search inAll Gallica

search form for All Gallica

search in Books

search form for Books

search in Manuscripts

search form for Manuscripts

search in Maps

search form for Maps

search in Images

search form for Images

search in Periodicals

search form for Periodicals

search in Sound recordings

search form for Sound recordings

search in Scores

search form for Scores
Close
Please type your search term
Close
Home Consultation

Full record

Fermer

Titre : Germinal / par Émile Zola ; dessins de J. Férat ; gravés par D. Dumont

Auteur : Zola, Émile (1840-1902)

Éditeur : Librairie illustrée (Paris)

Date d'édition : 1885-1886

Contributeur : Férat, Jules (1819-19..). Illustrateur

Contributeur : Dumont, D.. Graveur

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : 1 vol. (500 p.) : fig., pl., couv. ill. ; in-4

Format : application/pdf

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k5493777b

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 4-Y2-1243

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31690687z

Provenance : bnf.fr

Date de mise en ligne : 10/02/2009

Close
First page Previous page Page
Next page Last page (Screen 158 / 520)
Download / Print
Fermer la popin

Download

You can obtain several pages of this document as an electronic file. You may choose one of the following formats : PDF, single page JPEG or plain text.

Choose format :
PDF
JPEG (Only the current page)
txt


Choose to download:
full document
a portion of this document


By checking this box, I acknowledge having read conditions of use and accept them.

Close
Contribute

Report an anomaly

Want to report an anomaly on the following document :

Title : Germinal / par Émile Zola ; dessins de J. Férat ; gravés par D. Dumont

Author : Zola, Émile (1840-1902)

Url of the page : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5493777b/f158.image


Please describe the observed anomaly as exactly as possible,with the following proposals and/or the comment box.


Nature of the problem :

Wrong bibliographic data

Inconsistency between bibligraphic data and document posted

Blurred and truncated images

Incomplete Document or missing pages :

Incorrect or incomplete table of contents

Download problem

Unavailable Document

zoom

OCR/text

audio mode

Full Screen

other (please specify in comments)

Other (please specify in comments)


Comments :



Please leave us your email so we can respond :


Please copy the characters you see in the picture

The text doesn't conform to the displayed image

Close
Buy a reprint
Fermer la popin

Buy a reprint

This document may be reproduced identically by visiting the following associate site(s):
TheBookEdition IkiosqueEdilivre

Close

Send by e-mail

Fermer
A mail has been sent A problem occured, the e-mail delivery failed. Please try again.
Close

Search module

Click here to toogle the search panel

Search results

germinal férat: 382 pages found

p.1 (1)
GERMINAL PREMIÈRE PARTIE I Dans la plaine rase, sous la nuil sans étoiles, d'une obscurité- et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grand'route de Marchieimes à Montsou, dix kilomètres de pavé, coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même

p.2 (1)
GERMINAL L'homme était parti de Marchiennes vers deux heures. 11 marchait d'un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup ; et il le serrait contre ses lianes, tantôt d'un coude

p.3 (1)
GERMINAL Un silence se fit. L'homme, qui se sentait regardé d'un oeiî méfiant, dit son nom tout de suite. — Je me nomme Etienne Lantier, je suis machineur... Il n'y a pas de travail ici? Les flammes l'éclairaienl, il d vit avoir vingt et un ans, très brun, joli homme, l'air fort malgré ses membres

p.4 (1)
GERMINAL sur Etienne, et celui-ci allait ramasser son petit paquet tombé à terre, lorsqu'un accès de toux annonça le refour du charretier. Lentement, on le vit sortir de l'ombre, suivi du cheval jaune, qui montait six nouvelles berlines pleines. — Il y a des fabriques à Montsou? demanda le jeune

p.5 (1)
GERMINAL — C'KST U.NE irossE, N'EST-CE PAS? PAGE 3)

p.7 (1)
GERMINAL misères, que le jeune homme, inconsciemment, sentait à cette heure autour de lui, partout, dans l'étendue sans bornes. N'était-ce pas un cri de famine que roulait le vent de mars, au travers de celte campagne nue? Les rafales s'étaient enragées, elles semblaient apporter la mort du travail

p.8 (1)
GERMINAL sans paraître souffrir du vent, il semblait en pierre, il n'avait l'air de se douter ni du froid ni des bourrasques sifflant à ses oreilles. Quand il eut toussé, la gorge arrachée par un raclemenl profond, il cracha au pied de la corbeille, et la terre noircit. Etienne le regardait

p.9 (1)
GERMINAL TOUS LES SABOTS ÉTAIENT SOUS LE JIL'PFET (PAGE 16)

p.11 (1)
GERMINAL Compagnie des mines de Montsou, depuis la création; et cela datait de loin, il y avait déjà cent six ans. Son aïeul, Guillaume Mali ou, un gamin de quinze ans alors, avait trouvé le charbon gras à Réquillarl, la première fosse de la Compagnie, une vieille fosse aujourd'hui abandonnée, là

p.12 (1)
12 GERMINAL — Non,, expliqua le vieux, M. Ilennebeau n'est que le directeur général. Il est payé comme nous. D'un geste, le jeune homme montra l'immensité des ténèbres. — A qui est-ce donc, tout ça ? Mais Bonnemort resta un instant suffoqué par une nouvelle crise, d'une telle violence

p.14 (1)
U GERMINAL mière de six ans, le second de quatre, dormaient aux bras l'un de l'autre ; tandis que Catherine partageait lé troisième lit avec sa soeur Alzire, si chélive pour ses neuf ans, qu'elle ne l'aurait même pas sentie près d'elle, sans la bosse do la petite infirme qui lui enfonçait les côtes

p.15 (1)
GERMINAL C'est sonné en bas, répétait Catherine. Allons, houp ! le père se fâche. Jcanlin, qui s'était pelotonné, referma les yeux, en disant : — Va te faire fiche, je dors ! Elle eut un nouveau rire de bonne fille. Il était si petit, tes membres grêles, avec des articulations énormes, grossies

p.16 (1)
16 GERMINAL — Ah, ouiche! Phîlomène! répondit Zacbarie, elle s'en moque, elle dort':... " C'est cochon de dormir jusqu'à six heures! , Il passait sa culotte, lorsqu'il ouvrit une fenêtre, préoccupé d'une idée brusque. Au dehors, dans les ténèbres, le coron s'éveillait, des lumières pointaient une à

p.17 (1)
GERMINAL '-1-N "VA ''AS «USOIX ! 'UN OliYKIHR ICI, DEMANDA KT1 K X X K (p. 22)

p.19 (1)
GERMINAL vous apportez, neuf francs. Comment veux-lu que j'arrive? nous sommes dix à la maison. — Oh! neuf francs ! se récria Maheu. Moi et Zacbarie, trois : ça fait six... Catherine elle père,deux: ça fait quatre; quatre elsix, dix... Et Jeanlin,un, ça fait onze. ■— Oui, onze, mais il y

p.20 (1)
10 GERMINAL 11 souilla la chandelle. Déjà,Zacbarie el Jeanlin descendaient; il les suivit; et l'escalier de bois craquait sous leurs pieds lourds, chaussés de laine. Derrière 3ux, le cabinet el la chambre étaient retombés aux ténèbres. Les enfants dormaient, les paupières d'Alzire elle-même

p.21 (1)
GERMINAL ^1 Un bruit sifflant de vapeur la fit se tourner. Elle ferma, se hâta de courir : l'eau bouillait et se répandait, éteignant le feu. 11 ne restait plus de café, elle dut se contenter de passer l'eau sur le marc de la veille ; puis, elle sucra dans la cafetière, avec de la cassonade

p.23 (1)
GERMINAL 23 courants d'air entraient de partout. Alors, il fil; quelques pas, attiré par la machine, dont.il voyait maintenant luire les aciers et les cuivres. Elle se trouvait en arrière du puits, à vingt-cinq mètres, dans une salle plus haute, et assise si carrément sur son massif de briques

p.24 (1)
GERMINAL irroupes d'être en jiombrc suffisant. Sans un bruit, d'un jaillissement doux de bèlc nocturne, la cage de fer montait du noir, se calait sur les Arerrous, avises quatre étages contenant chacun deux berlines pleines de charbon. Des moulineurs, aux difféj'ents paliers, sortaient les berlines

p.25 (1)
GERMINAL ON PI.AISi.MAlT LA MOl'Q CETTE, OSE H EU SC1I Et SE DE 18 AXS (P. 27)

p.27 (1)
GERMINAL 27 l'ombre. Mais, derrière elle, Maheu avait, entendu, et il répondit, il causa un instant. Non, on n'avait besoin de personne. Ce pauvre diable d'ouvrier, perdu sur les routes, l'intéressait. Lorsqu'il le quitta, il dit aux autres : — Hein ! on pourrait être comme ça... FauL

p.28 (1)
28 GERMINAL Levaque et Cbaval. S'ils n'avaient plus que Catherine pour rouler, la besogne allait souffrir. Tout d'un coup, il cria: — Tiens ! et cet homme qui cherchait de l'ouvrage! Justement, Dansaerl passait devant la baraque. Maheu lui conta l'histoire. demanda l'autorisation d'embaucher

p.29 (1)
GERMINAL 20 Zacbarie el LeAraque se rôtissaient tranquillement les épaules. Le premier finit par dire : — C'est Cbaval que tu attends ?... Il est arrivé avant nous, il est descendu tout de suite. — Comment! tu sais ça et tu ne m'en dis rien !... Allons ! allons ! dépêchons. Catherine, qui chauffait

p.30 (1)
30 GERMINAL La cage, en effet, garnie de bandes de tôle el d'un grillage à petites mailles, les attendait, d'aplomb sur les verrous. Maheu, Zacbarie, LcA'aque, Catherine se glissèrent dans une berline du fond ; el, comme ils devaient y tenir cinq, Etienne y entra à son tour; mais les bonnes places

p.31 (1)
GERMINAL 31 Cette chute devait durer uepuis des heures. 11 souffrait de la fausse position qu'il avait, prise, n'osant bouger, torturé surtout par le coude de Catherine. Elle ne prononçait, pas un mot, il la sentait seulement contre lui, qui le réchauffait. Lorsque la cage, enfin, s'arrêta au fond

p.32 (1)
32 GERMINAL élincclants de mica, et la masse grossière des grès, ternes et rugueux. Des trains de berlines pleines ou vid.es passaient continuellement, se croisaient, avec leur tonnerre emporté dans l'ombre par des bêtes vagues, au trot de fantôme. Sur la double voie d'un garage, un long serpent

p.35 (1)
GERMINAL 35 à travers cette l'ente qui raclait le dos et la poitrine. Etienne râlait, comme si le poids des roches lui eût broyé les membres, les mains arrachées, les jambes meurtries, manquant d'air surtout, au point de sentir le sang lui crever la peau. Vaguement, dans une voie, il aperçut deux

p.37 (1)
GERMINAL 37 donnait de grands coups, qui le secouaient violemment entre les deux roches, ainsi qu'un puceron pris entre deux feuillets d'un livre, sous la menace d'un aplatissement complet. Pas une parole n'était échangée. Ils tapaient, tous, on n'entendait que ces coups irréguliers, voilés

p.38 (1)
38 GERMINAL Mais le père haussa les épaules. —Ah ! ouiche! ébouler! Et puis, ce ne serait'pas la première fois, on s'en tirerait tout de même. H finit par se fâcher, il renvoya son fils au front de taille. Tous, du reste, se déliraient, Levaque, resté sur le dos, jurait en examinant son pouce

p.39 (1)
GERMINAL 3!) La berline d'Etienne venait de dérailler, au passage Je plus difficile. Il n'arrivait point à rouler droit, sur ces rails qui se faussaient, dans la terre humide ; et il jurait, il s'emportait, se battait rageusement avec les roues, qu'il ne pouvait, malgré des efforts exagérés

p.40 (1)
GERMINAL appels réguliers des galibots et que l'ébrouemenl des berscheuses arrivant au plan, fumantes comme des juments trop -chargées. C'était le coup de bestialité qui soufflait dans la fosse, le désir subit, du mâle, lorsqu'un mineur rencontrait une de ces filles à quatre pattes, les reins

p.43 (1)
GERMINAL 43 moitié, se retint pour ne pas la dévorer d'un coup; et il posait les bras sur ses cuisses, afin qu'elle n'en vit point le frémissement. De son air tranquille de bon camarade, elle venait de se coucher près de lui, à plat ventre, le menton dans une main, mangeant de l'autre aA-ec lenteur

p.44 (1)
44 GERMINAL Mais il refusa: c'était bien assez de lui avoir pris la moitié de son pain. Pourtant, elle insistait d'un air de hou coeur, elle finit par dire : — Eh bien! je bois avant toi, puisque tu es si poli... Seulement, tu ne peux plus refuser à présent, ce serait xùlain. El, elle lui tendait

p.45 (1)
GERMINAL 45 — Le vieux mineur qui revient clans la fosse et qui lord le cou aux vilaines tilles. 11 la regardait, craignant qu'elle ne se moquât de lui. — Tu crois à ces bêtises, tu ne sais donc rien? •— Si fait, moi, je sais lire et écrire... Ça rend service chez nous, car du temps de papa

p.46 (1)
46 GERMINAL 11 resta surpris. Ce n'était que ça, cette terrible chose qui faisait foui sauter? Elle riait, elle disait qu'il y en avait beaucoup ce jour-là, pour que la flamme de lampes fût si bleue. — Quand vous aurez fini de bavarder, fainéants! cria la rude A'oix de Maheu. Catherine el Etienne

p.48 (1)
48 GERMINAL sa pelle, en bas de la laille, se tint les côtes et mit d'une phrase Etienne au courant ; tandis que Maheu se fâchait, pris d'une peur qu'il ne cachait, plus. — Hein? tu vas te taire!... Attends d'être tout seul, si lu veux qu'iL l'arrivé. du mal. Il parlait encore, lorsqu'un bruit

p.52 (1)
52 GERMINAL Et dans le saisissement causé par sa menace, il s'éloigna. Dansaert, si humble deA'ant lui, resta en arrière quelques secondes, pour dire brutalement aux ouvriers : ■— Vous me faites empoigner, vous autres... Ce n'est pas trois francs d'amende que je vous flanquerai, moi ! Prenez garde

p.53 (1)
GERMINAL 53 En bas, ils se trouvèrent seuls. Des étoiles rouges disparaissaient, au loin, à un coude de la galerie. Leur gaieté tomba, ils se mirent en marche d'un pas lourd de fatigue, elle devant, lui derrière. Les lampes charbonnaient, il la A'oyait à peine, noyée d'une sorte de brouillard

p.54 (1)
GERMINAL — Voyons, tu peux bien nous laisser monter. Mais le chargeur, un beau garçon, aux membres forts el au A'isage doux, refusa d'un geste effrayé. — Impossible, demande au porion... On me mettrait à l'amende. De nouveaux grondements furent étouffés. Catherine se pencha, dit à l'oreille

p.55 (1)
GERMINAL 55 trop bas. Sans doute aussi il comptait ses tours, car lorsqu'il aA'ait fait le nombre réglementaire de voyages, il refusait d'en recommencer un autre, on devait le reconduire à sa mangeoire. Maintenant, l'âge venait, ses yeux de chat se voilaient parfois d'une mélancolie. Peut-être

p.56 (1)
56 GERMINAL — Voyons, y sommes-nous, à présent? demanda Maheu. Il fallait débarrasser les cages, et du reste dix minutes manquaient encore pour l'heure de la remonte. Peu à- peu, les chantiers se A'idaient, des mineurs reA'enaienl de toutes les galeries. 11 y aA'ait déjà là une cinquantaine

p.57 (1)
GERMINAL — VEUX-l'U LUI l'Ai HE CRÉDIT (PAGK 63)

p.60 (1)
GO GERMINAL poudre de charbon, qui poudrait à noir le sol, les murs, jusqu'aux solives du beffroi. Mais Chav-al, ayant donné un coup d'oeil au tableau des jetons, dans le petit bureau vitré du receA'eur, reA'int furieux. Il avait constaté qu'on leur refusait deux berlines, l'une parce

p.61 (1)
GERMINAL 61 il pourrait toujours s'éloigner, après avoir mangé un morceau. Puis, il fut mécontent de n'avoir pas dit non, en voyant, la joie de Catherine, un joli rire, un regard d'amilié, heureuse de lui être venue en aide. A quoi bon tout cela? Quand ils eurent repris leurs sabots et fermé

p.62 (1)
G2 GERMINAL Levaque, sans s'arrêter, échangea deux phrases avec son logeur, gros garçon brun de trente-cinq ans, l'air placide el honnête. — Ça y est, la soupe, Louis? — Je crois. ■—Alors, la femme est gentille, aujourd'hui? — Oui, gentille, je crois. D'autres mineurs de la coupe à terre arrivaient

p.63 (1)
GERMINAL 63 ment, d'un seul trait, le mineur vida la moitié delà chope, pour balayer les poussières qui lui obstruaient la gorge. Il n'offrit rien à son compagnon. Un seul consommateur, un autre mineur mouillé et barbouillé, était assis deA'ant une table et buvait sa bière en silence, d'un air

p.64 (1)
64 GERMINAL comment tenir Je coup. Du reste, il venait de recevoir une lettre de Lille, pleine de détails inquiétants. - — Tu sais, murmura-t-il, ça A'ient de celle personne que lu as vue ici un soir. Mais il fut interrompu. Sa femme entrait à son tour, une grande femme maigre et ardente, le nez

p.65 (1)
GERMINAL LUI, AVAIT PRIS UN JOURNAL; ELLE, TRICOTAIT (PAGE 71)

p.67 (1)
GERMINAL 67 immense, peu à peu l'aperçurent. Il s'élcnna, il ne s'était pas figuré l'horizon de la sorte, lorsque le A'ieux Bonnemorl le lui avait indiqué du geste, au fond des ténèbres. Devant lui, il retrouvait bien le Voreux, dans un pli de terrain, avec ses bâtiments de bois et de briques

p.68 (1)
08 GERMINAL à coke avaient pâli avec l'aube. Il ne restait là, sans un arrêt, que l'échappement de la pompe, soufflant toujours de la même haleine grosse et longue, l'haleine d'un ogre dont il distinguait la buée grise maintenant, et que rien ne pouvait repaître. Alors, Etienne, brusquement

p.70 (1)
70 GERMINAL déjà de cinquante-huit ans, elle gardait, une grosse figure poupine et étonnée, sous la blancheur éclatante de ses cheveux, — Mélanie, dit-elle à la cuisinière, si vous faisiez la brioche ce matin, puisque la pâle est prête. Mademoiselle ne se lèvera pas avant une demi-heure

p.71 (1)
GERMINAL Le père el la mère échangeaient des regards attendris. Il dit en souriant: — Viens-tu voir ? — Cette pauvre mignonne! murmura-t-elle. J'y vais. El ils montèrent ensemble. La chambre était la seule luxueuse de la maison, tendue de soie bleue, garnie de meubles laqués, blancs à filets bleus

p.72 (1)
72 GERMINAL inondations subites qui noyaient les ouvriers, centaines de mille francs jetés dans la terre; puis, les tracas de l'administration, les paniques des actionnaires, la lutte avec les seigneurs terriens, résolus à ne'pas reconnaître les concessions royales, si l'on refusait de traiter

p.73 (1)
GERMINAL — C'EST I'KKT! Y KTBS-VOUS, LA-HAUT"? CitlA LA MAHEUDE (PAGlî 80)

p.75 (1)
GERMINAL une crise industrielle éclatait, le denier retombait à six cent mille francs. Mais il souriait toujours, il ne regrettait rien, car les Grégoire avaient maintenantune foi obstinée en leur mine. Ça remonterait, Dieu n'était pas si solide. Puis à celle croyance religieuse se mêlait

p.76 (1)
76 GERMINAL Ils s'attablaient enfin, le chocolat fumait dans les bols, on ne parla longtemps que de la brioche. Mélanie et Honorine restaient, donnaient des détails sur la cuisson, les regardaient se bourrer, les lèvres grasses, en disant que c'était un plaisir de faire un gâteau, quand on voyait

p.77 (1)
GERMINAL 77 pelle. L'idée était juste. Seulement, le million y avait passé, et cette damnée crise industrielle éclatait au moment où de gros bénéfices allaient lui donner raison. Du reste, mauvais administrateur, d'une bonté brusque avec ses ouvriers, il se laissait piller depuis la mort

p.80 (1)
80 GERMINAL Pendant que sa mère descendait, bousculant tout, Alzire retourna dans la chambre, où elle .emporta Estelle qui s'était mise à hurler. Mais elle était habituée aux rages de la petite, elle avait, à huit ans, des ruses tendres de. femme, pour la calmer et la distraire. Doucement

p.81 (2)
GERMINAL IL LA LAISSA PLANTÉ li AU MILIEU DU LA II 0 U ï F, (PAGE 8b)

p.83 (1)
GERMINAL 83 Alzire, d'une intelligence précoce de fillette infirme, savait 1res bien faire la soupe. Elle dut comprendre, n'insista point. Maintenant, le coron entier était réveillé, des bandes d'enfants s'en allaient à l'école, aA'ec le bruit traînard do leurs galoches. Huit heures sonnèrent

p.84 (1)
84 GERMINAL gauche, en serpentant, jusqu'au bas de la pente. Quelques grands pavillons à deux étages, des habitations de chefs d'usine, (rouaient, laligne pressée des étroites façades. Une église, également en briques, ressemblait à un noirvcau modèle de haut fourneau, avec son clocher carré, sali

p.85 (1)
GERMINAL Maigral, le ventre tondu, les bras croisés, répondait non de la tête, à chaque supplication. — Rien que deux pains, monsieur Maigral, Je suis raisonnable, je ne demande pas du café... Rien que deux pains de trois HA'I'CS par jour. — Non! cria-t-il enfin, de loul.e sa force, Sa femme aA'ait

p.86 (1)
80 GERMINAL Elle les porta l'un après l'autre. Des flaques trouaient la chaussée, elle se retroussait, avec la peur d'arriver trop sale. Trois fois, elle faillit tomber, tant ce sacré pavé était gras. El, comme ils débouchaient enfin devant le perron, deux chiens énormes se jetèrent, sur

p.87 (1)
GERMINAL ça faisait aller la maison. Ainsi, chez eux, ils auraient vécu, s'ils n'avaient pas eu le grand-père qui devenait tout raide, el si, dans le tas, deux de ses garçons cl sa fille aînée seulement aA'aicnl l'âge de descendre à la fosse. Fallait quand même nourrir les petits qui ne fichaient

p.88 (1)
88 GERMINAL pas de s'acquitter. Va te faire fiche! on était dans Je pétrin jusqu'à la mort. Du reste, il fallait tout comprendre : un charbonnier avait besoin d'une chope pour balayer les poussières. Ça commençait par là, puis il ne sortait plus du cabaret, quand arrivaient les embêtements. Peut

p.89 (1)
GERMINAL I-K LOGlîun LUI l-OÙIÎHAIT UN MOllCBAU DIS SA VUNl))i DANS LA BOUClll. (PAGIS 00; 13

p.91 (1)
GERMINAL 91 tenant celte brioche respectueusement, dans leurs menottes gourdes de froid. La Maheude lirait ses enfants sur le pavé, ne A'oyail plus ni les champs déserts, ni la bouc noire, ni le grand ciel livide qui tournait, Lorsqu'elle refraversa Montsou, elle entra résolument chez Maigral el

p.93 (1)
GERMINAL 93 — Passe-la-moi, cria la mère, dès qu'elle se trouva débarrassée. Elle ne nous laissera pas dire un mot Lorsqu'elle eut sorti de son corsage un sein lourd comme une outre, el que la braillarde se fui pendue au goulot, brusquement muette, on put enfin causer. Du reste, tout allait bien

p.94 (1)
94 GERMINAL veille, pour ne rien lui prêter; el elle la savait justement à son aise, en ce moment-là,le logeur Bonleloup ayant avancé sa quinzaine. Dans le coron, on ne se prêtait guère de ménage à ménage. -— Tiens ! lu me fais songer, reprit la Maheude, enveloppe donc un moulin de café

p.95 (1)
GERMINAL «5 — Comme elle esl grosso déjà ! reprit Ja Pierronne, en faisant des risettes a Estelle. — Ah ! le mal que ça donne, ne m'en parle pas ! dit la Maheude, Tu es heureuse de n'en pas avoir. Au moins, lu peux tenir propre. Bien que, chez elle, tout fût en ordre, et qu'elle lavât chaque samedi

p.96 (1)
96 GERMINAL La Maheude, furieuse, étendit les mains. -—Écoute ça: je les maudis, s'ils se collent,.. Est-ce que Zacbarie ne nous doit pas du respect? 11 nous a coûté, n'est-ce pas? eh bien! il faut qu'il nous rende, avant de s'embarrasser d'une femme... Qu'est-ce que nous deA'iendrions, dis

p.97 (2)
GERMINAL — ENTREZ, I_Nïn,I_f,^'B1!JÎ_',K;Vl4 l'^*15LLI_ (PAGE 100)

p.99 (1)
GERMINAL 92 — Attends que je le sucre, disait la Levaque, en mettant la cassonade d'avance dans la cafetière. !Elle, plus vieille que lui do six ans, était affreuse, usée, la gorge sur le A'cnfre et le ventre sur les cuisses, avec un mufle aplati aux poils grisâtres, toujours dépeignée. Il l'avait

p.100 (1)
100 GERMINAL ansemble !... Parole d'honneur, tiens ! j'étranglerais Catherine, si j'apprenais qu'elle ait fail la bêtise. La Levaque haussa les épaules. — Laisse donc, elle y passera comme les autres Bouteloup, avec la tranquillité d'un homme qui est chez lui, fouilla le buffet, cherchant, le pain

p.101 (1)
GERMINAL 10 _ Le monsieur décoré cl la dame en manteau de fourrure, débarqués le matin du train de Paris, ouvraient des yeux vagues, avaient sur la face l'ahurissement de ces choses brusques, qui les dépaysaient — Et un jardin, répéta la dame. Mais on y AuVrait, c'est charmant

p.102 (1)
102 « GERMINAL ces gens A'oulaient y coucher,- chez les Maheu? Ce n'était pourtant pas si drôle. — Toujours sans le sou, avec ce qu'ils gagnent! Dame! quand on a des vices ! — Je viens d'apprendre qu'elle est allée ce malin mendier chez les bourgeois de la Piolaine, cl Maigral. qui leur avait

p.103 (1)
GERMINAL 103 C'était surtout devant la porte de la Levaque que le rassemblement avait o-rossi. Deux femmes s'élaient avancées, puis dix, puis A'ingl, Prudemment, la Pierronne se taisait, à présent qu'il y aA'ait trop d'oreilles'. La Maheude, une des plus raisonnables, se contentait

p.105 (1)
GERMINAL ILS Flmi.ISÏN'T PAR SE LAVKI. ISXS liM 13 LE ^l'AGli lU/j.

p.107 (1)
GERMINAL 107 Cependant, à côté du feu, Je lavage commençait, dans une moitié de tonneau, transformée en baquet. Catherine, qui passait la première, l'avait empli d'eau tiède ; el elle se déshabillait tranquillement, ôLait son bég -in, sa A'esle, sa culotte, jusqu'à sa chemise, habituée à cela

p.108 (1)
«08 GERMINAL deux vinrent se planter près du père, le petit en avant, Leurs yeux suivaient chaque morceau, le regardaient pleins d'espoir partir de l'assiette, et le voyaient d'un air consterné s'engouffrer clans la bouche. A la longue, le père remarqua Je ésir gourmand qui les pâlissait el

p.109 (1)
GERMINAL 109 père lui cria de ne pas rentrer Lard; et il sortit en hochant la tête, la pipe aux dents, sans répondre. De nouveau, le baquet était plein d'eau tiède. Maheu, lentement, enlevait déjà sa A'este. Sur un coup d'oeil, Alzire emmena Lénore el Henri jouer dehors. Le père n'aimait

p.110 (1)
HO GERMINAL -—Enfin, il. m'a appelée vieux crampon... Nous aurons du pain jusqu'à samedi, et le plus beau, c'est qu'il m'a prêté cent sous... J'ai encore pris chez lui le beurre, le café, la chicorée, j'allais même prendre la charcuterie el les pommes de terre, quand j'ai vu qu'il grognait... Sept

p.111 (1)
GERMINAL tM avec un hochement d'approbation les sages conseils de la Maheude, qui montrait un grand bon sens dans ces affaires-là. Toujours elle lui répétait qu'on ne gagnait rien à se buter contre la Compagnie. Elle lui parla ensuite de la visite de madame Ilennebeau. Sans le dire, tous deux

p.112 (1)
112 GERMINAL crudité de bons diables. Elle s'en fâchait, mais ne s'en allait pas, chatouillée au fond par les gros mots, qui la faisaient crier, les mains au ventre. Il arriva à son secours une femme maigre, donl la colère bégayante ressemblait à un gloussement de poule. D'autres, au loin, sur

p.113 (1)
GERMINAL MAIGRAT MONTRA SES PIÉCKS DIC K U II A K ( P A G K l__4.) 15

p.117 (1)
GERMINAL H7 son caraco, elle coupait de l'ongle le fil et tirait des pièces de dix sous d'un coin de la bordure. De crainte d'être A'olée par sa mère, elle cachait là le gain des heures qu'elle faisait en plus, à la fosse. — J'en ai cinq, tu vois, dit-elle. Je veux bien t'en donner trois

p.118 (1)
H8 GERMINAL Du coup, jeanlin lui mil le poing soas le nez. — llépèle un peu. C'est moi qui irai dire chez vous que vous avez vendu la salade à maman... El puis, bougre de bêle, est-ce que je puis diviser onze sous en trois? essaye pour voir, loi qui es malin... Voilà.-chacun vos deux sous. Dépêchez

p.119 (1)
GERMINAL 119 jaillissait en jeunes arbres déjà forts. Aussi chaque lîlle s'y trouvait-elle chez elle, il y avait des trous perdus pour toutes, les galants les culbutaient sur les poutres, derrière les bois, dans les berlines. On se logeait quand même, coudes i'i coudes, sans s'occuper des voisins

p.120 (1)
120 GERMINAL mort, qui, régulièrement, avant son dîner, faisait la même promenade. Les deux anciens ne se parlaient guère, échangeaient à peine dix paroles, pendant la demi-heure qu'ils passaient ensemble. Mais cela les égayait, d'être ainsi, de songer à de vieilles choses, qu'ils remâchaient

p.121 (1)
GERMINAL SOUV Altl! E l'ABLAIÏ A DO1-V01S, LES YEUX P1Ï11BUS (PAGE I o (j. ) 16

p.123 (1)
GERMINAL 123 En quittant le coron des Deux-Cent-Quarante, Catherine était allée à Mont sou par le pavé. Depuis l'âge de dix ans, depuis qu'elle gagnait sa vie à la fosse, elle courait ainsi le pays fout seule, dans la complète liberté des familles de houilleurs; et, si aucun homme ne l'avait eue, à

p.124 (1)
124 GERMINAL montra ses pièces de ruban bleu avec la rage d'un homme dont on se moque. Puis, les jeunes gens servis, il se planta sur la porte pour les regarder s'éloigner dans le crépuscule; et, comme sa femme venait d'une voix timide lui demander un renseignement, il tomba sur elle, l'injuria

p.125 (1)
GERMINAL 12n main tenant qu'il avait vu la comédie; il se leva, envahi d'unmalaise, d'une sorte d'excitation jalouse où montait de lacolère.llne se gênait plus, il enjambait les poutres, car ces deux-là étaient bien trop occupés à celle heure, pour se déranger. Aussi J:'ul-il surpris, lorsqu'il eut

p.126 (1)
126 GERMINAL Une heure plus tard seulement, vers neuf heures, Etienne retraversa le coron, on se disant, qu'il fallait manger et se coucher, s'il voulait être debout le matin, à quatre heures. Le village dormait déjà, tout noir dans la nuit. Pas une lueur ne glisssit, des persiennes closes

p.128 (1)
128 GERMINAL lottait et il se chauffait le dos à la baraque, devant le grand l'eu. Puis Amenait l'attente, pieds nus, à la recette, traversée de furieux courants d'air. Mais la machine, dont les gros membres d'acier, étoiles de cuivre, luisaient là-haut, dans l'ombre, ne le préoccupait plus

p.131 (1)
GERMINAL Ht l'ouvrage bien fait. Puis, ainsi que les autres, il sentait que ce garçon avait une instruction supérieure à la sienne : il le voyait lire, écrire, dessiner des bouts de plan, il l'entendait causer de choses dont, lui, ignorait jusqu'à l'existence. Cela nel'étonnail pas, les bouilleurs

p.132 (1)
132 GERMINAL fendre, de grand air pur; el, maintenant, à chaque sortie, le printemps sentait meilleur et le chauffait davantage, après ses dix heures de travail dans l'éternel ihiver du fond, au milieu de ces ténèbres humides que jamais ne dissipait aucun été. Les jours s'allongeaient encore

p.133 (1)
GERMINAL 133 une figure fine, encadrée de grands cheveux et d'une barbe légère. Ses dents blanches el, pointues, sa bouche et son nez minces, le rose de son teint, lui donnaient un air de fille, un air de douceur entêtée, que le reflet gris de ses yeux d'acier ensauvageait par éclairs. Dans

p.134 (1)
134 GERMINAL et il finissait, d'habitude, par installer sur ses genoux un lapin familier, une grosse mère toujours pleine, qui vivait lâchée en liberté, dans la maison. Celle lapine, qu'il avait lui-même appelée Pologne, s'était mise à l'adorer, venait, flairer son pantalon, se dressait

p.135 (1)
GERMINAL 135 Etienne se mit à rire. Il n'entendait pas toujours les paroles de son camarade, celte théorie de la destruction lui semblait une pose. Rasseneur, encore plus pratique, el d'un bon sens d'homme établi, ne daigna pas se fâcher. 11 voulait seulement préciser les choses. •— Alors

p.136 (1)
136 GERMINAL Souvarine flattait maintenant les oreilles de Pologne, dont le nez se frisait de plaisir. Il dit à demi-voix, les yeux perdus, comme pour lui-même : — Augmenter le salaire, est-ce qu'on peut? Il est fixé par la Joi d'airain « ' la plus petite somme indispensable, juste le nécessaire

p.137 (1)
GERMINAL ZACDAIUE, OUTHÉ, S'ÉTAIT RUÉ SUD L'INSOLENT (PAGE li-9). 18

p.139 (1)
GERMINAL . 139 ignoraient encore. Cela bouleversait la fosse, on ne causait que de la Areine disparue, glissée sans doute plus bas, de l'autre côté de la faille. Les vieux mineurs ouvraient, déjà les narines, comme de bons chiens lancés à la chasse de la houille. Mais, en attendant, les chantiers

p.140 (2)
140 GERMINAL site, déclara que c'était, dégoûtant. Mais Etienne les fit taire d'un geste de sourde violence. ■— Ça finira, nous serons les maîtres, un jour! Maheu, resté muet depuis les enchères, parut, s'éveiller. Il répéta: — Les maîtres... Ah F foutu sort! cène serait pas trop tôt!

p.142 (1)
H-2 GERMINAL Les Maheu dînèrent à midi sonnant. Ils ne' menaient pas grand vacarme, au milieu des bavardages de porte à porte, des voisinages mêlant les femmes, dans un continuel remous d'appels, de réponses, d'objets prêtés, de mioches chassés ou ramenés d'une claque. D'ailleurs, ils étaient

p.143 (1)
GERMINAL ijui achevait un morceau de fromage, les deux coudes sur la table, refusa obstinément l'offre amicale d'une chope. Il restait à la maison, en bon mari. Peu à peu, cependant, le coron se vidait, tous les hommes s'en allaient les uns derrière les autres; tandis que les filles, guettant sur

p.144 (1)
144 GERMINAL — Mes amoureux, je Jes ai remisés, répondit-elle avec une belle gaieté impudente. J'en cherche un. Tous s'offrirent, la chauffèrent, de gros mois. Elle refusait de la lête, riait plus tort, faisait la gentille. Son père, du reste, assistait, à ce jeu, sans même quitter des yeux

p.145 (1)
GERMINAL L II A 1)1 TU DE TUAIT LA 110NT1Ï, ILS TE CUVAIENT NATUREL D'ÊTRE AINSI ( 1 A G K lo7.) 19

p.147 (1)
GERMINAL ' 117 Ensuite, ils songèrent à l'estaminet Saint-Eloi, y acceptèrent une tournée du porion Richomme, vaguèrent dès lors de débit en débit, sans prétexte, histoire uniquement de se promener. — Faut aller au Volcan ! dit tout d'un coup Levaque, qui s'allumait. Les autres se mirent à rire

p.148 (1)
148 GERMINAL lots, des bazars en plein vent, des fichus et des miroirs pour les filles, des couteaux et des casquettes pour les garçons ; sans compter les douceurs, des dragées et des biscuits. Devant l'église, on tirait de l'arc. Il y avait des jeux de boules, en face des Chantiers. Au coin

p.149 (1)
GERMINAL 149 son galant se contentait de ricaner, tous les quatre sortirent, l'affaire sembla finie. Et, à peine étaient-ils entrés chez Piquette boire une chope, voilà que le cloutier avait reparu, se fichant d'eux, leur soufflant sous le nez, d'un air de provocation. Zacharie, outré dans ses bons

p.150 (1)
i;;0 GERMINAL le soir, on accrochait quatre lampes à pétrole, aux quatre coins du bal. Ce dimanche-là, dès cinq heures, on dansait au plein jour des fenêtres. Mais ce fut vers sept heures que les salles s'emplirent. Dehors, un vent d'orage s'était levé, soufflant de grandes poussières noires

p.151 (1)
GERMINAL loi devint sérieux, fuma en silence. Lui aussi était pris de l'inquiétude du lendemain, devant l'ingratitude de ces enfants qui se marieraient un à un, en laissant leurs parents dans la misère. On dansait toujours, une lin de quadrille noyait le bal dans une poussière rousse ; les murs

p.152 (1)
W2 GERMINAL aimail mieux le voir rire que pleurer. Comme il n'y avait plus de chaise, Bouteloup s'était reculé pour céder la moitié de la .sienne à Levaque. El celui-ci, soudainement très attendri de voir qu'on était tous là, en famille, fit une fois do plus servir de la bière. — Nom de Dieu

p.153 (1)
GERMINAL IA11KU RECOUSAIT UN DE SES SOULIERS (PAGE 166.) 20

p.155 (1)
GERMINAL 155 Un commencement d'ivresse faisait flamber les yeux d'Etienne. Il cria: — Oui, soyons d'accord... Vois-tu, moi, pour la justice je donnerais tout, la boisson elles filles. Il n'y a qu'une chose qui me chauffe le coeur, c'esl l'idée que nous allons balayer les bourgeois.

p.157 (1)
GERMINAL 157 Et, au bout du premier mois, Etienne et Catherine semblaient déjà ne plus se voir, quand, le soir, avant d'éteindre la chandelle, ils voyageaient déshabillés par la chambre. Elle avait cessé de se hâter, elle reprenait son habitude ancienne de nouer ses cheveux au bord de son lit

p.158 (1)
158 GERMINAL sans méthode des ignorants affolés do science. Maintenant, il était en correspondance régulière avec Plucharl, plus instruit, très lancé dans le mouvement socialiste. Il se fit envoyer des livres, dont la lecture mal digérée acheva de l'exalter : un livre de médecine surfout, Y Hygiène

p.159 (1)
GERMINAL 159 lion des galériens autrefois, on y laissait la peau plus souvent qu'à son tour, tout ça pour ne pas même avoir de la viande sur sa table, le soir. Sans doute on avait sa pâtée quand même, on mangeait, mais si peu, juste de quoi souffrir sans crever, écrasé de dettes, poursuivi comme

p.160 (1)
160 GERMINAL entière, et qu'on pouvait avoir l'ambition de prendre la place du voisin, pourquoi donc n'aurait-on pas joué des poings, en tâchant d'être le plus fort? Maheu, ébranlé, restait cependant plein de défiance. —Dès qu'on bouge, on vous rend votre livret, disait-il. Le vieux a raison

p.161 (1)
GERMINAL C'ÉTAIT UN AVIS D lï LA COJil'AG.XIE (PAGii 1 1 ï ), 21

p.163 (1)
GERMINAL 163 qui avait pour devise: à chacun suivant son mérite, et à chaque mérite suivant ses oeuvres. Et, continuellement, ce rêve s'élargissait, s'embellissait, d'autant plus séducteur, qu'il montait, plus haut dans l'impossible. D'abord, la Maheude refusait d'entendre, prise d'une sourde

p.164 (1)
lGi GERMINAL Le père Bonnemort, qui parlait pour la fosse, grognait que ces histoires-là ne, rendaient pas la soupe meilleure; tandis que les autres montaient à la file, en s'apercevant-de l'humidité des murs et de l'étouffement empesté de l'air. En haut dans le sommeil lourd du coron, Etienne

p.165 (1)
GERMINAL 165 jardins du coron. Derrière les lilas maigres, les galibots ne culbutaient plus les hcrscheuses sur le carin; et il ne restait que les légumes d'hiver, les choux perlés de gelée blanche, les poireaux et les salades de conserve. De nouveau, les averses battaient les tuiles rouges

p.167 (1)
GERMINAL 167 La Maheude songeait aux quarante sous du vieux, qu'il ne lui rapporterait peut-être jamais plus, et elle eut un cri d'angoisse. — Mon Dieu! nous serons bientôt tous morts, si ça continue. — Quand on est mort, dit Maheu, on n'a plus faim. 11 ajouta des clous à ses souliers et se décida

p.168 (1)
168 GERMINAL Même, depuis la rapide popularité de son ancien locataire, il outrait ce système du progrès possible, disant qu'on n'obtenait rien, lorsqu'on voulait tout avoir d'un coup. Dans sa bonhomie d'homme gras, nourri de bière, moulait une jalousie secrète, aggravée par la désertion de son

p.169 (1)
GERMINAL 11- ÉTAIT TOUT Cil A CI) (l'ACE I S '2 }. 22

p.171 (1)
GERMINAL tïi Celui-ci répondit par son mot de mépris habituel. •— Les grèves? des bêtises Puis, au milieu du silence fâché qui s'était fait, il ajouta doucement : — En somme, je ne dis pas non, si ça vous amuse : ça ruine les uns, ça tue les autres, et c'est toujours autant de nelloyé... Seulement

p.172 (1)
JT2 GERMINAL coucher avec le logeur de sa mère; puis, il la tuait, de caresses, repris pour elle d'un sauvage désir. Maheu lui adressa une autre question. — Est-ce que le Voreux passe? El, comme il tournait le dos, après avoir dit oui, d'un signe de tête, les deux hommes se décidèrent àeutrer

p.173 (1)
GERMINAL 173 d'eux! jamais ils ne rattraperaient, avec le boisage, les dix centimes diminués sur la berline. Au plus toucheraient-ils huit centimes, et c'était deux centimes que leur volait la Compagnie, sans compter le temps qu'un travail soigné leur prendrait. Voilà donc où elle voulait en venir

p.174 (1)
GERMINAL —■ Attendez, j'ai là votre nom. Toussaint Maheu, n'est-ce pas?... Monsieur le secrétaire général désire vous parler. Entrez, il est seul. Etourdi, l'ouvrier se trouva dans un cabinet, meublé de vieil acajou, tenclv de reps vert déteint. Et il écoula pendant cinq minutes le secrétaire

p.176 (1)
176 GERMINAL redoublait, qu'elles emplissaient encore le coron de leurs larmes, au milieu de la débandade glapissante des enfants. Le soir, à l'Avantage, la grève fut décidée, Rasseneur ne la combattait plus, et Souvarine l'acceptait comme un premier pas. D'un mol, Etienne résuma la situation

p.177 (1)
GERMINAL .NATUlllïI.LEMENT, UN SO I H . . . ( P A G E 192). 23

p.180 (1)
180 GERMINAL Au nouveau chantier de Maheu, le travail était pénible. Celle partie de la veine Filonnière s'amincissait, à ce point que les haveurs, écrasés entre le mur elle toit, s'écorchaienl les coudes, dans l'abatage. En outre, elle devenait très humide, on redoutait d'heure en heure un coup

p.181 (1)
GERMINAL 181 el la vive adresse d'un avorton humain, qui rclournail à l'animalité d'origine. L'après-midi, Mouque amena aux galibols Bataille, dont c'était le tour do corvée; et, comme le cheval soufflait dans un garage, Jeanlin, qui s'était glissé jusqu'à Bébert, lui demanda : — Qu'est

p.182 (1)
182 GERMINAL Bébert, lâchant son train, accourait en répétant : — Jeanlin est dessousI Jeanlin est dessous! Maheu, à ce moment même, déboulait de la cheminée, avec Zacharie et Etienne. Il fut pris d'une fureur de désespoir, il ne lâcha que des jurons. — Nom de Dieu! nom de Dieu! nom de Dieu

p.183 (1)
GERMINAL 183 Enveloppez-le dans une couverture, etmelfez-le sur une berline, commanda le porion. Au mioche maintenant, dépêchons ! Maheu donna un dernier coup, et une ouverture se fit, on communiqua avec les hommes qui déblayaient l'éboulement, de l'autre côté. Ils crièrent, ils venaient de trouver

p.184 (1)
184 . GERMINAL apparut, d'une maigreur d'insecte, souillé de poussière noire, de terre jaune, que marbraient des taches sanglantes. On ne distinguait rien, ou dut le laver aussi. Alors, il sembla maigrir encore sous l'éponge, la chair si blême, si transparente, qu'on voyait les os. C'était

p.185 (1)
GERMINAL — cliST ilONSlECK DANSAËIVI QUI EST DANS LE YlîS'l'111 ULE (l'AGE 197). 24

p.187 (1)
GERMINAL 187 Bientôt, elles furent trente, puis cinquante, toutes étranglées de la même terreur. 11. y avait donc un morl ? qui était-ce ? L'histoire racontée par Levaque, après les avoir rassurées toutes, les jetait maintenant à une exagération de cauchemar: ce n'élait plus un homme, c'étaient dix

p.188 (1)
188 GERMINAL fut long à s'endormir, inquiet de ce lit, vide, où Alzire lenait si peu de place. Le lendemain, toujours personne ; et, l'après-midi seulement, au retour de la fosse, les Maheu apprirent que Chaval gardait Catherine. 11 lui faisait des scènes si abominables, qu'elle s'était décidée à

p.190 (1)
GERMINAL avait traversé, dormait profondément, fenêtres et portes closes. Et, dès que le directeur cutsaufédu lit, lcsyeux gros encore de sommeil, il fut accablé : de quart d'heure en quart d'heure, des messagers accouraient, des dépêches tombaient sur sonhureau, dru comme grêle. D'abord

p.191 (1)
GERMINAL 191 de Maries; et ce fut là qu'il se maria, épousant, par un de ces coups de fortune qui sont la règle pour le corps des mines, la fille d'un riche filateur cl'Arras. Pendant quinze années, le ménage habita la même petite ville de province, sans qu'un événementrompîllamonolonie de son

p.192 (1)
192 GERMINAL l'âge, il ne l'avait jamais possédée en.amant, il était, hanté d'une continuelle image, l'avoir une fois à lui comme elle s'était donnée à un autre. Chaque matin, il rêvait de la conquérir le soir; puis, lorsqu'elle le regardait de ses yeux froids, lorsqu'il sentait

p.193 (1)
GERMINAL COMMENT 1 C'EST VOUS, UN BON OUVHlEll ! (PAGE 206) 25

p.195 (1)
GERMINAL 105 dans le vestibule, Paul qui rentrait. Celui-ci avait l'air tout amusé par celte histoire de grève. — Eh bien ? lui demanda son oncle. — Eh bien, j'ai l'ait le tour des corons. Us paraissent très sages, là dedans... Je crois seulement qu'ils vont l'envoyer des délégués. Mais, à

p.196 (1)
49G GERMINAL — Ça y est donc? Je viens de l'apprcudre par mon ingénieur... Chez moi, tous les hommes sont descendus, ce malin. Mais ça peut gagner. Je ne suis pas tranquille... Voyons, où en èfes-vous? 11 accourait à cheval, et son inquiétude, se trahissait, dans son verbe haut et. son geste

p.197 (1)
GERMINAL 197 Après les oeufs brouillés aux truffes, parurent des truites de rivière. La conversation était tombée sur la crise industrielle, qui s'aggravait depuis dix-buit-mois. — C'était fatal, dit Deneulin, la prospérité trop grande des dernières années devait nous amener là... Songez donc

p.198 (1)
198 GERMINAL Le directeur s'excusa et lit entrer le maîlre-porion. Celui-ci se tint debout, à quelques pas de la table; tandis que tous se tournaient pour le voir, énorme, essoufflé des nouvelles qu'il apportait. Les corons restaient tranquilles; seulement, c'était une chose décidée, une délégation

p.199 (2)
GERMINAL 199 s'apitoya sur ces pauvres gens qui allaient souffrir de la faim; et déjà Cécile faisait la partie de distribuer des bons de pain et de viande. Mais madame Hennebeau s'étonnait, en entendant parler de la misère des charbonniers de JJbnlsou. Est-ce qu'ils n'étaient pas très heureux

p.200 (1)
200 GERMINAL que nous sommes ! nous qui ne spéculons pas, qui nous contentons de vivre, sainement avec ce que nous avons, en faisant la part des pauvres!... Allons donc! il faudrait que vos ouvriers fussent de fameux brigands pour voler chez nous une épingle ! Négrel lui-même dut le calmer, très

p.201 (1)
GERMINAL DES GENDARMES AVAIENT DATTU LES 110UTES (PAGE 214 26

p.203 (1)
GERMINAL 203 paraissait. Une charlotte de pommes meringuée fut comblée d'éloges. Ensuite, les dames discutèrent une recette, au sujet de l'ananas, qu'on déclara également exquis. Les fruits, du raisin et des poires achevèrent cet heureux abandon des fins de déjeuner copieux. Tous causaient à

p.205 (1)
GERMINAL 205 poids décisif. D'abord, lui, Etienne, devait parler; mais il était à Montsou depuis trop peu de temps. On écouterait davantage un ancien du pays. Enfin, les camarades confiaient leurs intérêts au plus cligne : il ne pouvait pas refuser, ce serait lâche. La Maheude eut un geste

p.206 (1)
20fi .. GERMINAL Enfin, M. Hennebeau entra, boutonné militairement, portant à sa redingote le petit noeud correct do sa .décoration. Il parla le premier. — Ah! vous voilà!... Vous vous révoltez, à ce qu'il paraît... Et il s'interrompit, pour ajouter avec une raideur polie : — Asseyez

p.207 (1)
GERMINAL 20? Jjais ce qui nous enrage, c'est que cela u'est pas même vrai : la Compagnie ne compense rien du tout, elle met simplement deux centimes par berline clans sa poche, voilà ! — Oui, oui, c'est, la vérité, murmurèrent les autres délégués, en voyant yj, Hennebeau faire un geste violent

p.208 (1)
208 GERMINAL — Non, avouez donc la vérité, vous obéissez à des excitations détestables. C'est une peste, maintenant, qui souille sur fous les ouvriers et qui corrompt les meilleurs... Oh ! je n'ai besoin de la confession de personne, je xrois bien qu'on vous a changés, vous si tranquilles autrefois

p.209 (1)
GERMINAL LA. VEUVE, OUÏKÉB, NK D É CO J.É H A 1 T l.'l.US ( P A G 10 223). 27

p.211 (1)
GERMINAL 211 aujourd'hui, coule de quinze cent mille francs à deux millions ; et que do peine avant de retirer un intérêt médiocre d'une telle somme engloutie! Presque la moitié des sociétés minières, en France, font faillite... Du reste, c'est slupide d'accuser de cruauté celles qui réussissent

p.212 (1)
212 GERMINAL M. Hennebeau ne se fâcha point. Il eut même un sourire. — Ah ! clame ! cela se complique, du moment où vous n'avez pas confiance en moi... 11 faut aller là-bas. Les délégués avaient suivi son geste vague, sa main tendue vers une des fenêtres. Où était-ce, là-bas? Paris sans doute. Mais

p.214 (1)
214 GERMINAL grosse et longue, le reste do vie de la fosse, que les eaux auraient détruite, si le.souffle s'était arrêté. En face, sur le plateau, le coron des Deux-Cenf-Quaranfc, lui aussi, semblait mort. Le préfet de Lille était accouru, des gendarmes avaient battu les roules; mais, devant

p.215 (1)
GERMINAL 21S prochaine à cette heure el, comme réelle, avec son. peuple de frères, son âge d'or. de travail el. cle repas en commun. Rien n'ébranlait la conviction qu'ils avaient d'y entrer enfin. La caisse s'était'épuisée, la Compagnie ne céderait pas, chaque jour devait aggraver la situation, el

p.216 (1)
216 GERMINAL lemmenl celle intervention. Malgré sa puissance, lejeuue homme devait- compter avec le cabarctier, dont les services étaient plus anciens, et qui gardait des fidèles parmi ses clients. Aussi hésitait-il encore, ne sachant, que répondre. Justement, le lundi, vers quatre heures

p.217 (1)
GERMINAL SAISI DE l'EUH, ÉÏ1ENNK LE HKGARDAIT (PAGE 230) 28

p.219 (1)
GERMINAL 219 le sein, s'endormait sur ses genoux. Et, absorbé lui aussi, Etienne regardait fixement ce sein énorme, dont la blancheur molle tranchait avec le teint massacré el jauni du visage, — Pas un liard, murmurait-elle, rien à se mettre sous la dent, et toutes les fosses qui s'arrêtaient

p.220 (1)
220 GERMINAL misère dans le ménage, si son galant l'épousait. Et elle ne rougissait de honte, elle ne tremblait ainsi, que bouleversée d'être traitée en gueuse devant ce garçon, dont la présence l'oppressait et la désespérai!, Etienne, cependant, s'était lové, en affectant de secouer le feu à demi

p.221 (1)
GERMINAL 221 —■ Prends garde ! balbutia Etienne, les dents serrés. J'aurai ta peau. —- Essaye ! répondit Chaval. Ils se regardèrent encore pendant quelques secondes, cle. si près, que leur souffle ardent brûlait leur visage. Et ce fut Catherine, suppliante, qui reprit, la main cle son amant pour

p.222 (1)
222 GERMINAL aucun secours, si la faim abattait les courages? Brusquement, if venait d'avoir la vision du désastre : des enfants qui mouraient, des mères qui sanglotaient, tandis que les hommes, baves et maigris, redescendaient dans les fosses. 11. marchait toujours, ses pieds buttaient sur

p.224 (1)
224 GERMINAL fosses, aux délégués et à des hommes dont-on était sûr. L'ordre clu jour avoué élait de discuter la continuation cle la grève ; mais, en réalité, on attendait Plucharl, on compilait sur un discours de lui, pour enlever l'adhésion en masse à ITnlernationale. Le jeudi malin, Etienne fut

p.225 (1)
GERMINAL l'os GESTIS, IL HÉCLAMA LE SILENCE (l'A G15 236). 29

p.227 (1)
GERMINAL — J'ai fait ça,- parfaitement i El, tu sais pourtant; si j'ai confiance en Plucharl! C'est un malin et un solide, on peut marcher avec lui... Mais, vois-tu .je me fous de vos idées, moi! La politique, le gouvernement, fout ça, je m'en fous! Ce que je désire, c'est que le mineur soit mieux

p.228 (1)
228 GERMINAL discipline! oui, je leur conseille encore de ne pas bouger! Seulement, il ne faut pas qu'on se foute de nous, à la fin!... Tu es heureux de rester froid. Moi, il y a des heures où je sens ma tète qui déménage. C'était, de son côté, une confession. Il se raillait de ses illusions

p.229 (1)
GERMINAL 229 — Alors, c'est pour moi que tu dis ça? demanda Etienne. Tu es jaloux? —• Jaloux cle quoi? répondit Rasseneur. Je ne me pose pas en grand homme, je ne cherche pas à créer une section à Montsou, pour en devenir le secrétaire. L'autre voulut l'interrompre, mais il. ajouta : — Sois donc

p.230 (1)
230 GERMINAL camarade parlât, conquis par ce silence même, il se sentait, absorbé peu à peu. — Voyons, demanda-l-il, que ferais-tu à ma place? N'ai-je pas raison de vouloir agir?... Le mieux, n'est-ce pas? est de nous mettre de cette Association. Souvarine, après avoir soufflé lentement un jet

p.231 (2)
GERMINAL 231 El puis, il ne comprenait toujours pas, sa race se refusait au rêve sombre cle celle extermination du monde, fauché comme un champ de seigle, à ras de ferre. Ensuite, que ferait-on, comment repousseraient lcspcuples?ll exigeait une réponse. — Dis-moi ton programme. Nous voulons savoir

p.232 (1)
232 GERMINAL mangés par le fer. Très actif, il servait son ambition, en ballant la province sans relâche, pour le placement de ses idées. — Ah! ne m'en veuillez pas! dil-il, devançant les questions et les reproches. Hier, conférence àPreuilly le matin, réunion le soir à Valençay. Aujourd'hui

p.233 (1)
GERMINAL LES AUTRES, S1IH LE TllOTTOlIl, L1C THAITÈHKNT DE VENDU (PAGE 245). 30

p.235 (1)
GERMINAL 235 retournée lui servait cle tribune. U semblait très ému, il toussa avant de lancer a pleine voix : ■— Camarades... Le qui faisait son influence sur les ouvriers des fosses, c'était la facilité do sa parole, la bonhomie avec laquelle if pouvait leur parler pendant des heures, sans jamais

p.236 (1)
236 GERMINAL Et il plaça son discours sur la grandeur el les bienfaits de l'Internationale, celui qu'il déballait d'abord, dans les localités où il débutait. Il en expliqua le but, l'émancipation des travailleurs ; il en montra la structure grandiose, en bas la commune, plus haut la province, plus

p.237 (1)
GERMINAL 237 Rasseneur s'élança, protesta encore. De son côté, Etienne s'agitait, ayant à prononcer un discours. Une confusion extrême s'ensuivit. Levaque lançait les poings en avant, comme pour se battre. Debout, Maheu parlait, sans qu'on pût distinguer un seul mot. Dans ce redoublement de tumulte

p.238 (1)
238 GERMINAL Dehors, clans la ruelle, Etienne, embarrassé cle la caisse, galopa, suivi des autres. L'idée brusque de Pierron lui vint, il demanda pourquoi on ne l'avait pas vu, et Maheu, tout en courant, répondit qu'il était malade; une maladie complaisante, la peur de se compromettre. On voulait

p.240 (1)
240 GERMINAL faire bouillir encore la marmite des Maheu. Seules, les hottes lui restaient, il les gardait pour avoir les pieds solides, disait-il. Son désespoir élait que la grève se fût produite trop tôt, lorsque la caisse de prévoyance n'avait pas eu le temps de s'emplir. Il y voyait la cause

p.241 (1)
GERMINAL CX MONSIEUR A CHEVAL DÉBOUCHA (PAGE 253), 31

p.244 (1)
24* GERMINAL tout, un coin de faubourg, au point que deux maisons faillirent disparaître. Etienne et les délégués hésitaient h. risquer une démarche, sans connaître les intentions delà Régie. Dansaert, qu'ils interrogèrent, évita de répondre; certainement, on déplorait le malentendu, on ferait

p.245 (1)
GERMINAL 245 violente. D'abord, il les avait fait entrer, ricanant, feignant de croire qu'elles venaient payer leurs dettes : ça, c'était gentil, de s'être entendu, pour apporter l'argent d'un coup. Puis, dès que la Maheu de eut pris la parole, il affecta de s'emporter. Esl-ce qu'elles se fichaient

p.246 (1)
246 GERMINAL — Et dire qu'on n'aurait pas deux sous de ces jeansfoutre qui nous regardent crever ! •— Si je portais la boîte? reprit la femme toute pâle après une hésitation. Maheu, assis au bord de la table, les jambes pendantes et la tête sur la poitrine, s'était redressé. — Non, je no veux

p.247 (1)
GERMINAL 247 Moi aussi, je vais voir, dit à son tour la Maheude. C'est trop bête. Elle rouvrit la porte derrière le jeune homme et la rejela violemment, laissant les autres immobiles et muets, dans la maigre clarté d'un bout de chandelle qu'Alzire venait d'allumer. Dehors, une courte réflexion

p.248 (1)
248 GERMINAL venait de sentir une forte odeur de lapin : bien sûr qu'on avait déménagé le plat. Des miettes traînaient sur la table; et, au beau milieu, elle aperçut une bouteille de vin oubliée. — Maman est allée àMonlsoupour tâcher d'avoir un pain, reprit laPierronne. Nous nous morfondons à

p.249 (1)
GERMINAL EST-CE QUE TU TE fOUS DU MONDE? CRIA ETIENNE ( P A.G E 200). 32

p.251 (1)
GERMINAL 2iil dite des trous où rien ne vit. Les bruits vagues se mouraient, des larmes étouffées^ des jurons perdus; et, dans le silence qui s'alourdissait peu à peu, on entendait venir le sommeil de la faim, l'écrasement des corps jetés en travers des lits, sous les cauchemars des ventres vides

p.252 (1)
252 GERMINAL promis. Elle voulait la guerre, décidément. Et un bruit plus grave circulait, elle se vantait d'avoir décidé un grand nombre d'ouvriers à redescendre : le lendemain, la Victoire et Fenlry-Canlel devaient être au complet; même il y aurait, à Madeleine el à Mirou, un tiers des hommes

p.254 (1)
254 GERMINAL juron, quand il entendit la voix de son frère Zacharie, en train de raconter à Mouquet comment il avait découvert une pièce de quarante sous, cousue dans une jupe de sa femme. Tous deux ricanaient d'aise, en se lapant sur les épaules Mouquet eut l'idée d'une grande partie de crosse

p.255 (1)
GERMINAL 255 proies, ravageant les champs d'oignons, pillant les vergers, attaquant les étalages. Dans le pays, on accusait les mineurs en grève, on parlait d'une vaste bande organisée. Un jour même, il avait forcé Lydie à voler-sa mère, il s'était fait apporter par elle deux, douzaines de sucres

p.256 (1)
256 GERMINAL Etienne, à la même heure, était entré à Béquillarf. La veille, Mouquelie l'avait supplié de revenir, et il revenait, honteux, pris d'un goût, qu'il refusait de s'avouer, pour cette fille qui l'adorait comme un Jésus. C'était, d'ailleurs, dans l'intention de rompre. Il la verrait

p.257 (2)
GERMINAL UNE FOULE CIIOUILLANTK EU1M.1SS A lï PEU A PEU LA CUH,È»E ( P-\ G F 2C S ) 33

p.259 (1)
GERMINAL 259 biJlail, d'une adresse de singe à se rattraper des mains, des pieds, du menton, quand, des échelons manquaient. Les échelles, de sept mètres, se succédaient, les unes solides encore, les autres branlantes, craquantes, près de se rompre; les paliers étroits défilaient, verdis, pourris

p.260 (1)
260 GERMINAL couche molle; sur d'anciens bois, plantés en forme de table, il y avait de tout, du pain, des pommes, des litres de genièvre entamés: une vraie caverne scélérate, du butin entassé depuis des semaines, même du butin inutile, du savon et du cirage, volés pour le plaisir du vol. El

p.261 (1)
GERMINAL 261 Etienne avait accepté sa pari. — Cane m'étonne plus, si lu engraisses, pendant que nous maigrissons tous. Sais-tu que c'est cochon de l'empiffrer!... El les autres, tu n'y songes pas? — Tiens ! pourquoi les autres sont-ils trop bêtes? — D'ailleurs, lu as raison de te cacher, car si ton

p.262 (1)
262 GERMINAL pliait, elle jurait de se cacher, elle ne le garderait pas cinq minutes. Lui, très ému, refusait toujours. Il le fallait. Alors, eu la quittant, il voulut au moins l'embrasser. Pas à pas, ils étaient arrivés aux premières maisons de Monlsou el ils se tenaient à pleins bras, sous

p.263 (1)
GERMINAL 203 camp cholanf, l'autre camp décholanl, toujours au pas de course, les pieds nleurtris par les arêtes gelées des terres de labour. D'abord, Jeanlin, Bébert et Lydie avaient galopé derrière les joueurs, enthousiasmés des grands coups. Puis,l'idée de Pologne qu'ils secouaient dans

p.264 (1)
264 GERMINAL entier se lançait, comme pour assommer un boeuf; et cela pendant des heures, d'un bout à l'autre de la plaine, par-dessus les fossés, les haies, les talus des routes, les murs bas des enclos. Il fallait avoir de bons soufflets dans la poitrine et des charnières en fer dans les genoux

p.265 (1)
GERMINAL MONSIEUR, C'EST UNE B.KVOLTK (PAGE 279) 34

p.267 (1)
GERMINAL 267 pu recommencer l'existence avec une femme qui se serait donnée à lui sur des cailloux, de tous ses reins et de tout son coeur. Son malheur était sans consolation, il enviait ces misérables. La tête basse, il rentrait, au pas ralenti de son cheval, désespéré par ces longs bruits, perdus

p.269 (1)
GERMINAL 269 La querelle venait de Rasseneur, qui voulait procéder régulièrement à l'élection d'un bureau. Sa défaite, au Bon-Joyeux, l'en rageait ; et il s'était juré d'avoir sa revanche, car il se flattait de reconquérir son autorité ancienne, lorsqu'on serait en l'ace, non plus des délégués

p.270 (1)
270 GERMINAL — C'est dans ces circonstances, camarades, que vous devez prendre une décision ce soir. Voulez-vous la continuation de la grève ? et, en ce cas, que comptez-vous faire pour triompher de la Compagnie ? Un silence profond tomba du ciel étoile. La foule, qu'on ne voyait pas, se taisait

p.271 (1)
GERMINAL 271 coutume du Hainaull. Le peuple des mineurs n'avait donc qu'à reconquérir son bien; et, les mains tendues, il indiquait le pays entier, au delà de la forêt. A ce moment, la lune, qui montait de l'horizon, glissant des hautes branches, l'éclaira. Lorsque la foule, encore dans l'ombre

p.272 (1)
272 GERMINAL l'Église, attendant le règne prochain do la justice. Bien des phrases obscures leur avaient échappé, ils n'entendaient guère ces raisonnements techniques el ibsraits ; mais l'obscurité même, l'abstraction élargissait encore le champ des promesses, les enlevait dans un éblouissement

p.273 (1)
GERMINAL eu AVAL L' ÉCO UT AIT LES POINGS nie TENDU S (I'AGE 286). 35

p.275 (1)
GERMINAL 273 — A. bas le traître! répétèrent mille voix, tandis que des pierres commençaient à siffler. Alors, il pâli!, un désespoir lui emplit les yeux de larmes. C'était l'écroulement de son existence, vingt années de camaraderie ambitieuse qui s'effondraient sous l'ingratitude de la foule

p.276 (2)
276 GERMINAL le vieux Bonnemort, il l'élalail comme un drapeau de misère et de deuil, criant vengeance. En phrases rapides, il remontait au premier Maheu, il montrait toute cette famille usée à la mine, mangée par la Compagnie, plus affamée après cent ans de travail; et, devant elle, il mettait

p.277 (1)
GERMINAL 277 u'èsence, montrer à la Compagnie que nous sommes tous d'accord et que nous pourrons plutôt que de céder. — C'est cela, aux fosses ! aux fosses ! Depuis qu'il parlait, Etienne avait cherché Catherine, parmi les têtes pâles, grondantes devant lui. Elle n'y était décidément pas. Mais

p.278 (2)
278 GERMINAL les délicates ramures de leurs branches, noires sur le ciel blanc, n'apercevaient ni n'entendaient les êtres misérables, qui s'agitaient à leur pied. Il y eut des poussées, la Maheude se retrouva près de Maheu, el. l'un el l'autre, sortis de leur bon sens, emportés dans la lente

p.280 (2)
280 GERMINAL — Forcez-les à descendre, sacrebleu! bégaya-t-il. [ — Voilà une heure que ça dure, reprit le porion. Alors, nous avons eu 1 l'idée de venir vous chercher. 11 n'y a que vous qui leur ferez peut-être entendre I raison. | — C'est bien, j'y vais. ; Vivement, il s'habilla, l'esprit net

p.281 (1)
GERMINAL ELLE AGONISAIT DANS L'.WU U ' A S I' II y X ) E (PAGE 204) 36

p.283 (1)
GERMINAL 283 Elle parlait d'une partie projetée pour le malin. Madame Henneheau devait, aller, avec sa calèche, chercher d'abord. Cécile, chez les Grégoire ; ensuite, elle viendrait les prendre, et l'on irait toutes à Marcbiennes, déjeuner aux Forges, où la femme du directeur les avait invitées

p.284 (1)
28* GERMINAL une augmentation de cinq centimes par berline. Bientôt, les quatre cents ouvriers du fond avaient débordé de la baraque dans la salle de recelte, au milieu d'un tumulte de gestes et de cris. Ceux qui voulaient travailler, tenaient leur lampe, pieds nus, Ja pelle ou la rivelaine sous

p.285 (1)
GERMINAL 28S ous se taisaient maintenant, gênés, s'écartant de lui; et ce fut Chaval qui finit par dire : — Voilà, monsieur Deneulin, nous ne pouvons continuer à travailler, il nous faut cinq centimes de plus par berline. 11 parut surpris. — Comment ! cinq centimes ! A propos de quoi cette demande

p.286 (1)
286 GERMINAL son intelligence, sa santé, sa vie. L'arrêt du travail allait être la morl, tout bonnement, car il n'avait pas de stock, et il fallait pourtant qu'il expédiât les commandes. D'autre part, le capital de son outillage ne pouvait dormir. Comment tiendrait-il ses engagements? qui paierait

p.287 (1)
GERMINAL 287 Deneulin resta caché, les porions eux-mêmes se tinrent à l'écart. Pendant une heure, ils entendirent Chaval pérorer, discuter, debout sur une berline de la recette. Une partie des ouvriers le huaient, cent vingt s'en allèrent, exaspérés, s'obstinanl dans la résolution qu'il leur avait

p.288 (1)
288 GERMINAL du ciel tombant sur cette Sodoine des entrailles de la terre, où les herscheuses se souillaient d'abominations; si bien qu'elles n'avaient pas même eu le temps de remonter, et qu'aujourd'hui encore, elles flambaient au fond de cet enfer. Les roches calcinées, rouge sombre

p.289 (1)
GERMINAL CATHRRINR N ' A V A 1T PLUS CONSCIENCE DE SKS MOUVKJIEXTS (PAFE 301. 37

p.292 (1)
292 GERMINAL herscheuses du temps jadis qui brûlaient sous le Tartaret, en punition de choses qu'on n'osait pas répéter. Sans doute, elle était fcrop grande maintenant pour croire de pareilles bêtises ; mais, pourtant, qu'aurait-elle fait, si brusquement elle avait vu sortir du mur une fille rouge

p.293 (1)
GERMINAL 293 — Eh! tu vas l'enrhumer, méfie-toi! — C'est qu'elle a de vraies jambes ! Dis donc, Chaval, y en a pour deux ! —Oh! faudrait voir. Relève ça. Plus haut! plus haut! Alors, Chaval, sans se fâcher de ces rires, retomba sur elle. — Ça y est-il, nom de Dieu !.. Ah ! pour les saletés

p.294 (2)
294 GERMINAL vit pâlir, comme si elle aussi eût manqué de souffle. Brusquement, la lampe s'éteignit. Alors, tout roula au fond des ténèbres, une meule tournait dans sa tête, son coeur défaillait, s'arrêtait de battre, engourdi à son tour par la fatigue immense qui endormait ses membres

p.295 (1)
GERMINAL 295 qu'on l'avait aperçue ainsi, sans un mouchoir à la taille seulement, pour se cacher? Lui, qui rigolait, inventait des histoires, racontait qu'il venait de l'apporter là au milieu de tous les camarades faisant la haie. Quelle idée aussi d'avoir écouté son conseil et de s'être mis

p.296 (1)
296 GERMINAL Elle le regardait, elle recommençait à sourire clans ses larmes. Peut-être qu'il avait raison on n'en rencontrait guère, des femmes heureuses. Puis, bien qu'elle se défiât de son serment, elle s'abandonnait à la joie de le voir aimable. Mon Dieu! si cela avait pu durer! Tous deux

p.297 (1)
GERMINAL L'ENFANT APPARAISSAIT DKIUUÈRE LES TO U B.I1 ILLONS 015 BUÉE (l'AGfi 308) 38

p.299 (1)
GERMINAL 299 vaux à l'écurie, les regardait d'un air de dédaigneuse insouciance, habitué aux nuits passées dans la fosse, certain qu'on le tirerait toujours de là. —-Nom de Dieu! veux-tu monter devant moi! dit Chaval à Catherine. An moins, je te tiendrai, si tu tombes. Ahurie, suffoquée

p.300 (1)
300 GERMINAL Chaval. 11 jura, en lui criant de" faire attention. De proche en proche, toute la colonne s'arrêtait, s'immobilisait. Quoi donc! que se passait-il? el chacun retrouvait sa voix pour questionner et s'épouvanter. L'augoisse augmentait depuis le fond, l'inconnu delà-haut les étranglait

p.301 (1)
GERMINAL 301 droite, qui l'obligeait de se hisser à la force des poignets, le ventre collé conlre le bois. L'essoufflement des haleines à présent couvrait le roulement des pas, un râle énorme, décuplé par la cloison du goyot, s'élevait du fond, expirait au jour. 11 y eut un gémissement, des mots

p.303 (1)
GERMINAL 303 orsque les charbonniers prirent enfin la roule de Vandame, pour se rendre au rendez-vous décidé Ja veille, dans la forêt. D'ailleurs, Etienne comprit loul de suite qu'il n'aurait point, là-bas, à JeanBart, les trois mille camarades sur lesquels il comptait. Beaucoup croyaient

p.304 (1)
304 GERMINAL — Que voulez-vous ? demanda-l-il d'une voix forte. Après avoir vu disparaître la calèche, d'où ses filles lui riaient encore, il était revenu à la fosse, repris d'une vague inquiétude. Tout pourtant s'y trouvait en bon ordre, la descente avait eu lieu, l'extraction fonctionnait

p.305 (1)
GERMINAL ELLE S'ETAIT PLANTÉE DEVANT SON 110 SI M E (l AGE 320), 39

p.307 (1)
GERMINAL 307 toujours, près de cinq cents déjà se ruaient vers la porte, cl il allait se faire écharper, lorsque son maître porion le lira violemment en arrière. -— De grâce, monsieur!... Ça va être un massacre. A quoi bon faire tuer des hommes pour rien ? Il se débattait, il protesta, clans

p.308 (1)
308 GERMINAL sciés au-dessus du puits, ne pussent les broyer de leur poids énorme, en tombant sur elles. Le machineur avait disparu, ainsi que les quelques ouvriers de jour; et il s'empara de la barre de mise en train, il manoeuvra, pendant que Levaque el deux autres grimpaient à la charpente

p.309 (1)
GERMINAL 309 avec des marteaux, les femmes elles-mêmes s'armaient de barres de fer; et l'on parlait de crever les générateurs, de briser les machines, de démolir la fosse. Etienne, prévenu, se hâta d'accourir avec Maheu. Lui-même se grisait, emporté dans celte fièvre chaude de revanche. Il luttait

p.310 (1)
310 GERMINAL Une autre clameur couvrit sa voix. Catherine, à son tour, venait de paraître, éblouie dans le clair soleil, effarée de tomber au milieu de ces sauvages. El, les jambes cassées des cent deux échelles, les paumes saignantes, elle soufflait, lorsque la Maheude, en la voyant, s'élança

p.312 (1)
312 GERMINAL de genièvre, si frissonnant, qu'il croyait avoir besoin de ça pour aller jusqu'au bout. Ses joues s'échauffaient, une flamme allumait ses yeux. Cependant, il gardait sa tête, if voulait encore éviter les dégâts inutiles. Comme on arrivait au chemin de Joiselle, un haveur de Vandame

p.313 (1)
GERMINAL IL DEMEURA DE LONGUES M IlN U T ES C 0 51 M E ASSOMMÉ (PAGE. 326). 40

p.315 (1)
GERMINAL 3115 — C'esl votre droit, je ne dis pas. Mais, moi, je no connais que la consigne... suis seul, ici. Les hommes sont au fond pour jusqu'à trois heures, et ils resteront jusqu'à trois heures. Les derniers mots se perdirent dans les huées. Onle menaçait du poing, déjàles

p.316 (1)
316 GERMINAL Jiien sûr; même il la battait, des fois. Mais c'était son homme, celui qui l'avait eue le premier; et cela l'cnrageait qu'on se jetât à plus de mille contre lui. Elle l'aurait défendu, sans tendresse, pour l'orgueil. — Va-t'en! répéta violemment Maheu. Cet ordre de son père ralentit

p.317 (1)
GERMINAL 317 la peur les prenait, ils se décidèrent pour Feutry-Canlel. El Je vertige Jes remporta, tous se retrouvèrent sur la route, claquant des sabots, se ruant à FeulryCantel ! à Feutry-Canlel ! les lâches y étaient bien encore quatre cents, on allait rire ! Située à trois kilomètres, la fosse

p.318 (1)
318 GERMINAL les passerelles. Ils résistaient, et il eut l'idée d'arracher les rails, de couper la voie, d'un bout à l'autre du carreau. Bientôt, la bande entière se mit à celte besogne. Maheu fit sauter des coussinets de fonte, armé de sa barre de fer, dont il se servait comme d'un levier. Pendant

p.319 (1)
GERMINAL 319 s'épargner Je détour de la Fourche-aux-Boeufs, on passa sous les murs de la Piolaine. Les Grégoire, précisément, venaient d'en sortir, ayant à rendre une visite au notaire, avant d'aller dîner chez les Henneheau, où ils devaient retrouver Cécile. La propriété semblait dormir, avec son

p.320 (1)
320 GERMINAL C'était la fin, la bande se retrouva dehors folle, s'écrasant derrière Etienne, oui ne lâchait point Chaval. — A mort, le traître ! au puits ! au puits ! Le misérable, livide, bégayait, en revenait, avec l'obstination imbécile de l'idée fixe, à son besoin de se débarbouiller. — Attends

p.321 (1)
GERMINAL LUCIE ET .1EANKE SE SKHUÈIIKNT CONTRE MADAME 11 KN X E11EA U (l'ACB 333). 41

p.323 (1)
GERMINAL 323 Etienne, sous les claques de cette fille, était devenu blême. Il avait failli d'abord l'assommer. Puis, après s'être essuyé Ja face, dans un geste d'homme qui se dégrise, il dit à Chaval, au milieu d'un grand silence : — Elle a raison, ça suffit... Fous le camp ! Tout de suite, Chaval

p.325 (1)
GERMINAL 32S pression de peur respectueuse que la promenade militaire du malin devait avoir produite. Lorsque M. Henneheau se trouva seul, il fut pourtant sur le point d'envoyer une dépêche au préfet, La crainte de donner inutilement cette preuve d'inquiétude le retint. Il ne se pardonnait déjà

p.326 (2)
320 GERMINAL grand désordre encombrait la pièce, des vêlements épais, des serviettes mouillées jetées aux dossiers des sièges, le lit béant, un drap arraché, traînant jusque sur le lapis. D'ailleurs, il n'eut d'abord qu'un regard distrait, il s'était dirigé vers une table couverte do papiers

p.327 (1)
GERMINAL 327 Alors, M. Henneheau ne bougea plus. Il regardait toujours le lit. Le long passé de souffrance se déroulait, son mariage avec celle femme, leur malentendu immédiat de coeur et de chair., les amants qu'elle avait eus sans qu'il s'en doutât, celui qu'il lui avait toléré pendant dix ans

p.328 (1)
328 GERMINAL dans le désordre des linges, des meubles, de la pièce entière, empestée de vice. Une fureur d'impuissance le jeta sur le lit à coups de poing et il le massacra, et il laboura les places où il voyait-l'empreinte de leurs deux corps, enragé des couvertures arrachées, des draps froissés

p.331 (1)
GERMINAL 331 croyant à une attaque sur le Voreux, galopaient, le dos tourné, pour occuper cette fosse. Justement, à deux kilomètres des premières maisons, un peu en dessous du carrefour, où se coupaient la grande route et le chemin de Vandame, madame Henneheau et ces demoiselles venaient d'assister

p.332 (1)
332 GERMINAL encore, el sur la route vide un vent de tempête semblait soufGer, pareil à ces rafales brusques qui précèdent les grands orages. —■ Non, non, je ne veux pas regarder, dit Cécile en allant se Jfloltir dans le foin. Madame Henneheau, très pâle, prise d'une colère contre ces gens

p.333 (1)
GERMINAL 333 Elles s'effrayaient pourtant, elles reculèrent près de madame Henneheau, qui s'était appuyée sur une auge. L'idée qu'il suffisait d'un regard, enlte les planches de cette porte disjointe, pour qu'on les massacrât, la glaçait. Négrel se sentait blêmir, lui aussi, très brave d'ordinaire

p.334 (1)
334 GERMINAL Henneheau, hors d'elle, exaspérée par la peur. Ces sales ouvriers ont encoro choisi un jour où j'ai du monde. Allez donc faire du bien à ça! Lucie et Jeanne s'occupaient à retirer.du foin Cécile, qui se débattait, croyant que ces sauvages défilaient sans cesse, et répétant

p.335 (1)
GERMINAL 335 d'enfiler la roule, jusqu'aux Chantiers de la Compagnie. Et il se tint derrière la persienne, dominant la foule. Mais cette chambre l'avait saisi de nouveau, la table de toilette épongée et en ordre, le lit froid, aux draps nets et bien tirés. Toute sa rage de l'après-midi

p.336 (1)
336 GERMINAL Alors, il se fâcha, il cria furieusement dans le vacarme : — Du pain ! est-ce que ça suffit, imbéciles ? Il mangeait, lui, et il n'en râlait pas moins de souffrance. Son ménage ravage, sa vie entière endolorie, lui remontaient à la gorge, en un hoquet de mort. Tout n'allait pas pour

p.337 (1)
GERMINAL LE CAD A VUE DE MAIGRAT FAISAIT SEUL UNE TACHE (L'AGE 3 O 1 ) . 43

p.340 (1)
340 GERMINAL — Ce qui me gêne, ce sont les lâches qui, les bras croisés, nous regardent risquer notre peau. — Ton idée est donc de piller en face? demanda Rasseneur. — Mon idée est de rester jusqu'au bout avec les amis, quilles à crever tous ensemble. Désespéré, Etienne rentra clans la foule, prêt

p.341 (1)
GERMINAL 341 était temps, Jes Grégoire disparaissaient, lorsque la grêle des pierres recommença. Revenue de son étonnemenl, la foule clamait plus fort, : — A.'mort les bourgeois! vive la sociale ! Rose continuait à rire, dans le vestibule de FhôtcJ, comme égayée de Favcnlure, répétant au domestique

p.342 (1)
342 GERMINAL El, comme il se retournait vers madame Grégoire, en ouvrant lui-même la porto du salon, il fui très surpris d'apercevoir, assis sur la banquette du vestibule, un homme qu'il n'avait pas distingué jusque-là, dans l'ombre croissante. — Tiens! c'est vous, Maigrat, qu'y a-l-il clone

p.343 (1)
GERMINAL 343 communs : le jardinier les entendrait, il y aurait bien toujours là quelqu'un pour ouvrir. Et, d'abord, les choses avaient marché parfaitement, déjà madame Henneheau el, ces demoiselles frappaient, lorsque des femmes, prévenues, se jetèrent clans la ruelle. Alors, tout se gâta

p.344 (1)
344 GERMINAL Mais elle eut un cri rauque : des mains froides venaient de la prendre au cou. C'était le vieux Bonnemort, près duquel le flot l'avait poussée, el qui Fempoignait. Il semblait ivre de faim, hébété par sa longue misère, sorti brusquement, de sa résignation d'un demi-siècle, sans

p.345 (1)
GERMINAL ETIENNK DB11KU11AIT ALLONGÉ S IIH SON 1'0 I .\ (l'ACE 3iiS). 44

p.347 (1)
GERMINAL — Quels enragés! rpril-il. Deux secondes de plus, et ils me crevaient Je crâne comme une courge vide... On n'a rien à leur dire, rpie voulez-vous? Ils ne savent plus, il n'y a qu'à les assommer. Dans le salon, les Grégoire pleuraient, en voyant Cécile revenir à elle, Elle n'avait aucun mal

p.348 (1)
348 GERMINAL des deux lampes et le tiède étouffement des portières. Que se passait-il donc, dehors? Les braillards se taisaient, des pierres ne battaient plus la façade; et l'on entendait seulement de grands coups sourds, ces coups de cognée qui sonnent au lointain des bois. On voulut, savoir

p.349 (1)
GERMINAL 349 du pétrole enflammé, versé d'en haut. Mais cet amour de ses marchandises luttait contre sa peur, il râlait de sa lâcheté combattue. Tout d'un coup, il se décida, à un retentissement-plus profond de la hache. L'avarice l'emportait, lui et sa femme couvriraient les sacs de leurs corps

p.350 (1)
350. GERMINAL plus que de ce pain-là, maintenant. Ça ne lui avait guère porté bonheur, d'affamer le pauvre monde. Mais les femmes avaient à tirer de lui d'autres vengeances. Elles tournaient en le flairant, pareilles à des louves. Toutes cherchaient un outrage, une sauvagerie qui les soulageât

p.351 (1)
GERMINAL 381 immobiles, devant ce galop de furies. Sur la porte de l'estaminet Tison, des têtes se montraient, Rasseneur blême do-'révolfe, et Zacharie, et Philomène, stupéfiés d'avoir vu. Les deux vieux, Bonnemort et Mouque, très graves, hochaient la tête. Seul Jeanlin, rigolait, poussait du coude

p.352 (1)
352 GERMINAL oeil, claquaient des dents. La plaine se noyait sous l'épaisse nuit, il n'y avait plus quelés hauts fourneaux et les fours à coke incendiés au fond du ciel tragique. Pesamment, le galop des gendarmes approchait, ils débouchèrent sans qu'on les distinguât, en une masse sombre

p.353 (1)
GERMINAL AU miUOUR, IL EETHOUVA LA SENT.HKLLB SUR LETEIUU (r,GE 363) 45

p.356 (1)
356 GERMINAL Crèvecoeur, Mirou, Madeleine arrêtaient l'extraction, comme le Voreux; FeutryCanlel el la Victoire perdaient de leur monde chaque matin; à Saint-Thomas, jusque-là indemne, des hommes manquaient. C'était maintenant une obstination muette, en face de ce déploiement de force

p.357 (1)
GERMINAL 357 il rejetait toutes les responsabilités. C'était la bourgeoisie qui, en dépossédant l'Eglise de ses libertés antiques pour en mésuscr elle-même, avait fait de ce monde un lieu maudit d'injustice et de souffrance ; c'était elle qui prolongeait les malentendus, qui poussait à

p.358 (1)
338 GERMINAL tâche n'était pas remplie. Une autre houle l'accablait, le remords de cette ivresse sauvage, du genièvre bu dans le grand froid, Feslomac vide, et qui l'avait jeté sur Chaval, armé d'un couteau. Cela remuait en lui tout un inconuu d'épouvante, le mal héréditaire, la longue hérédité

p.359 (1)
GERMINAL 350 mais seul, dans une chambre propre, sous le prétexte que les travaux de tête absorbent la vie entière et demandent beaucoup de calme. Au commencement de la seconde semaine, l'enfant lui ayant dit que les gendarmes le croyaient passé en Belgique, Etienne osa sortir de son trou, clés

p.360 (1)
360 GERMINAL Souvent, au coude d'un chemin, Etienne s'arrêtait dans la nuit glacée, pour -écouter pleuvoir les décombres. Il respirait fortement les ténèbres, une joie du néant le prenait, un espoir que le jour se lèverait sur l'extermination du vieux monde, plus une fortune debout, le niveau

p.361 (1)
GERMINAL ALORS, DEBOUT, LE PKÈTKE PAHLA LONGUEMENT (PAGE 372). 46

p.363 (1)
GERMINAL 303 C'était, disait-on, chez Deneulin, une misère pitoyable, la misère des riches, le père malade d'impuissance, vieilli par le souci de l'argent, tes filles luttant au milieu des fournisseurs, tâchant de sauver leurs chemises. On souffrait moins dans les corons affamés que dans

p.364 (1)
364 GERMINAL quand ils pensaient aune défection possible des troupes. En doux heures, ils seraient balayés, exterminés, avec les jouissances elles abominations de leur vie inique. Déjà, l'on disait que des régiments entiers se trouvaient infectés de socialisme. Etait-ce vrai? la justice allait

p.365 (1)
GERMINAL 365 -— J'ai ma mère et ma soeur. Elles m'attendent,bien sûr. Ah ! ce ne sera pas pour demain... Quand je suis parti, elles m'ont accompagné jusqu'à Ponl-FAbbé. Nous avions pris le cheval aux Lepalmec, il a failli se casser les jambes en bas de la descente d'Audierne. Le cousin Charles

p.367 (1)
GERMINAL 367 — Alors, c'est loi qui as dit que je forçais mon logeur à me donner vingt jous, quand il couchait avec moi! L'autre haussa les épaules. — Tu m'embêtes, je n'ai rien dit... D'abord, qui l'a dit ça? •— On m'a dit que lu l'as dit, tu n'as pas besoin de savoir... Même tu as dit

p.368 (1)
368 GERMINAL les bouts de la couverture sur le corps frissonnant de la petite, elle retourna se , planter devant la fenêtre, les yeux perdus. Et ce médecin qui n'arrivait pas ! A la porte des Picrron, Maheu et les Levaque rencontrèrent Lydie,qui piétinait dans la neige. La maison était close

p.369 (1)
GERMINAL — VEUX-TU BOlllli, NON 1)15 I) 11! U ! s'iïCIUA CIIAVAL (PAGlî 383). 47

p.371 (1)
GERMINAL 371 pareille histoire n'arrivât aux oreilles du directeur. Alors ce fut un scandale affreux, des rires, des huées, des injures. — Toi qui dis toujours des autres qu'elles sont sales, criait la Levaque à la Pierronne, ce n'est pas étonnant que tu sois propre, si tu te fais récurer

p.372 (1)
372 GERMINAL final. Les toiles des matelas avaient suivi la laine c'.ez la brocanteuse; puis, les draps étaient partis, le linge, tout ce qui pouvait se vendre. Un soir, on avait vendu deux sous un mouchoir du grand-père. Des larmes coulaient, à chaque objet du pauvre ménage dont il fallait

p.374 (1)
374 GERMINAL Souvent,il arrivait ainsi, à la nuit noire. Les Maheu, dès le second jour, avaient appris sa retraite. Mais ils gardaient le secret, personne dans le coron ne savait au juste ce qu'était devenu le jeune homme. Cela l'entourait d'une légende. On continuait à croire en lui, des bruits

p.375 (1)
GERMINAL 37b de sa lièvre. 11 n'avait encore distingué que l'ombre raidie du père Bonnemort, et cette gaieté d'enfant malade l'effrayait. C'était trop, cette fois, siles petits se mettaient à en mourir. La voix tremblante, il se décida. — Voyons, ça ne peut pas durer, nous sommes foutus... 11 faut

p.376 (1)
376 GERMINAL monsieur leur avait bien donné deux sous ; mais, comme la soeur allongeait toujours des coups de pied au petit frère, les deux sous étaient tombés dans la neige, et, Jeanlin s'étant mis à les chercher avec eux, on ne les avait plus retrouvés. — Où est-il, Jeanlin? — Maman, il a filé

p.377 (1)
GERMINAL JEANLIN SAUTA SUR LE3 ÉPAOLBS DU SOLDAI (PAGlî 392). 48

p.380 (1)
380 GERMINAL Assis de l'autre côté de la table, Etienne dit enfin : — C'est demain que le travail reprend au Voreux. Les Belges sont arrivés avec le petit Négrel. — Oui, on les a débarqués à la nuit tombée, murmura Rasseneur resté debout. Pourvu qu'on ne se tue pas encore! Puis, haussant la voix

p.382 (1)
382 GERMINAL déclarant qu'ils allaient vivre sans rien faire !... Oui, c'est votre idée, à vo.us tous, les ouvriers français, déterrer un trésor, pour le manger seul ensuite, dans un coin d'égoïsme et de fainéantise. Vous avez beau crier contre les riches, le courage vous manque de rendre

p.383 (1)
GERMINAL 383 Catherine, à la vue d'Etienne, saisie, restait toute blanche. Quand il l'eut aperçu à son tour, Chaval ricana d'un air mauvais. — Madame Rasseneur, deux chopes! Nous arrosons la reprise du travail. Sans une parole, clic versa, en femme qui ne refusait sa bière à personne. En silence

p.384 (1)
384 GERMINAL s'égorger ainsi, Rasseneur s'entêtait à intervenir, et il fallut que Souvarine le prît par une épaule, le ramenât près de la table, en disant : — Cane te regarde pas... Il yen a un de trop, c'est au plus fort de vivre. Déjà, sans attendre l'attaque, Chaval lançait dans le vide

p.385 (1)
GERMINAL ILS DÉPOSÈRENT LE FUSIL CONTRE SOS FLA'NC (PAGE 390) 49

p.387 (1)
GERMINAL 387 Contre le mur, Catherine restait immobile ; ses mains seules, inconscientes, venaient de monter à sa taille ; et, là, elles s'éLaionl tordues, elles arrachaient l'étoffe de sa robe, dans des crispations régulières. Tout son effort était de ne pas crier, de ne pas en tuer un, on criant

p.388 (1)
388 GERMINAL furieux d'amour qui se débat au bord du viol. 11 finit par se vaincre, il lança le couteau derrière lui, en balbutiant d'une voix rauque : — Relève-toi, va-t'en ! Cette fois, Rasseneur s'était précipité, mais sans trop oser se risquer entre eux, dans la crainte d'attraper un mauvais

p.390 (1)
390 GERMINAL — J'ai assez de peine, mon Dieu ! ne m'en fais pas davantage. A quoi ça nous avancerait-il, ce que lu demandes, aujourd'hui que j'ai un galant et que tu as toi-même une femme ? C'était la Mouquottc dont elle parlait. Elle le croyait avec cette fille, comme le bruil en courait depuis

p.391 (1)
GERMINAL 301 alienne et Catherine s'étaient dirigés machinalement vers Montsou, et, à mesure qu'ils s'en approchaient, leurs silences devenaient plus longs. Celait comme s'ils n'avaient déjà, plus été ensemble. Lui, ne trouvait rien pour la convaincre, malgré le gros chagrin qu'il éprouvait à

p.392 (1)
392 GERMINAL s'y promenait maintenant, faisait vingt-cinq pas tournée vers Marchienncs. puis revenait tournée vers Montsou. On voyait la flamme blanche de la baïonnette, au-dessus de- cette silhouette noire, qui se découpait nellcmenl dans la pâleur du ciel. Et ce qui intéressait le jeune homme

p.393 (1)
GERMINAL DES DEUX MAINS, ELLE BEL1SVA1T SES JUPES (PAGE 407) 50

p.395 (1)
GERMINAL 395 davantage, personne ne l'avait poussé, ça lui était venu tout seul, comme lui venait l'envie de voler des oignons dans un champ. Etienne, épouvanté de cette végétation sourde du crime au fond de ce crâne d'enfant, le chassa encore, d'un'coup de pied, ainsi qu'une bête inconsciente. 11

p.396 (1)
396 GERMINAL de ne pas faire débouler les roches. Reureusemml, la lune s'était voilée. Mais, comme ils filaient le long du canal, elle reparut très claire:.ce fut miracle si le poste ne les vit pas. Silencieux, ils se hâtaient, gênés par le ballottement du cadavre, obligés de le poser à terre

p.397 (1)
GERMINAL 397 couteau? et pourquoi cet enfant venait-il d'égorger un soldat, dont il ignorait même le nom? Cela bousculait ses croyances révolutionnaires, le courage de tuer, le droit de tuer. Etait-ce donc qu'il fût lâche? Dans le foin, l'enfant s'était mis à ronfler, d'un ronflement d'homme soûl

p.398 (1)
398 ' GERMINAL rougcâlre, lorsque l'abbé Ranvicr déboucha d'un sentier, avec sa soutane relevée sur ses maigres jambes. Chaque lundi, il allait dire une messe matinale à la chapelle d'un couvent, de l'autre côté de la fosse. — Bonjour, mon ami, cria-l-il d'une voix forte, après avoir dévisagé

p.399 (1)
GERMINAL 399 prudemment le terri, lorsqu'elle aperçut Lydie et Bébcrl, sortant le nez de leur cachette, sous la provision des bois. Ils y avaient passé la nuit aux aguets, sans se permettre de rentrer chez eux, du moment, où l'ordre do Jeanlin était de l'atlendrc; et, tandis que ce dernier, à

p.403 (1)
GERMINAL 403 côtes, lui mordillait le cou, pour lui donner un peu de la résignation de ses dix années de fond. Ces caresses redoublaiant sa mélancolie, son poil frémissait sous les confidences du camarade vieilli dans les ténèbres ; et tous deux, chaque fois qu'ils se rencontraient

p.405 (1)
GERMINAL -503 violences, au milieu desquelles le mauvais sort la faisait tomber. Est-ce qu'elle ne souffrait pas trop déjà? quelle faute avait-elle donc commise, pour que le malheur ne lui laissât pas de repos? La veille encore, elle ne comprenait rien aux colères de la grève, elle pensait

p.406 (1)
406 GERMINAL — Lâches, vous n'osez pas... Il y en a dix mille derrière nous. Oui, vous pouvez nous tuer, il y en aura dix mille à tuer encore. La position des soldats devenait critique, car ils avaient reçu l'ordre sévère de ne se servir de leurs armes qu'à la dernière extrémité. Et comment

p.407 (1)
GERMINAL 407 cents. El il n'y avait, pas que des enragés, accourus pour chasser les Borains : des curieux stationnaient, des farceurs qui s'amusaient de la bataille. Au milieu d'un groupe, à quelque distance, Zacharie et Philomène regardaient comme au spectacle, si paisibles qu'ils avaient amené

p.408 (1)
408 GERMINAL l'écart, debout sur d'anciens bois, qui restât muette, le sang à la gorge, envahie de cette haine dont elle sentait la chaleur monter. Mais une bousculade se produisit. Le capitaine, pour calmer l'énervement de ses hommes, se décidait à faire des prisonniers. D'un saut la Mouquette

p.409 (1)
GERMINAL DÈS Qlj'lL PAltUT, BIS» GROGNEMENTS COUJîURENÏ (PAGE 422) 52

p.411 (1)
GERMINAL 411 Etienne, resté devant les soldats, manqua d'avoir le crâne fondu. Son oreille enflait, il se retourna, il tressaillit en comprenant que la brique était partie des poings fiévreux de Catherine; et, au risque d'être tué, il ne s'en allait pas. il la regardait. Beaucoup d'autres

p.412 (1)
413 GERMINAL deux reprises, la recrue avait un pouce broyé, tandis qu'une brûlure l'agaçait au genou droit: est-ce qu'on se laisserait embêter longtemps encore? Une pierre ayant ricoché et. atteint le vieux chevronné sous le ventre, ses joues verdirent, son arme trembla, s'allongea, au bout

p.413 (1)
GERMINAL 413 Maheu, frappé en plein coeur, vira, sur lui-même et tomba la face dans une flaque d'eau, noire de charbon. Stupide, la Maheude se baissa. — Eh ! mon vieux, relève-toi. Ce n'e^t rien, dis ? Les mains gênées par Estelle, elle dut la mettre sous un bras, pour retourner la tête de son

p.416 (1)
416 GERMINAL respira et goûta la joie d'être enfin sauvée. Justement, le temps s'élait mis an beau, un clair soleil, un de ces premiers soleils de février dont la tiédeur verdit. les pointes de lilas. On avait rabattu toutes les persiennes de la Régie, le vaste bâtiment semblait revivre

p.417 (1)
GERMINAL A L AIDE 1) ALLUMETTES, IL l'U T SE 11END11K C0M1-TE DE L'ÉTAT 1) U CUV EL AGE (PAGE 432) 53

p.419 (1)
GERMINAL 419 au puits, quand ces messieurs voudraient bien s'expliquer franchement. Un silence écrasait les maisons basses, la faim elle-même n'était plus rien, tous pouvaient mourir, depuis que la mort violente avait passé sur les toits. Mais une maison parmi les autres, celle des Maheu, restait

p.420 (1)
t20 GERMINAL sous l'accusation muette encore, sous la colère contenue de ces grands yeux, élargis parla faim elles larmes, il devenait maladroit, il ne savait plus marcher. Toujours, derrière lui, le sourd reproche augmentait. Une telle crainte le prit d'entendre le coron entier sortir pour

p.421 (1)
GERMINAL 421 ■—Veux-tu bien me foutre la paix, avec Ion affiche !... Encore de la glu pour nous prendre et nous manger. Ils peuvent faire les gentils, à présent qu'ils nous ont troué la peau. — Mais, alors, maman, où irons-nous? On ne nous gardera pas au coron, bien sûr. La Maheude eut un geste

p.422 (1)
422 GERMINAL du haut de l'idéal. Elle était revenue au milieu do la pièce, elle le regardait, maintenant ; et, le tutoyant, dans un dernier cri de rage : — El toi, est-ce que tu parles aussi de retourner à la fosso, après nous avoir tous foulus dedans?.. Je no to reproche rien. Seulement

p.423 (1)
GERMINAL 423 d'une voix peu à peu lonnanle, dans le débordement de la haine. C'était lui, l'exploiteur, l'assassin, la cause unique de leur malheur. Il sortit du coron, blême, affolé, galopant, avec cette bande hurlante derrière son dos. Enfin, sur la route, beaucoup le lâchèrent; mais quelques-uns

p.424 (1)
424 GERMINAL prédiction de Rasseneur, dans la forêt, lorsque celui-ci l'avait menacé de l'ingratitude des foules. Quelle brutalité imbécile! quel oubli abominable des services rendus! C'était une force aveugle qui se .dévorait constamment ellemême. Et, sous sa colère avoir ces brutes gâter

p.425 (1)
GERMINAL AVEC SON YlLEliHÉQUIN, SOUYA1UNE DESSEURA LES YIS ( 1 A G H 433) 54

p.427 (1)
GERMINAL 427 Ce même jour, il y eut un grand dîner à la Piolainc, où l'on fêlait les fiançailles de Négrol el de Cécile. Les Grégoire, depuis la veille, faisaient cirer la salle à manger et épousseter le salon. Mélanie régnait dans la cuisine, surveillant los rôtis, tournant les sauces

p.428 (1)
428 GERMINAL dans leurs toilettes relapées, riant à la débâcle, en jolies filles garçonnières dédaigneuses de l'argent. Lorsqu'on passa au salon prendre le café, M. Grégoire emmena son cousin à l'écart et le félicita du courage de sa décision. — Que veux-tu ? ton seul tort a été de risquer à

p.430 (1)
430 GERMINAL pour des philosophes arislocratcs. Cependant, lo camarade s'entêtait, voulait raisonner, et, il exprimait ses doutes par une hypothèse : la vieille société n'existait plus, on en avait balayé jusqu'aux miellés; eh bien! n'élait-il pas à craindre que le monde nouveau ne repoussât gâté

p.431 (1)
GERMINAL 431 yeux ne se sont plus quittés. Quand elle a été morte, elle me regardait toujours... J'ai agité mon chapeau, je suis parti. 11 y cul, un nouveau silence. L'allée blanche du canal se déroulait à l'infini, tous deux marchaient, du même pas étouffé, comme retombé chacun dans son isolement

p.432 (1)
432 GERMINAL — Si ça crève, les camarades le sauront, puisque tu conseilles de redescendre. Neuf heures sonnaient au clocher de Montsou ; el, son compagnon ayant dit qu'il rentrait se coucher, il ajouta, sans même tendre la main : — Eh bien! adieu. Je pars. — Comment, tu pars ? ■— Oui

p.433 (1)
GERMINAL A «SUHE QU'IL BKF0KÇA1T, ,L ENTENDA!T GRANDI* LE UUKLEMKKT PAGE 448, 55

p.435 (1)
GERMINAL 435 difficultés inouïes, pour traverser les masses d'eau séjournant sous terre, en nappes immenses, au niveau des vallées les plus basses. Seule, la construction des cuvelages, de ces pièces de charpente jointes entre elles comme les douves d'un tonneau, parvenait à contenir les sources

p.436 (1)
430 GERMINAL s'acharnait contre elle, la trouait, la sciait, l'amincissait, pour qu'elle perdît de sa résistance;.tandis que, par les trous et les fentes, l'eau qui s'échappait en jets minces l'aveuglait et le trempait d'une pluie glacée. Deux allumettes s'éteignirent. Toutes se mouillaient

p.437 (1)
GERMINAL 437 — Oui, je retourne travailler à la fosse. Très ému, Etienne dut s'asseoir au bord de la paillasse, pendant que Catherine lui expliquait ses raisons. Elle souffrait trop de vivre ainsi, oisive, en sentant peser sur elle de continuels regards de reproche; elle aimait mieux courir

p.438 (1)
438 GERMINAL avait préparé la veille ses vêlements de mineur; lui, dans l'armoire, prit une veste et une culotte ; cl ils no se lavèrent pas, par crainte de remuer la terrine. Tous dormaient, mais il fallait traverser le couloir étroit, ou couchait la mère. Quand ils partirent, le malheur voulut

p.439 (1)
GERMINAL «9 — Va. Gêné, Etienne s'attardait, cherchait une parole de houno amitié, pour ne pas se séparer ainsi. — Alors, lu pars toujours? — Oui. — Eli bien ! donne-moi la main, mon vieux. Bon voyage cl sans rancune. L'autre lui tendit une main glacé. Ni ami, ni femme. — Adieu pour loul de bon

p.441 (1)
GERMINAL ALOHS, SUR LE T EU III ÉDHA.NLÉ, S 0 U V A B I N B SE LEVA ( 1 A G E 4o4). 56

p.443 (1)
GERMINAL ' 443 retombé à la résignation de sa chienne d'existence, ne se fâchait plus de la mort de ses enfants, répondait simplement d'un geste de conciliation. La cage se décrocha, on fila dans le noir. Personne ne parlait. Tout d'un coup, comme on était aux deux tiers de la descente, il y eut

p.444 (1)
444 GERMINAL Vers huit heures, Dansaert passa donner un coup d'oeil au travail. 11 paraissait d'une humeur exécrable, il. s'emporta contre le porion : rien ne marchait, les bois demandaient à être remplacés au fur et à mesure, est-ce que c'était fichu, de la besogne pareille! Et il partit

p.445 (1)
GERMINAL 445 lui autre chose que des haussements d'épaules exaspérés. Eh bien ! l'eau montait, que pouvait-il y faire? Mouque parut avec Bataille, qu'il conduisait à la corvée ; et il dut le tenir des deux mains, le vieux cheval somnolent s'élail brusquement cabré, la tête allongée vers le puits

p.446 (1)
446 GERMINAL A ce moment, l'équipe d'Etienne et de Chaval débouchait clans l'accrochage/ Ils virent la cage disparaître, ils se précipitèrent; mais il leur fallut reculer, sous; l'écroulement final du cuvelage : le puits se bouchait, la cage ne redescendrait pas. Catherine sanglotait, Chaval

p.447 (1)
GERMINAL .44" puils demeuraient là, stupides, sans penser à changer de vêlements, retenus par une fascination de la peur, en face de ce trou effrayant où ils avaient failli rester. Les femmes, éperdues autour d'eux, les suppliaient, les interrogeaient, demandaient les noms. Est-ce que celui-ci

p.448 (1)
448 GERMINAL ment d'écluse. Il descendit encore, perdu au contre de ces vides qui augmentaient sans cesse, battu et tournoyant sous la trombe des sources, 1 si mal éclairé par l'étoile rouge de la lampe, filant en bas, qu'il croyait distinguer dés rues, des carrefours do ville détruite, très loin

p.449 (1)
GERMINAL DRUSQUKMKNT UNE T ROM HE I)E FEU SOIUIT DU IIOYAU (l AGK 403) 57

p.451 (1)
GERMINAL 4SI Montsou: plus tard, on verrait. Et tous doux continuaient à chuchoter, atterrés qu'un homme eût'trouvé le courage de descendre, de se pendre au milieu du vide, do risquer sa vie vingt fois, pour cette effroyable besogne. Us ne comprenaient même pas celte bravoure folle dans

p.452 (1)
4ÎS2 GERMINAL car il y avait déjà dix mètres de crue dans Réquillarl. On connaissait tous les noms, l'air s'emplissait d'un gémissement de peuple égorgé. — Faites-les donc taire! répéta Négrel furieux. Et qu'ils reculent! Oui, oui. à cent mètres! Il y a du danger, repoussez-les, repoussez

p.453 (1)
GERMINAL 4S3 à trois heures vingt minutes seulement, qu'une première secousse ébranla la terre. Le Voreux en frémit, solide, toujours debout. Mais une seconde suivit aussitôt, et un long cri sortit des bouches ouvertes : le hangar goudronné du criblage, après avoir chancelé deux fois, venait

p.454 (1)
454 GERMINAL billon emporta les débris du criblage et de la salle de recette. Le bâtiment des chaudières creva ensuite, disparut. Puis, ce fut la tourelle carrée où râlait la pompe d'épuisement, qui tomba sur la face ainsi qu'un homme fauché par un boulet. Etl'on'vit alors une effrayante chose

p.455 (1)
GERMINAL 455 cigarette, il s'éloigna sans un regard en arrière, dans la nuit devenue noire. Au loin son ombre diminua, se fondit avec l'ombre. C'était là-bas qu'il allait, à l'inconnu. Il allait, de son air tranquille, à l'extermination, partout où il y aurait de la dynamite, pour faire sauter

p.457 (1)
GERMINAL !1,S VIRENT UNE MASSE l.UTTRIl 1' 0 U R LES 1UÏ.10INORE (PAGE 472) 58

p.459 (1)
GERMINAL 459 parlait d'un baril de poudre, allumé par les grévistes. Déjà, après une rapide enquête, lo rapport de l'ingénieur du gouvernement concluait à une rupture naturelle du cuvelage, que le tassement des terrains aurait occasionnée: et la Compagnie avait préféré se taire et accepter le blâme

p.460 (1)
460 GERMINAL bande en petits groupes, semant les fuyards en chemin, à tous les élages. Mais les avis des porions se parlageaient ensuite, dès qu'on abordait la discussion des tentatives possibles. Comme les voies les plus proches du sol étaient à cent cinquanle mètres, on ne pouvail songer

p.461 (1)
GERMINAL 461 Deux fois, il avait voulu creuser sans ordre, disant que c'était là, qu'il le sentait bien. L'ingénieur ne lelaissait plus descendre, el il ne s'éloignait pas de ce puits dont on le chassait, il ne pouvait même s'asseoir el attendre près de sa mère, agité d'un besoin d'agir, tournant

p.462 (1)
402 GERMINAL danles, qui convergeaient vers le point où l'on supposait les mineurs enfermés. Un seul haveur pouvait abattre la houille, sur le front étroit du boyau ; on le relayait de deux heures en deux heures ; et le charbon, dont on chargeait des corbeilles, élait sorti de mains en mains

p.463 (1)
GERMINAL 463 Régulièrement, la Maheude venait toujours s'asseoir à la bouche du puits. Elle amenait, entre ses bras, Estelle qui ne pouvait rester seule du matin au soir. Heure par heure, elle suivait ainsi le travail, partageait les espérances el les abattements. C'était dans les groupes

p.464 (1)
404 GERMINAL Trois jours encore s'écoulèrent. On avait repris les travaux de sauvetage, au milieu de difficultés inouïes. Les galeries d'approche ne s'étaient heureusement pas éboulées, à la suite du coup de grisou; seulement, l'air y brûlait, si lourd et si vicié, qu'il avait fallu installer

p.465 (1)
GERMINAL IL TOMBA LA FACE BROYÉE (l'AGE 480) 59

p.467 (1)
GERMINAL 467 —- Partons, dit madame Hennebeau, en se dirigeant vers sa voilure. Jeanne et Lucie so récrièrent. Comment, si vite! El le dessin qui n'était pas fini ! Elles voulurent rester, leur père les amènerait au dîner, lo soir. M. Hennebeau prit seul place avec sa femme dans la calèche, car

p.468 (1)
468 GERMINAL mais personne ne répondait. Il'dormait donc? Et, lorsque la Levaque se fut décidée à ouvrir la porte, ce qu'ils virent les arrêta sur le seuil. Bonnemort était, là, seul, les yeux larges el fixes, cloué sur une chaise, devant la cheminée froide. Autour de lui, la salle paraissait plus

p.469 (1)
GERMINAL 46.9 liers un coup d'oeil de profonde envie. Autant donner une paire de lunettes à un canard, sauf votre respect. Elle continua, elle travailla pour entraîner les Grégoire chez elle, comptant les y apitoyer. Enfin, elle imagina un prétexte, elle leur vanta Henri el Lénore, qui étaient bien

p.470 (1)
4-70 GERMINAL ment empoisonnée, étail-ello donc montée de ses entrailles à son crâne ? L'horreur fit conclure à l'inconscience, c'était le crime d'un idiot. Cependant., les Grégoire, à genoux, sanglotaient, suffoquaient de douleur. Leur fille adorée, celte fille désirée si lontemps, comblée ensuite

p.472 (1)
472 GERMINAL Il prit la droite, deux camarades Je suivirent. Les autres continuèrent à galoper derrière Mouque, qui avait, grandi au fond de Réquillart. Pourtant, il hésitait lui-même, ne savait par où tourner. Les têtes s'égaraient, les anciens ne reconnaissaient plus les voies, dont l'écheveau

p.473 (1)
GERMINAL NON ! NON 1 PAS ÇA LA-HAS, ÉCOUTE ! (PAGE 484) 60

p.475 (1)
GERMINAL 475 Les rues se succédaient, les carrefours ouvraient, leur fourche, sans qu'il hésitât. Où allait-il? là-bas peut-être, à celte vision de sa jeunesse, au moulin où il était né, sur le bord de la Scarpe, au souvenir confus du soleil, brûlant en l'air comme une grosse lampe. Il voulait

p.476 (1)
Ï76 GERMINAL gagnait. Si elle ne s'arrêtait pas, ils allaient donc mourir, comme le vieux cheval, écrasés contre le toit, la gorge emplie par le flot? Des éboulements retentissaient à chaque instant. La mine entière était ébranlée, d'entrailles trop grêles, éclatant de la coulée énorme

p.477 (1)
GERMINAL 477 Elle se souvenait, elle criait, de retrouver la mort prochaine. — Non, calme-toi, murmura-t-il. On peut passer, je te jure. Pour se rendre au plan incliné, ils durent marcher ployés en deux, de nouveau mouillés jusqu'aux épaules. Et la montée recommença, plus dangereuse, par ce trou

p.479 (1)
GERMINAL 479 avec le logeur do sa mère. El elle ne voulait pas, elle tremblait, en retournant à lui, de jeter ces deux hommes l'un sur l'autre, dans cette cave étroite où ils agonisaient. Mon Dieu! est-ce qu'on ne pouvait finir en bonne amitié! Etienne serait mort d'inanition, plutôt que de mendier

p.480 (1)
480 GERMINAL — Si tu ne la lâches pas, je t'étrangle ! Vivement, l'autre se mit debout, car il avait compris, au sifflement de la voix, que le camarade allait en finir. La mort leur semblait lente, il fallait que, tout de suite, l'un des deux cédât la place. C'était l'ancienne bataille

p.481 (1)
GERMINAL PLUSIEURS CADAVRES ÉTAIENT DEJA ALIGNÉS PAR TEltllE (PAGE 4'J1 61

p.483 (1)
GERMINAL 483 s'épuisait en éclairant la crue, dont la hausse régulière, entêtée, ne s'arrêtait pas. Us eurent d'abord de l'eau aux chevilles, puis elle leur mouilla les genoux. La voie montait, ils se réfugièrent au fond, ce qui leur donna un répit de quelques heures. Mais le flot les rattrapa

p.484 (1)
484 GERMINAL — Écoute 1 dit-elle. D'abord, Etienne crut qu'elle parlait du polit bruit de l'eau montant toujours. Il mentit, il voulut la tranquilliser. — C'est moi que tu entends, je remue les jambes. — Non, non, pas ça... Là-bas, écoule! Et elle collait son oreille au charbon. Il comprit, il fit

p.485 (1)
GERMINAL 485 leur défonçaient l'échiné, ils éprouvaient à la nuque une douleur fixe et intense, d'avoir à la tenir ployée constamment, pour ne pas se briser le crâne. Et l'étouffement croissait, l'air refoulé par l'eau se comprimait dans l'espèce de cloche où ils se trouvaient enfermés. Leur voix

p.486 (1)
486 GERMINAL venait de boire du sang, que toute celle eau profonde, devant elle, était maintenant le sang de cet homme. — Attends, bégaya Etienne, je vais le renvoyer. Il donna un coup de pied au cadavre, qui s'éloigna. Mais, bientôt, ils le sentirent de nouveau qui tapait dans leurs jambes. — Nom

p.487 (1)
GERMINAL 487 devenus des murmures d'eau courante, des chants d'oiseaux; et elle sentait un violent parfum d'herbes écrasées, et elle voyait clair, de grandes taches jaunes volaient devant ses yeux, si larges, qu'elle se croyait dehors, près du canal, dans les blés, par une journée do beau soleil

p.488 (1)
4S8 GERMINAL Elle se tut, grelottante. Puis, à voix très basse, elle continua: — Non, c'est toujours l'autre. — Quel autre ? — Celui qui est avec nous, celui qui n'.cst plus. L'image, de Chaval la hantait, et elle parlait de lui confusément, elfe racontait leur existence de chien, le seul jour où

p.491 (1)
GERMINAL 401 seulement dans la galerie de Réquillarl qu'il reconnut quelqu'un, l'ingénieur Négrel, debout devant lui ; et ces deux hommes qui se méprisaient, l'ouvrier révolté, le chef sceptique, se jetèrent au cou l'un de l'autre, sanglotèrent à gros sanglots, dans le bouleversement profond

p.493 (1)
GERMINAL 493 de boisage, celle baisse de salaire déguisée, exécrable à présent, ensanglantée du sang- des camarades. On leur volait une heure de travail, on les faisait mentir à leur serment de ne pas se soumettre, et ce parjure imposé leur restait en travers de la gorge, comme une poche de fiel

p.494 (1)
404 GERMINAL lapidé, il recommençait le rêve de les changer en héros, de diriger le peuple, celle force de la nature qui se dévorait elle-même. Une cage embarqua des hommes, la fournée disparut, et comme d'autres arrivaient, il vit enfin un de ses lieutenants de la grève, un brave qui avait juré

p.495 (1)
GERMINAL 493 •—• Hein? la Mabeude... La voici. En effet, la Mabeude arrivait de la baraque, avec sa lampe, vêtue de la culotte et de la veste, la tête serrée dans le béguin. Celait par une exception charitable que la Compagnie, apitoyée sur le sort do cette malheureuse, si cruellement frappée

p.496 (2)
496 GERMINAL — Que vcux-lu?eux après les autres... Tous y ontlaissélapeau, c'estleur tour. iîllle se lut. des moulineurs qui roulaient des berlines les dérangèrent. Par les grandes fenêtres poussiéreuses, le petit jour entrait, noyant les lanternes d'une lueur grise ; el le branle de la machine

p.497 (1)
GERMINAL 497 Ni Etienne, ni elle, ne trouvaient plus une parole. Us demeuraient face à face ils avaient le coeur si gros, qu'ils auraient voulu se dire encore quelque chose. Enfin, elle parla pour parler. -— La Levaquo est enceinte, Levaque est toujours en prison, c'est Bouteloup qui le remplace

p.498 (1)
498 GERMINAL d'allégresse, dans la campagne entière. Un flot d'or roulail de l'orient à l'occident, sur la plaine immense. Cette chaleur de vie gagnait, s'étendait, en un frisson de jeunesse, où vibraient les soupirs de la terre, le chant des oiseaux, tous les murmures des eaux et des bois

p.499 (1)
GERMINAL 499 c'étaient les camarades qu'il venait do voir •descendre, les camarades noirs, qui lapaient, dans leur rage silencieuse. Sans doute ils étaient vaincus, ils y avaient laissé de l'argent et des morts; mais Paris n'oublierait pas les coups de feu du Voreux, le sang de l'Empire

p.500 (1)
s( 1° GERMINAL Puis, c'étaient les anu-e» fosses à l'horizon, la Yictoire, Saint-Thomas, FeutryCanlei; tandis que, vers le nord, les tours élevées des hauts fourneaux et les batteries des fours à. coke fumaient dans l'air transparent, du matin. S'il voulait ne pas manquer le train de huit heures

Search this document

Share

Permalink on this document

Permalink on this page
Embeddable widget

Embeddable thumbnail
Send by e-mail

Blogs and social networks

Add to your collection

null null null
Close