— 62 — renverser les trônes et faire trembler les tyrans. Cette liberté qu'elle a vue apparaître, elle s'en éprend si bien qu'elle veut l'établir partout, — hélas ! sans s'apercevoir qu'elle n'en connaît pas assez les conditions. On peut railler cette dispo- sition qui, en effet, n'évite pas toujours le ridi- cule. Toujours est-il que l'on ne peut pas lire l'histoire de l'Europe depuis cent ans, sans s'aper- cevoir que la France a eu pour les idées une force d'impulsion, de lancement pour ainsi dire, que les autres nations n'ont pas eue à ce degré. C'est bien, je crois, ce que disait l'ex-empereur, quand il rappelait que la France seule sait faire la guerre pour une idée. Ce bon sens dont nous venons de parler, cette intelligence déliée, cette affabilité, cette ouver- ture de coeur, cette ardeur de propagande, nous les avons encore, n'est-ce pas? Le braconnier du 2 décembre nous les aurait-il enlevées! Non : voilées pour un temps, elles font partie de notre nature; et tant qu'elles nous restent, il ne pourra être question pour nous d'une décadence défini- tive. Mais il nous faut mentionner un autre trait, qui dans ce moment permet aux Allemands, moins qu'à personne, de prononcer à notre égard le mot de décadence : nous voulons dire la générosité.