ACTES DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGHAPHIE.
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« Toutefois tes efforts que fit de 1778 à 1783 le prince Anh, secondé par l'évêque
d'Adran, pour mettre la t{asse-Cochinchine en état de défense, ne furent point suffisants
pour résister aux Tay-so'n. En mars 1782, malgré la glorieuse résistance de Manuel, leur
flotte força les passes de la rivière de Saigon. Pigneau et le collège, prévenus à temps,
s'enfuirent au Cambodge, où ils n'échappèrent aux rebelles qu'en errant pendant
plusieurs mois dans les sinuosités inconnues du Mékhong. Mais, par un retour inespéré
de la fortune, les Tay-so'n durent brusquement évacuer ta Basse-Cochinchine, et, à la fin
d'octobre 1782, Pigneau vint rejoindre le prince Anh à Saigon.
« Ni l'un ni l'autre ne se faisaient d'illusion sur le répit précaire qui leur 'était accordé.
Peut-être est-ce dès ce moment qu'ils prirent la résolution de solliciter le secours du roi
de France. La date de la version française, consacrée aux archives du quai d'Orsay, de la
« Délibération du Conseil royal de la Cochinchine », permettrait de le supposer mais
elle soulève trop de difficultés pour qu'on puisse l'accepter sans réserves. Par cet acte, le
roi de Cochinchine donnait pleins pouvoirs à t'évoque d'Adran pour demander a la cour
de France les secours nécessaires; il lui confiait son fits unique et te sceau royat, comme
gages de la droiture de ses-intentions; enfin il offrait à ta France, en échange de son
appui militaire, la pleine propriété de Puto-Condoret de l'île qui ferme la baie de
Tourane, la co-propriété de ce port, et le commerce exclusif de ses États.
« Que cet acte ait été signé en 1783, ou seulement en 1783 ou en 1784., il est du moins
certain que dès la fin de 1783, Pigneau prépara le départ du collège. Après être resté
quelque temps auprès du roi pour réunir les bateaux, les pilotes et les provisions néces-
saires, il s'embarqua en mars 1783, au moment où l'on annonçait le prochain retour des
Tay-so'n. L'insécurité du golfe de Siam et divers incidents ne permirent aux fugitifs
d'aborder à Chantabun qu'au mois d'août. Après de laborieuses négociations qu'il pour-
suivit à Bangkok même, t'évêque obtint du roi de Siam l'autorisation de'laisser le cotlege
à Chantabun. Tranquille de ce côté, il quitta le Siam en janvier 1784, décidé à'se rendre
lui-même àPondict'éry; mais il ne put profiter de la mousson, et erra pendant de longs
mois dans les îles du golfe de Siam, touchant tour à tour Puto-Panjang, i Puto-Ubi.
enfin à Pulo-Way, où il resta de mars a décembre. La saison étant alors favorable, il
revint à Putd-Panjang, où il eut une dernière entrevue avec le roi de Cochinchine; qui
tui confia le jeune prince Canh, héritier présomptif de la couronne. Il repartit aussitôt,
et,'après avoir fait un court séjour à Malacca, arriva à Pondichéry :.à ta fin de février 1785.
« Les négociations de Pigneau avec les autorités françaises de Pondichéry et avec la
cour de France pour les gagner à la cause cochinchinoise sont trop connues, grâce aux
documents publiés par MM. Faure et )!. Cordier, pour qu'il soit utile de s'étendre sur
cette partie de sa biographie.
« Il semble que t'évêque d'Adran ait d'abord songé a obtenir directement de Pondi-
'chéry même l'intervention militaire qu'il sollicitait, tt se heurta à un refus catégorique.
Découragé par ce mauvais accueil, et aussi peut-être par les accusations dont il avait été
l'objet en cour de Rome de la part des Franciscains espagnols, il songea un moment à
retourner en Cochinchine par Macao. Mais la nomination d'un nouveau gouverneur à
Pondichéry, Charpentier de Cossigny, et l'arrivée du chevalier d'Entrecasteaux lui
rendirent l'espoir. L'an d'après, Cossigny, sans prendre d'engagement ferme, lui accor-
dait un passage sur un bâtiment quittant Pondichéry en juillet 1786, pour lui permettre
d'aller plaider lui-même sa cause devant la cour. En même temps, il envoyait une flûte,
1. Ce document est, en effet, daté du « i0° jour de la T lune de la 43' année du règne de Canh-
hang c'est-à-dire du 18 août 1182. Mais à cette date, d'après son propre témoignage, t'evcque
d'Adran était encore caché au Cambodge. H est bien difficile de savoir si la faute porte sur le
numéro du mois ou sur le millésime de l'année, et la question ne pourrait être définitivement
tranchée que si l'on retrouvait te texte original de ce document.