CHEV CHEV CHEV CHEV G3 dorloter et de nourrir de saucisson bien chaud. Cléon est chassé comme indigne et dépouillé de tous ses honneurs. Démos, que le charcutier a rajeuni en le faisant bouillir dans sa marmite, comme Médée avait fait du vieil Eson, ayant recouvré son intelligence, et profondément honteux de ses folies passées, ne veut plus entendre parler de charlatans ni de démagogues. Le charcutier lui-même quitte son caractère d'ignoble coquin, et sert con- sciencieusement son maître régénéré, qui chante les douceurs de la paix en d'excellents vers. Les C~eua~ers sont peut-être la création la plus brûlante, la plus mordante de la muse aristophanesque. La comédie, d'après Ott- ~ried Müller, y dépasse ses limites, elle devient presque un champ de bataUte où les athlètes politiques combattent à mort. » A la violence de la haine politique se mélo évidemment un ferment d'irritation personnelle, fomenté par les persécutions judiciaires subies par l'auteur des Babyloniens. Ce n'est point l'élément co- mique qui domine, c'est la verve satirique; -aussi, pour l'agrément des spectateurs, les scènes sont-elles souvent trop prolongées. On sent que, dans cette pièce, Aristophane appuie avant tout sur la partie politique, et que les inventions comiques y figurent plutôt comme -ornement et pour la forme que pour le fond.. L'allégorie n'apparaît, pour déguiser la har- diesse des attaques, que comme un voile léger et transparent. Aristophane est un poète aris- tocrate, qui bafoue de tout cœur le pauvre peuple d'Athènes, représenté sous la figure du bonhomme Démos, et se permet des licences d'une extrême audace.. Jamais, dit Schlegel, aucun souverain-né s'estlaissé dire d'aussi bonne grâce des vérités aussi fortes, et n'a -mieux entendu la plaisanterie que le peuple d'A- thènes. a est vrai que son Mentor prodigue tant de sel et tant d'esprit qu'on l'écoute, on lui pardonne et on l'applaudit avant d'avoir eu le ,temps de se fâcher contre lui. Malgré la fougue indomptable de sa pensée, il n'oublie jamais Je soin de la forme, dont l'exquise perfection .pourrait faire regarder les Chevaliers comme une boutade de Diogène le. Cynique racontée dans le style de Platon. C!'cvnHerd..p:!on bruant (LE), comédie -anglaise de Beaumontet Fletcher. Cette pièce est une satire dirigée contre les poëmcs et les romans chevaleresques dont le xvie siècle futinondé.EHeparut,dit-on,enl6]3,huit ans après la première partie du Do?t Quichotte de Cervantes, et un an après une pièce d'Hey- wood sur un sujet analogue, les (htu~'e np- .prentis de Londres. Le cadre adopté par les deux auteurs rend la plaisanterie très-pi- quante. Ils mettentenscènelepublic et les .acteurs; en face des spectateurs véritables, ils placent des spectateurs supposés, qui as- sistent, pour leur compte, a la représentation, ,qui critiquent à tort et à travers, et qui in- terviennent à chaque instant dans l'action, j~ourexprimerl'opinion du parterre.Ce pu- blic dé convention se compose d'un marchand de Londres et de sa femme, vrais types de bourgeois. L'honnête couple sort de sa bou- tique pour aller au théâtre et demande à .grands cris un sujet qui l'intéresse, une ac- tion qui soit à sa portée et des personnages de sa connaissance; il verrait volontiers des .épiciers sur la scène, et il réclame cette fa- veur des deux poëtes, qui la lui octroient gé- néreusement. Contents du succès de leur dé- marche, le marchand et sa femme offrent aux auteurs le service de leur apprenti, Ralph, qui pourra représenter au naturel les muours -de leur classe. Après ce préambule, on s'at- tend à une intrigue vulgaire mais là est jus- tement le côté plaisant de la situation. La .poésie chevaleresqueafaitdesravages jus- que dans les rangs de la bourgeoisie; les épi- ciers, ravis par la lecture des romans, ou- blient le poivre et la cannelle pour songer aux lointaines aventures, aux expéditions hé- roïques, aux princesses enchantées et aux châteaux forts gardés par des géants. L'ap- prenti Ralph prend possession de son rote, non point en vendant de la marchandise aux clients, mais en se décorant lui-même des in- signes de la chevalerie. Ce héros improvisé transforme en écusson l'instrument de sa pro- fession il tait peindre sur son bouclier un pilon enflammé et il en prend le nom. Comme un chevalier ne marche pas sans écuyer, il destine cet honneur à un de ses camarades, et il complète sa suite en conférant la dignité de nain au plus petit des apprentis. Ralph, qui sait si bien s'affubler du costume de don Quichotte, connaît aussi à merveille le jar- gon de la chevalerie; il n'emploie que les termes les plus nobles il apprend à ses ser- viteurs qu'il faut appeler toutes les femmes ma belle dame, toutes les forêts « des dé- serts, et tous les chevaux des « palefrois.. Ces instructions données, il se met en cam- pagne pour courir les aventures. Alors com- mence une série d'expéditions plaisantes imi- 'tées du chef-d'œuvre de Cervantes. Tous les malheurs fondent sur le chevalier et sur sa suite. Il se mêle, comme son modèle, de re- dresser les torts; mais, dans ce métier dan- gereux, il reçoit plus de coups de bâton qu'il ne donne de coups d'épée. Il prend pour un géant un innocent barbier, qui le metala porte de chez lui. Il croit partout reconnaître les mœurs chevaleresques, et, quand il arrive dans une méchante auberge, il salue l'hôte et. l'hôtesse comme les habitants d'un château. Son illusion dure jusqu'au moment où on lui réclame 12 scheUings pour le payement de son écot grave infraction aux lois de l'hos- pitalité. Ses mésaventures font beaucoup rire, et ce qui les rend plus amusantes encore, c'est l'intervention du bourgeois et de sa femme, qui, dans la pièce, composent le pu- blie. Ces braves gens ne peuvent voir de sang- froid leur apprenti maltraite ils prennent ses malheurs au sérieux, maudissent ses ennemis, appellent la police à son secours, payent ses dettes et soutiennent héroïquement la cause de la chevalerie. Dans ce cadre burlesque, dit M. A. Mé- zières, Beaumont et Fletcher résument toutes les épigrammes que leur siècle dirigeait con- tre l'esprit du moyen âge. Leur ironie atteint même leur prédécesseur Heywood, qui, dans sa pièce de 1 année précédente, avait attaqué, mais avec trop de gravité, suivant eux, les derniers vestiges des idées chevaleresques. Dans le genre burlesque, où les deux poetes réussissaient mieux que dans la haute comé- die, cette pièce est leur chef-d'œuvre. ChcvaHef à ta mode (LE), comédie en cinq actes, de Dancourt, représentée sur le Théâtre- Français, le 28 octobre 1687. Cette pièce, qui passe avec raison pour le chef-d'œuvre de Dancourt, est un excellent tableau de mœurs. Le chevalier de Viltefontaine, un libertin qui déshonore sa noblesse par ses vices, cherche à tirer parti de- ses grâces pour séduire et ruiner une vieille folle, qui veut acheter avec son argent un joli homme et de la noblesse. Il a sur les bras trois maîtresses qu'il trompe à la fois. Quoique les femmes qui aiment ne soient pas difficiles sur les mensonges qu'on emploie pour les abuser, encore faut-il en trouver qui soient revêtus de quelque appa- rence de raison; l'imagination féconde du che-. valier suffit à peine aux expédients toujours nou·.·eaux dont il a constamment besoin pour se tirer d'an'aire, ce qui donne lieu à une mul- titude de scènes comiques. Beaucoup de pré- sence d'esprit, un grand usage de ces sortes d'intrigues, la profonde crédulité de ses mal- tresses, le font sortir de plusieurs mauvais pas. Cependant, à la fin du troisième acte, les trois femmes reconnaissent que les mêmes vers leur ont été adressés le chevalier sem- ble démasqué et perdu; mais l'auteur renoue l'action avec beaucoup d'art par une habile explication de Villefontaine, qui remplit de ses fourberies deux actes encore Jusqu'au mo- ment où la tante et la nièce découvrent qu'elles sont rivales. Ce dénoûment, né du sujet, peut être regardé comme l'un des meilleurs qui .1 existent au théâtre. Sur trois femmes, le che- valier n'en attrape aucune, et ne gagne à ses roueries que d'augmenter le chiffre déjà as- sez respectable de ses dettes. Cette comédie fut jouée quarante fois de suite, ce qui était pour l'époque un très-grand succès. Les frères Parfait assurent, dans leur ~Y~o~'c du i'/tc~'e /~t~<ï: qu'un certain M. de Saint-Yon fit le Chevalier à la mode en société avec Dan- court. lis n'ont fait en cela, dit un critique, qu'exprimer l'opinion très-répandue au temps où ils écrivaient. Si l'on fait attention que cette pièce est peut-être la seule de Dan- court ou le comique vif et enjoué, malin et graveleux de cet auteur est méié à une foule d'observations de mœurs et de traits profonds, on sera porté a croire qu'en effet il a été aidé, en la faisant, par un de ces esprits philoso- phes qui donnent à tout le cachet de la soli- dité et même du génie. Ce Saint-Yon fut un de ces hommes qui ont été aussi peu connus après leur mort que pendant leur vie. Quoi- que d'un naturel très-timide et ayant vécu très-retiré, les comédies qu'il a laissées sous son nom sont pleines de gaieté et de vivacité si elles ne sont pas restées au théâtre, c'est parce qu'elles sont dépourvues de l'intelli- gence de la scène, c'est qu'elles manquent d'art. Les frères Parfait rapportent qu'a. la troi- sième représentation de la pièce Dancourt écrivit sur le registre de la Comédie-Fran- çaise a Je ne veux plus de part d'auteur. Le fait est vT'ai, mais ce ne fut pas une grande générosité de la part de Dancourt. Il était de règle alors que lorsque la recette venait deux fois de suite a ne pas dépasser 300 fr., la Co- médie ne payait plus de part d'auteur; or, c'est ce qui arriva presque aussitôt après la renonciation de Dancourt son désintéresse- ment n'était que de la prévoyance. ChcvnHefjoHCMr (Lu), drame de Dufresny, en cinq actes et un prologue, représenté au Théâtre-Français le 15 août 1697. L'idée d'un caractère que MoHère n'avait pas développé, celui du joueur, germa dans le cerveau de Dufresny. H se mit promptement à l'o&uvre, mais eut le tort de prendre pour conlident le malin Regnard, qui ne se gêna nullement pour lui emprunter son sujet, et lui en déro- ber même les scènes principales, qu'il para du charme de son style. Ce fut en vain que Dufresny réclama, les rieurs furent, pour Re- gnard, et, lorsque parut la comédie de Du- fresny, on ne lui reconnut d'autre mérite que celui d'être faite sur le même canevas que celle de son heureux rival. Le chevalier joueur aime Angélique et est aimé d'une baronne, tante d'Angélique, dont il met la bourse à contribution. Angélique lui promet sa main, à condition qu'il dira aux cartes un éternel adieu. Le chevalier s'engage de bonne foi; mais ce n'est pas là le compte de la baronne. Dégoûter Angélique du cheva- lier pour le confisquer & son profit, tel est son Londres, lui en offre le moyen. Cette der- but, et son plan pour l'atteindre consiste à lui nière déploie tout l'attirail de la galanterie faire violer son serment. Or il est quatre sor- pour captiver le chevalier elle va même jus- tes de serments qui ne se tiennent guère ser- qu'à lui faire des avances; mais, malgré la lé- ments d'amour, serments d'ivrogne, serments gèreté et l'apparente indifférence de son politiques et serments de joueur. Le cheva- amante, le chevaiier lui demeure fidèle. In- lier tombe dans le piège, joue et gagne. A quiète de la réussite de sa ruse, celle-ci vit peine se donne-t-il le temps d'écouter Angé- dans des transes continuelles telle est l'in- lique et de brusquer la baronne; il retourne trigue de la pièce. Rassurée enfin sur les sen- au tripot et perd. Angélique tente, sur l'avis timents du chevalier, elle lui accorde sa main de Dorante, un de ses adorateurs, une épreuve tel en est le dénoùment. qui lui prouve que le chevalier n'en voulait ChM.). f, Turin (LE), comédie qu à sa dot. Le joueur espère se rabattre sur en trois actes, en vers, par Dorat représen- la tante comme pis-alier; mais la baronne, fée au Théâtre-Français en 1778. Le CAeM- dont les yeux sont dessillés, le traite aussi lier français à Turin est un jeune étourdi, qui, cruellement que la fortune, et le malheureux chargé des intèrêts de son pays, les néglige chevalier reste sans femme et sans argent. pour tromper deux femmes la comtesse de Un des torts de cette pièce est de rappeler Solange et une certaine marquise d'Olbène, le Chevalier à la mode de Dancourt. La su- de laquelle il veut se venger. Ajoutons, pour périorité du Joueur de Regnard a d'ailleurs faire ressortir tout l'odieux du caractère du rendu ses contemporains injustes pour Du- chevalier, que le comte de Solange est à la* fresny. M y a des mots charmants dans sa fois son ami et son hôte. Piqué de la froideur pièce. Nous en citerons quelques échantillons: de la marquise, de la préférence qu'elle pa- Qu'on serait parfait en ce monde, si on n'é- rait montrer pour le chevalier Mata, son ami, tait ni homme ni femme! A cette époque, le chevalier prend le parti de les tromper l'un l'Auvergnat, qui a, dit-on, résolu le problème, et l'autre, en feignant de la tendresse pour n'était encore qu'imparfaitement connu. 'In- Mme de Solange. Il fait plus; il mystifie le juste valet de pique, que t'ai-je fait pour me comte lui-même, qui, fier de son propre mé- persécuter ainsi? "s'écrie le chevalier. N'est-ce rite, ose déher le chevalier de séduire sa pas aussi un trait de bon comique que son re- femme. Ce comte se targue d'être un savant fus de payer ses dettes avec son gain, parce de première force et veut argumenter avec l'argent du jeu est sacré? Le tableau du me- tout le monde; le chevalier le trompe en lui nage d'un joueur, tracé par la suivante d'An- faisant croire que Mata est un savant pour le gélique, est délicieux Le bon mariage moins aussi fort que lui. Le comte sort bien quelle paix 1 quelle union car vous ne vous vite dans l'intention de discuter avec Mata. rencontrerez jamais ensemble et vous serez La comtesse paraît; le chevalier ne manque levée tous les jours avant qu'il revienne se pas de l'attaquer sur tous les points, et d en coucher. Avec un homme régie, vous mène- obtenir un tendre aveu. A pq~ne jouit-il de ce riez une vie unie, ennuyeuse et languissante premier triomphe, qu'on voit paraître la mar- ia vie d'un joueur est bien plus diversifiée. quise; celle-ci se montre-jalouse de l'amour Diversité dans l'humeur vous le verrez en- du chevalier pour la comtesse; ce sentiment, rage, bourru dans l'adversité, brutal et mé- exploité par ce dernier, lui vaut encore un prisant dans la prospérité; diversité dans votre aveu de la marquise. Mais ces triomphes se- ménage abondance, disette, tantôt en car- crets ne lui suffisent pas il faut qu'il en rosse, tantôt à pied, quitter le premier appar- jouisse publiquement; un bat. qui doit se don- tement pour loger au quatrième étage; diver- ner le soir, lui en fournira l'occasion. 11 y sité dans les ameublements aujourd'hui le conduira la marquise et ramènera la comtesse velours, demain la serge, après-demain les chez elle ainsi toute la ville saura qu'il est murailles; la diversité réjouit les femmes! aimé de ces deux belles. Mais, pour réussir Le style, comme on le voit par cette cita- entièrement, il faut qu'il éloigne le comte et tion, est familier, légèrement négligé, mais Mata, son .rival. Une dispute née entre eux plein de vivacité et de mouvement. Le co- au sujet de la manie du comte pour la dis- nuque de bon aloi se montre à chaque in- cussion lui en offre le moyen. Il leur fait or- stant, et, sans le voisinage du ./OMMr de Re- donner les arrêts par la cour, pour prévenir gnard, celui de Dufresny eut gagné sa partie un duel, et, pendant que ses deux dupes, fort devant le public. étonnées de cet ordre, s'enivrent pour s'en Ch.~n.r B.rd (LE), comédie héroïque en consoler, il se joue de ses deux belles en plein cinq actes, en vers libres par Autreau, repré- moque de lit jalousie qu'elles conçoi- sentée au Théâtre-Français en 1731. Bavard, ~"t ''autre, rentre avec la comtesse, pour la seconde fois, s'est rendu mattre de Plante le comte et Mata, qui sont gris, et Brescia; mais il a reçu a l'assaut une bles- déclare qu '1 va partir pour Londres. sure grave, et le bruit de sa mort s'est ré- On ne trouve dans cette pièce ni intrigue pandu. Cependant, grâce aux soins de Julie, ni dénoùment; elle n'offre de la part du ehe- fille -du seigneur de Saint-Mare, noble Véni- ~lier qu'une suite de mauvais procédés, qui tien, il recouvre la santé et conçoit le projet le rendent plus antipathique de scène en scène, d'offrir sa main à celle qui i'a.sauvé; ce n'est et en font un être odieux, qui ne respecte ni pas précisément l'amour qui lui inspire ce les droits de l'amour ni ceux de l'hymen. Do- dessein, car le chevalier sans reproches ne rat a sans doute compris tout l'odieux de ce doit pas démentir son caractère, mais un mo- caractère, car il a cherche à le réhabiliter, en tif plus noble et bien digne de lui, qui est de nous montrant son chevalier corrigé dans sa donner à son roi et à sa patrie des héros de P'êce du CAecaKer français a ~
sa race. Frontin, son valet, son barbier, son ChM.tier, d. MaXc, (t.ES), pièce inachevée
chirurgien et son compagnon d'armes se de Schiller. Quand la mort vint enlever à l'Ai-
charge de la conduite de cette intrigue amou- lemagne un de ses plus grands postes, on
reuse; et, maigre un dédit de 6,000 ducats, trouva dans ses papiers les fragments de dit-
signe entre le seigneur de Saint-Marc et le férentes pièces, notamment le plan d'une tragé-
podostat,-vieiiiard ridicule, jaloux et vmdica- die intitulée les Chevaliers de Afft~e. En 179:,
tif, maigre même l'amour délicat et sincère Niethammer avait donné une traduction de
de Montfort pour Julie qui le paye du plus l'ouvrage de Vertot consacré à l'histoire de
tendre retour, notre intrigant valet, de con- cet ordre guerrier, et Schiller avait écrit une
cert avec la signora de Samt-Mare, veut ma- préface pour le travail de son ami. L'étude
rier Julie avec Bayard. Ce dernier a déjà ob- qu'il dut faire pour apprécier avec connais-
tenu le consentement du père et même celui sance de cause, avec impartialité, comme il
de la belle Julie. 11 va donc lui donner sa convenait à un esprit aussi élevé que le sien,
main. Mais, des qui! apprend que les deux l'histoire de ces héros chrétiens, lui inspira d'a-
amants ont fait le sacrifice de leur amour a bord un petit poëme (ZKe AfaMMtM-), qui parut,
l'estime et a 1 amitié qu lis lui portent, Bayard, en 1796, dans f'A~nanaeA des AftMM; mais ces
après avoir rendu Montfort a sa patrie, après actions généreuses, ces exploits gigantesques
lui avoir remis 30,000 ducats, qui lui sont re- inspirés par la foi, ces exemples de dévoue-
venus d'une prise récemment faite sur l'en- ment et d'abnégation inconnus de l'antiquité,
nemi, lur rend encore sa maitresse avec tes lui donnèrent l'idée d'une œuvre dramatique,
ducats que le seigneur de Saint-Marc avait que la mort ne lui permit pas malheureuse-
été obligé de donner pour sa rançon. ment d'achever. 11 eut à peine le temps de
Nous avons plusieurs pièces de théâtre aux- mettre par écrit le plan général de chaque
quelles celle-ci pourrait bien avoir fourni plus ~ete sans qu'il lui fut possible d'exécuter ou
d'un trait; mais, sans contredit, quoique ce même d'esquisser une seule des scènes con-
ne soit certes pas un chef-d œuvre, aucune çues. Matte est assiégée par toutes les forces
ne la vaut, si 1 on excepte la pièce de Du Bel- de Soliman, qui a juré la destruction de l'or-
loy, Gaston et Bayard. Le style au moins en ~e. La Valette est grand maitre de Malte' il
est facile et naturet; tes idées, quoique bi- 's'attendait à l'entreprise des Turcs et a fait
zarres, en sont parfois orig.naies enfin cette ses préparatifs. Le fort Saint-Elme est pressé
pièce ne manque pas d'intérêt a la lecture, de plus en plus vivement par les ennemis;
Chenue.. tentait a Londres (LH), comédie il faut pourtant te conserver pour donner
en trois actes, en vers, par Dorat, représen- aux renforts de Sicile le temps d'arriver. La
tée aux Français en 1778. Cette pièce fait force morale et physique des infidèles s'af-
suite à une autre comédie du même auteur faiblirait aussi s'ils étaient obligés de don-
intitulée le Chevalier /f~eaî'~ à yur~! (v. l'ar- ner l'assaut au fort Saint-Eime. Un exemple
ticle suivant). Un chevalier français, jeune, frappant de résistance désespérée leur don-
aimable et tant soit peu volage, est depuis nerait une haute idée du courage des chré-
deux ans à Londres, où le retient l'amour tiens et découragerait de nouvelles attaques.
que lui a inspiré une jeune parente du vice- La grand maitre a donc de puissants motifs
roi. Conduit par Rochester, cet aimable roué, pour sacrifier une partie de ses chevaliers ai:
si célèbre dans les fastes de l'Angleterre, il a bien de tous. Une telle résolution n'a rien de
dissipé une partie de sa fortune au jeu mais, contraire aux statuts de l'ordre, d'après les-
au milieu de la dissipation et des plaisirs, il quels chaque cheva!ier a'eontraeté l'engage-
n'en a pas moins conservé le projet de s'unir ment de donner aveuglément sa vie pour la
avec la jeune miss, qui, de son côté, partage religion. Mais il faut fe pur esprit de l'ordre
les sentiments du chevalier. Toutefois, avant t pour se résigner a une loi si sévère, et cet
de faire éclater son amour, elle veut s'assurer esprit n'existe plus. Les chevaliers sont vail-
de la sincérité de son amant. Une de ses lants et hardis, mais ils ont dégénéré de 1~
amies, lady Steel, arrivée tout récemment à i soumission aveugle de [eurs préd.Mes.s.e.u.rs,