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Or, la conférence de Potsdam (juillet 1945) avait confié aux troupes
anglaises et chinoises, au sud et au nord du 16e parallèle, la tâche de libérer
l'Indochine. C'est pourquoi, dès le mois de septembre, des forces de ces deux
pays pénétrèrent sur le territoire vietnamien. À Saigon, les Français profitèrent
de leur liberté retrouvée pour reprendre le pouvoir aux Viet-Minh (3). À Hanoï,
Ho Chi Minh dut composer avec les éléments nationalistes anticommunistes
arrivés dans les fourgons de l'armée du Kuomintang.

Au mois d'octobre, le corps expéditionnaire français commandé par
le général Leclerc débarqua au Sud pour relayer les troupes britanniques. Un
haut commissaire, l'amiral Thierry d'Argenlieu, était chargé d'appliquer la nou-
velle politique de la France telle que définie par la déclaration du Gouvernement
provisoire de la République française en date du 24 mars 1945 : autonomie
interne des cinq pays de la Fédération indochinoise, elle-même incluse dans la
future Union française et dotée de certains pouvoirs... dans le respect des intérêts
de la France. Au Nord, un émissaire spécial, Jean Sainteny, avait pour mission de
parvenir à un accord avec Ho Chi Minh. S'il finit par y arriver, c'est en grande
partie grâce aux Chinois dont la présence était alors infiniment trop pesante pour
le Viet-Minh.

L'accord du 6 mars représentait un formidable pas en avant pour une
solution pacifique, ménageant la susceptibilité vietnamienne tout en permettant
le maintien de la présence française. Paradoxalement, cet accord avait été arra-
ché par les militaires, le général Leclerc en tête, contre la volonté des civils,
colons et administrateurs soutenus par Th. d'Argenlieu. Dès lors, ceux-ci
n'auront plus de cesse qu'ils n'aient saboté la paix retrouvée.

Appliquant strictement les instructions de Paris, d'Argenlieu jugeait
de son devoir de maintenir la Cochinchine sous contrôle français, d'empêcher
son rattachement au Vietnam de Ho Chi Minh et, pour cela, de la constituer très
vite en république autonome, ce qui fut fait le 1er juin 1946.

En fait, il manquait sans doute, de part et d'autre, une véritable
volonté d'aboutir à un compromis acceptable, si bien que la conférence de Fon-
tainebleau, ouverte le 6 juillet, clôtura ses travaux, le 10 septembre, sans avoir
rien produit de plus complet qu'un « projet de modus vivendi » permettant aux
deux parties en présence de continuer à cohabiter sur le territoire nord-vietna-
mien jusqu'à l'ouverture de nouvelles négociations, en janvier 1947.

À Haiphong, le conflit larvé entre Français et Vietnamiens à propos
de la souveraineté sur les douanes conduisit à un affrontement armé, qui fit 22
morts et 64 blessés du côté français, les 20 et 21 novembre. Le 23, le colonel
Dèbes fit bombarder les quartiers populaires. Ce carnage fit des milliers de
morts. Le 28, en dépit d'une contre-attaque des forces vietnamiennes, Haiphong
était entièrement occupée par les troupes françaises.

De provocation en provocation, l'insurrection éclata et, au début
de 1947, le Gouvernement de la République démocratique du Vietnam, contrôlé
par le Viet-Minh, prit le maquis. Dans ces conditions, Bao Dai restait l'unique
recours crédible.

Aussi le Président Auriol signa-t-il, le 8 mars 1949, avec Bao Dai, à
Paris, un accord historique aux termes duquel la France reconnaissait solennelle-
ment l'indépendance du Vietnam « à qui il appartient de réaliser son unité ».
Dans la hâte, une élection fut organisée en Cochinchine et la nouvelle assemblée

(3) Contraction de « Vietnam doc lap dong minh Iwï» : Ligue de l'indépendance du Vietnam.

22 Le Vietnam en mutation
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