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QUESTIONS DIPLOMATIQUES ET COLONIALES

LE MAROC FRANÇAIS

L'Algérie et la Tunisie sont, de tous les États barbaresques, ceux qui ont jusqu'ici absorbé le plus notre attention. Il y a cependant à l'ouest de nos possessions du nord de l'Afrique, à 48 heures seulement de Marseille, une vaste contrée fort mal connue encore, et qui devra un jour ou l'autre rentrer dans notre sphère d'action si nous voulons donner à notre empire africain une entière fixité. Nos géographes donnent à ce pays le nom de Maroc; il constitue pour les musulmans le Maghreb-el-Aksa, c'est-à-dire l'Occident extrême.

Placé à l'angle nord-ouest du continent africain, ce pays est le plus riche des anciens États barbaresques ; contrairement à ce qui se passe dans le reste de la Berbérie, l'eau s'y trouve en abondance. Aussi l'a-t-on surnommé quelquefois la Normandie africaine.

Cette prospérité est due à la hauteur de son système montagneux qui assure aux différents fleuves qui le sillonnent un débit considérable; au régime des pluies qui y entretiennent une humidité relativement considérable; enfin à sa situation entre deux mers qui le place, à l'ouest, par sa côte atlantique, dans la zone d'influence des vents alizés, et le soumet au nord, par sa rive méditerranéenne, à l'influence des vents d'ouest et de ceux du nord, et à l'action des courants aériens qui s'établissent dans le détroit de Gibraltar.

Bénéficiant de cette situation privilégiée, le sol du Maghreb-elAksa est d'une fertilité remarquable, principalement dans les régions du Haha, des Doukkala, des Chaouïa, des Abda, de la plaine de Sebou, où les terres sont magnifiques. L'irrigation se fait presque partout facilement jusque dans l'oued Dra.

De plus, le minerai de fer se trouve à chaque pas, et le cuivre se ramasse à fleur de terre (principalement au Sous).

Dans ces conditions, une contrée aussi riche sera, pour la nation européenne qui y établira sa domination, la plus prospère des colonies.

Les Anglais, que l'on trouve partout dans le monde où il y a à prendre, ont déjà tâté le terrain avec Sir Euan Smith. L'échec de ce diplomate a-t-il arrêté leurs convoitises? On ne saurait le dire, car

QUEST. DIPL. ET COL. — T. VIII. — 21. — 15 NOVEMBRE 1899.