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Titre : Le Capitaine Fracasse, par Théophile Gautier. Illustrations par Gustave Doré

Auteur : Gautier, Théophile (1811-1872)

Éditeur : Librairie illustrée (Paris)

Date d'édition : 1877

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : In-4° , 396 p.

Format : application/pdf

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k5626657q

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 4-Y2-323

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30490185d

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 30/11/2009

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CHEZ MONSIEUR LE MARQUIS.

79

— Le plus coquet et le plus coquin du monde. Et Zerbine le joue au mieux. C'est son triomphe. Elle y fufc toujours claquée, et cela sans cabale ni applaudisseurs apostés.

A ce compliment directorial, Zerbine crut qu'il était de son devoir de rougir quelque peu, mais il ne lui était pas facile d'amener un nuage de vermillon sur sa joue brune. La modestie, ce fard intérieur, lui manquait totalement. Parmi les pots de sa toilette, il n'y avait pas de ce rouge-là. Elle baissa les yeux, ce qui fit remarquer la longueur de ses cils noirs, et elle leva la main comme pour arrêter au passage des paroles trop flatteuses pour elle, et ce mouvement mit en lumière une main bien faite, quoiqu'un peu bise, avec un petit doigt coquettement détaché et des ongles roses qui luisaient comme des agates, car ils avaient été polis à la poudre de corail et à la peau de chamois.

Zerbine était charmante de la sorte. Ces feintes pudicités donnent beaucoup de ragoût à la dépravation véritable; elles plaisent aux libertins, bien qu'ils n'en soient pas dupes, par le piquant du contraste. Le marquis regardait la soubrette d'un oeil ardent et connaisseur, et n'accordait aux autres femmes que cette vague politesse de l'homme bien élevé qui a fait son choix.

« Il ne s'est pas seulement informé du rôle de la grande coquette, pensait la Sérafine outrée de dépit; cela n'est pas congru, et ce seigneur, si riche de bien, me semble terriblement dénué dû côté de l'esprit, de la politesse et du bon goût. Décidément il a les inclinations basses.. Son séjour en province l'a gâté, et l'habitude de courtiser les maritornes et les bergères lui ôte toute délicatesse. » • . _

Ces réflexions ne donnaient pas l'air aimable à la Sérafine. Ses traits réguliers, mais un peu durs, qui avaient besoin pour plaire d'être adoucis par la mignardise étudiée des sourires et le manège des clins d'yeux, prenaient, ainsi contractés, une sécheresse maussade. Sans doute elle était plus belle que Zerbine, mais sa beauté avait quelque chose de hautain, d'agressif et de méchant. L'amour eût peut-être risqué l'assaut. Le caprice effrayé rebroussait de l'aile. •

Aussi le marquis se retira-t-il sans essayer la' moindre galanterie auprès de dona. Sérafina, ni d'Isabelle, qu'il regardait d'ailleurs comme engagée avec le baron de Sigognac. Avant de franchir le seuil de la porte, il dit au Tyran :

— J'ai donné des ordres pour qu'on débarrassât l'orangerie, qui est la salle la plus vaste du château, afin d'y établir le théâtre; on a dû y porter des planches,' des tréteaux, des tapisseries, des banquettes, et tout ce qui est nécessaire pour arranger unereprésentation à l'improviste. Surveillez les ouvriers, peu experts en pareils travaux; disposez-en comme un Comité de galère de sa chionrme. Us vous obéiront comme à moi-même.

Le Tyran, Blazius et Scapin furent conduits à l'orangerie par un valet. C'étaient eux qui prenaient d'ordinaire ces soins d'arrangée ents matériels. La salle s'accommodait on ne peut mieux à une représentation théâtrale par sa forme oblongue, qui permettait de placer la scène à l'une de ses extrémités et de disposer par files dans l'espace vacant des fauteuils, chaises, tabourets et banquettes, selon le rang des spectateurs et l'honneur qu'on voulait leur faire. Les murailles en étaient peintes de