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Titre : Au pays virois : bulletin mensuel d'histoire locale

Éditeur : [s. n.] (Vire)

Date d'édition : 1923-07

Type : texte

Type : publication en série imprimée

Langue : français

Langue : français

Format : Nombre total de vues : 4091

Description : juillet 1923

Description : 1923/07 (A6)-1923/08.

Description : Appartient à l’ensemble documentaire : BNormand1

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k54911463

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-LC11-2140

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34522733k

Notice du catalogue : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34522733k/date

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 19/01/2011

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JUILLET-AOUT 1923 6e année

Historique, artistique, Scientifique et littéraire pnniissant tous les ûcu.v mois

SOMMAIRE :

CHRONIQUE SEMESTRIELLE 97

EPHÈMÈHIDES du premier semestre 1923 101

HENRI ■ ERMICE . . Réponse au Questionnaire de l'Abonné. 103

R. DE CADEHOL. DU Guesclin et le temps présent. ... 105

ROBERT BAZIN . . L'Exposition Caennaise du Lycée

Malherbe et l'Art Normand [suite) 108

. BUTET-HAMEL .. Olivier Basselin et les Compagnons du Vau de Vire continuateurs de

Jeanne d'vArc {suite).. -. 115

ELY O'TROPP. Bibliographie : L'Histoire de Vire pendant la Révolution [1789-1800). 124 PAULNICOLLE. Gironde et Montagne : Constitution et

'Révolution 127

PRIX DU NUMÉRO : 1 fi*. *©

V I R K

Imprimerie J. BEAUFILS

Hue Sauhicric, 1S




COMPTOIR D'ESCOMPTE DE L'OUEST

FONDÉ EN f 8 4 8

Société en commandite par actions au capital de 10.000.000 de francs

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Chronique Semestrielle

Des roucis normands brisés ne jetez pas les morceaux...

Un homme embarrassé, ce fut bien le signataire de ces pages quand, voilà quelques jours, il se vit dnnsi l'obligation de faire la chronique semestrielle.

11 se reposait, pour cet ouvrage, sur un de ses abonnés dont la plume, élégante et facile, ne sait écrire que de ces jolies choses qui sont un régal pour les beaux-esprits et les fins lettrés. Quelle étourderie aussi d'avoir choisi une heure si peu propice pour frapper à la porte d'un principal de collège, alors que les divers examens du baccalauréat, la distribution des prix, les multiples travaux et soucis d'une fin' d'année scolaire absorbent tous les instants d'un chef d'établissement, et cela aussi bien en Normandie qu'à Paris... ou Commercy !

Ces messieurs du Comité de Rédaction sont donc retombés sur le dos d'un collègue que vraiment ils regardent trop comme ...sinon taillable, du moins « corvéable à merci ». Ils n'ont pas réfléchi que la Revue locale qui leur est chère n'a rien à gagner à ce choix et que le lecteur n'aura pas à leur décerner des éloges, lorsqu'il verra sur qui nos administrateurs ont jeté leur dévolu.

Aussi, est-ce tout penaud et timide que le chroniqueur d'occasion fait appel à la grande indulgence de tous les abonnés. Plus que jamais, cette mise au point semestrielle se résumera en une simple causerie dont l'auteur s'efforcera de faire oublier son peu de. mérite en ayant du moins celui de ne pas abuser des pages mises trop généreuseflrent à sa disposition, dans le présent bulletin. /:':-,-'""'' .A


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Dût-on, à prime abord, juger bien peu « pays-virois » le sujet qu'il se propose de traiter, votre chroniqueur, chers abonnés, qui, de par ses études... combien lointaines 1 et par ses goûts, est, beaucoup de vous le savent, un vieil artiste (oh ! non pas dans le sens prétentieux du mot, mais dans son expression étymologique, la seule qui devrait avoir droit de cité en notre vocabulaire usuel) se souvenant que la Revue A. P. V. n'est point seulement historique, scientifique et littéraire, mais enco-. re artistique, ainsi qu'on peut le lire sur la couverture de chaque bulletin, votre chroniqueur occasionnel se propose de vous entretenir d'une découverte qu'il fit ces jours en Bretagne et dont l'idée géniale le frappa ; il vit là une chose jolie, nouvelle, inédite, une trouvaille en un mot qui lui sembla mériter d'être divulguée.

C'est dans une anse du littoral des Côtes-du-Nord qu'elle lui apparut, à Saint-Cast qui est ce qu'on est convenu d'appeler im petit trou pas cher ; « petit », sans doute parce que la plage se déroule en un croissant de sable fin sur une longueur de trois kilomètres ; « pas cher », parce que le terrain s'y vend 20 fr. le mètre et qu'on y égorge les étrangers tout comme ailleurs, mais pas davantage.

Une église neuve lance dans un ciel presque toujours gris son élégant clocher, non loin de la colonne commémorative du combat de 1758, que surmonte un lévrier terrassant un léopard ; ce qui veut dire, paraît-il, qu'en ce lieu les troupes anglaises de Marlborough furent mises en déroute par les milices bretonnes du duc d'Aiguillon. — Qu'on nous pardonne ce petit détail tout à fait hors-d'oeuvre, mais qui flattera l'innocente manie de ceux qui veulent de l'histoire à tout prix. — Comme cette église est bâtie presque à l'extrémité orientale du pays, les baigneurs et les indigènes du faubourg occidental, qui est le plus peuplé, ont pensé qu'ils avaient droit de posséder, eux aussi, leur paroisse. Si elle ne leur a pas encore été octroyée, ils ont du moins obtenu — comme à Luc-sur-Mer — d'avoir une chapelle suffragante, ainsi que l'était, de la paroisse de Saint-Germain de-Tallevendc, Sainte-Anne de Vire avant la Révolution.

Le nouveau temple affecte les dispositions d'une église en miniature, avec sa nef minuscule et les deux bras de son tran-


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sept ; elle est dédiée à Sainte Blanche eh souvenir, nous a-t-on dit, d'un ancien couvent de moniales qui, sous la dénomination de Sainte-Blanche, s'élevait jadis en cet endroit.

Construire des murailles de pierre et les revêtir d'une couverture en ardoise, pour tout édifice religieux ou profane c'est le principal, c'est même l'indispensable, mais cela ne suffit pas à la piété des fidèles. A une époque dite de progrès, les dames auraient honte d'étaler leurs joyaux et leurs élégances dans un temple où Dieu serait aussi pauvrement logé qu'en l'étable où vinrent l'adorer les Rois Mages. On songea donc à décorer la nouvelle église ; mais, par ce temps de vie chère et vu l'augmentation du coût de toutes choses, entre autres des marbres et du bronze, le problème devenait ardu et plus difficultueux que jamais. C'est pourquoi l'esprit de l'homme, toujours inventif, chercha et découvrit un mode d'ornementation nouveau, tout à fait local, amusant au possible et d'un effet décoratif des mieux réussis.

C'est aux rouets, de nos grand'mères, à l'outil en bois tourné des fileuses bretonnes d'autrefois, qu'un artiste de génie (il mérite bien ce titre) a demandé la solution du problème. La tribune de l'entrée, qui attend un orgue, a sa balustrade et la rampe de l'escalier apparent qui y accède établies uniquement avec les pièces qui entrent dans la composition du rouet à filer ; on a obtenu ainsi des effets d'un dessin très léger et ravissant.

Mais c'est surtout dans les deux transepts que le génie de l'auteur s'est manifesté dans tout son éclat. De la voûte qui est en bois clair verni, retombe, un peu à la façon de ces bandeaux et lambrequins qui, dans l'appartement moderne, encadrent le . haut et les eôtés supérieurs des baies intérieures et des fenêtres et que les tapissiers ont baptisé du nom de « bonnes-grâces », une sorte de grille de cloître, non pas à l'aspect austère et rébarbatif, mais une grille très ouvragée, une dentelle de bois, offrant aux yeux charmés des combinaisons aussi harmonieuses qu'inattendues, faites de toutes les parties qui constituent le rouet.

Comme motif central, voici la roue entière — ce qui est bien dans la note des lits-clos et du meuble breton — ; comme pen-


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dentif au milieu et en dessous de la frise, une demi-roue ; enfin un quart dé roue fait office de modillon ou bras d'appui venant consolider en apparence la jonction des piliers carrés, de bois massif, et du grillage décoratif, lequel forme un peu couronnement d'arc triomphal. Tout cela relié ensemble, noyé avec ordre et symétrie dans une forêt, d'un arrangement très étudié et des plus heureux, où n'entrent que des fuseaux, des pédales, des pieds tournés, les bobines qui reçoivent le chanvre lorsqu'il est filé et ces accessoires, en forme d'un fer à cheval allongé, hérissé de minuscules crochets par lesquels passait le fil au sortir des doigts de la fllcuse.

Nous nous sommes laissé dire que les nombreux rouets ainsi utilisés étaient ceux-là même dont s'étaient servi les nonnes de l'abbaye de Sainte-Blanche. Le temps très limité qu'il nous était donné de passer à l'isle-Saint-Cast ne nous a malheureusement point permis de vérifier le fait qui, s'il est exact, ajoute un parfum tout spécial à l'ouvrage, auquel cette note historique apporte un charme de plus.

Quoi qu'il en soit — et c'est en cela que votre chroniqueur entend rendre bien « pays-virois » le fruit de sa découverte, — pourquoi nous, Bas-Normands, chez qui les rouets abondent ou tout au moins se trouvent encore, pourquoi ne nous inspirerionsnous pas de cette idée nouvelle qui a produit une oeuvre absolument esthétique et jolie ? Le rouet ; mais voilà bien un instrument bocain ! S'ils ne pullulent plus dans nos villes et nos campagnes depuis que les écumeurs de la peufre viennent nous piller et arracher à notre région tout ce qui lui conférait un Caractère local, une note pour ainsi dire personnelle ; s'ils ne pullulent pas, les rouets sont loin d'être introuvables, surtout les rouets brisés. Ne jetons pas au feu leurs débris ; ce serait anéantir inutilement des éléments gracieux susceptibles de devenir les facteurs d'une décoration charmante. Etudions, coinbinons .;■ nous prouverons que le génie de notre race peut créer de fort aimables choses, aussi bien que no» voisins et amis les Bretons.

JEAN ROBERT.


MARS

28 mars. — Mort de M. LAUOUOIÏ, maire de Saint-Pierre-Tarentaine et membre du Conseil général du Calvados.

AVRIL

Parmi les exposants au Salon des Artistes Français de 1923, on remarque :

A la « Section de gravure » :

De M. HARDY, instituteur à Saint-Pierre-la-Vieille, une vieilie maison de la rue Saint-Romain, à Rouen.

De M. Jules MALCOURONNE, d'Aunay-sur-Odon, six gravures sur bois, d'après les dessins de Fouqueray et Jonas, pour l'histoire de la fin de la guerre, racontée par le général Dubail et le maréchal Fayolle ; puis une autre yravure sur bois d'après un dessin de L. Jonas.

Dans la « Section d'architecture » :

M. Georges BISSON, de Condé-sur-Noireau, expose en collaboration avec l'architecte Henri Bodet un châssis de plans d'un immeuble parisien, érigé dans le XVIe arrondissement.

MAI

8 mai. — CLINCHAMPS-SUR-VIRE. — Baptême du dix-huitième enfant de M. CAHOUH, fossoyeur et ouvrier agricole à Clinchamps.

M. Cautru, député du Calvados, et Mme Camille Cautru assistent, comme parrain et marraine de l'enfant, à la cérémonie


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entourés des membres de cette belle famille dont, sur les dixsept enfants encsre vivants, dix sont à la charge des parents.

JV1N

25 juin. — M. Paul NICOLLE, professeur d'histoire au Collège de Vire, soutient avec succès devant la Faculté des Lettres de l'Université de Caen, sa thèse de Doctorat-ès-lettres sur 1' « Histoire de Vire pendant la Révolution (1789-1800) ». — Mention très-honorable.

Une erreur s'est glissée dans la référence donnée (Bulletin mai-juin, page (57) au sujet de la gravure de la Biblioth. municip. de Vire reproduisant l'aspect de LA COUR DE NEUVILLE aux jours de sa splendeur. Au lieu de « manuscrit Polinière », c'est manuscrit Lecoq qu'il faut lire. — N. D. L. R.


Réponse au Questionnaire de lionne

(Nous avons reçu une seconde réponse à la question concernant le séjour de Robert-le-Diable à la Cour-dc-Neuville ; nous nous faisons un plaisir de la publier. — La Rédaction.)

« Non, le vieux manoir de Neuville n'est pas l'ancienne demeure seigneuriale de Robert le Diable... » Pays Virois du...)

Ah par exemple elle est bien bonne El j'admire, « Pays Virois », Le trait fin que, mieux que personne, Tu décoches en tapinois.

Mais pourquoi, tel une autre Parque, Couper le fil de mon sçavoir Ou bien, ô moderne Aristarquc, Mieux que moi prétendre savoir ?

Car enfin la chose est certaine En l'affaire dont il s'agit ; Noble seigiieur ou châtelaine Vécut jadis en ce logis.

El pourquoi Robert de Falaise, Dit le « diable », non sans raison, Pour se mettre plus à son aise N'en aurait-il fait sa maison ?


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La chasse, alors, étant de mode, Deauville ignoré s'il en fût, Que n'aurait-il jugé commode D'y venir se mettre à l'affût ?

Aussi, je vois, ne te déplaise, Au son du cor, carniers complets, Le duc rentrant en son Falaise Avec sa meute et ses valets.

Et même, il faut bien qu'on l'entende, En notre pays bas-normand Se conte encor mainte légende Ayant trait à ce bon vivant :

Avec les « Ariettes » de Vire Il aurait, trop souventes fois, Abusé des droits qu'un empire Même ne peut donner parfois.

Faut-il donc, faute de cimaise Du temps, ou d'autre document, Nier que le duc de Falaise Ne connût ce « home » d'antan ?

Pour moi, je n'ose le prétendre Et j'attends, oh ! bien patiemment, Que si le vrai n'ai su défendre, Tù me le prouves, simplement.

LE SIMPLE FARCEUR.

Pour copie conforme :

HENRI ERMICE.


Les Bretons de Rennes ont eu raison de célébrer — juillet 1921 — le sixième centenaire de la naissance de leur compatriote Bertrand du Guesclin et de croire que toute la France s'intéresserait à cette commémoration, après et surtout en raison des jours tragiques vécus depuis 1914.

Les Bas-Normands leur ont fait écho, comme de juste, car le connétable fut aussi des leurs, — de sa pleine et constante volonté.

Et cet écho s'est répercuté — 18 décembre 1921 — jusque sous les voûtes de la basilique de Saint-Denis, lieu de sépulture de Du Guesclin, dans une solennité commémorative que présida Mgr Ceretti, nonce apostolique, où furent représentés le président de la République, le ministre de la Guerre, le maréchal Foch, le maréchal Fayolle, à laquelle assistèrent le maréchal Pétain, le général Weygand, les généraux Pau, Debeney, Maiitre et quantité d'autres notabilités.

Mais combien, parmi ceux qui prirent part à cette solennité, savaient crue, dans la même basilique, le 7 mai 1389, le jeune roi Charles VI, encore sain d'esprit, avait fait célébrer en l'honneur de Du Guesclin, mort déjà depuis neuf ans, un service d'une pompe extraordinaire et qu'à cette occasion l'évêque d'Auxerre avait prononcé l'oraison funèbre du défunt connétable ?

De même en fut-il, parmi les assistants de 1389, qui songèrent que, 535 ans plus tard, leur cérémonie aurait son recommencement ? En dépit des siècles, Du Guesclin est toujours d'actualité. Et cela s'explique, Du Guesclin a été te Joffre et le Fosch ds son époque : c'est pourquoi Fosch a apporté sa consécration aux fêtes de Rennes et à la cérémonie de Saint-Denis. Du Guesclin a livré et gagné ses victoires de la Marne, si l'on veut bien


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considérer la situation du pays de son temps, et le salut de Paris et de la France assuré.

A côté d'innombrables entreprises, la carrière militaire de Du Guesclin en France s'illustre de deux dates, de deux journées : Cocherel et Pontvallain.

Par Cocherel, 1364, dont la bonne nouvelle parvint à Charles V, devant Reims, la veille de son sacre, Du Guesclin, ainsi que l'ont dit les historiens contemporains, donna ses étrennes à la jeune royauté. En 1370, dans le Maine, où, grâce à sa marche forcée de Vire à Pontvallain, il surprend et bat les Anglais de Thomas de Granson, ce sont, a-t-on dit aussi, les étrennes de l'épée de connétable qui venait de lui être confiée.

Par d'autres côtés encore, Du Guesclin revit de nos jours. L'expression « On les aura », par laquelle Pétain, interprète de tous les poilus du front, terminait un de ses ordres du jour, était pareillement l'écho le plus lointain des patriotes, nos ancêtres, et du génie immuable de la France. Ce mot, il fut prononcé, notamment au siège de Châteauneuf de Randon, sa dernière action militaire, par le connétable ; il est rapporté en ces termes par Cabaret d'Orronville dans sa chronique du bon duc Louis de Bourbon, dont il fut le compagnon d'armes : « Je vous prie, faictes moi compagnie devant la place, si verrez que nous ferons ; car, à Dieu le veut, nous les arons, les gars ! »

Du Guesclin ajouta même : « Si le soleil y entre (dans la place), nous y entrerons. » Et l'annaliste de remarquer : « De cette parole se rirent les compagnons. »

Ce furent les assiégés qui sortirent de la place pour apporter les clefs de leur ville sur le cercueil du connétable, enlevé soudainement par la mort, mais victorieux jusque dans la tombe.

Si l'on souriait, en 1380, dans l'armée, de cette prétention héroïque d'entrer dans une ville assiégée, puisque le soleil y entrait bien, il n'en est pas moins certain que nos aviateurs de guerre ont plus d'une fois caressé le rêve de pénétrer de vive force, par la voie du ciel, par le chemin du soleil, dans les positions ennemies et, pour eux, Du Guesclin apparut comme un précurseur ; l'hypothèse du connétable ne fut que prophétique. Enfin, il n'est pas jusqu'à l'idée du Soldat inconnu qu'on ne puisse rattacher à la mémoire de Du Guesclin et qu'on retrouve là comme à sa source.


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C'est notre grand Déroulède qui a eu l'honneur de fournir la formule le premier dans son Messire du Guesclin, drame en vers . représenté le 22 octobre 1895, au théâtre de la Porte-SaintMartin, à Paris.

Après que le vainqueur de Cocherel a énuméré à Charles V les pertes subies par les Français, Déroulède lui met ces paroles dans la bouche :

Et combien d'autres moins fameux, non moins sublimes. Tombés au champ d'honneur, héroïques victimes, Les anges du trépas ont fauché pour le Ciel ! Mais la France vivra des morts de Cocherel.

A quoi Charles V répond :

Morts glorieux, vos noms sont inscrits dans l'histoire ; Morts inconnus, la France est votre nom de gloire ! Dormez, martyrs obscurs, pères, enfants, époux, Je veillerai sur ceux qui vont pleurer sur vous.

Pour toutes ces considérations, tous les Français, le maréchal Fosch en tête, ont donc pu légitimement s'associer aux hommages répétés rendus dans le temps présent à Du Guesclin, se confirmant en cette pensée, que, dans la mauvaise fortune, il ne faut jamais désespérer du retour de la bonne, que, dans !a bonne, il faut s'appliquer à la rendre meilleure et continuer à surveiller les entreprises des ennemis.

Enfin, on ne trouvera peut-être pas que ce soit sortir beaucoup du temps présent de rappeler que Napoléon-P' avait un moment caressé l'idée de faire revivre le nom de Du Guesclin, en mariant la dernière descendante de la famille, veuve du duc de Gesvres, à l'un de ses plus brillants soldats, le général Rapp. Le général Rapp ne manquait certainement pas de vocation matrimoniale, puisque, successivement, il contracta trois mariages. Seulement, né en 1773, il estima qu'il y avait disproportion d'âge entre lui et la femme, son aînée, que l'empereur lui destinait et le projet n'aboutit .pas.

La gloire de Du Guesclin n'a du reste rien perdu à cet échec, ainsi que les faits le démontrent.

ROLAND DE CADEHOL.


L'EXPOSITION DU LYCÉE MALHERBE

et l'Art Normand

(Suite)

Léandre y demeura six ans ; il se présenta alors aux BeauxArts : il fut admis et choisit l'atelier de Cabanel ; il voulait le prix de Rome et l'aurait peut-être obtenu quand il tomba malade au moment du concours. Cabanel mourut en 1889 et Léandre renonça à la Villa Médicis ; il obtint une place de professeur de dessin des écoles de la Ville de Paris, qu'il garda 12 ou 13 ans ; il envoyait, chaque année, aux Artistes Français des toiles qui ne tardèrent pas à être remarquées : en 1885, c'était La Paysanne au grand bonnet norniand, en 1887 Mlle Mèlanie.

En 1888, il obtint une mention honorable pour Mauvais Jour, actuellement au Musée de Barcelone ; en 1891, Les Longs Jours lui valurent une médaille de deuxième classe et le titre de Hors-Concours ; il passait alors pour un peintre délicat, d'une poésie attendrie ; personne n'avait encore deviné le terrible caricaturiste qu'il cachait. Pourtant sur les murs d'un petit restaurant de la rue Houdon où il prenait ses repas, il y avait une salle tapissée de papier gris, et sur ce papier, Léandre s'amusait à dessiner des portraits de fantaisie. Ses amis Drog et Jean Goudeski y figuraient de la manière la plus amusante ; Jean Veber, qui fréquentait l'établissement, avait remarqué ces curieux dessins et les admirait, si bien qu'il en vantait les mérites dans les milieux artistiques.

Or, Le Rire venait de paraître et son fondateur cherchait de hardis compagnons pour lancer le journal. Voici ce .que raconte à ce sujet M. Clément Janin dans le numéro de mars 1923 de


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VArt ancien et moderne : « En 1893, le Rire est créé. Arsène Alexandre fut chargé de la décoration artistique de ce journal humoristique. Il parcourait les ateliers en quête de collaborateurs, lorsque Jean Veber, dont le Gil Blas venait de révéler la valeur, lui conseilla :

« — Allez donc voir Léandre.

« — Léandre ? répliqua Arsène Alexandre, surpris, cet élève de Cabanel qui expose de la peinture si sage ? Ce garçon-là n'a aucune fantaisie !

« — Allez tout de même le voir, répond Jean Veber. Je ne vous donne pas cinq minutes pour modifier du tout au tout votre jugement.

« Peu convaincu et croyant à un accès de camaraderie, notre confrère se rendit chez le jeune Normand. Ce que lui avait prédit Jean Veber arriva. Quand il quitta l'atelier de la rue Lepic, il avait commandé à Léandre sa première caricature, sinon officielle, du moins publique. Elle parut dans le deuxième numéro du jRi're avec un succès étourdissant. L'actualité en avait naturellement dicté le sujet. C'était l'époque où un Tappel des règlements militaires prescrivait une tenue sévère que nul ne devait enfreindre sous l'uniforme. Or, M. Mirman, alors député, était astreint à une période militaire. Se soumet-on à un règlement pour une simple période quand on est député ? C'est cela que souligna Léandre en un dessin colorié qui montrait le jeune parlementaire en tenue ultra-fantaisiste, barbe au vent, binocle au nez et caracolant, lui tout petit, sur un cheval, aux côtés du long et maigre général Mercier, alors ministre de la Guerre.

« Ce spirituel dessin lança l'artiste. Avec une facilité et un bonheur constants, il multiplia les portraits-charge, tantôt croquant ad vivum ses illustres modèles, tantôt se' servant de documents. Il constitua ainsi un Gotha du Rire, moins imposant, certes, mais plus amusant que l'autre. Ces portraits, de même que les pages de comédie de moeurs avec lesquelles ils alternaient, se recommandent par un dessin habile, par la science de la composition et par l'esprit charmant des accessoires, symboles toujours justes et ingénieux de la profession, du moral ou de la manière d'être du sujet. »


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Voilà donc Léandre décoré, arrivé, etc.

Quelle peut être la vie de cet homme redouté qui faillit brouil- .- 1er la France et l'Angeterre à propos d'un portrait trop exact de la reine Victoria, rendit célèbre la calvitie précieuse de Rostand, prête à nos politiciens des masques souriants ou tragiques, rend populaire, dans la France entière, l'inconnu que choisit sa fantaisie, ou précipite du jour au lendemain dans le ridicule l'homme politique, l'actrice qui n'ont pas su lui plaire !

Hélas ! A quoi bon concevoir de folles aventures, de sombres orgies ou d'effarantes excentricités ?

Léandre mène (ou à peu près) la vie paisible d'un chef de bureau dans un ministère placide.

Léandre s'habille chez un bon tailleur.

Léandre suit un régime.

Léandre a un commencement d'embonpoint 1

Son aspect ?

Il nous le dit lui-même dans la caricature de ses 13 jours :

— Vous n'avez pas trop l'air d'un artiste, en effet 1 Quant à l'air militaire...

— Je m'en doutais bien, mon général, et pourtant un judicieux et grand critique d'art me trouva un jour l'allure d'un capitaine d'habillement...

Léandre habita longtemps rue Lepic un vaste atelier avec un grand « jardin » où nul jardinier n'avait le droit de pénétrer ! Aujourd'hui, il demeure rue de Rome, mais chaque année il passe trois mois à Champsecret.

Tout le monde le connaît dans le bourg : tout le monde connaît son chapeau mou, ses guêtres, ses cheveux blancs, ses yeux bleus malicieux derrière son lorgnon, ses moustaches, sa barbiche qui lui donnent cet air militaire particulier. Tout le monde l'aime : « Il n'est pas fier, monsieur Charles ! » Il cause facilement avec les uns et les autres, même avec les journaliers, bien qu'il soit toujours habillé avec soin. D'ailleurs (on ne sait pourquoi toutefois) il passe pour républicain, ce qui lui donne à Champsecret une réputation d'originalité ! On lui pardonne facilement, parce qu'il est artiste et parce qu'il possède une des plus jolies maisons du pays. Léandre a fait ajouter un petit auvent à la maison paternelle et construire un atelier, car il


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travaille beaucoup pendant ses vacances. C'est là surtout qu'il compose cette oeuvre profondément normande qui lui a valu cette appréciation de Clément Janin dans l'étude déjà citée :

« C'est un beau portraitiste de tous les âges, qui excelle à rendre en des pastels délicieux le charme de la jeune femme et le. satin délicat d'un épiderme d'enfant, comme, en des peintures souples et fermes, les accents de l'âge mûr et les martellemenls de la vieillesse. Il est aussi un paysagiste, sensible à la poésie des sous-bois ou des parterres fleuris, d'un tournant de chemin entre les murailles, des maisons paisibles où il fait bon vivre. » Mais de tous les jugements, le plus sobre et le meilleur peutêtre est celui de Gustave Kahn, lors de la dernière Exposition des Humoristes : « Le faire s'crupuleux de Léandre rappelle à une atmosphère d'art. »

Cette phrase, dont la syntaxe scandalisera peut-être certains lecteurs du Pays Virois, exprime une vérité profonde. Léandre est, dans toute son oeuvre, un classique affiné qui garde le souci de la belle forme. Par exemple, ses dessins à la mine de plomb peuvent se comparer à ceux d'Ingres ou de Flandrin. Le portrait de Tire-au-Flanc vaut, comme facture, celui de Bertin l'aîné. Même simplicité, même méthode. Le trait plus ou moins appuyé suffit à rendre toutes les nuances avec Une sûreté plus exacte que la photographie. Cela contraste avec les formules nouvelles et permet de reconnaître à première vue un Léandre sans avoir besoin de regarder la signature. Cela est aussi vrai de ses caricatures que de ses toiles et ses pastels. Parmi ces derniers, citons : La Bonne Maison, Lu Source normande, Un Haut Mariage (1922), La Charmille, La Douce Chanson, La Résignée, La Vie du Peintre (triptyque), Le Herseur au cheval blanc, La Maison fermée, l'Heure paisible, La Maison de Champsecret, Le Portrait de Courteline (Musée du Luxembourg), celui de la mère de l'artiste, de ses nièces, de M. Gautier, de Mme Gautier (de Thury-Harcourt), sans parler d'un grand nombre de portraits de femmes et d'enfants.

Ce serait étrangement méconnaître Léandre que de passer sous silence ses lithographies et son amour des singes.

Il a toujours chez lui un de ces charmants petits animaux, qui l'accompagne, même à Champsecret et lui sert volontiers de


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modèle, comme le prouve « le Contemplateur » (Musée de Ca«n). Son papier à lettres est orné d'un petit singe grimaçant, qui, perché sur une vasque, écrase, dans l'auréole d'un soleil couchant, de malheureux escargots.

Quant à ses lithographies, elles sont tellement nombreuses qu'il serait impossible de les énumérer toutes. 11 y a des portraits d'hommes : Adolphe Carnot, Jules Guesde, Maurice de Waleffe ; des affiches : Pierrot et Colombine, la princesse jaune, la comédie du génie, l'âme en folie ; des estampes : Mlle Mélanie, la guerre et la paix, les premières victimes, portraits de femmes, figures de vieillards, Madame B..., dame du temps passé, têtes de pays normands, etc., etc. Je signale aussi les illustrations de Mme Cardinal et de la Vie de Bohême.

Pour terminer cette étude, je ne saurais mieux faire que de résumer les conclusions du travail de Clément-Janin :

« Léandre est, pour ainsi parler, un lithographe-né, comme il est un caricaturiste-né...

« Il n'emploie ni le zinc, ni le papier-report ; il n'aime que la pierre, en quoi il est vraiment lithographe, au sens étymologique du mot ; mais il l'est aussi dans les autres acceptions, et il manie le crayon avec autant de fougue que de respect. « On sent ou on ne sent pas la lithographie », dit-il. Il la sent comme la sentaient Gavarni, Deveria, Célestin Nanteuil, Henry Monnier, E. de Beaumont et toute la pléiade des artistes de 1830, Daumier en tête, qui donnèrent tant d'éclat au seul procédé qui fut assez prompt pour répondre à « l'actualité »...

« Alors que la lithographie était à peu près abandonnée au profit de l'eau-forte ou du bois, Léandre lui demeura toujours fidèle. Lorsqu'il y a deux ans, la médaille d'honneur lui fut décernée par les Artistes français, ce fut une récompense et une justice. Si la lithographie reprend, comme on peut le supposer à certains indices, elle le devra à Léandre, comme à Steinlen, à Belleroche, à Firmin Bouisset, à Willette, Odilon Redon, Forain (j'excepte Toulouse-Lautrec qui fut surtout un lithographe en couleurs) d'avoir été les mainteneurs du jeu et d'avoir fermé la soudure entre la génération d'hier et celle de demain.

« Léandre a manqué le prix de Rome. S'il le regrette, plaignons-le ; mais notre compassion ne sera que polie. Léandre












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est Léandre ; qu'est-ce qu'un séjour à la Villa Médicis lui aurait donné de plus ? » (1)

Quatre autres Hors-Concours avaient exposé au Lycée Malherbe : Rrunet-Debaiwes, Binet, Maurice Courant et VoizardMargerie,

Louis BRUNET-DEBAIWES porte un nom connu dans le monde des arts. Chevalier de la Légion d'honneur, Hors-Concours et médaille d'honneur, il est l'auteur des célèbres eaux-fortes éditées par Knoedler. La place me manque pour parler de son oeuvre, belle comme les vieilles pierres qu'il aime à reproduire. L'abside de l'Eglise Saint-Pierre de Caen, la Haute-Vieille-Tour et le Portail de la Cathédrale de Rouen commandent l'admiration sans réserves.

Maurice COURANT, le peintre des Marines « au charme enveloppé » est à la fois assidu aux Artistes Français et à la Nationale ; il est apprécié partout où il expose.

De Georges BINET, on remarquait deux grandes toiles lumineuses, où le soleil étincelait entre les pétales des fleurs et illuminait la blancheur des murs neufs : Le marché aux fleurs d<z la Madeleine et Deauville.

Binet, qui est maintenant arrivé à conquérir une situation enviée, eut des débuts très modestes ; né à Rouen en 1849, il fut d'abord peintre de décors ; il apprit seul son métier et fut reçu aux Artistes Français en 1878 ; en 1881, son tableau Côte pelée vers Quilleboeuf attira l'attention du public et, en 1886, il obtint avec La Plaine « lumineuse et transparente » le titre de HorsConcours. Le Luxembourg possède deux de ses meilleures toiles : Les Usines de Rouen et Derrière la Ferme. Son frère, né à la Rivière-Saint-Sauveur, en 1854, mort à

(1) Je dois à la grande obligeance de M. Gautier, notaire à Harcourt, d'avoir pu me documenter sur son cousin-germain Léandre. Je lui en exprime toute m» reconnaissance. *— R. B,


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Paris en 1897, fut un élève de Gérôme : il a laissé une oeuvre d'un réel mérite.

VOIZARD-MARGERIE, né à Honfleur, est un animalier qui a osé peindre des vaches, de bonnes vraies vaches normandes, avec des mamelles gonflées aux pis écartés, des hanches carrées et des yeux profonds et sympathiques. Devant La Côte normande, le spectateur n'a besoin d'aucun effort pour reconnaître des vaches broutant de l'herbe.

Cette simplicité ne saurait plaire à tout le monde et un critique d'art caennais a dédaigneusement prononcé le mot de « pompier » en parlant de l'art de Voizard-Margerie. C'est une injustice et une contre-vérité. Voizard-Margerie est un sincère, qui possède parfaitement son métier de peintre.

Robert BAZIN.


LE PEUPLE B&5-H0RM&N9

OLIVIER B/VSSELIN

ef les Compagnons du Vau-de-VIre continuateurs de Jeanne d'ftrc

(SUITE)

Le nom de Jacquerie, donné par l'histoire à la révolte des paysans contre les seigneurs (1358), qui se traduisit par des incendies de châteaux, des massarces horribles de femmes et d'enfants, ne saurait être appliqué, sans risquer de créer une confusion erronée et injuste, aux soulèvements populaires (3 A), où figurèrent maints seigneurs, de 1434, 1435 et 1436 en Haute et Basse-Normandie. Ces soulèvements, répercussion des victoires miraculeuses et du martyre de Jeanne d'Arc, s'inspiraient du patriotisme français renaissant. Portant les couleurs de France (la croix blanche), les insurgés ne chantaient-ils pas avec les Compagnons du Vau de Vire, selon les Manuscrits du temps, les couplets dus à Basselin :

Nous voulons tenir l'ordonnance Que nostre sire roi de France Nous a donné, la sove mercy, Et estre de son alliance Pour le servir à sa plaisance... ?

(Armand Gasté, Chansons normandes du XVe siècle, Caen, 1866).

Il n'y a eu dans ce quatrième cas, certainement, qu'une erreur de qualification et il ne pouvait en être autrement de la part d'un écrivain aussi averti que l'érudit éditeur des dits Mémoires,

Mais les auteurs des premier et troisième ouvrages cités et le


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compilateur du second sont tombés dans l'erreur parce que, en raison de leurs études visiblement superficielles sur Olivier Basselin, et se fiant au Bibliophile Jacob (2 A), ils ont persisté, malgré tant de démonstrations contraires, à attribuer au foulon Basselin, poète patriote de la première moitié du XV" siècle, les chansons bachiques de l'avocat Jean Le Houx, autre poète virois de la fin du XVI" siècle. Il en est de la légende de Basselin ivrogne comme de ces morts qu'il faut qu'on tue, elle renaît à chaque instant et c'est pour la combattre encore, après Armand Gasté, que nous ouvrons sur cette question un nouveau chapitre dans notre étude sur les Obligations militaires du Peuple sous l'ancien régime.

Nous avons passé en revue (Le Pays Bas-Normand, 1914, n" 2) les milices urbaines et paroissiales, le ban et l'arrière-ban, le guet des forteresses, etc., aux temps carolingiens et capétiens. Aujourd'hui, nous voulons montrer le peuple de Basse-Normandie, spécialement, sous l'inspiration du patriotisme qui avait suscité la glorieuse Jeanne d'Arc parmi le peuple des Marches de Lorraine, s'imposer volontairement les plus terribles charges et donner sa vie même, afin de poursuivre la libération du sol français, si bien menée par l'héroïque Pucelle d'Orléans.

Dans une relation succincte de la conquête de la Normandie par les Anglais, en 1417, et de son recouvrement progressif qui finit en 1450, nous nous efforcerons de grouper les faits, jusqu'à présent épars en divers ouvrages, relatifs au Bocage, à ses héros, — car il en eut, — à ses habitants et à l'état du pays pendant cette dernière période de la Guerre de Cent Ans. Nous ferons ressortir le rôle d'Olivier Basselin et des Compagnons du Vau de Vire dans l'oeuvre libératrice et, à l'aide de leurs chants patriotiques mêmes, nous essaierons de fixer le moment probable de leur action et la date de la mort du brave chansonnier virois. Les faits historiques cités ne sont pas pour la plupart inédits ; mais ce qui est à nous, c'est le groupement, la critique et l'étude plus approfondie des chants confrontés avec les textes ; ce sont les notes et les explications, la mise en place, si l'on peut dire, de l'oeuvre de nos poètes patriotes. Nous soumettons cette étude à la critique des historiens, dans l'espoir que notre effort n'aura pas été vain.


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La vieille animosité qui a si longtemps divisé Français et Anglais avait fondu comme glace au soleil, depuis 1914, où la brutalité allemande nous rendit compagnons d'armes. Mais le danger étant passé pour elle, l'Angleterre a repris sa tradition impérialiste ; grâce à son appui, l'Allemagne n'a pas été punie et nos ruines n'ont pas été réparées : nous pouvons, devant son égoïsme, parler avec liberté des souffrances qu'elle infligea jadis à nos aïeux. (4 A). ,

II. - DEUXIÈME CONQUÊTE DE LA NORMANDIE

Malgré Bouvines, Charles V et Du Guesclin, jusqu'au XV" siècle le royaume de France était un assemblage de nations souvent en lutte les unes contre les autres ; il se composait de Français (de l'Ile-de-France), de Normands, de Bourguignons, de Flamands, de Manceaux, de Gascons, etc. ; mais il n'y avait pas d'unité française. Seigneurs divisés et indisciplinés, artisans classés par corps de métiers sans cohésion, paysans méprisés et pressurés n'avaient entre d'autre lien que leur dépendance commune envers le suzerain dont ils étaient « les hommes ». Il fallut qu'un grand danger partagé, l'invasion ; qu'une misère universelle, la domination anglaise, contraignissent tous ces tronçons à s'unir en un même corps pour créer vraiment la France ; ce mot : un bon Français, ne se généralisa qu'au XV" siècle. (5 A).

Le peuple rude et obscur des campagnes, auquel notre poète normand Wace avait fait dire longtemps avant :

Nous sommes hommes comme ils sont, Des membres avons comme ils ont, Et d'aussi grands coeurs avons.

(ROMAN DE Rou, T. 1, p. 306).

ne concevait rien à ces séparations de castes, nobles en haut, vilains en bas ; mais il comprit d'instinct la vertu de l'unité nationale, lorsque parut Du Guesclin et, un peu après, quand


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Jeanne d'Arc, la plus sublime et la plus sainte personification du peuple* lui eut rendu le courage par ses merveilleux succès. En Normandie, le peuple ne s'était soulevé d'abord qu'en petites bandes ; mais, s'il fut vaincu par un ennemi discipliné et mieux armé, il sut toujours le harceler, et en l'épuisant dans des luttes sans cesse renouvelées, préparer son expulsion finale du sol normand.

Au début de la seconde phase de la Guerre de Cent Ans, le roi de France était fou ; la guerre entre Bourguignons et Armagnacs ensanglantait le royaume. Jugeant le moment propice, Henri V, roi d'Angleterre, descendit en Normandie (14 août 1415), et se rendit maître de l'embouchure de la Seine par la prise de Harfleur : son siège de sept semaines lui coûta quinze mille soldats. Pendant qu'il se repliait sur Calais, fort affaibli, il rencontra l'armée française, quadruple de la sienne, lui barrant la route à Azincourt. L'impéritie et le désordre de la chevalerie française lui permirent une facile victoire : dix mille des nôtres succombèrent dans ce désastre ; les Anglais n'avaient perdu que seize cents hommes.

Henri V, le 1" août 1417, revint débarquer à l'embouchure de la Touques, à la tête de cinquante mille hommes charmes et archers. Tournant autour de Caen, il l'investit le" 18 août, et à la suite d'un assaut où périrent deux mille habitants, s'en empara le 4 septembre ; le château tint quinze jours de plus. Bayeux succomba le 19 septembre, Argentan le 9 octobre, Alènçon le 23, Falaise le 2 janvier 1418, et json château le 16 février.

A la tête du principal corps anglais, le duc de Glocester s'empara de Vire, le 21 février, après quatre conférences équivoques avec les bourgeois, bien que dans l'une d'elles figure Bertrand d'Enferiïet, filleul de Du Guesclin et brave Français, s'il en fut, de Saint-Lô le 12, de Carentan le 16 et de Saint-Sauveur le 25 mars. Cherbourg résista du 1er avril au 1" septembre. Un autre corps prit Coutances le 16 mars et Avranches le 14 juillet. Le comte de Warwick, après trois mois de siège, fit capituler Domfront aussi le 14 juillet 1418.

Avec son frère Clarence, Henri avait commencé à encercler Rouen et pris Pont-de-1'Arche qui lui assurait la maîtrise de la Seine. Alors il se retourna sur Rouen, privée de toutes commu-


_ lit) _

nications du côté de Paris, aussi bien que du côté de la mer et il l'enferma dans une double ligne de circônvallation, le 29 juillet, au moyen de toutes ses troupes. L'héroïque métropole normande se défendit durant six mois : vaincue par la faim, ayant perdu soixante mille de ses habitants, elle dut se rendre le 13 janvier 1419. Loin de reconnaître leur bravoure, Henri V déshonora sa victoire par un acte de férocité : non content d'infliger à la fidèle ville une amende de trois cent mille écus (qui feraient vingt-six millions cent mille francs de notre temps), il exigea la remise des trois principaux notables : le grand-vicaire, Robert Linet, le maître de l'artillerie, Jean Jourdain et l'héroïque N. Alard, capitaine des Bourgeois. Les deux premiers purent être rachetés par les bourgeois de Rouen. Mais le vindicatif roi fit décapiter Alard, qui avait été l'âme de l'admirable résistance de la cité. (N. N. Oursel, Nouvelle Biographie normande, 1912, que nous suivons de préférence à V. Duruy, Hist. de France, 1892).

Et pendant près d'un an encore, Henri V devra, morceau par morceau, arracher aux Normands qui le répudient son duché de Normandie, rude tâche qui ne prit fin que le 23 septembre 1419, par la chute du Château-Gaillard. Une seule forteresse restait à conquérir, le Mont Saint-Michel : ni par force ni par argent, les Anglais ne purent jamais s'en emparer. (6 A).

Les Anglais n'avaient, en rase campagne, trouvé « personne qui resistast, sinon aucuns de ceux du pays qui estoient retirez dedans les bois, dont estoit capitaine un qui se nommoit Mixoudin, et tous ceux qui faisoient guerre se nommoient a luy. Ce fut la première résistance qu'ils trouvèrent en Normandie... Ainsy le roy d'Angleterre eut toute la Basse Normandie, en sa main, excepté le Mont Saint Michel. Aussi n'y avoit-il personne qui resistast, sinon im qui se nommoit le bastard Mixoudin lequel faisoit plusieurs courses sur les Anglois et leur portoit de grands dommages. Il mit le siège au Pont de l'Arche et le prit. » (Juvènal des Ursins, éditions Michaud, — Buchon, sous la date 1417. — Puiseux, l'Emigration Normande, pendant les années 1418 et 1419).

Quel était ce bâtard Mixoudin ? Nous ne croyons pas, comme Puiseux, que ce nom soit un pseudonyme, mais qu'il est un


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patronyme déformé, celui de Méheudin (en latin Mehoudun, Mehoudin), porté par une branche des Payen si répandus dans le Bocage. Les Payen de Méheudin, seigneurs de Rouvrou, barons de Torigny et d'Asnebec au XIV" siècle, s'éteignirent alors et si Guillaume de Méheudin est inscrit dans les confiscations du XV", c'est au titre d'ancien propriétaire défunt. Mais un bâtard, — le fait est très commun et la qualification de bâtard n'avait alors rien d'offensant, — pouvait être issu des Méheudin, un moment barons de Torigny, et il existe dans le parti français un rebelle appelé le bâtard de Torigny : à moins que celui-ci ne fût un fils d'Henri de Mauny, seigneur de Torigny à la fin du XIV" siècle, c'est peut-être en lui qu'on retrouverait le héros bas-normand Mixoudin, Méheudin ?

III. ~ LA GRANDE RUINE ET DÉSOLATION DE LA NORMANDIE

Cette laborieuse conquête s'était accomplie sans que les régents français eussent sérieusement tenté d'y mettre obstacle. Le duc de Bourgogne fit bien prendre au roi l'oriflamme de Saint-Denis ; il l'amena de Pontoise à Beauvais, mais n'osa s'aventurer plus loin 1 Les ducs d'Anjou, de Bretagne et de Bourgogne même signèrent avec l'Anglais des traités de neutralité, et le comte d'Armagnac était réduit à emprunter aux saints en faisant fondre leurs châsses. (V. Duruy, Histoire de France, 1892). Reprochant aux princes leurs divisions qui avaient livré la France à l'étranger, Alain Chartier (1) s'écriait dans son Livre, des quatre dames :

Dieux, quelz maux et quelz dommages, Quelz meschefs et quelz outrages, Quelz pillages, Sont venus par vos dêbatz !

Dès les premiers jours, les expulsions en masse avaient com(1)

com(1) CHARTIER, poète, clerc ou secrétaire du roi Charles VII, né à Bayeux en 1388, mort à Avignon en 1449, un an avant la délivrance de sa patrie. Une statue lui a été élevée dans sa ville natale


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mencé. Les habitants d'Harfleur pouvant payer rançon furent emmenés prisonniers ; les femmes, les pauvres et les enfants fuient chassés, ne gardant chacun que cinq sols et un vêtement. Les habitants de Touques, de Bayeux, de Caen, mise à sac et dont 25.000 personnes sortirent ; d'Argentan, Séez et Exmes, qui eurent ensemble 3.200 émigrés ; d'Alençon, 2.500 ; de Falaise, 1.146 sans compter les garnisons, usèrent largement des sauf-conduits de trois jours accordés à ceux qui ne voulurent pas prêter serment au roi anglais. Ceux de Vire, Avranches, Domfront usèrent sans doute de même de la libre sortie inscrite dans leurs capitulations, mais on ignore leur nombre. Les Rotuli Normannioe nomment trois habitants de Vire qui réclamèrent leurs biens en jurant obéissance à Henri V : Robert Peinteur, Th. de Mondreville et Nicolas Troismonts ; mais les mêmes Rotuli Normannioe permettent de croire, par les conférences des bourgeois (v. suprâ), qu'il y en eut d'autres.

La plupart des premiers émigrés avaient pu emporter leurs richesses mobilières ; ceux d'Avranches, leurs vêtements ; mais les capitulations d'Harcourt et de Vire n'accordèrent aux partants nulle autre chose que leurs corps. Les villes de HauteNormandie se rendirent à discrétion ; à Rouen ceux des habitants qui refusèrent l'obéissance furent prisonniers (1).

Cherchant de ville en ville un abri dans les parties non encore conquises, subissant le sort des places tour à tour investies et prises, les pauvres proscrits furent réduits enfin à errer dans tout le duché, sans refuge et mendiant leur pain. Piendant le siège de Rouen, 14 ou 15.000 de ces bouches inutiles, rejetées par les assiégés et repeussées par les assiégeants, périrent entre les deux camps de faim, de misère et de froid. Quand, toute la terre normande étant devenue anglaise, force fut à ces patriotes de chercher un asile hors des frontières, beaucoup passèrent en Bretagn». En une seule fois, l'année 1422, vingt-cinq mille familles, soit cent vingt-cinq mille personnes, s'y rendirent. Le duc Jean V les reçut à bras ouverts ; il établit à Fougères, à Dinan

(1) Léon Puiseux. L'émigration normande et la colonisation anglaise en Normandie au XV siècle. Caen, 1866, 8°, 124 p. — Appointement de Vire, dans Hist. milit. du château et de la ville de Vire, par Dubourg d'Isigny, Caen, 1837,


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(où existe encore une ancienne fabrique de drap), à Nantes et surtout à Rennes les artisans et maîtres de métiers venus de Caen, de Vire et de Saint-Lô : trois cents lettres de naturalité avec privilège de bourgeoisie leur furent immédiatement accordées. A Rennes, « ils avaient infiniment peuplé les fauxbourgs qui estoient presque aussi grands que In moitié de la ville, d'hommes tous drappiers et gens ouvrans (travaillant) la laine. Du trafique desquelles choses la ville s'enrichissoit beaucoup... De là vinrent en Bretagne les drappiers qui premièrement aprinrent au^peuple à faire les bons draps ; car auparavant l'usage n'y estoit. » (1)

Toutes les propriétés privées de Normandie furent décrétées de confiscation en masse, par Henri V, le 9 février 1419 (Mémoires Antiq. de Norm. XXIII, 53, n° 297 et Chronique du Mont). Les Normands qui voulaient conserver leurs biens devaient se reconnaître hommes iges jurés du roi d'Angleterre et se munir, pour ne pas être inquiétés par les conquérants, d'une « bullette de ligeance » certifiant leur obéissance. (Chronique du Mont. Pièces. I. p. 91 à 93). Beaucoup acceptèrent cette humiliation ; mais plus nombreux, semble-t-il, furent ceux qui préférèrent la misère à la servitude. Dans les listes, assez longues quoique fort incomplètes, des Normands expropriés tant comme rebelles que comme absents, nous relevons certains noms connus de notre région : Jeanne Grosparmy ; Jean de la Haye, chevalier (2) ; le bâtard d'Alençon ; Pierre de Tournebu (de Clécy) :

(1) D'Argentré. Histoire de Bretagne, p. 419 et 849. — Cf. L'émigration normande, op. cit., p. 22 et 39.

(2) Jean DE I,A HAYE, BARON DE COULONCES (auj. canton de Vire), chevalier banneret, l'un des plus puissants seigneurs du Bocage, fut aussi l'un des plus vaillants et des plus redoutés combattants du parti français. Il était fils de Guillaume de La Haye et de Luce de Feuguerolles, petit-fils de Jean de la Haye et de Jeanne Paynel, dame d'Agneaux (Manche, canton de Saint-Lô). Le baron de Coulonces, dit Siméon Luce, fut dans la vallée d)p la Vire le principal chef de ce parti national dont Olivier Bachelin (prononciation normande de Basselin) est resté la personnification la plus populaire. La baronnie de Coulonces comprenait les neuf prévôtés de Coulonces, de SaintManvieu, de Boisnantier en la paroisse de Landelles, de Gouvets, de Margueray, de Saint-Aubin, de Saint-Sever et du Gast. (Arch. Nat., P, 306, n° 229). La baronnie de Coulonces, érigée en 1336 en faveur de Jean de Villiers, passa ensuite aux familles de la Haye, de Tour-


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Jean Boscher ; Jean Cantepie ; Ambroise de Loré ; Bertrand d'Anfernet, chevalier et sa femme ; Guillaume Bacon, écuyer et sa mère Perrelte de Combray ; Jean de Gaule, dit le Compagnon de Gaule (1) ; Guillaume Carbonnel (9 A) ; Jules d'Orenge ; Jean de Sainte-Marie ; Jean Tesson, chevalier ; Jean de Larchamps ; Guillaume Paien et sa femme ; Thomas de Bursy, procureur des eaux et forêts ; Jacques et Michel de Marguerie ; Nicolas de Bordeaux ; Guillaume et Roger d'Orenge, etc.

(A suivre.)

BUTET-HAMEL.

nebu, de Bordeaux, etc. La pièce 306 des Papiers de L. Delisle à la Bibl. Nationale porte : « 11 mai 1364. Réunion des nobles, bourgeois et habitants de la Ville de Ville au sujet du paiement des gages de Jehan de Vilers sire de Coulonces, capit. et garde la ville et chaste! de Vire. Y figurent : l'abbé de Belle Estoile ; le prieur du Plessis Grimout ; Joli, de Bois Yon chv. ; Guil. Le Moigne chv. ; mestre Nicole Paien ; Rie. d'Enfernet escuier ; Joh. Bacon escuier ; les priours de Roullos, de Burcye. » — Le 1" mars 1418 (une semaine après la prise de Vire), Henri V confisqua la baronnie de Coulonces, valant 800 livres tournois de revenu annuel (23.200 francs actuels), au profit de Louis Bourgoise, chevalier. (Mém. Antiq. de Normandie, XV, 257, col. 2 ; Reg. des dons, p. 12). Un écuyer anglais, Raoul Nevill, fut gratiné le 3 avril suivant, du surplus des biens de Jean de la Haye (Reg. des dons, p. 15). Jean de la Haye, baron de Coulonces 1, avait épousé Alice Malherbe, dont les biens furent donnés, le 10 janv. ,1424, à Bellcenap, trésorier et général des finances de Henri VI en Fiance et en Normandie. (S. Luce : Chronique du Mont. Pièces div. Décembre 1425, note 1). Actes de la Chancellerie de Henri VI (divers Actes), édition P. Le Cacheux. Stat. de Caumont, III, etc.

(1) Le Compagnon de Gaule (8 A), capitaine de Vire, qui signa ]a reddition du 21 février 1418, sur le nom duquel Dubourg d'Isigny et A. Gasté ont basé des arguments, devait son nom à une seigneurie du pays de Caux, dont S. Luce (Chron. du Mont. Pièces, II, p. 121) cite ce possesseur : « Pierre, seigneur de Mornay, de Gaule. » Cf. nos notes personnelles. Ce nom n'avait donc pas de rapport avec Compagnon gallois.


BIBLIOGRAPHIE

L'Histoire de Vire pendant la Révolution (1789-1800)

Le 25 juin dernier, M. Paul Nicolle, professeur d'histoire au Collège de Vire, a subi, devant la Faculté des Lettres de l'Université de Caen, les épreuves du doctorat-ès-lettres d'Etat et, après une soutenance qui a duré près de quatre heures (1) et une délibération qui, elle, n'a pas demandé plus de deux minutes, s'est vu décerner le titre de « docteur-ès-lettres » avec l-i mention très-honorable (2).

Cette soutenance présente un intérêt particulier et de premier ordre pour les abonnés de la Revue locale Au Pays Virois, non pas seulement parce que M. Nicolle figure au nombre de ses collaborateurs toujours apprécié, mais surtout parce que les sujets de ses deux thèses sont empruntés à l'histoire locale.

La thèse complémentaire, en effet, a pour titre : La Vente des Biens îmtionaux à Vire et dans les communes voisines. Ce travail paraîtra sous peu dans la collection du COMITÉ DU CALVADOS POUR L'HISTOIRE ÉCONOMIQUE DE LA RÉVOLUTION et fera l'objet d'un compte-rendu spécial dans cette revue. Qu'il nous suffise aujourd'hui de relater qu'au dire du jury d'examen,

(1) Exactement trois heures quarante-cinq minutes.

(2) Un certain nombre de Virois, parmi lesquels figuraient un professeur honoraire et plusieurs anciens élèves du Collège de Vire assistaient à cette soutenance. Le nouveau docteur nous prie de dire ici combien il fut sensible à cette marque d'estime et d'affection de leur part. — N. D. L. R.


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il constitue l'oeuvre la plus originale et la plus complète qui soit parue jusqu'à ce jour sur cette importante question des biens nationaux.

La thèse principale, mise en vente dès maintenant, a pour titre : Histoire de Vire pendant la Révolution (1789-1800). (1)

L'élaboration de ce copieux travail n'a pas demandé à son auteur moins de huit années. Il est certain que la plupart des pièces d'archives, directement accessibles ont été vues par l'auteur : c'est tout juste si le jury lui a indiqué deux liasses des Archives Nationales qu'il aurait pu consulter avec fruit. Quant aux manuscrits publics et privés, ouvrages imprimés et autres, l'introduction en donne une nomenclature éloquente.

De cette masse énorme de documents de tous genres, M. Nicolle a tiré un si bon parti que le jury (2) a déclaré qut' cette monographie constituait la meilleure histoire d'une ville pendant l'époque révolutionnaire (3).

Il convient de signaler cependant que M. Prentout, rapporteur principal, a reproché à l'auteur de n'avoir pas, selon l'usage, complété son travail par une conclusion résumant nettement en quelques pages les traits essentiels de l'histoire de Vire révolutionnaire. C'est là un reproche tout à l'honneur de celui qui en fut l'objet. Cette omission anormale résulte, en effet, d'un scrupule : M. Nicolle, à l'impartialité duquel chacun s'est phi à rendre hommage, prétend qu'une conclusion, oeuvre éminemment subjective, puisque l'auteur y dit lui-même ce qui l'a

(1) Librairie .7. Beaufils. rue Saulncrie, Vire. — Gros in-8° de XXX 4- 719 pages. Prix 30 francs.

Qu'il nous soit permis de signaler ici que le jury, qui prononça sur les thèses de M. Nicolle, a tenu à marquer combien lui paraissait satisfaisante l'exécution matérielle de ces deux vol. réalisée par l'Imprimerie Beaufils, de Vire.

(2) Il était composé de MM. Prentout, professeur d'histoire de Normandie à la Faculté des Lettres ; Bridrey, professeur à la Faculté de Droit, auteur de l'édition si estimée des Cahiers de dotcanc.es du bailliage du Cotentin ; Weill, professeur d'histoire moderne et contemporaine ; Barbeau, Rainaud et Besnicr, professeurs à la Faculté des Lettres.

(3) Nous croyons savoir que l'ouvrage de M. Paul Nicolle sera très prochainement l'objet d'une récompense flatteuse décernée par une Société archéologique et historique de Normandie.


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surtout frappé dans son ouvrage, court le risque d'être une déformation. Ayant conscience de l'effort qu'il a fait pour rester objectif dans le cours entier de. cette étude, M. Nicolle veut laisser à chacun de ses lecteurs le soin et la liberté de tirer soi-même la conclusion.

Le reste du temps que dura l'examen, c'est-à-dire la majeure partie des deux heuers et demie, fut consacré par M. Prentout, rapporteur principal, à mettre en valeur l'originalité de la méthode employée, le fini de certaines enquêtes sur toutes ces questions dont on parle si souvent sans bien les connaître : Incarcération des Suspects, Contribution patriotique, Emprunts forcés, Maximum, Assignais, etc. Les chapitres d'histoire économique, ailleurs et presque toujours si confus, si rebutants, ont valu à M; Nicolle de vifs éloges.

Enfin, M. Prentout, qui a voulu marquer toute son estime et sa sympathie à l'un de ses disciples préférés, a tenu à lire au public de nombreux passages de l'Histoire de Vire, notamment ceux où l'auteur, échappant à l'emprise du détail dont la masse submerge tant de travailleurs, s'élève en un vigoureux effort au-dessus de la contingence, et, à propos de l'histoire d'une toute petite ville normande, aborde les grands problèmes de l'histoire générale. L'un de ces passages, très bref, mérite d'être cité sans plus attendre, parce qu'il présente cette particularité qui fait à M. Nicolle d'être le premier historien s'étant attaché à montrer quelle fut, en province, le véritable litige entre Girondins et Montagnards.

Nous le publions dès maintenant, mais auparavant qu'il nous soit permis de saluer avec autant de cordialité que de respect le nouveau Docteur, dont l'éclatant succès ne faisait aucun doute pour ceux qui le connaissent.

ELY O' TROPP.


Gironde et Montagne : Constitution et Révolution

(Extrait de Y Histoire de Vire pendant la Révolution 1789-1900) i»>

« Pour désigner la première partie de la période 1792-95, ou se sert d'une expression consacrée par l'usage : la lutte entre la Gironde et la Montagne. Elle a l'avantage de faire image et d'être commode à retenir. Cependant, il faut avouer qu'elle n'est pas loin d'être impropre : ne songer qu'à cet épisode dramatique de l'histoire de l'An-I" de la République, c'est n'envisager que l'aspect parisien, parlementaire, dirions-nous maintenant, d'un débat de portée plus haute que la question du rôle que doit jouer, dans la France en péril, la ville-capitale. Pour nous, la lutte dont la Convention est alors le théâtre, n'est que la manifestation la plus éclatante de l'existence de deux tendances inconciliables qui agitent le tréfonds de la nation elle-même ; l'une, restée fidèle à l'esprit même du décret de convocation d'une Convention nationale, et qui n'a nul souci de la contingence, réclame le vote rapide d'une Constitution comme remède unique aux maux qu'endure la Patrie ; l'autre, d'abord confuse, informe, parce qu'elle s'inspire uniquement des circonstances qui sont troubles, incline, au contraire, vers l'ajournement de tout système constitutionnel, et préconise la mise en action de moyens d'exception, les seuls susceptibles de mettre en déroute les adversaires du régime.

(1) Pages 221-222.


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« Claire et précise, la tendance « constitutionnelle » a pu, d'abord, rallier une majorité éprise de logique. Mais la dure leçon qui se dégage des événements quotidiens, fortifie insensiblement la tendance « révolutionnaire » ; elle prend corps, se précise peu à peu, gagne des adeptes. La Nation, qui veut vivre, abandonne un parti dont la formule est cruellement démentie par les rudes données de l'expérience. Après avoir admis la création d'organes nouveaux (1), elle glisse à l'application de décrets de caractère anormal (2), à l'ajournement de la Constitution de 1793 (3) ; bientôt, elle acclamera le fameux décret du 10 octobre 1793 : « Le gouvernement provisoire de la France est révolutionnaire jusqu'à la paix. »

« Ce sont ces deux courants qui, de novembre 1792 à novembre 1793, agitent la population viroise. Un état d'esprit « girondin » habilement entretenu par des compatriotes qui siègent à l'Assemblée départementale, à la Convention nationale, la ports à soupirer après le vote de la Constitution. Mais il suffit de quelques menées des adversaires de l'oeuvre réalisée depuis 89 pour rendre manifeste une certaine tendance des esprits à vivre « révolutionnairement », c'est-à-dire à approuver et même à solliciter des mesures d'exception. Autrement dit, si l'on se montre, à Vire, « girondin » par sympathie pour certaines personnalités de ce parti, on y sera disposé à suivre la Montagne aussitôt qu'on aura saisi que les mesures qu'elle préconise sont celles que nécessitent les circonstances. »

PAUL NICOLLE.

(1) Ex. : tribunal révolutionnaire (10 mars 1793) ; comités fie surveillance (21 mars) ; Comité de salut public (6 avril).

(2) Ex. : désarmement des suspects (26 mars) ; maximum (4 mai) : réquisition (23 août) ; emprunt forcé (3 septembre) ; incarcération des suspects (17 septembre 1793).

(3) Demande formulée le 13 août 1793.







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