CH. II. — L'HOMME AU REGARD DE DIEU 17 — Je le confesse, je l'avoue. Mais" encore n'y a-t-il point moyen de voir le dessous du jeu ? — Oui, l'Écriture, et le reste, etc. — Oui ; mais j'ai les mains liées et la bouche muette ; on nie force à parler, et je ne suis pas en liberté ; on ne me relâche pas, et je suis fait d'une telle sorte que je ne puis croire. Que voulez-vous donc que je fasse ? — 11 est vrai. Mais apprenez au moins votre impuissance à croire, puisque la raison vous y porte et que néanmoins i vous ne le pouvez 1 ; travaillez donc, non pas à vous con- ; vaincre par l'augmentation des preuves de Dieu, mais par ; la diminution de vos passions. Vous voulez aller à la foi, et vous n'en savez pas le che- : min; vous voulez vous guérir de l'infidélité, et vous en | demandez les remèdes. Apprenez-les de ceux qui ont été ' liés comme vous et qui parient maintenant tout leur bien ; .'■ ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez 1 suivre, et guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé : c'est en faisant tout comme s'ils croyaient, en prenant de l'eau ■; bénite, en faisant dire des messes, etc. Naturellement même cela vous fera croire et vous abêtira -. 1. Impuissance à croire purement rclatiee, c'est-à-dire pour ceux qui ne savent pas se dégager de leurs passions mauvaises, et pour lesquels « l'augmentation » des preuves théoriques est chose fort inefficace. 2. Une opinion frivole et prévenue s'est donné la fantaisie de prendre au pied de la lettre cette forte expression de Pascal pour s'en faire une arme telle quelle contre la foi de ce grand homme. On s'est obstiné à ne pas voir que dans ce dialogue . l'apologiste de la foi se place, comme nous l'avons déjà fait observer, dans l'hypothèse de son interlocuteur; qu'il lui emprunte son langage, lui oppose ses propres armes, et achève de le réduire, selon sa méthode habituelle, par une de ces puissantes ironies, où il était passé maître. Il serait fort °trange de voir un avocat de l'abêtissement systématique dans GUTHLIN. — PASCAL. — 2