JOURNAL DU VOYAGE 56 plàtre, mais que pas un d'ici n'en voulait entendre parler, peur de prendre la peine de faire de nouvelles épreuves ou de sortir de la pratique et de l'usage. Il nous a dit qu'on en a parlé à quelques-uns qui disent que cela coûterait trop de cette sorte qu'en leur répondant que c'était pour personnes qui ne regardaient pas à la dépense, ils disaient après que cela serait trop long; leur répondant encore qu'on n'avait pas hâte, ils disaient enfin que cela ne se pou- vait pas que cette considération lui faisait souhaiter que ceux qu'il avait mandés à Rome vinssent bientôt, étant question de faire de certaines expé- riences qu'il ne pouvait pas faire lui-même, étant de choses si basses que cela était hors de sa profession, et que s'il voulait s'y appliquer, ce serait comme si le roi donnait audience à une misérable veuve sur une affaire de quatre baioques `, et perdrait à cela le temps qu'il doit donner aux affaires impor- tantes de son conseil d'État et autres. Il a répété ces choses en substance à M. Colbert quand nous avons été arrivés; et, après lui avoir montré le dessin de la façade du côté de la rivière, M. Colbert a dit au sujet des ouvriers mandés à Rome, qu'il avait écrit qu'on les eût à quelque prix que ce fût. Le Cavalier a répété qu'il en avait besoin pour les expériences dont il avait parlé, et a ajouté que si l'on pouvait faire de la brique plus légère, et qu'il se trouvât de la terre propre à cet effet, cela servirait à faire les voi1tes des seconds étages avec épargne et plus de beauté. L'on parla de la pouzzolane, et si c'était ce que l'on appelle terrasse de Hol- lande. Je dis que je l'avais ouï-dire et que lea Hullandais qui trafiqutiient dans le Levant, au retour lestaient leurs vaisseaux de pouzzolane qu'ils vendaient après sous le nom de terrasse de Hollande. L'on discourut si avec de la brique ou pierre de meulière, qui est comme spongieuse, It"on pourrait ici faire des voûtes si notre chaux était assez bonne pour cela. L'on dit au sujet de la brique qu'elle pourrait être faite de la terre dont se font les pots, lesquels sont légers qu'il fallait examiner ces sortes de terres, et pour en faire les expériences avoir quelques gens intelligents. Le Cavalier dit qu'il ne pouvait se fier qu'à ceux qu'il avait mandés qu'à l'égard des salons, il serait besoin d'avoir du sapin. Je dis qu'il y en avait en Auvergne. M. Colbert répondit qu'il y en avait peu. Le Cavalier parla de la Toscane où il y en a quantité. Il ajouta qu'à l'égard de la longueur des poutres, elles pouvaient être faites de trois pièces, qu'elles seraient plus forte~. L'on est demeuré d'accord que le sapin est beaucoup meilleur que le chêne qui écrase les murs par sa pesanteur. M. Colbert m'a dit, cet entretien fini, de mener le Cavalier chez le Roi et qu'il s'y en irait aussitôt, et de fait, il est venu incontinent après, et étant entré dans le cabinet de S. M., sur ce que le Cavalier aurait demandé une demi-heure du temps du Roi pour dessiner son portrait autrement que les autres fois, que S. M. n'était pas obligée de demeurer arrêtée, mais parlait et agissait sans se donner de' sujétion 1 M. Colbert est ressorti et lui a dit que le Roi ne pouvait pas à présent lui donner ce temps, ayant à tenir, ce même matin, deux conseils; mais qu'à l'issue de son dtner, S. M. lui donnerait une heure entière. Après, il m'a dit de mener le Cavalier diner, afin qu'il fût en état de travailler quand le Roi sortirait de table. 4. Bajocco, monnaie valant deux liards.