CHEV CHEV CHEV CHEV 5! 1 Quand il fut nuit, il revétit le drap du moine, monta sur son palefroi et partit. Arrivé dans sa maison, il se couvrit bien de son cha-- peron, car il ne voulait pas être reconnu. Une femme le conduisit là où la dame gisait.- Dame, fit-elle, voici le moine que vous de- mandates hier. Sire, dit alors la malade, seyez-vous là près de ce lit et comme je crains de mourir, je veux avant de vous être confessée. Dame, ce sera sage, car nul ne peut répondre de soi et de sa vie. Pour ce, je vous dis, ma douce dame, ayez pitié de votre âme péché celé, et c'est écrit, occit ensemble J'âme et le corps. Pour cela, je vous dis et vous supplie que vous ayez de vous merci." Et la dame qui était au lit ne reconnut pas son seigneur, qui changeait le son de sa parole. Dans la chambre il n'était qu'une lampe qui brûlait et qui donnait peu de ctarté. Sire, j'ai été moult estimée mais je e suis fausse et parjure sachez parla que telle qui est blâmée vaut mieux souvent que telle qui est louée. Moi j'avais les louanges, mais j'étais moult mauvaise femme; car à mes garçons je me livrais, et avec moi je les couchais. De ma faute je me repens.. Quand le chevalier l'ouit, il plissa le front de dépit, et il eût fort désiré que mort l'empor- tât,. a Dame; fit-il, vous avez péché; dites en- core ce que vous savez. Si cela vous était plaisir, vous eussiez dû vous en tenir à votre époux qui, par mes yeux, vaut beaucoup plus que les garçons. Sire, si Dieu m'en- voie conseil en cette occasion, je vous dirai a la vérité comme je la sais. A peine pourrait- on trouver femme qui pût rester fidèle à son seigneur, tant fût-il bel et gentil; car leur nature est telle qu'elle se fait sentir, et les maris sont si vila-ms et pleins de grande félo- nie, que si nous .osions nous découvrir ou laisser entrevoir nos désirs, ils nous tien- draient pour courtisanes. 11 ne peut donc être autrement que d'autres nous n'ayons service.– Dame, je vous en crois; dites encore ce que vous savez. –Sire, fit-elle, écoutez encore ce dont mon corps est moult coupabte, et mon âme en grande frayeur. J'aimais tant en mon coeur le neveu de mon seigneur, que c'était violence et rage, et sa- chez que le serais morte si je ne l'eusse pos- sédé. Je ns tant qu'avec lui je péchai, et du- rant cinq ans je l'aimai. Aussi j'en demande a Dieu pardon.-Dame, c'était folie d'aimer le neveu de votre seigneur avec un si grand amour, et le péché en était double. Sire, n si Dieu m'envoie conseil, c'est la coutume de nous autres femmes, et celles qu'on surveille savent encore mieux se retourner. Pour le blâme que je craignais, j'aimais le neveu de mon seigneur, car bien souvent maintes gens pouvaient venir dans ma chambre. Ja- mais je n'en fus blâmée je l'ai fait et je fus H folle, car j'ai fait mon mari honni. Que de dommage Dieu Je garde! je lui ai bien fait manger sa part. Tant lui ai fait, tant l'ai mené, qu'il croit en moi bien plus qu'en Dieu. Quand chevaliers viennent céans pour se faire héberger, comme c'est leur droit, ils demandent a Ou est la'dame? Elle est ici. Jamais ils n'ont demandé le seigneur, tellement je l'ai annihilé; et une maison n'a plus d'honneur quand la femme se fait sei- » gneur. Les femmes ont pourtant cette cou- tume, et toujours volontiers tâchent d'avoir le commandement; pour cette honte mainte maison est sans mesure', et femme folle par nature. Dame, ce peut bien être. » Le chevalier ne s'ensuit plus de rien, mais il lui ordonna sa pénitence, et lui enjoignit de n'avoir d'amour pour autre homme que son mari, si elle vivait encore. Lors il parttt moult en colère; il trouve son cheval, monte dessus et s'en va maugréant contre sa femme, qu'il il avait tant louée, aimée et estimée. En sa co- lère il se réconfortait, disant qu'il se venge- rait bien. Le lendemain, il retourna à sa mai- son et alla vers sa femme. Grand étonnement elle eut de son seigneur qui, habitué de lui montrer amour, de la baiser, de l'accoler, maintenant ne daignait même lui parler. Un jour dans sa maison elle allait, comme elle avait l'habitude, et commandait moult fière- ment à ses domestiques; et le sire la regarda et lui dit avec colère Par l'ordre de Dieu dame, quelle est votre fierté et votre or- gueil? je l'abattrai et avec mes poings vous occirai. S'il vous souvient de votre vie, honte à vous pour avoir failli; car nulle femme bordelière ne mena déshonnéte vie comme vous l'avez fait.. Lors la dame ne fut pas aise elle s'étonna des paroles de son seigneur et pensa qu'il l'avait faite confesse. Moult se doute que mal lui en arrivera, puis lui dit su- bitement Ah mauvais homme rusé, qui me o chagrine plus que tous les chiens de ce pays et que mes douleurs ne le faisaient jour et nuit. Ah! mauvais homme traître, tu as pris l'habit de l'ermite, afin de me trouver cou- pable; mais, Dieu merci! je suis loyale, je n'ai voisine ni voisin devant qui je ne lève la a tête. Je ne te crains pas, car si tu croyais n cela vérité de tous ma honte eût été bien- ,tôt vue. Je m'étais aperçue de votre ruse, u quand ainsi je vous trompai par més paroles. "Je regrette, par saint Simon de n'avoir pris votre chaperon et de ne l'avoir tout dé- chiré. Je vous reconnus bien au parler, et a jamais je ne vous pourrai aimer. Non ferai-je, si Dieu me garde, mauvais traître, et jamais f ne serez pardonné. » Tant lui a dit et. tant conté, que toute méfiance elle lui ôta, et que le sire fut heureux de la croire. Grandes risées et railleries en tirent tous les gens du pays. n Les nombreux imitateurs de ce conte n'ont fait, à notre avis, que le gâter en voulant l'arranger; non-seulement l'idée première ap- partient au vieux poëte. mais la supériorité lui est restée. pas toujours la matière qu'il veut embellir. Chez le Gallois, il y a telle scène où l'obser- vation de la nature est portée à un degré sur- prenant de vérité; on est étonné de rencon- trer ce mélange de barbarie et de finesse. Parfois, on croirait voir agir une sauvage hé- roïne de Shakspeare. Dans le poëme français, la dame sacrifie aux convenances, et sa sui- vante peut passer pour une'soubrette de Mo- lière~ sans scrupules, mais non sans esprit. Elle dit à sa dame, qui pleure son mari, mais qui voudrait bien être consolée par un autre Eh bien donc quand deux chevaliers se sont battus et que l'un a vaincu l'autre, lequel pensez-vous qui vaille le mieux? Pour moi,je donne le prix au vainqueur; et vous?–M'est avis que tu me guettes et que tu veux me prendre au mot. Par ma foi 1 vous pouvez bien voir qu'au contraire je vais droit au but. Il est certain que le vainqueur de votre mari valait mieux que lui. Méme différence dans le caractère duhéros. Dans le poëme gallois, le chevalier Owenn, voyant la dame dont les vœux l'appellent, se contente de dire «Voilà la femme que j'aime le plus. Chez le conteur français, messire [vain fait éclater son amour en traits chevaleresques il se permet les con- cetti, et ne s'arrête qu'après une tirade dans les règles. Un parallèle plus étendu nous montrerait que deux caractères distinguent surtout le poëme français de son modèle breton d'abord, l'amour subtil, élégant et délicat du monde chevaleresque l'amour érigé en vertu sociale, en principe de civilisation ensuite, la préoc- cupation littéraire, l'abondance prolixe, la re- cherche et le bel esprit. Le conte breton ne fait qu'indiquer, mais la ligne est fortement accusée, le trait en est vif, la couleur toute locale; le roman français procède par énu- mération il vise au tableau, et ce tableau, iéché, contourné, enjolivé, a la prétention d'une riche peinture d'armoiries,, avec cou- ronne, cimier, supports et fine devise. Chet-aHe~ au cygne (LE), roman carlovin- gien, ou plutôt chanson de geste où sont cé- lébrés les événements de la première croisade. Elle se compose de cinq parties ou branches, qui sont: la CAan~M d'A?!~ocAe, les Chétifs, la -De~ruc~'OM de Jérusalem, ~e~as et les En- /CM de Godefroi de Bouillon. V. ces diffe- rents mots. ChevnUcr qui confessm ea femme (LH), fa- bliau du xmc siècle, que nos lecteurs trouve- ront ici avec d'autant plus de plaisir, qu'ils connaissent les imitations qu'en ont faites Boccace, La Fontaine et les autres conteurs. a En un pays sont près de Vire vivaient un chevalier et sa femme, qui moult était cour- toise dame, et fort prisée de tous. Pour la meilleure elle était comptée,.et le sire se fiait tant à elle et tant l'aimait, qu'il- ne prenait souci de rien tout ce qu'elle faisait était bien, et lui-même ne faisait rien s'il savait qu'elle ne le voulût. Ainsi ils vécurent longuement, sans que jamais entre eux il y eût la moindre querelle, quand, je ne sais de quelle manière, la femme tomba malade, et fut obligée de res- ter longtemps au lit. Elle fit venir le curé et fit de grands legs à l'église mais, ne voulant pas s'en tenir là, elle fit appeler son seigneur, et lui dit: Beau sire cher, j'ai besoin de votre conseil; tout près d'ici est un saint moine comme j'ai grand'peur pour mon âme, j'allais à. confesse à lui? Sire, pour Dieu, sans tarder, faites-le-moi venir; j'ai grand besoin de lui parler. Dame, fit le mari, j'y vais aller, il n'y a pas de moine meilleur, et je vais vous l'amener. ces paroles il s'en alla, monta à cheval et com- mença. à penser à sa femme, Dieu fit-il, cette femme qui a été si bonne, je veux sa- voir si elle l'est autant qu'on le dit. Par le coeur Dieu 1 elle n'aura confession de per- sonne, sinon de moi. Au lieu du moine, je viendrai et j'entendrai sa confession, a En pensant ainsi, il arrive chez le prieur, qui était prudhomme et moult courtois; et quand le prieur le vit, joyeux il le fit descendre et fit mettre son cheval à l'écurie. "Par l'ordre de Dieu lui dit-il, vous m'avez servi à gré en venant me voir comme votre ami et votre serviteur. De vous héberger j'ai grande joie. Beau sire, fit le chevalier, grand gré vous sais de votre dire; je ne puis chez vous rester mais venez çà me conseiller." Alors qu'il l'eut tiré à part: a Sire, fit-il, Dieu me garde! car j'ai grand besoin de votre aide; gardez qu'elle ne me faille pas. Si vous me prê- tez votre robenoire, vous l'aurez au milieu de la nuit; je chausserai vos grandes bottes, et je laisserai mes habits ici; vous avez mon palefroi, j'emmènerai le vôtre." Le moine !ui octroya tout ce qu'il demandait. ChevaUef TeuerdnHb (LE), poème ae Mel- chior Pfeizing, composé de 1512 à 1516 il porto pour titre complet Aventures périlleuses du /oMa~e, pieux <'< ~M-re~ommd héros et cheva- lier Teuerdank. 11 a été imprimé à Nurem- berg. Il se divise en 118 chapitres, dont cha- cun est précédé d'une vignette, gravée sur bois par Hans Schsewflin, et non parAlbertDü- rer, comme on l'a prétendu. Nul autre ouvrage j ne saurait mieux donner une idée du goût do- minant de ce siècle,qui dissimulait toutes les personnes sous des masques et sous de faux noms, sans doute pour ne pas augmenter encore le tumulte et le scandale produits déjà par les idées nouvelles et les vérités à l'ordre du jour. L'auteur de ce poëme était secrétaire de l'em- pereur Maximilien, docteur en théologie et abbé de Saint-Victor, près de Mayence. tl est avéré que l'empereur Maximilien a lui-même conçu le plan de l'histoire, et a mis la main à l'exécution. Les héros sont le roi Romreich, nom sous lequel est désigné Charles le Témé- raire, duc de Bourgogne, qui avait le projet de se faire roi. (Le mot romreich ou ruhmreich signifie, en allemand, riche en gloire). La reine Ernreich ou Ehrenreich (riche en honneur) est Marie, la duchesse de Bourgogne, qui épousa l'empereur Maximilien. Ce souverain lui- méme est désigné sous le nom de chevalier Teuerdank (noble pensée). Teuerdank a suc- cessivement affaire à trois capitaines, dont les noms allemands sont Furwittig, Unfalo et Neydelhart. Ces trois noms désignent la na- ture des obstacles que Maximilien trouve à son bonheur. Furwittig signifie témérité Un- fato, revers; Neydelhart, coeur envieux, ou, sii'onveut,envié. Dans le premier chapitre, le roi Romreich perd la reine sonépouse,quilui recommande en mourant leur fille unique et le prie de son- ger à la marier. Dans le second, le roi tient conseil avec ses ministres sur le choix d'un gendre. Il se présente douze prétendants tous princes grands et riches. Les conseillers, après s'être longtemps consultés, finissent par s'en rapporter au roi même, qui déclare qu'il a fait son choix, mais qu'il ne sera connu qu'a- près sa mort.Hnconséquence,il il fait son tes- tament mais.le laisse cacheté pour être remis à sa tille. Le roi meurt bientôt, et la princesse apprend qu'elle est destinée au chevalier Teuerdank. La jeune reine consent qu'on aille chercher ce héros pour l'amener à sa cour. Le messager part, chargé du portrait et d'une lettre d'Ernreich. Les grands du pays d'Ern- reich, jaloux du bonheur futur de Teuerdank et de son mérite, envoient trois capitaines pour mettre obstacle à son arrivée ce sont ceux que nous avons nommés ci-dessus. Ce- pendant le messager court en tous lieux et a bien de la peine à découvrir Teuerdank. Enfin il le rencontre et lui annonce la fortune qui l'attend. Mais le chevalier dit qu'avant de se rendre auprès de la jeune reine il veut la mériter par des exploits et combattre pour elle comme pour la dame de ses pensées. Avant tout, il fait part au roi son père des nouvelles qu'il a reçues. Celui-ci en témoigne sa joie, et Teuerdank, muni de ses instruc- tions, part pour satisfaire son besoin.de gloire. Les premiers obstacles qu'il rencontre vien- nent de la part de Furwittig, qui, en le dé- tournant des bonnes actions, veut l'entraver dans des écarts téméraires et injustes; mais le chevalier lui répond en homme très-instruit des devoirs de l'honneur et de la religion. Il s'achemine vers les Etats d'Ernreich avec son écuyer et son conhdent,Ernhold,qui lui donne de sages avis. A l'entrée des Etats de la reine, il trouve encore Furwittig qui, sous prétexte de le bien traiter,l'engage dans une partie de chasse très-périlleuse. Un cerf est prêt à cul- buter le héros dans un chemin creux, et ce n'est que par un.coup extraordinaire de force et d'adresse qu'il s'en débarrasse. Dans une seconde chasse, il tue avec le même bonheur un ours terrible. On lui en propose une troi- sième au chamois dans des montagnes où il risque mille fois de périr; il s'en tire heureu- sement et même triomphe d'un lion furieux et d'un sanglier formidable. Cette scène se ré- pète encore trois ou quatre fois sans que Teuerdank, emporté par son courage, s'aper- çoive que ce n'est que pour le faire périr qu'on l'expose à tant de dangers. s'aventure im- prudemment sur la glace et manque de périr; ce n'est qu'à cette dernière épreuve qu'il s'a- perçoit de la perfidie de Furwittig. Il arrive ensuite chez Unfalo qui, sous pré- texte de lui faire une brillante réception, le retient dans son château. Les accidents aux- quels le héros est exposé dans ce nouveau sé- jour sont aussi nombreux que les précédents. On enlève secrètement quelques marches de l'escalier pour le transformer en casse-cou on le fait monter sur une tour ruinée sous prétexte de découvrir le pays; il fait dos chutes et des sauts extraordinaires avec son cheval; une avalanche l'ensevelit sous la neige; on veut le noyer en le faisant traver- ser un lac sur un mauvais bateau sans voiles, par un gros temps, etc. etc. De tous ces ac- cidents il se tire avec le plus grand bonheur. Neydelhart succède.aux deux autres traîtres, et lui tend à peu près les mêmes pièges, aux- quels il échappe aussi heureusement. Enfin il touche au terme de son voyage. A l'occasion de son arrivée, on célèbre un ma- gnifique tournoi. Teuerdank combat pendant six jours contre six chevaliers il sort victo- rieux de la lutte et reçoit le prix des mains de la reine. Son fidèle confident, Ernhold, découvre que les trois traîtres qui ont attenté à la vie de son maître se sont glissésàlacour;on les arrête, et chacun d'eux périt d'un supplice différent. Le mariage va se célébrer; mais la reine exige d'abord de son futur l'accomplis- sement d'un vœu qu'elle a fait, celui de se croiser pour faire la guerre aux Turcs. On prévoit d'avance la gloire que son héros doit y acquérir et l'auteur croit déjà voir l'aigle de Teuerdank arborée sur les murs de Jéru- salem et de Constantinople. Tout ce récit, on lept'ésume, n'est que de l'histoire mise sous la forme d'une assez froide allégorie, et cette suite assez monotone d'aventures merveilleuses est une perpétuelle série d'allusions à des événements qui n'a- vaient pas besoin d'être ainsi déguisés pour intéresser le lecteur. ChevmU~f de SatM<-Gcof~e< (LE), roman publié par M. Ro~er de Beauvoir en 1838. Dans une de ses meilleures créations, Georges, Alexandre Dumas, avec son incontestable puissance d'imagination, nous a passionnés pour un mulâtre qui faillit réussir dans une noble entreprise, l'affranchissement des es- claves. Dans le Chevalier de Saint-Georges, Roger de Beauvoir a choisi un côté futile du même sujet, et, prenant aussi un mulâtre, pres- qu'un nègre, t'a transformé en héros de la mode et des boudoirs. Le personnage est d'ailleurs historique, et son biographe n'aeuqu'àconsul- ter les mémoires du temps pour tracer son portrait. Ce roi de la mode, ce héros des plus briltantes aventures, ce lion couleur de pain d'épice semblait créé exprès pour le roman et pour la scène; aussi Roger de Beauvoir nous l'a-t-il présenté sous ces deux formes littéraires. Agé de vingt-cinq ans, bien fait, de tournure charmante, modèle de goût, de distinction et de belles manières, montant à cheval, dan- sant, faisant des armes mieux que personne au monde, chantant à merveille, jouant du violon, composant des romances et des opéras- comiques, riche, généreux, le chevalier de Saint-Georges est l'idole de la cour et du grand monde. En revanche il est loin de plaire au contrôleur général des nuances, M. de Boulogne, dont il a contrecarré les pro- jets. M. de Boulogne, qui a lâchement aban- donné un fils qu'il a eu d'une négresse appelée Noémi, a reporté toute son affection sur son fils légitime, le baron de Tourvel, débauché dont il cherche à rétablir la fortune par un mariage avec une jeune, jolie et riche veuve, la comtesse de Presles. Tandis que son fils s'occupe de ses chevaux, le contrôleur fait, par procuration et à sa place,la. cour à Mme de Presles, autour de laquelle il ne peut voir sans effroi papillonner le grand vainqueur, le che- valier de Saint-Georges, Il obtient contre ce dernier une lettre de cachet; mais le malin' chevalier sait se faire remplacer à la Bastille par son rival, qui croit aller à un rendez-vous d'amour chez M~eGuimard, une actrice en renom. Saint-Georges met le temps à profit, et force rapidement l'entrée du cœur de la comtesse; mais de Tourvel, dupé, embastillé, évincé près de sa future, accourt, et d'un mot avilit le chevalier la coqueluche des belles n'est qu'un esclave fugitif, un ancien domes- tique de la mère de la comtesse, le fils de la négresse Noémi a Non, répond Saint-Georges en le provoquant, je suis affranchi.o Il le prouve, et un duel est arrêté entre les deux rivaux. M~cde Presles vient supplier Saint-Georges de ne pas se battre; elle lui avoue, pour triompher de sa résistance, qu'elle partage son amour, et lui onre sa mam s'il refuse le duel. "Vous m'aimez, raison de plus pour ne pas perdre votre estime, répond le chevalier; je me battrai.. Sur ces mots on frappe, la comtesse n'a que le temps de se cacher, et M. de Boulogne entre et conjure à son tour le chevalier d'épargner son frère. Brisant- son orgueil pour empêcher le duel, le contrôleur découvre au chevalier qu'il est son père. Il pourrait sauver l'honneur de Saint-Georges en révélant hautement le secret de sa nais- sance, mais il craint de se compromettre. Le chevalier, sur lequel la voix de t'amour avait eu moins de force que celle de l'honneur, se sacrifie par piété filiale à l'égoisme paternel; il refuse de se battre, sans se préoccuper des suppositions fâcheuses auxquelles donnera lieu sa conduite. Mais la comtesse, sortant du ca- binet où elle étaitcachée,déclare la vérité devant les témoins; le chevalier et le baron, les deux frères rivaux, s'embrassent, et de Saint-Georges devient l'heureux époux de Mme de Presles. Telle est l'analyse de ce roman et de la co- médie.en trois actes que Roger de Beauvoir, en collaboration avec Mélesville, en tira et fit représenter aux Variétés le 15 février 1840. On ne peut refuser à ces deux œuvres de l'in- vention, de l'intérêt, de la vivacité, une grande habitude de la mise en scène mais le ton ca- valier du style ne rachète pas son incorrection. Roger de Beauvoir, gâté par la bienveillance de la critique, ne se donnait pas la peine de soigner sa rédaction, et traitait la langue fran- çaise comme son héros, le chevalier de Saint' Georges, traitait son violon lorsqu'il s'amu- sait à jouer un menuet avec la lanière de son fouet. ChcvnUers de i'Esprh (LES), roman de Gutz- kow (t850-1852), un des chefs de l'école qu'on a appelée à tort ou à raison la jeune Al- lemagne; aujourd'hui encore, il représente d'une manière assez ndèle les tendances litté- raires de son pays. Dans les Chevaliers ~s l'Esprit, l'imitation d'Eugène Sue est nagrante, et plus d'une scène des -ys~rM de Paris a passé dans ce roman, qui a obtenu un de ces succès qui font époque. Les deux frères Wild- ungen, Dankmar et Sigebert, derniers des- cendants d'un des templiers qui périrent avec Jacques Molay sur le bûcher dressé par Phi- lippe le Bel, sont à la recherche d'une for-