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Title : Revue de la Brie et du Gâtinais. Historique, littéraire, agricole, artistique...

Publisher : [s.n.?] (Paris)

Date of publication : 1888

Type : texte,publication en série imprimée

Language : French

Format : application/pdf

Copyright : domaine public

Identifier : ark:/12148/cb32857495c/date

Source : Bibliothèque nationale de France

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32857495c

Provenance : bnf.fr

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1888/04/25 (A1,N1)-1888/10/01 (A1,N13).
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Title : Revue de la Brie et du Gâtinais. Historique, littéraire, agricole, artistique...

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KEVl'F. DE IA MttE ET Dt' OATIN'AIS

cet affluent tie la Seine, chéri de la presse pari-
sienne, on met en vente cette semaine I.' châ-
teau du dernier des JtiTussard. Les visiteurs
affluent, les reporters, qui n'ignorent point le
^rand ro'e que joue su printemps le Grand-
Morin c'ans les f rlicles de météorologie quoti-
dienne, i. I.c temps qu'il fait Les le'mfjrjluri
A'ciij.urjh'.i Lu crvi .fe /.i Seine » profitent
de cette occasion pour aller contempler en per-
sonne h rivière dont ils ont si soavent, sur la
foi de leur imagination, vanté l.'S charmes et
mesuré l'é;i jgc. Nos lecteurs nous sauront donc
gré de rappeler aujourd'hui à leur némolre la
terrible et curieuse histoire du dernier des Jaf-
fussard.

JalTussard (Amédée-Stéphane-Victor), natif
d'Esternav-sur-Mo.in, qui eut, à l'époque de
la gloire du roman judiciaire, une célébr-té si
grande, est la plus singulière physionomie lit-
téraire de notre époque. Dévoré d'ambilbn dès
les bancs du collège, tourmenté par un besoin
de popularité malsaine, il était de cette race de
scélérats épris de publicité, qui incendient des
meules ou estropient des e îfants, pour voir leur
nom figurer dans le journal de la loca'ité; il avait
gardé cependant le respect des lois sociales,
parce qu il les jugeait utiles à ses intérêts et
mettait en somme Fa gloire d'Alfred de Musset
avant celle de Troppmann. Dès l'âge de dix-
huit ans, il écrivait dans les 21 journaux du
département de Seine-et-Marne, à l'affût du
moindre scandale et commentant les plus légè-
res rixes avec une perspicacité policière, innée
chez lui. A vingt ans, il collabora à la publica-
tion des causes célèbres, et signa plusieurs
articles dans les brochures jaunes in-4J qu'on
vend dix-huit sous sur le quai de la Monna'e :
* Les GreinJs Assassins, Les Tueurs Ci'Htres,
La lletn.le JVeire. >•

Cependant le caractère d; Jaffussard (Amé-
dée-Stéphane-Victor) s'aigrissait ; lorsque,
crotté jusqu'à l'échiné, il rentrait le soir, dans
la mansarde qu'il avait louée à Melun, rue
Saint-Aspais, et qu'après un maigre repas, la
sandwich mélancoliquement mangée sous les
tilleuls du quai Sa'.iit-Jean, et le café pris dans
la guinguette de la rue du Four-à-Plâtre, il
s'acc judait il sa table de travail, devant ses ma-
nuscrits ébauchés et inédits, des pleurs de rage
lui montaient aux yeux: ses rêves de gloireetâe
richesse prenaient une intensité maladive. Que
n'aurait-il pas fait pour avoir l'ais3nceet le luxe
des grands romanciers dont il enviait la renom-
mée, pour posséder la villa coquette chaque
fête amène un peu du tout Paris, le cabinet de
travail avec inscription: Nulles Messine lima, le
salon, les débutants, viennent espérer et se
morfondre, l'antichambre pend dans la pé-
nombre des vitraux, lalanterne moyen-âge aux
ciselures d'argent, le brigand japonais à l'ar-
muredecuivre veillesurleplateau de bronze dé-
bordant de caries de vis'tes: tout cet attirail d'ar-

tiste cossu, d'écrivain en vogue, dont la réputa-
tion et lesren'es sont solidement assises. M aïs lui,
quels moyens avait-il d'arriver : n'ayant jamais
approché les pu'ssants du jour que par l'entre-
mise des demi-mondaines, il n'avait ni leur es-
time, ni leur appui. La seule personne qui sem-
blât s'intéresser a lui, était une certaine baronne
russe, Anna DodoTska, qui s'était fait bâtir sur
l'Almont une villa tapageuse et criarde, aux
tons rose, pompadour et bleu laque, tenant à
la fois du chalet suisse et de la façade de
l'Opéra, et visible de deux lieues à la ronde
grâce aux pigeonniers gothiques s'ébattaient
sous les ardoises aux tons violents, toute une
famille chatoyante et bigarrée de pigeons ro-
mains, don du célèbre Âscoli, un ténor italien
de ses intimes. Cette baronne russe avait dû, il y
a quelques années, être une fort jolie femme, et
pour le moment, sous le gris cendré de ses che-
veux aux tons effacés, comme il convient! une
blonde entre deux âges, elle'conservait encore
deux yeux d'un bleu grisâtre et profoni qui
respiraient une bonté placide et compatissante.
L'ironie n'avait point creusé, au coin de ses
lèvres, ces adorables fossettes qu'elle laisse
comme un souvenir vivant de leur esprit, sur
les joues des femmes de véritable distinction ;
mais en revanche le calme de cette physiono-
mie, encore rose et fraîche, malgré l'embon-
fx>int qui gagnait les traits déjà quelque peu
as, inspirait au premier abord la sympathie, et
ne trompait point. Anna Dodoïska avait la ma-
nie de la protection ; ce n'était point cette ma-
nie banale, qui s'exerce in animA vili et pousse
par je ne sais quelle mystérieuse influence les
vieilles filles à se faire les fidèles gardiennes de
perruches vertes ou de chats blancs. Ce besoin
de commisération, chez Anna Dodoïska,
s'adressait aux Cires humains, et plus d'un dé-
classé de la musique et des lettres, plus d'un
« raté D des arts ou des sciences ava:t trouvé
chez elle un accueil bienveillant et en était
sorti avec quelques louis de plus dans sa
poche. Par quelle suite d'aventures la ba-
ronne russe Anna Dcdoïska était-elle ve-
nue s'échouer sur les bords d'une rivière de
Seine-et-Marne, quelle suite ininterrompue
d'avatars mystérieux l'avait amenée du fond
de l'Ukraine au pays briard, nul ne l'avait ja-
mais su et la subtile pénétration de JalTussard
lui-même se trouva en défaut, le jour il eut
fait connaissance de Don José Herrera, ancien
toréador recueilli par la baronne et devenu
son intendant, et il se mit en tête de dé-
couvrir dans la vie de l'exilée le document d'un
feuilleton judiciaire.

C'est dans la guinguette de la rue du Four-
à-Plâtre, Don José venait embaucher un
jardinier, que Jaffussard avait fait la connais-
sance de l'ancien toréador. Entre deux solides
buveurs qu'ils étaient, la connaissance fut
vite faite. Ils échangèrent d'étrangeset lugubres

Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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