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LA MOSAÏQUE.
ment par la puissance de construction de sa double
enceinte de murailles et de tours, par son sol tout
formé de la poussière et de débris de colonnes,
de frises, de chapiteaux, donne à admirer le palais
de ses anciens rois, vaste comme une cité, pavé des
plus délicates mosaïques et portant encore sur ses
pans de murs, sur ses restes de voûtes, des chefs-
d'oeuvre de sculpture. Une contrée mise en évidence
à tant de titres ne pouvait pas être négligée par
les premiers missionnaires du christianisme. Un
apôtre, saint Barthélémy, y prêcha l'Évangile avec
un complet succès, et la nation arménienne, après
avoir maintes fois varié ses croyances sous l'in-
fluence de diverses sectes, s'est rattachée, sauf
quelques points de dissentiment, à l'église grecque;
elle est aujourd'hui une des plus nombreuses fa-
milles chrétiennes de l'Orient.
Indépendamment de l'attrait qu'ont ainsi répandu
sur elle les événements et les travaux des hommes,
l'Arménie se recommande encore à la curiosité par
son aspect, son caractère et ses dons naturels. For-
mant, entre le Diarbeck, le Curdistan, le Schirvan
et la Géorgie, un plateau élevé qu'environnent et
découpent de hautes montagnes, dont les cimes
toujours blanchies de neiges enfantent le Tigre et
l'Euphrate, elle offre réunis dans ses limites tous
les climats, tous les végétaux, tous les animaux,
tous les phénomènes terrestres et célestes, tous
les paysages. Il semble, suivant une expression
pittoresque, que la Sibérie et l'Afrique, avec leur
physionomie originale et leurs attributs les plus
caractéristiques, s'y soient donné rendez-vous; le
palmier s'y mêle au sapin, le chêne au citronnier,
et les hurlements de l'ours y répondent aux rugisse-
ments du lion. L'habitant indigène de cette terre
illustre est aussi dans ses moeurs et dans ses habi-
tudes actuelles un intéressant sujet d'observation.
La nation arménienne, composée d'environ
1,700,000 âmes, se divise, pour ainsi dire, en deux
parties distinctes. Les uns, fuyant les vexations des
Turcs et des Persans, et poussés aussi par une cu-
pidité aventureuse, se sont répandus comme les
Juifs dans tout l'univers : le contact et la fréquen-
tation des étrangers ont peu à peu altéré leurs traits
physiques, intellectuels et moraux, et un esprit
d'ordre et d'économie, une aptitude remarquable
pour le commerce et l'industrie sont, en quelque
sorte, les seules dispositions natives qu'ait gardées
et développées cette tribu cosmopolite. Les autres,
avec cet amour du sol natal si vif et si touchant
chez les peuples opprimés, sont restés dans la pa-
trie de leurs aïeux, où ils exercent presque exclusi-
vement l'agriculture, le commerce, l'industrie et
les arts Ceux-là ont conservé dans toute sa pureté
le beau type de la race arménienne : leur taille est
élevée et élégante, leur figure noble et gracieuse,
leur caractère doux, affable et bienveillant, et leur
vie s'écoule dans la simplicité austère mais affec-
tueuse des moeurs patriarcales.
Les noces et les funérailles, dans les formalités
desquelles les peuples , ainsi que nous avons déjà
eu occasion de le dire, font plus particulièrement
preuve d'originalité, sont accompagnées chez les
Arméniens de quelques circonstances assez curieu-
ses. Lorsque les conditions de l'union ( qui ne peut
guère être un mariage d'inclination puisque les
parents seuls négocient l'alliance et que le futur
entrevoit à peine sa fiancée avant de la mener à
l'autel) sont arrêtées, l'envoi et la réception des
cadeaux et la lecture de l'Évangile faite par un prê-
tre devant de vieilles" femmes appelées en témoi-
gnage, consomment les fiançailles. Au jour fixé,
une brillante cavalcade, composée de parents , d'a-
mis et de musiciens, se met en marche pour l'église :
au milieu se distinguent l'époux par une toile d'ar-
gent qui lui descend jusqu'à la ceinture, et l'épouse
par un long voile blanc qui, percé seulement de
deux trous à la hauteur des yeux, l'enveloppe de
la tête aux pieds. Ils s'avancent en tenant chacun
par un bout une longue écharpe, symbolique image
du lien qui va bientôt les unir. Plusieurs jours
de fêtes et de festins complètent la cérémonie.
Les funérailles, auxquelles on procède aussi à
peu près selon les formes catholiques, sont remar-
quables par les points de ressemblance qu'elles
offrent avec les coutumes funèbres de quelques
peuples de l'antiquité et en même temps avec celles
de quelques peuples modernes. Un festin splendide
est préparé dans la maison mortuaire à tous ceux
qui ont assisté à l'inhumation, et comme les Écos-
sais, le plus pauvre Arménien épuise toutes ses res-
sources pour déployer toute la pompe convenable
au repas de mort de l'un des siens.
PARIS. - IMPRIMERIE ET FONDERIE DE RIGNOUX ET Ce,
' rue des Francs-Bourgeous-S.-Michel, 8.
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, Z-5214