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Titre : Historique du 2e régt [ régiment ] de marche de zouaves du 2 août 1914 au 11 novembre 1918

Éditeur : Henri Charles-Lavauzelle (Limoges)

Date d'édition : 1921

Sujet : Guerre mondiale (1914-1918) -- Histoire des unités

Sujet : France. Armée. Régiment de Zouaves (02)

Sujet : France (1789-....)

Sujet : France

Type : monographie imprimée

Langue : français

Langue : français

Format : 57 p : portrait et cartes ; In-8

Format : Nombre total de vues : 70

Description : Appartient à l’ensemble documentaire : Limous1

Description : Avec mode texte

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k63583121

Source : Service historique de la Défense, 2012-180188

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb340769903

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 24/10/2012

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HISTORIQUE

DU

2e Régi de Marche de Zouaves Du 2 Août 1914 au Il Novembre 1918

1 » i - PARIS ■" j¡" ': ;;\; HENRI CHARLES-LAS^UZELLE , Editeur militaire < ii$ 124, Boulevard Saint-Germain, 124

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HISTORICITE

DU

2ee Régt de Marche de Zouaves i j 1 t du 2 Août 1914 au 11 Novembre 1918

PARiS

HENRI CHARLES-LAVAUZELLE Éditeur militaire X24, Boulevard Saint-Germain, 124 MÊME MAISON A LIMOGh:) -1921


AUX DÉMOBILISÉS.

Ce petit historique a été rédigé pour vous, qui allez bientôt quitter le 2e zouaves et reprendre vos occupations laborieuses. Vous y trouverez la vie même du régiment qui a été si longtemps la vôtre, ses combats, ses espoirs, ses déceptions, son âme.

Donnez-lui une place d'honneur à votre foyer. Que vos enfants y apprennent à aimer la patrie plus encore. Rouvrez-le aux jours de doute et de désespérance et reprenez-y force et courage en songeant à tous les héros qui sont morts pour que la France vive.


Colonel DECEIERF.



HISTORIQUE du

T Régiment de marche de Zouaves Du 2 août 1914 au Il novembre 1918.

Le drapeau du 2e zouaves portait déjà dans ses plis, en 1914, les noms glorieux de Laghouat, Sébastopol, Magenta, Puébla, Extrême-Orient, Maroc. Victorieux, il avait flotté sur tous les champs de bataille d'Afrique, de Crimée, d'Italie et du Mexique.

Aux jours de revers, ses soldats avaient su le conserver pur de toute souillure en enterrant pieusement à Sedan la vieille aigle enveloppée dans sa cravate tricolore.

A l'ombre de ses couleurs, les zouaves n'avaient jamais failli au devoir et à l'honneur et ils avaient mérité qu'on dise d'eux : « Ce sont les premiers soldats du monde! »

Dès les premiers jours de la mobilisation, au milieu d'un enthousiasme frénétique, soldats de l'active et réservistes accoururent en foule pour prendre leur place dans les rangs. Aussitôt constitués, le 1er bataillon de l'active et le 11e bataillon formé par des éléments de réserve partaient d'Oran avec le drapeau, sous la direction du colonel Godchot, faisaient halte au dépôt de Sathonay pour y compléter leurs préparatifs, se groupaient avec le 5e bataillon qui tenait garnison en France en temps de paix et formaient le « 2e régiment de marche de zouaves ». Gardien du drapeau, le 2e de marche fut le vrai représentant pendant toute la guerre du vieux 2e zouaves et il eut à cœur, dès la première bataille, de se montrer digne de sa belle renommée.

CHARLEROI.

Les meilleures troupes allemandes venaient de franchir la frontière de Belgique et, malgré la résistance héroïque de Liège.


avançaient rapidement par la Meuse et la Sambre sur la route directe.de Pa*ris. La 37e division, à laquelle le 2e zouaves fut rattaché organiquement pendant toute la campagne, fut affectée à l'armée du général Lanrezaç, transportée en chemin de fer jusqu'à Rpcroi et rassemblée le 21 août 1914, prête au combat, aux abords du village de Fosse. La grande bataille de Charleroi4 où l'ennemi espérait remporter du premier coup le succès décisif, venait de s'engager.

Le 2e zouaves, qui venait de recevoir un nouveau chef, le lieu-

tenant-colonel Troussel, fut mis à la disposition du général commandant la 198 division et reçut, le 22 août au matin, l'ordre d'enlever le village (TAuvelais.La tâche était rude et digne des zouaves. Le village, solidement organisé, armé de nombreuses mitrailleuses, et protégé par une puissante artillerie, était tenu par l'élite de l'armée allemande : la Garde impériale. Le terrain, plat et nu, descendait en pente douce vers la Sambre. Impossible d'échappcr sur ce glacis aux vues de l'ennemi et au tir inexorable des mitrailleuses! Le 5e bataillon, colonel en tête, n'en partit pas moins à l'assaut, tête haute. Les balles et les obus creusaient dans les rangs des trouées sanglantes. Le colonel Troussel tombait mortellement frappé, mais, pleins d'entrain, les zouaves progressaient quand même. A 9, h. 30, le 5e bataillon atteignait un tas de scories à 150 mètres seulement du village et s'enfonçait comme un coin entre: les premières maisons d'Auvelais et le hameau des Alleux, protégé par une tranchée. Le 1er et le 11e bataillon ne tardaient pas à prolonger le 5e, face au village Mais les mitrailleuses faisaient rage. L'Allemand, caché dans

les maisons, souffrait peu. L'artillerie française, prise violemment à partie par les'canons de gros calibres, restait muette.

Le - régiment s'épuisait et les munitions devenaient rares. Le commandant Decherf comprit qu'en continuant la lutte la mort de ses hommes resterai inutile et, vers 12 h. 30, par petites fractions, les zouaves regagnaient les positions de départ. La Garde, épuisée par de lourdes pertes, ne songea même pas à poursuivre ces héros qui, malgré l'infériorité du nombre, les périls du terrain et le manque de moyens matériels, avaient tenu en échec et arrêté la progression des meilleures troupes de l'Allemagne. - Certes, le 2e zouaves n'a pu, le 22; août, enlever AuvehÜs, mais son rôle n'en a pas été moins glorieux. Les chiffres ont, hélas! leur triste éloquence : les 20 officiers et les 1.006 hommes qui restaient couchés sur le' champ de bataiMe prouvaient


avec éclat que les zouaves de Charleroi étaient bien les dignes héritiers des zouaves de Magenta et de Woerth, qu'ils -pouvaient lever fièrement la tête et qu'ils sauraient bientôt venger leurs morts.

GUISE.

Si l'ennemi n'avait pas pu progresser devant Auvelais, il n'en avait malheureusement pas été de même à l'extrême gauche de la ligne de bataille. Ecrasés sous le nombre et menacés d'être tournés, l'armée anglaise et les corps français en liaison avec elle avaient dû battre en retraite. La bataille de Charleroi .était une défaite pour les alliés; le généralissime donnait aux armées de Belgique l'ordre de se replier.

Le régiment partit donc vers la France, la rage au cœur. Allait-on revoir les jours sombres? L'ennemi allait-il, comme il s'en vantait, marcher sans obstacles sur Paris? La France meurtrie de 1870 allait-elle mourir sous la botte allemande?

Ouoiqu'angoissés, les zouaves ne désespérèrent pas de la patrie. Ils battirent en retraite, les yeux tournés en arrière et prêts à reprendre chaque matin l'offensive, car ils avaient la certitude qu'ils étaient supérieurs au soldat allemand, qu'au moindre signe de leurs, chefs ils arrêteraient l'ennemi et que la France ne pouvait pas périr. La bataille de Guise allait bientôt leur donner l'occasion de montrer à nouveau leur valeur.

Après plusieurs marches de nuit et quelques combats d'arrière-garde, le 24 août, près de Mettet et près de Philippeville, la 37e division arrivait le 28 août 1914 à Landifay, à quelques kilomètres de Guise. Le général Lanrezac avait l'intention d'arrêter là l'avance allemande et, le 29 août, la 37e division, la joie dans l'âme, recevait l'ordre de faire demi-tour et d'attaquer dans la direction de Berteignemont. Le 6e tirailleurs devait s'emparer r du bois de Bertignemont, le 2e zouaves lui servant de soutien.

L'attaque réussit et les tirailleurs atteignaient bientôt la lisière.

Une contre-attaque puissante les en chasse quelques instants après; le 2e zouaves se cramponne) à la crête qu'il occupait pour faciliter le repli du 6e tirailleurs et arrêter net toute progression ennemie. A 17 heures, puis à 19 heures, des attaques menées avec brio par le 11e bataillon (capitaine Janpierre) et le 5e (capitaine Jacquemin) nous permettaient à nouveau de reprendre

pied dans le bois. La journée se terminait pour les zouaves par un brillant succès : l'ennemi était arrêté dans sa marche sur Paris; le terrain était solidement tenu et les zouaves commen-


çaient à espérer qu'ils referaient en vainqueurs leurs étapes de retraite.

Mais les Allemands avaient réussi, grâce au nombre de leur divisions, à opérer un mouvement tournant sur la gauche. L'armée était menacée et, le 29 août, dans la nuit, la 37" division recevait l'ordre de continuer la retraite vers le sud. Le 1er septembre, le 2e zouaves franchissait l'Aisne à Pont-d'Arcy; le 3, la Marne à Dormans, et, le 5, il atteignait la Seine. A aucun instant, malgré ce recul rapide, il ne douta qu'un plan d'ensemble savamment étudié allait bientôt permettre à l'armée française de faire tête victorieusement. Jamais, malgré les souffrances, la fatigue et la faim, il ne perdit sa discipline et .son entrain. C'est avec une joie profonde et la conviction intime du succès qu'il reçut, le 6 septembre, l'ordre de cesser la retraite et de faire demi-tour pour arracher à la barbarie allemande nos provinces envahies.

LA MARNE. - CUTS.

Le 2e zouaves n'eut pas cependant à jouer un rôle très important à la bataille de la Marne. La 376 division était placée, le 6 septembre, en réserve d'armée en attendant le résultat des opérations importantes qui se déroulaient sur l'ensemble de la ligne de bataille française. L'ennemi, de toutes parts, était pris à la gorge. Les troupes qu'il poursuivait depuis deux semaines et qu'il croyait harassées et démoralisées se dressaient devant lui plus vaillantes, plus désireuses que jamais de combattre et de vaincre. Et devant ces soldats décidés à mourir plutôt qu'à reculer d'un pas, l'armée allemande, stupéfaite, battit à son tour en retraite.

Quelle joie pour nos zouaves de s'élancer à la poursuite! Le 8 septembre, ils passent à l'avant-garde, talonnent sans répit les colonnes ennemies, leur infligeant à chaque instant des pertes sensibles. A Rieux, une compagnie du bataillon Delalande, à 'a baïonnette, s'élance sur un bataillon cycliste et le met en déroute, en reprenant une batterie de 75. A Monteil, à Hochccourt, l'arrière-garde ennemie, violemment attaquée, doit abandonner ses blessés. A Montmirail enfin, malgré la fusillade et la fatigue d'une rude journée, les zouaves forcent les Allemands à abandonner précipitamment la ville.

Le 10 septembre, après trois jours de poursuite acharnée, la division recevait l'ordre de s'embarquer pour aller prendre place - sur les bords de l'Oise, à l'extrémité des lignes françaises et


amorcer un mouvement tournant destiné à rejeter les armées impériales hors de France et .à tendre la main à la forteresse de Maubeuge investie. Le 2e zouaves débarquait le 12 septembre à Auger-Saint-Vincent et détachait en soutien de cavalerie deux compagnies du bataillon Jacquemin. Le 13, il cantonnait près de Compiègne, le 14, à Thourette et recevait Noyon comme objectif. Malgré l'héroïsme qu'il allait déployer pour l'atteindre, la fortune des armes devait lui permettre, quatre ans plus tard seulement, de reconquérir la vieille cité.

Le 15 septembre, le régiment reprenait sa marche en avant, traversait Carlepont abandonné par l'ennemi et recevait i'ordre d'attaquer Mont-Choisy et Cuts. Cette tâche ardue fut confiée au 11e bataillon, sous les ordres du commandant Fabre, récemment arrivé. Le bataillon Delalande recevait l'ordre d'ap- puyer cette attaque en s'emparant de La Pommeraie.

Malgré une résistance très ferme des troupes allemandes, le * bataillon Fabre, grâce à l'entrain de ses hommes, atteignait assez vite Mont-Choisy et tâchait de déboucher sur Cuts, dont l'ennemi avait organisé la lisière et qu'il tenait fortement avec de nombreuses mitrailleuses. Le bataillon Delalande, accroché plus durement, n'arrivait à La Pommeraie qu'assez tard dans la soirée. Les deux bataillons aussitôt" combinant leur effort, s'élancent d'un bond à l'attaque de Cuts, 'bousculent l'ennemi surpris et s'emparent presque sans pertes du village.

La victoire semblait couronner nos efforts, mais un événement imprévu allait imposer à la 37e division et ai* 2e zouaves des sacrifices nouveaux et des pertes sanglantes : Maubeuge était tombée et les corps d'armée qui l'investissaient étaient descendus rapidement par la vallée de l'Oise.. C'est le 16 septembre que la 37e division allait recevoir presque seule le choc de cette formidable armée.

Le 16 au matin, le bataillon Delalande recevait la mission de tenir La Pommeraie et Le Hestin, le bataillon Fabre d'occuper le village de Laigle. Toute la nuit, une pluie fine et glacée s'était abattue sur le bivouac des zouaves; l'avance de la veille n'avait pas permis aux vivres d'arriver. Les liommes., fatigués par deux mois de combats incessants, n'avaient pas mangé depuis l'avant-veille. Qu'importe! Pas un n'était absent pour repartir à l'assaut et cette journée allait les rendre dignes des zouaves de Bazeilles.

Laigle était encore inoccupé et une longue colonne d'infanterie ennemie sortait de la forêt un peu au nord pour aborder le village. Le caporal Clam n'hésite pas : il arrête ses quatre


patrouilleurs d'avant-garde et brûle toutes ses cartouches. Devant le feu de ces cinq hommes, la colonne allemande reflue, rentre dans le bois et en organise la lisière. Le bataillon Fabre, grâce à l'abnégation de ce héros, entre dans Laigle et s'y retranche.

L'ennemi, cependant, arrivait, de toutes parts. Il venait de bousculer sur la gauche du régiment une brigade d'infanterie française dont quelques éléments se mirent à la disposition du commandant Fabre et assurèrent la liaison avec le bataillon Delalande. A 10 heures, après une préparation d'artillerie intense, l'ennemi attaquait et était repoussé. D'heure en heure, il recommençait ses assauts, toujours en vain. C'est sur Laigle qu'il concentre tous ses efforts. A 17 heures, le commandant Fabre n'avait plus sous ses ordres que 200 à 300 hommes, zouaves, tirailleurs et fantassins; une attaque nouvelle se déssinait, plus violente encore que les précédentes, car des troupes fraîches ne cessaient d'arriver. Le combat fut terrible : pouce par pouce, il fallut défendre le terrain; cette puissante attaque ne réussit qu'à s'emparer de quelques maisons. Malheureuse ment, il ne restait presque plus personne; le commandant Fabre, blessé, venait d'être fait prisonnier.

Pendant que les quelques survivants organisaient, durant la nuit, les maisons du village qui restaient en notre pouvoir, le général commandant les troupes allemandes se faisait conduire auprès du commandant Fabre et le félicitait de l'hé-

roïsme de ses troupes : « Vous aviez devant vous, commandant, toute une division ». Le médecin-chef de l'ambulance ajoutait qu'il avait déjà soigné plus de 1.200 blessés allemands.

Le lendemain, 17 septembre, l'Allemand, renforcé encore, reprenait ses assauts et s'emparait de Choisy; Le Hesdin et La Pommeraie étaient réduits en miettes, et le bataillon Delalande, menacé d'être cerné, revenait à Caisnes auprès du colonel. Dans l'après-midi seulement, les fractions qui s'étaient maintenues encore toute la matinée dans Laigle, débordé de toutes parts, rentraient également à Caisnes. La situation était de plus en plus critique. L'Allemand avait pris Choisy, Cuts, et, derrièrela 37e division, Carlepont venait de tomber à son tour. La route était fermée, et il fallait tenter un effort suprême pour ne pas laisser aux mains de l'ennemi les drapeaux glorieux de quatre régiments.

La « brigade marocaine » se dévoua pour ses camarades d'Afrique et fut sublime. Elle s'élança sur Carlepont; après plusieurs tentatives infructueuses et sanglantes, finit par y péné-


trer, livra dans la nuit un horrible combat de rues, permit à la 37e division d'échapper à la tenaille allemande et de se replrér sur Tracy-le-Mont et Tracy-le-Val. Pendant ces trois journées de combats ininterrompus le 2e zouaves venait de barrer la route de Paris et de briser tout l'effort de l'ennemi.

TRACY - LE - MONT.

Après être resté un jour en cantonnement d'alerte à Tracy-leMont, le 26 zouaves était lancé à nouveau dans la mêlée. Une division, pressée par un ennemi très supérieur en nombre et qui avait accumulé un formidable matériel d'artillerie lourder venait de lâcher pied à notre droite; il fallait reconquérir le plus possible de terrain perdu.

Le 20, au matin, le 11e bataillon, sous les ordres du capitaine Tschupp, et le bataillon Delalande se lançaient à l'assaut le long de la route de Tracy-le-Mont à Quennevières, sous un feu violent d'artillerie et de mitrailleuses. La progression fut dure et coûteuse; les Allemands défendaient le terrain avec opiniâtrété. A la tombée de la nuit, les deux bataillons avaient cependant avancé de quelques centaines de mètres.

Le 23 septembre, une attaque générale était ordonnée dans la direction de Nampeel. La 74e brigade attaquait à la gauche, le 2e tirailleurs à la droite. Profitant d'un épais brouillard, les 1er et 11e bataillons s'élancent à l'assaut avec leur ardeur coutumière et s'emparent sans trop de peine du village de Puisaleine qui leur était fixé comme premier objectif. Mais, quand ils essayèrent de continuer la progression sur Nampeel, ils furent accueillis par une avalanche formidable d'obus de 210 et de 150, qui firent dans les rangs une trouée sanglante. Impossible d'à-

vancer davantage; on se maintint sur place. A la tombée de la nuit, comme la 74e brigade n'avait pas pu progresser, ordre était donné au 2e zouaves de réoccuper ses positions de départ et de s'y retrancher.

Une violente attaque allemande débouchant, le 25, du ravin de Puisaleine fut arrêtée net sous notre feu. L'ennemi organisa à son tour des retranchements. Ce dernier essai de guerre de mouvement venait de coûter au régiment 4 officiers et 600 hommes. La guerre de tranchée commençait.


Cuts. — Tracy-le-Mont. — Quennevières. -:i;Bois Saint-Mard (du 15 septembre 1914 au 8 juillet 1915).


SECTEUR DE OUENNEVIÈRES- BOIS SAINT-MARD.

« Hier; j'ai passé l'après-midi dans les tranchées; j'ai trouvé les hommes qui les habitent résignés, calmes, vigilants, ayant le mot pour rire. » Cette phrase, qui semble d'hier, a été écrite en 1855 par un officier anglais qui venait de visiter les positions du 29 zouaves devant Sébastopol. Les zouaves de 1914 ont su, comme leurs ancêtres de Crimée, cacher sous la patience et la ténacité leurs qualités habituelles d'ardeur et de mouvement; ils ont su passer les semaines et les mois, l'œil au créneau, sous, la pluie et dans la boue, sans perdre la confiance sacrée. Cette vie est monotone et triste; l'ennemi est .partout sans qu'on puisse apercevoir des mois durant, une capote grise; la journée et la nuit se passent lentement à des besognes pénibles. Le fusil cède la place à la pioche; les obus enlèvent chaque jour quelque camarade, et le soldat n'a pas le cœur réchauffé par l'ardeur de la bataille. Cette vie de tranchées fourmille d'exemples d'héroïsme modeste et caché, de souffrances profondes, physiques et morales; elle était plus pénible qu'à tout autre à ceux qui avaient parcouru tant de kilomètres sur les talons de l'ennemi et elle allait être la vie du 26 zouaves, sans interruption, pendant dix mois, sur le plateau de Quennevières.' Le terrain était difficile,, boisé, coupé de ravins profonds; l'ennemi avait accumulé un matériel bien supérieur au nôtre, et les tombes sont, hélas! nombreuses, qui prouvent à tout jamais la courageuse ténacité de nos braves.

Cependant, le 2e zouaves n'est pas resté absolument inactif sur ses positions défensives pendant dix mois Il tenta à plusieurs reprises de s'emparer, par de violentes attaques, des tranchées allemandes. Les opérations les plus importantes furent celles des 30 et 31 octobre 1914, à la ferme de Quennevières; des 21, au 25 décembre 1914, au bois Saint-Mard; des 6 au 16 juin 1915, sur le plateau de Quennevières.

Prise de la ferme de Quennevières.

Nous nous étions arrêtés, en fin septembre, à quelques centaines de mètres de la ferme de Quennevières, d'où l'ennemi pouvait distinguer tous nos mouvements.

Une attaque' fut prescrite pour le 30 octobre dans la direction générale de la ferme des Loges, le 2e zouaves ayant plus particulièrement pour objectif la ferme et les tranchées en avant du


bois Saint-Mard. Le 30, la résistance acharnée de l'ennemi ne permit qu'une faible progression. L'attaque reprit le 31, à 4 heures du matin. Protégés par l'obscurité, les. zouaves du 5e bataillon s'élancent impétueusement à l'assaut, approchent à- 80 mètres de la ferme et, malgré un feu meurtrier, l'enlèvent à la baïonnette; les camarades du bois Saint-Mard avaient aussi progressé de 200 mètres. Cette affaire, qui privait l'ennemi de deux observatoires importants, nous avait coûté 1 officier et 80 hommes.

Retour des 19e et 20e compagnies.

Le 10 novembre 1914, les 198 et 20e compagnies, qui avaient été détachées en soutien de cavalerie le 12 septembre, rejoignaient en tranchées leur bataillon. Si elles n'avaient pas participé aux batailles de Laigle, de Tracy et de Quennevières, leur tâche n'en avait pas été moins glorieuse.

Du 12 au 20 septembre, transportées presque constamment en automobiles aux points où l'on pensait voir surgir la cavalerie ennemie, elles avaient assuré la défense de Rosières-enSanterre, Villers-Carbonel, Péronne et Longavesnes. Le 23 sep-

tembre, elles repoussaient, à Le JVlesJlil-Cartigny, une colonne allemande très supérieure en nombre.

Le 26 septembre, après avoir combattu à Albert, Auveluy et à Maurepas, les deux compagnies recevaient la mission de défendre à tout prix le village de Maricourt avec le 45e régiment d'infanterie. L'ennemi était très puissant et pourvu de beaucoup de matériel; un déluge de feu s'abattit sur les maisons du village quelles zouaves tenaient opiniâtrement. Mais, bientôt, les Allemands réussirent à cerner la localité; il fallait choisir entre la capture et la mort : les deux compagnies n'hésitent point; elles s elancent à la baïonnette, sautent à la gorge de l'ennemi et se frayent un chemin malgré tout.

Le combat avait coûté à ces deux unités 178 tués et 50 blessés.

Les quelques survivants qui venaient prendre place dans les tranchées du bois Saint-Mard étaient bien les égaux en gloire de leurs camarades.

Attaques du bois Saint-Mard.

L'affaire du 31 octobre n'avait pas éloigné suffisamment l'enriemi du bois Saint-Mard; il s'était maintenu dans une position puissante appelée « Le Champignon », et il menait contre les


défenseurs du bois une guerre dé mines-impitoyable. Il était indispensable de le déloger de ses tranchées et de le rejeter en 1 arrière pour donner de l'air à tout le secteur. Tel fut le but assigné à l'attaque du 21 décembre 1914.

L'action devait être menée par quatre bataillons : à droite, le Ie*" et le 11e du 2e zouaves, sous les ordres du lieutenant-colonel Decherf; à gauche, le 56 et le bataillon Duhamel, du 23 tirailleurs, sous les ordres du lieutenant-colonel Bourgue. Depuis plusieurs semaines, des places d'armes avaient été aménagées et des munitions accumulées; mais, de son côté, l'ennemi n'était pas resté inactif; il avait renforcé ses réseaux de fil de fer, augmenté considérablement le nombre de ses mitrailleuses et de ses canons. L'affaire allait être très périlleuse et très dure.

Le 21 décembre, à 2 heures, une poignée de braves, sous le commandement du lieutenant Sorel, plaçaiènt quelques pétards sous les défenses ennemies, coupaient les fils de fer à la cisaille et se faisaient tuer héroïquement. A 7 heures, toute la ligne partait à l'assaut. Le premier bond permettait à la compagnie Burat d'enlever le Champignon, et à la compagnie Cordier de prendre pied dans la première tranchée allemande. Les 'autres unités, prises sous une grêle inouïe de balles et d'obus devant des fils de fer intacts, étaient forcées de s'arrêter à quelques mètres de l'ennemi et de s'y créer en hâte un médiocre abri.

Le 22, l'ennemi contre-attaquait violemment, en usant d'une avalanche de grenades et de-minenwerfer, rejetant les zouaves des positions chèrement conquises.

Le 23, le général commandant le secteur prescrit de reprendre à tout prix la tranchée perdue la veille. Animée d'un admirable esprit de sacrifice, la compagnie Bétant repart à l'assaut, et, grâce à la vigueur et à la rapidité de son action,: reprend en entier la position de la veille. Trois fois l'ennemi contre-attaque avec grenades, minen, lance-flammes; trois fois il est repoussé; mais, vers 15 heures, sa supériorité devient telle que les quelques survivants de la 17e compagnie sont obligés de revenir à leur point de départ dumatin.

Le régiment avait perdu beaucoup d'hommes. Aussi, le 25 décembre, l'objectif principal fut-il confié au bataillon Philippe, du 426 d'infanterie; le 26 zouaves avait seulement pour mission de reconquérir la tranchée déjà deux fois conquise et deux fois perdue. Mais les efforts combinés des fantassins et des zouaves devaient encore restervflins; une contre-attaque acharnée les rejette définitivement, de la grande tranchée 'allemande. Le Champignon seul nous restait.


Pendant ces six jours de combats acharnés les zouaves avaient fait gaiement le sacrifice de leur vie; mais leur abnégation sublime n'avait pas pu venir à bout du matériel ennemi.

11 officiers et 900 hommes étaient tombés.

Dormez! morts héroïques! Attaques du plateau de Quennevipres.

Pendant les premiers mois de 1915, l'inégalité entre les armées française et allemande avait beaucoup diminué. L'Allemagne avait perdu ses meilleurs soldats sur FYser; le matériel français s'était considérablement accru et, à Beauséjour comme à Arras, peu s'en était fallu que nous ne réussissions à percer le front de l'ennemi. Pour opérer une diversion et chercher à prendre l'ennemi en défaut, le commandement prescrivit une attaque importante sur le plateau de Quennevières.

Le 6 juin 1915, sous les ordres du général Nivelle, commandant la 61e division d'infanterie, la 73e brigade (2e zouaves et 2e tirailleurs) et la 121e brigade s'élançaient à l'assaut. Le 1er bataillon du 2e zouaves (commandant Philippe) devait s'emparer des deux lignes de tranchées allemandes; le 11e (commandant Cassaigne), enlever la Bascule, si le succès couronnait les efforts du 1er bataillon. Le 5e restait à l'arrière pour assurer la garde des positions de départ.

A 10 heures, après une bonne préparation d'artillerie, les zouaves du commandant Philippe partaient irrésistiblement à l'attaque avec les derniers obus de 75. L'ennemi fut complètement surpris et n'eut pas le temps de se mettre en garde; en moins d'un quart d'heure le 1er bataillon avait atteint tous ses objectifs et dirigé sur l'arrière de nombreux prisonniers.

Voyant le succès de leurs camarades, les hommes du bataillon Cassaigne s'ébranlaient à leur tour, à 11 h. 30, avec la même impétuosité. Malheureusement, l'ennemi avait eu le temps de s'alerter et de se préparer au combat; la préparation d'artillerie, plus faible sur ce front secondaire, avait laissé intactes les défenses accessoires et, dès les premiers mètres, le feu des mitrailleuses ennemies couchait sur le sol des lignes entières de tirailleurs. L'attaque progressa néanmoins jusqu'aux abords immédiats des fils de fer, où une lutte acharnée s'engagea à la grenade. Le lendemain, les bataillons Philippe et Cassaigne partaient pour un repos bien mérité.


Le commandement ne voulut pas rester sur ce demi-échec, et le 5e bataillon, sous les ordres du commandant de Barbeyrac de Saint-Maurice, dut se tenir prêt à attaquer vers la Bascule le 15 juin, avec le bataillon Melou, du 2e tirailleurs, et deux bataillons du 426 d'infanterie. L'ennemi avait amené des renforts; nos préparatifs ne lui échappaient pas. Averti vraisemblablement de la date assignée à notre action prochaine, il renforçait son artillerie, exécutait une préparation formidable et attaquait le 14 au soir avec la dernière vigueur. Le 56 bataillon souffrit beaucoup; sauf en un point, il réussit à maintenir intactes ses positions.

L'opération prévue pour le 15 dut être reportée au 16 juin.

Après une action de détail exécutée pendant la nuit, zouaves, fantassins et tirailleurs partent héroïquement à l'assaut, à 6 heures du matin; les bataillons du 426 pénètrent dans les' lignes allemandes, les zouaves s'emparent d'un saillant des tranchées ennemies. Peu à peu, le feu ininterrompu de l'artillerie allemande disloque les troupes victorieuses. La liaison avec le 42e est compromise; ce régiment, soumis à un combat corps à corps, où l'ennemi, mieux ravitaillé, prend le dessus, abandonne successivement les tranchées conquises. En fin de journée, les zouaves seuls avaient maintenu leurs gains contre les contre-attaques; ils partaient au repos avec le sentiment du devoir fièrement accompli.

Les combats du 6 au 16 juin avaient coûté cher au régiment.

Mais les 25 officiers et les 1.250 hommes qui, pendant ces deux journées, avaient versé leur sang aux abords de Quennevières.

avaient du moins la satisfaction suprême de voir la patrie s'incliner sur eux reconnaissante. Les fanions du 1er et du 11e bataillon recevaient, en effet, la croix de guerre avec les motifs suivants, magnifiques dans leur concision : Le général commandant la VI' armée cite à l'ordre de l'armée : Le 1" bataillon du 2* zouaves de marche, sous les ordres du commandant Philippe : « Pour l'élan magnifique qu'il a montré dans l'attaque du 6 juin et la façon remarquable dont il s'est servi de la baïonnette, grâce à quoi il a infligé des pertes sévères à l'ennemi. »

Le 11" bataillon du 2" zouaves de marche, sous les ordres du commandant Cassaigne : « S'est porté avec le plus beau courage à l'attaque d'un point d'appui fortement organisé, a subi de grosses pertes sous le feu de l'ennemi, sans ralentir son élan.

Signé : général DUBOIS.


Un mois après, le 8 juillet 1915, le 2e zouaves quittait en entier le secteur qu'il venait de défendre avec tant d'acharnement depuis septembre 1914.

Dans le petit triangle formé par Tracy-le-Mont, le bois SaintMard et Quennevières, il avait perdu 1.500 blessés et 1.050 tombes attestaient qu'il s'était dépen héroïquement sans ménager ses sacrifices. Il partait vers d'autres champs de bataille, le cœur gros de n'avoir pu venger ses morts sur place, mais heureux cependant, car il savait qu'il allait prendre part à une grande offensive et qu'il saurait acquérir en Champagne une nouvelle gloire à son drapeau.

CHAMPAGNE.

Le général Joffre venait en effet de décider une 'attaque importante en Champagne, sur un front de vingt-cinq kilomètres environ, et avait accumulé sur ce point toutes les ressources matérielles, encore insuffisantes d'ailleurs, dont disposait l'armée française. La 37e division était placée sous les ordres du général Gouraud, commandant la IV10 armée, pour coopérer à cette trouée que tous espéraient décisive.

Le 30 août 1915, le régiment prenait pôsition en première ligne et commençait à préparer par un travail acharné son offensive prochaine. Les travaux de terrassement à faire étaient énormes; les lignes françaises étaient séparées des allemandes par plus de 800 mètres; il fallait créer des parallèles de départ à 200 mètres de l'ennemi, creuser des places d'armes, des boyaux de communication; des abris de toutes espèces. Pendant un mois, sans arrêt, les zouaves manièrent la pioche avec acharnement sous le feu de l'ennemi.

Les Allemands, de leur côté, au courant de nos préparatifs, renforçaient leurs fils de fer, augmentaient la densité, de leurs troupes, le nombre de leurs canons et de leurs mitrailleuses.

Le terrain se prêtait admirablement à la défense; c'était une série de larges ondulations offrant des glacis de vaste étendue et, de-ci, de-là, quelques boqueteaux qui s'érigeaient en blockaus formidables.

La journée du 25 septembre 1915 fut désignée pour le commencement de l'offensive; le 2e zouaves avait pour mission de s'emparer d'abord de la première position, c'est-à-dire de trois lignes de tranchées très fortement organisées et de plusieurs bois qui avaient reçu les noms de bois Volant, bois Y, bois N, bois Raquette, etc., puis de pousser sur la dernière position


Saint-Hilaire-le-Grand (25 septembre 1915). - Champagne. - Prunay (mars-avril 1917).


constituée par la crête organisée de Vedegrange pour atteindre en fin de journée les rives de la Py.

A 9 h. 15, les trois bataillons du régiment, sous les ordres du lieutenant-colonel Decherf, des commandants Philippe, de Saint-Maurice et Cassaigne, s'élançaient d'un seul bloc à l'assaut. Malheureusement, les fils de fer et les mitrailleuses de première ligne étaient presque intacts! Mais qu'importe à des zouaves décidés à vaincre ou à mourir? Dans les 200 mètres qui séparaient nos lignes de la première tranchée allemande, le régiment perdit 24 officiers (dont, le commandant Cassaigne) et 1.100 hommes; cela n'arrêta pas son élan. Avec un entrain irrésistible, les survivants enlèvent d'un bond les trois premières lignes allemandes, traversent sans arrêt le bois Volant, le bois Y et dévalent impétueusement sur le bois N. Dans le seul bois Volant ils avaient pris 4 canons, fait 300 prisonniers et, de l'aveu d'un officier allemand, anéanti cinq compagnies du 107a saxons. Mais la prise de ces bois venait encore d'imposer au régiment des pertes sensibles. Le colonel Decherf, 1 capitaine et 6 lieutenants étaient blessés; les hommes étaient dispersés. La capacité offensive du régiment, privé de chef, était atteinte pour un temps.

La nuit du 25 au 20 fut employée par le commandant de Saint-Maurice, qui remplaçait le colonel blessé, à former deux groupes de combat : l'un de 400 hommes sous les ordres du commandant Philippe, l'autre de 200 hommes avec le capitaine Germanaz, et le 26, à 12 h. 15, les zouaves repartaient à l'assaut aussi lestement et avec autant d'entrain que la veille. Sous un tir de barrage formidable, ils enlevaient crânement les derniers boqueteaux encore occupés par l'ennemi et s'installaient sur la dernière crête avant la deuxième position allemande. Un glacis de 900 mètres séparait les zouaves de la parallèle de Vedegrange fortement tenue; il ne fallait pas songer à l'attaque sans l'appui de l'artillerie et de troupes fraî ches.

Le 27, le bataillon du Bouchet, du 130" d'infanterie, est mis à la disposition du commandant de Saint-Maurice et, à 14 h. 30, zouaves et fantassins, dans un même élan d'héroïsme, repartent une troisième fois à l'assaut. La mitraille faisait rage, mais qui pourrait briser l'élan de ces hommes électrisés par deux journées de victoire? Quelques instants après, la deuxième position allemande était en notre pouvoir.

Il ne fallait plus penser à poursuivre l'attaque. Sous les tirs incessants de la grosse artillerie, les survivants de l'héroïque


2e zouaves éprouvaient à chaque instant de lourdes pertes. Le 1er octobre, le régiment, commandé par son nouveau chef, le lieutenant-colonel de Saint-Maurice, était définitivement relevé

et envoyé près de Dunkerque pour un long repos. ,

Il avait superbement accompli la dure mission que le commandement lui avait confiée, sachant qu'il en était digne. Il avait perdu 32 officiers et 1.513 hommes, mais il avait fait magnifiquement son devoir et, quelques semaines après, le général Joffre venait épingler au drapeau la croix de guerre que, le général Gouraud lui avait conférée avec la citation suivante :

Le général commandant la IVe armée cite, à l'ordre de l'armée : Le 2° régiment de marche de zouaves : « Aux ordres successifs du lieutenant-colonel Decherf. et du chef de bataillon de Saint-Maurice, a préparé par un travail acharné son offensive de Champagne. S'est emparé le 25 septembre, avec un élan que n'a pu briser le feu meurtrier des mitrailleuses allemandes, de trois lignes de tranchées et d'un bois fortement organisé. A poussé le 26 une nouvelle attaque, prenant à l'ennemi quatre canons et un important matériel. Est resté en ligne jusqu'au-1er octobre sous un feu très dur d'artillerie lourde, organisant -énergiquement et solidement le terrain conquis. »

Signé : général GOURAUD.

COTE DU POIVRF.

Le régiment restà au repos jusqu'au mois de février dans la région de Dunkerque, puis de Bar-le-Duc, et.au camp de Mailly.

Il utilisa cette période à panser ses blessures, faire de l'instruction et à donner libre cours à sa gaieté habituelle. Imitant en cela les zouaves de la Dobroudja et de Sébastopol, il saisit chaque occasiofi de donner des représentations théâtrales improvisées et de maintenir au plus haut degré son entrain et sa belle humeur. Le 15 février, il prenait la route de Verdun sous les ordres du chef qui l'avait tant de fois conduit à la victoire, le colonel Decherf, revenu à peine guéri de sa blessure.

Verdun! Ce nom, qui incarne aux- yeux de la France la ténacité héroïque de tous ses fils,. mérite d'être inscrit en lettres d'or sur le drapeau du 2e zouaves. C'est lui qui reçut le premier choc devant la fière citadelle; c'est lui qui, huit fois, reprit le chemin de la Meuse pour disputer lambeau par lambeau à l'ennemi les approches de la forteresse; c'est lui qui eut l'honneur enfin de rejeter l'Allemand, vaincu, d'un suprême coup d'épaule.


Le 21 février, quand le .kronprinz impérial déchaîna sur Verdun 600.000 soldats, l'élite de l'armée allemande, appuyée par toute l'artillerie dont pouvait disposer l'ennemi, le 2e zouaves se trouvait à Dieue-sur-Meuse. Le 22, au matin, il partait pour Bras où il passait la nuit sous la neige. Ce même jour, le 11e bataillon, aux ordres du capitaine André, était mis à la disposition du général commandant la 72e division pour former réserve - sur la route de Vacherauville à Beaumont. Les deux autres bataillons gagnaient, le 23, au petit jour, le bois des Fosses.

Les circonstances étaient déjà critiques. Les unités de première ligne, écrasées sous le feu, avaient dû se replier et laisser à l'ennemi toute notre première position. Les quelques survivants, isolés, mal groupés, un peu démoralisés, ne tenaient plus que quelques parcelles du terrain et étaient dans l'impos'sibilité de résister à une nouvelle attaque en masse. Beaumont et le bois de la Wavrille étaient perdus; le bois des Fosses, coupé de ravins abrupts, était soumis sans interruption à des tirs inouïs de 210 et de 305 mêlés à de nombreux obus toxiques; les zouaves ignoraient tout du terrain et de la position de l'ennemi; ils ne s'en préparaient pas moins à défendre bravement le bois des Fosses.

Dans la soirée du 23, par une nuit noire, sous les bourrasques de neige, malgré un tir de 210 d'une violence sans précé- , dent, le 1er bataillon (capitaine Marque), n'ayant aucune carte et ne connaissant pas le terrain, 1 traversait à la boussole tout le bois des Fosses et prenait position à la lisière.

Le 24 au matin, le 5e bataillon (comniandant Jacquèmin) et le bataillon Melou. du 2e tirailleurs, recevaient l'ordre de reprendre le bois de la Wavrille. Sous les ordres du colonel Decherf, zouaves et tirailleurs s'élancent à l'assaut avec autant de calme et autant d'ordre que sur un terrain de manœuvre.

Mais l'ennemi avait massé de nombreuses troupes dans ce bois pour continuer sa ruée sur Verdun. Nos lignes d'assaut subissent de lourdes pertes sous le feu des mitrailleuses et les barrages d'artillerie. Elles n'en avancent pas moins, abordent l'en- nemi à la baïonnette et pénètrent dans le bois.

Ce succès local ne pouvait être qu'éphémère; on ne lutte pas à un contre cent. Les unités de gauche et de droite, attaquées vers 13 heures, sont obligées de lâcher pied; de toutes parts jaillissent les fusées blanches qui marquent les progrès de l'avance allemande. Elles apparaissent bientôt dans le bois des Fosses même; il fallait choisir entre une capture inutile ou la retraite. Le colonel Decherf lança l'ordre de repli. Par éche-


Ions, sans cesser de tirer, imposant à l'ennemi leur volonté, les 1er et 5e bataillons gagnent les hauteurs de Froideterre où ils se placent en réserve de troupes fraîches qui viennent d'arriver.

Seules, la compagnie Chenoriot et les sections de mitrailleuses régimentaires, sous les ordres du capitaine Marque, prennent une route légèrement différente et viennent se placer aux abords de Louvemont. Elles allaient contribuer, le 25, à arrêter presque définitivement l'offensive allemande sur la côte du Poivre et permettre au général Pétain d'amener ses réserves stratégiques.

Le 25, à 10 heures, l'ennemi lance une première attaque sur Louvemont et est repoussé. Une nouvelle attaque à 14 heures prend pied dans les tranchées françaises, mais est rejetée par une contre-attaque impétueuse. A 16 heures, l'ennemi lance une attaque générale sur tout le front de Douaumont à la Meuse. Le combat fut héroïque. Fatigués par trois jours de ba-

taille sans ravitaillement, écrasés, sous les obus, les zouaves se cramponnent au terrain.

Les mitrailleuses crépitent sans interruption et recouvrent le sol d'un manteau gris de cadavres. La mitrailleuse du caporal Catinaud s'enraye; il n'a pas le temps de chercher les outils nécessaires, il plonge le doigt dans le mécanisme et malgré la douleur que lui cause une coupure atroce, continue le tir.

L'ennemi, cependant, progresse; à notre gauche, il entre dans Louvemont et parvient à prendre pied dans nos tranchées. Les zouaves se battent corps-à-corps. Le caporal Duret, percé de deux coups de baïonnette, reste sur sa pièce de mitrailleuse et abat de nombreux Allemands à coups de mousqueton.

Tant, d'héroïsme n'était pas dépensé en vain. Le 25, malgré l'importance des attaques allemandes, la progression fut près- que nulle. Par la « Voie Sacrée », les camions automobiles amenaient sans répit les troupes fraîches et les canons. Le 2e zouaves avait perdu 31 officiers et 1.650 hommes, mais il pouvait être fier, car il avait contribué pour une large part à sauver Verdun.

AVOCOURT.

Pendant que le régiment recevait, dans la région de Neufchâteau, les renforts qui lui étaient nécessaires, l'ennemi continuait à s'acharner sur Verdun. Ses attaques., localisées d'abord sur la rive droite de la Meuse, s'étaient peu à peu amplifiées.


Février 1916.

AVOCOURT (avril-juin 1918).

VAUX (juin 1916).

FLEURY (juillet 1916,).

Verdun.

DOUAUMONT (oct.-nov. 1916).

DOUAUMONT (décembre 1916).

VADX-BEZONVAUX (octobre 1017) Cote 344 (novembre 1917).


Il avait pris Béthincourt, Forges et le bois d'Avocourt et il faisait des efforts, acharnés pour s'emparer du Mort-Homme et de la cote 304. La 37e division, sous ie commandement du .général Niessel, était dirigée d'urgence sur la rive gauche de la Meuse et le 2e zouaves recevait la mission de défendre le plateau des Rieux, qui domine Avocourt à l'est et relie le village au bois d'Avocourt.

Entré en secteur le 20 avril, il ne fut relevé que le 30 mai; pendant cette dure période, sous un tir incessant de l'artillerie lourde allemande, malgré une lutte acharnée à la grenade devant le bois Carré, il ne perdit pas un pouce de terrain, créa de toutes pièces un secteur entier, refaisant d'heure en heure les retranchements que détruisait le feu de l'ennemi.

Il contribua ainsi de toutes ses forces à empêcher l'Allemand de progresser sur la rive gauche de la Meuse et de tourner Verdun.

Relevé le 30 mai pour aller au repos à Brabant-en-Argonne, il avait perdu en avant de la forêt de Hesse 6 officiers et 350 hommes.

FORT DE VAUX. -

L'ennemi, désespérant de prendre pied au Mort-Homme et à la cote 304, avait, dans les derniers jours du mois de mai, lancé plusieurs attaques à grande envergure sur la rive droite de la Meuse. Dans les premiers jours de juin, il avait réussi à remonter les pentes du ravin de la Morgue et, le 5 juin, il avait pris pied dans le fort de Vaux. L'héroïque garnison du commandant Raynal, submergée, avait été forcée de se réfugier dans les casemates souterraines et d'abandonner à l'ennemi toute la superstructure du fort. Le kronprinz impérial se vantait déjà de s'être emparé de .la « pierre angulaire de la défense de Verdun ».

Le général Nivelle, commandant l'armée, fit appel pour rétablir la situation au 2e zouaves et au régiment colonial du Ma- roc dont il forma une brigade provisoire sous les ordres du colonel Savy. Le 6 juin, le régiment, enlevé en auto, venait cantonner à minuit à Haudainville et se préparait au combat.

« Général, avait dit le général Nivelle au général Hirschàuer en lui amenant les chefs de corps du 2e zouaves et du régiment d'infanterie coloniale du Maroc, je vous présente les colonels des deux plus beaux régiments de France! »

Le 2e zouaves eut à cœur de prouver qu'il méritait cette pa-


role si flatteuse dans la bouche d'un tel chef et c'est en chantant que les bataillons montèrent à Vaux, où ils savaient que les attendaient les plus dures épreuves de toute la campagne.

Le 11e bataillon, sous les ordres du commandant Jérôme, devait prendre position dans la nuit du 7 au 8 à la tranchée de Besançon, à quelques dizaines de mètres à l'ouest du fort, et se lancer à l'assaut à 3 heures. Des guides du 298e devaient le' conduire par le boyau d'Altkirch. Par trois fois, sous un bombardement effroyable, le colonel du 298e envoya les hommes nécessaires vers le fort de Tavannes; trois fois tous ces braves trouvèrent la mort. Le commandant Jérôme ne trouva personne à Tavannes pour lui indiquer la route et, après un long retard, il prit le boyau de l'Etang, plus praticable, mais beaucoup plus long. Vers 2 heures, il atteignait le P. C. du bois Fumin avec deux de ses compagnies; les deux autres, échelonnées à quelque distance, 'privées de tout guide dans une nuit noire, sur un terrain coupé de ravins profonds et inconnu de tout officier, soumis en outre à un effroyable bombardement de 305 et de 210, avaient essayé de prendre le boyau d'Altkirch, avaient dû revenir en arrière et prendre le boyau de l'Etang où elles s'étaient mélangées à d'autres unités.

Sentant approcher l'heure de l'attaque, le commandant Jérôme prenait la tète de son bataillon avec quelques officiers et sa liaison et s'avançait vers les tranchées de départ. Avec les premières lueurs du jour, l'ennemi intensifiait encore son tir.

A mi-chemin environ entre le P. C. du bois Fumin et la première ligne, le commandant Jérôme, tous les officiers qui l'accompagnaient et toute la liaison tombaient mortellement frappés par une rafale de 210. A 3 heures, le bataillon, privé de tous ses chefs, n'avait pu parvenir à la tranchée de Besançon; l'attaque ne pouvait avoir lieu. Ordre était donné aux survivants, commandés par un jeune sous-lieutenant, d'aller se reformer au tunnel de Tavannes. Le colonel Decherf prescrivait au 1er ba taillon (commandant Pasquier) d'assurer, le 8 au soir, la relevé du 2988 à la tranchée de Besançon.

A 3 h. 30, l'ennemi attaquait et était repoussé par le 298e. A 18 heures, il renouvelait une attaque par surprise et réussissait à s'emparer de la tranchée de Besançon et de tous ses occupants. Quand le 1er bataillon arriva, vers 21 heures, il trouva ses emplacements aux mains de l'ennemi et il eut une superbe attitude. Le capitaine Chénoriot, qui se trouvait en tête, est saisi par deux Allemands, fait prisonnier et privé de ses armes.

Il se laisse faire sans résistance et, au moment d'être dirigé sur


l'arrière, bousculé par les deux soldats, un trait d'héroïque initiative illumine son esprit ; « Tenez-vous tranquilles, maintenant, crie-t-il à ses deux gardiens, et n'oubliez pas que je suis capitaine. » Les Allemands, impressionnés, desserrent leur étreinte; deux coups de poing les envoient rouler à terre. Le capitaine gagne l'arrière à la course sous le feu de l'ennemi. Cette scène a duré quelques minutes à peine; il a le temps d'alerter les unités du bataillon qui arrivent et de faire organiser une nouvelle position à quelques mètres de la tranchée perdue.

Alors commença une période de dix jours de souffrances atroces que les zouaves supportèrent avec un sublime héroïsme.

Le bombardement, ne cessait pas, effroyable. Impossible d'enterrer les morts; impossible d'assurer le rativaillement. Les hommes n'avaient, par la chaleur de juin et au milieu de la puanteur des cadavres, qu'un quart d'eau par jour et par section.

Le commandant Gilbert, du 56 bataillon, avait été à son tour mortellement blessé. 19 officiers et 846 hommes étaient tombés.

Les survivants avaient supporté sans se plaindre les plus dures souffrances. Mais, malgré ses attaques incessantes, l'ennemi n'avait pas progressé d'un mètre et c'est avec une émotion visible que le général Hirschauer vint, le 17 juin, le régiment étant relevé, féliciter et remercier le colonel Decherf.

FLEURY.

Après quelques jours à Nubécourt, où le régiment célébra sa fête traditionnelle, il rejoignait à Brabant-en-Argonne la 37e division, toujours en secteur. Le 9 juillet, la division entière était relevée et le 2e zouaves, enlevé en automobiles, venait cantonner à Chamouilley où il devait se reformer et reprendre l'instruction.

L'ennemi ne lui permit pas de jouir longtemps de ce repos.

Le kronprinz venait en effet de lancer une nouvelle et puissante offensive sur la rive droite de la Meuse, s'était emparé de Fleurydevant-Douaumont, avait progressé jusqu'à la poudrière de Fleury. Il n'était plus qu'à trois kilomètres de Verdun et, jusqu'à ce que l'offensive qu'Anglais et Français venaient de lancer sur la Somme pût produire ses fruits, il fallait que l'armée de Verdun se sacrifiât avec ses propres ressources, arrêtât l'avance allemande et demandât à ses troupes décimées un dernier effort pour barrer la route de la vieille citadelle.

Le 14 juillet, la 376 division était enlevée en automobiles. Le


2e zouaves passait la nuit au bois de la Ville et venait prendre place, le 15 au matin, dans les casernes de Verdun en attendant le résultat de l'attaque que prononçait sur Fleury la 74e brigade.

3e zouaves et 3e tirailleurs s'élancèrent courageusement à l'assaut et progressèrent légèrement au prix de pertes énormes. Dans la nuit du 15 au 16, le 2e zouaves, qui n'avait reçu que quelques hommes de renfort depuis Vaux, relevait le 3e zouaves et rece vait l'ordre d'attaquer le 16, à 3 h. 15, la crête qui relie Thiaumont à Fleury. Aucun officier ne connaissait le terrain, ni les emplacements exacts de l'ennemi. Les trous d'obus aménagés étaient trop près des mitrailleuses allemandes pour que le tir de l'artillerie fût efficace. Tous savaient qu'ils marchaient à la mort, mais que leur sacrifice était indispensable, et ils partirent superbement à l'assaut. Malgré le feu des mitrailleuses, la progression du 11e bataillon (commandant Marchai) atteint cependant 400 mètres de profondeur; celle du 1er bataillon (commandant Pasquier), 300 mètres environ. Les pertes avaient été lourdes; il ne fallait plus songer à l'offensive; les deux bataillons se cramponnèrent au terrain et le conservèrent intact pendant plus de quinze jours.

Le 5e bataillon, sous les ordres du capitaine Thomas, était resté en réserve. Le 15 au soir, il était mis à la disposition du colonel Thouvenel, commandant le 3e tirailleurs, face à la poudrière de Fleury. Le 19 juillet, il recevait l'ordre d'enlever cet ouvrage fortement organisé. A 22 h. 30, profitant d'une nuit assez obscure, il lançait sur la poudrière une attaque concentrique, brisait la résistance ennemie, plaçait ses mitrailleuses à l'entrée de la route de la poudrière, causait aux défenseurs des pertes considérables et capturait plus de 300 Allemands dont 8 officiers, chiffre supérieur à son propre effectif.

L'attaque de Fleury avait coûté au 2e zouaves, déjà bien affaibli par les affaires de Vaux, 19 officiers et 620 hommes; mais, relevé le 28 juillet, il partait joyeux au repos, car les trois fanions de ses bataillons possédaient maintenant la croix de guerre. Le 5e bataillon était en effet cité en ces termes : Le général commandant la II* armée cite à l'ordre de l'armée : Le 5' bataillon du 2" régiment de marche de zouaves et le peloton de grenadiers du 3° tirailleurs : « Sous le commandement du capitaine Thomas, se sont emparés d'un ouvrage ennemi solidement organisé en y faisant plus de 300 prisonniers dont 8 officiers. »

Signé : général NIVELLE.


DOUAUMONT.

Au bout de quelques jours de répit, le 2e zouaves fut envoyé en Lorraine pour tenir le secteur de Nomény où, tout en harcelant l'Allemand, il finit de se reconstituer.

Pendant son séjour à Nomény, l'offensive franco-britannique de la Somme n'avait cessé de se développer. Pour faire face à ces coups de bélier répétés, l'ennemi avait dégarni le front de Verdun, transporté sur la Somme une partie de son matériel'et • suspendu ses attaques. Le général Joffre estima que les circonstances étaient favorables pour donner de l'air à Verdun et décida, dans les derniers jours d'octobre, une offensive importante qui nous permit de reprendre les deux positions maîtresses de la rive droite de la Meuse : les forts de Douaumont et de Vaux.

La 37e division, en réserve, n'avait pas été engagée, mais elle fut désignée pour relever les troupes victorieuses et elle prit position, le 1er novembre, aux abords du fort de Douaumont; le 2e zouaves était chargé de défendre les abords est, ainsi qu'une tourelle. Il y resta du lor au 10 novembre, sous un très violent bombardement qui empêchait de creuser des abris et des tranchées, sous une pluie glacée qui transformait le terrain bouleversé en un immense bourbier.

L'ennemi, sentant la valeur des troupes qui lui étaient opposées, n'essaya pas de contre-attaquer, mais le régiment n'en eut pas moins à supporter de dures souffrances et des pertes sensibles (7 officiers et 282 hommes).

La brillante attaque du mois d'octobre nous avait rendu Vaux et Douaumont, mais ces forts restaient à proximité immédiate des lignes allemandes, à la merci d'une contre-attaque sérieuse.

Une nouvelle offensive d'ensemble fut ordonnée pour le 15 décembre 1916 de manière à rejeter l'ennemi à trois kilomètres au delà. La 37e division était désignée pour partir des positions de Douaumont qu'elle venait récemment d'occuper.

La mission confiée au 2e zouaves, commandé par un nouveau chef, le lieutenant-colonel Bonnery, était particulièrement dure et périlleuse. Le fort de Douaumont, aux abords duquel il devait prendre place, était l'objet de tirs incessants de l'artillerie allemande. Le terrain, bouleversé de fond en comble par une année de combats ininterrompus, n'était qu'une succession de trous d'obus que l'hiver avait transformés en fondrières. A chaque pas, les hommes s'enlisaient et risquaient de périr dans la boue sans


un prompt secours; les ravitaillements étaient presque impossibles.

Le 11e bataillon n'en monta pas moins en ligne le Il décembre avec gaieté, car il sentait que la victoire allait bientôt couronner ses efforts. Après plusieurs contre-ordres qui ramenèrent le régiment à Verdun, le 2e zouaves se trouvait, dans la nuit du 14 au 15 décembre : le 116 bataillon en première ligne, le 1er bataillon en soutien immédiat, le 56 bataillon en réserve, près des abris Adalbert.

L'attaque était prévue pour le 15, à 10 heures; l'ennemi, aux aguets, ne cessa pendant toute la matinée d'exécuter un tir intense de contre-préparation que les zouaves supportèrent stoï quement. Ils avaient perdu plus de 500 hommes avant le départ, mais, entraîné par le commandant Thomas, le 11e bataillon s'élança superbement sur l'ennemi stupéfait. En moins d'une heure, il franchit les tranchées allemandes de Douaumont, le ravin du Helly bondé de mitrailleuses et atteignit son objectif aux abords de la cote 347 en faisant une centaine de prisonniers.

Le 1er bataillon, dont le chef, le commandant Pasquier, avait été blessé la veille, le dépassait vers 12 heures, entraîné par le capitaine Louvet qui ne tardait pas à être blessé à son tour. Sans se soucier du danger, malgré leur situation délicate, car les troupes voisines ne progressaient pas aussi vite, les zouaves avancèrent sans répit, franchirent le ravin de l'Hermitage et atteignirent en quelques instants leur objectif final : la tranchée du bois Le Chaume. A 13 h. 15, le lieutenant Caussy, qui avait pris le commandement de ce bataillon, pouvait rendre compte qu'il avait accompli sa mission et capturé plus de 400 prisonniers, deux batteries de campagne et une batterie de mortiers de 150.

Il demandait en outre des renforts pour étayer ses flancs où il ne pouvait assurer la liaison avec les régiments voisins, arrêtés sur les premiers objectifs.

Ce compte rendu fut confié au zouave Denuch, qui partit allègrement avec sa vaillance coutumière. Arrivé près du ravin de l'Hermitage, il se heurte à un groupe de six Allemands qui le mettent en joue; il ne perd pas son sang-froid, déchire le pli dont il est chargé et se laisse faire prisonnier. Mais, en cours de route, il fit comprendre à l'officier allemand qu'il se trompait de route, réussit à le convaincre et ramena fièrement au P. C. de.

son commandant de bataillon les six Boches stupéfaits. Il repartit immédiatement accomplir à nouveau sa mission.

La journée du 16 décembre fut plus sombre; pendant la nuit, l'Allemand avait contre-attaqué par trois fois sans résultat et le


Lieutenant-Colonel de METZ (Pierre).



colonel avait renforcé la première ligne par la compagnie Greslé.

Une reconnaissance, envoyée très tôt dans la matinée sur le ravin des Rousses, s'était heurtée à des mitrailleuses. L'ennemi renforçait peu à peu son front et, dans l'après-midi, attaquait le flanc découvert de nos premières lignes. Les hommes n'avaient plus de munitions, la lutte se fit à coups de baïonnette, puis à coups, de crosse. Les survivants du bataillon durent battre en retraite et se regrouper avec le 5e bataillon à la tranchée de Cobourg..

Le colonel venait de recevoir le bataillon Gaugeot, du 137e d'infanterie. Il n'hésita pas à ordonner une attaque de ce bataillon et des éléments des 1er et 5e bataillons, sous les ordres du commandant Morin. Quelques heures après, les positions du ma- tin étaient à peu près reprises et la liaison assurée vers la droite avec la 74e brigade qui avait atteint ses objectifs.

Malgré une violente contre-attaque, le 17 décembre à 10 heures, le régiment n'avait perdu aucune de ses positions, quand il fut touché, le 18 au soir, par un ordre de relève. Parti au combat avec 2.000 hommes à peine, il avait laissé sur le terrain 28 officiers et 1.187 hommes, mais la tâche accomplie était belle.

Verdun était définitivement dégagé.

.Et l'uniforme des zouaves s'ornait désormais de la fourragère aux couleurs de la croix de guerre que lui méritait la citation suivante :

Le général commandant la 11° armée cite à l'ordre de l'armée : Le 2' régiment de marche de zouaves ? « Le 15 décembre 1916, sous le commandement du lieutenant-colonel Bonnery, s'est élancé à l'assaut avec la plus belle ardeur, malgré les difficultés du terrain et un. violent bombardement. Surmontant les résistances de l'ennemi, a atteint à l'heure fixée, après une marche de plus de trois kilomètres, l'objectif qui lui était assigné, s'y est maintenu malgré de violentes contre-attaques, a fait de nombreux prisonniers, capturé dix canons et un matériel de guerre considérable. »

Signé : général GUILLAUMAT.

PRUNAY.

Après quelques jours de repos près de Wassy et trois semaines d'instruction au camp, de Mailly, où il reçut des renforts importants, le régiment-partit par étapes relever dans le secteur de Prunay le régiment russe du général Nitchvolodor.

Dans ce secteur pénible, soumis à des coups de main presque


journaliers, le régiment maintint intactes ses positions en faisant preuve à chaque instant des plus belles qualités d'endurance et de courage. Chaque journée permet à un zouave d'accomplir un trait d'héroïsme. Citons un exemple entre mille.

Le zouave Sarrazin et quatre camarades tiennent un petit poste avancé. L'ennemi a tenté un coup de main, a débordé le petit poste et, profitant d'un boyau, arrive à l'improviste sur les cinq zouaves isolés. Chacun d'eux est saisi brusquement à la gorge. « Rends-toi », .crie un Boche à Sarrazin qui répond par un cri d'héroïsme :•<(( Aux armes », se débat et entame avec l'Allemand qu'il désarme un furieux corps à corps. Les camarades alertés arrivent au pas de course et font échouer piteusement la tentative'allemande.

Le 2 avril, le régiment était relevé et se portait à quelques kilomètres en arrière, sous les ordres de son nouveau chef, le lieu- , tenant-colonel de Metz, qui allait le conduire de victoire en. victoire jusqu'à la fin de la.campagne.

LE GODAT.

Pendant le mois de mars 1917, l'ennemi, très affaibli par la bataille de la Somme, avait exécuté un vaste repli entre Arras et Laon et nous avait abandonné une bande de terrain profonde en certains points de plus de 80 kilomètres. Le général en chef jugea le moment favorable pour lancer en Champagne, avec les armées Mazel et Mangin, une offensive d'ensemble. La 37e division fut affectée à l'armée Mazel et le 2e zouaves prenait position à l'est du canal du Godât, à quelques centaines de mètres au nord de cette localité.

L'offensive devait se déclancher le 16 avril. La tâche du régiment était dure; ses positions de déparf étaient placées dans un bas-fond, adossées à un canal dont l'ennemi pouvait facilement interdire la traversée; le secteur entier était dominé par le mont Spin, nid formidable d'observatoires, d'abris et de mitrailleuses.

Mais jamais l'entrain et l'ardeur n'avaient atteint un aussi haut degré. Tous étaient convaincus que c'était là la bataille décisive qui allait rejeter de France l'Allemand maudit et c'est en chantant que, dans la nuit du 15 au 16 avril, les zouaves allèrent oc- cuper leurs positions de départ.

Le lor bataillon (commandant Pasquier) devait prendre la tête, suivi à quelque distance, d'abord du 5e (commandant Morin), puis du 11e (commandant Despas). A 6 heures, tout le dispositif se portait superbement à l'assaut sans se soucier de la contre-


Le Godât (16 avril 1917).


préparation d'artillerie et du tir violent des mitrailleuses du mont Spin. Le 1er bataillon se heurta dès le départ à une résistance opiniâtre dans les deux premières lignes de tranchées allemandes^ l'ennemi avait creusé des redoutes souterraines enveloppées de fils de fer et pouvait, sans grand dommage, opposer une violente résistance à nos vagues d'assaut. La 2e compagnie, malgré la perte de son chef, le lieutenant Geysel, s'arrêtait pour encercler ces fortins et les faire tomber le plus rapidement possible; les deux autres compagnies du bataillon poussaient éner- giquement de l'avant et, malgré des pertes énormes, atteignaient le pied du mont Spin où elles étaient forcées de s'arrêter dans la tranchée de Lemberg, puis dans le boyau du Grand-Colombier.

Le 1er bataillon avait perdu presque tous ses officiers et son chef, le commandant Pasquier, blessé en entraînant ses hommes.

Comme le 2° tirailleurs avait appuyé vers la droite, le commandant Morin engagea le 5e bataillon à la droite du lor, le long v du boyau du Godat. Ses deux compagnies de tête, magnifiquement entraînées par les capitaines Greslé et Cadiou, atteignaient bientôt, à hauteur-du 1er bataillon, l'une la tranchée de Lemberg, l'autre la lisière du bois en Potence où s'engage un terrible combat à la grenade. L'ennemi possédait un fortin souterrain, habilement dissimulé sous des branchages. Deux beaux zouaves : Aymoz et Justaud, n'écoutant que leur courage, s'élancent vers l'entrée du fortin, y entrent la baïonnette haute et font prisonniers 1 officier et 16 Allemands épouvantés qui disposaient de deux mitrailleuses, trois minenwerfer et un lot considérable de munitions.

La liaison était perdue avec le 2e tirailleurs à droite; à gauche, le 3e zouaves n'avait pas pu progresser. Les pertes étaient lourdes, le commandant Morin était tué, le commandant. Despas blessé; le tir des mitrailleuses du mont Spin continuait, inexorable; l'artillerie allemande faisait rage. Les zouaves progressent quand même à la grenade dans les boyaux, mais ils doivent bientôt reconnaître que la partie est par trop inégale. Ils se cramponnent au terrain, repoussent avec la dernière énergie toutes les contre-attaques de l'ennemi, nettoient les abris souterrains de leurs derniers défenseurs et, sans perdre un pouce de terrain, organisent un nouveau secteur.

Seuls, de l'ensemble de l'armée, ils avaient réussi à progresser au prix de 23 officiers et de 690 hommes. Ils avaient infligé à l'ennemi des pertes bien supérieures. Les beaux espoirs qu'ils avaient conçus n'avaient pas pu se réaliser, mais ils avaient au moins l'intime satisfaction d'avoir accompli vaillamment tout leur devoir.


LORRAINE. - BEZONVAUX-

C'est en chantant et avec un ordre parfait que le régiment descendit des tranchées du Godat sans que son enthousiasme se laissât entamer en rien par la vague de doute qui déferlait alors sur beaucoup d'unités de l'armée française. C'est avec la même foi patriotique et avec la même confiance dans l'avenir qu'il alla pendant deux mois tenir en Lorraine le secteur des bois SainteMarie et du Ranzey où il harcela sans trêve l'ennemi par des patrouilles hardies. Relevé le 6 août et envoyé successivement pour des raisons stratégiques, d'abord à Gondreville, près de Toul, puis au camp de Romigny, en arrière du Chemin-des-Dames, et enfin près de Châlons-sur-Marne, le régiment arrivait le Il septembre près de Bar-le-Duc et recevait l'ordre de se préparer à exécuter une attaque en avant du village de Bezonvaux.

L'attaque prévue n'eut pas lieu et, le 2 octobre, le 2e zouaves allait prendre position sur les Hauts-de-Meuse, entre l'ouvrage de Bezonvaux et le fort de Vaux. C'est avec une poignante émo- tion que les survivants de juin 1916 revirent ce terrain saccagé, encore tout imprégné du sang de leurs camarades. L'ennemi n'essaya pas de déloger le régiment de ces positions qu'il aurait chèrement défendues et se contenta de faire subir au régiment des pertes sensibles par de violents bombardements d'obus toxiques et par des reconnaissances d'avions que les zouaves repoussèrent avec courage en abattant trois appareils allemands.

Le 18 octobre, le régiment relevé cantonnait à Trémont et Lisle-en-Rigault et s'apprêtait à prendre part à une attaque importante en avant de la cote 344.

COTE 344.

Les lignes françaises passaient en effet sur le sommet de la cote 344 et il aurait suffi d'une poussée énergique de l'ennemi pour nous priver de cette position dominante qui protégeait immédiatement la rive droite de la Meuse. Il fallait absolument pousser en avant d'un kilomètre environ pour préserver la hauteur contre toute tentative ennemie, empêcher une attaque débouchant du ravin Dasserieux et nous donner des vues sur l'important ravin d'Anglemont.

L'attaque devait être menée par quatre régiments. Encadré à droite par le 3e zouaves, à gauche par le 2e tirailleurs, le 2e zoua-


Cote 344 (25 novembre 1917).


vcs reçut la mission la plus difficile et la plus périlleuse : pénétrer d'un kilomètre dans les lignes ennemies, s'emparer du ravin Dasserieux et progresser sur les crêtes qui le dominent. Dans la nuit du 23 au 24 novembre, le régiment prenait ses positions de départ, ayant en première ligne, à droite le 5e bataillon (commandant Guillaume), .à gauche le 11e bataillon (commandant Despas). Le 1er bataillon (commandant lIuot) restait en réserve.

Le 24 au soir, veille de l'attaque, l'ennemi, probablement averti par son service de renseignements, lançait, après une formidable préparation d'artillerie, un coup de main sur le 5e bataillon, réussissait à pénétrer dans nos lignes; mais les zouaves eurent à cœur de résister avec le dernier acharnement; ce fut partout une lutte acharnée à la grenade, un corps à corps où l'on en vint à se battre à coups de poing. L'ennemi dut se retirer en hâte devant cette belle résistance et les quelques prisonniers qu'il avait pu faire, tels que le caporal Justaud, réussirent, grâce à leur abnégation, à échapper à leurs gardiens.

L'ennemi n'en avait pas moins acquis la certitude d'une attaque prochaine et, dès le petit jour, le 25 novembre, il exécutait sur nos lignes un tir formidable de contre-préparation. Le bombardement d'une violence inouïe, la pluie qui ne cessait de tomber depuis plusieurs jours avaient transformé le terrain d'attaque,* surtout à la tête du ravin Dasserieux, en une immense fondrière où les hommes risquaient à chaque pas de s'enliser jusqu'au cou.

A 12 h. 20, superbement entraînés par leurs officiers (dont beaucoup étaient malheureusement tombés dans la matinée), les zouaves des 5e et 11e bataillons s'élançaient à l'assaut avec leur entrain légendaire. Le 5e bataillon atteignait d'un seul bond ses objectifs et s'arrêtait devant la caserne Luder, où s'engageait une lutte violente à la grenade. Le 11e bataillon, placé devant le ravin Dasserieux, ne pouvait progresser qu'avec lenteur dans un cloaque de boue. Les mitrailleuses du saillant de la tranchée de Trêves le forcèrent bientôt à se terrer sans avoir pu atteindre ses objectifs.

Le 25 au soir, la situation était critique : le 5e bataillon formait dans les lignes ennemies un saillant dangereux et la tête du ravin Dasserieux, d'où le stosstrupp avait surgi la veille, n'était pas étayée; une tentative faite par le sous-lieutenant Duvernoy au cours de la nuit était restée vaine.

Dans la nuit du 26 au 27, le colonel chargeait la compagnie Minvielle de réaliser une attaque de flanc et de faire tomber la tranchée de Trèves en la prenant de dos. Cette opération, menée


avec un bel entrain, obtint un succès complet. Les Allemands qui essaient de résister sont repoussés à la grenade, la tranchée de Trêves nettoyée; les objectifs assignés au 2° zouaves étaient atteints malgré la résistance acharnée; malgré le terrain effroyablement difficile, grâce à l'abnégation des hommes et à leur mépris superbe de la fatigue et des périls.

Le régiment avait vu tomber 17 officiers et 770 hommes, mais il avait conscience de n'avoir reculé devant aucun sacrifice. Le général Garnier-Duplessis reconnut ,son mérite en le citant en ces termes :

Le général commandant la 27" division cite à l'ordre de la division : Le 2' régiment de marche de zouaves : « Régiment animé du plus bel enthousiasme et de la foi patriotique la plus profonde. Le 25, novembre 1917, sous les ordres du lieutenant-colonel de Metz, après avoir été soumis pendant plusieurs heures au violent bombardement de l'artillerie ennemie, est sorti d'un superbe élan de ses tranchées et, malgré les plus grandes difficultés, a conquis tous ses obj ectifs, mettant l'ennemi en fuite et lui enlevant des prisonniers et du matériel. »

Signé : GARNIER-DUPLESSIS.

NOMÉNY.

Le régiment quitta Dugny en chemin de fer le 1er décembre pour aller jouir d'un repos bien gagné dans la région de Barsur-Aube. Le 15 décembre, il gagnait par étapes Monthureux sur-Saône d'où il repartait le 21 janvier pour aller reprendre le même secteur qu'il avait occupé en août 1916, à Nomény et Clamery. Il allait s'y illustrer à nouveau en opérant, le 23 mars 1918, un coup de main superbement réussi.

Au nord-est de Nomény s'étendait un vaste réseau de tranchées organisées depuis plusieurs années, puissamment défendues par les mitrailleuses et par d'épais réseaux de fils de fer, garnies d'abris à l'épreuve. Le commandement avait besoin de prisonniers pour se renseigner sur l'ordre de bataille de l'ennemi; rdre fut donné au 2° zouaves de préparer un coup de main important, de pénétrer de deux kilomètres dans les lignes allemandes en direction du moulin de Mailly et de faire prisonniers les occupants de deux lignes de tranchées successives : la tranchée des Brotteaux et la tranchée de Bellecourt. L'opération fut confiée au 1er bataillon (capitaine Louvet), à la 43e compagnie et la C. M. 11; l'ensemble de l'infanterie étant sous les ordres du commandant Corap.


Le 23 mars 1918, à 17 h. 40, les zouaves sortaient avec un en train endiablé de leurs positions de départ, pénétraient dans les positions adverses par les brèches que l'artillerie leur avait créées, nettoyaient en quelques instants la tranchée des Brotteaux, de Bellecourt, ainsi que le moulin de Mailly, et rentraient victorieusement dans nos lignes, après avoir atteint tous leurs objectifs exactement, suivant l'horaire prévu.

Nous avions perdu 2 officiers et 57 hommes seulement, tué à l'ennemi de nombreux soldats et nous ramenions dans nos lignes toute la garnison ennemie (60 prisonniers) et un important matériel.

Quelques jours après, la 37e division quittait tout entière la Lorraine, s'embarquait en chemin de fer, arrivait le 15 avril dans la région de Granfresnoy (Oise) et se préparait à monter en secteur près d'Amiens.

VILLERS- BRETONNEUX.

Pendant que le régiment s'illustrait en Lorraine, l'ennemi, tra- * qué de toutes parts, qui voyait fondre chaque jour ses effectifs et sentait que la victoire allait bientôt lui échapper, avait résolu de tenter un suprême effort. Il avait déclanché une formidable offensive, avait réussi à reprendre tout le terrain'abandonné par lui au début de 1917, était entré dans Péronne, Noyon et Montdidier et avait été arrêté enfin aux portes d'Amiens et de Compiègne.

La situation générale était critique; il fallait empêcher à tout prix qu'Amiens ne tombe et, avec cette ville, tout espoir de maintenir une liaison efficace avec l'armée anglaise.

La 376 division fut envoyée devant Amiens et chargée de couvrir la ville en assurant un contact étroit avec un corps d'armée australien; elle allait maintenir intact ce secteur pendant trois mois.

Placé au hasard des relèves intérieures de la division, tantôt devant Villers-Bretonneux, tantôt face au bois de Hangard, le zouaves mania la pioche et le fusil avec son entrain et sa confiance habituels. En quelques semaines, il organisa de toutes pièces un secteur puissamment fortifié et, malgré toutes les tentatives, malgré le feu souvent intense de l'artillerie, malgré les avalanches d'obus toxiques, malgré les pertes subies, aucun Allemand ne pénétra vivant dans ses lignes.

Quelques jours après sa relève, il recevait la mission d'atta-


quer à fond; le 2e zouaves allait conquérir en quelques semaines une magnifique moisson de lauriers.

MOREUIL.

La tâche confiée le 8 août au 2e zouaves était digne de lui : enlever d'un seul bond les tranchées du moulin de Thennes d'où l'ennemi avait fait partir tant d'attaques, s'emparer d'un seul élan du bois de Moreuil, position formidable d'où les observatoires allemands dominaient au loin les vallées de l'A vre et de la Luce et atteindre le village de Plessier-Rozainvillers. La progression à réaliser dans la première journée seule était de plus de dix kilomètres de terrain très coupé. A lui seul, le bois de Moreuil, fouillis inextricable de fils de fer, de tranchées et d'arbres abattus, semblait un obstacle presque infranchissable.

Mais tous sentaient que l'Allemand était las et que la victoire allait sourire à nos armes. Ce fut avec une joie patriotique ardente que le régiment occupa, le 7 août au soir, ses positions de départ.

A 5 h. 05, après une magnifique préparation d'artillerie, le 5e bataillon, superbement enlevé par le commandant Rodary, s'élançait à l'assaut, tête haute, avec une héroïque fierté. Le tir de l'artillerie ennemie creuse des trous sanglants dans les rangs; les zouaves ne s'en soucient guère, enlèvent le moulin de Thennes et commencent une lutte acharnée dans le bois de Moreuil.

Rien ne peut arrêter leur élan, ni le feu des mitrailleuses, ni les obstacles amoncelés à chaque pas. A 6 h. 50, le 5e bataillon avait progressé de quatre kilomètres, vaincu toutes les difficultés et cédait au 11e bataillon la place d'honneur à l'avant-garde. Il avait bien vengé son chef, l'héroïque commandant Rodary, qui venait de trouver en pleine victoire la plus belle mort que puisse rêver un soldat tel que lui.

En avant du bois de Moreuil, le terrain était coupé de moins d'obstacles. Une série de larges ondulations conduisait jusqu'au village du Plessier-Rozainvillers et offrait un superbe champ de tir aux mitrailleuses allemandes. Le commandant Despas engagea crânement son bataillon sur ces glacis meurtriers, manœuvrant avec la plus grande habileté pour s'emparer des mitrailleuses par le mouvement et par le feu. Aidé par quelques chars d'assaut, il réussit peu à peu à surmonter toutes les difficultés et, à la tombée de la nuit, il s'arrêtait à quelques mètres du cimétière du Plessier-Rozainvillers; le village venait d'être enlevé par les régiments voisins.


Moreuil (du 8 au 10 août 1918).

Progression du 2° zouaves.


Quelle belle journée que celle du 8 août! Sans pertes trop sensibles, le 2e zouaves avait fait plus de 300 prisonniers - et capturé 22 canons avec de nombreuses mitrailleuses. Plus de tranchées où l'on doit mener « la guerre de taupes », mais la guerre de mouvement où le soldat français retrouve devant l'espace libre ses vraies qualités de race : l'ardeur et l'initiative. Aussi, tous les zouaves attendaient-ils avec impatience l'aurore du 9 août pour reprendre la marche en avant et talonner l'ennemi.

Le 9 août, le 1er bataillon (capitaine Cordier), qui avait reçu la mission d'avant-garde, dépasse d'un bond le cimetière du Plessier et s'engage crânement sur le glacis qui sépare Hangest-enSanterre du bois des Corettes. Sa progression, d'abord rapide, se ralentit peu à peu sous le feu meurtrier des mitrailleuses qui défendaient la lisière des bois. Force fut de s'arrêter vers 15 heures après avoir réalisé une avance de quatre kilomètres; mais, forts d'une confiance inébranlable dans le succès, les zouaves refusent de s'en tenir là : la compagnie Lalanne se rapproche lentement des mitrailleuses ennemies, s'élance d'un seul bond sur l'ennemi stupéfait, s'empare de tous le.s défenseurs de la cote 97 et ouvre au régiment pour le lendemain, toute large, une route que l'ennemi croyait bien gardée.

Quelques heures après cette action d'éclat, le 10 août, à 4 h. 30, le régiment reprenait sa marche en avant. Les quelques mitrailleurs dont l'ennemi avait parsemé la route de sa retraite lèvent les bras, apeurés. Presque au pas de course, dépassant tous ses camarades de combat, le 2e zouaves franchit la cote 97, les villages d'Eches, Andechy, Villers-les-Roye et s'infléchit légèrement vers la droite pour atteindre l'A vre aux portes mêmes de Roye.

Devant lui s'enfuyaient au loin d'interminables convois. La vie- , toire était entière, l'ennemi en pleine déroute.

Une division allemande fraîche venait cependant de prendre position devant Roye avec mission de résister à tout prix. A la tombée de la nuit, le régiment se heurta aux premières troupes d'avant-garde; il était très en pointe par rapport aux autres unités de la 37e division et ne pouvait tenter à lui seul l'attaque de Roye, protégée par un terrain coupé de bois. Il s'arrêta devant les boqueteaux dits : bois du Moulin et bois des Boches, en attendant l'aurore pour pousser de l'avant.

Un trait d'héroïsme prouvera, mieux qu'un long récit, combien les zouaves victorieux conservaient, après quatre jours de fatigues inouïes, un entrain endiablé. Le lieutenant Claudel, avec une poignée d'hommes, longeait les marais de l'Avre pour reconnaître la situation de l'ennemi. Il capture quelques prison-


niers, se prépare à les diriger sur l'arrière quand apparaît une section de mitrailleuses allemande commandée par un officier.

Le lieutenant Claudel se précipite seul, revolver au pomg, et s'empare de la section épouvantée. Un deuxième groupe de huit hommes s'approche à quelques secondes d'intervalle; l'officier prend un fusil et, sans perdre une balle, abat six ennemis.

Voyant arriver des reÎlforts; il rentre enfin dans nos lignes avec tous ses prisonniers.

Ceci n'est qu'un trait entre mille. Jamais peut-être l'héroïsme ne s'éleva aussi haut qu'au cours de ces trois journées des 8, 9 et 10 août 1918. Gloire à tous ces braves qui venaient de porter à l'Allemagne un coup terrible et qui allaient voir bientôt, fruit de leur courage, une troisième palme s'ajouter à leur drapeau avec la citation suivante :

Le général commandant la Ire armée site à l'ordre de l'armée : Le 2' régiment de marche de zouaves : « Sous les ordres du lieutenant-

colonel de Metz, a effectué en trois jours de combat et de brillantes manœuvres, du 8 au 10 août 1918, hne progression de 22 kilomètres dans les lignes ennemies. Véritable régiment d'avant-garde, a poussé le 10 août au delà de ses objectifs pour occuper des points dominants et faciliter ainsi aux régiments voisins le passage de l'Avre. A capturé dans ces trois journées 19 canons, 60 mitrailleuses et plusieurs centaines de prisonniers. »

Signé : général DEBENEY.

NOYON.

Dix jours de repos à peine furent accordés au régiment. Dès le 19 août, il commençait une série de marches de nuit qui l'amenaient, le 27 août, au nord de Compiègne. De toutes parts, l'ennemi était talonné par les armées alliées; ses pertes augmentaient chaque jour sans qu'il pût combler les vides creusés dans ses rangs. Le moment était venu de frapper les coups décisifs et de « bouter l'ennemi hors de France ».

Le 28 août, une offensive d'ensemble était ordonnée; la 37e division attaquait, sa droite appuyée à l'Oise. Le 2e zouaves formait l'aile gauche de la division. Le terrain était difficile, les lignes séparées par la Divette, gros ruisseau augmenté par les pluies récentes et qui présentait un sérieux obstacle,au débouché des vagues d'assaut. A quelques kilomètres en arrière, les hauteurs de Larbroye et du mont Renaud, sur lesquelles nos troupes avaient lancé tant d'attaques infructueuses. Les ordres ne par-


vinrent au chef de corps que cinq heures avant le départ de l'assaut; les zouaves n'en eurent connaissance que quelques instants avant' l'heure fixée, mais il n'y eut pas un seul retardataire; la joie au cœur, tous bouclèrent leurs sacs, plièrent leur couverture. A 5 heures, la Divette était franchie par des moyens de fortune et le 1er bataillon (commandant Louvet) commençait sa marche sur Noyon.

Dives-le-Franc et Larbroye tombèrent entre nos mains sans trop de résistance, mais l'ennemi, qui voulait se retrancher sur le canal du Nord, commença, à partir de Larbroye, à exécuter sur nos troupes un tir de mitrailleuses et d'artillerie d'une vio-

lence extrême. La progression, d'abord ralentie, dut bientôt s'arrêter tout à fait. A la nuit, une infiltration audacieuse permettait cependant aux unités de tête de border le canal du Nord.

Il fallait que Noyon fût à nous, malgré toutes les tentatives de l'ennemi. Le 29 août, à 5 heures, le 5e bataillon, vigoureusement entraîné par le capitaine Hamel, s'élançait à l'assaut. Sous ie tir des mitrailleuses, le canal du Nord est franchi d'un bond; les zouaves s'engagent crânement dans les marais de la Verse où ils enfoncent jusqu'à mi-jambe sous une avalanche d'obus toxiques, pénètrent dans le quartier de cavalerie malgré les efforts désespérés des Allemands et engagent autour des casernes et dans le hameau d'Happlincourt un corps à corps acharné.

La division de gauche, décimée, n'avait pas progressé; le régiment, découvert sur son flanc gauche, cloué sur place par les barrages de mitrailleuses, fit face au nord et s'installa entre la Verse et Happlincourt, aux lisières mêmes de Noyon que le 26 tirailleurs venait de nettoyer.

La 37e division avait reconquis la vieille cité médiévale et, tout proches, les morts de Cuts, de Tracy et de Quennevières ont dû ce jour-là tressaillir d'aise dans leur glorieux linceul.

L'attaque reprit le 30 août. Sous un feu intense, le commandant Despas lança le 11e bataillon sur les pentes du mont SaintSiméon, en liaison avec le 3e zouaves. La progression fut rude; les hommes durent avancer par infiltration, en rampant sous les balles, mais, animés d'une sublime abnégation, ils atteignirent envers et contre tous la tranchée du Lacet, au sommet même du mont Saint-Siméon, privant l'ennemi de son plus dangereux observatoire.

Il fallut s'arrêter à nouveau, se fortifier sur place pour résister aux nombreux retours offensifs des troupes allemandes qui, furieuses d'avoir perdu la ville, voulaient à tout prix nous arracher nos gains. Nos pertes avaient été lourdes; le feu, la fatigue,


Noyon. - Chauny. - Tergnier (du 28 août au 7 septembre 1918).

Progression dj e zouaves.


les gaz toxiques avaient décimé les unités encore affaiblies par les pertes de Moreuil : pas un homme ne recula; à défaut de chefs, de simples soldats ^lectrisent leurs camarades et font passer dans les rangs un frisson d'héroïsme.

Citons un seul trait : l'équipe de fusiliers-mitrailleurs du zouave Bellegueule a brûlé toutes ses cartouches; l'ennemi va attaquer et les hommes hésitent. « Les enfants, hurle-t-il, mon revolver est encore chargé. Toutes les balles pour les Boches, la dernière pour moi! » Tous se redressent : la contre-attaque échoue.

Avec de tels hommes, le régiment ne pouvait pas perdre un pouce de terrain. Quand, quelques jours après, l'ennemi, harassé, dut se décider à nouveau à la retraite, c'est avec un même élan et une même ardeur patriotique que tous s'élancèrent à sa poursuite, méprisant à chaque instant les dangers et ne laissant aucun répit aux arrière-gardes.

Le 4 septembre, le régiment dépassait le château de Salencyr Béhéricourt et la croix de Béhéricourt. Le 5 septembre, il traversait Grandrupt, Mondescourt, Mare.st-Dampc"()Urt et, malgré des barrages effroyables, se maintenait sans cesse en contact étroit avec le Boche. Le 6 septembre, il enlevait Chauny, Vitryi Noureuil et, n'écoutant que son courage, s'arrêtait seulement devant Vouel, très en flèche par rapport aux unités voisines et forcé de se défendre sur tous les points. Le 7 septembre, enfin, par une habile manœuvre, il franchissait le canal Crozat, s'emparait de Tergnier et Fargnier et s'arrêtait aux portes de La Fère en interdisant à l'ennemi toute contre-attaque.

- Sa mission désormais terminée, après quelques jours de sec-- teur, il gagnait ses cantonnements de repos la tête haute, fier du devoir noblement accompli et couronné des plus beaux lauriers.

Le nom de Noyon, qu'auréole le sang de 700 hommes du 2e zouaves, restera pour toujours inscrit glorieusement parmi les plus beaux faits d'armes de notre régiment, si riche cependant en héroïsme.

La magnifique citation suivante allait d'ailleurs récompenser les survivants et valoir au 2e zouaves l'honneur de porter la fourragère aux couleurs de la médaille militaire : Le général commandant la IIIe armée cite à l'ordre de l'armée : Le 2' régiment de marche de zouaves : « Régiment d'élite. Sous le commandement éclairé et froidement résolu de son chef de corps, le lieutenant-colonel de Metz, a franchi de vive force, le 28 août 1918, le canal du Nord, aux portes mêmes d'une ville importante que sa brillante ma-


nœuvre du lendemain devait faire tomber. Le 29 août 1918, a attaqué sans regarder en arrière, a supporté une contre-attaque violente sur son flanc gauche, s'est cramponné au sol et a conservé la ville reconquise.

Le 30 août 1918, a emporté d'assaut -un piton âprement défendu, escaladant les pentes sous un feu violent d'artillerie et de mitrailleuses. Les 5, 6 et 7 septembre 1918, a toujours devancé l'heure de l'attaque, menant avec fougue la poursuite d'un ennemi à qui sa vitesse en imposait; est demeuré trois jours en avant-garde à 4.000 mètres au delà de toute liaison latérale, obligé la nuit venue de faire face dans toutes les directions. Par son acharnement, par son audace, a empêché l'ennemi de se raccrocher aux lignes prévues dans ses ordres et a précipité le mouvement de retraite jusqu'aux inondations de la ligne Siegfried. A fait des prisonniers de trois régiments différents. »

Signé : général HUMBEnT.

LE HÉRIE-LA-VIÉVILLE.

Dès le 23 octobre, le régiment était réengagé. Sous la pression constante des armées alliées, en Flandre, dans le nord de la France et en Champagne, l'ennemi reculait peu à peu et abandonnait les positions Hindenburg et Siegfried, qu'il avait organisées pendant si longtemps et qu'il croyait inattaquables.

Le 23 octobre, le 2e zouaves quittait Chauny, où il avait joui de quelques jours de répit et, en deux étapes, venait se placer sur la Serre, à Anguilcourt, Le Sart et Achery, en soutien immédiat de la 58e division. La 37e division avait l'ordre de se placer côte à côte avec la 58e, dès que cette dernière aurait réussi à s'emparer de la ferme puissamment organisée de Ferrière.

Le 26 octobre, comme la ferme de Ferrière venait de tomber entre nos mains, le régiment quittait Anguilcourt, traversait Renansart pendant la nuit et s'installait aux environs de Port-Sée, avec mission de prendre, dès le matin du 27, sa place habituelle d'avant-garde de la 37e division, en liaison à gauche avec la 58e.

Le 27, d'un seul bloc, tout le régiment se portait en avant à la poursuite de l'ennemi; il franchissait sans arrêt une dizaine de kilomètres et s'arrêtait à la tombée de la nuit devant le village de Le Hérie-la-Viéville, où l'Allemand, vaincu, tentait pour la dernière fois d'enrayer notre avance victorieuse. Le 28, à 6 heures, le régiment s'élançait à l'attaque du village.

Jamais peut-être l'ennemi n'avait réussi à trouver une posilion aussi formidable que cette localité. Le village, placé sur un piton élevé, dominait toute la région; il fallait absolument., pour l'atteindre, franchir un glacis de deux kilomètres environ, en pente assez raide, dont les mitrailleuses pouvaient battre aisé-


ment les moindres cheminements. En avant du village, les Allemands avaient creusé deux lignes de tranchées garnies d'épais réseaux de fils de fer et protégées elles-mêmes par une série de fortins fermés, véritables nids de mitrailleuses. Mais les zouaves étaient électrisés par leurs victoires précédentes, et ils voulaient montrer qu'ils sauraient combattre et mourir aussi bien que ceux de Guise, dont les tombes étaient proches.

A 6 heures donc, le 11e bataillon, chargé delà mission d'avantgarde, s'élançait, ses deux compagnies de tète merveilleusement entraînées par le capitaine Dressler et le lieutenant Durignieux.

Il réussit à s'emparer de quelques-uns des fortins et à faire prisonniers les occupants. Force lui fut bientôt, devant des fils de fer intacts et sous le feu des mitrailleuses, de s'arrêter et de s'organiser un abri provisoire.

L'attaque reprit le 30 octobre, à 6 heures. Pleins d'une héroïque abnégation, les zouaves du 11e bataillon, sans se laisser décourager par la mort des deux chefs splendides qui les avaient conduits si souvent à la bataille, le capitaine Dressler et le lieutenant Durignieux, s'emparent des derniers fortins organisés et s'établissent à proximité immédiate des fils de fer, prêts, au premier signal, à se lancer à l'attaque décisive.

Le commandement employa les journées des 31 octobre, 1er, 2, 3 et 4 novembre, à accumuler devant Le Hérie-la-Viéville de formidables moyens d'artillerie. Les réglages furent conduits avec soin et, le 5 au matin, l'assaut devait reprendre. Tout portait à croire que l'Allemand serait battu; il le comprit lui-même et, dans la nuit du 4 au 5, il se hâta de battre en retraite. Alors commença pour le. 2e zouaves une période .inoubliable. Suivant sans répit les colonnes allemandes, il eut la joie de délivrer maints villages qui, depuis quatre ans, souffraient les pires tortures sous la botte allemande. A l'entrée de chaque localité, les habitants, la figure have, et n'osant croire encore à leur bonheur, - venaient embrasser, en pleurant, les soldats libérateurs.

Aussi, plein d'indignation et d'espoir, le régiment, poursuivitil sans répit son avance. Le 5, il dépassait Puisieux, ClanIieu, Colonfay et Le Sourd; le 6, Féronval, Ambercy, La Chaussée; le 7, il franchissait le Thon; le 8, il atteignait la Demi-Lieue; le 9,Hirson, où il passait en réserve de division. Il s'apprêtait, le 11 novembre, à franchir la frontière de Belgique quand un télégramme du maréchal Foch lui apprit la signature de l'armistice et la signature de la cessation des hostilités.

Jusqu'à la dernière minute, le régiment avait fait brillam-


Le Hérie-la-Viéville. — Hirson (du octobre au 11 novembre 1918).



ment tout son devoir. Une cinquième. citation à l'ordre de l'armée apportait, en effet, une nouvelle gloire à son drapeau.

Le général commandant la I" armée cite à l'ordre de l'armée : Le 2' régiment de marche de zouaves : « Magnifique régiment qui s'est couvert de gloire au cours de la campagne, notamment à Verdun. Réengagé le 27 octobre 1918 sous le commandement du lieutenant-colonel de Metz, peu après de brillantes opérations qui lui valaient une citation à l'ordre de l'armée, a fait preuve de remarquables qualités de ténacité dans l'attaque de la forte position de Le Hérie-la-Viévillo. S'est élancé ensuite à la poursuite avec une âpreté et une ardeur exceptionnelles, empêchant l'ennemi de se rétablir avant Hirson et d'opérer la destruction des ponts de la ville, capturant un matériel important et cinq trains de chemin de fer prêts à partir. » Signé : général DEBENEY.

Le 2e zouaves reçut la grande nouvelle de l'armistice avec une joie profonde, vibrante à la fois et recueillie — et ces minutes inoubliables furent pour lui la récompense tant attendue de ses efforts, de ses souffrances, de l'héroïque sacrifice de tous ses morts.

« Aigle du 26 zouaves, sois fière de tes soldats », s'était écrié le maréchal de Mac-Mahon en lui attachant, premier de tous les étendards de France, le ruban rouge de la Légion d'honneur.

Redresse-toi plus fière encore aujourd'hui, au milieu des trophées de la salle d'honneur, car les zouaves de 1914 ont

été dignes de ceux de Magenta et ils ont su venger les glorieux vaincus de Frœschwiller et de SedJ?\

~, à. ,\



Citations obtenues par les bataillons du 2e régiment de marche de zouaves.

Extrait de l'ordre général n° 159 du 8 juin 1915.

Le général commandant la VIe armée cite à l'ordre de l'armée : Le 1er bataillon du 2e régiment de marche de zouaves.

Sous les ordres du chef de bataillon Philippe, pour l'élan magnifique qu'il a montré dans l'attaque du 6 juin 1915 et la façon remarquable dont il s'est servi de la baïonnette, grâce a quoi il a infligé des pertes sévères à l'ennemi.

Le 11e bataillon du 2e régiment de marche de zouaves.

Sous les ordres du chef de baaillon Cassaigne, s'est porté avec le -plus beau courage à l'attaque d'un point d'appui fortement organisé:" a subi de grosses pertes sous le feu de l'ennem isans ralentir son élan; Signé : DUBOIS.

Extrait de l'ordre général no 452 du 23 octobre 1916.

Le général commandant la IIe armée cite à l'ordre de l'armée : Le 5e bataillon du 2e régiment de marche de zouaves.

Sous le commandement du capitaine Thomas, s'est emparé d'un ouvrage ennemi solidement organisé en y faisant plus de 300 prisonniers dont 8 officiers.

Signé : NIVELLE.


Citations obtenues par le 2e régiment de marche de zouaves.

1° Extrait de l'ordre général no 477 du 28 janvier 1916.

Le général commandant la IVe armée cite à l'ordre de l'armée : Le 2e régiment de marche de zouaves.

Aux ordres successifs du lieutenant-colonel Decherf et du chef de baaillon de Saint-Maurice, a préparé par un travail acharné son offensive de Champagne. S'est emparé le 25 septembre 1915, avec un élan que n'a pu briser le feu meurtrier des mitrailleuses, de trois lignes de tranchées et d'un bois fortement organisé. A poussé le 26, une nouvelle attaque en prenant à l'ennemi 4 canons et un important matériel; est resté en ligne jusqu'au 1" octobre sous un feu très dur d'artillerie lourde, organisant énergiquement et solidement le terrain conquis.

Signé : GOURAITD.

20 Extrait de l'ordre général no 573 du 5 janvier 1917.

Le général commandant la IIe armée cite à l'ordre de l'armée : Le 2e régiment de marche de zouaves. Le 15 décembre 1916, sous le commandement du lieutenant-colonel Bonnery, s'est 'élancé à l'assaut avec la plus belle ardeur, malgré les difficultés du terrain et un violent bombardement. Surmontant les résistances de l'ennemi, a atteint à l'heure fixée, après une marche de plus de trois , kilomètres, l'objectif qui lui était assigné; s'y est maintenu malgré de violentes contre-attaques; a fait de nombreux prisonniers, capturant 10 canons et un matériel de guerre considérable.

Signé : GUILLAUMAT.

3° Extrait de l'ordre général no 286 du 2 janvier 1918.

4

Le général commandant la 37e division cite à l'ordre de la division :

Le 2e régiment de marche de zouaves.

Régiment aoimé du plus bel enthousiasme et de la foi patriotique la plus profonde. Le 25 novembre 1917, sous les ordres du lieutenant-colonel


de Metz, après avoir, été soumis pendant plusieurs heures au violent bombardement de l'artillerie ennemie, est sorti d'un superbe élan de ses tranché.es et, malgré les plus grandes difficulés, a conquis tous ses objectifs, mettant l'ennemi en fuite et lui enlevant des prisonniers 'et du maté'riel.

Signé : Garnter-Duplessis.

40 Extrait de l'ordre général ne 137 du 30 septembre 1918.

Le général commandant la Ire armée cite à l'ordre de l'armée : Le 2e régiment de marche de zouaves.

Sous les ordres du lieutenant-colonel de Metz, a effectué en trois jours de combats et de brillantes manœuvres, du 8 au 10 août 1918, une progression de vingt-deux kilomètres dans les lignes ennemies. Véritable régiment d'avant-garde, a poussé le 10 août au delà de ses objectifs pour occuper de points dominants et faciliter ainsi aux régiments voisins le passage de l'Avre.,A capturé dans ces trois journées 19 canons, 19 mitrailleuses et plusieurs centaines de prisonniers.

Signé : DEBENEY.

5° Extrait de l'ordre général ne 548 du 13 octobre 1918.

Le général commandant la IIIe armée cite à l'ordre de l'armée :

,

Le 2e régiment de marche de zouaves.

Régiment d'élite; sous te commandement éclairé. et froidement résolu de son chef de corps, le lieutenant-colonel de Metz, a franchi de vive force, le 28 août 1918, le canal du Nord aux portes mêmes d'une ville importante que sa brillante manœuvre du lendemain devait faire tomber.

Le 29 août 1918, a emporté d'assaut un piton âprement défendu, escaladant les pentes sous un feu violent d'artillerie et de mitrailleuses. Les 5, 6 et 7 septembre 1918, a toujours devancé l'heure de l'attaque, menànt - avec fougue la poursuite de l'ennemi à qui sa vitesse en imposait; est demeuré trois jours en avant-gàrde à 4.000 mètres au delà de toute liaison latérale, obligé la nuit-venue de faire face dans toutes'les directions.

Par son. acharnement, par, son audace, a empêché l'ennemi de se raccrocher aux lignes prévues dans ses ordres et a précipité le mouvement de retraite jusqu'aux inondations de la ligne Siegfried. A fait des prisonniers de trois régiments différents.

- Signé : Humbert.


6o Extrait de l'ordre général n° 236 de la 1" armée en date du 8 février 1919.

Le général commandant la Ire armée cite à l'ordre de l'armée : Le 2e régiment de marche de zouaves.

Magnifique régiment qui s'est couvert de gloire au cours de la campagne, notamment à Verdun. Réengagé le 27 octobre 1918 sous le commandement du lieutenant-colonel de Metz, peu après de brillantes opérations qui lui valaient une citation à l'ordre de l'armée, a fait preuve de remarquables qualités de ténacité dans l'attaque de la forte position de Le Hérie-la-Viéville; s'est élancé ensuite à la poursuite avec une âpreté et une ardeur exceptionnelles, empêchant l'ennemi de se rétablir avant Hirson et d'opérer la destruction des ponts de la ville, capturant un matériel important et cinq trains de chemin de fer prêts à partir.

Sifiné : DEBENEY.


Citations du lieutenant-colonel de Metz.

1° Ordre no 482 D du 14 novembre 1914 (chevalier de la Légion d'honneur).

M. DE METZ (P.-M.-A.), capitaine de réserve au 2e régiment de marche de zouaves, a été nommé dans l'ordre de la Légion d'honneur au grade de chevalier : A maintenu sa compagnie pendant deux jours dans une ferme à 50 mètres de fortes tranchées allemande et, malgré la situation difficile, a organisé la défense de la ferme et des abords dans de telles conditions qu'il a pu la conserver.

Signé : JOFFRE.

2° Ordre n6 33 de la X' armée du 1" décembre 1914.

Le général commandant la Xe armée cite à l'ordre de l'armée: Le capitaine de réserve DE METZ, du 26 régiment de marche de zouaves.

Depuis le 4 septembre, a été presque constamment en première ligne avec sa compagnie; s'est fréquemment porté en avant pour prendre des croquis et fournir des renseignements au commandement, ne craignant pas de s'exposer. A entraîné sa compagnie de façon remarquable en toutes circonstances.

30 Extrait du « Journal officiel » du 20 juin 1915 (page 4082).

Citation à l'ordre de l'armée : A fait preuve, pendant la série des combats du 22 au 29 avril et pendant ceux du 16 au 18 mai, des plus belles qualités militaires; a maintenu constamment son bataillon sous un feu violent d'artillerie lourde et l'a porté plusieurs fois à l'assaut avec succès.

4° Ordre no 15 de la 45' division.

Citation à l'ordre de la division : M. DE METZ (Pierre), capitaine au 2e bis de marche do zouaves.


A la bataille de la Marne, sous Soissons, sous Arras, toujours en première ligne; en reconnaissance, en mission, a fait preuve des plus belles qualités militaires et de la plus froide bravoure, faisant l'admiration de la troupe et de ses chefs. 9 Signé : QUIQUANDON.

5° Extrait de l'ordre no 4341 D.

Est promu, à la date du 6 janvier 1917, dans l'ordre de la Légion d'honneur, pour officier:, M. DE METZ, chef de bataillon au 3e zouaves de marche.

A pris le commandement de son régiment au cours de l'attaque du 15 décembre 1916; a dirigé l'action avec la plus belle énergie et la plus grande habileté et a obtenu des résultats particulièrement brillants; a atteint l'objectif désigné à 3 kilomètres du Dpint de départ. Par la vigueur imprimée à l'attaque, a contribué à l'enlèvement de haute lutte de 10 pièces d'artillerie, de 9 mitrailleuses et plus de 500 prisonniers. Déjà trois fois cité à l'ordre de l'armée.

6° Ordre 193 de la va armée du 6 mai 1917.

Le général commandant la Ve armée cite à l'ordre de l'armée : M. DE METZ (Pierre), lieutenant-colonel au 2e zouaves de marche.

Ayant pris le commandement du 2' zouaves de marche quelques jours à peine avant l'attaque du 16 avril 1917, a su inspirer à tous ses subordonnés l'ardeur et la confiance qui ont permis à ce régiment de traverser plusieurs lignes de tranchées formidablement organisées et de se maintenir sur le terrain conquis entre la première et la deuxième position allemande.

Signé : MAZEL.

Ordre général n° 57.

Le colonel de SAINT-MAURICE, commandant l'infanterie de la 37e division, cite à l'ordre de l'I. D./37 : M. DE METZ, lieutenant-colonel commandant le 26 régiment de marche de zouaves.

Chef de corps de haute valeur morale, doué d'un caractère remarquablement trempé et de qualités professionnelles qui se sont brillamment manifestées dans tous les rudes combats où il a mené son régiment. Depuis


mars 1917, a été l'âme du 2" zouaves qui lui doit les plus belles pages de son histoire. Après les magnifiques et rudes conibats devant Reims le 16 avril 1917, Nomény le. 4 mars 1917, Verdun et la cote 344 en octobre 'et novembre 1917, a magnifiquement mené son beau régiment, le 8 août 1818, à l'attaque du bois de Moreuil, Tentraînant ensuite dans une progression de 22 kilomètres; réengagé le 28 août 1918, il enlève Noyon et le quartier de cavalerie, le mont Saint-Siméon et, pendant une poursuite de six jours, sans regarder derrière soi, affirme dœ qualités militaires et une foi dans le succès qui triomphent notamment devant La Fère de la situation aventurée où l'a engagé son ardeur à la poursuite. Le 27 octobre 1918, cramponné à la forte position de Le Hérie-la-Viéville, que défend désespérément l'ennemi, bouscule les arrière-gardes dès avant l'heure de l'attaque et reprend une poursuite que l'armistice arrête_en Belgique, A fait citer, trois fois le 2e zouaves à l'ordre de l'armée.








r'A Liûraifie militaire CHARLES-LAVAUZELLE ",,co, PARIS, 124, Boulevard St-Oermaln, et LIMOGES ERNEST GAY, président du Conseil général de la Seine. — Paris Héroïque. La grande guerre. Avec le Discours-Préface prononcé par M. POINCARÉ, Président de la République, le 19 octobre 1919, à la remise de la croix de guerre à la ville de Paris. Volume in-8° de 340 pages. H .., , 7 50

ERICH VON FALKENHAYN, général de l'infanterie. — Le Commandement Suprême de l'Armée allemande (1914-1916).

et ses décisions essentielles. Traduction et avertissement par le général A. NIES SEL, commandant le 19e corps d'armée. Grand in-80 de 236 pages, avec 12 cartes. , ., 24 »

LUCIEN CORNET, sénateur —1914-1915 : Histoire de la guerre : TOME 1er (des origines au 10 novembre 1914). In-8° de 380 pages. 7 50 TOME H (du 10 novembre 1914 au 31 mars 1915). In-8° de 360 pages. 7 50 TOME 'III (da31 mars 1915 jusqu'à 1a fin de 1915). In-8° de 344 p. 9 > TOME IV (en préparation,)

Général GOMER CASTAING. — Sur le front : Méditations et Pensées de guerre (août 1914-mars 1918). Préface du Général DE MAUD'HUY. Volume in-18 de 220 pages. 5 »

PIERRE DAUZET. - La guerre de 1914-1916 ; De Liège à la Marne, préface de M. G. HANOTAUX, de l'Académie française. Brochure in-8o. avec un croquis dans le texte et une carte en couleurs (56X76) du théâtre des opérations et de la situation successive des armées. 3 75

PIERRE DAtJZET. - La Bataille des rlandres. Guerre 1914.

(16 octobre-15 novembre 1914), avec une carte en couleurs et deux croquis. Volume in-80 de 132 pages..- 3 75

Prince DE BULOW, — La politique allemande. Traduit par M. HERBETTE, ministre plénipotentiaire. Volume in-18 de 324 pages. 4 50 CHARLES LAFON, lieutenant de vaisseau, aviateur-aéronaute, lauréat de Unstitut — Les armées aériennes modernes (France et traniler). Ouvrage suivi d'une étude sur l'action des flottes aériennes pendant la' guerre 1914. Volume in-8® de,268 pages, avec 8 croquis ou gravures dans le texte, broché.. 6 »

Capitaine JEAN-RENAUD.— Qui Vive ?». La Tranchée 1 avec préface de Jules SAGERIÎT. 148 pages. 3 75

Général NIOX. — Petit Atlas du Musée de l'armée. 20 belles .cartes permettant l'étude du traité de paix. '2 *

Capitaine KUNTZ. — 1914-1915. Les Opérations francobritanniques dans les Flandres. Vol. m-8" de 136 pages, avec 9-croquis et 2-cartes 3 75