DU TRADUCTEUR.
IX
naîtra que cos sociétés, comme autant de corps ani-
més, avaient en cet élément une condition essentielle
d'existence, et que, par la pensée, on ne peut !es mutiler
sans en interrompre tout !o jeu et les faire rétrogra-
der à un degré inférieur de développement. Mais plus
cette védté apparait manifeste, plus la contradiction
est flagrante. Car, comme toutes ces théologies repo-
sent sur un surnaturalisme illimité et que l'esprit
moderne écarte le surnaturalisme et ses œuvres sup-
posées, il semble qu'un abîme soit ouvert entre les
deux civilisations, il semble qu'un dilemme redou-
table se pose, et qu'il faille absolument dire Ou le
passé ou le présent se trompe.
Et pourtant l'aMme doit être comblé, et pourtant
le dilemme doit être écarté. Le premier moyen qui se
présente c'est de nier l'esprit moderne. Mettre à néant
les résultats de tout le travail des derniers siècles est
plus facile à dire qu'à faire. Au point de vue de la
théorie, c'est renoncer à toute interprétation de l'his-
toire car, s'il est vrai que la civilisation moderne, qui
pourtant s'est produite et qui a pris un si puissant
empire-suf les choses et sur les hommes; n'est qu'une
perversion perpétuelle et une chute qui s'aggrave tous
les jours, alors il est vrai aussi qu'il n'y a plus d'his-
toire, c'est-à-dire aucun développement des aptitudes
propres l'humanité. Au point de vue de la pratique
cela implique une tendance à refuuler tous ces progrès
qui se font, à couper tous ces bourgeons qui poussent
et à réduire l'arbre verdoyant et magninquo aux pro-
portions do son enfance. C'est entreprendre une res-
tauration du passé qui serait la plus anarchique du
monde, car elle devMtit détruire immensément. Mais,
en attendant, l'élaboration, incessante augmente les
3!fBcu)tés do pareils projets; et, combattant, comme
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-H-2491 (1)