Home Plain text
Text mode Audio mode
page 17 (screen 22 of 196)
Next page Previous page  
  Last page First page

ÉCRIVAINS-ENLUMINEURS. 17

du monde! C'est là que nous aurions désiré demeurer toujours, à cause de la grandeur de notre amour pour cette belle ville, où il nous semblait que les journées fussent trop courtes ou trop peu nombreuses. Dans celle cité est la serre chaude de l'esprit ; là sont des bibliothèques dans des cellules embaumées d'aromates intellectuels; là fleurissent toutes sortes de volumes; là de beaux gazons académiques invitent les péripatéticiens à les fouler aux pieds ; là sont les promontoires du Parnasse et les portiques du stoïcisme. C'est là qu'en vérité, ouvrant notre trésor et déliant les cordons de notre bourse, nous avons répandu l'argent d'un coeur joyeux, pour racheter et arracher à la poussière et à la fange des livres inestimables. » Les Anglais, qui avaient d'abord eu d'excellents copistes,, en étaient réduits alors, quand ils avaient le goût des livres, à venir les acheter en France, comme le fait ici Richard de Bury. Le temps était passé pour eux de cette belle école irlandaise ou hibemo-saxonne, de laquelle Alcuin était sorti, et dont les chefs-d'oeuvre, marqués à l'empreinte de ce style sévère et primitif, emprunté sans doute aux Romains, sont: le célèbre livre de Durham, daté du huitième siècle, el les Évangiles, que Giraldus Cambrensis admira à Kildare. ' Ce manuscrit resplendissait d'ornements si délicats et si brillants; ses majuscules, entourées d'une auréole de lignes ronges, fines et poinlillées, étaient si sveltes el si gracieuses, que, suivant une légende, l'enlumineur avait exécuté ce bel ouvrage sur les modèles dessinés et fournis par un ange, à l'intercession de sainte Brigitte. Mais, nous le répétons, cet âge d'or de l'enluminure en Angleterre était passé depuis longtemps. Déjà, à la fin du treizième siècle, l'indifférence pour les livres était si grande dans ce pays, qu'un de ses plus riches couvents, l'abbaye de Bolton, n'acheta que trois volumes en quarante ans. Encore le meilleur des trois, le Liber sententiarum, de P. Lombard, n'avait-il pas été fourni par l'Angleterre : c'esl en France qu'on était venu l'acheter moyennant une somme de 960 livres. Nous ne connaissons, à cette époque, qu'un enlumineur anglais digne de quelque estime, c'esl Lydgale, à qui l'on doit les vignettes du livre de saint Edmond, peintes sur fond couleur d'or, avec la plus correcte délicatesse et une remarquable puissance de tons. Les ouvrages des autres copistes et enlumineurs d'Angleterre ne sont que des imitations serviles des manuscrits français et italiens. M. Paulin Paris le dit positivement à propos de la Bible historiale traduite par Guyarl Des Moulins, qu'il croit être l'ouvrage de deux scribes normands et d'un imagier breton ou anglais. « Ces derniers, écrit-il, qui n'ont jamais eu de style particulier dans les arts, se modelaient, au quatorzième siècle surtout, sur les enlumineurs italiens, el nous en trouvons d'autres exemples. » Cela est si vrai que lorsqu'il s'agissait d'un livre de haut prix, d'un manuscrit de luxe, pour lequel n'aurait pu suffire le maigre talent de ces imagiers imitateurs, on recourait à la touche brillante des enlumineurs français. L'auteur anglais d'une curieuse notice sur l'enhunjmTre-des manuscrits, publiée par YAntiquarian Researches, fait lui-mên^|^u~dé çe)tte infériorité de l'art britannique et de ses emprunts

Text mode Audio mode
page 17 (screen 22 of 196)
Next page Previous page  
  Last page First page
Home Plain text