LES HABITS NEUFS DU GRAND-DUC. 25 Thomme. C'est donc que je ne suis pas capable de remplir ma place? C'est assez drôle, maisje pren- drai bien garde de la perdre. » Puis il lit l'éloge de l'étoffe, et témoigna toute son admiration pour le choix des couleurs et le dessin. « C'est d'une magnificence incomparable, » dit-il au grand-duc, et toute la ville parla de cette étoffe extraordinaire. Enfin, le grand-duc lui-même voulut la voir pendant qu'elle était encore sur le métier. Ac- compagné d'une foule d'hommes choisis, parmi lesquels se trouvaient les deux honnêtes fonc- tionnaires, il se rendit auprès des adroits filous qui tissaient toujours, mais sans fil de soie ni d'or, ni aucune espèce de fil. « N'est-ce pas que c'est magnifique ! dirent les deux honnêtes fonctionnaires. Le dessin et les couleurs sont dignes de Votre Altesse. » Et ils montrèrent du doigt le métier vide,comme si les autres avaient pu y voir quelque chose. « Qu'est-ce donc? pensa le grand-duc, je ne vois rien. C'est terrible. Est-ce que je ne serais qu'un niais? Est-ce que je serais incapable de gouverner? Jamais rien ne pouvait m'arriver de plus malheureux. » Puis tout à coup il s'écria : C'est magnifique ! J'en témoigne ici toute ma sa- tisfaction. »