— XVI — « De toutes mes généalogies », nous disait-il souvent, « c'est à celle des BECQUET DE » MÉGILLE que je travaille le plus volontiers; c'est la famille la plus essentiellement douai- » sienne et, en m'en occupant, je fais une partie de l'histoire de Douai. » Il unissait ainsi dans ses efforts son amour pour la cité natale et sa sympathie pour des amis et des parents. Et ces efforts-là, que le succès a couronnés, ils ont été longuement poursuivis. A notre con- naissance, il y a vingt ans et plus que feu M. Oscar BECQUET DE MÉGILLE mettait ses archives domestiques à la disposition de M. de Ternas : « Voilà », nous disait-il, en montrant tous ces parchemins scellés, ces titres et ces manuscrits qui alors encombraient son cabinet, « voilà l'une des sources les plus précieuses de l'histoire de notre ville ! » Telle fut la base de son travail généalogique; mais il ne s'en tint pas là; quelqu'intéressantes que soient des archives privées, elles ne sauraient être complètes, vu l'action du temps, des partages et des émigrations. Aussi est-ce dans le dépôt municipal de Douai qu'il poursuivit ses recherches, dépouillant les vieux registres paroissiaux, les délibérations des Consaux, les comptes, les registres aux bourgeois, l'inventaire et les extraits manuscrits de Guilmot, les tables de Bommart, etc., retrouvant, grâce à une persévérance qui ne se laissait jamais rebuter, non seulement des membres de la famille dont les archives domestiques n'avaient point conservé la trace, mais aussi des branches tout entières. C'est ainsi que, sur des indications fournies par les archives municipales de Douai, il a réussi à suivre à Orchies une branche qui, jus- qu'à la fin du XVIIe siècle, a occupé dans la troisième ville de l'ancienne Flandre wallonne un rang distingué. Dans le dépôt départemental de Lille, il retrouvait une commission de l'an 1543, délivrée par l'empereur Charles-Quint à un membre de la famille BECQUET DE MÉGILLE et des lettres de rémission du roi d'Espagne, de l'an 1583, contenant des particularités intéressantes; il complétait aussi, grâce à deux ou trois censiers du domaine royal d'Orchies, ce que d'obli- geantes communications, tirées des archives locales, lui avaient appris sur les descendants du Douaisien qui fit souche à Orchies. A Arras, il découvrait trois commissions du XVIe siècle, émanées de Philippe IL Aux archives du greffe de la Cour d'appel, conservées alors à Douai et ensuite transférées à Lille, mais en partie seulement, c'étaient des inventaires curieux du XVIIe siècle et des lettres de noblesse du XVIIIe, que M. de Ternas savait exhumer. Enfin il allait lui-même à Bapaume, au berceau de la famille dont il faisait l'histoire et avait le bonheur (chose presque inouïe) de constater la présence, dans les archives de cette petite ville, d'un registre du XVe siècle, où était mentionné en 1489 l'auteur de la famille BECQUET DE MÉGILLE. Quant à la partie héraldique, qui n'est pas la moins curieuse de son oeuvre, il l'a traitée d'après les données des sceaux et des vieux armoriaux, a découvert un sceau de l'an 1551 aux armoiries timbrées de la famille BECQUET (planche I) et retrouvé celles d'un grand nombre de familles de l'ancien patriciat douaisien. Grâce à lui, notre épigraphie locale s'est enrichie d'un monument jusqu'alors ignoré et qu'à la Révolution on avait transporté de l'abbaye de Sin (située près de la Gare actuelle) dans une ferme de la rue de la Herse (planche III). Par ses soins, ont été reproduites trois autres épitaphes, une qu'on a vue longtemps en l'église Notre-Dame (planche V), une autre qui existe dans celle de Cantin (planche VII), une autre qui orne encore l'église Saint-Pierre (planche IV); ainsi que l'inscription des pierres de fondation du pilori de Cantin (planche VI). C'est donc une oeuvre soignée, patiente, vraie et intéressante, que nous présentons aujourd'hui, non point au public, mais aux quelques privilégiés auxquels la destine le chef actuel de la famille BECQUET DE MÉGILLE. FX B.