune homme de vingtdeux ans qui a beaucoup d'esprit naturel et vingt mille francs de rente, et qui en aura le double dans quelques années. Il a vu l'Italie, il s'agit de lui faire bien voir Paris, juger le grand spectacle que présente la France. Présentez-le à Madame Aglaé, à Mademoiselle Bereyter, à la Vicomtesse de Barral, au Vicomte, etc., etc.

Enseignez-lui à bien dépenser son argent. Je lui ai conseillé de débarquer et loger chez M. Petit. Il prétend vouloir travailler à Paris. Empêchez-le de choisir quelque professeur niais. Je lui ai conseillé l'éternel Commentaire de Tracy et le spectacle des Chambres.

Empêchez-le d'être dupe des filles. Je lui recommande Madame Henry, à six fr., vis-à-vis la Renommée, n° 13, rue Tiquetonne, au deuxième, et Madame Duclozel,


à vingt francs, au coin du boulevard et de la rue Montmartre. Je pense qu'il conviendra à Aglaé et à Angeline. Faites- lui connaître des gens des deux partis. Ecrivez-moi.

H. BEYLE.

690. A

AU BARON DE MARESTE

20 mars 1820.

Mon illustre ami,

N'ALLEZ pas vous figurer que je veuille vous charger d'une com- mission littéraire il ne s'agit que de finance.

Une feuille tirée à cinq cents coûte trente-cinq francs chez Poulet, chez Chan- son etc., L'Amour aura deux feuilles in-18 du même caractère très-fin employé pour l'article dont Maisonnette honora là Pein- ture 1.

Deux feuilles in-18 doivent coûter davantage de composition, mais, en re- vanche, nous demandons quatre cents 1. Article de Lingay dans le Journal des Débats du 6 mars 1818, reproduit dans un prospectus inséré en sep- tembre ou octobre 1818 dans le Journal de Paris.


feuilles de moins. Cela doit se compenser. Donc, pour soixante-dix ou quatre-vingts francs je crois avoir cent exemplaires de Love. Je ne cherche pas le bon marché, je désire qu'il ne soit vendu de cet ou- vrage que vingt ou trente exemplaires. J'en donnerai vingt ou trente aux Tracy, Pariset, Volney, etc. Comme cet essai est ultra-ridicule, il a besoin que les dits matadors de la philosophie en parlent les premiers.

Donc, faites cent exemplaires les plus jolis possibles pour quatre-vingts ou cent francs au plus. Chaque copie manuscrite me coûte quatorze francs. C'est ce qui me porte à faire gémir les presses. Je vou- drais quatre ou cinq exemplaires en pa- pier vélin.

Le prix fait avec Chanson et Poulet à quatre-vingts francs, si, pour vingt francs de plus, c'est-à-dire cent francs, il veut tirer cent exemplaires de plus, en tout deux cents, je les garderais trois ans en magasin et cela m'arrangerait. J'ai tant de mépris pour la canaille écrivante que je voudrais être nommé le moins possible, je voudrais n'être pas le confrère de M. Au- guste Hus. Je voudrais surtout que cet « opiskile » ne parvînt pas ici. Ainsi, Delaunay en vendra vingt-six exemplaires en tout


et au prix, ridicule comme l'ouvrage, de trois francs. On ne vendra pas en gros. Attendez-vous à tout ce qu'il y a de plus platement singulier c'est de la Philoso- phie romantique.

Si le grand homme de Crozet est à Paris, il gémira beaucoup il refusera d'abord, mais il finira par lire le manus- crit et corriger ferme. Je le crois au moins aussicreuxque moidans ce genre d'analyse. Suppliez-le de rendre le dit opiskile moins ridicule.

Si Maisonnette est revenu de son terrible échec et mal, qu'il daigne corriger le style, il me ferait honneur et plaisir. Du bureau de ces messieurs et du vôtre, car vous avez pouvoir, vu la course à franc étrier de cularo à Alexandrie, le manuscrit doit partir chez Poulet, Chanson, ou tout autre qui doit imprimer les deux feuilles en huit jours et m'envoyer deux exem- plaires par la poste.

Il n'y a pas l'ombre de politique et depuis vos crimes, je suis ultra, au moins bien las du Jacobinisme.

Dites à Crozet-Seyssins que nous avons parlé mille fois de la Passion Amour et que bien des choses sont filles de sa.saga- cité.

Donnez huit ou dix exemplaires à des femmes d'esprit, en coupant et jetant


au feu les quatre dernières pages qui ne traitent rien moins que le beau sujet des fiasco. Envoyez-en vingt exemplaires au petit nombre de personnes, Tracy, Volney, Pariset, Garat, Daunou, Boissy.-d'Anglas, Ségur, Lemontey, etc., trois exemplaires aux cabinets littéraires de Galignani, Rosa, etc.

Ne dites le secret ni au Vicomte ni à Lambert. Ils se moqueraient trop et mon ri- dicule arriverait à Cularo et ici. Je suis comme la femme de Montesquieu je boite dès qu'on me regarde marcher. Le copiste aura fini le premier avril et vous recevrez le manuscrit le 15 avril. Voici cent cinquante francs. Donnez cinquante francs à M. Jombert. Si j'avais eu son compte, je l'aurais soldé entière- ment. Ecrivez sans mettre le nom de la ville (Paris). Ecrivez les deux ou. trois première lettres al signor Domenico Vis- mara, ingénieur in Novara, sans enve- loppe, ni rien au haut de votre lettre à côté de la date ces mots per Giuseppe. Voilà le plus sûr.

Dites tout en toute liberté, votre écriture suffit. Il me semble que Maison a quelque espérance de remonter sur sa bête. Je suis à peine gùéri d'une superbe blennorrhagie.; je vais faire une promenade de cent lieues.


Je trouve tous les jours les Français plus absurdes. Votre Monsieur T. m'a ahuri. Il m'a lâché une diatribe contre les femmes italiennes et a fini par me faire tâter de force le drap de sa redingote. Remarquez que je ne dis pas qu'il vaille plus ou moins que Dominique, à Dieu ne plaise je dis que ces deux êtres sont trop différents pour se donner jamais du plaisir. Entendez, je vous prie, comme ça, toutes mes critiques, alors je puis penser tout haut. Annoncez Haydn par le titre et la Peinture. Si vous attendez, vous n'aurez plus ce petit pouvoir. Si vous savez l'adresse de Moore, envoyez- lui le billet ci-joint que je reçois de Pa- lerme. Je ne dis rien pour la pipe. E. MALOT.

Bien des tendresses à l'aimable Lambert. A-t-il reçu ma lettre sous le couvert de Maisonnette ? Il y en avait une bien longue pour vous. Le paquet avait-il l'air décacheté ?

Comment va Annette ? et le Vicomte ? Je les embrasse tous les deux, si Annette le permet. Je suis bien fâché de ne pouvoir embrasser que de loin l'aimable Angeline. Je l'invite à conserver son admirable nature et à devenir le plus tard possible


une madame Saint-Aubin. Et Mias, est- elle lancée ?

J'ai lu à la mère de l'aimable Continô l'éloge que vous faites de lui. Si vous y songez, écrivez-moi encore quelque chose d'ostensible. A-t-il bien vu Paris, cet aimable jeune homme ? Faites-lui lire Helvétius et Tracy. C'est mon dada. Sa mère lui permettrait encore un mois de séjour tout en le lui défendant. C'est une jolie plante. Je voudrais la voir se dévelop- per.

Bien des choses à Smidt.

691. A

AU BARON DE MARESTE

Bologne, 21 mars 1820.

JE viens de trouver chez un vieux châtré le numéro 64 de l'Ed. Review qui parle bien de l'Hisl[oire de la Peinture]. 1

Je rêve beaucoup à aller passer six mois à Edimbourg ou à Philadelphie. Un habitant de cette ville m'a montré qu'on y 1. Cet article avait paru en octobre 1819 et comprenait vingt pages. Une note y relevait quelques-uns des emprunts 'de Beyle à l'Edinburgh-Review, d'où plus loin l'expression ironique Stendhal le plagiaire. »


mène une bonne petite vie philosophique pour cent dollars par mois = cinq cents francs.

Maintenant, pour être un peu moins inconnu, là, il m'est venu dans l'idée, il y a un quart d'heure, lisant le numéro 64, qu'il serait bon que votre ami, le véritable original Henri B[eyle], fût connu pour l'auteur de l'His[oire de la Peinture en Italie].

Comment faire ? Probablement, on va le traduire, comme Haydn., de S[tendhal] le Plagiaire. Il faudrait que l'imprimeur de la traduction mît le véritable nom en tête.

Vous avez reçu cent cinquante francs. Faites imprimer chez Didot, deux titres à cent exemplaires. Au lieu de par M. B. A. A., substituez par M. Beyle, ex- auditeur au Conseil d'Etat.

Je tiens à cette qualité, car c'est avec l'argent de cette fonction que j'ai vu Moscou, et d'ailleurs elle est plus noble que celle de sous-lieutenant ou d'adjoint aux Com[missaires des Guerres]. Une fois ces titres imprimés, envoyez-en trente à M. Dessurne, à Londres, pour être attachés à trente exemplaires qu'il a encore à vendre.

Je vous envoie une lettre pour l'impri- meur de la traduction. Si l'on n'impri-


mait pas de traduction, cette épître serait ridicule il faut donc, avant de la remettre, s'assurer du fait.

Si les aventures de Maison vous occupent davantage, lâchez la présente commission.

Bol[ogne] me plaît beaucoup je serai en mon logis ordinaire le 1er avril.

Les qualités réelles des objets n'existent pas et il n'y a de vrai que ce qui est senti. Paris aura tous les mérites, mais Madame de Saint-Aubin 1 m'a fait d.b.nd.r pour dix ans. Donc, je bous pour Phila- delphie ou au moins the Hearl of Middlo- thian 2 Ne pouvant pas briller par ma dépense, au contraire, il faut tâcher de passer pour un homme de génie, une espèce de Pythagore qui parcourt la terre pour connaître les hommes.

Si vous n'avez pas envoyé l'épître à Thomas Moore, supprimez l'ancienne, en voici une nouvelle.

Si M. de l'Ecluze n'a pas publié son article dans le Lycée, priez-le de me ménager un peu sur la Pédérastie 3 et de 1. Est-ce une allusion à la cantatrice célèbre de l'Opéra- Comique de Paris, que Beyle, féru des chanteuses Ita- liennes, ne pouvait aimer ?

2. Le Cœur de l'Ecosse. Titre d'un roman de Walter Scott.

S. Allusion au chapitre de l'Histoire de la Peinture en Italie, consacré à Antinotis.


mettre mon nom sans dire où je niche. Pour sa responsabilité, donnez à cet homme aimable un nouvel exemplaire avec un nouveau titre.

Idem, pour les trois exemplaires de Thomas Moore. Je voudrais que le nou- veau titre ne parvint pas (à Rome), mon séjour ordinaire.

Si vous avez à Paris quelque littérateur anglais, appliquez-lui un exemplaire gratis avec le nouveau titre. Il serait plaisant, tant je suis inconnu, qu'on me disputât ce livre ridicule.

En réimprimant les titres ,je voudrais laisser l'épigraphe to the happy few au titre du second volume. Mais l'épigraphe du premier, ayant rapport au style, je voudrais la remplacer par l'énoncé poli- tique de cette vérité Toute l'Italie actuelle est une conséquence du moyen âge, et a forliori, l'Italie des grands peintres. Je trouve cette vérité prouvée par les vers de Monti dans Mantredi que je joins à ma lettre et que je vous ai déjà fait lire à Paris. Mettez-les pour épigraphe au premier volume. Au verso du faux-titre, faites mettre Se vend à Paris, chez. etc., et à Londres, chez Longmann et Colburn.

Remarquez bien qu'il convient de tirer les nouveaux titres en grande réserve,


car ils gâteraient ma tranquillité ici qui bene laluil, bene vixil, surtout depuis les horreurs de février.

Mille amitiés à Maisonnette. Je pense qu'il remontera sur sa bête. Tâchez de lui fortifier les reins par Tracy, autrement, en 1830, il sera battu par. les jeunes gens qui auront compris ces quatre cents pages. Vous aurez l'Amour que l'on copie à force. Chaque copie me coûte quatorze francs. J'en puis avoir cent exemplaires pour quatre-vingts francs. Quelle est la forme au meilleur marché ? Je me suis assez vengé de Didot qui se moqua de moi com- plètement en 1816, en ne remplissant aucune des conditions du traité. Qu'il prenne ce qu'il y a chez Renouard et Delaunay, qu'il remette tous les exem- plaires, et comme j'ai trois mille francs en ce moment, je solderai courrier par cour- rier. Il faut que Didot rende le manuscrit au vol[eur] de Lanzi et les sept cents francs.

Mon beau-frère s'est abaissé à faire dérober du vin. Lorsqu'on en volait une charge, il gagnait soixante-six bouteilles deux-tiers. Nous avons signé un arrange- ment. Il garde le mobilier de Grenoble et les livres estimés vingt-deux mille francs, tout le reste sera divisé également par tiers. Pour nous dédommager des livres,


il donne cinq cents francs à Pauline et cinq cents francs à votre serviteur qui est tout content d'avoir sauvé trois mois de séjour à Cularo. Ed. Reyl s'est bien conduit. Je vous renverrai Leckis avec l'Amour vers le 15 avril.

Priez l'aimable M. Lub. de mettre un article préface de Haydn, ou au moins d'annoncer par les titres.

Vous êtes un malade qui a une inflam- mation et qu'on traite avec du vin de Bordeaux, cela n'est pas près de finir. Avez-vous reçu, ainsi que Lambert, deux ettres par Maisonnette ?

TOURTE.

Si vous ne tenez pas compte des ports de lettres, je ne vous écrirai de ma vie. Vedi tutta di guerre e di congiure

Ardere Italia e tanti aver tiranni

« Quante ha cittadi e variar destino

« Come varia stagiorii. Oggi commanda Chi jer fu servo ed un Marcel diventa Ogni villan che parteggiando viene. » MONTI, nel Manfredo 2.

1. Cousin germain d'Henri Beyle, fils de François-Antoine Rey, notaire; et de Sophie-Éléonor Beyle, sœur de Chéru- bin Beyle.

2. On trouve une traduction de ces vers que Beyle vou- lait mettre en épigraphe à une seconde édition de Rome, Naples et Florence, dans les Pages d'Italie, édition du Divan, p. 82.


Ces vers vous les trouverez page 278 du volume nacarat intitulé Biblioleca antica e moderna.

Je trouve très justes vos critiques de Carmagnola et j'en suis bien fâché. Il était bien important d'ouvrir les yeux aux jeunes gens qui ont du talent comme M. Delavigne, etc.

Je suis bien vivement touché de l'em- barras de notre grand ami L. Comment un aussi bon travailleur ne trouve-t-il pas à se nicher ?

Ma blennorrhagie me vexe encore, mais le climat me charme comme si je n'avais que vingt ans. Ecrivez à Dome- nico V[ismara] à Novare. Omettez le mot Paris et en place mettez per Giuseppe., 692. A

A M. THOMAS MOORE, A LONDRES Bologne, le 25 mars 1820.

Monsieur,

LES amis du charmant auteur de Lal- la-Rookh doivent sentir les arts. Ils font sans doute partie de ces Happy few, pour lesquels seuls j'ai écrit,


très fâché que le reste de la canaille humaine lise mes rêveries.

Je vous prie, Monsieur, de présenter les trois exemplaires 1 ci-joints à vos amis.

Je viens de lire Lalla-Rookh pour la cinquième fois, et suis toujours plus étonné qu'un tel livre ait pu naître en Angleterre, dans un pays corrompu, selon moi, par une teinte de férocité hébraïque.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur. H. BEYLE.

693. —A

A M. DESSURNE,

LIBRAIRE A LONDRES' 1

Bologne, le 25 mars 1820.

Monsieur,

M. de Barral m'a remis votre obligeante lettre. Le paquet que vous avez

fait mettre à la diligence à Calais, probablement le 2 février 1819, n'étant point arrivé, je vous prie de faire écrire. Je viens de recouvrer de cette manière, 1. De l'Histoire de la Peinture en Italie.

2. M. Dessurne, libraire, New Gate street, n° 124 à Londres.


en provoquant des recherches, un paquet de livres qui a mis dix mois de Paris à Milan, où je réside toujours.

Comme j'ai quelque idée d'aller passer plusieurs mois dans le singulier pays que vous habitez, pour avoir un adjectif à joindre à mon nom, je consens à être l'auteur de l'Histoire de la Peinture en Ilalie, que le 641 de l'Edinburgh Review traite trop bien.

Si, par hasard, on faisait à cet ouvrage le même honneur qu'aux autres, je' ver- rais avec plaisir mon nom sur le titre de la traduction cela m'ouvrirait les ateliers des artistes, dont je compte particuliè- rement m'occuper en Angleterre. J'ai fini l'Histoire de la Peinture en Italie; je pourrai occuper mes loisirs à faire l'Histoire de la Peinture en Europe; je ne publierai le tout que quand je trouverai un libraire qui achète le manuscrit. Je vous envoie de nouveaux titres pour les ex. qui peuvent rester. Je vous prie de faire attacher ces' nouveaux titres. Vous pourrez donner gratis des exem- plaires ainsi arrangés à Murray, Colburn, Longmann, enfin aux libraires que vôtre connaissance de la place' de .Londres pourra vous faire penser être dans lè cas 1. XXXII. Octobre 1819. Voir Soirées du Stendhal- Club. Les Dossiers de Stendhal, p. 14.


de s'occuper d'une traduction. Mais un juste amour-propre ne me. permet pas de provoquer le moins du monde cette traduction, et je ne pense à y mettre mon nom que pour pouvoir être accueilli de M. Say, Lawrence et autres artistes gens d'esprit..

Il y a plusieurs erreurs de fait dans l'Hisloire de la Peinture, que je corrigerai avec plaisir pour le libraire de Londres, auquel j'enverrai, s'il' le demande, trente pages au moins d'additions et de correc- tions.

Envoyez un exemplaire avec le nouveau titre à M. Rich. Philips, le rédacteur du Monthly-Review, je crois, qui m'avait fait cadeau de son ouvrage sur le jury en le priant d'annoncer par le titre et le nom. Si vous le trouvez convenable faites annoncer 'par le titre et le nom dans le 'Morniny Chronicle. Envoyez gratis un exemplaire à M. Hobhouse, ami de sir Francis Burdett, que j'ai eu l'honneur de voir à Rome.

Envoyez 5 ou 6 ex. gratis, avec le nou- veau titre, à diverses sociétés qui s'occupent d'arts, par exemple la Société du Bristish Museum.

J'ai encore 500 ex. à Paris s'il était avantageux d'envoyer cette denrée à Londres, faites-moi l'amitié de m'écrire,


toujours à Paris, chez M. de Barral, rue Favart, n° 8.

Voici un mot pour le libraire qui pour- rait trouver son intérêt à publier une tra- duction.

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

H. BEYLE.

Monsieur, si par hasard il convient à vos intérêts de faire imprimer une tra- duction de l'Histoire de la Peinture en Italie, je pourrai vous envoyer des correc- tions et additions si cela vous convient. Ces corrections pourraient former trente pages.

J'ai, Monsieur, l'honneur de vous saluer.. H. BEYLE.

A Paris, chez M. Barral, n° 8 rue Favart.


694. A

AU BARON DE MARESTE, A.. PARIS Bologne, le 26 mars 1820.

Mon cher ami,

The Anglès of Mi. has asked me and gave me a charitable address on my conduct to dislurbelilllelhe good Dominique1, donc à l'avenir, adressez toutes vos lettres à l'ornatissimo signor Domenico V[ismara] à Novara (Piémont). Il n'y a pas besoin de faire d'enveloppe; ne mettez pas le mot Paris qui est inutile en revanche, mettez per Giuseppe, sans enveloppe, ni rien la lettre arrivera. Du reste, nulle crainte de la pipe dités-moi tout ce qui vous vient, seulement jamais de noms propres, mettez un équivalent. Rien qui puisse faire con- naître that Dominique is a damned writer2. Ecrivez-moi souvent à cœur ouvert, en véritable ultra il n'y a rien de délicieux comme les différences bien tranchées d'opinions.

Par. exemple, votre Journal de Paris 1. L'Anglais de Milan a demandé pour moi et m'a transmis une adresse utile à ma conduite pour gêner moins le bon Dominique.

2. Est un damné écrivain.


n'a pas plus d'esprit en littérature qu'au- trement quand il accuse mes détails sur lord Byron. Il est amoureux fou et réaimé de la jeune comtesse 1, dont le mari a soixante-dix mille écus de rente, l'écu à cinq francs trente-sept centimes mais je réduis cela à cent cinquante mille francs de rente. Ce bon mari a laissé sa jeune femme trois ou quatre mois en pension chez le lord, qui est allé courir la Dalma- tie avec elle. Il est à quarante milles d'ici ou à Venise, occupé de don Juan.

Du reste, comme Canova, il fait l'hypo- crite. Un savant me racontait ce matin comme quoi lord Byron dit pis que pendre des romantiques, et adore le Tasse, dit-il, à cause de la régularité. Moi, je méprise ce vil calcul. Tous les classiques le portent au ciel, à cause de ce mot les romantiques, à cause de ses œuvres, et voilà mon bougre en paradis.

Je vous ai envoyé cent cinquante francs pour faire un nouveau titre à l'Histoire de la Peinlure. Je voudrais passer as the author in England and nol here.

Si je puis rassembler quatre mille francs, au lieu d'aller à Paris, j'irai, en 1821, en Angleterre et là, avec un adjectif ajouté à mon nom, je pourrai peut-être surmonter

1. Mme Guiccioli.


l'orgueil de quelques-uns de ces aristo- crates et voir les belles choses qu'ils enfouissent dans leurs Counlry-seats. Avez-vous reçu, Lambert et vous, les lettres sous le couvert de Maison et Maison- nette, ou ta pipe en a-t-elle fait justice ? Répondez-moi là-dessus. Il y avait une commission pour un pauvre diable d'offi- cier de mes amis. Vous recevrez l'Amour c'est un bavar- dage. qui formera soixante-dix pages in-18, du caractère de stéréotype j'en voudrais cent exemplaires sur papier très beau, et, payer quatre-vingts francs Une feuille in-8° tirée à cinq cents coûte chez Chanson et Paulin trente-cinq francs. Le caractère étant plus fin, la composi- tion coûtera davantage mais il y a quatre cents feuilles de moins donc, pour quatre- vingts francs on peut faire la chose. Ne vous mêlez nullement de correction je me fiche des fautes d'impression. Seu- lement, dans vos lettres, que rien n'in- dique jamais que I am an aulhor et toutes vos lettres à

DOMENICO VISMARA

Ingénieur d Novara.


695. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS

Mantoue, le 28 mars 1820.

J'AI trouvé à courir le monde pour peu d'argent, et me voici dans une ville pleine encore des idées de Jules Romain. Il y a loin de Jules Romain à Ferdinand VII, qui, sans doute, est con- tinuellement devant vos yeux. Vivre honni et bafoué au fond du cœur, par les gens qui nous entourent, serait intolé- rable à un homme de cœur mais voilà que je deviens imprudent.

J'ai passé huit jours à Bologne, ville qui fait peur au pape et qui, à l'imprimerie près, jouit d'une extrême liberté. Dans une société d'où le légat (Cardinal Spina) sortait, on disait Il governo di questi maladetti preli 1. L'administration pu- blique est, littéralement parlant, au pil- lage la plupart des chefs sont honnêtes, mais si bêtes, si bêtes c'est-à-dire, ils ont beaucoup de finesse pour se conduire mais pour comprendre un compte de vingt feuilles de chiffres, impossible 1. Le gouvernement de ces maudits prêtres.


plutôt que de le lire, ils passeraient par le trou de la serrure. La pape n'est rien moins qu'un imbécile il est ultra comme un 'chien, ainsi que Consalvi.; mais il veut la sua pace, et, pour cela, il gouverne dans le sens à peu près de la majorité. C'est avec peine que je me suis laissé persuader, par vingt anecdotes, que Con- salvi trouve réellement du plaisir à faire le mal du plus grand nombre, pour le plaisir du petit, id est ultra.

Bologne est pleine de réfugiés qui arrivent de Ferrare, Cesene, Ancône, Mace- rata, où le gouvernement est comme celui de Cularo, sous le Give to God 1. C'est une persécution exercée par les bigots et les nobles. Voici le mécanisme Les legali sont des enfants, de jeunes monsignori appartenant aux grandes familles de Rome. Comme enfants, ils se laissent mener par les évêques. A Bologne, au contraire, le légat-cardinal Spina est un homme très fin, qui veut rester dans une bonne ville et n'y pas laisser sa peau. Le èardinal-archevêque b..s. des femmes dé- votes et dodues, et ne peut se mêler en rien du gouvernement. Tout le monde vole, tout le monde est content, et cepen- dant maudit: les prêtres. « Nous ne pou- I. Allusion au général Donnadieu à Grenoble.


vons pas être plus libres que nous ne le sommes, me disait un homme d'esprit mais tout est de fatto et rien de jure. Demain Sa Sainteté peut me jeter dans les cachots de San Léo et confisquer ma fortune cela sera cruel, mais non pas injuste il n'y a aucune loi qui le défende ». Si ce gouvernement avait une admi- nistration sensée comme celle de l'usur- pateur en France, je le trouverais excel- lent. Savez-vous que, pour cent mille francs on y achète une terre qui, net de tout impôt, rend huit mille francs ? J'ai vérifié cela de vingt manières. Le taux légal de l'argent est le huit pour cent, le taux commun le quinze pour cent, et l'homme qui se contente de douze pour cent passe pour très délicat. J'ai quelque envie de réaliser trente ou quarante mille francs, et de me faire banquier à Bologne je parle sérieusement c'est une ville de soixante-dix mille âmes, où les femmes ne sont pas prudes et où l'on rit. Une terre me rendra quatre et demi au plus dans le délicieux pays de Cularo, et, à Bologne, je gagne en un clin d'œil trois et demi pour cent. Tout y est d'un tiers moins cher que dans mon nid habituel. Un dîner chez Fernand, à Cularo, me coûtait 4 fr. à Bologne, 38 baïoques ou 41 sous et la chambre 15 baïoques. Il y


a un casin où 300 personnes paient 5 fr. par mois, superbe et vaste, et 20 journaux, peu de journaux jacobins toutefois. Le seul Moniteur en français, mais la Minerve court les rues on y avait le 109, le 24 mars. En un tour de main, j'ai été présenté à toute la société; si j'avais dix ans de moins, j'aurais fait merveilles les femmes vous toisent un homme à la troisième mi- nute, et elles font bien, et nos prudes de Paris sont bien bêtes, comme je m'apprête à le prouver par ma docte dissertation intitulée De l'Amour. Si l'on n'a pas le bonheur de sentir l'amour-passion au moins le plaisir physique, et si on s'en prive deux ans, on y devient inhabile voilà ce que je voudrais crier à nos Fran- çaises, qui injurient les Italiennes. Cela, avec le huit pour cent, voilà mes deux pensées dominantes à Bologne. Ici, à Mantoue, tout le monde parle Espagne. Je vous quitte pour aller flâner dans une belle église dessinée par Jules Romain.

30 mars. En arrivant, je trouve votre belle lettre de huit pages. Que le bonheur de Lambert me charme J'ai pensé vingt fois à lui dans mon voyage. Son patron lui parlant de sa gloire, quand l'autre lui parlait de vivre, était une image qui me poursuivait.


Envoyez la présente lettre à Crozet (je parle des 6 premières pages), je trouve une occasion. Si j'avais un secrétaire, j'écrirais 100 pages descriptives, entendez- vous bien, et non de théorie qui vous déplaît. Donnez-moi un petit tableau d'un Maître j'y lirai son style. Ainsi j'ai lu le Paris femelle, dont Mme Saint-Aubin et Mme Beu[gnot]. Le plus bon de votre lettre est obscur comme du chien, grâce à une surcharge. L'Amour aura 80 p. in-18, faisant 9 feuilles. Si la parole in-18 a un sens primitif, chaque feuille doit faire 36 pages, donc 3 feuilles font 108 pages donc avec 3 fois 45 = 135, Dominique sera quitte. Répondez un mot clair à cela. Ecrivez à M. Je vous ai assommé de 2 paquets de Bol[ogne] pour mes vils intérêts de vanité et d'argent. Je tiens à être connu en Angleterre], for the travel1. A propos, avez-vous reçu un grand d'Espagne qui, pour être fidèle au costume, est un peu bossu ? Il est hâbleur, mais bon garçon soyez sans gêne avec lui poussez-le à acheter le Commenlaire et à en aller voir le commentaire aux Chambres. Il me semble digne d'Aglaé aura cin- quante mille francs de rente à sa majorité, dans deux ans voilà des gens heureuse- ment nés;

1. Pour le voyage.


Demandez-lui ses vers polissons. Poussez- le rue Tiquetonne 13, chez Mme Henry et chez Mme Duclosel. Je parierais que Van Crout lui trouvera de l'esprit mettez- les ensemble. C'est ce que nous avons de mieux et je voudrais qu'il vit que je. lui suis utile.

J'embrasse Lambert, le Vicomte et Smidt. Dites à ce dernier de faire mes com- pliments à Dessurne et de pousser ce' dernier à vendre des Hist[oire de la Pein- ture] à 13 fr. nets, à Londres. La comédie romantique1 ne sera prête qu'en 1821 on la trouvera originale, mais pas bonne. Le mépris est toujours réciproque. Que dites-vous du traité du Comte Pietro Verri ? Je le lis pour la ire fois je tremble sans cesse d'y trouver mes idées donc je le trouve fort bon. Comment cela n'est- il pas archi-traduit en France depuis 1773 ? J'embrasse tous nos amis.

CLAPIER ET CIE.

1. Sans doute Beyle désigne-t-il sous le nom de comédie romantique » ces articles sur le romantisme dans les beaux- arts qu'il venait d'ébaucher à Milan et que M. Pierre Martino a réunis le premier. Voir Racine et Shakspeare, édition du Divan, page 267.


696. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 19 avril 1820. ON ne devrait jamais écrire de voyage sur un pays qu'on n'habite qu'un an. Pourquoi ? C'est qu'on ne le connaît pas. Ah ah

J'avais à Paris deux mille francs j'en ai dépensé neuf cents par mois. Sachez qu'un philosophe de mon espèce ne peut jamais aller plus loin. Me voilà donc con- damné à ne pouvoir jamais parler, et, ce qui est bien pis, imprimer sur les femmes de Paris.

Montrez-moi une esquisse d'un peintre, je vous dirai quel est son style. Voilà que je trouve dans le 63 de l'Edinburgh- Review, un article sur Crabbe, précédé d'une dissertation sur l'esprit d'observa- tion qui, sans s'en douter, ne songe plus aux rangs voilà Stendhal tout pur, et il volerait cela s'il en avait occasion. Puis- qu'un Calicot 1 est Malo, Besançon sera deux cinquièmes de Malo et Madame de Chichillone deux cinquièmes de Saint- 1. Surnom donné habituellement par Beyle à Smidt.


Aubin pauca inlelligenti. Surtout conti- nuons à nous moquer du fond du cœur l'un de l'autre tout le reste est fade. Molière disait, en copiant Cyrano de Bergerac « Je prends mon bien où je le trouve. » Si mes books arrivent à 1890, qui songera au grain d'or trouvé dans la boue ?

Je me fous de la correction et des virgules. Ne vous ennuyez pas with Love. Une feuille in-18 ne fait-elle pas 36 pages ? Loue ne peut avoir plus de cent. Je reçois la lettre du 31.

Vous êtes d'accord avec le catéchisme que j'ai lu cette nuit, et que j'ai eu par une voie bien barroque et qui prouve bien le triomphe de ces idées. Je suis de l'avis de l'archevêque en tout, et vous aussi, puisqu'une platitude, comme celle de feu M. Didier, peut tout renverser. Et si l'on n'eût pas touché à la Charte ? Les Didier impossibles.

Non, l'on ne secourra pas le roi d'Es- pagne l'intervention étrangère est in- compatible pour deux cents ans avec les préjugés espagnols. Si j'étais Arguellesl, je proposerais d'augmenter l'autorité du roi, pour le successeur de sa Majesté actuelle. 1. Homme d'État espagnol (1785-1844), déporté en 1814, ministre de l'Intérieur en 1820.


Si, contre toute évidence, il est de bonne foi, il tiendra trente ans.

Rien de plus absurde que ce qu'on dit on lhe f air Island. C'est comme si l'on rapportait que le vicomte remplace Mar- tainville. Où vend-on du courage, et de l'audace et de l'imprudence ?

Madame Féron réussit ici auprès de la canaille de la musique par des gammes ascendantes et descendantes et chroma- tiques. Puccita est à terre mais samedi, la singulière Gazza ladra. Ros- sini a fait cinq opéras qu'il copie toujours; la Gazza est une tentative pour sortir du cercle je verrai. Quant au Barbier, faites bouillir quatre opéras de Cimarosa et deux de Paisiello, avec une symphonie de Beethoven mettez le tout en mesures vives, par des croches, beaucoup de triples croches, et vous avez le Barbier, qui n'est pas digne de dénouer les cordons de Sigil- lara, de Tancrède, et de l'llaliana in Al- geri.

Mon Dieu 1 que votre Journal de Paris est plat C'est qu'il ne fait pas d'articles comme les lignes précédentes il garde toutes les avenues contre la critique. Que ne prend-il la préface des Vies de Haydn, Mozarl el Métastase pour faire un article sublime ? Il sera agréable et piquant aux yeux d'un de ses lecteurs.


J'ai vu un voyageur qui m'a conté que sur la Solfatara on a établi des cabanes mobiles, où l'on prend des bains de vapeur qui fonl des miracles si jamais vous avez des douleurs à la cuisse, rappelez-vous cette invention.

Vous vous moquiez de moi quand je vous disais que le romanlicisme était la racine ou la queue du libéralisme il fait dire examinons el méprisons l'ancien. J'ai lu tout Schiller, qui m'ennuie, parce qu'on voit le rhéteur c'est Shakspeare que je veux et tout pur. Malheur en révo- lution d'esprit ou d'intérêts au mezzo lermine

Avez-vous reçu un rabâchage sur Bo- logne ? Si vous voulez du plus profond, je puis vous en donner. Tout tient à un fil. L'essentiel, c'est que pour cent mille francs on a huit mille francs, net d'impôt, dans le plus beau pays du monde, où vos vieux habits frustes de Paris feraient la gloire d'un élégant. Ils vont avoir la Vestale et le Noce di Benevento 1, de l'im- mortel Vigano, qui y est depuis deux mois. Ah le grand homme M. Taglioni et sa femme nous ont embêtés ici d'un ballet à la française, la Prise de Malaca, où un combat naval, à cinq distances 1. Le Noyer de Bénévent.


successives des vaisseaux, fait beaucoup d'effet. Nous avons le contraire d'il y a deux mois au lieu de la Camporesi, la Feron, et l'Ekerlin, au lieu d'Almandin Malatta.

Galli, arrivé de Barcelone,' où Remorini lé remplace, me console de tout. Nous venons d'avoir un grand malheur domes- tique le fils unique de notre charmante comtesse est mort elle est au désespoir et à la campagne adieu les soirées On vient d'arrêter ici

1° Trois prêtres sodomistes 2° trois prêtres faussaires 3° un prêtre qui, moyen- nant une lettre de change de quatre-vingt mille francs, a fait avoir à M. Settala, un des premiers ultras du pays, un héritage de huit cent mille francs (du major Latua- da). Ce prêtre Canavesi, f..t..t madame, qui l'a lâché. Là-dessus, il a demandé ses quatre-vingt mille francs, et, par pitié pour les pauvres enfants qu'il a loued il s'appuie sur ceci il ne montre pas un autre testament qui annule celui de Settala.

Le pouvoir, un peu plus spirituel que le vôtre, ne laissera pas tomber ces trois affaires.

Savez-vous que l'archevêque of this town est excommunié seulement depuis 3 mois, ce qui enchante the Pouvoir des


dévots ont crié les premiers jours depuis on rit dans toutes les loges de l'excommu- nication. Voilà mes gens. La Révolution s'étant faite ultra en France, tombera avec ces messieurs, et nous rirons bien.

Que fait M. Moumer ? Je l'ai connu autrefois et ai été amoureux fou et non corrispnsto of his sister; de manière que je prends intérêt à ce nom.

Puisque je suis tombé et que la dernière page empêche de jeter à la poste ici, je vous dirai qu'il n'y a pas au monde de tranquillité plus profonde que la nôtre. Heureusement, à la tristesse près, c'est comme le Vicomte. Pas plus de caractère que sur ma main. Du reste, le gouverne- ment se fait payer une liste civile de 22 mil- lions, je crois, est bon et bête, juste au su- prême degré, a une peur de chien, anti- prêtre, et anti-noble, parce que Joseph II l'a dit. Impossible de voir un meilleur gouvernement. Il ne perdrait rien à donner une constitution mais il meurt de peur. Tous les jours on gagne les procès les plus injustes contre le gouvernement qui paye à l'instant. Les prêtres et les nobles enragent.

Ah que je serais heureux si j'avais 8.000 fr. J'irais en Amérique 6 mois. Je cultive ce projet.

J'ai de bons renseignements éton-


nant bon marché, le voyage compris, moins cher que Paris. Je voudrais bien être con- nu in England as the author of P[einture], mais pas ailleurs. Pouvez-vous faire faire quelques titres par Didier ? Ne manquez pas de noter les ports de lettres de Bologne, ou j'en serais encore plus honteux. La feuille in-18 a-t-elle 36 pages? That is the queslion. Je retarde l'envoi of Love qui est là, prêt, sur ma table mais 400 fr. pour un plaisir de vanité c'est trop. Adressez des lettres très franches al Dome- nico Vismara in Novara.

De temps à autre, quelques mots an- glais, seulement pas de noms propres. Soyez très clair parce que nous n'avons pas la même série d'idées et je ne vous comprendrais pas. Songez que les journaux libéraux que vous méprisez, je ne les en- trevois que 3 ou 4 fois par mois. Les dialogues de la Minerve me charment. Je viens de lire ce matin celui sur Fontanes. Les Fontanes doivent bien abhorrer la liberté de la presse.

Mille tendresses à Maisonnette, Smidt, Lambert, le Vicomte. J'espère que Be- sançon est plus ferme que jamais dans son emploi. Et le Maratin ? parlez-m'en donc, car le Entr. peut manquer. Dites à Maisonnette que je ne. vois de salut for. the King and prop. que dans Maison.


Tourmentez le Journal de] Paris pour parler des Vies de H., M. el Mel. Voici le raisonnement 600 Ex. à 5 = 3.000 mettez 2.000, c'est 3 mois à ϕιλα1.

DOMENICO V.

697. A

AU BARON DE MARESTE

Milan, 12 juin 1820.

REÇU la dernière lettre en quatre pages admirables. Honteux de ne vous rien envoyer en musique, je viens d'avoir une 2 avec Caraffa. il est le seul qui ait les airs de la Nina Il vous les donnera à Paris où il sera le 30 juin. Il en a cinq ou six ici mais com- ment vous les faire arriver à Paris avant le 30 juin ? Toute la musique écrite ici, depuis 1807, l'a été pour la Belloc, dans la Gazza Ladra, ou pour la Camporesi, ou enfin pour la Féron. Impossible pour un amateur, femelle, à Paris, d'aborder seulement cette musique là. Je viens de la feuilleter' et d'en faire l'expérience. Je 1. Philadelphie.

2. Un.mot illisible.


me résoudrai, je crois, à vous envoyer, comme chefs-d'œuvre le duetto d'Armide 2° le duetto de Frédéric II et d'une femme qui lui demande la grâce de son amant.

Impression de Love

Savez-vous que Crozet, pendant trois ans, m'a reproché de n'être pas clair dans mes idées et commissions ? Cela m'a fait sauter dans le vice contraire. Vous recevrez incessamment Loue en deux volumes. Il y a des ratures. Une autre copie m'aurait coûté quarante francs et un mois de temps. Si le compositeur dit qu'il ne peut pas lire, éclaircissez-lui la vue avec vingt ou trente francs. Tirez in-18 à 300 exemplaires. Faites-vous donner de très beau papier, et exigez de M. Chanson des caractères neufs et pas grêles, que cela soit facile à lire.

Voici le seul embarras. Il faut tirer 150 exemplaires du manuscrit complet. Ensuite dépenser 15 ou 20 francs pour faire supprimer sept à huit passages qui sont la vie d'un de mes amis qui vient de mourir d'amour ici, et qui me feraient reconnaître. On tirera 150 exemplaires du manuscrit ainsi châtré, en ne mettant en vente que ces 150 exemplaires-là.


Vous avez le pouvoir despotique sur tout les morceaux à supprimer dans la seconde édition, sont marqués de rouge. Comme je n'ai que ce manuscrit, anlion- cez-m'en la réception s'il se perd, l'amour est perdu 1.

Envoyez-moi à Novare, dans une lettre, les feuilles d'épreuves, à mesure que Chan- son vous les enverra cela m'amusera. Je me fous de la correction. Cependant, si vous en avez la patience et la complai- sance, corrigez. Je ne désire que de beaux caractères neufs et beau papier. Dix ou quinze francs de plus et nous aurons de très beau papier. Il ne s'agit que de mille ou douze cents feuilles. Comme cela ne se vendra pas, j'aime autant deux cents exemplaires que trois cents. Faites annon- cer Love dans vos deux journaux Paris et Moniteur, cela fera contraste tous les deux jours, on dit que vous en êtes aux coups de fusil. Le guêpier dormait en 1819. Qui l'a éveillé ? Quel mal vous ferait Grégoire à la Chambre ?

Je comptais sur deux lecteurs à Paris Volney et Tracy. Je vois que j'ai perdu la moitié de mon auditoire 2.

Je vous enverrai une petite liste de gens, 1. Il fut perdu, comme on le verra plus loin, durant quinze mois.

2. Volney, mort'le 25 avril 1820.


auxquels je vous prie de faire parvenir des exemplaires de l'édition châtrée. Ce sont MM. de Tracy, de Ségur, de Chau- velin, et les cabinets littéraires de Gali- gnani, Rosa, du Vicomte, etc. et sept à huit des plus achalandés.

L'essentiel est de garder soigneusement les 150 exemplaires non châtrés dans quatre ou cinq ans, on aura oublié les anecdotes et nous les écoulerons. J'aurais dû corriger le style, mais il fallait une seconde copie et attendre un mois c'est pour ce travail que je vous prie de m'envoyer à mesure les feuilles d'épreuves, elles serviront de manuscrit. Lisle

Prendre un commissionnaire intelli- gent et envoyer gratis des exemplaires de l'édition châtrée à MM.

De Tracy, rue d'Anjou-Saint-Honoré,42. De Salvandy, maître des requêtes Thierry, du Censeur, s'il n'est pas rasé L'avocat Teste

Picard, le comique de l'Institut Jouv, de la Minerve, s'il n'est pas pendu De Pradt, id.

Manuel le député id.

De Ségur, pair de France

Anatole de Montesquiou


Thomas Moore

à M. Garat, de l'Institut

Talma;

Delavigne

Prudhon, le peintre

Guérin, id.

Pariset, censeur et médecin

Chateaubriand

Le jeune prince de Beauvau

et à deux ou trois Anglais de distinction, si vous en avez.

Coupez avec des ciseaux le chapitre des Fiascos, et envoyez des exemplaires aux demoiselles Mars, Bigotini, Bourgoing, Levert, Perrin, du Vaudeville, Minette, id., Bourgeois, Noblet, Mme la duchesse de Duras, en un mot, aux catins à la mode vous les connaissez envoyez-leur vingt ou trente exemplaires les jeunes gens qui les enf.l.nt gratis liront l'Amour plus, à tous les ambassadeurs, MM. de Vincent, Galotin, Stuart, et à vos amis et connaissances, sans nommer l'auteur. 8 août 1820.

Voici une vieille lettre de juin que je vous envoie pour l'impression de Love. Je désire qu'il n'en vienne pas d'exem- plaires où je suis. Voilà la seule chose


essentielle. Du reste, vous avez le pouvoir dépolique, comme dit Petit-Jean. BERNARD.

J'ai été malade, puis calomnié, voilà ce qui a retardé ma correspondance.

698. A et G

A Mme DEMBOWSKI 1

Samedi, 8 juillet 1820.

PERMETTEZ-MOI, madame, de vous remercier des jolis paysages suisses. Je méprisais ce pays depuis 1815, pour la manière barbare dont on y a reçu nos pauvres libéraux exilés. J'étais tout à fait désenchanté. La vue de ces belles montagnes que vous avez eues sous les yeux, pendant votre séjour à Berne, m'a un peu réconcilié avec lui 2.

J'ai trouvé, dans les mœurs dont parle ce livre, précisément ce qu'il me fallait pour prouver, ce dont je ne doute pas, c'est que .pour rencontrer le bonheur dans 1. En tête du brouillon de Grenoble cette annotation « Hérite exactement ainsi. »

2. Nous savons que Métilde avait séjourné en Suisse en 1815-1816.


un lien aussi singulier, et j'oserais presque dire aussi contre nature, que le mariage, il faut au moins que les jeunes filles soient libres. Car au commun des êtres il faut une époque de liberté dans la vie, et pour être bien solitaire il faut avoir couru le monde à satiété.

J'espère, madame, que vos yeux vont bien je serais heureux de savoir de leurs nouvelles en détail.

Agréez, je vous prie, l'assurance des plus sincères respects.

H. B.

699. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 12 juillet 1820.

JE n'ai pas osé vous écrire durant vos grands ou vos petits troubles de Paris, car je ne sais encore quelle idée m'en faire. Besançon ne m'écrit point. Tout ce que j'aurais pu vous mander de ce séjour tranquille vous eût semblé bien insipide.

Tout ce que je puis vous mander de moins innocent, c'est que la reine Caroline d'Angleterre faisait ici l'amour publi- quement avec un palefrenier du général


Pino, nommé Bergami, qu'elle a créé baron, et avec lequel elle rentrait tous les soirs dans sa chambre à coucher, à dix heures. A Pesaro, elle montrait dans son salon son propre buste et celui de M. le baron car c'est ainsi qu'elle et qu'on le nomme. Il a été palefrenier durant la campagne de Russie, et n'y a pris d'autre part que de soigner les chevaux que montait son maître. Mais, depuis, il a pris trois cent mille francs à sa maîtresse, à force de faire faire mauvaise chère aux gens qu'elle invite. Comme elle est folle d'amour, elle n'y prend pas garde. Il dit au marchand de vin « Il me faut dix sous par bouteille » au boulanger « Il me faut dix pour cent sur votre compte ». Tout le monde crie c'est un scandale et un mépris abo- minable. Donc, si vingt pairs anglais viennent se promener six mois en ce pays, ils s'en retourneront avec l'idée que leur Queen est la catin la plus salope des trois royaumes.

C'est ce qui fait que je l'admire, c'est- à-dire son courage de punir ainsi son mari. Probablement le mépris et la haine qu'on a pour lui font la force de la reine. Tout ce qu'elle dit d'Omptda est vrai. Elle a avec elle un homme courageux, Vassalli, et un brave colonel, Italien aussi, dont j'ai oublié le nom. Elle est généreuse, elle


écrit des lettres de quatre ou cinq pages de mauvais français, pleines de feu, d'idées, d'orgueil et de courage j'en ai vu. Son amour n'est que physique et dé- goûtant on lui présenta Bergami pour un chasseur derrière sa voiture elle tomba amoureuse de ses gros favoris noirs à la première vue. Si elle eût pris quelque beau colonel italien, avec deux croix et vingt campagnes elle eût eu la bonne compagnie pour elle. Le nom de comtesse Oldi, qu'elle porte, est celui de la sœur de Bergami, qui a épousé un comte lui est d'assez bonne famille.

Voici les moyens de justification de la Queen 1° une lettre de son mari, qui dit explicitement « Je n'abandonnerai ja- mais pour vous une telle, ma maîtresse de votre côté, je vous conseille de vous amuser le plus que vous pourrez ». Cela de la première année du mariage. Elle a fait deux enfants devinez avec qui.Allons ? Avec le vieux roi Georges III, parlant à sa personne. Tout ce qu'a fait Georges IV ici, contre elle, est bête au possible. Vous saurez que, le jour de la Pen- tecôte, 21 mai, je crois, j'ai fait une déli- cieuse promenade en bateau, sur le Tessin et le Pô, pour aller voir les jardins -de Belgiojoso il y avait des femmes jeunes, gaies, riches, et pour moi, anti-Saint-


Aubin, intéressantes. Seulement, j'ai pris une petite fluxion de poitrine peu forte, mais longue, car je suis encore faible. J'ai été amusé sur mon canapé par les nouvelles de Paris je dis celles qu'on débitait. On est archi-ultra-libéral ici, et vingt fois la Charte a été proclamée, sans exception, sur la place du Carrousel. Je ne comprends pas un mot à ces Jean f. de Parisiens. Que M. Laffitte s'amuse à les payer quatre francs par jour, cela me semble dur à digérer que, d'un autre côté, ils abandonnent le juste soin de leurs meubles d'acajou, pour affronter les cuirassiers de la garde royale, c'est ce que je ne croirai que dans l'autre monde car alors peut-êtr.e je les mépri- serai moins. Mandez-moi ce que je dois croire. J'ai vu quatre ou cinq témoins oculaires qui ont eu diablement peur et qui se contredisent.

Adressez-vous à M. Caraffa, qui vous donnera les airs de la Nina. J'étais cloué dans ma chambre le jour de son départ, qui a été dix fois différé je n'ai pas pu lui remettre quatre ou cinq curiosités musi- cales, mais que personne ne peut chanter à Paris. Croyez qu'on ne pouvait pas mieux faire votre commission.

La Nina qui devient canaille, sans toute- fois se donner le. moins du monde pour de


l'argent, ici du moins, fait un archimys- tère de ses airs ceux que Rossini fabrique sont pour la Coldbrand et étaient pour la Camporesi c'est pour cela qu'aucune amateur de Paris ne les chantera jamais. Caraffa a fait de jolis petits airs. Il pourrait faire un bon opéra de toutes les jolies petites fantaisies qu'il a distribuées dans tout ce dont il est accouché jusqu'ici. Fiasco plat à notre théâtre dans les deux figures de Martelli, pas une mesure de bonne. Considérez Rossini comme éteint, il mange comme trois ogres et est gros comme Nourrit de l'Opéra, auquel il ressemble. Il br.nl. ferme Mlle Chomel, car, pour f.. tr., il fait fiasco. Mlle Coldbrand, qu'il dirige avec le prince Jablonowski et Barbaglia, est furieuse contre la Chomel que vous avez vue à Louvois.

Sans ma faiblesse, vous seriez arrivé aux douze pages mais adieu.

Dans huit jours, je vous envoie Loue que j'ai repris hier. Mille amitiés à Lam- bert et Besançon. Je suis inquiet because the Cons[ul] of Mi[lan] has said that I am a pernicious libéral et l'on a su que Domi- nique avait made the P[eintu]re1. Le 1. Je suis inquiet parce que le consul de Milan a dit que je suis un pernicieux libéral, et l'on a au que Domi- nique avait fait la Peinture. Ce consul était Gaillard, roya- liste exalté, dont Beyle a déjà parlé à Mareste le 9 avril 1818.


P[rin]ce has spoken of Stendhal. L'essen- tiel est que Loue ne parvienne jamais à Rome. Au nom de Dieu, écrivez donc pas de lettres depuis deux mois. Ecrivez sans crainte à Nov[are]. Que dites-vous du roi d'Epire chez Bossa ? S'il avait le courage, il pourrait civiliser cette pauvre Grèce. L'Angleterre est bien malade. J'ai eu des détails affreux. Je m'en fous. Comment vous amusez-vous ? and the mother1 ? Je tremble pour mes plaisirs de cosliore(?) par bêtise et en dépensant beaucoup d'argent, nous avons un indigne spectacle

Tout ce que je vous ai dit sur Kalico mâle, m'a été confirmé par M. le comte d'Estourmel, qui a la croix, et un grand nom. Votre américain, chez M. Petit, à table, manque d'esprit de ne pas avoir vu le monde ici et partout 2° de parler de ce qu'il n'a pas pu observer.

Maisonnette va-t-il à Londres ?

.Aurait-on la bonne idée à Paris, de réimprimer les divins romans de Walter Scott ? Je brûle de les lire. Je n'en con- nais que deux ou trois. Quel peintre Qu'est-ce que Mme de Genlis auprès ? Si on réimprime Walter Scott, achetez et envoyez à Novare.

LAUBRY.

1. Et la mère ? La mère-patrie.


700. A.

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 23 juillet 1820.

MON cher ami, il m'arrive le plus grand malheur qui pût me tom- ber sur la tête.

Des jaloux, car qui est celui qui n'en a pas, ont fait circuler le bruit que j'étais ici agent du gouvernement français. Il y a six mois que cela circule. Je me suis aperçu que plusieurs personnes cher- chaient à ne pas me saluer je m'en fichais rondement, lorsque le bon Plana m'a écrit la lettre que vous recevrez'. Je ne lui en veux pas cependant voilà un terrible coup Car, enfin, que fait ici ce Français ? Jamais la bonhomie milanaise ne pourra comprendre ma vie philosophique, et que je vis ici avec cinq mille francs mieux qu'à Paris pour douze mille francs. Envoyez, je vous prie, la présente lettre, et celle de Plana à Crozet, à Troyes. Je prie Crozet d'écrire quelques phrases à Plana. Donnez-moi votre avis que faire pour détromper mes connaissances d'ici ? 1. Plana devait confirmer ce dont Beyle ne s'apercevait pas encore clairement, à savoir qu'il était accusé d'être un espion au service du gouvernement français.


Je suis trop ému pour pouvoir parler d'un autre sujet. Soyez sûr que je ne m'exagère pas la chose. Il y a trois mois que je n'ai pas été admis dans une société parce qu'une personne impartiale a dit « S'il vient, plusieurs personnes (il est vrai que ce sont des gens qui me haïssent) se retireront ».

Je n'ai su cela qu'il y a deux heures. Voilà le coup le plus sensible que j'aie eu dans ma vie.

Depuis trois mois je n'ai pas de vos lettres.

Mille amitiés au Vicomte et à Lambert. Dites-leur mon accident.

H.

701. A

AU BARON DE MARESTE

Milan, le 6 août 1820.

JE vous rembourserai les frais d'avo- cats de la commission ci-incluse. Cette phrase est pour vous dire qu'il faut un avocat. Mme Hélène La Baume est protégée par une des plus jolies femmes de Milan. Tâchez de me faire faire une bonne figure, en faisant obtenir à


Mme Hélène La Baume le certificat qu'elle demande.

La Scala est fermée jusqu'au 5 sep- tembre. Rien de nouveau en musique. Le génie sommeille. Personne après Rossini. Rossini rabâche. Pas de chanteurs. Mlle Tosi, fille d'un avocat à son aise, débute au Carnaval à Coscolo. Je la con- nais. Figure superbe à la scène, belle voix sans méthode. Je vous recommande mon certificat de Pauvreté.

H. B.

702. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 8 août 1820:

MON cher ami, M. le docteur Rasori est incontestablement un des hommes les plus remarquables de ce pays. Il joint un esprit étonnant à l'art de faire des cures merveilleuses comme médecin.

M. Giovanni Fossati, que je vous pré- sente, est l'élève de M. Rasori. Cet élève, qui est déjà un médecin distingué, va passer un hiver à Paris, pour se perfec- tionner et comparer la doctrine des méde- cins français à celle de M. Rasori, qui a


inventé le système des contre-stimulants. Recommandez M. Fossati aux premiers médecins de votre préfecture, et donnez- lui les moyens de s'instruire. Donnez-lui aussi des billets de spectacle.

Je n'ai pas de lettre de vous depuis la loi sur les élections; voyez qu'elle pa- resse abominable

Je soupçonne quelque lacune.

Adieu, vous aurez Love sous peu de jours. M. Caraffa vous a-t-il donné les airs de la Nina ? Réclamez-les hardiment, il les a promis ici. Rossini n'a rien fait de chantable pour un amateur français. Plana m'a écrit congiura justamente 1. Envoyez la lettre à Crozet pour qu'il m'écrive. C'est l'envie qui a occasionné ce désagrément.

Adieu, écrivez donc par Novare tou- jours Mille amitiés au Vicomte, à Lambert Phénix et à leurs femmes.

H. BEYLE.

1. Plana m'a écrit qu'il y avait nettement conjuration. Voir lettre du 28 Juillet précédent.


703.-A

AU BARON DE MARESTE [août 1820].

Projel de lettre à M.'P. Didol

M. BEYLE me charge, Monsieur, de ter- miner le compte qu'il a avec vous pour l'impression de l'Histoire de la Peinture, 2 vol. in-8°.

Il vous devait, il y a trois ans, environ 1.300 francs. Vous avez fourni alors un compte qu'il a. Vous avez reçu à la même époque 800 francs de M. Renouard. Reste environ 500 francs.

Vous aviez un certain nombre d'exem- plaires de la Peinture et de la Vie de Haydn et Mozart. Je vous serai obligé, Monsieur, de faire. vérifier si vous avez placé des exemplaires de ces deux ouvrages. Le montant de cette vente sera à défalquer de la somme de 500 francs environ que vous demandez à M. Beyle.

M. Beyle m'a autorisé à solder son compte chez vous et à retirer tous les exemplaires, soit de l'Histoire de la Pein- ture, soit de la Vie de Haydn. Le compte de ce dernier ouvrage a été soldé. Je ne


suis autorisé à solder ce compte qu'autant qu'il ne s'élèvera pas à une somme très- forte.

(Ou l'équivalent)

Je suis, etc.

704. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 30 août 1820.

MAIS que diable devenez-vous ? Je M n'ai pas de lettre de Votre Excel- lence depuis les charges de cavalerie sur les badauds de Paris et moi, badaud de province, je ne comprends pas encore les dites charges.

Je voudrais vous intéresser par des nou- velles. Savez-vous qu'un M. de M[arette], en Savoie, vient d'avoir un grand cordon de la Très Sainte-Annonciade ? Voyez le journal de Milan du 25 ou 26 août. On se dégoûte de Rossini. Sa réputa- tion est plus générale que jamais elle est arrivée aux bas étages de la société mais la tête revient à Mozart et Cimarosa ou, mieux encore, elle voudrait du nou- veau. Mercadante de Naples, me semble bien pâle. On va avoir, à Milan, en octobre, un opéra de M. Meyerbeer, juif


de .Berlin, brûlant d'enthousiasme pour la musique, enthousiasme garanti du ridicule par quatre-vingt mille francs de rente. Mais, comme la musique de Mercadante, celle de Meyerbeer ne fait rien sentir de nouveau, malgré toute la bonne volonté du monde. Mademoiselle Tosi, fille d'un avocat riche, quand on parlait au barreau, et pauvre depuis qu'on écrit, va débuter à la Scala, en octobre. Figure superbe de théâtre, belle voix, nulle méthode, id est autant de méthode que la Catalàni.

Avez-vous été intéressé par une lettre sur le putanisme of the english queen ? C'est une folle dans le genre ignoble et bas, une héroïne de corps de garde, voilà enfin le mot propre, pleine du plus grand courage. Rien de plus avéré que sa dégoûtante conduite avec le courrier Bergami mais, par ce maudit esprit d'opposition, on commence à la nier.

On parlait hier soir d'une grande conspiration à Paris. Les journaux libéraux sont pleins d'exagérations sur le libéra7lisme de l'Italie. A Rome, tout est prêtre, laquais ou maquereau de prêtres les nobles, bêtes comme des pots il n'y a pas le plus petit élément de libéralisme chaque ville a quinze ou vingt jeunes gens qui lisent Benjamin Constant et font. des


oime Le contraire à Bologne et .Ferrare. Un peu des deux à Riniini, Ancône, etc., etc. là, la révolution est mûre. A Milan et Venise, le gouvernement est si juste, si doux, si lent, qu'au fond on est bien des vœux vagues, rien de plus. En Piémont, deux partis acharnés qui voudraient bien avoir la douceur de se faire écarteler réciproquement. Mais les nobles sont les plus forts. Le roi n'est que le chef de l'aristocratie la reine est ultra exécrée on dit qu'elle va faire occuper Alexandrie par une garnison allemande excellente mesure, car le King est si bon qu'il peut, un beau matin, signer la constitution. II y aura beaucoup de sang répandu un jour ou l'autre les coups de couteau recommenceront de plus belle. Je suis devenu very cool sur la politique. All Europe shall have lhe liberty in 1850, mais pas avant. Voilà mon calmant. J'ai vu avec plaisir la destitution de Bélisle. Je l'en féliciterai. Est-ce notre Massa qui a été fait Maître des requêtes, pour avoir fait le travail de M. Beugnot, je suppose ?

J'ai été malade, puis calomnié by lhe husband of mg objet 1; je me suis tranquil1.calomnié par le mari de mon objet. M. Trompeo rapprochant subtilement ce passage de celui d'une lettre à di Flore du 15 avril 1835 J'ai adoré [.] une femme


lisé en passant quinze jours au frais à Varèse, avec l'aimable Schiassetti, qui me chantait toute la soirée elle fait ce qu'elle veut de sa voix. Elle sera libre le premier avril 1821 dites-le aux gens du Théâtre-Italien. Elle sait trente opéras, dont elle a toujours chanté le premier rôle voilà de l'argent comptant pour une direction. Mademoiselle Schiassetti a une mémoire si étonnante qu'elle peut chanter demain soir celui de ces trente opéras qu'il plaira à Votre Excellence. Vous aurez un contr'alto avec des cordes hautes, une espèce de baryton femelle. Belle tête antique et anti-catin elle a vingt mille francs par an.

Réjouissez-vous vous aurez l'Amour le 30 septembre sans faute. Que font nos amis le Vicomte,. Lambert, Smidt, etc. ? Mille amitiés à Maisonnette quand le bien aimé reviendra-t-il ? Ce serait un bon mezzo-lermine.

Remettez à M. Jombert quelques bonnes lithographies peu chères par exemple, le portrait de lord Byron, pour trente sous, s'il est bon.

A propos, le mari de la maîtresse dudit nommée mille ans », conclut avec beaucoup de vraisemblance que cette expression veut dire ici par le gouvernement autrichien. C'est en effet l'époque où se manifestent envers Beyle les suspicions de tous les partis.


lord est précisément un bravo du quatorzième siècle, très capable d'assassmer l'homme auquel il a vendu his wife. Cette wife est une grosse tétonière blonde portant dans la rue ses tétons blancs étalés et des souliers de satin rouge du reste, très fraîche et vingt-trois ans. J'ai oublié le nom de cette comtesse de Pesaro 1; je vous l'ai dit de Bologne.

Ledit lord, pour se faire des partisans, se fait tout classique en parlant aux pédants italiens par exemple Mezzofanti à Bologne cela me paraît bien jean foutre et bien milord.

Plus, en lithographie, le portrait de Bolivar, de Mlle Mars, de Rossini, de Minichini. A propos de Minichini, on ferait des guerillas en Calabre, pays empoisonné de cent mille carbonari.

Toute la Romagne se met en garde nationale, bon gré mal gré. Le cardinal Consalvi a la signature du pape en poche, pour une constitution mais, à mes yeux, le dit Consalvi est au-dessous de sa position.

Adieu voilà tout ce que je sais, et je vous ai écrit malgré les nerfs voyez l'amitié

Claix est vendu. 1 hope five thousand. 1. La comtesse Guiccioli.


Dites .à tout le monde eight thousand, pour ne pas faire pitié à des amis que je reverrai huit fois en ma vie.y

J'ai découvert que la peinture renaitra en Italie dix ans. après les deux Chambres. Je n'ai pas de doute.

Que devient l'aimable Money et M. le pair de France Sel Gemme1 ? Quel coton jette le Grenoblois Mou[nier] in the Police ? Faites comprendre aux gens d'Italie, que le hasard vous amènera, lhal I am not ce que dit le mari de mon objet et la lettre de Plana 2. Savez-vous d'où vient le. mal ? De lhe Hist. of Painting cela est ridicule à dire.

L'abbé de Brême, leur chef, ami du duc de Broglie, vient de mourir de rage de n'être rien et d'une fluxion de poitrine. Adieu.

M. Ra[sori] est un homme de beaucoup d'esprit, but in Elysée is not so they say him peu délicat sur la probité. Procurezlui les moyens de disséquer. Peut-être vous adresserai-je M. lui-même, going in England for lhe -Queen.

Affaires d'argent:

Voyez le commis de M. Didot. Je lui 1. Le comte d'Argout, gouverneur de la Banque de France.

2. Beyle faisait allusion à la lettre de Plana dans sa lettre à Mareste du 23 juillet 1820.


écris pour le payer pas de réponse. D'où je conclus qu il se paye par la vente. Où en est cette vente ? Delaunay a-t-il vendu les Stendhal ? Combien cela a-t-il produit? Vous avez le pouvoir despotique.

705. A

AU BARON DE MARESTE [Milan, le 25 septembre 1820.]

My dear,

ECRIVEZ-MOI donc. Je suis perdu si vous ne parlez plus à coeur ouvert. Essayez donc encore quoique deux lettres se soient perdues.

Passez chez Chan[son] et dites-lui que du dix au quinze octobre vous lui donnerez à travailler. Demandez trois feuilles par semaine, il en promettra deux et vous en aurez une. Cela ferait deux mois, car je pense qu'il y en aura huit.

Cela est bien long pour vous. Croz[et] se plaignait toujours que j'étais obscur, c'est ce. qui m'a donné l'habitude de me répéter. Au reste, vous avez le pouvoir despotique. Je dois à l'H[istoire de la Peinture] une cruelle tracasserie.

Nous avons le Barbier de Séville mal


chanté. Tous ces airs sur le même moule, gais, rapides et en valse, n'expriment pas les passions ou n'en expriment qu'une. C'est exactement bon pour des Français à la Louis XV. Un seul chanteur se fait honneur, c'est Levasseur, que vous avez vu a Louvois. Il chante bien la Calomnie. 25 septembre.

Procurez-moi un compte et d'abord notez les ports de lettres d'affaires, comme celle-ci, ou je serai gêné.

706. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 10 octobre 1820.

My dear, je reçois la charmante lettre M qui m'explique la victoire que sur ta bouche a remporté mon c.l. L'enthousiasme de Parthénope est à son comble, général, brûlant, sans bornes. La rage a gagné jusqu'aux évêqùes et archevêques. Je parierais cent contre un que tout cela est vrai il faudrait vingt pages pour vous dire comment cela 1. Révolution de Naples en 1820.


m'a été conté. Il paraît que le' King a voulu se sauver quatre fois et qu'il est dans le tombeau de la nourrice d'Enée1, place très forte. Ce peuple enthousiaste est rempli des erreurs et préjugés les plus archiridicules. On tuera fort bien un homme à Naples parce qu'on croit que son regard peut porter malheur aux mesures annoncées dans une affiche qu'on lit: Ces gens se préparent (aussitôt qu'ils seront sûrs que nos soldats entreront chez le pape), ils se préparent, dis-je, à s'emparer de Rome, Florence, Bologne. A Rome et à Bologne, ils trouveront [ten thousand soldiers] d'anciens régiments français, pleins de feu et de bravoure. Les Macaroni ont aussi des projets sur Ancône, mais ils seront déjoués nos braves soldats peuvent s'embarquer à Trieste, quand le parti sera pris à Troppau, et en trois jours être maîtres d'Ancône. Rome est pourrie il en sortira deux ou trois mille bourgeois, prétendus libéraux, qui feront d'excellents soldats mais le pays ne bougera pas. On est furieux [à force de cool et d'enthousiasme] à Tolentino, Ancône, Forli, Cesene, Bologne. On bavarde beaucoup à Florence niais les nobles, qui se sont faits libéraux, 1. La Citadelle de Gaëte.


seront gagnés au moment du danger, et, de concert avec les prêtres, qui sont cinq cents à Pérouse, petite ville de quatre mille âmes, ils arrêteront tout pays douteux.

Lucques, archijacobin. Brescia, idem. Milan et Venise, ventrus. Toutes les langues sont libérales, mais lhe' heart wants a little1. L'ancien militaire se battrait avec le plus grand plaisir mais l'administration est juste, humaine, conduite par des hommes du plus grand talent le souverain, homme éminemment raisonnable et sage.

Chaque jour la poste apporte à chaque syndic piémontais deux ou trois proclamations jacobines. Il y a eu une pétition signée, demandant au roi une ancienne constitution d'un Philiberl, je crois; qui; quoique gothique, donnerait la liberté. Le King était d'avis de la donner trois ministres ont dit que ce fâcheux remède était le seul qui pût conserver Gênes à la monarchie. On est furieux à Gênes ils veulent leur ancienne aristocratie bête and have. hissed the K[ing] 2. La Queen et, dit-on, Saint-Marsan, ont fait ajourner la Constitution on avait peur que, sous ce prétexte, l'armée du voisin n'entrât. 1. Mais le cœur laisse un peu à désirer.

2. Et ont sifflé le roi.


Tout le monde a la fièvre, tout s'agite. Plût à Dieu que tous les jacobins eussent été déportés au Texas

Pour rendre ma lettre amusante, il faudrait vous donner des anecdotes, dont elle est le jus mais j'ai des nerfs. Comptez que j'ai plutôt affaibli les couleurs. Ecrivez, écrivez je ne sais rien que par vous.

Envoyez-moi vite Loue, car je n'ai pas de manuscrit. Vous avez le pouvoir despotique. Ne manquez pas d'envoyer une Peinture et un Loue à M. Favelli. Empêchez Sel Gemme de m'oublier parlez-lui quelquefois de moi et à l'aimable Maisonnette que je remercie d'avance. J'embrasse le Vicomte et le grand Lambert. Puis-je en toute sûreté mettre à la Tontine annoncée dans les Débats ? 707. A

AU BARON DE MARESTE

Milan, le 20 octobre 1820.

AI-JE besoin de vous répéter que vous avez le pouvoir dépolique sur Love.

Si vous trouvez du baroque, du faux, de l'étrange, laissez passer mais si vous


trouvez du ridicule, effacez. Consultez l'aimable Maisonnette, qui, en corrigeant les épreuves, est prié de tenir note des passages ridicules.

Le faux, l'exagéré, l'obscur, sont peutêtre tels à vos yeux et non aux miens. Corrigez aussi les fautes de syntaxe française. J'attends avec impatience que vous m'annonciez l'arrivée du manuscrit je n'en ai pas d'autre. Dès qu'il y aura une feuille d'épreuve, envoyez-la-moi à l'adresse ordinaire. Je m'amuserai, à la campagne, à corriger le style pour une seconde édition. Vous aurez la comédie romantique dans six mois.

Si vous avez la patience de lire Love, dites-moi franchement ce que vous en pensez. Maisonnette le trouvera obscur, exagéré, trop dénué d'ornements. Pressez Chanson payez-le avec ce que vous avez et ce qu'a Lamb[ert].

Je voudrais qu'il n'arrivât aucun exemplaire aux lieux où je suis. La jalousie de la P[einture] 1 a porté plusieurs personnes à me calomnier. Il parait que la calomnie est presque entièrement tombée. Sans affectation, déployez l'Histoire of my life to the eyes of the Italians 2 que vous 1. I1 s'agit de son Histoire de la Peinture en Italie, dont on commençait à savoir à Milan qu'il était l'auteur. 2. De ma vie aux yeux des Italiens.


verrez à Paris J'ai la plus entière confiance dans le cynique comte Stendhal je le crois parfaitement honnête homme. Je pense beaucoup à votre idée d'aller à Rome. La principale objection, c'est que j'aime les lacs, mes voisins. J'y passe économiquement plusieurs semaines de l'année. Je crois les gens d'ici moins coquins que les Romains et plus civilisés. Quatre heures de musique tous les soirs me sont devenues un besoin que je préférerais à Mlle Mars et Talma. Voyez combien nous sommes différents Enfin,: j'ai pour ce pays une certaine haine; c'est de l'instinct, cela n'est pas raisonné à mes yeux il est le représentant de tout ce qu'il y a de bas, de prosaïque, de vil, dans la vie mais brisons.

Je viens de lire Byron sur les lacs. Décidément les vers m'ennuient, comme étant moins exacts que la prose. Rebecca, dans Ivanhoe, m'a fait plus de plaisir que toutes les Parisina de lord Byron. Que dites-vous de ce dégoût croissant pour les vers ? Comme je fais une comédie en prose, serait-ce la jalousie de l'impuissance ? Eprouvez-vous ce dégoût ? Crozet le ressent-il ? Have you a letter f rom Lyon ? Ne nommez jamais rien dans vos lettres, de temps en temps le mot essentiel en anglais, et du reste écrivez tout ce qui


vous passe par la tête. The poor young poël of whom I have sent you a lragedy is in the tollboolh not of Middlolhian, but of M[ilan] 1 MM. Beau, Laràt et Cie à Lyon, quai.St-Clair, 8, m'enverront tout ce que Jombert voudra leur adresser par la poste à 5 centimes la feuille. Nommez-moi les trois ou quatre bons livres, qui chaque année, doivent montrer le bout de leur nez à Paris. Par exemple, on ne se doute pas ici qu'il existe un Sacre de Samuel. Que fait l'aimable Money ? Le beau talent de Crozet périra-t-il d'engourdissement à Troyes ? Je le crois né pour écrire l'histoire. Il est chaud, antipuéril, libéral, patient, exact. J'ai lu avec plaisir les lettres de A. Thierry dans le Courrier. Cela est' conforme au peu que j'ai entrevu de l'histoire de France. Surtout, j'estime beaucoup le jésuite Daniel et méprise le libéral Mézeray comme hommes, ce serait le contraire. Je bats la campagne parce que I dare not say to you what engrosses my thoughts 2.

Tout est fort tranquille ici, quoi qu'en disent les libéraux.

1. Le pauvre jeune poète de qui je vous ai envoyé une tragédie est dans la prison non d'Écosse, mais de MUan. Il s'agit de Silvio Pellico, arrêté le 13 octobre précédent.

2. Je n'ose pas vous dire ce qui occupe mes pensées


Mes compliments au courageux Sel gemme, je suis. ravi de son opuscule. Ah si je pouvais lui faire avaler le commentaire de Tracy et le Bentham qu'on vient d'imprimer chez Bossange Rappelez-moi souvent à son souvenir. Il me manque 5 ou 6 Ed. Review, en avez vous gardé ? AUBRY.

708. A

AU BARON DE MARESTE

Milan, 4 novembre [1820].

POURRAI-JE mettre 5 ou 6.000 fr. à la Caisse des Tontines, rue Richelieu, n° 98 ? Rien de plus simple qu'une tontine. Mais qui garantit l'honnêteté de celle-ci ? et que devient-elle si la rente tombe à rien ?

2° Quelle est la meilleure recette pour teindre les cheveux gris en noir ou chatain foncé ? Ceci m'importe beaucoup plusieurs personnes ont ici la vraie recette, mais ne veulent pas la communiquer. 3° Envoyez-moi du Loue par toutes les voies, car je n'ai pas de manuscrit. Farewell and write 1.

1. Adieu et écrivez.


4 novembre.

Jombert va m'envoyer un ballot' ici. Si vous avez quelque chose à m'envoyer profitez-en.

709. A

AU BARON DE MARESTE

[Milan], 6 novembre 1820.

Monsieur,

SI M. Ch[anson] n'a pas encore fini, voici des pensées qu'il faut ajouter aux 70 ou 72 qui se trouvent vers la fin du second volume rouge 1. Si tout est terminé, je vous enverrai une anecdote sur Trenck qui, jointe aux présentes pensées, formera une. feuille que je vous prie de faire tirer et qu'on placera tant bien que mal après les pensées déjà existantes, en n'ayant d'autres soins que suivre la numération de ces pensées.

Laissez le bizarre, le faux supprimez ce qui serait de mauvais ton. Si le temps a mal tourné, le 5, mettez l'imprudent en ne laissant que la première lettre des 1. De l'Amour.


mots malsonnants. Adieu. Vous êtes despote donc, allez vite. I hope for Maisonnette son procès a dû se juger le 5. Rappelez-moi à Sel Gemme, au Vicomte, à Lambert, à Smidt.

Bien des respects, votre très humble, TESSIER.

710. A

AU BARON DE MARESTE

13 novembre 1820.

Mon cher père,

JE commence à être en peine des 2 vol. rouges 1 qui étaient à Strasbourg le 7 octobre et que vous auriez dû. recevoir le 15. Donnez-m'en des nouvelles surtout dans le cas où vous n'auriez rien reçu. Vous recevrez deux cahiers de thoughls à ajouter aux 72 ou 73 qui se trouvent déjà à la fin du volume. Si ces pensées arrivent quand tout sera fait, faites-en faire une feuille qu'on mettra à la suite des pensées ou à la fin du poème, comme supplément.

Respectez le baroque, le faux, le sen1. De l'Amour.


timentaire effacez les pensées ridicules. Dès que vous aurez une feuille de faite, envoyez-la à Dominique à N[ovare]. Dès que le book sera terminé, envoyez-le par la poste, moyennant 5 centimes par feuille, à Dominique à N. et un exemplaire par la poste aussi à M. Angostoni, négociant à Chiasso, en Suisse. Je dois vous avoir envoyé cette adresse plus correctement écrite. Dans ce moment, cher papa, je vous la donne de mémoire. Ajoutez la pensée ci-jointe aux 73 pensées que vous avez déjà. Je me porte bien, et vous ? Je suis content, et vous ? 1 dare not say more1. Serait-il prudent de placer 6.000 fr. à la Tontine de la rue de Richelieu, n° 89 ? Demandez à Lambert. Cela serait plus commode que des fonds perdus. J'y placerais même 12.000 fr.. Je voudrais une recette pour teindre les cheveux grisonnants sur les tempes, en châtain foncé.

Adieu bon père.

1. Je n'ose pas dire plus.


711. A

AU BARON DE MARESTE Milan, le 13 novembre 1820.

CHER ami, ajoutez la pensée, ci-après aux 73 pensées que vous avez déjà, pour mettre à la fin de l'Amour. Je vois dans le journal de ce matin (Le Courrier Français 492, du 24 octobre 1820), que M. de Jouy, un écrivain distingué, dit encore du mal d'Helvétius. Helvétius a eu parfaitement raison lorsqu'il a établi que le principe d'utilité ou l'intérêt était le guide unique de toutes les actions de l'homme. Mais, comme il avait l'âme froide, il n'a connu ni l'amour, ni l'amitié, ni les autres passions vives qui créent des intérêts nouveaux-el singuliers.

Il se peut qu'Helvétius n'ait jamais deviné ces intérêts il y a trop longtemps que je n'ai lu son ouvrage, pour pouvoir 1 assurer. Peut-être que, par ménagement pour la facilité que montre le bon public à se laisser égarer, il aurait dû ne jamais employer le mot intérêt et le remplacer par les mots plaisir ou principe d'utilité. Sans nul doute, il aurait dû commencer son livre par ces mots « Régulus retour-


nant à Carthage pour se livrer à d'horribles supplice, obéit au désir du plaisir, ou à la voix de l'intérêt. »

M. de Loizerolles marchant à la mort, pour sauver son fils, obéit au principe de l'intérêt. Faire autrement eût été, pour cette âme héroïque, une insigne lâcheté, qu'elle ne se fût jamais pardonnée avoir cette idée sublime crée à l'instant un devoir.

Loizerolles, homme raisonnable et froid, n'ayant point à craindre ce remords, n'eût pas répondu, au lieu de son fils, à l'appel du bourreau. Dans ce sens, on peut dire qu'il faut de l'esprit pour bien aimer. Voilà l'âme prosaïque et l'âme passionnée.

1. Loizerolles, guillotiné sous la Révolution le 26 juUJet 1794, passe pour être monté sur l'échafaud par dévouement paternel.


712. A

AU VICOMTE LOUIS DE BARRAL [Novara, 4 décembre 1820.]

Pour M. Besançon.

Mille amitiés à Annette et au Vicomte. Monsieur,

J'ESPÈRE que cette lettre vous sera inutile. Vos deux paquets Love. réunis en un seul, ont été mis à la malle-poste de Strasbourg vers le 15 octobre et à votre adresse à Paris. Faites des recherches à la poste, au courrier de Strasbourg. Si vous ne trouvez rien, donnez cours à la lettre ci-incluse. Reçu votre lettre du 11 octobre le 23. Je suis bien fâché du retard et vous engage à presser d'autant Chanson.

Agréez mes respects.

BONET.


713. A

AU BARON DE MARESTE, A PARIS Milan, le 22 décembre 1820.

C HÈRE Annette, mille amitiés et au grand banquier le Vicomte. Je vous verrai en 1821. Donnez à Besançon qui remboursera le port. Lisez tout, si vous pouvez, c'est tout musique.

Je reçois votre lettre du 7, qui, malgré ses défauts, me fait un plaisir extrême, car je suis au lit depuit dix-huit jours, avec trois saignées et un rhume inflammatoire qui attaquait un endroit que vous connaissez bien, la funeste glande prostate. Je compte sortir un de ces jours. Le théâtre de la Scala a été la platitude même depuis que les hommes de génie s'en sont écartés. Vous savez qu'on ne donne presque que du neuf cela est plus utile à l'art et moins à nos plaisirs. Cet usage, le contraire du goût français, qui est d'admirer du vieux-beau reconnu pour tel, imprime un cachet au goût italien. Vous êtes un grand solivol de ne pas giving to me leller to molest.

Les jacobins feront tomber le théâtre de Naples déjà les jeux sont supprimés


et il ne bat plus que d'une aile. Pour finir l'année dernière, Levasseur a eu un grand succès dans la Calomnie du Barbier et dans l'opéra de Meyerbeer, dont j'ai déjà oublié le nom, quoiqu'il n'ait fini quele 30 novembre. Meyerbeer est un homme comme Marmontel ou Lacretelle quelque peu de talent, mais pas plus de génie que sur la main quand il veut mettre du chant, il prend les plus ignobles cantilènes des rues. Ce qu'il a de remarquable, ce compositeur, c'est quatre-vingt mille francs de rente, sans en rabattre une obole il vit solitaire, travaillant quinze heures par jour à la musique. Il ne veut plus jouer du piano et c'est le premier pianiste de l'Europe, à ce qu'on dit. Le 26 décembre, comme vous savez, nous avons deux ballets et un opéra neufs. Phèdre, du vieux Mayer, voleur effronté. Mademoiselle Tosi, fille d'un avocat fort estimé, comme qui. dirait Tripier à Paris, ayant une voix superbe, débute pour courir la chance de gagner deux cent mille francs. Elle a une taille et une tête qui seront superbes au théâtre, elle a une belle voix, mais ne sait pas chanter. Qu'entendez-vous par ces paroles ? Elle ne sait pas mettre tous ses airs, tristes ou gais, à la même sauce piquante (pour le dire en passant, mérite et défaut de Ros-


sini.) Write no more to me with my name pernicious 1.

.Le public est juste et sensé pour la musique, et l'on s'occupe beaucoup de la Tosi je vous en parlerai le 28 lisez la Gazelle de Milan du 28 ou du 29. Vigano voulait faire l'Ebrea di Toledo, sujet à la Walter Scott, et qui, dans le goût d'Ivanhoe, finit par le brûlement de l'héroïne veto. Il fait platement l'Enlèvemenl des Sabines.

Aujourd'hui 22, il n'y a que deux actes d'achevés mais l'exécrable de ce grand homme est meilleur que l'excellent des autres. La Mariani, voix superbe de contralto elle a six notes magnifiques elle manque de chaleur excellente seconde chanteuse elle fait entendre des sons inconnus jusqu'à elle mais il faudrait que Rossini prît la peine de lui faire des airs en six notes. La Pellegrini, très belle, air commun, bête et ennuyée, femme misantrope, c'est-à-dire haïssant tout le monde, serait applaudie à Feydeau, chante mal et aigre tous les beaux airs possibles ne l'engagez jamais à Paris.

A propos, greffez, dans le premier opéra venu, le trio de Meyerbeer, chanté par Levasseur, Pellegrini et un autre basso. 1. Ne m'écrivez plus sous mon nom dangereux.


Cela vous ferait plaisir, ainsi que le chœur des paysans du même opéra qui, décidément, s'appelle Marguerite d'Anjou.Write by Chiasso.

La Mombelli, chantant un peu du nez, était divine il y a dix-huit mois et doit l'être encore. Pour une petite salle et pour Paris, charmante. Elle a des sourcils comme trois fois les vôtres, et, cependant, est sage par ambition, pour épouser quinze mille francs de rente, comme sa sœur qui a buscalo M. Angiolo Lambertini, auteur d'un bête de' journal, nommé le Journal des Modes de Milan. Lisez-le c'est le meilleur thermomètre de la musique. L'auteur a vingt-cinq ans, bête et savant, mais excellent violon ami intime de Rossini; il a épousé la Mombelli son père était chanteur, sa sœur excellente pianiste ils ont vécu avec Rossini, Crivelli, tout ce qui a paru en musique. Lisez ce journal, faites-lui une ligne d'éloges, dans ce sens, dans le Journal de Paris c'est mon ami, et vous servirez la musique.

Je ne connais pas la Cortesi.-La Bonini, très laide, est fort bonne. La Pasta 1 se forme journellement, prendendolo solamente 1. Mme Giuditta Pasta, dont le talent comme cantatrice et comme tragédienne, jeta plus tard tant d'éclat dans l'opéra seria à Parle. (Note de Romain Colomb.)


[in c.]1, pour ne pas nuire à sa voix.Remorini est la plus belle voix de basse que je connaisse il était très-dévot et a été chaste toute sa jeunesse. Sa voix, plus belle que celle de Galli, est moins flexible mais Galli, sans voix, serait encore le premier acteur à la Shakspeare de l'Italie, et Remorini sera toujours un salam, ce qui veut dire un coffre c'est la voix de Laïs jeune, avec une bonne méthode il gagne trente mille francs depuis sept à huit ans. Ambrosi, encore plus salam, c'est-à-dire le contraire de Pellegrini. Pellegrini a une voix presque aussi belle que celle de Remorini, mais sans goût ni grâce.— Zuchelli a de l'âme, timide, tendre il chante, en pensant à la peinture ou à sa maîtresse, tout un opéra, et paraît sans couleur à la fin, il chante dix mesures qui mettent des larmes dans tous les yeux par exemple, les Il mio deslino, à la fin de l'opéra de la Femme d deux maris, où il fait le mauvais mari. Il a plu beaucoup à Munich. Enfin, voici l'échelle Galli, trente-cinq mille francs. Zuchelli vingt mille francs. Remorini, trente mille francs, Ambrosi, quinze mille francs. -.C'est je crois, ce qu'on les paye, in giornata. Mais si San Carlo se ferme,

1. Voir la lettre. du 23 février 1821.


la demande diminuant, tous ces messieurs tomberont de trente pour cent. Je relis votre lettre. Dans une petite salle comme la vôtre, et avec votre silence respectueux, j'aimerais mieux là Mombelli que vous auriez pour trente mille francs, que la Fodor vous auriez un chant bien autrement italien. Son père, le sublime ténor Mombelli, a vécu: à tu et à toi avec Cimarosa, Sachini et Paisiello. Il abhorre les ornements et la sauce piquante à la Rossini. La Schiassetti, voix bien plus faible, fait fureur quand elle est en voix elle sera libre à Munich le prince royal est amoureux fou d'elle sans l'avoir, depuis trois ans. Elle sera libre en avril, et elle irait à Paris, pour vingt mille francs. Elle est jolie quoique bossue, fière comme quarante aristocraties sa mère est comtesse, et son père, le général baron Schiassetti, le plus brave houzard de l'armée d'Italie.

Si vous ne pouvez pas me lire, consolezvous avec la pensée que j'ai pris du café pour la première fois depuis un mois, à cette fin d'être digne de vous écrire. Mais, au nom de Dieu, écrivez-moi tous les quinze jours, sans nulle gêne.

Rossini ne fait plus que se répéter il est énorme, mange vingt bifteacks par jour, se fait s.c.r par la Chomel, enf.l..la


Colbrand, en un mot un porc dégoûtant. Le jeune Mercadante, Napolitain de vingt ans, qui a fait Ercole, a, dit-on, du talent je n'ai jamais senti ce talent, quoique la Schiassetti, dans les vingtcinq jours que j'ai passés avec elle à la campagne, me le chantât sans cesse. Caraffa, vous le connaissez on pourrait tirer un bon opéra de tous ses opéras. Pacini fils, jeune et joli jeune homme de dix-huit ans, a fait ou volé un duo sublime, celui de Frédéric-le-Grand qui refuse à la maîtresse d'un de ses officiers la grâce du dit qui va être fusillé. Faites-vous chanter cela par Remorini, et vous pleurerez nécessairement. Pas de ténor que Davide fils.

J'ai encore plus de peine à écrire que vous à me lire le corps fout le camp, mon cher ami. J'attends toujours my sister. Je ne sais pas if I will have five or six. Pay the port of this letter to the fair An nette, and write every fortnight 1, je gagnerai deux cents francs. Si vous ne recevez pas Loue, allez rue J.-J. Rousseau, demandez le bureau du commissionnaire du courrier de Strasbourg. My f riend the comte 2 1. SI j'aurai cinq ou six (mille francs). Payez le port de cette lettre à la belle Annette, et écrivez chaque quinzaine.

2. Le comte Pietro Severoli à qui Beyle avait confié, le manuscrit de l'Amour.


a mis à la malle-poste, à votre adresse, ledit paquet. I write to lhe said friend il loge chez M. le directeur Fischer; mettez cette lettre à la poste, si en recevant celle-ci, vous êtes encore orbi 'lis for my pleasure, thal I ask to you les feuilles et nullement pour rien corriger. Je me fiche allamenle of lhe corrections. I ask only fair paper and good characters. I wanl a manuscript, and I will find some pleasure in seeing2 le plus tôt possible ce croquis non assez corrigé. Par exemple, je l'aurais corrigé dans mon lit. Il y a des pages que je n'ai pas relues. Comment un' innocent de cette espèce peut-il s'égarer' de Strasbourg à Paris ? Il y aura erreur d'adresse. Voyez le courrier.

Si Lambert a de l'argent à moi, faitesen un joli in-18 tirez à 400 l'édition avec suppression et à 150 ou 100 l'édition complète. It is the envoy for Painling qui a donné des ailes to the spy rumour 3. Vous hausserez les épaules comme on blâme Voltaire d'avoir fait ses Pâques. Infâme injustice. J'ai besoin de supprimer ces dix pages.

1. C'est pour mon plaisir que je vous demande. 2. Je me fiche complètement des corrections. Je demande seulement un beau papier et de bons caractères. Je désire un manuscrit et j'éprouverais du plaisir en voyant le plus tôt possible.

3. C'est l'envoi de la Peinture qui a donné des alles à la rumeur d'espionnage.


C'est la chute de la dynastie des rois lombards, en 808, je crois, Charlemagne et le roi Didier qui forment la tragédie dont the amiable f riend of Planta 1 accouche en ce moment Adelgizia, voilà le 'nom. Elle est répudiée par Charlemagne, et mourante d'amour, après avoir calmé son père à Pavie, court se réfugier dans un couvent de Brescia. Bataille. Charlemagne tue le père d'Adelgizia elle, quand il vient la voir, elle meurt d'amour et de chagrin. Au vers et au génie, près, cela sera comme les pièces historiques de Shakspeare. On porte les vers aux nues. Dès qu'on aura réimprimé la tragédie de lord Byron sur le doge Faliero, qui se fit couper le cou en 1208, je crois, envoyezla-moi par la poste mais seulement si elle coûte trois francs. Le dit lord n'a pas le génie dramatique Il a adressé la parole au bal, à Venise, à une miss Mongoinery le lendemain, le colonel Mongomery lui a envoyé un défi l'on a arrangé l'affaire. La phrase du Byron avait été insignifiante, courte et archidécente mais le souffle de ce monstre souille une beauté pâle et froide. Il est toujours avec sa tétonière blonde, la comtesse de Pesaro, 1. Bernard-Henri Falquet de Planta, né à Grenoble en 1770, mort à Fontaine près Grenoble en 1839, homme politique dont la vie fut fort cahotée.


dont le mari a cinquante mille francs de rente et est très capable d'assassiner le noble lord, et, s'il ne peut mieux, de se battre en duel avec lui. La femme offre une énorme gorge de vingt-deux ans, à la vue de la place Saint-Marc, sur laquelle elle se promène en souliers de soie rouge. Je dois vous avoir écrit cela, que je tiens de l'apothicaire, Ancillo, le deuxième poète de Venise le premier est le satirique Buratti. Il y a là du vrai génie, mais un peu délayé. Comprenez-vous le Vénitien ? Vous me direz oui mais est-ce vrai ? Je verrai à faire copier quelque chose de Buratti;

A propos, j'ai, je crois, vérifié que l'ultra Alfieri ment continuellement dans sa vie, et que cette vie a pris fin par la jalousie que lui donnait le peintre F[abre], qui, comme vous savez, vit publiquement avec la comtesse d'Albany.

J'aurai à ma première sortie le premier jet en prose de Saül que je ferai copier pour Maisonnette. Mille amitiés à cet aimable homme de talent. Si Maison vient à Rome, qu'il vienne voir cette belle continuation du moyen âge nommée l'Italie. J'ai eu hier une plaisante femme. Une naine, la onzième perle, influe puissamment dans un cabinet neighbour. If the détails were nôt perilous, vous ririez une. demi-heure.


All is well in your country1. L'aimable homme qui pète si bien et qui a fait dire « que sur ma bouche a remporté ton c.l », en verra de belles. Car tous les manuscrits des premiers jets en prose de toutes les tragédies d'Alfieri existent, et je le verrai à la fin de la semaine, à mon retour à Florence. Le banquier des PetitesEcuries doit appliquer le mot de légèreté à son ami auquel j'ai remis. le paquet, sans connaître le comment du voyage. Think you, proud Templar, that we are in 1825. and perhaps in 17532. Ne trouvezvous pas Scott bien supérieur à Byron ? En 1890, l'on enseignera l'Histoire dans les collèges avec les pièces historiques dé Shakspeare, les romans de Scott, et ceux des cent ou deux cents moutons qui vont l'imiter. M. Thierry est un demi-Scott. Que ce passage. l'Ivanhoe est beau Write wilhoul the name B[eyle], never never but write with all the possible ease by agent3. Or donc voici un mot pour Jombert. Je le prie de m'envoyer, par la poste, les romans de Walter Scott réimprimés en anglais par Firmin-Didot et en commençant par ceux que je. ne connais pas. 1. Tout est bien dans votre pays. 2. Pense, ner Templier, que nous sommes-en 1825 et peut-être en 1753.

3. écrivez sans le nom de Beyle, jamais, jamais Mais écrivez avec toute l'aisance possible par l'agent.


L'Abbaye, l'Antiquaire, Rob-Roy. Envoyezmois par la poste les quatre pièces dé M. Victor Ducange. Je voudrais quatre volumes de Scott chaque mois. Mon ami me tourmente pour Voltaire, Rousseau et les Mémoires de l'Hist. de France et les Rev[ues] que j'ai demandés à Jombert. Le dit a-t-il reçu cette commission ? Je réponds du paiement. Qu'il se presse. Commissions à faire, du 23 décembre 1820. 1° Aller rue J.-J. Rousseau, demander le bouge où gît le commissionnaire du courrier de Strasbourg, et lui offrir dix francs et jeter feu et flamme sur le pâté. que M. Fischer a expédié le 15 octobre à peu près.

Je prie M. Jombert de m'envoyer chaque mois par la poste, coupés, quatre volumes de Walter Scott réimprimés en anglais par Firmin Didot. Je le prie de commencer par the Abbey, Rob-Roy ou the Antiquarg que je n'ai pas lus. 3° Je prie M. Jombert de demander à Londres les Mémoires de mistress Hutchinson, un volume in-8°. Cet ouvrage très connu a parti en 1816 et coûte dix francs à Londres. Me l'envoyer, coupé, par la poste.

4° Ecrivez-moi tous les huit jours ou tous les quinze jours au plus tard. Pensez à votre urètre. Je m'ennuie dans mon


lit. Tenez-moi compagnie par vos lettres. Mille tendresses à Lambert, mes respects à madame. Mille amitiés à Van Croutt. Le commencement de la musique, allez le chercher chez l'aimable Annette. 714. A

AU BARON DE MARESTE

Novare, 31 décembre 1820.

Dear Sir,

W RITE no more to me directly by terror perilous. Write every fortnight to M. Angostoni negte in Chiasso every

fortnight. You can write as you will, but the names inEnglish by way of prudence. You can also write to Dominico V. We are now what the French were in 1815, in the little reactionary towns of France. I pray you write every fortnight. Give me your [answer] with all the possible le 8.

Yours, SMITH AND Col 1. Cher Monsieur, ne m'écrivez plus directement par crainte du danger. Ecrivez tous les quinze jours à M. Angostoni, négociant à Chiasso. Vous pouvez écrire comme vous voulez, mais avec les noms en anglais par mesure de prudence. Vous pouvez également écrire à Dominico V[ismara]. Nous en sommes maintenant au point où les Français étaient en 1815, dans les petites villes réactionnaires de France. Je vous prie de m'écrire tous les quinze jours. Donnez-moi votre [réponse] autant que possible le 8. Votre Smith and C°.



612. A Louis CROZET (20 octobre 1816).. 7 613. 21 octobre 1816).. 16 614. 5 novembre 1816). 19 615. 15 novembre 1816). 20 616. 26 décembre 1816). 25 617. décembre 1816). 32 618. 31 décembre 1816). 34 619. A M. DIDOT (1er janvier 1817). 37 620. A Louis CROZET (6 janvier 1817). 38 621. (13 janvier 1817). 41 622. A PIERRE DIDOT (5 mars 1817). 47 623. A FÉLIX FAURE (23 mars 1817). 48 624. A M. CLARKE, DUC DE FELTRE (26 avril 1817) 51

625. (1er juin 1817) 54 626. NOTE POUR LE LIBRAIRE (15 septembre 54 1817) 56

627. Au BARON DE MARESTE (15 octobre 1817) 60

628. (15 octobre 1817) 64 629. A M. BUSCHE (16 octobre 1817). 66 630. Au BARON DE MARESTE (29 octobre 1817) 68

631. (30 octobre 1817) 69 632. A M. PIERRE DIDOT (3 novembre 1817 74 633. Au BARON DE MARESTE (1er décembre 1817) 75


634. Au BARON DE MARESTE (3 janvier 1818) 87 635. (25 janvier 1818) 99 636. (12 mars 1818) 102 637. (21 mars 1818) 105 638. A X* (7 avril 1818). 118 639. Au BARON DE MARESTE (9 avril 1818) 119 640. Au DIRECTEUR DE L'EDINBURGH REVIEW (10 avril 1818). 123 641. Au BARON DE MARESTE (14 avril 1818) 129 642. (22 avril 1818) 142 643. (1er mai 1818). 150 644. A M. JOMBERT (1er mai 1818). 151 645. A M. SCHMIDT (1er mai 1818). 152 646. Au BARON DE MARESTE (16 mai 1818.) 155 647. (25 mai 1818). 157 648. (15 juillet 1818) 160 649. Au MARÉCHAL GOUVION SAINT-CYR (1er août 1818) 162

650. (10 août 1818) 164 651. Au BARON DE MARESTE (26 août 1818) 167 652. (2 septembre 1818) 171 653. (4 septembre 1818) 180 654. (septembre 1818). 182 655. (24 octobre 1818) .183 656. (14 novembre 1818) 193 657. A Mme DEMBOWSKI (16 novembre 1818) 195

658. Au BARON DE MARESTE (20 novembre 1818) 198

659. (11 décembre 1818) 202 660. (11 décembre 1818) 208 661. (1818). 209 662. (20 janvier 1819) 209 663. Au PRINCE ODESCALCHI (30 janvier 1819) 210

664. Au BARON DE MARESTE (2 février 1819 212 665. (8 février 1819) 213 666. Au MARÉCHAL GOUVION SAINT-CYR (28 mars 1819). 215

667. A X* (6 avril 1819). 219

CORRESPONDANCE


668. Au BARON DE MARESTE (9 avril 1819). 220 669. (15 avril 1819) 225 670. A Mme MÉTILDE DEMBOWSKI (Mai 1819) 227

671. (7 juin 1819). 229 672. (11 juin 1819) 236 673. (30 juin 1819) 245 674. Au BARON DE MARESTE (18 juillet 1819) 254 675. A Mme MÉTILDE DEMBOWSKI (20 juillet 1819) 259

676. Au BARON DE MARESTE (24 juillet 1819) 260 677. A Mme MÉTILDE DEMBOWSKI (1819). 262 678. Au BARON DE MARESTE (10 août 1819) 265 679. A Mme MÉTILDE DEMBOWSKI (25 août 1819). 266

680. Au COMTE PIERRE DARU (30 août 1819) 271 681. Au BARON DE MARESTE (1er septembre 1819) 272

682. Au MARÉCHAL GOUVION SAINT-CYR (12 octobre 1819). 278 683. Au BARON DE MARESTE (16 octobre 1819) 280

684. (2 novembre 1819) 282 685. (27 novembre 1819 289 686. (21 décembre 1819) 290 687. (8 février 1820 294 688. (3 mars 1820 295 689. (18 mars 1820 302 690. (20 mars 1820) 303 691. Au BARON DE MARESTE (21 mars 1820) 308 692. A M. THOMAS MooRE (25 mars 1820). 314 693. A M. DESSURNE (25 mars 1820). 315 694. Au BARON DE MARESTE (26 mars 1820) 319 695. (28 mars 1820) 322 696. (19 avril 1820) 328 697. (12 juin 1820) 335 698. A Mme DEMBOWSKI (8 juillet 1820). 340 699. Au BARON DE MARESTE (12 juillet 1820) 341 700. (23 juillet 1820) 347 701. (6 août 1820). 348


702. Au BARON DE MARESTE (8 août 1820). 349 703. (août 1820). 351 704. (30 août 1820). 352. 705. (25 septembre 1820) 358 706. (10 octobre 1820 359 707. (20 octobre 1820 362 708. (4 novembre 1820) 366 709. (6 novembre 1820) 367 710. (13 novembre 1820) 368 711. (13 novembre 1820) 370 712. Au VICOMTE LOUIS DE BARRAL (4 décembre 1820) 372

713. Au BARON DE MARESTE (22 décembre 1820) 373

714. (31 décembre 1820) 385