COUVEUSB AMTtFtMEt.LE 59 sades) avait été renommée, dans toute la province, pour la paillardise des mâles et pour la légèreté des femelles, bonne souche de bons vivants adorant, ceux-ci, le vin, et celles-là l'amour, ce qui devait en faire une compagnie agréable. De ce ferment de joyeuseté et de galanterie, la douairière n'avait rien gardé dans ses veines virginales. Elle avait vécu selon le Seigneur, pudique et charitable, et sa vieille âme retrouverait des ailes de colombe, blanches comme la première neige, pour s'abattre aux pieds du Très-Haut. Un tour à la chapelle et ce fut tout. L'abbé Bize- minet vous troussait une messe en moins de vingt minutes, sans en omettre le moindre oremus. Vir- gile lui-même n'eût rien compris à son latin. Une partie de tric-trac fit attendre le déjeuner auquel on retenait le curé. Très galamment celui-ci la perdit, ce qui rendit la douairière d'excellente hu- meur. Je vous fais grâce des plaisanteries grossières qu'accumulent les gens mal élevés sur la gourman- dise des prêtres. Je me méfie, pour ma part, de ceux qui mangent sans convoitise et sans plaisir. C'est qu'ils trouvent ailleurs la compensation in- terdite, à moins que l'appétit formidable de quel- ques-uns ne soit qu'un besoin immense de répara- tion. Mon Dieu, comme tout est jugement téméraire en ce cas Ce qui est certain, c'est que Rabelais le seul à qui j'aurais consenti de me confesser adorait les godebilleaux et ne m'en semble que plus divinement aimable pour cela.