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124 PENSÉES DE PASCAL

bêtes, ni qu'il croie qu'il est égal aux anges, ni qu'il ignore l'un et l'autre; mais qu'il sache l'un et l'autre.

IX. — L'homme n'est ni ange ni bête; et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête.

X. — Il est dangereux de trop faire voir à l'homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. — Il est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. — Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l'un et l'autre. — Mais il est très avantageux de lui représenter l'un et l'autre.

XL — L'Ecclésiaste montre que l'homme sans Dieu est dans l'ignorance de tout et dans un malheur inévitable 1.

Car c'est être malheureux que de vouloir et ne pouvoir. Or, il veut être heureux et assuré de quelque vérité, et cependant il ne peut savoir ni ne désirer point de savoir. Il ne peut même douter.

XIÏ. —- Je blâme également et ceux qui prennent parti de louer l'hommej et ceux qui le prennent de le blâmer, et ceux qui le prennent de le divertir; et je ne puis approuver que ceux qui cherchent en gémissant.

XIII. — S'il se vante, je l'abaisse; s'il s'abaisse, je le vante ; et le contredis toujours,, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible.

XIV. — Que l'homme maintenant s'estime son prix. Qu'il s'aime, car il a en lui une nature capable de bien ;

mais qu'il n'aime pas pour cela les bassesses qui y sont.

Qu'il se méprise, parce que cette capacité est vide; mais qu'il ne méprise pas pour cela cette capacité naturelle.

Qu'il se haïsse, qu'il s'aime : il a en lui la capacité de

1. ECOLES., VIII, 17 et passim.

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