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Titre : [Bulletin de la Commission départementale des monuments historiques du Pas-de-Calais]

Éditeur : Commission départementale des monuments historiques du Pas-de-Calais (Arras)

Date d'édition : 1906

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34383222p

Notice du catalogue : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34383222p/date

Type : texte

Type : publication en série imprimée

Langue : français

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Description : 1906

Description : 1906 (T3,LIVRAISON5).

Description : Collection numérique : Fonds régional : Nord-Pas-de-Calais

Droits : Consultable en ligne

Droits : Public domain

Identifiant : ark:/12148/bpt6k5574999m

Source : Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2008-111270

Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 06/02/2011

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BULLETIN

DE LA

COMMISSION DÉPARTEMENTALE

DES

MONUMENTS HISTORIQUES

DU PAS-DE-CALAIS

TOME IIIE - 5E LIVRAISON

ARRAS

IMPRIMERIE DE LA SOCIÉTÉ DU PAS-DE-CALAIS

J. ÉLOY, DIRECTEUR.

1906


SOMMAIRE

I. — Procès-verbaux des Séances.

Pages

Séance du 5 octobre 1905 167

Séance du 9 novembre 1905. 179

Séance du 7 décembre 1905 . .... . 184

Séance du 11 janvier 1906 192

Séance du 1er février 1986 203

Séance du 1er mars 1906 219

Séance du 5 avril 1906 . ..... . . . . 228

Séance du 3 mai 1906 232

Séance du 7 juin 1906 233

Séance du 5 juillet 1906 . . . , - - . . . . . . . . . 233

II. — Administration.

Conservation du mobilier des églises. . . 174, 177, 181, 183, 192, 190 Classement de monuments et objets mobiliers 177, 179, 190, 230, 231, 244 Statistique Monumentale; achèvement du tome III ... 184, 232

III. — Personnel.

Décès: M. P. de Clerck, d'Arras 167

Départ : M. F. Claudon , .... 243

Installation de nouveaux membres :

MM. Cresson (Félix), bibliothécaire de Boulogne; Deschamps de Pas (Justin), secrétaire des Antiquaires de la Morinie, à Saint-Omer ; l'abbé Lemichez, curé-doyen de Fillièvres ; Mayeur (E.), artiste graveur, à Bouvigny-Boyelles ; Potez, professeur à la Faculté des Lettres de Lille, à Montreuil . . 192 Déprez (Eugène), archiviste départemental. . . 219 Renouvellement du Bureau . 191




Séance du 5 octobre 1905

Président : M. BARBIER. Secrétaire: M. LAVOINE.

Présents : MM. Barbier, Becthum, Cappe de Baillon, Claudon, Edmont, Lavoine, Cte de Loisne, Rodière, Souilliart, Tierny et abbé Willox.

Excusés : MM. Blondel, Bon Cavrois, de Lhomel et abbé Rohart.

M. le Président vient d'apprendre la mort de M. P. de Clerck. Il se fait l'interprète de la Commission pour exprimer à la famille de son regretté collègue toutes ses condoléances.

La parole est donnée à M. de Loisne, pour la lecture d'un rapport très détaillé sur la découverte, à Béthune, faubourg de Lille,d'un cimetière franc', dans la sablière de M. le conseiller d'arrondissement Hanicotte :

DÉCOUVERTE D'UN CIMETIÈRE FRANC A BÉTHUNE

RAPPORT DE M. DE LOISNE

« Les ouvriers, en exploitant la sablière que M. le conseiller d'arrondissement Hanicotte (1), possède à Béthune, au faubourg de Lille, ont mis au jour un cimetière de l'époque mérovingienne, dont des fouilles méthodiques eussent seules permis d'apprécier l'importance.

(1) Nous tenons à le remercier de sou aimable accueil et du concours précieux qu'il a bien voulu nous prêter.

BULLETIN III. 12


— 168 —

« C'est en 1903 qu'a été éventrée la première sépulture et, depuis lors, sans cesse la pioche des terrassiers rencontre des armes ou des poteries que trop souvent elle réduit en fragments informes. Au lieu de pratiquer des tranchées verticales de trois à quatre mètres de profondeur il eût fallu, pour obtenir des résultats complets, déblayer avec soin horizontalement la zone des sépultures, c'est-à-dire celle qui s'étend à environ lm30 au-dessous de la surface du sol. Voici néanmoins les renseignements que, grâce à l'obligeance du propriétaire, nous avons pu consigner, après plusieurs visites sur les lieux.

« On a fouillé, jusqu'à ce jour, une soixantaine d'ares de terre ; on y rencontré environ trente-cinq sépultures et les vestiges que l'on voit aux parois des tranchées (1) permettent d'affirmer que la dernière découverte, qui date du 24 septembre, sera suivie de plusieurs autres. Les corps étaient inhumés à un mètre environ de profondeur, endroit où commence le sable argileux ; ce qui donne lm30 de profondeur pour la tranchée, en tenant compte de l'épaisse couche d'humus qui a été rapportée à la surface. Les pieds des morts étaient tournés vers l'orient et leur tête paraissait avoir été légèrement relevée par un petit amas de sable. Comme à Pincthun, Uzelot. Hardenthuni et Nesles, en Boulonnais, les corps couchés sur le dos avaient été placés directement dans les fosses, sans cercueils, espacés de deux mètres environ l'un de l'autre, en rangées parallèles. Leur place était simplement marquée par quatre grès plats déterminant un rectangle de 2m50 de haut, sur lm30 de large, et les ossements étaient tellement décomposés qu'ils sont tombés en poussière dès qu'on y a touché (2).

« La plupart des tombes paraissent avoir reçu des cadavres du sexe masculin (3). Elles contenaient chacune, en général,

(1) Le sable argileux qui recouvre les cadavres est gras et de couleur foncée. On le distingue, à première vue, de celui qui n'a pas été remué.

(2) Nous avons recueilli un fragment d'os incrusté dans la gangue d'un scramasaxe.

(3) On n'a mis au jour qu'une seule tombe d'enfant.


— 169 —

une arme, à droite du corps, et suivant un usage constant, un vase de terre noirâtre aux pieds.

« Parmi les armes, ce sont, comme d'ordinaire, les scramasaxes qui dominent. Plus de vingt-cinq guerriers étaient accompagnés de cette arme des Saxons (1) et des Francs. Quant aux poteries, le plus grand nombre était réduit à l'état de fragments, bien que M. Hanicotte ait pu encore recueillir quelques beaux spécimens à peu près intacts. Deux tombes de femmes ont donné un collier de perles et une belle fibule.

« ARMES. — Parmi les armes (on en a recueilli une trentaine, sans compter celles plus nombreuses que les ouvriers ont jetées), nous mentionnerons celles qu'a conservées M. Hanicotte et qu'il a bien voulu mettre à notre disposition :

1° Quatre scramasaxes, sortes de longs couteaux ou de petits sabres, le premier, long de 45 centim. large de 45 millim. près de la soie ; le second, long de 51 centim., large de 55 mill. près de la soie et de 35, vers la pointe. Le troisième, brisé en deux. Long. : 40 cent. ; largeur à la soie : 50 mill. ; 25 à la pointe. Le quatrième, en quatre morceaux. Longueur : 524 millim. ; largeur à la soie : 52 millim. ; 32 à la pointe. Leur lame est droite, légèrement recourbée en pointe, vers le bout. Ils n'ont qu'un seul tranchant et la rainure que l'on remarque ordinairement le long du dos (2) a disparu sous une épaisse couche d'oxyde de fer.

« La seconde arme est munie d'un quillon, à la jonction de la soie et de la lame. Les troisième et quatrième sont enveloppées d'une épaisse gangue d'oxyde de fer. La dernière a conservé des débris de fourreau de bois, avec un clou de cuivre.

« Des scramasaxes analogues ont été rencontrés dans la plupart des cimetières francs de notre département : à Waben, Planque, Pincthun, Hocquinghen, Hardenthun, Nesles, Boulogne, Aubigny, Ambrines, Chérisy, Coullemont, Roeux,

(1) Ipse brevis gladius apud illos Saxa vocatur unde sibi Saxo nomen peperisse notatur (GODEFR. VITERB. pars XV, p. 313).

(2) Voir TERNINCK, l'Artois souterrain, t. IV, pl. 51, fig. IV et le t. 1, pl. m, fig. 7 et 8 des Mémoires de la Société académique de Boulogne-sur-Mer.


— 170 —

Camblain, Saint-Hilaire, Izel, Maroeuil, Warlus, Barly, Maretz, Saint-Nicolas et Sainte-Catherine.

2° Une superbe francisque ou hache franque, à tranchant largement ouvert, d'un côté, et marteau, de l'autre. C'est la seule qui ait été trouvée, jusqu'à ce jour, au faubourg de Lille. Longueur : 16 cent. ; largeur du tranchant : 10 cent. ; du marteau : 35 millim. Cette arme est assez rare. M. Legrand, de Saint-Omer, en a rencontré une à Blandecques, au fort Mahon ; M. Enlart une autre à Airon-Saint-Vaast (l). On en a trouvé d'autres également, en 1883, dans le cimetière franc de Nesles-lez Verlincthun (2) et en 1881, à Chérizy (3).

3° Une framée ou lance des Francs longue de 45 centim., depuis la pointe jusqu'à l'extrémité de la douille. On voit encore, pétrifiés, les débris de la hampe de bois qui était engagée dans la pince de celle-ci. Le fer, à deux tranchants, mesure 5 centimètres dans sa plus grande largeur. Cette arme bien conservée peut être comparée à celles qui ont été découvertes à Pincthun, en 1857 (4) et à Nesles, en 1883 (5).

4° Un fer de lance long de 17 centimètres, large de trois, vers la pointe, et de quatre, à la naissance de la douille, dont la partie inférieure a disparu.

5° Un umbo de bouclier, en plusieurs morceaux fortement oxydés, sur trois desquels on remarque de gros rivets de cuivre rouge. On sait que cette pièce de fer en forme de calotte plus ou moins bombée était destinée à protéger la main qui tenait le bouclier. Les rivets servaient à fixer les bords de l'umbo sur la partie centrale de cette arme défensive.

(1) V. Bull, des Antiq. de la Morinie, 132e livraison, p. 413.

(2) V. Bull, de la Commission des Antiq. départementales, t. VI, p. III.

(3) Dr COULON, le Cimetière franc de Chérisy, p. 27, et pl. II.

(4) V. Mém. de la Société acad. de Boulogne, t. I, pl. III, n° 9. 5) Bull, de la Commission, t. VI p. 109.


— 171 —

6° Une plaque de baudrier en potin. On sait que les Francs portaient un baudrier de cuir ou d'étoffe qu'ils ornaient de plaques ciselées, en divers métaux. Celle qui a été trouvée à Béthune mesure 70 millim. sur 49 et est ajourée de 3 croix à pied arrondi et de 3 dessins géométriques en forme de briquet, Le champ est semé de petits disques avec point au milieu.

7° Un anneau de potin creux sectionné dans son épaisseur par le milieu et qui était appliqué sur une plaque de tôle complètement décomposée par la rouille.

8° Une boucle de cuivre ajourée, de forme rectangulaire (54 X 35 millim ) et une petite plaque en potin ornementée, mutilée de sa partie supérieure (larg. : 20 millim.)

9° Plusieurs rivets de cuivre rouge à bords étampés, auxquels il faut ajouter une petite pierre à aiguiser d'un grain très fin.

« POTERIES. — Chaque tombe, nous l'avons dit, contenait un ou plusieurs vases façonnés au tour, en pâte grise assez fine, à couvercle noirâtre, semblable à celle des objets analogues découverts à Maroeuil, Hardenthun, Gazemetz (1) et Nesles (2). Un seul était en terre rouge et un autre en terre grise. La plupart affectent la forme des numéros 1 et 3 de la planche 49 de l'Artois souterrain. Aucun vernis ne les recouvre et leur seule ornementation consiste en traits et petits points empreints à la roulette dans la pâte et formant par leur assemblage une sorte de rinceaux. M. Hanicotte n'a pu nous montrer que les neuf échantillons suivants qu'il a seuls conservés pour en faire hommage au futur musée de la ville de Béthune (3).

(1) V. l'Artois souterrain, t IV, pl. 49, n°s 1, 3, 16, 19. 24.

(2) V Bull, de la Commission, t. VI, p. 113.

(3) D'autres ont été donnés à divers particuliers et ceux qui étaient trop endommagés ont été jetés.


— 172 —

1° Vase de 170 mill. de haut renflé à la panse, avec col de 81 mill. de diamètre légèrement évasé et base de 65 mill. Ce vase a de 6 à 7 mill. d'épaisseur ; il est orné de 3 rangs de traits et de points formant un chevronné et est resté intact.

2° Vase presque semblable au précédent. Une partie de son col est brisée.

3° Vase plus évasé et à panse plus développée. Hauteur 125 millim. ; diamètre du col : 105 ; épaisseur : 8 à 12 millim. Rinceau, dans le haut, imprimé à la roulette.

4° Vase de même terre. Hauteur : 99 millim. ; diamètre du col : 91 millim. ; diamètre de la base : 65 millim. A sa partie inférieure était soudée par l'oxydation une chaîne à anneaux ronds allant du vase à la tête du défunt.

5° Vase de petite dimension sans autre ornement que des moulures peu saillantes, mutilé du col et trouvé dans la même sépulture que la francisque. Hauteur : 120 millim. ; diamètre de la panse : 100 millim.; de la base : 40 millim.

6° Petite coupe ou écuelle affectant la forme d'un cône renversé. Hauteur : 90 millim. ; diamètre : 130 millim. ; base : 25 millim. Au dessus de ce vase on a déterré une bombe, vestige d'un des derniers sièges de Béthune.

7° Vase de même terre de forme élancée et à panse peu développée Haut. : 136 millim. ; diamètre du col : 115 millim. ; base : 85 millim. A noter que cette dernière a un rebord en saillie.

8° Vase de terre rouge assez fine orné, dans sa partie supérieure, d'une double bande à dessins ondes. Haut : 121 millim.; diamètre du col : 97 millim. ; base : 70 millim.

9° Petit vase de terre grise rougeâtre trapu, à panse développée, orné de quatre rainures vers le haut. Haut. : 75 millim. ; diamètre du col : 95 millim. ; base : 55 millim. Ce vase a été trouvé, il y a une quinzaine de jours, dans une tombe de femme, en même temps que la belle fibule que nous décrirons plus loin.


— 173 —

« BIJOUX. — Le cimetière du faubourg de Lille paraît pauvre, à ce sujet ; car jusqu'à ce jour on n'y a recueilli qu'un collier, une fibule et quelques perles de terre.

1° Le collier se compose de grosses perles de formes diverses et comprend une trentaine de grains : morceaux d'ambre d'un beau rouge transparent, percés et à peine dégrossis, de forme sphérique ou irrégulière, petits cylindres ou cubes de mastic à stries multicolores, perles de verre bleu et de terre de forme sphérique plus ou moins aplatie. Quelques-unes sont polyédriques. Les numéros 4 et 5 de la planche 60 de l'Artois souterrain donnent une idée exacte de ce genre de collier que l'on a rencontré dans la plupart des cimetières mérovingiens (1).

2° La fibule, de forme ronde d'un diamètre de 42 millim., se compose d'une plaque d'or montée sur une autre de cuivre rouge munie d'un ardillon. Le champ est orné de filigranes très fins en forme de petits ronds et de huit demicèrcles, avec verroteries plates transparentes et tables de grenat insérées dans des bâtes. Un cercle concentrique limite des cloisonnages analogues de forme géométrique et un grènetis décore le bord saillant du bijou (2). A ce collier et à cette fibule il y a lieu d'ajouter un petit anneau de cuivre.

« En attendant les nouvelles découvertes qu'amènera la continuation de l'exploitation de la sablière, nous pouvons dès maintenant poser les conclusions suivantes :

« La nécropole du faubourg de Lille ressemble à celles du Boulonnais, en ce sens qu'elle ne contient aucune tombe de pierre et que les corps ont été déposés directement dans le sol ; mais elle est pauvre en mobilier funéraire et paraît avoir donné asile à très peu de cadavres du sexe féminin. De plus, les objets qu'elle a fournis diffèrent peu de ceux rencontrés précédemment dans les cimetières francs de la région. La

(1) Voir aussi la pl. IV, n°.5 du t. I des Mém. de la Société académique de Boulogne.

(2) Cette fibule peut être comparée à celle qui a été découverte à Pincthun.


— 174 —

découverte n'en est pas moins intéressante, puisqu'elle prouve que dès le VIe siècle ou le commencement du VIIe une colonie franque était établie à Béthune et que cette ville, que M. d'Héricourt a crue de création féodale (1), peut revendiquer des origines beaucoup plus reculées (2). »

Une intéressante discussion s'engage ensuite sur les divers genres de sépultures franques observées en Artois et en Boulonnais.

M. le Président rappelle les entrevues qu'il a eues avec M. le Préfet pour aviser aux mesures à prendre en vue de sauvegarder le mobilier des églises.

M. Claudon expose qu'informé par plusieurs de nos collègues de diverses tentatives de brocantage de ce mobilier, il a cru devoir prendre l'initiative, en l'absence du Bureau, de soumettre à la signature dé M. le Préfet la circulaire suivante qui a été adressée à tous les Maires et communiquée à la presse périodique et aux Sociétés savantes du département :

PRÉFECTURE du PAS-DE-CALAIS Arras, le 27 Septembre 1905.

COMMISSION DÉPARTEMENTALE

des

MONUMENTS HISTORIQUES

Le Préfet du Pas-de-Calais à MM. les Maires du département :

La loi du 30 mars 1887 et un décret d'administration publique du 3 janvier 1889, rendus sur l'initiative des Sociétés savantes des départements et du Comité des Travaux historiques, ont décidé que tous les monuments archéologiques existants dont la conservation peut avoir, au point de vue de l'histoire ou de l'art, un intérêt national, seraient soumis à un classement par les soins du Ministre de l'Instruction pnblique et des Beaux-Arts.

(1) Hist. de Béthune, p. 5.

(2) Divers objets de l'époque mérovingienne ont d'ailleurs déjà été exhumés sur le territoire de Béthune, notamment des armes, une belle fibule, un collier en verre émaillé, un beau manche doré à tête ciselée. (TERNINCK, l'Artois souterrain, p. 390.)


— 175 —

Conformément à ces instructions, la Commission départementale des Monuments historiques a dressé, en 1890, un Inventaire du mobilier des églises rurales du Pas-de-Calais, portant sur 352 communes, et en a envoyé un exemplaire à chaque municipalité et à chaque desservant, dans le but de protéger contre l'incurie, les dégradations, les restaurations inintelligentes ou même de coupables aliénations, cette partie très précieuse des richesses artistiques du département, dont un certain nombre ont été classées.

Depuis lors, une circulaire de M. le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, en date du 8 juin dernier, poursuivant le même but, a demandé que le travail de 1890 fût complété au moyen d'une enquête portant sur les objets qui ne figurent pas dans la liste de 1890 et cependant susceptibles d'être conservés et même classés comme présentant quelque intérêt artistique ou archéologique.

Or, je viens d'être informé par quelques membres de la Commission de la présence dans certains arrondissements du Pas-de-Calais de brocanteurs étrangers au département, lesquels, s'aidant des catalogues rédigés par la Commission cherchent à s'insinuer auprès des desservants pour obtenir d'eux la cession d'oeuvres d'art, généralement exécutées par des artistes locaux.

A cet. égard je crois devoir vous rappeler que, d'après la jurisprudence ministérielle, portée à votre connaissance par mes circulaires des 22 Décembre 1882 et 22 Avril 1905, aucune aliénation de meubles ou d'immeubles par destination ne peut être consentie par les fabriques qu'avec l'autorisation, suivant le cas, du Gouvernement ou de M. le Ministre des Beaux-Arts.

Je vous prie, en conséquence, de redoubler de vigilance et de prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme à ces aliénations, en m'adressant notamment, le plus tôt possible, la liste des objets mobiliers, déposés dans l'église de votre commune, qui, au point de vue spécial dont il s'agit, vous sembleraient de nature à figurer dans un supplément à l'inventaire entrepris en 1890 et qui doit encore être conservé aujourd'hui dans les Archives de votre commune.

Vous voudrez bien en même temps me signaler les ventes de celte nature qui, à votre connaissance, auraient pu êtres consenties dans ces derniers temps.

Je compte, Monsieur le Maire, sur votre zèle éclairé pour assurer la

prompte exécution de ces mesures, qui ne tendent à rien moins qu'à

maintenir dans notre département tout ce qui reste de son passé artistique

et à conserver en même temps à la France les moindres parcelles de" son

patrimoine national.

Le Préfet du Pas-de-Calais,

H. DUREAU LT.


— 176 —

Déjà un certain nombre de maires ont répondu et, entre beaucoup de réponses négatives ou insignifiantes, douze lettres signalent quelques objets. La Commission pense qu'il est utile d'enregistrer, dès maintenant, les noms des communes qui apportent un supplément à l'inventaire de 1890 :

Achiet-le-Grand St Jean, statue bois, XVIIIe siècle ; — Noël, tableau toile.

Acq : Bénitier grès, 1602.

Avroult : Le maire répond négativement, mais un membre présent indique un St Antoine (à vérifier).

Boiry-Notre-Dame : Fonts baptismaux, grès.

Coullemont : Tableau bien connu de la Commission qui en a empêché la vente en 1896.

Couches : Plaque commémorative de restauration dé l'église en 1682-1683, cuivre rouge.

Pierremont : Réponse négative, mais un membre signale un St Hubert, bois sculpté.

Saint-Amand : Le maire, à défaut de mobilier, note, dans le cimetière, une ravissante chapelle renaissance avec bas-reliefs sculptés et une quinzaine de statues.

Tournehem : Le maire relève le riche mobilier et les beaux tableaux, bien connus par notre Exposition de 1896 et par les promenades archéologiques de MM. de Pas et Rodière. Il y a, paraît-il, un rapprochement à faire entre les huit panneaux de Tournehem et ceux déposés dans les magasins de la Cathédrale d'Arras,

Zoteux : Répond par un néant ; mais M. Rodière nous rappelle la cloche de 1514 et deux bénitiers avec quatre inscriptions.

Chaque membre, désirant prêter son concours à l'oeuvre de conservation que poursuit l'Administration, il résulte de la causerie qui s'engage que les objets suivants ne sont pas encore signalés par les communes ci-après :

Camblain-Châtelain : Ste Anne, la Vierge et l'Enfant-Jésus, chêne peint ; autre statue du XVIe siècle.


— 177 —

Houdain : Tryptique, tableau avec inscription ; beau reliquaire pédiculé avec tour et clocheton, cuivre ; reliquairemédaillon de St Jean-Baptiste, crédence à colonnes torses. La fabrique de cette commune a répondu qu'elle est en instance pour vendre quelques objets : la Commission décide à l'unanimité qu'elle fera une démarche auprès de l'Administration pour empêcher cette vente.

Rebecque : Statue équestre de S* Martin.

Wierre-au-Bois : Un saint Gengoult, bois, très curieux comme costume que M. Rodière demande de proposer à M. Rattier pour classement.

La Commission remercie M. Claudon de la rédaction et de l'envoi de la circulaire dont les' frais d'impression seront pris sur son budget.

Lecture est donnée : 1° d'une lettre de M. Rattier par laquelle notre collègue annonce qu'il vient de rédiger son rapport sur les places d'Arras et la rue de la Taillerie et demande une copie suffisante d'un plan des places d'Arras et le nombre de maisons qui les bordent ; 2° d'une lettre de M. de Lhomel sollicitant des documents graphiques pour le classement des remparts de Montreuil.

Plusieurs membres proposent la candidature de 7 nouveaux titulaires ; la Commission à l'unanimité décide que son bureau présentera leurs noms à la nomination de M. le Préfet.

Lecture est donnée de la communication suivante de M. A. Baroux, sur deux fragments de dalles tumulaires reposant en l'église d'Adinfer :

« Le P. Ignace, dans son dictionnaire (t. I, page 112) écrit : « Le père de celui qui a vendu, l'an 1570, la terre d'Hende« cordel, repose dans le choeur d'Adinfer à droite du côté de « l'Evangile, dans un caveau pris sous la muraille de l'Eglise « où est un mausolée au-dessous d'un cintre qui soutient la « muraille.

« Ce mausolée est un tombeau de marbre noir sur lequel « sont gravées, par devant, les armes de Hames ; au dessus,


— 178 —

« ce sont deux figures d'un homme et d'une femme relevées « en bause et couchées les mains jointes ; autour du marbre « qui est plus long que quarré est l'épitaphe de ces deux époux ; « mais comme il est enfermé dans la muraille, on ne peut lire « que les paroles qui sont gravées par devant, savoir :.... sei« gneur d'Adinfer.... Tulloy et baron de Haugubois, décédé

« en mil sa femme morte le 13 septembre 1534. Au ceintre

« de ce mausolée sont les armoiries de cette famille (la mai« son de Hames portoit pour armoiries : vairé, contre-vairé, « d'or et d'azur.) »

Intrigués par cette description M. le Curé d'Adinfer et M. Baroux se mirent en quête espérant trouver quelque trace du monument décrit plus haut.

Leurs recherches sur le mausolée furent sans résultat ; mais ils découvrirent, sous l'autel saint Nicolas deux pierres dont M. Baroux présente un bon estampage. On voit sur chaque fragment une arcade ogivale à gâble où s'épanouissent roses et rosaces, émergeant d'une composition architecturale semblable à la façade d'une antique cathédrale ou à celle qui entoure les personnages des vitraux du XIVe siècle. Ils appartiennent à deux tombes différentes et peuvent, d'après la grande similitude de la riche gravure qui les orne, être attribués au même artiste.

Autour de ces morceaux il reste quelques débris de l'inscription en belle onciale qui entourait chaque dalle ; sur le n° 1 on lit: .... GSC .... Sur le n°2 on peut lire en haut — CE... CES...

C'est malheureusement insuffisant pour découvrir les noms des personnages qui reposent sous ces pierres et, quoi qu'il en soit de ces épaves pour l'épigraphie du petit village d'Adinfer, M. Baroux a été bien inspiré en adressant cette intéressante communication à la Commission qui l'en remercie.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 4 h. 1/2.


Séance du 9 novembre 1905

Président : M. BARBIER. Secrétaire: M. ROHART.

Présents : MM. Sens, Lavoine, Barbier, Rohart, Rodière, Cte de Loisne, Cappe do Baillon, Willox, Tierny, Claudon, Rattier, de Lhomel, F. Blondel, Edmont.

Excusé : M. J. Gonsseaume.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté, après adjonction de trois noms à la liste des propositions de nouveaux membres titulaires.

M. de Lhomel annonce l'adoption par le Conseil municipal de Montreuil du projet de classement relatif aux remparts de cette ville.

M. Rattier complète ces renseignements en indiquant la voie à suivre pour arriver à un résultat favorable : M. le Maire doit écrire au sous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts et joindre à sa lettre la photographie des murailles.

M. de Lhomel fait hommage à la Commission, qui l'en remercie, de ses dernières publications.

M. de Loisne signale, à l'attention de la Commission, l'église de Camblain-Châtelain :

« Camblain-Châtelain, dit-il, est une de nos églises rurales les plus riches comme mobilier ecclésiastique. On connaît sa belle pierre tombale du commencement du XVIe siècle, ses dalles armoriées, son beau reliquaire en cuivre ciselé et doré du XVe siècle, en forme de bras, qui a figuré à l'Exposition


— 180 —

rétrospective d'Arras et à celle du Petit-Palais (1). Nous voudrions attirer également l'attention de la Commission sur ses beaux fonts et sur son groupe de bois sculpté représentant sainte Anne et la Vierge, tous deux également remarquables par leur valeur artistique.

« Les fonts baptismaux de nos églises de l'arrondissement de Béthune postérieurs au XIVe siècle sont tous en grès (2), cette pierre étant très répandue dans la région et de nature, par sa dureté, à braver les siècles. Seuls, Ceux de Camblain ont été taillés dans un bloc de calcaire blanc (3). D'une excellente exécution et d'un type particulier dont nous ne connaissons pas d'autre exemple dans le département (4), ils ont lm,20 de hauteur et se composent d'une cuve octogone supportée par une colonnette centrale décorée d'une arcature élancée et par huit petits piliers cantonnés chacun de trois colonnettes à bases prismatiques. Le bassin de plomb que renferme la cuve et qui paraît ancien, a 0m,70 de diamètre et la base assez développée affecte la même forme octogone. Ces fonts datent du XVe siècle, comme la nef de l'église ; ils ont malheureusement été recouverts d'une épaisse couche de peinture rouge et brune qui nuit à la finesse de la sculpture et la dépare.

« Le beau groupe en chêne sculpté que l'on remarque à gauche du maître-autel a été également repeint, il présente 0m95 de haut sur une largeur de 0m48 et paraît dater de la fin du XIVe siècle ou du commencement du XVe. Sainte Anne assise sur une cathedra tient sur sa jambe gauche l'Enfant Jésus qui

(1) Voir notre épigraphie du canton d'Houdain, p. 7 à 10.

(2) Nous mentionnerons notamment ceux de Cuinchy-lez La-Bassée (1488). d'Hinges (fin XVe siècle), Busnes (1558), Houchin (1593), Lambres (1593), Vaudricourt (1602), La Buissière (1627) et Divion (1630), qui tous sont taillés dans le grès. Avant le xive siècle, nos églises étaient pourvues de fonts en pierres bleues de provenance tournaisienne, tels que ceux d'Ames, Beugin, Saint-Venant, Guarbecques et Blessy, qui datent tous du XIe ou du XIIe siècle. (Voir ENLART, Etudes sur quelques fonts baptismaux, dans le Bulletin du ministère de l'Instruction publique,, année 1890, p. 70.)

(3) M. Enlart ne mentionne pas ces fonts dans l'étude précitée.

(4) Les fonts qui se rapprochent le plus des précédents sont ceux d'Escueilles, à cinq supports prismatiques. Une frise portant la cuve, sert de chapiteau à ces supports.


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paraît d'essayer ses premiers pas. A ses côtés, à droite, la Sainte Vierge debout contemple le divin enfant et marque d'un signet les pages d'un livre d'heures ouvert devant elle et appuyé sur le genou droit de la sainte. Le modelé est fin, les proportions justes, l'expression des figures, charmante. L'enfant Jésus notamment qui souvent est sacrifié dans les représentations de ce genre, est ici d'une exécution parfaite. C'est un enfant plein de vie et l'on voit que l'artiste a voulu imiter la nature. Il porte une robe courte à col boutonné par devant et entr'ouverte jusqu'à la ceinture. Sainte Anne a deux robes superposées ; son cou et son menton sont emprisonnés dans une guimpe et un voile épais lui descend sur le front-, tombant en nombreux plis sur les côtés.

« Quant à la Vierge, d'aspect tout juvénile, elle est vêtue d'une robe simple à manches larges et évasées. Ses cheveux abondants retombent en deux tresses sur le devant et en flots ondulés sur les épaules. Sa tète est ornée d'une mince coiffe à grosses perles. L'exécution de tout l'ensemble et en particulier celle des mains, révèle un artiste des plus habiles. »

M. de Loisne rend compte ensuite de sa visite à l'église d'Houdain :

« 1° J'ai cherché en vain dans l'église un buste de madone ancien. Peut-être s'agit-il d'une Vierge en bois de chêne peint tenant sur le bras droit l'enfant Jésus et relevant sa robe de la main gauche. H. 0m95, — Larg. 0m37. XVIe se. Cette sculpture ne manque pas de valeur artistique et il y aurait lieu d'en empêcher l'aliénation.

« 2° Une Sainte-Famille sur bois. Groupe bois, enluminé et doré, représentant l'enfant Jésus entre la Vierge et sainte Anne, XVIe siècle ; bon état de conservation. Il serait regrettable que la vente de cette intéressante sculpture fût autorisée.

«3° Une Mater dolorosa. Peinture sur bois en mauvais état, panneau de bois fendu ; cadre Louis XV peint en noir. A peu de valeur artistique.


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« 4° Triptyque. Le panneau central représente Saint Hubert agenouillé devant le cerf miraculeux, accompagné de son cheval et de ses chiens. On lit, dans le bas, en lettres noires, l'inscription qui suit :

A L'HONNEUR DE DIEU ET DU GRAND SAINT HUBERT QUI FUT JADIS FILS AU DUC D'AQUITAINE ET NEVEU DU ROY CLOTAIRE DE FRANCE ET FUT SACRÉ ÉVÊQUE DE LLÈGE L'AN 712 ET IL A REÇUE LA SAINTE ESTOLLE DU CIEL SOEUR CLAIRE FANE DE SAINT HUBERT DE LA RACE

DUDIT SAINT A FAIT FAIRE CE TABLEAU AVEC LES OFFRANDES DES GENS PIEUX EN L'AN 1681.

ET RECOMMANDE EN MÉMOIRE DUDIT SAINT LES AMES DU PURGATOIRE ET ENVOI D'UN PATER ET UN AVE.

« Le volet de droite représente un évêque (Saint Hubert) bénissant, et celui de gauche une femme vêtue de l'habit religieux : (la donatrice du triptyque.)

« Cette peinture n'a aucune valeur artistique, mais son mérite est dans son inscription que nous avons publiée dans l'Epigraphie du canton d'Houdain (p. 47).

« 5° Un tableau sur bois en mauvais état représentant un mariage. Ce tableau représente le mariage de la Vierge. Le grand prêtre unit Joseph et Marie. Une religieuse est agenouillée à la gauche de cette dernière. — Peinture sans valeur.

« Aux objets qui précèdent dont l'aliénation a été votée par le conseil de fabrique d'Houdain, il y a lieu d'ajouter les deux toiles suivantes placées, l'une à droite, l'autre à gauche du choeur :

« 1° Saint Jean-Baptiste accompagné de l'agneau, dans un paysage. Dans le bas, écusson contourné de l'époque Louis XV, aux armes qui suivent : Ecartelé, aux 1 et 4 de sinople à 3 maillets d'or ; aux 2 et 3 d'azur (ou de sinople) au chevron d'or accompagné de deux étoiles de même, en chef, et d'une merlette d'argent, en pointe.


Fonts et Groupe de Camblain-Châtelain.



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« Toile médiocre en mauvais état, percée d'un large trou dans le haut.

« 2° Saint Antoine et son fidèle compagnon, assis, un livre o uvert, dans un paysage. En bas, à gauche, écusson Louis XV armorié : d'azur, à la bande d'or accompagnée de 3 étoiles de même, 2 en chef et 1 en pointe.

" Six chapiteaux en pierre blanche, dont cinq à crochets (1), provenant de l'ancien bas-côté, sont déposés provisoirement dans le choeur ».

A l'unanimité, la Commission repousse le projet d'aliénation de ces divers objets.

A ce propos, M. Rodière donne lecture d'un article du « Petit Béthunois » (14 septembre 1905) sur l'église d'Houdain.

M. Cappe rend compte à ses collègues des terrassements de Baudimont, des objets qu'on y trouve et s'élève contre le vandalisme des ouvriers qui les détériorent ou les vendent à vil prix. Il présente, comme une pièce à conviction, une pince en bronze épigraphiée qui ne pouvait tomber on plus sûres mains que les siennes.

La séance est levée à 3 h. 1/2.

(1) Ils paraissent dater du milieu du XIIe siècle.

BULLETIN III. 13


Séance du 7 décembre 1905.

Président : M. BARBIER. Secrétaire: M. ROHART.

Présents: MM. Barbier, Guesnon, Rohart, Baron Cavrois, Sens, Claudon, Cappe de Baillon, Rodière, Gonsseaume, Blondel, Becthum, Tierny, Lavoine, Souilliart.

Excusés : MM. G. Vallée et de Lhomel.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

Par une lettre qui n'a pu être communiquée à la séance de novembre, M. Guesnon fait observer qu'une inscription relative aux Ardents, insérée comme inédite au Bulletin de 1905, p. 159, avait été déjà publiée trois fois : d'abord par de Guilhermy dans les Annales Archéol. de Didron. t. XI, pp. 174-175 (1851), puis par C. de Linas, Confr. des Ardents, p. 65 (1857), enfin par C. Le Gentil dans notre Epigraphie, t. I, p. 97 (1883).

Le Secrétaire répond que M. de Loisne, ayant lui-même reconnu son erreur, lui avait écrit pour contremander l'insertion ; mais la lettre arriva trop tard, le tirage était fait.

Cette double constatation met toutes choses au point.

M. Guesnon dépose sur. le bureau un dessin du tombeau de Constant de Rebecque dans la cathédrale de Lausanne, dessin que son auteur M. Alfred Robaut lui offrit, il y a une quinzaine d'années. Cette oeuvre sera jointe à celles que nous devons déjà au crayon de l'habile artiste.

Après échange d'explications au sujet de l'inachèvement du tome III de la Statistique monumentale et du paragraphe y relatif dans le procès-verbal du 6 avril 1905 (Bulletin, p. 148),


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M. Guesnon, à la demande de la Commission, consent à se charger du fascicule 4 (attaque d'Arras par Henri IV), en prenant acte de ce que cet engagement ne date que d'aujourd'hui et n'implique, par conséquent, aucune responsabilité pour lui dans les retards subis antérieurement par cette publication.

A propos du fait historique qu'elle a pour objet, notre collègue expose quelques considérations préliminaires :

« Nombreux sont, dit-il, les écrivains d'Arras qui, depuis dom Devienne jusqu'à Ed. Lecesne, ont relaté la tentative . avortée de 1597, les uns sommairement, en simples chroniqueurs, les' autres avec tous ses détails, en rattachant cet épisode à ses antécédents historiques. Si l'on compare ces récits, on sera frappé des, incohérences chronologiques qu'ils présentent, soit entre eux, soit avec l'histoire générale. Même discordance dans l'appréciation des faits, les mémoires français contemporains semblant, de prime face, justifier le reproche de mauvaise foi dont notre histoire locale les accuse.

« Il n'en est rien pourtant. Ces contradictions, ces confusions chronologiques résultent d'une erreur qu'il suffira de signaler pour en avoir l'explication. Dans l'année 1597, Henri IV se présenta, non pas une fois, mais deux fois devant nos murailles : d'abord le 28 mars, pour surprendre la ville en pétardant ses portes, ensuite le 3 octobre, en bravant la garnison par une canonnade.

« Or, cette dernière expédition., nos historiens d'Arras l'ont tous ignorée ; ils ne connaissent que la première. Inversement, de Mézeray jusqu'à Henri Martin, la première est passée sous silence par l'histoire générale, qui n'enregistre que la seconde. C'est de la seconde également, et non pas de la première, que parlent les mémoires français, indûment taxés d'inexactitude et de parti pris.

" On comprend dans quelle perplexité a dû se trouver notre chronologie locale, ainsi tiraillée par des dates contradictoires pour un seul et même événement. »

Passant ensuite à sa communication sur la « Pollène » inscrite à l'ordre du jour, M. Guesnon rappelle la légende tant


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de fois reproduite à Arras d'après Ferry de Locre, laquelle fait naître le comte Bauduin de Lille sur notre Grande-Place, en l'an 1014 (1):

« L'auteur du Chronicon (1616) la doit aux Monita et exempta de Juste Lipse (1601), qui l'emprunte aux Annales de P. d'Oudegherst (1571). Antérieurement, on n'en trouve aucune trace dans les chroniques flamandes, imprimées ou manuscrites. Elle serait, donc une invention du chroniqueur Lillois, ou, plus vraisemblablement, un produit de l'imagination populaire artésienne au seizième siècle.

« Celle-ci, d'ailleurs, comme toujours, n'a pas manqué de broder sur le thème primitif, soit en ajoutant des détails, soit en précisant l'emplacement et les dimensions de la tente où se fit la cérémonie. (Paulin Paris, dans A. GUILBERT, Hist. des Villes, t. III, p. 315.)

« Ce n'est pas tout ; parmi les bornes servant à délimiter les diverses affectations du Marché, on remarquait un monolithe grossièrement sculpté, représentant une sorte de buste de femme à gorge de nourrice. De ce grès, on fit le monument commémoratif de l'invraisemblable légende. Le P. Ignace nous apprend qu'au dix-huitième siècle on l'appelait « Polaine » ou « Pollène ». (Recueil, t. II, p. 428.)

« D'où vient ce nom? On en a demandé l'origine au celtique, au grec, à je ne sais quel fait historique. C'était chercher bien loin; « Apolline » et « Polline » sont dos noms du pays. (Arch. commun. Mémor. XIII, 1529, fol. 99°.) Ce dernier figure dans le martyrologe, au 8 octobre, sous la forme « Pollène » (GAZET, Hist. eccl., Table des saints) ; c'est la S. Pollina de Honnecourt, dans la Chronique de Cambrai, liv. II, chap. x (Balderic, p. 215). On disait do même et on écrivait « Christaine » pour Christine (Gros d'Arras : Ventes 1585, n° 590).

« Pourquoi maintenant a-t-on ainsi baptisé le buste monumental ? Serait-ce par analogie avec quelque artésienne de ce

(1) Voir le tableau acheté, en 1854, par 14 Musée d'Arras, à la mort de l'auteur, Augustin TOURSEL.


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nom que sa corpulence signalait à la railler publique? On ne sait ; mais la preuve que ce nom était bic en nom de femme, c'est qu'un siècle auparavant, on lui er connait un autre. Ce renseignement nous est fourni par .10 chronique d'Arras manuscrite s'arrêtant à 1600, qu son auteur écrivait au commencement du dix-septième siècle. Après avoir relaté l'accouchement public d'Otgive ajoute: «Et pour mémoire, « on fit planter dans la même place une espèce de colonne, « qu'on nomme Magdelor grosses tettes. » Ce témoignage décisif ne laisse aucun te sur le sens de « Pollène ».

«Nous manquons d' ailleurs d'indications, précises sur cette « espèce de colonne , ses dimensions, sa forme, son usage. Il semble qu'elle mait une des limites du « parc qui est à l'endroit du p ris. (Arch. comm. Reg. aux bans, 1408 et 1411, t. II fo 1 ,6 et 39 v°.) Ces « bones du piloris » sont mentionnées de nouveau dans une ordonnance de 1602. (Ibid., fol. 110v°

« La xtaposition de la Pollène et du pilori a produit une étran- confusion dans le caractère attribué à ces deux monume Si l'on en croyait le P. Ignace, ce serait le pilori, et p la Pollène, qu'on aurait érigé en 1015 pour perpétuer le souvenir de la naissance de Bauduin ! Hennebert a adopté cette méprise (t. II, p. 184), qui s'est propagée depuis. Le nom même de Pollène a passé du grès sculpté à la lanterne infamante, où l'on a supposé, pour les besoins de la thèse, qu'un seigneur de « Polheim » (Polham, en Basse-Autriche) aurait été pilorisé (A. TERNINCK, Promen. archéol. pp. 174-172, 1842. Magasin cathol. ; p. 203, 1850. — Rues d'Arras, t. II, p. 80 etc).

« Renseigné plus exactement par nous au cours do son travail, G. Le Gentil, dans son Vieil Arras, a rétabli la tradition de nos chroniqueurs. De plus, sur la foi de témoignages oraux, il a pieusement suivi les restes de la Pollène jusqu'à leur dernier asile présumé, les constructions annexes de son château de Saint-Michel (pp. 447-450).

« La Gigogne en grès de notre Grande-Place, souvenir apocryphe des couches imaginaires d'Otgive, nous conduit, par


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une association d'idées toute naturelle, à l'examen d'une autre question moins dépourvue d'actualité, à savoir la fécondité des anciennes familles d'Arras.

« Une enquête sur cent-cinquante ménages nous a fourni, à cet égard, des données statistiques précises, que nous allons résumer. Cette enquête porte essentiellement sur le seizième siècle, mais elle déborde en deçà et au delà, une vingtaine de constatations appartenant au quatorzième et au quinzième, une quinzaine d'autres au premier tiers du dix-septième.

« Laissant de côté un groupe de seize familles, qui ont de un à cinq enfants seulement, nous trouvons ensuite :

Six enfants dans huit ménages : dans tous, du même lit.

Sept enfants dans treize ménages : dans tous, du même lit.

Huit enfants dans huit ménages : dans sept, du même lit.

Neuf enfants dans quatorze ménages : dans douze, du même lit,

Dix enfants dans quinze ménages : dans quatorze, du même lit.

Onze enfants dans dix-huit ménages : dans douze, du même lit.

Douze enfants dans douze ménages : dans tous, du même lit.

Treize enfants dans huit ménages : dans six, du même lit.

Quatorze enfants dans sept ménages : dans tous, du même lit.

Quinze enfants dans six ménages : dans trois, du même lit.

Seize enfants dans quatre ménages : dans tous, du même lit.

Dix-sept enfants dans six ménages : dans trois, du même lit.

Dix-huit enfants dans cinq ménages : dans quatre, du même lit.

Dix-neuf enfants dans trois ménages : dans deux, du même

lit.

Vingt enfants dans un ménage : de deux lits (13+7.) Vingt-et-un enfants dans deux ménages : d'un lit dans l'un,

de deux dans l'autre (10+11.)

Vingt-deux enfants dans deux ménages : dans l'un, d'un lit,

de deux, dans l'autre.


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Vingt-trois enfants dans trois ménages : dans chacun, de plusieurs lits.

Vingt-quatre enfants dans un ménage : de deux lits (8+14).

Trente enfants dans un ménage : du même lit.

« Cette dernière constatation se réfère à l'épitaphe de Jean d'Erviller et Jeanne sa femme « qui trespassèrent l'an mil IIIIe XL et ung et eurent XXX enffans ». (Bibl. d'Arras, ms. 328, fol. 112vo.)

« On penserait qu'un tel chiffre dût leur assurer la palme ; cependant il pâlit devant les « cinquante enfants » dont Robert Doucet aurait été le « père », si l'on en croit l'interprétation générale. (Ferry de Locre, Chron., p. 444.— Hcnnebert, Hist., t. III, p. 385. — Dinaux. Trouvères Artés., p. 24, etc.) Mais on s'est trompé. L'épitaphe de 1302 comprend dans ce chiffre, non seulement les enfants de Robert, mais sa «lignée», c'est-àdire, petits-enfants, arrière-petits-enfants, dont cinquante lui survivaient :

De sa chair issit grand lignie, Dont il i ert cinquante vis,

« Aug. Terninck renchérit sur ses devanciers (Arras, p. 78) ; il traduit ces derniers mots par « cinquante garçons » ! — Inutile d'insister sur ce facétieux quiproquo.

« Il convient de remarquer que dans les relevés ci-dessus, presque tous extraits des épitaphes, mention n'est faite que des enfants légitimes ; elles ont soin do nous le dire :

S'engendra jadis chieus meïsmes Vint et deus enfans legitismes.

(Musée d'Arras, Epit. de 1414.)

« Or les autres, ceux dont elles ne parlent pas, fournissaient à la population de ces temps-là un notable contingent, que se partageaient les trois ordres : la noblesse imitait les princes, le clergé suivait l'exemple et notre bour eoise comptait des bâtards dans la plupart des familles. Il suffit pour s'en convaincre de parcourir nos Registres aux Bourgeois. Les innom-


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brables légitimations enregistrées à la Cour des comptes de Lille mettent d'ailleurs en pleine lumière ce côté des moeurs du pays sous les ducs de Bourgogne et la maison d'Autriche. »

M. le Président remercie vivement l'actif doyen de la Commission de ses intéressantes communications.

Il donne ensuite lecture d'une lettre préfectorale du 18 •novembre, l'informant que l'avis de classement des portes Gayolle et des Degrés à Boulogne subit une modification : l'Etat revendiquant la propriété de la porte Gayolle, affectée au Ministère de la Guerre, le Ministre des Beaux-Arts a rapporté, en ce qui concerne cette porte, l'arrêté du 21 juin 1905 par un nouvel arrêté aux termes duquel la façade des 2 tours qui forment la porto Gayolle est seule classée à l'exclusion des locaux que renferme ladite porte.

PRÉFECTURE du

PAS-DE-CALAIS

PREMIÈRE DIVISION

Monuments Historiques

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Arras, le 18 novembre 1905.

Le Préfet du Pas-de-Calais

A Monsieur le Président de la Commission départementale des Monuments historiques à Arras.

J'ai eu l'honneur, le 23 juin dernier de vous donner avis du classement, parmi les Monuments historiques, des portes Gayolle et des Degrés comprises dans l'enceinte de Boulogne-sur-Mer.

Cette décision avait été prise sur la proposition de la Commission des Monuments historiques et avec le consentement de la Municipalité de Boulogne, présumée, propriétaire des deux édifices classés.

Or, M. le Sous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts est informé aujourd'hui que la porte des Degrés seule appartient à la ville de Boulogne, tandis que la porte Gayolle serait propriété de l'Etat et affectée au Ministère de la Guerre. Une confusion s'est produite à ce sujet lors de l'instruction de la proposition de classement, la question de propriété n'ayant pas été élucidé


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à ce moment par la Municipalité de Boulogne, malgré l'invitation qui lui avait été faite par l'administration des Beax-A.rts, de s'assurer, le cas échéant, du consentement de l'affectation du monument.

Quoi qu'il en soif, M. le Ministre de la Guerre ayant consenti récemment, sous certaines réserves, au classement de la Porte Gayolle, j'ai l'honneur de vous informer que M. la Ministre a rapporté l'arrêté sus-énoncé du 21 juin 1905, en ce qui concerne la dite porto, et a pris, au sujet de cet édifice, un nouvel arrêté aux termes duquel la façade des deux tours qui forment la porte Gayolle à Boulogne est seule classée parmi les Monuments historiques à l'exclusion des locaux que renferme. la dite porte. Il demeure entendu d'autre part, que le classement dont je vous ai donné connaissance le 23 juin dernier reste intact en ce qui concerne la porte des Degrés.

Le Préfet, DURÉAULT.

L'ordre du jour appelle le renouvellement du bureau. Les Membres sont réélus à l'unanimité.

M. le Président communique un compte rendu concernant le Congrès préhistorique de Périgueux, où notre collègue M. Dharvent a exposé sa curieuse collection de silex à faces zoomorphes ou anthropomorphes, qui a eu un grand succès auprès des savants spécialistes.

La séance est levée à 4 h. 1/2.


Séance du 11 Janvier 1906

Président: M. BARBIER. Secrétaire : M. ROHART.

Présents : MM. Barbier, Rohart, Lavoine, F. Blondel, Bon Cavrois, Cappe de Baillon, Mayeur, Becthum, Souilliart, de Lhomel.

Excusés : MM. Rodière, Sens, abbé Thobois, Claudon.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

M. le Président donne lecture d'un arrêté préfectoral du 4 décembre, nommant titulaires de la Commission : MM. Cresson, Félix, bibliothécaire de la ville de Boulogne ; Farjon et de Rosny, membres de la Société académique de Boulogne ; Justin de Pas, secrétaire des Antiquaires de la Morinie, à Saint-Omer ; l'abbé Lemichez, doyen de Fillièvres ; E. Mayeur, artiste graveur, grand prix de Rome, à Bouvigny-Boyeffles, et Potez, lauréat de l'Académie française, professeur à la Faculté des Lettres de Lille.

La Commission s'occupe de la situation lamentable dans laquelle se trouve un des plus curieux monuments de nos environs, signalé maintes fois à l'attention des pouvoirs publics : l'église d'Ablain-Saint-Nazaire, magnifique spécimen de style ogival tertiaire, avec son remarquable portail surmonté d'une galerie lui formant une dentelle ravissante de


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légèreté, malheureusement découronné sur plus d'un mètre de longueur et non réparée, faute de fonds.

M. Mayeur présente de belles photographies de ce bijou architectural, et la Commission décide d'écrire officiellement au Maire pour provoquer des mesures de conservation de cet édifice, et offrir même une part contributive. Il faudrait tout au moins empêcher l'eau de se déverser en cataractes dans: l'intérieur.

L'ordre du jour appelle la communication de M. Lavoine. sur le fonctionnement à Arras, du XIIIe au XVIIIe siècle, d'une. Presse à verjus, installée chaque année sur la place du Théâtre, pour broyer la récolte des bons bourgeois. Il donne,, d'après des documents des archives d'Arras, des aperçus sur la réglementation de la fabrication et la vente du verjus.

Les échevins édictaient des bans, quand il y avait disette, défendant la vente au dehors. Ils taxaient le salaire du vigneron arrageois et l'empêchaient de majorer les prix. Une Commission des Six hommes du Petit-Marché était chargée de la surveillance et du commerce des vins, très considérable ici, Arras étant l'entrepôt des vins de France, obligés de stationner à l'Etape dès qu'ils avaient passé la rivière de Somme. Ces Six hommes, quand ils trouvaient du verjus « qui point n'estoit digne d'entrer en corps de homme », condamnaient le marchand à l'amende et justiciaient la pièce devant le peuple, en place publique. Le premier magistrat de la ville donnait le signal du défoncement et on laissait ensuite le vin « aler au ruyot. »

Nos bourgeois se servaient de la Presse pour presser leur récolte, mais, n'en doutons pas, buvaient surtout le bon vin de France. Ce vin était emmagasiné au XVe siècle dans les vastes caves de nos places et, dit un manuscrit sur Arras, 600 pièces étaient présentées chaque semaine à l'Etape. Il n'est pas douteux que de nombreuses pièces de vin se consommaient sur place, car on le vendait couramment à brocs dans les tavernes et l'Échevinage lui-même, dans le but louable de réglementer


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les cours, en vendait dans les caves de l'hôtel de ville, affermées à un concierge, chargé aussi de la garde des vins d'honneur.

La corporation des marchands est assez puissante, dès 1396, pour offrir au duc de Bourgogne l'importante contribution annuelle de 600 livres, durant trois ans. Celle des coultiers comptant plus de vingt membres, préside au négoce. De sévères règlements, que les consommateurs envieraient aujourd'hui, empêchent la falsification et quand une queue de vin de Beaune est reconnue de mauvaise qualité, par les courtiers et marchands, elle est aussi justiciée en place publique.

La Presse fonctionnait encore en 1784, lorsque la corporation des poissonniers, dont la façade richement ornée de leur halle se voit encore sur la place du Théâtre, demanda au vigneron arrageois l'évacuation de son encombrant matériel ; il trouva asile au vieux moulin de Poterne, rue Lavalleau. En 1793, la Ville, pour parer à la disette, avait besoin de remettre en activité ce moulin séculaire : elle signifia au sieur Salmon d'avoir à faire place nette. Mais ce dernier, malgré les sommations du procureur, « fit la sourde oreille » et le commissaire du département Garnier, dut requérir lui-même, au nom du service des armées de la République, contre l'entêté vigneron. Enfin, une transaction intervint qui permit à Salmon de remiser son outillage dans la cour de la tuerie située à proximité.

Mais les événements se précipitaient, balayant privilèges ou monopoles (à l'exception toutefois de celui des poissonniers), et Salmon qui cumulait sa petite industrie temporaire, avec celle de quincaillier, dut se contenter de celle-ci.

On ne vendange plus aujourd'hui à Arras et la vigne ne tapisse plus pittoresquement les pignons de nos deux Places : les anciens peuvent se rappeler qu'il y a un quart de siècle, on voyait encore un certain nombre de vieux ceps chargés, chaque automne de nombreuses grappes rouges ou blanches. La réclame à grandes pancartes bariolées ne serait-elle pas la grande coupable ?


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Au sujet du verjus, M. de Lhomel fait remarquer que les vignes de notre pays n'ont jamais été destinées à produire un vin potable, mais uniquement du vin aigre, transformé ensuite en vinaigre.

M. G. Cappe de Baillon entretient la Commission des sépultures épiscopales et canoniales de Saint-Nicolas-en-Cité, et donne lecture des pièces authentiques relatives à leur restauration dans cette église en 1846 :

« Le hasard d'une recherche dans nos archives paroissiales de Saint-Nicolas en-Cité, m'a mis en mains quelques pièces, du plus haut intérêt, relatives aux sépultures épiscopales et canoniales retrouvées par M. l'abbé Debray, curé-doyen (1), dans le site de l'ancienne cathédrale « Notre-Dame », lors des fouilles préparatoires pour la construction de l'église actuelle. Ces tombeaux ont été restaurés dans le sanctuaire de SaintNicolas, grâce à la bonne entente des pouvoirs ecclésiastique et civil, par Mgr de La Tour d'Auvergne, évoque d'Arras, aidé du curé-doyen de cette paroisse à qui, en cette circonstance, il avait donné tout pouvoir.

« Heureux d'en faire bénéficier notre Commission départementale des Monuments historiques, qu'il me soit permis, avant d'aborder mon sujet, d'adresser ici l'expression de ma bien sincère reconnaissance à M. le chanoine Duflot curédoyen actuel, pour son aimable communication.

« Un mot maintenant, au point de vue rétrospectif, sur les lieux qui vont nous occuper :

« Après la destruction de l'ancienne Cathédrale, vendue le 12 nivôse, an VII (1er janvier 1799), son terrain, abandonné à

(1) Du 16 novembre 1831 au 6 novembre 1859.


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la communed'Arras (1), fut nivelé tant bien que mal par le jardinier Demay qui le divisa en pelouses gazonnées, émaillées d'arbres d'essences diverses. Puis, avec l'excédent des décombres, restés sur le sol, on éleva, sur son emplacement, une butte qui dominait la ville entière (2), et sur laquelle, en 1825, on planta le « Calvaire de Mission ». Cette croix, édifiée sur les instances du P. Rauzan, prédicateur, demeura sur ce piédestal jusqu'en février 1831 ; époque où l'administration la fît transporter à Saint-Vaast (3), où elle est encore conservée dans une chapelle du Grand-Séminaire (4).

« Mais, si vous le voulez bien, retournons en arrière et reprenons notre récit au moment, où la paroisse de SaintNicolas fut reconstituée, c'est-à-dire en 1802 : A cette époque, faute d'église, elle fut installée dans la chapelle de l'HôtelDieu, rue Baudimont, où elle demeura jusqu'en 1808 ; à cette date, elle fut transférée, toujours provisoirement, dans la chapelle de l'ancien monastère des Clarisses (5), qui lui fournit asile jusqu'en 1846. Elle prit alors définitivement possession de l'église actuelle. Or, depuis le Concordat, on était, dans notre paroisse, à la recherche d'un lieu où l'on pourrait se construire une église ; mais aucun des projets élaborés, et pour diverses causes, n'avait pu aboutir, lorsque le 20 mai 1838, le Conseil municipal décida (6), « sur la proposition de M. Cor" nille, président du Tribunal civil d'Arras, qu'il serait bâti, « pour la paroisse Saint Nicolas, sur la place de la Préfecture

(1) Notice sur l'ancienne Cathédrale d'Arras et sur la nouvelle église de Saint- Nicolas ;. sans nom d'auteur, mais attribuée à M. Debray. Arras. — 1839. — Imp. Aug. Tierny.

« La destruction de ce monument fit froncer le sourcil au premier Consul, lorsque, passant la grande revue militaire dans la plaine de Dainville, il connut les détails de ce vandalisme. .. Il ordonna sur le champ, aux acquéreurs, de faire disparaître toutes ces ruines, les menaçant de ses foudres : séquestre de leurs biens, etc. ... s'ils ne lui obéissaient On. ne résista pas et pour aller plus vite on employa la poudre. » M. Debray place ce fait militaire en 1802 et M. Le Gentil en 1804.

(2) LE GENTIL— Le Vieil Arras.

(3) Compte-rendu des fêtes du Calvaire d'Arras, sans nom d'auteur. Arras—1899.

(4) Ibid.

(5 et 6} Notice sur l'ancienne Cathédrale, etc. — Arras — 1839.


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" (ancien cloître Notre-Dame), une église conforme aux plan « et devis présentés par l'architecte de la ville ; que pour cette « construction on ne dépasserait pas la somme de cent mille « francs, statuant que si cette somme devenait insuffisante, la « Fabrique devrait y pourvoir ainsi qu'aux frais de décoration « intérieure, comme elle en a pris l'engagement. »

« L'adjudication se fit le 6 août suivant; et le 30 mai 1839 Mgr de La Tour d'Auvergne posait la première pierre de la nouvelle église, qui fut livrée au culte, comme nous l'avons vu plus haut, en 1846.

« C'est pendant le cours des fouilles préparatoires, entreprises dès 1838 et continuées en 1839 que les restes mortels de nos pères dans la Foi et anciens évêques d'Arras, échappés aux profanations du ministre de la guerre, Bouchotte, revirent le jour et furent pieusement recueillis pas M. le doyen Debray.

« Mis de suite au courant des découvertes par M. le doyen de Saint-Nicolas, Mgr d'Arras s'y intéressa d'une manière toute particulière ; et, après entente avec M. Maurice Colin maire de la ville, Son Eminence chargea M. Debray de prendre les mesures nécessaires pour en assurer la conservation ; les pièces suivantes échangées entre l'Évêché et la cure de Saint-Nicolas, ainsi que le rapport final en font foi :

« A Monsieur " Monsieur Debray, curé de Saint-Nicolas, à Arras.

Etrun, le 24 octobre 1838.

« Mon cher curé, je viens d'exprimer à M. le Maire d'Arras, « le désir de voir placer dans un lieu décent et digne, les osse« mens des anciens évêques d'Arras, mes illustres prédéces« seurs. Je serais bien aise que leurs pierres sépulcrales fussent « de même mises à ma disposition. l'annonce à M. le Maire « que je n'ai encore arrêté aucune idée, aucun projet à ce suce jet, parce qu'il faut avant tout que je connoisse sa détermina-


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« tion. J'attends donc sa réponse ; et je lui dis du reste qu'il « peut s'entendre avec vous de tout cela.

« Ainsi mon cher Curé, vous voilà mon fondé de pouvoirs, « agissez pour le mieux et croyez à ma reconnaissance, comme « à mon inaltérable attachement.

« CH. Ev. d'Arras. »

« A Monsieur « Monsieur Debray, Curé de Saint-Nicolas-en-Cité, à Arras.

RESTES Arras, 30 Avril 1839.

DES

ANCIENS ÉVÊQUES d'Arras

« Monsieur le Curé

« Il est juste et très convenable de rétablir dans la terre « même qui a déjà reçu leurs cendres, les anciens évêques et « même les membres de l'ancien chapitre de l'Église d'Arras. « Cette terre leur appartient.

« Vous ferez faire en conséquence une cave sous le sanc« tuaire de votre future église, où tous ces restes seront « déposés après un service solennel pour eux.

« Au-dessus de cette cave, qui devra être hermétiquement « fermée en maçonnerie, on placera un marbre portant leurs « noms, et énonçant l'opération.

« Si l'entrepreneur refusait de faire la dépense de la cave à ses « frais, nous y pourvoirons.

« Il faut traiter dignement nos anciens, si nous voulons qu'on « ait quelque considération pour nos cendres après notre « décès.

« Recevez Monsieur le Curé l'assurance de mon estime sin« cère et de mon attachement invariable.

« CH. EV. d'Arras. »


— 199 -- PAROISSE DE SAINT-NICOLAS EN LA CITÉ D'ARRAS.

CERCUEILS DES ANCIENS EVEQUES

PROCES-VERBAL

« L'an mil huit cent quarante-six, le quatorze février, les cercueils en plomb de plusieurs Évêques d'Arras trouvés dans le choeur de l'ancienne église Cathédrale lors des fouilles qui eurent lieu pour la construction de la nouvelle église paroissiale de Saint-Nicolas-en-Cité et conservés depuis le mois de septembre mil huit cent trente neuf, sous l'escalier de l'orgue de l'église Ste-Glaire, ont été déposés dans différons caveaux maçonnés en briques de terre cuite, conformément à la lettre à nous adressée par S. E. Monseigneur le Cardinal Évêque d'Arras, en date du 30 avril 1839, dans le sanctuaire de la susdite église de St-Nicolas, comme il suit :

« 62me Évêque d'Arras. — 1° du côté de l'Evangile, a été placé le cercueil en plomb do Mgneur Jean de Bonneguise — cercueil parfaitement conservé : 2 m. 40 c. de longueur ; 1 m. 20 c. de largeur — le caveau, de 3 m. de longueur, sur 1 m. 50 c. de largeur, a été fermé par des dalles en pierre bleue et en grès. Ce pontife est mort en 1768 ou 1769.

" 60me Évêque d'Arras. — 2° du côté de l'Evangile,a été placé le cercueil en plomb de Mgneur Gui de Sève de Rochechouart : cercueil assez bien conservé, 1 m. 60 c. de longueur ; 75 c. de largeur ; le caveau a 1 m. 80 c. de longueur sur 95 c. de largeur et a été fermé avec des dalles en pierre bleue. Sur le cercueil se trouve sa plaque en cuivre doré avec ses armoiries et cette inscription :

GUIDO DE SÈVE DE ROCHECHOUART, PARISINUS, DOCTOR

SORBONICUS, EPISCOPUS ATREBATENSIS QUI V1VERE DESUT DIE 27 DECEMBRIS, ANNO EPISCOPATUS SUR LV°, AETATIS LXXXV°, AEROE CHRISTIANOE

1724.

BULLETIN III. 41


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« 10me Évêque d'Arras. — 3° au milieu du sanctuaire, les ossemens de Mgneur Frémaut ont été renfermés avec le dessus du cercueil ; on y a joint des morceaux d'étole, de manipule, de chasuble, de toile trouvés dans le caveau, ainsi qu'une plaque en plomb portant cette inscription :

+ ANNO DNI M.°. C° LXXX. III. DUODECIMO MENSIS MAII OBIIT DNUS FRUMAUDUS, VENERABILIS ATREBATENSIS EPISCOPUS, QUI IN PROESENTI SEPULTORA REQUIESCIT.

« Le caveau a 1m95 c. de long, sur 75 c. de largeur.

« Son anneau pastoral est en la possession de M. Colin, maire d'Arras : petit anneau d'or avec une émeraude non taillée.

« 59me Évêque d'Arras. — 4° du côté de l'Épître, on a déposé le cercueil en plomb de Mgneur Etienne Moreau, docteur en théologie, conseiller du Roi, ancien abbé et comte de Saint-Josse-sur-Mer. Ce cercueil assez bien conservé à 1 m. 60 c. de longueur ; 75 de largeur ; le caveau : 1 m. 80 c. de longueur sur 95 c. de largeur ; fermé avec des dalles de pierre bleue.

« Sur le cercueil est placée une plaque en cuivre avec les armoiries du prélat et cette inscription :

ILLUSTRISSIMUS ET REVERENDISSIMUS DOMINUS D. STEPHANUS MOREAU, ATREBATENSIS EPISCOPUS, EXTREMUM DIEM CLAUSIT ANNO DOMINI 1670° AETATIS VERO SUAE 76°, EPISCOPATUS SUI 2°.

« 5° du côté de l'Épître, les ossemens trouvés en 1839, dans les caveaux des Evêques, recueillis et conservés avec soin ont été renfermés dans un vaste cercueil en bois ainsi que deux coffrets remplis d'ossemens qui étaient au pied de la Croix de la Mission érigée sur l'emplacement de l'ancien choeur de la Cathédrale ; ce cercueil a été déposé avec plusieurs calices en plomb ou étain dans un caveau long de 2 m., large de 1 m. et fermé avec des dalles bleues ou grès.


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" NOTA. — Les tombeaux de presque tous les Evêques d'Arras ont été fouillés en 1793, d'après un ordre de Bouchotte, ministre de la guerre, en date du 2 décembre de la même année. On a enlevé le plomb et laissé les ossemens dans chaque caveau.

« On a placé sur chacun des caveaux un marbre bleu avec encadrement de marbre rouge avec une inscription indiquant les restes du pontife.

1° du côté de l'Evangile : Sépulture de Mgneur de Bonneguise.

2° du côté de l'Evangile : Sépulture de Mgneur de Rochechouart.

3° vis à vis l'autel : Sépulture de Mgneur Frémaut.

4° du côté de l'Epître : Sépulture de Mgneur Moreau.

5° du côté de l'Epître,: Ossemens des anciens Evêques d'Arras.

« Mgneur Fortigaire de Plaisance, 39me Évêque d'Arras en 1439, fut inhumé dans la chapelle de Saint-Vaast qu'il avait fait décorer. Cette chapelle était située entre le premier et le second pilastre du mur latéral du bas côté droit de la nef. Lors de l'enlèvement des terres, son cercueil fut découvert ; ce prélat avait été enterré sous l'autel même de la chapelle ; comme le terrain était compris dans l'enceinte de l'Eglise actuelle, j'ai fait recouvrir le cercueil-tombeau, qui était en bois de chêne ; aucun ossement n'a été soustrait.

« Lorsque nos ressources le permettront, je ferai placer une dalle en marbre bleu, semblable à celles des autres Evêques avec cette inscription : SÉPULTURE DE MGNEUR FORTIGAIRE DE PLAISANCE.

« C'est le seul évêque qui ait été inhumé dans un des bras de croix; tous les autres prélats, au nombre de vingt-cinq, ont été inhumés dans le choeur, réservé pour la sépulture des Evêques.

« Les ossemens trouvés dans les deux bras de la Croix affectés à la sépulture des membres do l'ancien Chapitre


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d'Arras et bienfaiteurs de la Cathédrale, ont été recueillis aussi avec soin et déposés avec les calices vis-à-vis des Fonts Baptismaux de la nouvelle église.

« Une dalle bleue indiquera aussi le lieu de leur sépulture avec cette inscription :

A LA MÉMOIRE DES PRÉVÔTS, DOYENS, CHANOINES DE L'ANCIEN CHAPITRE D'ARRAS INHUMÉS EN CE LIEU.

" Ainsi fait à Arras, les jour, mois et an que dessus en présence des membres du clergé de la paroisse Saint-Nicolas et

ont signé avec nous :

" DEBRAY, « D. C. de Saint-Nicolas. »

A remarquer :

« Que la tombe du 17e Evêque d'Arras, Pierre de Noyon, qui occupa ce siège de 1259 à 1280, où son grand âge et sa mauvaise santé l'obligèrent à démissionner — mort à l'abbaye de St-Eloy, où il s'était retiré, au mois de septembre de la même année, mais qui fut inhumé dans la Cathédrale, où son cercueil de chêne a été retrouvé en 1838 (1) — ne figure pas dans le procès-verbal de restauration des sépultures, dressé par M. Debray en février 1846.

« Cependant, M. Le Gentil signale cette tombe, avec inscription sur plaque de plomb, dans le 1er fascicule de l'Épigraphie du Pas-de-Calais, et la place sous le sanctuaire actuel de Saint-Nicolas-en-Cité. »

M. Mayeur fait passer sous les yeux de ses collègues des photographies de l'église d'Ablain-Saint-Nazaire et la séance est levée à 3 h. 1/2.

(1) Notice sur l'ancienne Cathédrale d'Arras etc. — Arras, 1839, pages 31 et suivantes.


Séance du 1er février 1906.

Président : M. BARBIER. Secrétaire : M. ROHART.

Présents : MM. Barbier, Rohart, Lavoine, Rodière, Sens, Baron Cavrois, Souilliart, Comte de Hauteclocque.

Excusés : MM. Vallée, F. Blondel, de Lhomel, Mayeur.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

M. Lavoine, patient fouilleur de nos archives, fait à la Commission une double et très intéressante communication, sur un peintre Hesdinois, Jean Crocquefer et sur les Parcs et Jardins de Saint-Vaast :

« TESTAMENT D'UN PEINTRE HESDINOIS. 1641.

Le document que j'ai l'honneur de communiquer à la Commission vient d'être découvert dans un lot de 4.000 minutes de contrats notariés du Gros d'Hesdin (1) qui gisaient en vrac sur 12 mètres de rayons et qui viennent d'être l'objet d'un classement chronologique.

C'est le testament d'un peintre hesdinois, inconnu aux historiographes de la ville qui abrita, deux siècles durant,

(1) Archives du Pas-de-Calais. Série E.


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plusieurs lignées de nos plus célèbres peintres artésiens, chargés d'embellir constamment cette résidence préférée des comtes d'Artois.

L'artiste qui nous occupe vivait à l'époque où, dit Ernest Lamy, « l'art français régnait sur le monde » (1) ; il possédait un certain nombre de tableaux dont il assura la conservation et qui, peut-être, étaient ses oeuvres : il mérite donc de passer à la postérité.

Jean Crocquefer, veuf en premières noces de Jeanne Du Fay, époux de Jossine Delenort, affligé de la goutte demande dans cet acte à être inhumé aux Récollets. C'est un bourgeois possédant, non seulement pignon sur rue, mais aussi une situation sociale lui permettant, outre la fondation de services religieux, de faire des largesses aux divers Ordres mendiants de la ville et des environs, aux diverses confréries ou dévotions locales, enfin à l'hermite de la forêt d'Heslin et aux pauvres de la ville. (2)

Il laisse ses biens proprement dits à sa femme et aux enfants Magnier. Mais ses tableaux, dessins et « printes » en tailledouce sont confiés à des collectionneurs ecclésiastiques ou civils.

Ce testament, passé le 6 février 1641, pardevant les notaires Romont et Duplexis, a pour témoins deux des légataires ecclésiastiques : Jean Sarrazin et Martin Lambertoul et porte la curieuse signature de l'artiste dont le paraphe caractéristique représente une tête de femme reposant sur une sorte de socle.

Voici le. texte de ce document :

« In nomine Domini. Amen. Comparut en sa personne Jan Crocqfer, pintre en ceste ville de Hesdin; lequel, en son bon senz, memoire et entendement neantmoins afflige de la

(1) Discours de réception à l'Académie.

(2) Cet ermite avait encore un successeur en 1700 : frère Jean de Marles qui fait son testament le 16 novembre de la même année. Il fonde des messes à l'abbaye d'Auchy et laisse ses biens à ses neveux Hurtrel et Hespère,

(Archives du Pas-de-Calais. E Gros d'Hesdin).


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goutte, cognoissant n'estre rien plus certain que la mort et plus incertain que l'heure d'ycelle, ne voulant mourir ab intestat, at faict son testament en la forme que s'ensuit, revocquant tous aultrez qu'il poeut avoir faict cy devant, retenant facultee de ce présent testament revocquer, augmenter ou diminuer du tout ou en partie, conjointement ou séparément, ainsy qu'il trouvera convenir ; delaissant son corps, son âme en estant partie, voeult qu'il soit inhumee en l'eglise dez reverendez P. Peres Recollets de ceste ville, proche de celuy de sa femme s'il est possible et que soit faict les funerailles et serviceez ordinaires selon qu'il at este faict a sa femme deffuncte Jeanne Du Fay. Voulant oultre ce que apreez son trespas soint celebrez six cens messez le plustot qu'il sera possible. Sy, donne aux susditz R. P. Recollets trente livreez ; aux R. P. Recolle cts du Biez et ceux du Valentin chacun cincq livreez ; aux pauvreez Clairisses cincq livreez ; aux Soeurs noires cincq livreez ; cincq livrez à le paroisse de ceste dicte ville, cincq solz a chasques plateletz ; six livres à la chapelle du venerable Saint-Sacrement, ung escus a l'eglise de Saint-Isbergues, lez le ville d'Aire ; ung escus a Notre-Dame de Foy a Ruisseauville ; ung escus a Nostre-Dame du Chesne ; quarante solz a Nostre-Dame de Bonne Esperance au Parcqz et quarante solz a l'Ermitage de la forest lez ledit Hesdin, ; ung escus à la Confrerie de Ste Croix à Marconnelle ; ung escus a la sodalite des R P. Jesuittes audict Hesdin ; et entend et voeult que l'on donne aussy au plus pauvres de ceste dicte ville la somme de dix escus tant en pains que en argent et quattre livres a une pauvre femmeez nommez Margueritte Boydin, demeurante au village du Par [cq]. Voulant aussy que son bon manteau soit vendu et l'argent distribuee aux pauvres.

« Quant est du temporelle, ledict Crocquefer voeult et ordonne que Jossine Delemort, sa seconde femme aura et emportera ce qu'il luy appartient par son contract ante-nuptial, scavoir : cens cincquante livrez et la maison où il demeure presentement sa vie durante.

« Sy donne adamp Antoine Deschaufour, pasteur de St-Josse-


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sur-mer, les deux faces de St-Salvator et de Nostre Dame les quelles sont avecq des molures. A Jan de Herly il donne aussy une ymage de Nostre-Dame d'yvoir et ung chien en ung tableau ; le chef de St Jan a Me Jan Sarrazin chappelain de ceste ville; à Me Bertin de le Roch, la pluez belle ymage de Nostre-Dame. des trois qu'il restra, et le petit chien pinct sur bois. A Me Josse Alloy, cuisinier en ceste ville, une Ste Marie Magdelaine et la face de St-François, sur boiez. Il donne aussy a Me Martin Lambertoul, prestre en ceste dicte ville tous ses dessins à la main et ses printes, tant en taille douce que aultrement et le regniment de St Pierre, l'Ecce homo pinct sur bois ; quant et quant (sic) le pourtraict du prince Cardinal Infant. Et a Jacqueligne Clabault, une ymage de St Nicolas. En outre, il voeult et ordonne que Antoine, Charles et Antoinette Magnier demeurants en ceste dicte ville soint immediatement ses héritiers do tous ses biens en generalle en quoy ilz poeuvent s'extendre et comprendre, tant en lettres de rente, hypoteques que non hypotecques, maisons en ceste dicte ville, moeubles, or, argent, moyennant et aux charges d'accomplir et fournir à tout ce que dessus, tant legatz pieux que temporelz. Faict et passe à Hesdin, le sixiesme jour de febvrier seize cens quarante et ung, pardevant notaires royaux soubz seignez et en presence de Mre Jean Sarrazin et Mre Martin Lambertoul, presbtres, tesmoings pour ce appeliez quy ont déclaire bien scavoir lire et escripvre de ce interpellez [morceau manquant] et seigne avecq ledict testateur, ce testament et nottaires :

Jan Crocqfer.

Martin Lambertoul, presbtre 1641 ; Jan Sarazin. [et comme notaires] : Romont Duplexis, 1641. »

« Souhaitons, maintenant que nous connaissons cet artiste, que ces premiers renseignements provoquent de nouvelles découvertes sur Me Jean Crocquefer, peintre hesdinois. »


— 207 — PARCS ET JARDINS DE SAINT-VAAST

DU XVIe AU XVIIIe SIÈCLES. Notes horticoles et archéologiques.

« L'art horticole, si développé aujourd'hui dans notre vieil Arras, grâce aux efforts communs de la Société d'Horticulture, de nos horticulteurs et de nos amateurs locaux, n'était, jadis, que le privilège du petit nombre et surtout d'Ordres monastiques, assez riches pour avoir un jardinier gagiste et entretenir des orangeries.

Aussi, rares sont les documents concernant l'histoire horticole du pays et ce n'est que dans les belles archives de la célèbre abbaye bénédictine de Saint-Vaast que l'on trouve quelques matériaux permettant de se représenter les jardins avec les espèces florales qui les décoraient, les prix de cellesci et le coût de la main-d'oeuvre pour les fleuristes qui les cultivaient.

Dès le XVe siècle, l'abbaye de Saint-Vaast, outre le jardin de l'enclos actuel, possède à l'importante ferme d'Hervain de vastes jardins pour y récolter fruits, légumes et fleurs, et un jardinier-chef y est attaché, ayant aussi sous sa direction les jardins de Mofflaines.

En 1527, c'est Petit-Jean Passet qui est « gardinier de Monseigneur », aux gages annuels de 10 livres tournois; il émarge aux comptes pour 14 sous pour toutes semences et 500 d'oignons pour « mettre au gardin Monseigneur » pendant qu'un autre, Marc Cauet, jardinier, qui a fait des travaux extraordinaires à Hervain, reçoit 5 livres et, pour ses gages annuels, 10 livres.

Ces appointements annuels, bien modestes, soit portés successivement à 24 livres en 1532 et à 36 livres en 1539.

Les jardiniers à la journée ne sont guère payés et quand ils ont ouvré au jardin de Monseigneur, à 6 sous par jour, l'Abbé


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réduit parfois leur mémoire. Valentin Watel, jardinier en 1590, en fait l'expérience en voyant réduire à 30 s. les 42 s. qu'il réclame pour 7 journées de travail.

Mais ces jardins sont insuffisants pour le nombreux personnel de l'Abbaye et, dès la même année, figure aux comptes un autre horticulteur dont le domaine est encore plus étendu : Guillaume de Wales est « gardinier de la Cour-au-Bois », au traitement annuel de 30 livres.

Il est utile de rappeler aux arrageois ce qu'était Court-auBois, vulgo « Courtobos ». C'était une très grosse ferme située vers la halle actuelle de Blangy, sur les terroirs de SaintLaurent, Tilloy et Feuchy, au fermage annuel, en 1670, de 3,600 livres. Elle avait, en 1780, 12 mesures d'enclos avec un marché de plus de 600 mesures et était affermée à la famille Savary pour 10,500 livres. Morcelée à la Révolution, il ne restait plus trace, sous le second Empire, de son emplacement que les anciens de Tilloy connaissaient pour y avoir fréquenté une école située près de l'ancienne ferme.

A côté de la ferme, l'abbé de Saint-Vaast avait, dès 1525, sa résidence d'été avec chapelle, défendue par une tour crénelée qui avait 13 fenêtres, et qui fut rehaussée, vers 1589, après avoir été brûlée par les ennemis cambrésiens.

Si l'ancien jardin abbatial, situé devant l'hôtellerie, à l'emplacement actuel de la Salle d'asile, est, en 1525, décoré de trompel'oeil, que le peintre Jean Lallier augmente de « six personnaiges de amourische et six gens d'armes peints à l'huile » (1), on voit aussi dans les jardins de Cour-au-Bois, à l'instar de nos parcs actuels, des groupes sculptés dus au ciseau d'un habile « tailleur d'images », Jean Leureux : « ung col de chine, teste de draghon, un pellican, un col de pan, un coq, une danse de pastoureaux et pastourelles à huit personnaiges... » (2)

Sous l'impulsion du célèbre abbé Jean Sarrazin, mort archevêque de Cambrai, cette demeure seigneuriale est l'objet de

(1) Archives du Pas-de-Calais. — H. 11343, (2) Ibid. — Ibid.


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grands travaux et les entrepreneurs et artistes sont occupés, durant plusieurs années, à la remettre en bon état.

L'ingénieur de Philippe II, Boulin, surveille les travaux dont, sans doute, il a donné les plans et, quand ils sont terminés, il « tire la figure dudit Courtobois en vélin et plusieurs autres figures sur papier ». Julien Nopveu, ferronnier, livre la serrurerie ; Gilles Baton, maître maçon, l'ancêtre d'une honorable lignée d'entrepreneurs arrageois, dont, fait rare, les descendants continuent encore le métier ancestral, fait sur place les centaines de milliers de briques nécessaires aux réfections ; J. Sandral livre les ardoises de Martinfosse, que le couvreur Robert Vincent s'engage, par marché, à placer. Le verrier Charles de Vincq y livre 47 panneaux de verrières, à plomb neuf, contenant 201 pieds, dont plusieurs à personnages avec armoiries du maître de céans. Le sculpteur Thieulier y fait une monumentale cheminée en grès, aux armes de l'Abbé avec pilastres ioniques et chapiteaux fouillés, tandis qu'Antoine Caron, crocqueteur de grès, fait d'autres cheminées avec corbeaux et corbelets. Enfin, quand tout est prêt, c'est le peintre pensionné de l'Abbaye, Jacques Prévost, qui est chargé de la décoration intérieure.

A cette résidence princière dont les toits, couverts de plomb comme ceux des cathédrales, étaient ornés de girouettes aux armes de l'Abbé, « dorées de fin or », il fallait, nécessairement, des jardins en rapport avec la richesse de l'habitation.

C'est sous le même prélat, habitué au luxe de la Cour, comme membre du Conseil d'État de Philippe II, que les jardins paysagistes reçoivent de grands embellissements. Il charge, en 1592, Toussaint Poultrain, sculpteur de mérite, de faire l'ours légendaire de saint Vaast pour mettre « au jardin de Monseigneur, tenant ses armoiries », pour la somme de 40 sols ; un cheval do plâtre pour 50 sols, et « raccoustre, audict jardin, les figures de piastre, le quadran et ung boeuf », pour la même somme.

Les plantations de vignes sont importantes et quand le 19 septembre « a este coeille le vertjus de le Courtobos où a


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este porte un gigot de mouton et une piece de boeuf (1) », le Prélat y dîne avec le Gouverneur d'Arras et autres amis. On rencontre comme convives, en 1547-1549, les seigneurs de Houchin, de Beaufremetz, d'Ossimont, de Tramerie, de Bugnicourt, de Beaurepaire, de Souastre, le commandeur de HautesAvesnes, mes dames de Watteflipe et de Warvanne soeurs de l'abbé Jérôme Ruffault, le sr de Maingoval, etc.

En 1601, Antoine Le Frère et Antoine Cadet, jardiniers, mettent six jours à besogner aux vignes, à 6 sous par jour et Valentin Wartel les taille durant 8 jours, au même salaire. Ces plantations devaient être disposées en cordons car, en 1592, Adrien Frémau, « huchier fait douze hetaux à tenir les vignes au long du jardin », pour 40 sols.

Les comptes de Saint-Vaast, minutieusement tenus, nous montrent que rien n'est laissé à l'aventure : l'entretien des haies et vignes est prévu par marché. C'est ainsi qu'en 1599, le sénéchal, au nom de l'Abbaye, — le siège vacant — passe marché avec Jean de Ranssart, jardinier, pour « reloyer et raccoustrer toutes les vignes et haies tant du grand que du petit jardin » et ce, moyennant 25 florins (2).

La mention d'instruments d'arrosage est trop rare pour ne pas citer la fourniture faite à cette date par le « chaudrelier », Pierre Choquel, de « trois cannes arrousoirs pour le jardin abbatial », pour 12 sols.

Dessinés à la française ces jardins, avec dedalus ou labyrinthe, étaient bien garnis si l'on en juge par le curieux inventaire des plantes de l'abbaye de Saint-Vaast au décès (1598

(1) Bien d'autres mets figurent aux comptes : « levrais, fraises, brous de veau, cabris, héron, boutlors, perdrix, bécasses, plouviers, bécassines, sarcelle, jambons, saucisses, esquinées, tranchons de galantine, cabillaus, solles, merlens, mulets, turbots, barbes " ; fromages de Houplines, de Béthune, de Hollande, de Haspres; en légumes verts: « fèves et poix verts, porée, leltures et raves » ; en fruits : pommes de Capendu, raisins de Morbecque, cerises, fraises ; en pâtisserie : « tartes, oublis, gauffres, plaids crocquetans... »

(Archives du Pas-de-Calais. — H 264).

(1) En 1609 l'Abbaye donne à bail à Thomas Gramay, échevin du Francq de Bruges, 3 à 4 mencaudées de terre à prendre devant la grange de la ferme jusqu'aux haies qui séparent la vigne plantée au bout de la place du côté du bois de Mofflaines, pour y planter des mûriers blancs.

(Archives du Pas-de-Calais. — H. 1,542).


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de l'archevêque de Cambrai. Ce document donne le relevé, par parcs, des plantes variées qui devaient faire des corbeilles d'un grand effet. Les tulipans, jacinthes orientales, anémones, iris, jacinthes à grappes de raisins, voisinent avec les couronnes impériales, les martagons de Constantinople et de Nazareth, les pionnes, les narcisses et autres plantes moins connues. Voici le texte inédit de ce curieux catalogue de nos horticulteurs du XVIe siècle :

« INVENTORIE DES PLANTES DU JARDIN :

An parc A.

Tulipas en nombre LI

Hyacinthes orientaulx XXVIII

Anémoines rouges doubles XII

Anémoines violettes V I I

Yris variés XLI

Hepatica rouge et bleu Il

Hyacinthes à grappes de raisins, blancs L

Couronnes impérialles IIII

Martagons de Constantinople de plusieurs liges .... III

Martagons de Nazareth III

Pionne blance L

Bassinetz blancs, doubles II

Narcis V

Martagons communs III

Plantes de glay de diverses sortes IIII

Blattavia plantés II

Mussary L

Glay de Calcidonne . L

B.

Tulipans XXV

Yris XV III

Hyachintes orientaulx de diverses coulleurs XX

Martagons de Constantinople II

Anémoines doubles V

Anémoines violettes IIII

Narcissus XIII

Blateria L

Bassinets blancs II

Jonquilles IIII


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Couronnes impériales à plusieurs tiges Il

Martagons de Nazareth II

Pionne blance . L

C.

Tulipans XXVII

Primaveris de plusieurs coulleurs VL

Hyacinthes orientaulx XX

Blatavia III

Bassinetz blancs doubles III

Couronnes impérialles III

Martagons de Constantinople IIII

Martagons de Nazareth L

Aultres martagons communs II

Panis porcinus L

D.

Anémoines rouges pers VIII

Hyachintes orientales XIII

Anémoines violettes simples XI

Prymaveris II

Hepaptica II

Irys variés VII

Bassinés blancs doubles IIIl

Blatavia II

Fluctuaria II

Anémoines de Costirelle II

Mustary L

Astarigia II

Tricquevaris L

Colchiron jaulne L

Anémoines doubles II

Jonquilles II

Martagons blancs III

Bulbeu L

Aflfodilles blanches II

Fructurelles II

Martagons de Constantinople . II

Couronne impérialles II

Hiacintes à grappes de raisins. VI

E.

Turlipans portans IV

Couronne impérialle II

Flucturalia L


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Anémoines violettes V

Anémonesses L

Blatavia V

Bassinet blanc L

Martagons de Constantinople III

Astaragia L

Yris VI

Hyachinte à grappe de raisin II

Tricquevaris III

Colchisons blancs II

Narcis blancs IIII

Jonquille jaulne L

Martagons IIII

Au petit carré.

Couronnes impérialles IIII

Panis porchinus IIII

Prymaveris VIII

Hepatica rouge et bleu VIII

Hyachinte à grappe do raisins IIII

Anémones doubles rouges II

Deux anémonesses II

Fluctualia III

Anémoines violettes II

Anémone de pavot L

Deux jonquilles jaulnes II

Saffran jaulne plantés IIII

Irys d'Engleterre III

Toffe d'hiachintes orientalles IIII

Iris variéz IIII

Saffran bigarré L

Turlipan à blanc verd L

Turlipan incarnat II

Turlipan de Boulongne Il

Aultres turlipans III

Au grand tour.

Arbre de vie Ung.

Naircis LVII

Martagons IX

Turlipans CLXIIII

Frasquinelles IIII

Hyachintes à grappe de raisins blancs IIII

Dix pionnes rouges doubles X

Anémones rouges doubles XVII

Anémones violettes. XV


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Irys XLIX

Martagons XXX

Hélébore blanches III

Hiachintes orientales XXXIIII

Syringa. II

Jonquilles jaulnes VI

Auréolles . V

Plusieurs glais de diverses coulleurs, au grand tour.

Au long parc auprès du grand tour.

Rozier de Hollandre Ung.

Rozier de Canelle II

Engleterre doubles L

Tulipans XXIII

avecq aultres diverses petites plantes.

Au dedalus.

En huict carrez, pionnes VII

Avecq plusieurs turlipans et petites plantes.

Au jardin à jolités

Lauriers de Tournay V

Mirthes VIII

Figuiers . II

Ronninours tournez II

Plusieurs aultres menues plantes, violiers en potz.

Orengiers en cuvelle L

Oléandier III

Hallotz XIII

Josnes hallotz X

Passe hallotz II

Toutes les quelles plantes et parties cy dessus, Antoine Caron, jardinier et François Guillebert, cuisinier, ont prins à leur charge et promis les renseigner quand requis en seront. » (1)

Les jardiniers appointés ne pouvaient produire toutes ces plantes décoratives pour garnir leurs parcs ; aussi les horticulteurs d'Arras leur venaient en aide par de fréquentes livraisons et c'est ainsi que quelques noms de fleuristes officiels du XVIe siècle sont arrivés jusqu'à nous, avec l'indication des espèces florales à la mode au temps d'Henri IV.

(1) Archives du Pas-de-Calais. — Abbaye de St-Vaast. H. 182.


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C'est, en 1589, Antoine Chevalier et Jacques Bélengier qui fournissent : « mirrhes, lauriers, marjolaines, romarins, et genouffrezdoubles et simples », pour la somme de 36 livres 5 sous. Deux ans plus tard, Philippe Morel et autres jardiniers, pour plusieurs « martagons, pionnes, tulipans et aultres plantes » fournies au jardin de l'Abbé, reçoivent 20 livres 12 sous. Un grainier, Georges de Fontaine, vend les semences diverses, pour 5 livres. Philippe Caron, jardinier en 1598, fournit à son tour pour 7 livres 16 sols de « marjolaines, genouffrez et romarins ».

En 1539, les jardins étaient assez vastes pour nécessiter l'emploi de cent cinquante blennées (tombereaux) do « fiens » et l'Abbé, en bon administrateur, prend soin de mettre eu marge du compte : « soit sceu si ledit nombre de fiens a este emploie. »

A cette époque, Saint-Omer réputé aujourd'hui pour ses cultures maraîchères, l'était pour ses collections de bulbes et l'Abbé paie à un carton (charretier) de cette ville, 6 sous pour avoir apporté des oignons « venans de maître Gerard, conseillier audict Saint-Omer. »

Les arboriculteurs ne seront pas étonnés d'apprendre que, dès 1539, la Pévèle est renommée pour ses plantations fruitières : c'est à Mons-en-Pévèle que Saint-Vaast achète des milliers d'entes pour ses vergers.

Outre les plantes de pleine terre, l'Abbaye cultivait les plantes d'orangerie. En 1604, le romarin est en honneur et Antoine Caron en achète « treize pottees à ung marchand de Valenciennes », pour 36 sols.

L'Abbaye suivait les ventes publiques et en 1769, dans une vente à l'évêché d'Arras, elle achète au feu des enchères : 2 orangers et leur caisse pour 68 livres 5 sous et 2 autres qu'elle pousse jusqu'à 151 livres. Elle savait aussi découvrir les horticulteurs amateurs pour augmenter son orangerie et la même année, l'abbé Blondel, de Cambrai, lui livre 10 couples d'orangers pour la somme de 360 livres et 10 jas. mins jonquilles pour la grosse somme de 60 écus. Les bénéBULLETIN

bénéBULLETIN 15


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dictins ne s'adressaient du reste qu'aux marques renommées, témoin cette facture de graines de radis et autres, fournie en 1779, au célerier par l'antique maison Villemorin, successeur de Lefebvre, gendre d'Andrieu, qui porte, au dos, un curieux prospectus de la maison : graines de toutes sortes, arbres etc.. avec cette enseigne, montrant l'ancienneté de l'établissement : Au Roi des oiseaux et à la Renommée — ci-devant au Coq de la bonne foi. Quai de la Mégisserie ou de la Ferraille ».

Sous la Révolution, le jardin abbatial de Saint-Vaast fut loué aux enchères et l'adjudicataire Gorillot en retira sans doute de beaux fruits et légumes puisqu'il obtint l'adjudication, au second feu, pour la somme de 4.600 livres (1). Il n'avait pas le droit d'entrer avec plus d'un aide aux heures fixées : de 9 h. à midi et de 3 à 6 heures — les bâtiments étant occupés par le District d'Arras.

Terminons ces rapides notes horticoles en révélant aux actifs compatriotes de Colas et Jacqueline que, si les graines dé Villemorin étaient déjà célèbres au XVIIIe siècle, leurs carottes d'Achicourt peuvent aussi exhiber leur modeste parchemin. C'est ainsi que, le 10 mars 1780, l'archevêque de Paris, par lettre datée de la Cour, à Conflans, demande à l'abbé de St-Vaast, le célèbre cardinal au collier, de lui envoyer « deux littrons de graine de carottes ».

La ville d'Hesdin a encore les honneurs de la séance avec M. Rodière qui fait la communication suivante au sujet de l'ouvrage intitulé : DESCRIPTION DE LA VILLE DE HESDIN [Extrait de l'Histoire de Vieil-Hesdin, par Jules Lion. — Amiens, 1905 ]

« Notre collègue, M. Jules Lion, est l'un des vétérans de la science archéologique dans nos contrées. Dans sa carrière déjà longue et bien remplie, il a rendu maints services à la cause

(1) Arch. du P.-d.-C. — III. Q. Séquestre : baux, locations.


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de l'histoire locale. Mais je tiens à noter ici l'un des meilleurs titres de cet érudit à la considération et à la reconnaissance de ses confrères en archéologie.

« Plusieurs auteurs avaient traité l'histoire du Vieil-Hesdin et, à cette occasion, donné la description de l'ancienne ville ravagée et détruite par Charles-Quint (1553). Mais, pour ce travail, tous, aussi bien Danvin que Mondelot, s'étaient exclusivement inspirés de divers plans manuscrits, existant dans les dépôts publics et les collections particulières. Ces plans, comme tous les plans anciens, étaient faits de chic et sans grand souci de l'exactitude, et cela d'autant plus que tous, sans exception, avaient été dressés après la destruction de la ville. Naturellement, ils n'étaient pas d'accord entre eux et les auteurs dissertaient à perte de vue sur leurs mérites respectifs. Jamais personne n'avait songé à aller sur place, vérifier les traces encore existantes des murs d'enceinte et des rues principales de la vieille cité.

« M. Lion est le premier et le seul qui ait procédé sur les lieux à ce relevé indispensable ; le premier et le seul, par conséquent, qui ait dressé un plan authentique et rationnel du VieilHesdin. Et ce travail a mené l'auteur à des constatations fort intéressantes ; il a' pu rectifier plus d'une erreur de ses devanciers : pour n'en citer qu'une ici, le tracé des remparts de la ville et du château, encore très visible sur tout le pourtour de l'enceinte, avait toujours été reproduit très inexactement. Il était facile, semble-t il, de rétablir ce tracé ; personne ne s'en était avisé avant M. Lion.

« Les divers plans publiés jusqu'ici n'étaient nullement d'accord entre eux sur la situation des monuments du Vieil-Hesdin : l'un plaçait la collégiale au bord de la rivière, dans un endroit où il n'y a jamais eu aucune rue ; l'autre confondait l'église Notre-Dame avec la paroisse actuelle du village du Vieil-Hesdin, etc, etc. M. Lion, ne se bornant pas aux recherches sur le terrain, a exploré les Archives Nationales, et y a trouvé un acte de 1789, par lequel le Roi Louis XVI concédait à divers


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particuliers l'emplacement de ces différents édifices, resté jusqu'alors partie intégrante du domaine royal.

« A l'aide du cadastre, le patient et sagace investigateur a pu retrouver les tenants et aboutissants désignés dans l'arrêt de 1789, et déterminer d'une manière certaine la situation des trois églises, de l'hôpital, du couvent des Clarisses, etc. Quelques fouilles, faites sur les emplacements désignés, ont pleinement corroboré les conclusions de M. Lion.

" C'est également par des sondages sur le terrain que M. Lion a pu prouver que l'ancienne voie romaine d'Amiens à Thérouanne passait par le Vieil-Hesdin (1).

« Ces résultats, très intéressants et très précieux pour l'histoire locale, sont dûs à l'application d'une méthode sûre, suivie avec persévérance et sagacité.

« Voilà bien des années que l'histoire du Vieil-Hesdin a vu le jour ; mais cet excellent ouvrage est épuisé depuis longtemps déjà, et l'auteur a été bien inspiré d'en détacher un des meilleurs chapitres pour le remettre sous les yeux du public. »

La séance est levée à 3 h. 1/2.

(1) Quant à la voie d'Amiens à Boulogne, je pense que le tracé de la chaussée Brunehaut par Douriez et Brimeux, encore très visible et facile à suivre, doit être maintenu de préférence à tout autre.


Séance du 1er Mars 1906.

Président : M. BARBIER. Secrétaire: M. ROHART.

Présents : MM. Barbier, Rohart, baron Cavrois, Cappe de Baillon, Becthum, Sens, Tierny, comte de Hauteclocque, Rodière, Edmont, Déprez, Lavoine, Souilliart.

Excusés : MM. F. Blondel, Farjon, Gonsseaume, Justin de Pas, abbé Thobois.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

M. le président donne lecture d'un arrêté préfectoral, en date du 12 Février, nommant membre de la Commission M. Déprez Eugène, archiviste départemental. Il se fait l'interprète de ses collègues pour souhaiter la bienvenue à M. Déprez et lui dire toutes les espérances que donne son entrée dans une Société, où sa place était marquée à toutes sortes de titres.

M. Déprez ne peut mieux répondre à ces souhaits qu'en prenant de suite la parole pour signaler la découverte et l'achat par un amateur de Paris, M. Ch. Oulmont, d'une sanguine de Doncre, dont il parlera dans une séance ultérieure.

M. Justin de Pas, par l'entremise de M. Sens, qui d'ailleurs a été son,précieux collaborateur, dépose sur le bureau une étude extraite des procès-verbaux de la Société des Antiquaires de la Morinie sur un sceau de Nicolas Mainfroy.

M. Déprez, à propos de la bibliothèque de l'abbaye de SaintVaast, développe un projet de reconstitution de l'ancien fonds de Saint-Vaast.


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M. Lavoine présente à la Commission un surmoulage d'une monnaie en or d'Allectus, trouvée à Tingry, et achetée par le Cabinet des Médailles.

DÉCOUVERTE D'UN ALLECTUS EN OR A TINGRY

Lors de la moisson dernière, dans un champ situé au nord du territoire de Tingry, du côté de Létoquoy (hameau de Samer) un jeune cultivateur, en relevant des gerbes, trouva une pièce d'or aussi brillante que si elle sortait de la frappe. C'était un ALLECTUS en or du poids de 4 gr. 62.

Le jeune inventeur porta cette pièce à son curé qui, après examen sommaire, comprenant l'importance exceptionnelle qu'elle pouvait avoir au point de vue local, alla la montrer à notre collègue M. le Dr Sauvage, conservateur du Musée de Boulogne. Mais, malheureusement, le budget du Musée ne permi pas d'en offrir plus de 100 francs et cette très rare monnaie ne put prendre place dans la belle série numismatique commencée jadis par M. Haigneré, à côté des quelques monnaies en bronze d'Allectus qui y figurent.

Le propriétaire de la pièce s'adressa à M. Ernest Babelon, conservateur du Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, et ce savant numismate l'acquit au prix de 1.000 francs pour les collections de l'Etat.

Informé récemment de ces faits par le regretté historien de Tingry que la mort vient de frapper, je pensai que, si nôtre budget et celui du Musée de Boulogne ne permettaient pas de conserver, dans son lieu d'origine cette monnaie, d'autant plus rare que le règne de l'usurpateur fut très court, nous pouvions du moins en obtenir une reproduction.

M. Babelon a eu l'obligeance d'acquiescer à ma demande de moulage et a bien voulu me promettre un tiré à part de l'étude qui sera publiée dans la Namismatique. C'est donc grâce à lui que nous conserverons dans les collections de la Commission cette reproduction d'une monnaie d'Allectus, frappée à Londres, d'une admirable conservation.


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En attendant sa description par une plume autorisée, voici d'après Mionnet (1) l'un des prédécesseurs de M. Babelon au Cabinet des médailles, quelques indications :

Allectus était « officier dans les troupes de Carausius et « son lieutenant ; il se fit proclamer empereur après avoir « assassiné son maître, l'an de Rome 1046 (293 de J.-C). Tué « dans une bataille que lui livre Asclepidote, général de « Constance Chlore l'an 1049 (296 de J.-C). »

Aucun des types de monnaies d'or, donnés par Mionnet sous la cote R8 qui signifie très rare et estimés alors à 6,000 fr., pièce, ne se rapproche de la pièce de Tingry. Celle-ci est donc, je le répète, une monnaie rarissime.

Elle représente la tête du tyran laurée avec l'inscription IMP CALLECTVSP.F.AVG.

Le revers porte : PROVID. AVG : La Providence debout tenant à la main droite un sceptre posé sur un globe, et à la main gauche, une corne d'abondance. A l'exergue : ML. qui indique l'atelier d'origine : moneta Londini.

Déjà en 1855, une trouvaille très importante avait été faite dans cette commune : un tombeau fut ouvert qui contenait des vases de terre, des poteries samiennes. une agrafe émaillée terminée en forme de serpent, de moyens bronzes de Postume, de Trajan-Dèce et de Maximin, de petits bronzes de Claude le Gothique, de Constantin-le-Grand et de Constant II, une massue en plomb etc. » (2)

M. Cappe de Baillon donne quelques notes supplémentaires sur le cimetière de la Paix.

M. Rodière entretient la Commission des peintures murales de l'ancien Hôtel-Dieu, actuellement couvent de la Providence, dont la visite est décidée pour le 5 avril prochain.

(1) De la rareté et du prix des médailles romaines ou Recueil contenant les types les plus rares et inédits des médailles d'or, d'argent et de bronze frappées durant la durée de la République et de l'Empire romain, Paris, 1847, 2 volumes in-16, avec pl.

(2) Dict. histor. et archéol. Boulogne, t. III, p. 393.


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« Les auteurs de notices sur les monuments d'Arras, dit M. Rodière, ont très pou parlé de l'ancien Hôtel-Dieu, aujourd'hui couvent des Dames de la Providence. Ils ne se sont guère occupés que de la curieuse façade, aujourd'hui disparue. Dans les vastes bâtiments qui subsistent, il y a encore plus d'un détail intéressant à relever ; voici quelques notes que j'y ai prises au cours d'une rapide visite.

« L'ancien Hôtel Dieu est situé en Cité, vis-à-vis l'ancienne porte du Chapitre, rue Baudimont. Il contient des bâtiments de diverses époques.

« L'un des principaux corps de logis date de 1594. La chapelle porte le millésime de 1596 sur la clef de cintre de son portail. Elle est bâtie en briques et éclairée par des fenêtres aiguës, très hautes et très étroites ; elle se termine à l'orient par un chevet à pans coupés. La voûte en plafond d'ogive et le mobilier sont tout récents. Cette chapelle a remplacé le vieil oratoire roman, qui avait subsisté quoique désaffecté, et que l'on a stupidement détruit en 1831. Un autre bâtiment est daté de 1705 , un autre : ANNO 1769, un autre encore : 1762.

« Il y a de très belles caves sous diverses parties de l'édifice ; l'une de ces caves parait dater du XIIIe siècle ; elle se compose de quatre travées, dont les voûtes d'ogive à arcs aigus retombent sur une forte colonne monolithe en grés. Une autre cave, creusée au XVIIIe siècle seulement, a gardé quelques inscriptions commémoratives :


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« Dans le dallage d'une cour j'ai remarqué un fragment de pierre tombale, le seul qui existe encore dans tout l'enclos. En voici l'inscription :

« Mais la partie sans conteste la plus intéressante de cet ancien établissement hospitalier, c'est le cloître, qui. bien que daté de 1600, est encore conçu selon toutes les règles du style gothique, — dernière période, bien entendu. Ce cloître forme un carré de sept travées de côté ; chaque travée a sa voûte sur croisée d'ogive, en craie taillée, avec clefs et culs de lampe sculptés ; des fenêtres en arc brisé, occupant toute la hauteur des formerets, s'ouvrent sur le préau ; on les a vitrées tout récemment.

« Du côté sud-est, les 4e, 5e et 6e travées du cloître vers le sud sont ornées de peintures murales encore remarquables, quoique bien effacées.

« 1° La Flagellation. — Sous un arc rouge en plein cintre, le Christ nimbé, assis, vêtu de bleu et de rouge, tenant le roseau, entre un Pharisien barbu et un bourreau qui tient une sorte de marteau de fer. A gauche, une religieuse agenouillée, vêtue de blanc, voilée de même ; c'est la donatrice. Derrière elle,


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sa patronne, religieuse de même costume. Adroite, une autre religieuse agenouillée, assistée de son patron, un saint évêque crossé et mitre. (Toutes les religieuses ont un chapelet.) Pas de traces d'inscription.

« Le cul de lampe voisin est orné d'un écu peint : de... au chevron de gueules accompagné de deux croissants (?) en chef et de .. en pointe, le tout du même.

" 2° Le Christ transfiguré, debout de face dans une' gloire, vêtu de bleu avec un manteau blanc. Il est entre Moïse, en noir, et Elie, en bleu et rouge. Plus bas, saint Pierre, vêtu de bleu avec manteau noir, assis à terre, et deux autres apôtres dont l'un relève l'autre, étendu sur le sol : le premier est habillé de rouge, le second de bleu et de jaune. Les donatrices sont deux religieuses, assistées l'une de la Vierge-Mère en bleu et blanc, l'autre de sainte Barbe avec sa couronne, sa palme et sa tour. Au-dessus, à l'intrados du formeret, on lit :

HIC EST FILIVS MEVS DILECTVS IN QVO MIHI BENE COPLACVI IPSVM AVDI

« A l'extrados, on entrevoit le millésime 1600.

« En-dessous de la fresque se trouvait peinte une inscription française, en minuscule noire ; quatre lignes, séparées au milieu par une tête de mort. Cette épigraphe a été grattée et détruite ; malgré tous mes efforts je n'en ai pu rien lire, ce que je regrette vivement, car elle nous eût renseignés sans aucun doute sur l'origine de ces fresques.

« La peinture du cul-de-lampe voisin est effacée.

« 3° La Sainte Trinité. — Le globe du monde au milieu, tenu à droite par Dieu le Père, vêtu du manteau impérial, et à gauche par Dieu le Fils, couvert d'une chlamyde de pourpre. Au-dessus, le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe. Les donatrices sont deux religieuses, dont les patrons sont peu distincts : à gauche Saint-Michel, en guerrier, armé de l'épée ; auprès se voit un énorme dragon ; à droite, une sainte ?).


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+ « Sur le cul de lampe voisin, est peint le monogramme IHS.

La 7e et dernière travée du cloître est occupée par une porte.

Dans le côté sud-ouest du cloître, la première travée était occupée par une fenêtre aujourd'hui murée. Le cul de lampe porte un écu : une herse de sable accompagnée de 3 M de sable. On ne voit pas si le fon l est d'or ou d'argent. Ces armes ressemblent un peu à celles de Mathieu Moullart, alors évêque d'Arras (1).

« Les trois travées suivantes ont conservé des peintures :

« 4° Dans une auréole formée par un chapelet, la Vierge est debout de face, un capuchon sur la tête, la lune sous les pieds, et soutenue par deux petits anges nus ; deux autres anges sont près de sa tête. Ces anges, qui sont plutôt des amours, n'appartiennent nullement à l'art chrétien ; la Vierge est d'un dessin bien médiocre. Les donateurs sont : à gauche, une religieuse dont le patron est un ange vêtu et beaucoup plus conforme aux traditions du moyen-âge (Gabriel, sans doute ?) ; à droite, une autre religieuse, assistée de son patron : un prêtre, tête nue, en vêtements sacerdotaux. Pas de traces d'inscription.

« Le cul de lampe porte un écu d'or à 3 merlettes de gueules.

« 5° La fresque a complètement disparu ; on voit seulement la place qu'elle occupait.

" 6° Fresque entre deux culs de lampe : écus d'argent à 3 H de sable, 2, 1.

« Cette peinture est bien détériorée, mais remarquable. Elle représente saint Jean à la Porte-Latine. Le saint est nu, dans la chaudière, les yeux levés au ciel. Autour de lui, nombreux bourreaux en costumes de soldats romains, casqués et cuirassés, vêtus de manteaux rouges. Dans le fond, une belle perspective de la ville de Rome, avec nombreux monuments entre lesquels on reconnaît très bien le Colysée. A gauche du tableau, le pied-droit de la Porte-Latine.

(1) Ce prélat portait ; tiercé en fasce : au 1er d'argent à 2 têtes et cols de chevaux affrontés de sable ; au 2, d'or plein ; au 3, d'azur à la herse d'or.


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« Les donateurs ne sont plus ici des religieuses : à gauche, on voit un bourgeois d'Arras vêtu d'une robe noire et d'un large manteau gris ; à droite sa femme habillée presque comme les religeuses, mais coiffée d'un capuchon carré. Les patrons sont : pour le mari, saint Jean l'Evangéliste ; pour la femme, saint Jean-Baptiste avec sa houlette croisée ; il a un manteau semblable à celui du donateur, et porte une longue barbe.

« Dans toutes les travées peintes, les formerets sont peints en rouge dans la gorge et en noir sur l'extrados. Les culs de lampe ont le tailloir rouge et le reste noir ; tous portent des écussons peints.

« Il n'y a aucune trace de peinture dans tout le reste du cloître ; les murs sont nus et vierges de badigeon. Seuls, les culs de lampe portent tous des écus qui n'ont jamais été sculptés, mais dont quelques-uns gardent" des traces, à peine visibles, de peinture.

« Les clefs de voûte, au contraire, n'ont jamais été peintes mais presque toutes portent (entourés d'un collier de fantaisie à l'imitation de la Toison d'or), des écussons dont beaucoup ne sont pas sculptés. En voici le relevé :

Côté Sud-Est :

1. Ecu non sculpté.

2. Écu en lozange : 3 A, 2 et 1. (Capitale gothique fleurie),

3. Pas d'écu. Un Agnus Dei (très mal sculpté)

4. Écu non sculpté.

5. Écu en bannière, non sculpté.

6. Ecu en forme de coussin, non sculpté.

Côté Nord-Est :

1. Écu en lozange, non sculpté.

2. Écu français, id.

3. Écu en lozange, id. — Dans cette travée est la

porte du préau, surmontée de la date : 16 + 00. 4. Écu non sculpté.


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5. Écu en lozange, non sculpté.

6. Écu : au chevron accompagné de 2 étoiles à 6 rais en chef, et un oeil en pointe.

Côté Nord-Ouest : 5 écus non sculptés.

Côté Sud-Ouest :

1. Écu écartelé : 1 et 4 un écusson ; 2 et 3 une fasce.

2. 3 et 4. Écus non sculptés.

5. Écu : au vase cantonné aux 1 et 4 d'une fleur de lys, aux 2 et 3 d'un coeur.

6. Écu : au calice surmonté d'une hostie, cantonné aux ! et 4 d'une étoile à 6 rais, aux 2 et 3 d'un coeur.

7. Écu : au chevron accompagné en chef de 2 étoiles à 6 rais, et en pointe d'une gerbe.

« Mon ignorance à peu près complète, en ce qui concerne les antiquités d'Arras, ne me permet d'identifier ni ces écussons, ni les personnages figurés sur les fresques. Mais je pense qu'il me suffira d'attirer sur ces curieux vestiges l'attention de mes confrères atrébates, pour que quelques recherches dans les archives hospitalières, dans le Père Ignace, les épitaphiers et les armoriaux les mettent à même de résoudre ces petits problèmes d'épigraphie héraldique.

M. Rohart rend compte de ses démarches, tentées, sans succès, auprès de la Compagnie du Nord pour l'obtention de billets de demi-place en faveur des membres de la Commission, se rendant à ses réunions mensuelles.

La séance est levée à 3 h. 1/2.


Séance du 5 Avril 1906

Président : M. BARBIER. Secrétaire: M. SENS.

Présents : MM. Barbier, Becthum, Cappe de Baillon, baron Cavrois, Delrue, Déprez, Edmont, Lavoine, Mayeur, Rattier, Richebé, Rodière, Souillart et Sens.

Excusés : MM. Rohart, Farjon, Gonsseaume et Guesnon.

Le procès-verbal de la séance du 1er Mars est lu et adopté.

M. Déprez donne lecture d'une notice concernant un dessin à la sanguine du peintre Doncre. L'auteur, M. Charles Oulmont, licencié ès-lettres, explique les raisons qui incitent à supposer que cette sanguine représente le brasseur Carraut, d'Arras :

« Guillaume-Dominique-Jacques Doncre (1743-1820), naquit en 1743 à Zegerscappel. Il fut reçu bourgeois d'Arras, le 31 mars 1772. Nous sommes fort bien informés sur la vie et sur le personnage du peintre. Nous sommes fort au fait des questions qui le concernent. M. C. Le Gentil lui a consacré un important in-octavo, qui parut à Arras, en 1868. Nous savons que Doncre épousa la belle Marie Agnès-Rose Dineur, et l'auteur nous conte mille détails sur ce couple d'amoureux. Nous savons que le peintre eut un frère, Omer, qui, lui aussi, s'occupa de peinture Nous savons encore qu'il avait pour amis le sculpteur Lepage et d'autres artistes connus à Arras. Nous savons que Doncre fut aussi musicien, sculpteur et mécanicien. Et puis, sa figure nous est désormais familière, avec son feutre à larges bords, ses souliers à boucles de strass, sa culotte verte, et son habit à


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la française ; il a des yeux très doux, une bouche qui sourit, indulgente et tendre, un menton carré, assez puissant. Il est grand, et pour nous, il représente le type du bourgeois élégant du dix-huitième siècle. Doncre est presque ignoré maintenant: aussi bien, les oeuvres que l'on possède de lui, sont rares, et comme l'affirme Beylier de la Chevignerie, ses dessins sont très recherchés des amateurs.

« Je possède de Dominique Doncre le portrait présumé de Carraut, brasseur de l'abbaye de Saint-Vaast, parent de Robespierre. Voici l'historique de ce dessin fait à la sanguine et au crayon noir,.très large, très expressif et d'une sobriété que l'on ne rencontre que chez les maîtres. Une amie de Doncre, vers 1847, le vendit à M. Demory, professeur à l'Ecole d'Académie d'Arras ; celui-ci le vendit à Dancoisne, d'Hénin-Liétard, qui le céda à Victor Advielle. Il y avait, en outre, exécutés par le même peintre, un portrait de Robespierre le jeune, deux portraits d'hommes, le portrait de la mère Duchesne, de Demeuliez et de Le Bon. A coup sûr, le portrait présumé de Carraut est le plus remarquable. J'en ai vu quatre, parmi ceux que je viens d'énumérer : aucun ne lui est comparable. M. Le Gentil croit ces oeuvres de la main de Boilly ; il les estime trop, pour les attribuer au dessinateur arrageois. Il fait erreur, et M. Advielle réfute ses arguments, assez médiocres, dans un mémoire assez développé, qui resta manuscrit et que j'ai sous les yeux. Il dit enfin, que Doncre « s'est surpassé soi-même », mais que c'est bien lui l'auteur des portraits.

" Quant au personnage représenté de longue date, on pensa qu'il fallait reconnaître en lui l'un des Carraut, brasseur de l'abbaye de Saint-Vaast. Il est difficile de l'identifier avec certitude. Dans la « Lanterne magique (1), ou les grands conseillers de Joseph Lebon, représentés tels qu'ils sont » (à Paris,

(1) N'accepter qu'avec réserve et sous bénéfice d'inventaire les racontars de ce pamphlet anonyme, qui traite avec la même rigueur les honnêtes gens qui acceptèrent loyalement les principes de la Révolution et les plus exagérés terroristes.


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chez les marchands de nouveautés, 1797, page 13), on lit ceci

« Prenez place à côté, infâmes Carraut, dignes cousins de Robespierre, apprenez ce que vous valent vos cruautés ». Apprenez-le, sur l'air des Fraises :

Les Carraut sont trois bandits Bien dignes de l'échelle ; Quant la justice les prit, Alors tout le monde dit : Ficelle, ficelle, ficelle.

« Nous n'ignorons pas que François de Robespierre, avocat au Conseil d'Artois, père de Robespierre, avait épousé Jacqueline-Marguerite Carraut, fille dé François Carraut. brasseur de la rue Ronville. Mais s'agit-il ici de Louis-Augustin-François Carraut, marchand brasseur, ou de Jean-François Carraut ? Ou même, s'agit-il d'un homme de ce nom ? ce qui est certain, comme l'on en peut juger par la gravure, c'est que le révolutionnaire, tourné légèrement de trois-quarts, vêtu du costume classique de l'époque, chemise souple et haut collet, a des yeux d'une vivacité et d'une intelligence notables ; il a un nez fin et allongé, des lèvres minces et petites, les pommettes saillantes, les cheveux en désordre, et tout pourrait faire supposer que c'est le portrait d'un poète et d'un penseur. Mais arrêtonsnous dans les conjectures hasardées, qui entraînent au loin l'esprit vers les chimères. Quant au modelé, au coup de crayon — comme l'on dit, — à la précision du contour, ils sont de tous points remarquables. On songe à Boilly, on songe aussi bien à David, mais pourtant l'impression dernière comme la joie brusque et durable que l'on éprouve, nous avertit que le peintre qui sut traduire ainsi l'âme d'un homme fut un peintre au talent personnel, et Doncre nous apparaît comme une des figures assez nombreuses des temps passés, que le moment présent ignore, sans justice, et aussi qu'il ignore, faute de les connaître. »

M. Rattier demande aux membres présents à la séance de vouloir bien lui signaler les divers édifices du Pas-de-Calais,


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méritant d'être c'assés au nombre des monuments historiques. Il est utile de rappeler aux municipalités qu'elles ont intérêt à provoquer ce classement.

Plusieurs des membres présents signalent différentes églises susceptibles d'être classées. Ils s'entendront avec M. Rattier pour lui indiquer celles qui méritent véritablement d'être protégées contre les dégradations du temps et contre l'indifférence des possesseurs.

La Commission se rend ensuite au couvent des Dames de la Providence, ancien Hôtel Dieu de la Cité, pour y examiner les peintures murales existant encore dans les cloîtres et au sujet desquelles M. Rodière a donné une description dans la précédente séance. Il y a lieu de déplorer l'état en. lequel se trouvent actuellement ces peintures. Les inscriptions ne sont plus lisibles ; les écussons ne donnent plus d'indication. Une date est encore visible, 1600.

En quittant cet ancien Hôtel-Dieu, la Commission visite dans le haut de la rue Baudimont, les vestiges d'une ancienne porte du couvent des Brigittines et dans la rue de Paris, une maison du XVIIIe siècle, dont les fenêtres sont ornées de sculptures décoratives du beau style Louis XV.

BULLETIN III. 16


Séance du 3 Mai 1906.

Président : M. BARBIER. Secrétaire: M. ROHART.

Présents : MM. Barbier, Rohart, Sens, Lavoine, Déprez Richebé, Rodière, J. de Pas, Bled, Edmont, Becthum, abbé Willox, F. Blondel, Guesnon, Bon Cavrois.

Excusés : MM. Mayeur, Comte de Loisne, Souilliart.

Le procè-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

M. Guesnon a la parole pour sa lecture inscrite à l'ordre du jour sur « la surprise d'Arras tentée par Henri IV en 1597 et le tableau commémoratif exécuté à cette occasion par Mre Hans Coninexloo. » Cette notice, dont notre collègue a bien voulu se charger à la demande de la Commission, paraîtra prochainement dans la Statistique monumentale dont elle complètera le tome III.

M. Déprez lit une poésie sur le siège d'Hesdin, découverte sur une page de garde.

M. Cappe de Baillon dépose sur le bureau, au nom de M. l'abbé Pierre Debout, un lot d'objets gallo-romains trouvés au cours des fouilles de Baudimont.

Il se compose de stylets, épingles, passe-lacets, en os et ivoire ; aiguille en bronze et anse de vase de même métal ; un disque, sorte de palet, en terre cuite ou ciment ; et un peson en plomb portant les chiffres, gravés, LXH : le tout recueilli dans les fouilles rue Maître Adam-Baudimont.

La Commission remercie M. Debout de concourir ainsi au développement de son musée.

La séance est levée à 3 h. 1/2.


Séance du 7 juin 1906

Président : M. BARBIER. Secrétaire: M. SENS.

Présents : MM. Barbier, F. Blondel, Becthum, Bon Cavrois, Cappe de Baillon, Edmont, Lavoine, Sens, Souilliart.

Excusés : MM. comte de Loisne, Rohart, Rodière, Tierny.

Après adoption du procès-verbal de la précédente séance, M. Edmont fait une lecture sur la découverte faite dernièrement à Saint-Pol, d'une lague de foyer hollandaise, datée de 1681, reproduisant le sujet connu pris comme symbole de la province. En recherchant si des relations avaient existé au XVIIe siècle entre la Hollande et la ville de Saint-Pol, M. Edmont a. trouvé dans les registres de l'Echevinage, la trace d'une acquisition faite à un habitant d'Anvers d'une pompe à incendie en 1681. Il est curieux de remarquer que cet achat par la ville de Saint-Pol eut lieu 18 ans avant que Paris se fût décidé à prendre les mêmes mesures contre les incendies.

M. Barbier donne lecture d'une communication de M. Guesnon, relative à une ancienne muraille de l'abbaye de SaintVaast, découverte par M. Caslant, capitaine du génie, à Arras. L'épaisseur et le mode de construction de ce mur pourraient donner, si de nouveaux renseignements étaient trouvés en d'autres points de l'ancienne enceinte du monastère, des éclaircissements sur son organisation défensive.

« M. le capitaine Caslant, du 3e régiment du génie, a bien voulu me mettre au courant d'une découverte archéologique dont l'intérêt n'échappera pas à la Commission. En explorant les boves obstruées de la maison qu'il occupe dans la rue des Murs-Saint-Vaast, n° 27, M. Caslant remarqua que ces divers


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souterrains, traversant la rue, allaient aboutir à une antique muraille. Cette construction excita sa curiosité.

« Je l'ai rencontrée, m'écrit-il, à l'angle sud-est du magasin « des Subsistances. Comme je me trouvais à 10 mètres de « profondeur et qu'elle descendait encore plus bas, il m'a » paru que les fondations extrêmes devaient atteindre le ni" veau des eaux. D'après mes calculs, elle se trouverait à « 2 mètres en arrière du mur actuel, sous le jardin de l'Evêché, « J'estime qu'elle se prolonge parallèlement à la rue.

« Je l'ai percée en A B et j'ai trouvé une épaisseur de " 3 mètres. J'ai essayé de la suivre en dégageant la partie « A C ; j'ai dû m'arrêter à cause de la difficulté du travail, « mais je pense qu'on doit en conclure qu'elle se prolonge en ligne droite.

« Elle est formée de matériaux de démolition réunis par un « mortier grossier et donne l'impression d'un mur de for« tification.


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" Ces derniers mots de l'officier archéologue, transformé en sapeur par l'amour de l'art, soulèvent une grosse question d'histoire locale, celle des limites de l'ancien castrum. Construite vers la fin du neuvième siècle pour mettre à l'abri des invasions normandes l'abbaye de Saint-Vaast, jusqu'alors sans defenses, cette forteresse dut englober, en même temps que le monastère, le château de la Cour-le-Comte et sans doute la maison du châtelain, ses prisons et leurs dépendances, autrement dit l'emplacement du Théâtre actuel et de la Salle des Concerts. Ainsi délimitée de trois côtés, l'enceinte aurait laissé au midi, derrière les maisons de la rue Saint-Géry, des ruines et des dénivellements qui ont permis aux historiens d'Arras, d'abord Harbaville (1), puis Terninck (2), et surtout Le Gentil (3), d'en tracer le quatrième côté jusqu'à la rencontre des murs de l'Abbaye.

» A part l'origine romaine, faussement attribuée au castrum et « son entrée principale dans la rue Saint-Aubert, près de l'égout » (4), où il n'en exista jamais — sinon sur un ancien plan de Guichardin témérairement « complété » de nos jours (3) on peut admettre les délimitations ci-dessus proposées, et même les préciser.

« Un argument historique, en effet, vient à l'appui des données archéologiques. La paroisse centrale de La Madeleine formait, au milieu des paroisses environnantes soumises à l'Ordinaire, une enclave indépendante de l'Evêque sous l'autorité exclusive de l'abbé de Saint-Vaast : c'était l'ancienne paroisse de Saint-Pierre, la paroisse du castrum. Or, nous en avons les limites, maison par maison, dans deux documents : le Rôle des rentes foraines de 1382, imprimé, et le Répertoire

(1) Mémorial, t. I, p. 40.

(2) Arras, p. 15.

(3) Le Vieil Arras, p 115 et suivantes.

(4) Harbaville, Mémorial, t. I, p. 41. — Terninck, Arras, p. 15.

(5) Terninck Ibid, planche n° LVII.


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manuscrit dressé par dom Pagc vers 1700. Nous sommes donc à même de reproduire exactement, dans l'hypothèse adoptée, le tracé de l'enceinte disparue.

« Guiman, de son côté, signale les diverses issues du castellum, où l'Abbaye avait établi jadis un droit de porte, portagium, encore perçu de son temps, bien qu'il n'y eût plus trace des anciennes portes ; une do ces issues, débouchant devant Saint-Géry, conduisait aux Changes, sur la PetitePlace : in exitu castelli ante Sanctum Gaugericum per vicum monetariorum. Cette sortie devant Saint-Géry laisse supposer que le mur d'enceinte en était proche.

« On rencontre aussi dans les anciens titres bon nombre de maisons dites « en Castel » : Le Four en Castel, le Cat en Castel, la Lanterne, la Vigne, les Barrois, la grande et petite Madeleine, le Renouard en Castel, etc., etc. Mais je ne crois pas qu'on puisse rien inférer de là au profit de l'hypothèse en question.

« Les mots « en Castel » ajoutés à l'enseigne indiquent ici la rue, et, le plus souvent, ils ne signifient pas autre chose. On disait de même en Darnestal, en l'Abbaye, en la Warance, en Héronval, en l'Estrée, etc. La rue du Castel, conduisait au Château, c'est-à-dire au pourtour de la Cour-le-Comte ; c'est la rue actuelle de la Madeleine. L'église même dont cette rue prit le nom fut longtemps appelée Sainte-Marie du Castel ou en Castel : ecclesia Sanctae Mariae de Castello (1170), Beatae Mariae Magdalenae de Castello (1231), B. Mariae in Castro Attrebatensi (1232), B. Mariae Magdalenae in Castro Attrebatensi (1254).

« On voit que, dans l'usage, Magdalenae pouvait être sousentendu : in castro, in castello suffisaient alors pour désigner l'église. Il n'en est pas moins vrai que plus tard cette suppression empêcha de la reconnaître et qu'on a confondu l'ecclesia avec la capella voisine, dite « Capellette Nostre-Dame en Chastel (1361), voire même avec la chapelle privée du


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palais contai, en assignant à sa construction les dates, aussi fantaisistes que contradictoires, de 1147 et 1245 (1).

« D'où je conclus que si les pierres sont muettes sur leur propre histoire, l'ambiguïté des textes ne permet pas toujours de la préciser au point de lui donner le caractère d'une certitude absolue.

« La découverte de M. le capitaine Caslant nous apporte un curieux élément d'information en même temps qu'une nouvelle énigme. D'après son épaisseur et sa profondeur, cette muraille en blocage semble, en effet, ne pouvoir être qu'un ouvrage de fortification, sans doute construit à la hâte. Mais à quelle date?

« Serait-ce un premier obstacle opposé à l'invasion normande, avant qu'une autre muraille eût étendu l'enceinte du castrum, » en lui donnant une configuration régulière ?

" Ou bien faut-il voir là une précaution défensive prise par les moines de Saint-Vaast à la fin du onzième siècle, lorsque l'agglomération urbaine, devenue considérable et puissante, entoura toute la ville d'un rempart de pierre blanche et bâtit ses demeures sur les ruines du castrum en partie démantelé ?

« Ici l'on peut encore rattacher le souvenir d'une autre forteresse dont il n'a été fait mention dans aucune de nos histoires d'Arras ou de Saint-Vaast. Vers l'an 1015, un officier ou ser viens de l'abbaye, s'étant fait bâtir dans l'âtre, in atrio monasterii, une sorte de château destiné, disait-il, à sa défense, dommum magnae altitudinis et fortitudinis, quasi pro tuitione loci, l'entoura d'ouvrages de fortification, propugnacula erexit, infirmiora munivit. Là, dans cette véritable citadelle, s'affranchissant de toute dépendance, servi par une foule de domestiques des deux sexes, vernaculos et ancillulas, au milieu de ses histrions, de ses compagnons de fête et de ses meutes, il dissipait en orgies les revenus des moines, témoins

(1) Terninck, Arras, p. 80. — D'Héricourt, Rues d'Arras, t. II, p. 120.


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impuissants de ses désordres. Cependant l'abbé Richard (10091020) finit par avoir raison de ce révolté. Il parvint à soulever contre lui toute la population. Le château fut envahi, l'édifice démoli de fond en comble et l'usurpateur forcé à vivre des aumônes de l'abbaye (1). Serions-nous donc en présence des remparts élevés dans cette circonstance pour la défense du monastère ?

» Aucun témoignage écrit ne peut répondre à ces questions. La parole reste donc au criterium archéologique, c'est-à-dire à l'examen des matériaux et de leur construction. M. le capitaine Caslant a donné l'exemple et planté le premier jalon. Faisons des voeux pour que les maisons de la rue des MursSaint-Vaast, du moins celles qui ont des boves, trouvent leurs hôtes habituels parmi MM. les officiers du génie; si ces voeux sont exaucés, nous avons de grandes chances de voir bientôt résolu le problème qui nous intéresse. »

M. de Loisne, en restituant à la Commission le bronze galloromain, découvert il y a quelques années, dans la commune de Caucourt (canton d'Houdain), qui lui a été prêté, dit qu'il l'a présenté à la Société des Antiquaires de France et que celle ci le reproduira avec une note dans son prochain bulletin, ce petit monument étant inédit et intéressant.

C'est à tort qu'il a figuré à l'Exposition rétrospective d'Arras, sous le n° 1269 au catalogue, avec la mention : « Curieux pezon de romaine, Esclave Ethiopien. » Si on examine le personnage qui est représenté accroupi, imberbe, les cheveux crépus, drapé dans un large manteau, on remarque qu'une gourde est suspendue à son poignet gauche qu'un chien se tient à ses côtés et qu'entre ses jambes figure un seau à couvercle hémisphérique, un vase à lait ou une letra. Ce sont là des accessoires qui caractérisent un berger. De plus le bronze est creux, en forme de vase ou de fiole et le sommet de la tête du personnage lui sert d'orifice. Cet orifice était primi(1)

primi(1) Hugonis monachi Verdunensis, ap. Pertz, Monum, histor., t VIII, p. 397,


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tivement muni d'un petit couvercle mobile dont la place de l'attache est parfaitement visible, et, aux épaules sont fixées deux oeillères dans lesquelles devaient être engagés des anneaux de suspension. Quant au fragment de crochet qui a fait partie de la même trouvaille, son usage est tout indiqué. Il constituait la moitié de l'anse qui servait à suspendre ce vase et celui-ci parait avoir été une petite fiole à huile ou à parfums.

On voit d'ailleurs à la salle des Antiquités grecques et romaines du musée du Louvre, deux petits bronzes du type dit au berger, qui présentent de nombreux points de comparaison avec celui que nous avons étudié.

M. Cappe de Baillon lit une notice de M. l'abbé Pierre Debout, sur différents débris de poteries romaines retrouvées ■dans les déblais du démantèlement. Plusieurs de ces débris portent des inscriptions, qui indiqueraient pour la plupart des noms de potiers. M. Debout signale également, un poids romain ? qu'il offre à la Commission.

Celle-ci, reconnaissante, prie M. Cappe de Baillon d'adresser ses remerciements au donateur.

M. Cappe de Baillon donne aussi lecture d'une note sur une auge en grès existant dans la maçonnerie d'un fourneau de forge dans la rue Sainte-Claire. On y voit la date de 1681. Cette •date est dans le champ d'un écusson, au centre duquel se trouve figuré une arme ayant la forme d'un cimeterre. Elle coïncide avec la date de construction des casernes.

La séance est levée à 4 h. 1/2.

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Séance du 5 Juillet 1906.

Président et Secrétaire : M. ROHART.

Présents : MM. G. Sens, Bon Cavrois, Rohart, comté de Loisne, Cappe de Baillon, Rodière, Edmont, Lavoine, comte de Hauteclocque, Souilliart.

Excusé : M. Barbier.

M. de Loisne fait part à la Commission de nouvelles découvertes qui ont été faites au cimetière franc de Béthune.

« L'exploitation de la sablière du faubourg de Lille a été reprise au mois de février et près de vingt sépultures ont de nouveau été mises au jour. La plupart n'étaient qu'à 0m50 de profondeur, si bien que les poteries étaient écrasées et réduites en fragments. Deux tombes contenaient des restes de guerriers, avec, en dessous, ceux de leur cheval. Cette particularité, que nous n'avons pas encore constatée, est à noter. On a dit que les Francs enterraient le cheval du cavalier sous son maître. L'abbé Cochet a trouvé dans plusieurs cimetières normands des exemples de cette coutume, et, en Artois, celle-ci a été vérifiée quatre fois par Terninck (1).

» Quoi qu'il en soit, dans la première des deux tombes on a recueilli une lance de l'orme aiguë assez rare rappelant les lances romaines (longueur 0m45 sur 0m07 dans sa partie la. plus large) (2). L'autre tombe défoncée le 30 avril, à un mètre de profondeur, présentait un mobilier funéraire complet : au côté gauche du cadavre, framée longue et étroite, à arrête

(1) L'Artois Souterrain, t . IV, p. 171. (2) Cf. TERNINCK, ibid., pl. 51, n°9.


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saillante se prolongeant depuis la douille jusqu'à la pointe. A droite, à hauteur de la cheville, francisque ou hache franque à taillant largement ouvert d'un côté, et à marteau de l'autre, du même genre que celle que nous vous avons déjà présentée l'an dernier.

« Entre les pieds se trouvait une pièce de fer large de deux centimètres formant un demi cercle terminé par deux pattes arrondies. C'était, l'armature de l'umbo du bouclier. Au-dessous était placé un vase funéraire en terre noire grossière façonné à la main.

« Dans d'autres tombes, défoncées au hasard, on a recueilli les objets suivants :

1° Plusieurs vases ou fragments de vases en terre grise ou noirâtre façonnés au tour, ornés de moulures et de dessins géométriques imprimés à la roulette. Nous vous en présentons deux qui ont été recueillis intacts, un troisième mutilé au col.

2° Petit vase de verre blanc verdâtre réduit en fragments. Il était placé, dans la tombe, sur un carreau de terre cuite rouge.

3° Parmi les armes : framée ou lance en forme d'amande allongée (long. 0m46 — larg. 0m05) — Scramasaxe de grande dimension (long. 0m53 — larg. 0m06) muni d'un quillon à la: jonction de la lame et de la soie. — Quatre couteaux, dont deux incomplets. Le premier qui est intact, mesure 0m17, avec la soie. Le second a un taillant long de 11 cent. A la différence des scramasaxes ces couteaux sont dépourvus de rainures sur le plat. — Un petit fer de javeline.

4° Fragment de faucille.

5° Anneau de fer.

6° Lingot d'acier non oxydé. Ce phénomène ne manque pas d'intérêt.

7° Ornement de cuivre rouge ciselé recouvert d'une belle patine verte et qui paraît avoir servi à décorer un baudrier.

8° Tige de fer de forme brisée recouverte de fragments de cuir. Nous ignorons quel fut l'usage de cette armature.


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9° Epingle de bronze longue de 24 cent, formée d'une tige épointée d'un côté et terminée, de l'autre, par une petite spatule à angle obtus, qui servait vraisemblablement de cure-oreilles. Cette épingle, destiné à retenir la chevelure comme l'objet analogue précédemment découvert, présente un renflement cubique vers sa partie supérieure.

10° Débris d'umbo de bouclier à rivets de cuivre.

« Il y a lieu de signaler enfin qu'en déblayant la seconde tombe de guerrier on a recueilli un joli fragment de vase sigillé en terre rouge lustrée improprement appelée poterie samienne. On y voit moulé en relief un autel entre deux lièvres accroupis. Des torsades, une feuille de vigne, deux quatrefeuilles et une rosace complètent l'ornementation. Ce vestige d'un art qui, sous la domination romaine, avait atteint en Gaule un rare degré de perfection, est de plusieurs siècles antérieur à notre cimetière. »

M. Cappe de Baillon donne lecture d'une étude sur la propriété des objets recueillis dans les terrassements du démantèlement de la place d'Arras. Il relate les diverses conventions passées à ce sujet entre la Municipalité et le Ministère de la Guerre, représenté par la chefferie du génie. Il rappelle également les avis édictés par la Commission du démantèlement en vue de la surveillance des fouilles et de leurs découvertes. Mais de tout cela il résulte que, grâce à l'indifférence de tous les ayants-droit, les trouvailles n'ont guère profité qu'aux brocanteurs et amateurs d'antiquités.

M. Rodière communique de la part de M. l'abbé P. Debout la transcription de quelques passages du manuscrit du P. Constantin relatifs à deux pyramides élevées, l'une derrière le choeur de l'abbaye de St Vaast, l'autre dans l'église Ste Croix, à Arras.

La séance est levée à 4 heures.


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RAPPORT du Président de la Commission départementale des Monuments historiques du Pas-de-Calais, à Monsieur le Préfet, sur les travaux de la Commission durant l'exercice 1905-1906.

Arras, le 16 Juillet 1906.

MONSIEUR LE PRÉFET,

En réponse à votre lettre du 25 juin, j'ai l'honneur de vous adresser, pour être remis au Conseil Général, lors de la session d'août prochain, mon Rapport sur les travaux de la Commission des Monuments historiques durant l'excercice 1905-1906 et sur ses titres à la continuation des encouragements de l'Assemblée départementale.

Personnel. — La Commission à perdu, au cours du dernier exercice, deux de ses Membres : M. P. de Clerck, enlevé, en octobre 1905, à l'affection de sa famille et de ses nombreux amis, et M. Claudon, qui a quitté Arras pour Dijon, et saura poursuivre, en Bourgogne, les savantes recherches auxquel les il s'est livré, trop peu de temps, aux archives de l'Artois.

Huit membres nouveaux, présentés par la Commission ont été nommés par arrêté préfectoral : MM. Déprez, archiviste du Pas-de-Calais, docteur ès-lettres, ancien membre de l'école de Rome ; Farjon, député du Pas-de-Calais, conseiller général, membre de la

société académique de Boulogne ; de Rosny, vice-président de la société académique de Boulogne ; Cresson, bibliothécaire de la ville de Boulogne ; J. de Pas, secrétaire de la société des antiquaires de la Morinie ; A. Mayeur, graveur, ancien membre de l'école de Rome ; E. Potez, docteur es-lettres, lauréat de l'Académie Française, professeur à la Faculté de Lille; L'abbé Lemichez, doyen de Fillièvres. Le renouvellement annuel du Bureau s'est effectué, conformément au règlement : Ont été élus à l'unanimité : Président : M. Victor Barbier. Secrétaire-Général : M. le chanoine Rohart ; Trésorier: M. A. Lavoine; Archiviste-Bibliothécaire : M. Georges Sens ;


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Membres du Comité : MM. le baron L. Cavrois, G. Acremant et E. Becthum.

Travaux. — Parmi les lectures faites en séance et destinées, pour la plupart, à l'impression, nous signalerons :

De M. Guesnon, une étude, pleine de faits nouveaux, sur La Surprise d'Arras tentée par Henri IV en 1597, et le Tableau commémoratif exécuté à cette occasion par Hans Coninexloo.

Du même, une curieuse communication sur la Polène d'Arras, et incidemment, sur la Fécondité des anciennes familles arrageoises, où il est démontré que la Noblesse, le Clergé et la Bourgeoisie, travaillaient non moins naturellement que légitimement, à l'accroissement des trois ordres.

De M. le comte de Loisne, un rapport très détaillé sur la découverte d'un cimetière franc à Béthune.

De M. Rodière, des Recherches sur les peintures murales de l'ancien Hôtel Dieu d'Arras.

De M. Déprez, une Etude sur une sanguine de Doncre, et la découverte, sur une page de garde, d'un Poëme sur le siège d'Hesdin.

De M. Lavoine, des révélations, sur le peintre hesdinois Jean Croquefer, la Presse au verjus d'Arras, les Jardins de Saint-Vaast aux XVIe-XVIIIe siècles et sur une Monnaie d'or d'Allectus, découverte à Tingry.

De M. Edmont, diverses communications sur une plaque de foyer, et sur les pompiers de Saint-Pol au XVIIe siècle.

De M. Cappe de Baillon, des notes sur Les sépultures épiscopales et canoniales de Saint-Nicolas en Cité, sur une auge en grès, datée de 1681, et sur les trouvailles faites à Baudimont et offertes à la Commission par M. l'abbé Pierre Debout.

De M. A. Mayeur, de précieux renseignements sur le Beffroi de Réthune, l'Eglise d'Ablain Saint-Nazaire, et le Dolmen de Fresnicourt.

De M. Emile Souilliart, la communication d'un très remarquable dessin offrant la véritable physonomie de la Ville d'Arras à vol d'oiseau, au milieu du XVIIIe siècle.

Conservation et classement des monuments et des objets d'art. — Conformément aux circulaires ministérielles, la Commission a prêté tout son concours à M. Rattier, architecte des Monuments historiques, spécialement chargé par le ministère de l'Instruction Publique, des Beaux Arts et des Cultes, de rechercher, dans le département du Pas-de-Calais, les Monuments dignes d'être classés, et de compléter la liste des objets mobiliers figurant à l'inventaire de 1890.

Dans la visite, que nous venons de faire avec lui, des églises qui nous avaient été tout particulièrement signalées par nos collègues, dans l'arrondissement d'Arras et dans quelques cantons de ceux de Béthune et de Saint-Pol, nous avons réuni de nombreux matériaux, qui complèteront le catalogue de nos richesses mobilières, et relevé d'intéressants monuments dont. M. Rattier va proposer le classement.


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Signalons également les travaux de la Commission des monuments et sites, nouvellement instituée par le Touring-Club, qui dispose de précieuses ressources, et ne demande qu'à travailler, parallèlement avec nous, à la conservation des curiosités naturelles et des oeuvres d'art, dignes d'être signalées à l'attention des touristes.

Publications. — En dehors du Bulletin, qui est sous presse, la Commission se propose la publication de l'Epigraphie de plusieurs cantons des arrondissements de Béthune et de Montreuil ; elle espère également pouvoir achever le IIIe volume de la Statistique Monumentale, et étudie le moyen de publier, en grand format, le plan d'Arras reconstitué par M. Souilliart.

Par l'exposé qui précède vous pouvez juger. Monsieur le Préfet, que l'année 1905-1906 n'a pas été moins bien remplie que les années précédentes, et que la Commission est encore digne des encouragements qui lui ont toujours été généreusement accordés par l'Assemblée départementale.

En conséquence, j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien proposer au Conseil général de régler le budget de la Commission des Monuments historiques ainsi qu'il suit :

CHAPITRE XI. — Article 6. — A la Commission des Monuments historiques, subvention ordinaire 1,000 fr.

Article 7. — Acquisition et reproduction figurée de monuments d'archéologie et d'art 500 »

Article 8. — Publication de l'Epigraphie du Département . . 500 »

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'hommage de mon profond respect.

Le Président de la Commission départementale des Monuments historiques du Pas-de-Calais,

V. BARBIER.


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Livres et publications entrés à la Bibliothèque de la Commission

en 1905-1906.

Bibliographie des travaux historiques et archéologiques : 19021903.

Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques : 1904, fasc. 3. — 1905, fasc. 1, 2, 3.

Bulletin historique et philologique : 1904, fasc. 1 et 2. — 1905, fasc. 1 et 2.

Musée Guimet : Annales, tome XX. — Revue de l'Histoire des Religions, 1905, liv. 3, 4, 5. — 1906, liv. 1. — Conférences faites au musée Guimet, 1 vol. in-12.

Académie d'Arras : Mémoires, tomes XXXV et XXXVI.

Société des Antiquaires de la Morinie : Bulletin 1905, liv. 1, 2, 3 et 4.

Société d'Émulation d'Abbeville: Bulletins 1903, 1904, 1905. — Mémoires, tome XXI.

Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes : Annales, tome XIX.

Académie de Besançon : Mémoires, année 1905.

Société académique de Brest : Bulletin, 1903-1904.

Société archéologique de Béziers : Bulletin, tome VI, liv. 1.

Société archéologique de Brive : Bulletin, tome XXVII, liv. 2,

et 4.

Société des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen : Mémoires année 1905.

Société d'Emulation de Cambrai : tome LIX. Fête du Centenaire.

Société d'Etude de la province de Cambrai : Bulletin tome VIII, fasc. 1 à 7.

Société archéologique et historique de la Charente : Bulletin, 7e série, tome V.

Revue de la haute Auvergne : tome VII, liv. 3 et 4, tome VIII, liv. 1.

Société d'Archéologie Lorraine : Mémoires, tome LV, 1905.

Société d'Archéologie de la Lozère : tome XXVIII.

Bulletin historique du diocèse de Lyon ; nos 34 à 39.


— 247 —

Scciété d'Agriculture, Commerce, Sciences et Arts de la Marne: tome VII.

Société archéologique du Midi de France : Bulletins, nos 34 et 35.

Bulletin de la Commission historique du Nord : tome XXVI.

Société archéologique et historique de l'Orléanais : Bulletin, n° 181.

Société des Antiquaires de Picardie : Bulletin, 1905, liv. 1, 2, 3 et 4.

Académie Nationale de Reims : tome 116 et 117.

Société d'Émulation de Roubaix : tome XXV, 1905.

Commission des Antiquités et Arts de Seine-et-Oise : tome XXV.

Académie du Var : Mémoires, tome LXXIII, 1905.

Société d'Emulation des Vosges : Annales, tome LXXXI, 1905.

Société d'Histoire et d'Archéologie du Vimeu : fasc. 1 à 7.

Académie royale de Belgique. — Bulletin de la classe des Lettres : 1905, liv. 3 à 12 ; 1906, liv. 1 à 4.

Académie royale d'Archéologie de Belgique : Annales, tome VII, liv. 3 et 4. — Bulletins, 1905, liv. 3, 4 et 5 ; 1906, liv 1.

Analecta Bollandiana : tome XXV, liv. 1 et 2.

Cercle historique et archéologique de Courtrai : 1re et 2e années ; liv. 1 et 2 de la 3e années.

Cercle archéologique d'Enghien : Annales, tome VI, liv. 3.

Institut archéologique de Liège : Bulletin, tome XXXV.

Cercle archéologique de Mons : Annales, tome XXXIV.

Société historique et archéologique de Tournai : Annales, tome IX.

Antikvarisk tidskrift for Sverige : 6 fascicules. De M. le comte de Loisne :

Catalogue raisonné des cartes et plans de l'ancienne province d'Artois.

De M. de Lhomel :

Le Bailliage royal de Montreuil-sur-Mer, in-8.

Le Livre d'or de la municipalité Montreuilloise, in-4.

Le Cartulaire de la ville de Montreuil-sur-Mer, in-4. De M. le baron Cavrois :

Le Fief de Saternault, in-8.





IV. — Histoire et Archéologie.

Pages

Adinfer. — Fragments de dalle tumulaire (XIIIe siècle) .... 177 Arras. — Ojets trouvés dans les terrassements de Baudimont, 183, 232

239, 242

— La double attaque d'Henri IV 183, 232

— Substructions des murs de défense de l'abbaye de

Saint-Vaast 233

— Pyramides des églises de Saint-Vaast et Sainte-Croix. . 242

— Parcs et jardins de Saint-Vaast 207

— Sépultures épiscopales et canoniales 195

— Peintures murales de I'Hôtel-Dieu 221, 231

— Inscription relative aux Ardents 184

— Cimetière de la Paix 221

— La « Polène » de la Grand'Place et la fécondité des

anciennes familles 183

— La Presse à verjus 193

— Auge en grès 1681 239

- Une sanguine de Doncre 228

Béthune. — Découverte d'un cimetière franc 167, 240

Camblain-Chatelain. — Mobilier de l'Eglise 179

Caucourt. — Bronze Gallo-Romain 238

Hesdin. — Testament du peintre Jean Crocquefer 203

— Description de la ville 216

Houdain — Mobilier de l'Église 181

Lausanne. — Dessins du tombeau de Constant de Rebecque . . . 184

Périgueux. — La collection Dharvent au Congrès 191

Saint-Pol. — Plaque de foyer hollandaise 232

— Une pompe à incendie en 1681 232

Tingry. — Découverte d'un Allectus en or . 220


PUBLICATIONS

DE LA COMMISSION DEPARTEMENTALE DES MONUMENTS HISTORIQUES DU PAS-DE-CALAIS

BULLETIN (ancien). Recueil des procès-verbaux des séances et de notices archéologiques, 6 volumes gr. in-8° avec planches à 10 fr.

BULLETIN (nouveau). Procès-verbaux et résumé des notes historiques lues en séance. Gr. in-8°. 2 vol. sont en vente à 5 fr. Le Tome III, en cours.

MÉMOIRES. Collection de notices historiques et archéologiques. Gr. in-8° avec planches. 2 vol. en vente : 1er 8 fr. ; 2e 10 fr.

STATISTIQUE MONUMENTALE : Collection de notices archéologiques sur les principaux monuments du déparlement. In-4° avec planches : Tome I, 22 Notices. Epuisées. Tome II, 21 Notices — Tome III, 14 Notices. La 1re est épuisée.

INVENTAIRE DES MONUMENTS DU PAS-DE-CALAIS INTÉRESSANT L'ART OU L'ARCHÉOLOGIE. — I. Mobilier des églises rurales. In-4°.

EPIGHAPHIE. Recueil des inscriptions antérieures à 1789 :

Tome I, arrondissement d'Arras, 4 fasc. in-4° Tome II, arrondissement de Béthune, 6 fasc. in-4° parus. Tome III, arrondissement de Boulogne, 1 fasc. in-4° paru. Tome IV, arrondissement de Montreuil, 6 fasc. in-4° parus. Tome V, arrondissement de Saint-Omer, 4 fasc. in-4° parus.