JOURNAL DU VOYAGE
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grand sans abattre leur ouvrage, qu'il le lui abandonnait que pour l'argent
il ne l'épargnerait pas. S. M. ensuite lui. a fait toute sorte de bon accueil.
Puis M. Colbert l'a ramené au vieux château. L'on avait tendu dans les cours
les tapisseries de la couronne pour la procession du Saint-Sacrement (car
c'était le jour de la Fête-Dieu) celle des Actes des Apôt~~es, les T~~io~nphes de
Scipiov et les autres du dessin de Jules Romain t. Après que le Cavalier les
a eu considérées et trouvées fort belles, il m'a prié de le mener à la chapelle,
où il est demeuré longtemps en prière, et, après la cérémonie, il a diné au
chambellan!! avec M. Colbert et nous autres aussi. Il s'est, au sortir de table,
allé reposer à la mode d'Italie, dans l'appartement de M. de Bellefonds. Sur
le soir, 1\I. Colbert ramené à Paris.
Le cinquième, il l'est venu prendre ctU- matin pour 1 Lli faire voir le Louvre,
et a commeucé par le dedans de la cour. Après, l'un a été aux Tuileries, puis
le long du quai et de la grande galerie. Ensuite l'on a monté en carrosse, et
Al. Colbert l'a mené voir l'ile du Palais, la Sainte-Chapelle, les salles du
Palais, le terrain qui est à la tête de l'église Notre-Dame, et de là dans l'ile.
Il a entré à la pointe de l'ile, chez M. de Bretouvilliers 3, pour voir la belle
situation du lieu. Il y a vu une galerie peinte par Bourdon, laquelle il a
trouvé belle. Après cela, 112. Colbert l'a ramené à l'hôtel de Fronten~c.
Le sixième, pendant que l'on faisait des tables, et que l'on préparait les
autres choses nécessaires pour dessiner, le temps s'est passé en conversation,
et comme le cavalier Bernin est un homme dont le nom est fameux et la
réputation grande, j'ai jugé aussi bien que vous, mon très-cher frère, que ce
ne serait pas une chose inutile à notre commune étude et ponr notre diver-
tissemeut même de garder quelque mémoire de ce que je lui ai entendu dire.
Vous qui ne l'avez point vu, serez peut-être bien aise que je vous fasse ici
un léger crayon ou, comme disent les peintres italiens, tin sq2~~sse de lui et
de son esprit.
Je vous dirai clone 5 que le cavalier Bernin est un homme d'une taille
médiocre, mais bien proportionnée, plus maigre que gra8, d'un tempérament
1. La tapisserie des .9ctES des ApGtres, d'après le dessin de Rapliaël, a péri dans l'incendie
des Gobelins en 1871; celle du Triomphe de Scipiort existe encore au Garde-Meuble. Les
cartons de Jules Romain sont au Louvre.
2. C'est-à-dire à la t2hle du grand chambellan. «FLi ad csso, dit Baldinucci, ed al figliuolo
dato luogo alla tavola de' principi c principali ministri del reguo. n (P. 46.)
3. L'lntel de Bretonvilliers, bâti pour le Ragois de Bretonvilliers, président à la chambre
des Comptes, était situé à la pointe de l'ile Notre-Dame. Outre la galerie peinte par Sébastien
Bourdon on y voyait, suivant Ilurtaut, quatre tableaux du Poussin Le Passage de la ~aer
,Rouc~e. l'~ldorntiorv du 1'eau d'on, l'Enlèuement des Sabines (actuellement au Louvre) et le
Trio~nphe de Ve.'nus.
4. Schizzo. On voit que le mot esquisse n'était point encore en usage. Le premier diction-
naire, à ce que je crois, où il figure, est celui de Furetière (1690).
5. Voici le portrait que Charles Perrault en a tracé de son cdté Il Il avait une taille un peu
au-dessous de la médiocre, bonne mine, un air hardi. Son âge avancé et sa grande réputation
lui donnaient encore beaucoup de confiance. Il avait l'esprit vif et brillant, et un grand talent
pour se faire valoir; beau parleur, tout plein de sentences, de paraboles, d'historiettes et de
bons mots dont il assaisonnait la plupart de ses l'épouses. (~'Ifémoires, livre n, p. 7\1.)