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Titre : L'Altana, ou la Vie vénitienne (1899-1924).... T.1 / Henri de Régnier,...
Auteur : Régnier, Henri de (1864-1936)
Éditeur : Mercure de France (Paris)
Date d'édition : 1928
Type : monographie imprimée
Langue : Français
Format : 2 vol. (277, 286 p.) ; 19 cm
Format : application/pdf
Droits : domaine public
Identifiant : ark:/12148/bpt6k4113088
Source : Bibliothèque nationale de France
Relation : Notice d'ensemble : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40942151h
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40942151h
Provenance : bnf.fr
Date de mise en ligne : 06/12/2007
henri de regnier altana: 136 páginas encontradas
p.NP (1)
L'ALTANA ou LA VIE VÉNITIENNE 1899-1924 1
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La Vie vénitienne i 899-1 924 HENRI DE RÉGNIER DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE L'Altana MERCVRE DE FRANCE zxvi, nva de condé, xxvi ou 1 DIXIÈME ÉDITION – ^3 PARIS MCMXXVUI
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l'altana OU LA VIE VÉNITIENNE de ses admirateurs que l'on peut impunément se donner la satisfaction de s'ajouter à leur nombre et de prendre place dans leurs rangs. Je n'ai pas, je l'avoue, attendu jusqu'aujourd'hui pour me joindre au cortège. Les personnes qui ont bien voulu parcourir mes divers
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L'ALTANA OU LA VIE vénitienne position rigoureuse. Je ne m'y astreindrai point. Le souvenir a ses caprices et je me soumettrai à leurs fantaisies. Je les laisse- rai se joindre, s'entrelacer, se séparer, se retrouver à l'exemple des canaux de la Ville inextricable. Je n'écris pas une his- toire
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE J'ai souvent réfléchi à cet étrange ascendant, à cet attrait singulier qu'exercent sur moi ces lieux auxquels m'attache une tendre fascination. Venise est une ville admirable, d'une beauté unique, et elle a suscité bien des ardentes curiosités et bien des fidélités
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE que j'ai vécue à Venise. Peut-être aurais-je préféré m'y voir le contemporain de la Ve- nise du xviii0 siècle, de la Venise de Gol- doni, de Gozzi et de Casanova, au temps de la Sérénissime République où l'existence vénitienne atteignit son point le plus déli- cat dans
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L'ALTANA OU LA VIE vénitienne I/ALT.UU. – »• a échange de mon attentive tendresse, quelques-uns des secrets de son silence et de sa beauté.
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SUR L'ALTANA Venise. Septembre 1899. Les yeux fermés, j'écoute, au roulement du train, résonner à mes oreilles les deux syllabes entendues tout à l'heu- re, au dernier arrêt. Elles m'avertissent qu'approche l'instant si longtemps désiré. Que de voyageurs les ont entendues, ces syllabes
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SUR L'ALTANA d'en proférer tout haut d'autres dont l'haro monieuse sonorité est sur mes lèvres. Je le pourrais cependant sans trop attirer l'attention, dans ce wagon nocturne où je suis enfermé depuis de longues heures et dont les vitres matinales ou crépusculaires se sont tour à tour éclairées
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE humide, molle, qui sent l'herbe et l'eau, la prairie et le fossé, le jonc et la terre, et qui, tout engourdissante qu'elle soit, a réveillé les voyageurs somnolents. Quelques-uns sont debout dans le couloir. Un employé passe, portant une valise. Une vieille An- glaise
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sun l'altana mettre le felze, il fait un peu frais, ce soir. » Carlo est là, en effet. C'est un grand, souple et maigre gaillard, avec un teint basané, un long nez, des yeux très rapprochés de ce nez, des moustaches noires, des cheveux drus. Il est nu-tête, vêtu de toile blanche, le col ouvert
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L'ALTANA OU td 'VIE VÉNITIENNE troupeau, de bétail marin, à la fois bêtes de course et bêtes de somme. Plusieurs s'éloignent déjà, chargées. Celles qui restent se pressent et s'offrent, dans un clapotis d'eau, dans un bruit de voix, d'appels. Ne dirait-on pas que celle-là qui s'avance va mordre
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SU» L'ALTANA. à l'heure s'est changée en une odeur saline, plus âcre, plus forte, une odeur de port et de marée. Nous glissons sur de minces canaux qui creusent des coupures entre de hautes façades de marbre ou de brique où le clair de lune laisse apercevoir de bizarres lucarnes, des sculptures
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE sont encastrés des médaillons byzantins, apparaît le Grand Canal! Il s'étend, magnifique et lunaire, mais nous ne faisons que l'entrevoir un instant, car la gondole l'a traversé de biais pour s'insinuer de nouveau dans le dédale de l'autre rive, et c'est de nouveau
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SUR L'ALTANA souper à une table amicalement prévoyante, mais il est tard et les voyageurs ont besoin de sommeil. La chambre où l'on me conduit est au troisième étage du Palais. Elle est meublée dans le goût anglais, pourvue de bibliothèques basses surmontées d'étagères pratiques, mais compliquées
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l'altana OU LA VIE VÉNITIENNE domine ses vieilles tuiles en pente et je voisine avec ses hautes cheminées dont l'une s'achève en forme de dé et dont l'autre se termine en entonnoir. Que vois-je encore? un coin luisant du Grand Canal, le dôme arrondi d'une église, puis d'autres toits, d'autres
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L'ALTANA OU LA VIE vénitienne jourd'hui, pour pouvoir gagner la gondole, on a établi sur des tréteaux un chemin de planches. Elle nous attend, attachée aux grands pieux de couleur, aux pali comme on les appelle, et la voici qui vient, longue, souple, docile, fière et noire. Je la regarde avec
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SUR L'ALTANA de soie qui aide à se lever du siège. Tout cela luisant, astiqué et simple. Toutes les gondoles sont de même forme et se distinguent seulement par la qualité de leur cuir, le brillant de leur vernis. Les gondoles de maître sont à deux rameurs. L'été, ils sont vêtus de toile blanche
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l'altana OU LA VIE vénitienne nue que nous quittons pour la première fois le Palais Dario après un coup d'oeil à sa blanche façade de marbre où s'incrustent des disques de serpentin et que dominent son toit de belles tuiles rousses, ses hautes cheminées baroques et son altana, d'où j'ai entendu
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L'ALTANA ou LA VIE vénitienne de toute sa blanche pierre d'Istrie que surmontent des statues. Le soleil chaufl'e doucement les larges dalles de la Piazzetta, que prolonge la place Saint-Marc dont l'étendue s'encadre des doubles Procuraties où s'opposent les rigidités du gothique et la fastueuse
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SUR L'ALTANA L'iLTAfiA. – I. 3 chandises et friandises vénitiennes. Les granité et les sorbets ressemblent à du verre gelé, les verreries imitent les dentelles en leurs fantaisies compliquées. La place SaintMarc est à tous, aux étrangers comme aux Vénitiens. Elle appartient aussi aux pigeons
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L'ALTANA ov LA VIE vénitienne E même que je ne l'ai pas « fait exprès » d'arriver à Venise par un soir de clair de lune, je me suis bien promis de m'y interdire le plus possible tout lyrisme et tout romantisme. Pourquoi surajouter aux impressions reçues? Venise n'a pas besoin de panégyristes
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SUR l'ALTANA du Palais Dario appellent « être bon Vé- nitien ». Or il me semble que je me sens bon, très bon et même excellent Vénitien. Si bon que j'aurais honte de noter, même pour moi seul, sur un ton exagéré, ce que j'ai ressenti en entrant à Saint-Marc ou en visitant le Palais Ducal. J'aurai
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L'ALTANA OU LA VIE vénitienne gieux coins d'ombre où scintillent des lampes dont la lumière a on ne sait quoi de secret et de lointain. Mais en l'honneur de qui est-il édifié, ce temple que, parfois, aux jours des plus hautes marées, vient baigner le flot débordé de la Lagune? A qui l'ontils dédié
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SUR l/ALTANA lui de leur mort, où ils allaient dormir en de somptueux tombeaux, sur lesquels s'allongent ou se dressent encore, aux Frari ou à San Giovanni e Paolo, leurs statues hautaines ou gisantes. C'est tout ce qui reste d'eux avec leurs noms dans l'histoire, car leur palais n'est plus
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L'ALTANÀ OU LA VIE VÉNITIENNE la vénitienne qui est la leur et que j'aie le sentiment de ne pas être à Venise « de passage ». Leur hospitalité m'évite les bana- lités de l'hôtel, et leur amitié fait plus en- core. Par elles, j'apprends maints détails des coutumes et des usages locaux. Mon initia
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SUR l'altana crépuscule, Venise s'allume. Elle prend un air de mystère et de secret. La gondole nous attend à la Luna ou à San Moisè et nous rentrons au Palais par le dédale des étroits rii. Ce n'y est pas encore le grand silence nocturne, mais Venise a sa façon à soi d'être bruyante. Les voix
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE de Venise sont dallées; aussi la marche y est-elle assez dure, rendue plus dure encore par les degrés qu'il faut monter et descendre au passage de chaque pont, et ils sont nombreux. Chaque calle a son nom inscrit, avec souvent l'indication du quartier, sestiere
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sur l'aLtana versai qui vous barre la route et vous oblige à revenir sur vos pas, tandis que quelque polisson ou quelque commère vous crie nar- quoisement « Aqua! aqua! ». C'est en fréquentant familièrement les calli et les campi que l'on entre en contact avec la Venise populaire, qu'on l'apprend
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l'altana OU LA vie VÉNITIENNE bouteille de grappa dans laquelle verdit un plant de basilic! Et c'est dans ces calli que l'on croise les Vénitiens et les Vénitiennes du commun, bourgeois et ménagères, boutiquiers et artisans, ouvrières des ateliers ou employés de commerce; c'est là
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SUR L'ALTANA vous n'avez qu'à l'appeler du cri de Poppet Aussitôt vous la voyez se détacher et ve- nir à vous. Le passage se paie d'une minime monnaie que l'on dépose en débarquant sur le banc de la gondole. Tantôt on y est seul, tantôt en compagnie. Les Vénitiens s'y tiennent d'ordinaire debout
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE aller à la place Saint-Marc ou en revenir lorsque la gondole de Carlo n'est pas à la porte du Palais. u plaisir de la promenade dans Venise A s'en ajoute un autre. Autour de Ve- nise il y a la Lagune et les îles. Elles sont nombreuses sur la vaste étendue des eaux
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SUR L'ALTANA la Lagune vive où la marée se fait le mieux sentir, tandis qu'elle atteint à peine le fond de la Lagune morte où San Francesco nel Deserto émerge des algues et des vases et où s'égrène le chapelet de l'Archipel vénitien Burano la Dentellière, Mazzorbo, Torcello la Solitaire, Murano où
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l'altana OU LA VIE VÉNITIENNE immense plaine d'algues que l'eau recouvre souvent d'une faible épaisseur liquide et découvre par place lorsque s'abaisse son niveau. Ses profondeurs sont variables. Elle est continuellement modifiée par le travail des courants qui creusent, rejettent, étalent
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SUR L'ALTANA lo, vous pourrez vous asseoir sous les cyprès et les pins qui ombragent le couvent francis- cain de San Francesco nel Deserto; vous pourrez jouir en paix, au bercement de la gondole, du prestigieux spectacle de la La- gune de Venise et je n'en connais pas de plus étrange et de plus
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE comme une merveilleuse corbeille tressée par le Génie de la Terre et par l'Esprit des Eaux. Rien n'est plus émouvant et plus beau que de voir, du fond de la Lagune morte, le soir tomber sur Venise. Les braises du couchant éteintes, toutes les couleurs s'apaisent
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sua l'altana L'.lLIAXi. t £ tinal sur les vieilles pierres et les antiques marbres. En attendant, la voici qui s'allume dans l'ombre. La gondole a glissé sous l'ar- che si noble du Ponte dei Mandicanti. San Giovani e Paolo domine l'étroit campo où, sur son piédestal, Bartolomeo de Bergame, dit
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE XVe siècle. Il fut bâti par un marchand dalmate, enrichi dans les commerces de la mer, qui le dédia au génie de la ville, ainsi que l'atteste l'inscription latine gravée à sa base, où l'on peut la lire encore et qui porte ces mots Urbis genio Johannes Darius. Comme
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SUR l'altana sent quatre par quatre. Sur la droite, à cha- cun des étages, s'en ouvre une seule, sépa- rée de celles de l'étage correapondant par une large table de marbre où s'incrustent les disques dont j'ai parlé. Au rez-de-chaus- sée, des fenêtres en nombre égal accompa- gnent de chaque côté
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l'altana OU LA VIE vénitienne principale est une galerie qui occupe en sa longueur toute la profondeur du Palais. Sur ses dalles sont jetés d'harmonieux tapis d'Orient. Le plafond est fait de poutres apparentes qui s'appuient à une corniche en relief. Tout un côté de cette galerie est garni
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE de la belle Turandot, princesse de la Chine. C'est dans ce salon rose que l'on reçoit d'ordinaire les visiteurs qui viennent au Palais à l'heure du thé. J'y ai vu un musicien, un médecin, une lady anglaise et un charmant petit prince viennois, parfumé, fardé et corseté
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L'ALTANA OU LA VIE YÉ!«T!EX* E Tintoret et de Véronèse, ni la Venise de Candide que visita le spirituel président de Brosses, la Venise de Tiepolo et de Longhi, de Canaletto et de tuardi, de Goldoni, de Gozzi et de Casanova. Où sont ses masques? Qu'est devenue son ancienne richesse
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SUR L'ALTANA ques noires? De là, l'attrait de Venise sur certains esprits, mais son sortilège s'exerce encore par bien d'autres moyens. Son nom seul suffit à attirer et à retenir. Est-ce à la magie de ce nom ou à quelque autre appel plus intérieur et plus profond qu'ont cédé nos amies du Palais
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIHMNR proque. L'une et l'autre, par des circonstances d'existence et par des similitudes de situation, se trouvaient libres. Une année, elles vinrent à Venise et jugèrent qu'il leur serait agréable d'y revenir, non plus seulement en passantes, mais de façon à y faire
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE curiosités d'esprit, le goût de la lecture et de la réflexion. Elles étaient attirées l'une et l'autre par les questions d'art et de littérature. Nullement mondaines, elles étaient sociables. Leur parfaite entente n'empêchait pas cependant qu'elles fussent
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SUni.'ALTANA riche culture littéraire et artistique. C'est une femme qui penee et qui agit. A ses actes, à ses pensées, elle apporte une décision réfléchie. Elle attire par sa bonté et en impose par sa volonté. Elle se met volontiers au service de ses amis. Son esprit et son cœur sont
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L'ALTANA OU LA VIE VENITIENNE entrepôts, puis une caserne, franchit le Ponte Lungo, suit le mur rouge de l'hospice des Incurables que dominent des groupes d'amours joufflus, passe le pont della Calcina, atteint ensuite le Palais Zen, où logea José-Maria de Heredia, arrive aux Gesuati dont la façade
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SUR L'ALTANA Je vous aime aussi, autres fondamente de Venise. Je vous aime, étroites et longeant quelque bout de rio, solitaires ou encom- brées et, sous le nom de Riva del Carbon ou de Riva del Vin, quand vous bordez le Grand Canal aux approches du pont de Rialto. Je vous aime, quand vous devenez
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L'ALTANA OU Î. VIE VËMTIEfKE ÉJA ces souvenirs, à mesure qu'ils s'acD cumulent, je les classe dans mon esprit. Tous ils y font de la joie et contribuent à mon bonheur vénitien, à cette sorte de calme ivresse où l'on vit ici, car, à Venise, la hâte et l'agitation sont inconnues. La conformation
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SUR L'ALTANA C'est à cette dernière que l'actuelle nous ramène le plus aisément. Certes, les adjonctions modernes en ont bien modifié certains aspects, mais elle a gardé le plus caractéristique des architectures et des perspectives que nous ont transmises les Guardi et les Canaletto. Ce palais
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L'ALTANA OU LA VIE VENITIENNE de spectateurs portant le ~a~aro, la &tHMa et la maschera, mais il est facile de se les imaginer. Personne, à Venise, n'échappe à cette hantise de son charmant passé goldonien. Les peintures de l'Accademia, les souvenirs de la vie vénitienne que renferme le Museo
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L'ALTANA OU LA VIE Y]6N)T]EKSE lots dont un bourre-pipe en porcelaine qui a la forme d'une jambe, et d'une jambe où l'on distingue une puce minuscule. Les murs de la salle à manger sont peints d'oiseaux, de fleurs, de fruits. Sur des dressoirs sont exposées des pièces de vieux Venise. Des bau~e
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE échine, et d'où elle s'est répandue victo- rieusement, gagnant peu à peu sur la La- gune pour, de là, remplir les mers, de sa gloire étendue et de son étonnante destinée. C'est de cette plate-forme que l'on com- prend sa prodigieuse structure et le patient effort
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SUR L'ALTANA grands hôtels avec leurs lanternes illuminées y parviennent d'assez loin pour ne pas troubler la causerie. C'est à la fois un lieu de repos et une vigie. C'était là que les dames du temps passé venaient sécher leurs chevelures récemment teintes. Aujourd'hui, un autre intérêt
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L'ALTANA 00 LA VIE VÉNITIENNS dole viendra se ranger le long des marches du Palais Dario et emmènera vers la gare un autre poète moins illustre. et l'enchantement de ces semaines sera fini. Mais non, car je sens que, même loin d'elle, on ne quitte jamais Venise et que le souvenir qu'on en emporte
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE impatience, la fin de cet insipide repas, tout en regardant les rares convives attablés, lorsque je remarquai que leur attention était attirée vers la porte. Elle venait, en effet, de s'ouvrir pour laisser entrer un groupe singulier. Deux domestiques s'avançaient
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L'ALTANA OU LA VIE VËNITIENNH Je retrouvais, cette fois, Venise, en sa beauté presque automnale et j'y retrouvais l'enchantement qu'avait interrompu une longue année d'absence. Oui, c'était bien la Venise de mon souvenir et, cependant, j'éprouvais à la revoir une impression singulière. Présente
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L'ALTANA OU LA VIE V~NITIEUNE tique était calme et bleuâtre. Un saltimbanque faisait, au son d'un petit orgue triste, danser des singes affublés de loques rouges. Un gamin s'approcha de nous pour nous vendre des petits hippocampes desséchés, minces momies marines, légères à la main comme
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L'ALTANA OU LA VIE \'ÉNITIEXNË une infinie bonne grâce les incommodités que je leur apportais. Décidément, le milord anglais de l'hôtel de Bâle m'avait mal conseillé. J'aurais mieux fait, au premier malaise éprouvé, de retourner à Paris. Au lieu de cela, j'étais à Venise! A Venise. Dois-je l'avouer
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE quille chambre du Palais Dario, j'étais comme isolé de tout et comme dépouillé du tissu aux mille mailles des réalités quotidiennes. Déjà le voyage m'avait préparé à une rupture de mes habitudes, la maladie achevait de m'en détacher. Nous étions pour ainsi dire seul à
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L'ALTANA OU LA VIE VËKITtENKE peu de lecture, et le temps passerait, scandé par les trois coups de canon tirés à San Giorgio, à huit heures du matin et à huit heures du soir, pour annoncer l'ouverture et la fermeture du port, et à midi pour régler les montres et les horloges des bons Vénitiens
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L'ALTANA OC LA VIE YËNITIEfNE vero Marco, mais comme je l'imaginais bien, assis dans sa barque parmi ses paniers de raisins aux belles grappes juteuses! « La bell'uva, la bell'uva », le cri s'éloignait. Le silence se rétablissait dans la chambre ou s'épaississait le crépuscule. Alors j'allumais
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L'ALTANA OU I.A VIE VËNITIENSE nue. Parfois les longues larmes de la pluie ruissellent sqr le marbre vieilli de ses façades, mais elle ne perd rien de sa fierté. Elle se retrouve plus elle-même qu'aux jours où elle s'offre à la curiosité des touristes et aux regards indiscrets de ceux
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t.'ALTANA 6M tA VIE VËNtttËNNË Palais Venier, de chaque côté de la grande porte fermée d'une grille de fer qui laissait apercevoir les arbres défeuillés du jardin. Ils se détachaient sur la basse et robuste façade de marbre que ne rougissait plus sa vigne vierge des traînées de sa pourpre ducale
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE des fontaines dont le rythme fluide se règle au geste des Dieux, des Héros et des Saints. Et cependant le Triton de la place Barberini darde bien haut son étincelante et flexible fusée d'eau! Et cependant l'Olympe aquatique qui parade sur la place Navone impose
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE rive du Grand Canal, mais cette ombre légère et transparente sied à ce charmant visage de marbre. Sous les disques de porphyre et de serpentin qui ressemblaient à des couronnes suspendues là en l'honneur du printemps, la porte marine était close, mais plusieurs
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L'ALTANA OU 1,A VIE VËMTtEMtfR « Puisque j'en ~uis aux « nouvelles de Venise j'en ai encore bien d'autres à vous donner. Une des premières figures que j'y ai reconnues est celle de l'aimable prince de Hohenlohe. Il marchait sous les arcades des Procuraties, bien redressé en sa petite taille
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D'UNE LETTRE I-'ALTANA.–t. J. g tout, vous rappelez-vous? Il vous connaissait. Quand il vous voyait passer en gondole, il vous saluait du haut d'un pont ou du bord d'un quai, cérémonieux, courbé sur sa petite canne, avec l'air d'avoir figuré à un festin de Véronèse ou d'avoir porté le turban à
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L'ALTANA OU LA VJE VEMTtENKE! nez-vous-en le plaisir; si vous préférez visi- ter les antiquaires, visitez-les. Aimez-vous le café? asseyez-vous aux petites tables du Florian ou du Quadri. Avez-vous envie de lire ou d'écrire? enfermez-vous dans votre chambre. Ne posez pas devant vous-même, un pigeon
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I.'ALTANA OU LA VIE YÉNITtENKE sions de beauté que vous éprouvez et n'en tirez'pas vanité. Vous n'êtes ni le premier ni le dernier à les ressentir. Etre à Venise ne constitue pas un fait extraordinaire. Cent cinquante mille êtres humains jouissent continuellement de ce privilège, sans comp- ter
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L'ALTANA OU LA VIE VÉMT[F.NNE pas oublié les gais étalages des fleuristes, au bas de l'escalier de la Trinité du Mont, la glycine gigantesque du Palais Colonna, les parterres de la Villa Pamphili et ie beau paon de la Villa Borghèse qui, fou d'amour, rouait so.n magnifique bouquet de plumes
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1,'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE mante, où se groupaient et gambadaient des amours en stuc. « Puisque nous sommes sur le chapitre des amours, j'aime mieux vous dire que G. n'a pas tardé à nous raconter les siennes. Il y en eut de romaines, de napolitaines, de siciliennes, de florentines
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE préeient pas beaucoup. Elles le déclarent troppo verde, ses verdures obscurcissant les chambres, et elles ajoutent avec dédain Non é una roba di f/t'ard'tno, é ufta roba di bosco. » Elles ne lui reconnaissent de mérite que le silence qu'il procure aux locataires
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CASAZULIANI ~"EST là que nous venons, chaque jour, partager le repas de nos amies et retrouver à leur table notre voisin de la Casa Zuliani. Henri Gonse est un ami romain de ces dames, qui connaît admirablement l'Italie et qui a fait à Rome un long séjour dans le poste d'attaché à notre ambassade
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L'ALTANA OU LA VIE YÉKfTtEUNE eût atteint le rio della Torresella, de telle sorte qu'il eût occupé l'emplacement de l'actuelle Casa Zuliani, mais la jalouse Sérénissime mit bon ordre aux ambitions architecturales de la puissante famille dogale dont la vanité a laissé pour témoin de ses entreprises
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE souhaite, que rien ne troublera la charmante monotonie des journées, que les mêmes événements qui en font le charme se reproduiront indéfiniment. Ce sentiment de comédie et d'opéra où l'on est vis-à-vis de soi-même, Venise le confirme par maintes vivantes surprises
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L'ALTANA OU LA VIE YÉKITtBNNE Ca/~ ou de 7/ Bugiardo. Néanmoins, entrons un moment dans la très goldonienne boutique du signor C. Sa devanture prévient en sa faveur. La porte ouverte, on est accueilli par une bonne odeur de papier imprimé, cette odeur de bibliothèque chère aux amateurs de bouquins
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L'ALTANA OU LA ~[6 VËNtTIENNE des murs, enfilées ou par paquets, se balançant et oscillant, pour la porte qui s'ouvre ou se referme, toutes tintantes au moindre attouchement, sensibles à un souffle d'air, à un frôlement, toutes vibrantes d'un gazouillis cristallin qui semble l'écho de cloches
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE Puisque,' cette année, la Casa Zuliani nous accueille à défaut du Palais Dario, allons voir où en sont les travaux entrepris pour le consolider. Il est singulier ainsi, ce beau et charmant Palais, avec ses murs étayés et sa façade démontée. Il repose maintenant sur
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L'ALTANA OU LA VIE YÉNtTIENNE serte. Murano survit grâce aux brasiers de ses fournaises, et l'art du verre y est toujours en honneur. Il a conservé ses beaux procédés d'autrefois, et les ateliers de l'île fameuse comptent encore d'habiles ouvriers, mais leurs créations actuelles marquent
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE tacle de leur frêle beauté. Toutes elles sont nées de cet art du verre fait de fantaisie, de caprice et d'harmonie, art du feu et du souffle, où entre un peu de magie, comme semble l'attester le mystérieux appareil d'alchimiste qui, dans un cabinet obscur, laisse
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les orner de fleurettes, d'arabesques, de devi- ses, d'emblèmes et même de bonshommes, à quoi excelle particulièrement l'industrieux Henri Gonse que j'imite sans grand succès, à moins que, délaissant le jeu, je ne regarde au mur de l'atelier le grand portrait, de dos, du Vénitien de Longhi
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE de toutes formes à étiquettes variées. Je me suis approché discrètement et j'ai vu que ces flacons vides étaient de vieux flacons de parfumerie, de marques diverses. La Signora doit les recueillir, au départ, dans les chambres de ses pensionnaires. Pourquoi a-t
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L'ALTANA OU LA VIE VENITIENNE ces ailes qui sont des voiles. Elles palpitent, s'enflent, retombent. Elles sont royales et loqueteuses, linceuls misérables de la vieille gloire marine et guerrière de Chioggia! Nous sommes allés, avant de partir, jusqu'à Sotto Marina, voir l'Adriatique du haut
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L'ALTANA OU LA VIE V~NtTIENNE pre la première maille du sortilège qui nous attache à Venise. Où irons-nous? A Padoue, demander au bon saint Antoine de nous rendre, l'an prochain, cette Venise que nous allons perdre dans quelques jours? Irons- nous à Strà, visiter la Villa Pisani, ses jar- dins
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L'ALTANA OU LA VIE VË!ftTIENHE ments pendent, accrochés à des clous auprès d'un lit étroit, recouvert d'une courtepointe d'indienne. Ailleurs des pièces vides où sèchent des graines et des courses.
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L'ALTANA OU M. VIE VÉNITIENNB geant au flanc de la Corne d'Or et poussant dans la mer l'orgueilleuse Pointe du Sérail où, dans une des salles de l'un de ses palais, on montre encore, sur des mannequins sans tête que coiffent des turbans vides, les costumes d'apparat des anciens Sultans, parmi
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE premier achat un antique velours dont la pourpre à reflets de sang portait un décor de grenades éclatées. Ce premier achat fut suivi de beaucoup d'autres et peu à peu se forma la merveilleuse collection. A Venise, les offres se produisent surtout l'hiver. Souvent
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L'ALTANA OU LA VIE véxiTtEKNE peu à peu assombrie par l'heure, tandis que, penchée sur le profond coffre inépuisable, M°" Fortuny semble diriger de son geste magicien l'étonnant concert d'étoffes qui, au fond de ce vieux palais, se joue mystérieusement dans le silence du crépuscule vénitien. irE
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L'ALTANA OÙ LA VIE VÉNITIENNB Le signor Jean-Baptiste Albrizzi, dans l'ouvrage qu'il intitule L'Etranger pleinement instruit des choses les plus rares et curieuses de la ville de Venise, nous apprend qu'aux Incurabili on instruit des jeunes filles demeurées sans parents dans la musique vocale
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE n'alliez écouter à l'Accademia, dans le charmant tableau de Longhi, l'aimable trio d'amateurs qui, le violon à la joue, déchiffrent avec tant d'attention leurs parties, tandis que, juché sur un tabouret, un gentil petit chien les regarde tourner les clés et manier
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE leur concert, qu'elles soient allées déposer leur équipe vocale et instrumentale, qu'elles aient éteint leurs lanternes et que la Lagune ait retrouvé son calme solitaire, car, ce soir, Reynaldo Hahn, qui est à Venise en ce moment, nous a promis un divertissement
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L'ALTANA OU LA VIE VBMTtENNË Parfois la péotte s'arrête et nos gondoles se rapprochent. Il y a, à Venise, des carrefours d'eau où des canaux se croisent et forment des places marines. En voici une où nous faisons halte. La voix charmante y résonne et y rcpète les charmantes mélodies qui s'appellent
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE calli obscures, quand les cloches se sont mises en branle. Elles sonnaient tout près de moi, au-dessus de ma tête, car c'étaient les cloches voisines, de la Salute, des Gesuati. Elles remplissaient l'ombre d'une fête de métal sonore qui, dans l'air, répandait
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE boiseries blanches, dans ce silence plein de bruits minuscules, trot de souris, frisson de feuilles, tassement de la cendre éteinte des premières flambées. Il y a sur un dahlia du jardin un gros scarabée mordoré que visite un papillon rouge et noir. En gondole
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L'ALTANA OU LA VIE VËMTIENNB remorquait une grande barque ornée de figures dorées. Sur cette barque, qui était un peu comme le Bucentaure des Pompes funèbres, se dressait le catafalque avec ses draperies noires lamées d'argent, sur lequel s'amoncelaient des couronnes et des fleurs. A cette barque
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE fille de Carlo, Lisetta, est venue demander à M" de la Baume d'augmenter ses gages, et, pour rendre sa démarche plus pathétique, elle ne s'était pas peignée et n'avait pas son joli fichu habituel. La gondole longe le haut mur rouge de l'Arsenal. Avec ses briques
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE Il semble qu'ici, dans la sorte de bien-être égoïste où l'on vit, on supporterait mieux l'oubli, l'ingratitude, l'injustice. On est comme dans un labyrinthe où les chagrins ont plus de peine qu'ailleurs à vous atteindre. Tout ne nous y arrive qu'en reflets, en échos
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNtTtENNE l'air est saturé de bonheur et de mélancolie. De loin, les murs de brique du vieux couvent ressemblaient à un ancien brocart couleur de rose, sur lequel se détachait le sombre velours des cyprès. On eût dit le motif de quelque étoffe orientale ou le dessin
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE a laissé les clés du Palais Venier et son domestique italien, Antonio. C'est un gentil garçon, qui assurera notre service et se chargera d'allumer et d'entretenir la « fournaise c'est ainsi que l'on nomme le calorifère, car voici novembre. Le froid peut venir
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE se transforme vite en souvenirs. Elle fait du temps un tissu à la fois lâche et serré qui vous enveloppe de sa paix et de sa mélancolie. On y devient sensible à tout, à tel bruit, à telle couleur, à telle nuance, à tel silence. Novembre se prête bien à cette virtuosité
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L'ALTANA OU LA VIB vénitienne corne à la nuque, portent l'un une lanterne et l'autre un chauffoir. Ils vous voyaient venir avec joie, car ils n'avaient personne d'autre que vous à qui offrir leurs services et à qui montrer leurs mines rustiques. Qu'il était donc solitaire, en effet notre palais
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L'ALTANA OU LA VIE vénitienne nouveaux maîtres le certificat élogieux que j'étais bien décidé à lui donner. Enfin le jour du départ arriva. Nos malles chargées sur une gondole, à travers les vitres brouillées du felze, nous aperçûmes Antonio, debout sur les marches du palais, entre les deux petits
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i/altana. i. l4 « A cinq heures sous le Chinois. » C'est un charmant personnage que le Chinois. Sur le mur où il est peiut à fresque, il se dresse aimable, souriant et fier. Il est vêtu d'une courte robe de soie bleue que ferment des boutons de corail et chaussé de souliers précieusement arrondis
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE le coiffe s'échappe une belle natte bien tressée. Ses yeux obliques et bridés vous regardent avec un air d'affabilité souriante qui n'est pas sans ironie. Il est fier et il a raison de l'être, car il n'est pas seulement un Chinois; il est le Chinois; il est même
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE dame vénitienne, en sa belle robe de taffetas, un élégant tricorne galamment penché sur l'oreille, déguster le divin breuvage, tandis que, de la porte, un personnage masqué en tabaro e baüta lui adresse un salut empressé mais tel qu'il est à présent, le Florian
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE vous en avez assez d'être enfermé et que la saison ne soit pas trop avancée, vous pourrez prendre place dehors sur l'une de ces bizarres banquettes de cuir qui s'adossent aux piliers des arcades, ou, si vous le préférez, en plein air, sur les chaises qui s'alignent
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L'ALTANA OU IA VIE VÉNITIENNE gagné. La Casa Zuliani est toujours la Casa Zuliani, mais, cette année, nous y avons complété notre installation par la location d'un salotto. C'est une petite pièce, aux murs de crépi rosâtre et au mobilier « zulianesque », auquel nous avons ajouté quelques objets
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE nique et de facture. Dans un tableau, dans une sculpture, je cherche surtout une satisfaction visuelle, un agrément de sensibilité, un sujet de rêverie et d'émotion, un prétexte aux jeux de l'esprit. L'œuvre d'art m'intéresse, certes, en elle-même, mais peut-être
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l'altana OU LA VIS vénitienne artistes de vrai talent. Giovanni, à ses séduisantes madones, qu'il encadre de belles architectures, donne de la beauté, de la grâce, de la tendresse. Il les vêt de molles étoffes, les pare de fines orfèvreries, les entoure de saints et d'anges d'une grave prestance
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L'ALTANA ou LA VIE vénitienne cette perfection tranquille, et souvent, çà et là, une pointe de gentillesse familière et touchante, ne fût-ce que ces herbes et ces fleurettes qui poussent entre les dalles, les deux mignonnes pantoufles qui reposent auprès du lit où dort sainte Ursule, cet oiseau
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L'ALTANA OU LA VIE vénitienne gardien nous offre de larges miroirs d'étain pour éclairer d'un peu de lumière ces panneaux presque indistincts. Evidemment on les verrait mieux dans une salle de musée, mais ils sont à la place qu'ils ont toujours occupée, pour laquelle le peintre les a peints et où
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SOUS LE CHINOIS l'altana. – i. 15 un des grands noms de là Renaissance vé- nitienne ? Mais si Véronèse eut un sens in- comparable des belles ordonnances et des belles architectures, s'il fut un peintre de somptuosités et de triomphes, un peintre vraiment ducal, n'est-ce pas Tintoret qui fut
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L'ALTANA OU LA VIB VÉNITIENNE des Innocents et la Plaie des Serpents pu l'Annonciation et la Fuite en Egypte, qu'il nous mène dans le tumulte des foules ou dans les solitudes du désert, il dramatise, et dramatise avec une émouvante hardiesse de gestes et d'attitudes dans une lumière d'éclipse
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE sa grâce innocente, l'enfant prédestinée qui sera un jour la Mère des Douleurs. A ces grands noms de la Renaissance vénitienne, il faut joindre celui de Giorgione, mais Giorgione est assez mal représenté à Venise. Les fresques dont il décora la façade du Fondaco dei
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L'ALTANA OU LA V16 VÉNITIENNE nous en revenons de ces excursions à travers le bel art vénitien. Quoi de plus agréable que de cheminer dans Venise par un souple jour d'octobre, d'air léger et de lumière adoucie, en conversant avec liberté et en toute indépendance d'opinion Les heures ont passé à
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L'ALTANA OU LA VIE VÉvITIENIiE toute pénétrée d'amour discret, qu'il décrive avec une méticuleuse et savante précision les splendeurs de Saint-Marc ou la forme bizarre et sobre d'une gondole, le contour compliqué d'une verrerie où le grain fondant et glacé d'un sorbet. De Venise, il conserve
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l'altana OU LA VIE VÉNITIENNE son début, indiquait que la liaison de George et d'Alfred serait orageuse et les difficultés commencèrent sans tarder, causées par d'irrémédiables oppositions de caractères, de sensibilités et tempéraments. Le drame de Venise en fut donc une péripétie logique, même
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE de paradoxe et de comique. Et ne fut-ce pas lui, ce « stupide Pagello », après tout, le plus heureux des trois, car, jusque dans sa plus extrême vieillesse, il conserva bon souvenir, aussi bien des baisers de la Dame que des excellentes sauces qu'elle savait composer
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE a plus qu'à allumer la lampe et à faire gré- siller la boulette, mais ces plaisirs d'Extrême-Orient ne nous tentent pas. Il y a mieux à faire à Venise qu'à s'affuber d'un kimono, s'étendre sur un matelas et aspirer les bouf- fées d'une fumée empoisonnée. C'est l'avis
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l'altana OU LA VIE VÉNITIENNE paraît plus solitaire et plus lointaine quand on l'atteint ainsi à travers tout le silence et toute l'étendue mélancolique de la Lagune. Le bruyant vaporetto avec le battement de sa machine troublerait l'impression que l'on ressent de ces eaux désertes où le chenal
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SOUS LE CHINOIS l'altana. – i. 16 marines de Venise, la Lagune apparaît. Au ras de l'eau se détache Murano, mais avant de l'atteindre nous longeons l'île rouge aux noirs cyprès de San Michele, sa blanche église de marbre, si orientale, devant laquelle se trouvent les seuls rochers de Venise
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l'aLTANA OU LA VIE VÊKITlÈfcNE entre leurs mains patientes, dessine sur le tulle de délicates arabesques. Torcello n'est séparée de Burano que par la largeur d'un canal navigable. La Lagune entoure de son silence une terre basse et spongieuse. Sur ce sol suintant et friable, l'herbe pousse
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L'ALTANA OU LA VIE vénitienne quel l'immense Lagune somnolente s'irise et se dore au jaune et riche déclin du soleil? En cette lumière d'automne, Torccllo meurt taciturne et résignée. En rejoignant la gondole et en traversant sur le petit canal envasé le pont de brique démantelé, nous nous sommes
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l'altana OU LA VIE VÉNITIENNE pour les objets et les modes du second Empire, adorant Offenbach et Stevens, les mobiliers capitonnés, les burgau, les étoffes portées aux bals des Tuileries et aux soirées de Compiègne. De ce bric-à-brac d'hier, il a rempli l'étrange maison de Neuilly où ils vivent
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE personnages, ces coffrets démantibulés où grimacent des Chinois de paravent et des Turcs de comédie, ces marionnettes parmi lesquelles se distingue un superbe Roi Mage, vêtu d'oripeaux et qui, le visage surmonté d'un majestueux turban de soie écarlate où scintille
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L'ALTANA OU LA VIE v£kitibkkb soi-même où l'on discute l'opportunité ou la déraison de tel achat, et avec quel plaisir je prends part à ces colloques et à l'aimable agitation dont s'anime autour de moi la tranquille Casa Zuliani, car, cette année, je n'ai pu résister à l'appel de Venise, à
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE tourner la tête aux dîneurs et immobilise le cameriere, sa serviette sous le bras et sa friture de scampi à la mainl L a reposé sur la table le long pistolet de verre et, d'un coffret carré au couvercle peint, il tire deux paires de gants, l'une de longs gants
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LES FOLLES JOURNEES DU PALAIS CARMINATI L'ALTANA.–t. 1. vieux palais inhabité! La chaîne de la sonnette est rouillée et son branle se répercute dans le vide. Alentour, tout est silence. A peine un léger clapotis d'eau. Nous attendons. Enfin la porte s'entre-bâille. Une vieille femme paraît, menante
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L'ALTANA OU LA VIE YÉ'itTIENNE toile de fond qui ne représente rien moins que la place Saint-Marc. En ce décor, pendent à leurs fils une douzaine de pantins délicieux. Ce sont les héros de Goldoni et de Gozzi, des Vénitiens et des Vénitiennes en habit de carnaval avec le tricorne, la baüta
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE convaincus sous l'œil sceptique du signor B. qui, tout en fumant son long virginia, se doute bien que ce n'est pas encore cette foisci qu'il aura à chercher un autre asile pour ses modèles de navires et son petit théâtre de marionnettes, mais, en bon Vénitien, il aime
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L'ALTANA OU LA VIE VÉXtTtENKE Il boit silencieusement, farouchement, so- litairement. Jamais on n'a tant bu dans cette petite salle peinte du Florian où les Vénitiens ne consomment guère que d'inoffensives boissons. Il boit et je le regarde boire. C'est un homme entre deux âges, assez élégamment
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LESFOLLES JOURNÉES DU PALAIS CARMINATI L~ALTANA.– I. t8 S Aucun pas ne retentit plus sous les galeries des Procuraties. A travers leurs arcades, j'aperçois la place Saint-Marc en sa beauté nocturne. Il faudrait rentrer, mais je ne puis me décider à m'en aller sans savoir ce qui adviendra
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L'ALTANA OU LA VIE VËNITIENNE nant sur la place. Tout d'abord, il marcha droit, puis, peu à peu, j'observai des zigzags inquiétants. Bientôt ce fut l'allure d'un ivrogne qu'on ramasse sous les voitures. Mais il n'y en a pas à Venise. Il est vrai qu'il n'y manque pas de canaux qui tendent
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE mon amour pour Venise, le Palais Carminati m'appartenait désormais, et j'étais invité à en aller prendre possession. Ce don me causait une grande joie. Aussi fut-ce avec empressement que, précédé du Roi Mage et du laquais rouge, je descendis l'escalier et pris place
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L'ALTANA OU LA VIE VÉNITIENNE Pulcinelle des fresques de Domenico Tiepolo, les Pulcinelle dansant, se donnant des nazardes, exécutant mille cabrioles. L'un d'eux portait une singulière valise faite en peau de crocodile. Cette valise crocodilesque, je me souvenais de m'être arrêté maintes fois