890 - Série D C. R. Acad. Se. Paris, t. 289 (19 novembre 1979)
Les plus gros de ces blocs possèdent une structure plissée propre, indépendante de
leur position par rapport à leur encaissant volcano-sédimentaire. Cela nous conduit à
proposer que leur mise en place a pour origine une tectonique tangentielle d'âge maes-
trichtien. Dans cette optique, l'unité de La Vache peut en représenter le front chevauchant.
Mais on pourrait, à titre d'hypothèse, considérer que la totalité de cette unité constitue
le plus gros de tous les blocs. Même dans ce cas sa structure propre et son contact anormal
de base conduisent à envisager une origine tectonique.
L'ensemble des blocs permet de reconstituer une série siliceuse ou calcaro-siliceuse
et volcanique analogue à celle qu'ont révélé les sondages du bassin caraïbe [6] ou à celle
qui est décrite plus à l'Est [5] dans le massif de la Selle. Les relations de cette dernière
avec la série à blocs de la route de Jacmel restent d'ailleurs à établir.
Plus à l'Ouest, dans le massif de la Hotte et notamment en ce qui concerne le secteur
du Macaya, l'un de nous (B.M.L.) a observé [8] des séries calcaro-siliceuses du Crétacé
supérieur intensément pïissées isoclinalement possédant une schistosité de fracture, alors
que l'Éocène y semble indemne de telles déformations. Là aussi l'existence d'une phase
tectonique maestrichtienne rendrait aisément compte de ces observations.
Dans la branche septentrionale de l'orogène caraïbe, nous savons [9], qu'une tecto-
nique de nappes existe au Sénonien supérieur dans la Sierra de Los Organos, à Cuba.
Plus récemment, à Porto Rico [10], a été signalée une tectonique de nappes au Crétacé
moyen, suivie d'autres mouvements chevauchants vers le Nord au Maestrichtien.
Les déformations de la fin du Crétacé constituent donc un caractère général de la branche
septentrionale de l'orogène caraïbe. Les découvertes de tectoniques tangentielles plus
récentes ([11], [12]) dans le sud de l'île d'Hispaniola en République dominicaine, jointes
à nos observations, accentuent l'importance que l'on doit accorder aux tecto-
niques sup2rposées ainsi que les ressemblances avec l'évolution alpine des chaînes
périméditerranéennes [13].
Travaux réalisés avec l'aide de M. le Doyen de la Faculté des Sciences de Port-au-Prince
et financés par le C.N.R.S. (RCP 339 et A.T.P. IPOD 1976 et 1977).
(*) Remise le 22 octobre 1979.
[I] J. BUTTERLIN, La géologie de la République d'Haïti et ses rapports avec celle des régions voisines
(Publ. Com. 150e Anniv. Indépend. Rep. Haïti, Secr. Prés., Port-au-Prince, 1954).
[2] J. BUTTERLIN, Géologie structurale de la région des Caraïbes, Masson, Paris, 1977.
[3] W. P. WOODRINO et coll., Geology of the Republic of Haïti, Dept. Public Works, Port-au-Prince, 1924.
[4] J. BUTTERLIN, Ht" Congr. Lat. amer. Géol., Acapulco, 1976, p. 18.
[5] F. MAURASSE et coll., Geol. Mijn., 58, (1), 1979, p. 71-83.
[6] J. B. SAUNDERS et coll., Init. Rep. D.S.D.P. (J.O.I.D.E.S.), Nat. Se. Found., XV, 1974, p. 1077-1111.
[7] J. B. REESIDE Jr, U. S. Geol. Surv., Prof. Pap., n° 214-A, 1974, p. 1-11.
[8] Observation réalisée en compagnie de M. Blaizot, alors assistant à la Faculté des Sciences de
Port-au-Prince.
[9] D. RIGASSI-STUDER, Arch. Se, Genève, 16, fasc. 2, 1963, p. 339-350.
[10] P. M. MATTSON, Geol. Soc. Amer. Bull., 85, n° 12, 1974, p. 1948-1951.
[II] J. BOUROOIS, G. GLAÇON, I. TAVARES et J.-M. VILA, Comptes rendus, 289, série D, 1979, p. 257.
[12] J. BOURGOIS, R. Ne, I. TAVARES et J.-M. VILA, Bull. Soc. géol. Fr., 1979 (sous presse).
[13] J. AUBOUIN et coll., Comptes rendus, 285, série D, 1977, p. 1025.
B. M. L. et B. L. : Laboratoire de Géologie de l'Amérique latine,
École normale supérieure,
2, avenue du Palais, 92211 Saint-Cloud;
J. S. : 33, rue de Montreuil, 94300 Vincennes;
J.-M. V. : Département de Géotectonique, Laboratoire de Géologie structurale,
Université Pierre-et-Marie-Curie,
4, place Jussieu, 75230 Paris Cedex 05.
Source: gallica.bnf.fr / Institut de France. Académie des sciences