— 59 — quel il y avait plus d'ignorance que de vanité, va se modifiant chez nous à mesure que nous sortons de notre isolement. Tant que nous n'avons connu ni les langues ni les littératures des autres peuples de l'Europe, nous devions les trouver barbares. C'est une vieille histoire. Est barbare quiconque ne sait pas se faire comprendre de nous. — Au- jourd'hui que la fréquence des voyages et les né- cessités du commerce amènent un plus grand nombre de nos compatriotes à entrer en contact avec les autres nations chez elles, nous leur ren- dons mieux justice, et peu à peu s'affaiblissent ces préjugés absurdes que le premier empire avait tant favorisés. La masse du pays, trop ignorante encore pour savoir ce que représentent les noms de Goethe et de Herder, aperçoit pourtant dans les brumes du lointain des peuples qui ont leur vie propre et leur développement spécial. On a appris que toutes les branches du savoir humain ont été cultivées ailleurs avec autant de succès au moins que chez nous. De tous ces faits résul- tait dans l'opinion publique une appréciation plus saine des choses, un jugement plus impartial sur nous-mêmes et sur les autres. Il n'est donc point question de déprécier ici l'Allemagne au profit de la France. Nous cherchons