ADALBERT, PRIMAT DU CHATEAU DE GRANDSON. 19 ou qu'ils eussent été enlevés au comte Lambert, et même il n'est point prouvé que celui-ci ait été comte de Vaud. Le roi Rodolphe, parla charte précitée, rend au monastère romain les biens qui y sont désignés. Ici, rendre signifie donner, et cette expression, qui se retrouve dans bien des donations en faveur de maisons reli- gieuses, ne doit pas être trop prisé au pied de la lettre, mais il faut plutôt la con- sidérer comme une formule de respect et d'hommage envers l'Eglise, à laquelle tous les biens sont censés devoir appartenir 1. Il ressort évidemment, au reste, tant des différends du sénieur Adalbert avec le couvent de Romainmotier que de contestations soutenues par ses successeurs avec ce monastère, que les dynastes de Grandson prétendaient à la possession du village de Ferreyre, sinon en to- talité du moins en partie (celui-ci était à peu près enclavé dans leurs terres). Ils avaient sans doute des droits, dans ce village, qui ne furent pas réservés lorsque le roi Rodolphe le donna au monastère romain. De cette circonstance, croyons- nous, naquirent surtout leurs querelles avec ce dernier. Une charte du sire Ebal (I) de Grandson nous apprendra que ce seigneur possédait indivisément avec le cou- vent de Romainmotier les hommes de Ferreyre 2. Quant à l'invasion des propriétés du couvent à Champvent, énumérée dans le nombre de ses griefs contre le sénieur Adalbert, elle se rattacherait, selon le Mé- moire cité ci-dessus (page 19 du dit ouvrage), à l'opposition armée de Renaud I, comte de la haute Bourgogne et de Gérold, comte de Genève, à l'élection de l'em- pereur Henri III, en qualité de roi de Bourgogne. Adalbert se joignant à ces deux 1 Nous prions nos lecteurs de vouloir bien modifier, dans le sens que nous indiquons ici, ce que nous avons rapporté dans nos Fiefs nobles de la baronnie de Cossonay, pag. 101, à l'égard de l'expres- sion rendre qui est aussi employée dans la donation de la terre de Sullens, faite en faveur de l'ab- baye de Saint-Maurice d'Agaune, en l'année 1180. 2 Pièces justificatives, N° 34. Le village de Ferreyre étant situé tout à fait dans la proximité du château de La-Sarra, l'autorité des seigneurs de ce château finit par y prévaloir sur celle du mo- nastère romain. Cet état de choses peut avoir été amené par des transactions dont les documents ne nous ont pas conservé le souvenir. Quoiqu'il en soit, Ferreyre fit partie de la seigneurie de La- Sarra dès une époque très ancienne, mais que l'on ne peut pas préciser. Nous verrons les fils d'E- bal (I) de Grandson accorder au couvent de Romainmotier, dans l'année 1141, ce que leur père lui avait concédé, et en excepter, toutefois, ce qui appartenait au fief du sire Etienne de Ferreyre. On peut présumer que les biens de ce fief étaient situés à Ferreyre même. Depuis cette époque les documents nous laissent ignorer quels furent les rapports du monastère romain avec les dynastes de Grandson à l'égard du village précité, où cette maison religieuse pouvait cependant avoir con- servé des droits utiles.