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                  Titre : Le feu : (journal d'une escouade) / Henri Barbusse

                  Auteur : Barbusse, Henri (1873-1935)

                  Éditeur : E. Flammarion (Paris)

                  Date d'édition : 1916

                  Sujet : Guerre mondiale (1914-1918) -- Roman

                  Type : monographie imprimée

                  Langue : Français

                  Format : 1 vol. (378 p.) ; in-16

                  Format : application/pdf

                  Droits : domaine public

                  Identifiant : ark:/12148/bpt6k65983d

                  Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Y2-24750

                  Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31761560f

                  Provenance : bnf.fr

                  Date de mise en ligne : 15/10/2007

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                  LE FEU

                  63

                  l'écoree jaune recouvrant les genoux. Les têtes sont
                  hâves, charbonneuses, les yeux grandis et fiévreux. La
                  poussière et la saleté ajoutent des rides aux figures.
                  Au milieu de ces soldats qui reviennent des bas-fonds
                  épouvantables, c'est un vacarme assourdissant. Ils par-
                  lent tous à la fois, très fort, en gesticulant, rient et chan-
                  tent.

                  Et l'on croirait, & les voir, que c'est une foule en fête
                  qui se répand sur la route 1

                  Voici la deuxième section, avec son grand sous-lieute-
                  nant dont la capote est serrée et sanglée autour du corps
                  raidi comme un parapluie roulé. Je joue des coudes tout
                  en suivant la marche, jusqu'à l'escouado de Marchai, la
                  plus éprouvée sur onze compagnons qu'ils étaient et
                  qui ne s'étaient jamais quittés depuis un an et demi, il ne
                  reste que trois hommes avec le caporal Marchai.
                  Celui-ci me voit. Il a une exclamation joyeuse, un sou-
                  rire épanoui il lâche sa bretelle de fusil et me tend les
                  mains, à l'une desquelles pend sa canne des tranchées.
                  Eh, vieux frère, ça va toujours ? Qu'est-ce que tu
                  deviens ? f

                  Je détourne la tête et, presque à voix basse
                  Alors, mon pauvre vieux, ça s'est mal passé.
                  Il s'assombrit subitement, prend un air grave.
                  Eh oui, mon pauv' vieux, que veux -tu, ça a été
                  alfrcux, cette fois-ci. Barbier a été tué.

                  On le disait. Barbier 1

                  C'est samedi, à onze heures du soir. Il avait le
                  dessus du dos enlevé par l'obus, dit Marchai, et comme
                  coupé par un rasoir. Besse a eu un morceau d'obus qui
                  lui a traversé le ventre et l'estomac. Barthélemy et Bau-
                  box ont été atteints à la tête et au cou. On a passé la nuit
                  à cavaler au galop dans la tranchée, d'un sens à l'autre,
                  pour éviter les rafales. Le petit Godefroy, tu le connais ? P
                  le milieu du corps emporté il s'est vidé de sang sur
                  place, en un instant, comme un baquet qu'on renverse


                  Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Y2-24750

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