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Notice complète:

Titre : Ronsard et l'humanisme / par Pierre de Nolhac

Auteur : Nolhac, Pierre de (1859-1936). Auteur du texte

Éditeur : Champion (Paris)

Date d'édition : 1921

Sujet : Ronsard, Pierre de (1524-1585) -- Critique et interprétation

Sujet : Ronsard, Pierre de (1524-1585) -- Contemporains

Sujet : Humanisme de la Renaissance

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb35556358j

Type : monographie imprimée

Langue : français

Format : XII-366 p. : portr., fac sim. ; 25 cm

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Description : Collection : Bibliothèque de l'École des hautes études. Sciences historiques et philologiques ; 227

Description : Contient une table des matières

Droits : Consultable en ligne

Droits : Public domain

Identifiant : ark:/12148/bpt6k331206

Source : Bibliothèque nationale de France

Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 15/10/2007

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DES HAUTES ETUDES

BIBLIOTHÈQUE

DU MIXISTHRH DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE:

SCIENCES HISTORIQUES ET PHILOLOGIQUES

DEUX CENT VINGT-SEPTIÈME FASCICULE

RONSARD ET L'HUMANISME

PIERRE DE NOLHAC

LIBRAIRIE ANCIENNE HONORE EDOUARD CHAMPION

DE L'ÉCOLE

PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES

7/-

PAR

PAHIS

5, QUAI MANQUAIS

1921

Tousdroitsréservps.

CHAMPION



RONSARD ET L'HUMANISME


OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

SUR L'ANTIQUITÉ ET LA RENAtSSANCB

PÉTRARQUE ET L'HUMANISME, nouvelle édition remariée s~ augmentée. Paris, 1907, 2 voL,in-8.

LA BIBLIOTHÈQUE DE FULVIO ORSINI, contributions à l'histoire des collections d'Italie et à l'étude de la Renaissance. Paris, 1887, in-8~ (7<* fascicule de la BtM[0<heqae de !'ëco!e des Hantes Études.)

LE VIRGILE DU VATICAN ET SES PEINTURES. Paris, 1897, in-4.

LE CANZONIERB AUTOGRAPHE DE PETRARQUE. Paris, 1886, in-8.

LE « DE vmis ILLUSTRIBUS » DE PÉTRARQUE, notice sar ~es mann~cr~' ort- yt/tauj* suivie de fragments inédits. Paris, 1890, in-4.

LES CORRESPONDANTS D'ALDE MANUCE, matériaux nouveaux d'histoire littératre(l483-]5l4).Rome,t888,in-4. ÉRASME EN ITALIE, étude sur un épisode de la Renaissance, avec donze lettres inédites d'Erasme, 2" édition. Paris, i898,m-8.

LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY, publiées pour la première fois d'a/n'ey les originaux. Paris, 1883, in-8.

LE DERNIER AMOUR DE RONSARD. Paris, 1914, in-8.

UN POETE RHÉNAN AMI DE LA FLÉIADE.

IL VIAGGIO IN ITALIA DI ENRICO II! RE DI FRANCIA, 6 ~6 /eS<S a Vene~M, Ferrara, Afan~oca e y('r:no (avec A. SoLBRTi}. Turin, 1890, ip-8. Paris, 1922, in-8.

LES PEINTURES DES MANUSCRITS DE VIRGILE. Rome, 1884-, in-8.

LE VÀTicANus 90 DE LuciEN. Paris, 1884, in-8. BoccACE ET TACITE. Rome, 1892, in-8.

FAC-StMfLÉS DE L'ÉCRITURE DE PÉTRARQUE. Rome, 1887, in-8. MANUSCRITS A MINIATURES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE P&TRARQUB.PanS) 1889, tn"4. LES ÉTUDES GRECQUES DE PÉTRARQUE. Paris, 1888, in-8.

UNE DATE NOUVELLE DE LA VIE DE PÉTRARQUE. Toulouse, 1890, in-8.

LE RÔLE DE PÉTRARQUE DANS LA RENAISSANCE. Paris, 1907, in-8".

PETITES NOTES SUR L'ART ITALIEN. Paris, 1887, in-8.

RECHERCHE SUR UN COMPAGNON DEPOMPONH'S LAETUS. Rome, 1886, in-8, ç GIOVANNI LopENzi, BIBLIOTHÉCAIRE D'INNOCENT VIII. Rome, 1888, in-8. INVENTAIRE DES MANUSCRITS GRECS DE JEAN LASCARIS. Rome, 1886, in-8. PiBTRoBEMBo ET LAZARE DjEBA'ip.Bergame, 1894, m-8.

LE GREC A PARIS sous Louis XI!: RÉciT D'UN TÉMOIN. Paris, 1888, în-8. LE .PREMIER TRAVAIL FRANÇAIS SUR EURIPIDE (.P'r. T'tssayd). Paris, 1898, m-8. LETTRES INÉD. DE LAREINEDBNAVARREAU PAPEPAULlH,VerSaHIeS,1887,m-16~ LETTERE INEDITE DEL CARDINALE DE GRANVELLE. Rome,1884,m-4.

P. VErTOni ET C. SIGONIO. CORRESPONDANCE AVEC F. ORSINI. Rome, 1884,

in-4.

LES COLLECTIONS D'ANTIQUITÉS DE FuLvio ORSINI. Rome, 1884, in-8. `

NOTES SUR PiRpo LiGopio. Paris, 1886, in-8.

LETTRES DE PAUL MANUCE RECUEILLIES A LA VATICANE.~ome, 1883, in-S. LA BiBnoi,tiÈQUE D'UN HUMANtSTE AU xvi* SIÈCLE (Ajfure<). Rome, 1883, in-8. NICOLAS AUDEBERT, ARCHÉOLOGUE ORLÉANAIS. PariS,1887, in*8.

JACQUES AMYOT ET LE DÉCRET DE GRATIEN. Rome, 188S, in-8.

UN ÉLOGE LATIN DE MELLIN DE SAINT-GELAIS. Paris, 1921, in-8.

HÉLÈNE DE SuRGÈREs. Paris, 1882, in-8.

RONSARD ET SES CONTEMPORAINS ITALIENS. Paris, 193t, in-8.


PIERRE DE NOLHAC

RONSARD

ET

L'HUMANISME AVEC UN PORTRAtT DE JEAN DORAT ET UN AUTOGRAPHE DE RONSARD

PARIS

LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION HDOtJA.RD CHAMPION

5,Qt'AtMA!.AQUA;S

1921

Tons droits réservés.

Cet outrage forme le ~?7* fascicule de la Rtj&<to<h?'/up de !'t.'co/e des Hautes Études.



PRÉFACE

Qui se contente aujourd'hui pour notre Ronsard de la timide réhabilitation de Sainte-Beuve ? Une époque de recherches critiques le met en place bien plus haute que celle où les romantiques se croyaient hardis de l'élever. Nous sourions de leurs hésitations et de leurs réserves, et notre admiration ne se réduit plus à choisir dans cette œuvre immense quelques odelettes et quelques sonnets. \ous voulons mesurer l'ensemble du monument et en examiner les détails les parfaites réussites n'y font pas dédaigner Fen'ort moins heureux la Pléiade entière bénéncie de la curiosité qui s'attache an maître, et rien ne nous laisse indifférents de cette tentative d'où est sortie toute la poésie moderne de la France.

Le gentilhomme vendômois, qui prit ses meilleurs amis parmi les rimeurs et les professeurs de grec, est une des figures les plus originales de notre littérature. Elle commence à être une des plus étudiées. D'excellents érudits s'y consacrent, surtout depuis quelques années tandis que la biographie s'éclaire les éditions partielles ou générales des œuvres se multiplient cependant que nos poètes, malgré le vieillissement de la langue, se mettent à les lire assidûment. Quelques étrangers s'associent à ce mouvement; ceux d'entre eux qui y résistent nous font penser que Ronsard est peut-être, comme Racine, un de ces dieux domestiques dont Inculte n'est célébré pleinement qu'au foyer de la nation.

Il n'est pas aisé de bien connaître ce siècle de grands écrivains. L'étoignement des temps nous sépare plus qu'on ne


le voudrait des pères de notre lyrisme et de notre prose. Ceux de la Pléiade méritent pourtant qu'on apprécie exactement la révolution qu'ils ont osée et réussie,les raisons et les circonstances de leur imitation des Anciens etdes Italiens, les principes qui ont soutenu leur effort sans y survivre et ceux qu'ils ont incorporés à jamais dans notre doctrine des lettres. Les opinions les mieux établies à ce sujet doivent être revisées de temps en temps par la critique. N'est-il pas insuffisant, par exemple, de croire que la poésie de Ronsard et de ses amis trouve sa préparation et ses origines dans l'école lyonnaise? On a établi de ce côtelés filiations spirituelles qui ne sont applicables qu'à quelques écrivains. Celle qui les intéresse tous nfest pas assez en lumière, car c'est ailleurs qu'ils ont rencontré le milieu littéraire favorable et de véritables précurseurs.

Les poètes humanistes, c'est-à-dire ceux qui écrivaient en latin classique, donnaient déjà l'exempled'une culture intellectuelle entièrement empruntée à l'Antiquité. Pétrarque, de qui découlent tous les courants de la Renaissance, avait été leur premier maître et cette littérature savante norissait depuis près de deux siècles en Italie, alors qu'elle s'implantait à peine chez nous. Dès qu'elle passa les monts, sa fortune ne cessa de grandir. L'Allemagne, par exemple, qui n'a pas eu de Ronsard et n'a rejoint qu'au siècle suivant les traces du nôtre, compte presque autant de poètes humanistes que la France. Dans toute l'Europe, ces formes; ont alors suffi à l'expression de l'idée et du sentiment che~ les écrivains les plus cultivés, et quelques chefs-d'œuvre, trop dédaignés aujourd'hui, en ont tiré une courte, mais éclatante carrière.

La Pléiade, à ses débuts, fut entourée d'un monde latinisant, qui vivait sur le fonds qu'elle exploitera elle-même et puisait sa vigueur aux mêmes sources. Il n'avait rien de commun avec l'école de Marot, en faveur auprès des gens de cour et des femmes, contre laquelle les jeunes réformateurs batailleront, et il s'opposait plus encore aces Rhéto-


riqueurs démodés qui prolongeaient, dans une indigence croissante de la pensée, l'existence de nos vieilles formes poétiques. L'usage de la langue de Rome et quelquefois du grec, s'il n'encourageait point l'originalité, sauvait d'ordinaire les humanistes de la platitude en leur imposant la fréquentation des grands modèles. Ceux même qui se contentaient de reproduire, en des vers plus ou moins heureux, la grâce horatienne ou la facilité d'Ovide, frayaient la voie aux plus hardis et aux plus savants qui allaient s'inspirer de Pindare et de l'Anacréon de Henri Estienne. Mais cette poésie, où les médiocres furent innombrables, eut aussi de véritables maîtres, que Ronsard et les siens admirèrent et ne cessèrent pas de pratiquer. C'est elle qui créa par avance un public pour l'école nouvelle, lui recruta des lecteurs dans toutes les parties de la nation et facilita sa besogne d'enrichir notre langue du meilleur héritage de la double Antiquité. La prose latine du même temps, si riche en tous les genres et dont l'esprit français fit alors si noble usage, ne le préparait-elle pas de la même façon à goûter les Essais et à en assurer la diffusion?

Les principales nouveautés de ce livre lui viennent de l'usage qu'il fait de textes, imprimés ou inédits, de la littérature de l'Humanisme. Sans me priver de recourir à d'autres sources, ce sont celles que j'ai particulièrement recherchées, comme les plus négligées jusqu'à présent. Le lecteur jugera de ce qu'elles fournissent d'inattendu pour reconstituer la biographie de nos poètes et le milieu qui les a formés. Les érudits ronsardisants, auxquels ces pages sont spécialement destinées et que j'ai tant de fois nommés avec reconnaissance, utiliseront, je l'espère, des observations qui éclaircissent à leur suite les points obscurs de la vie de Ronsard et de ses amis et peuvent aussi servir à préparer des recherches nouvelles. Elles semblent abondantes pour le decennium de la « Brigade » qui va de la publication de la Deffence (1549) et des Odes (1550) à la mort de Joachim


du Bellay. Cette période, qui embrasse- l'oeuvre ronsardienne du règne de Henri II, est une des plus actives de nos lettres et les destinées de notre poésie lyrique s'y sont fixées.

On verra Ronsard rattaché directement à l'Humanisme, non seulement par ses études, ses imitations, ses proches amitiés et des relations lointaines souvent ignorées, mais encore par quelques fantaisies de sa plume. Les papiers de Jean de Morel devaient garder trace de son intimité avec le poète; ceux de notre Bibliothèque nationale m'avaient donné déjà, en 1882, les premiers autographes connus de Du Bellay ceux de la Bibliothèque de Munich, que j'ai dépouillés en 1898 et 1910, apportent l'invective contre Pierre de Paschal, qui restitue à Ronsard une œuvre assez curieuse, jusqu'à présent vainement cherchée. Elle est un exemple de ce « bon gros latin », qu'il voulait qu'on écrivît sans nulle prétention cicéronienne, et dont il usait luimême, on le verra, avec une verve égale à celle de sa nieilleure prose française. Ce morceau justifie le chapitre qui évoque quelques visages de « gens de lettres » autour de la victime de Ronsard.

Les premiers documents de ce travail ont été réunis par un étudiant de l'École des Hautes-Études, il y a près de quarante ans.. Je méditais alors, avec les ambitions de la jeunesse, une large « Histoire de l'Humanisme en France », dont un volume eut été consacré à la Pléiade et aux formes de l'hellénisme propagées par l'enseignement de Dorat. Ce projet s'est trouvé interrompu par mon séjourà Rome etdes études poursuivies de longues années sur les origines italiennes de la Renaissance. Versailles ne pouvait m'y ramener. J'ai abordé, il est vrai, quelques points du sujet dans les conférences de notre École. Plusieurs élèves d'alors, devenus des maîtres aujourd'hui, MM. Dorez, Jovy, DelarueUe, l'historien de Budé, en ont traité avec autorité des parties importantes d'autres se rappellent quel intérêt nous inspirèrent successivement les précurseurs du temps ~de


Charles VI et les contemporains d'Erasme. Un seul savant se préparait à remplir le dessein d'ensemble, dont il avait mesuré à la fois les difficultés et le mérite; mais René Sturel, historien d'Amyot, après avoir honoré la patrie par ses premiers travaux, a donné sa vie pour la défendre. Qui reprendra maintenant la tâche abandonnée? Quel peintre saura exécuter en son entier le grand tableau d'histoire littéraire, dont cette esquisse bien imparfaite ne présente qu'un fragment?

Paris, juin 1921.

Les textes de Ronsard sont cités d'après l'édition Paul Laumonier (Paris, 1919), à partir de la page 65. On a maintenu dans l'ensemble du livre les renvois à l'édition Blanchemain, dont on connaît trop les insuffisances de toute sorte, mais qui se trouve encore la plus répandue. (On peut croire qu'elle sera remplacée dans l'usage courant par celle que prépare M. H. Vaganay, d'après le texte des Œ'ut)/'M de 1578.) La grande édition Laumonier, qui reproduit comme celle de Marty-Laveaux le texte de 1584, est 1 instrument de travait par excellence sur Ronsard, grâce surtout à son important commentaire, digne de l'auteur de /Ponsar~/)oé<e/r{crue. Le même savant a été chargé par la « Société des textes français modernes de l'édition critique des œuvres de Ronsard je cite les Odes de t550 d'après les deux premiers volumes, seuls parus. Les autres ouvrages du seizième siècle ont été cités, autant que possible, d'après les éditions originales.



RONSARD

ET L'HUMANISME

PHEM!EHEP,\nT!E

RONSAHD HUMAMSTE

L'ËDt'CATION, LE MILIEL', LES I.ECTUHES

En France, jusqu'au milieu du seizième siècle, la littérature n'est pas moins latine que française. La langue de l'Humanisme, qu'on trouve dans Erasme douée de toutes les ressources de la vie, a longtemps paru suffire aux besoins les plus divers de la pensée. Elle cède lentement la place à la langue nationale, dont les droits s'affirment et se justifient peu à peu par des oeuvres de plus en plus parfaites. L'Italie, qui nous devance toujours dans les voies de ia 'Renaissance, a posé et résolu bien avant nous la « question des langues x. Le « vulgaire M y a conquis sa place dans tous les domaines, au même titre que le latin, sauf pour la théologie et l'érudition. Des théoriciens comme Pietro Bembo et Sperone Speroni ont fait triompher, en faveur de l'italien, les thèses dont ils fournissent la matière toute préparée à la Deffence et illustration de ~a /a/~He /'ya~('o~< Le brillant et presque inutile plaidoyer de Joachim du Bellay a été, même chez nous, précédé de beaucoup d'autres et la cause qu'il défend avec une juvénile véhémence, en 1549, n'est déjà pas moins gagnée en France qu en Italie. Mais la culture latine, à laquelle d'ailleurs le poète rend de si vifs hommages, est tellement complète et répandue que de nombreux écrivains usent presque indifféremment des deux langues.

Il est remarquable que le cardinal Bembo soit à la fois l'auteur des jP/'ose, un bon poète pétrarquisant et l'un des « cicéroniens » le plus admirés de son temps et l'on peut faire une observation assez semblable a propos de notre Etienne Dolet XoLHAc. Hf);[;Mr~ c~ ~f;man/f;me.. j


l'homme qui a combattu pour la doctrine du Gicéronianisme et construit en l'honneur du latin le monument des C~m/Kejttaires, consacre la fin de sa vie à « mettre notre langue en tel degré qu'on la puisse doresnavant autant _estimer que plusieurs aultres non tant riches en éloquence » Pour ne citer (lu'un autre exemple, mais suffisant, Guillaume Budé lui-mëqie, lumière du siècle )) et prince des hellénistes, sans renier la supériorité des langues anciennes, a cru devoir écrire en français l'S/~u~on du PrMce, qu'il voulait faire lire H François I' et à sa cour. Ce mouvement est soutenu par le sentiment patriotique qui se rencontre chez les lettrés 2. L'Europe connaît déjà une sorte d émulation entre plusieurs littératures nationales on vise à égaler, a surpasser même les Italiens Mais cette émulation n'existe pas moins dans l'usage de la langue internationale. Au cours des polémiques sur l'imitation exclusive de Cicéron, qui se poursuivent pendant une partie du siècle, plusieurs des nôtres mettent un point d'honneur a revendiquer cette artificielle pureté de langage, peu prisée d'Erasme, dont l'Italie prétend détenir le privilège.

La poésie n'échappe pas à des habitudes qui dominent alors tous les esprits. On se fait une idée bien incomplète du mouvet. Esticune Dolet au lecteur t'rançoys M, en tête de l'édition lyonnaise de La pa/fuc/c a~t/e d'Antoine Héroet, <S43 (Hcroet, OEuvres po~aM, éd. F. <iohin, Paris, 1909, p. ~.Dolet qui n'en continue pas moins de faire M profesbion totale de la langue latine expose nettement les motifs de conversion ;< la langue vutgjii't' dans un 0!iv"ag~e plusieurs fois rÉitnprime. /~H Ht;tK;erp f/e &MM /«/UH'e (/'u/M <an~tK' CM autre (1840), don~uu passage essentiel est cité par ilenri Chamard, dans son édition critique de la /)<K;et'/ ;~us~t<tfn., Paris. t90t, p. U;t. La biMipgraphiede la question serait considérable. Voir, pour d'autres exemples, F. Brunot, jffMt~M'e cff la <a/MjTHe /'r.ïf:<tMe, t. 11 !1. Chamard, Joae/tMt At Bellay, Lille, 1BOO (spécialement sur Jacques Peletier du Mans), e), l'étude si neuved_e P. Vilicy, Les Sf)'cf.s italiennes de Z)c//eHce. de Joachim du Bellay, Paris, 1908, qui forme It* t. !X de notre B<6<K)(Mf/ue littéraire de <'a ~nsissa~~ce. Rude a déjà combattu vivement, dans son De ~iMC, l'opinion qui attribue u l'italie une preétninence littéraire sur les autres nations. V. Lo~'s

Delaruelle. ~fY~tt;ttt<; Bu~c, ~t n;t/tc. /<?s <V~.6u<.s, 7<< !e? mat'<e~es,

Paris. t90' p. 160-16' 1

Sommes-nous donques moindres que les Grecx ou Romains.?, La France. est de long intervalle à préférera l'Italie M (De~c/tce,éd. Chamard, p. 3~1-3~2 De ces deux idées essentielles de !.a: Pléiade, je ne vols point ta seconde soutenue avant Du Bellay, dans t'tn'dreltt.té~n'e;,clle devient commune après !ui.


ment poétique en France sous François F' quand on en borne 1 étude au groupe de Clément Marot et à l'école lyonnaise. La grande production latine ne peut être négligée et parfois, comme chez Salmon Macrin ou Théodore de Bèze, révèle de véritables talents. Même lorsqu'a commencé avec Ronsard la magnifique rénovation du lyrisme français, on voit se répandre des recueils en latin toujours plus habiles et plus variés. Aussi les contemporains qualifiés prennent-ils tout fait au sérieux cette poésie et lui conservent-ils son rang, a côté de sa sœur cadette. Choisissons pour le prouver deux témoignages seulement, mais dont on ne puisse contester l'autorité.

Montaigne accorde aux deux poésies alors en usage le mérite d'une fécondité égale, sans les distinguer autrement qu'en rappelant la perfection récemment obtenue par la française « II me semble aussi de la poësie qu'elle a eu sa vogue en notre siècle nous avons abondance de bons artisans de cemestier-la,Aurat, Hèze. Buchanan, l'Ilospital, Mont-Doré, Turnebus: quant aux François, je pense qu'ils l'ont montée au plus haut degré où elle sera jamais et aux parties en quoy Ronsard et du Bellay excellent, je ne les treuve gueres esloignez de la perfection ancienne » Un petit poème catullien de Joachim du Bellay n'est pas moins significatif. Après avoir établi dans la Deffense que les Français sont capables d'égaler les Anciens et les Italiens, en les imitant avec hardiesse, il énumère ensemble les poètes érotiques des trois langues, ainsi qu'il les mêle évidemment dans sa mémoire et dans son admiration

Ob id nunc cupiam hic adesse, Gordi,

Et quicquid cecinit tener CatuHus,

Et quiccluid cecinit tener Tibuttus,

Quicquid !\aso eanit Propertiu~que.

Gauus, et louianusActiusque~.

Quiequid ipse Maruilus et Petrarca.

Quicquid Beza canit, canit Macrinus,

(L't quoque nominem Poetas),

Ronsardus g'rauis et ~rauis Thvardus.

t. Essais, livre 11, ch. xvtr.

Du Bellay désigne ici les deux napolitains, Giovanni-Gioviano Pontano et Jncopo Sannazaro, nommé dans l'Académie Pontanienne Aetius Svncerus.


Mollis Baifius mihique (si quis

Probàtos locus inter-est poëtas)

Optarimueteresmeoscatores. s

Les prétentions de nos néo-latins sont allées beaucoup plus loin que l'égalité qu'on leur reconnaît. Avant l'éclatant succès de l'entreprise de Ronsard, ils s'imaginent assez souvent représenter à eux seuls toute la poésie française issue de la a Renaissance des lettres ». Ils revendiquent, du même ton -qu'emploiera la Pléiade, le mérite'd'avoir doté la France d'un art véritable et de lui avoir fait perdre sa réputation de nation barbare. C'est ce qu exprime clairement le plus habile d'entre eux, SalmonMacrin, dans un poème /i(7 poêlas Gallicos, adressé à ses principaux contemporains, les seuls qui comptent à ses yeux, Germain de Brie, Jean de Dampierre, Nicolas Bourbon, Étienne Dolet et Jean Visagier(Fu~etus); et il est à noter que ces~oe~ac yaK~ n'ont jamais fait que des vers latins

Bnxi, Dampetre, Borboni, Dolete, Vulteique operis recentis author, Facundi numero elegante vates. Vestra namque opera et labore factum Insigni simui eruditione,

Haec ut natio Gallicana, nullo Ante humaniter instituta cultu, Et quae brbara diceretur olim, lam agrestem exuat expolita morem, Ipsa jam Atthida Graeciamque totam, Doctos prouocet ac Remi nepotes, Nec sese Italia putet mmorem~.

C'était, l'époque où, dans toute l'Europe lettrée, les néo-latins d'Ualie faisaient des disciples enthousiastes, où les églogues marines de Sannazar se lisaient au même titre que les églogues, rustiques de Virgile, où le poème du « divin Fracastor » intitulé Syphilis était, sans hésitation, égalé aux Géorgiques 3. Aucun_de t. /oacAt/n: B(~!an Andini Poematum libri qualuor, Paris, 1SS8, fol. 41 v". Hyn:nor;2fn /t'&t V/ ad /o. Bellaium, Parts, i537, p. 36 (Hëttnprtme dans tf recueil mis sous le nom de Ranutius Gherus Delitiae C. poe<a~K;M ~n/~run:, Francfort, 1609, t. H, p. 4~8). 3. Ronsard devait avoir lui-même l'habitude de parler du « divin Fracastor car on ['etevel'epitht'te chez Binet, écho souvent _BdèIe de ..ses convf)'s.)tinnh.


« nos latineurs » de France n'atteignit jamais à une telle renommée mais ils avaient une assez complète conscience de leur valeur pour mesurer quelle distance séparait leur culture, souvent étendue et raffinée, de celle des rimeurs en langue vulgaire, tous à peu près étrang'ers à l'étude de l'Antiquité. Leurs publications, déjà nombreuses, et qui tendent à se multiplier au cours du siècle contribuent à préparer un auditoire à Ronsard et à son école. Elles attestent, en tout cas, que le latin peut alors exprimer toute la pensée des poètes et leur assurer une réelle renommée.

Que tel ait été, pendant une partie de sa vie, le sentiment de Pierre de Ronsard, j'espère en fournir, au cours de ces études, des preuves assez nombreuses. Mais une des marques les plus certaines de son génie volontaire est précisément qu'il a su résister a la tentation d'écrire lui-même dans la langue des grands lettrés. Il ne s'est presque jamais écarté, sur ce point, d'une direction délibérément choisie, lorsqu'il eut achevé de concevoir sa rénovation poétique. Rappelons ici la date de ce mouvement. On sait qu'il coïncida assez exactement avec l'avènement du roi Henri II, et Charles Fontaine fixe en ces termes l'époque où les poètes les mieux doués donnèrent l'exemple de se détacher du latin

Les vers Latins F ay delaissez

Pour escrire en nos vers François,

Ou la Muse vous a poussez.

G'estoit c'estoit aux temps passez,

Parauant ce grand Roy François,

Qu'on brouilloit tout en Latinois

t. -H. Chamard a dressé le tableau des principaux recueils latins parus pu France de t~i à 1~49, pour donner une idée de l'importance de ce mouvement (Joachim du Bellay, p. 103). I) va s'accélérant avec le temps. Les Dp<ae, qui choisissent dans tout le xvf~ siècle, insèrent des vers de cent neuf poètes latins, nés en France et dont le tiers au moins a laissé un nom. L'Allemagne n'est g'uère moins féconde. Oh trouve une bonne bibtiographie et un choix de ses poètes dans le petit livre de Georg Ellinger, /<scAe -L)/t/c?r des Mr/iM/i~e/t ./a/trf~:(/f;'<s, Berlin, 1893. Mais l'Allemagne de la Renaissance n'a pas eu de Ronsard.

2. Le sixain est adressé, par une dédicace collective, à Du Bellay, Ronsard, Jodelle, Baïf et Magny, dans les Odes, énigmes et ~)t'<a~tnMS, Lyon, 1M7, p. 66. Cf. Richmond Laurin Hawkins, 3~a!'s<e Charles .Po/~at/tf parisien, Cambridge. Harvard L'niv. press, 19 [6, p. t6~.


Ronsard a formulé tant de fois ses grands desseins en vers et même en prose, ses contemporains en ont célébré si abondamment la réalisation et la victoire, tant de critiques les ont discutés depuis, qu'il semblerait inutile de les exposer une fois de plus, si nous n'avions à présenter une page d'humaniste excellente et peu connue, qui convient à merveille à notre sujet. L'éloge funèbre du poète, prononcé par Georges Critton au collège de Boncourt, rappelle ainsi les services rendus par Ronsard à la langue et à la poésie de notre pays

.Xec enim illi patrii et poputaris quam Latini et Graeci serments notior usus erat aut expeditior, nec ad Latina quam Gallica carmina pan~enga infeliciori erat vena sed patriae nimia charitas effecit ut Gallicam Musam lubentius arriperet, quam externis illis ettransmarinis Graccornm ac Latinorum spoliis satis habuit locupletari, verba ipsa populis a quibus ea profecta sunt censuit retinquenda. Sed cum stratam humi submissius repère nec adhuc érigera se potuisse domesticam Musam animaduerteret, nec quid plebeios illos qui tum !ege))ant.ur poëtas praeter inanem rythmum et verborum similitudinem aucupari, primus altius inflare superioribus omnibus, primus dicendi vénères et lepores in quibus Graeci potissimum ftoruernnt:, nostris versibus intexere, primus ad corundem exemplum modificare vocabnja quaedan) et inuertere, noua quaedam audacius excudere, eadem int~r se conciunitatis quodam ordine componere, nec minus grauitatem in sententiis quam in verbis amptitudmem coepit conseetan. Quod ergo iloreat apud nos vernacula poësis, quod cum qualibet alia gente sermouis ubertate possimus contendere, quod nec Homero in Deorum [audibus concinnandis, nec Virgilio in bellicis rébus et heroïcis de~cribcndis; nec Pindaro in delicatulis odis, nec Ouidio in nebitibus elegiis decantandis quid debeamus, totum illud quantumcumque sit (qund certe est maximum) Ronsardi est proprium~

Après les années d'un injuste oubli, la postérité lointaine, pour laquelle travaillait le poète, lui rapporte son hommage. En relisant les louanges des vieux biographes, elle s'assure, avec ses méthodes propres de recherche, qu'ils sont demeurés dans la vérité. Ronsard a renouvelé de fond en comble la matière etjâ forme, l'inspiration et le vocabulaire de notre poésie. Afin de, d. Gcory.Crt~o~it /3uda<M/Hn'?/)f-t's, /t;:&[<3 in e.cpyuHS ,Pe~'t Ronsardi .-tpH~ /}"cf)f/<s/:o.s.T~ 2<M/e'M Ga~.Mc/tu~t yyMMSM/'o/MM Becadta/tU~, Parin, i38'). p. 0.


se donner tout entier à cette mission, il lui fallait, sans dédaigner !'œuvre latine de son temps, refuser nettement de s'y associer, montrer par un exemple constant que le grand style nouveau introduit par l'école suffisait à toute la poésie. C'est pour cette raison que, dans ses divers recueils, Ronsard n'a fait aucune infidélité à la muse française'. Il eut à cette abstention d'autant plus de mérite qu'il était, comme le dit Critton et comme on en verra d'autres preuves, un fort expert latiniste, capable d'en remontrer aux plus habiles, et que tout son entourage le poussait à s'en faire honneur. L'exemple était à peu près général; des essais de cette sorte ne pouvaient en rien amoindrir son rôle de chef, ni l'autorité de sa propagande. Plusieurs témoignages nous montrent que Joachim du Bellay, qui latinisa toute sa vie, en vit plutôt augmenter son prestige' Aujourd'hui encore, nous feuilletons les vers d'humaniste du poète des Regrets dans les nobles impressions de Fédéric Morel, avec le plaisir d'y rencontrer une poésie naturelle, sincère, vivante, qui présente avec agrément d'autres aspects d'un talent qui nous est cher. Quelques publications de Ronsard en ce genre ne le diminueraient nullement elles lui feraient seulement dans son temps une figure moins singulière.

On oublie d'ordinaire que, suivant l'exemple de Du Bellay, toute l'école de Ronsard a poétisé en latin. Sans parler de Jean Dorat, dont les vers français ne comptent guère, ni de MarcAntoine de Muret, qui commentait en français les sonnets du maître et composait ses Juuenilia à la façon d'Horace et de Catulle, il y a des poésies latines de Jodelle et de Pontus de Thiard; Hnïf a recueilli tardivement des Carmina. souvent heureux t. Le mince recueil iatin qu'on peut réunir n'atténue en rien ia portée decette observation.

2. « Quelques-uns. ont rendu cet illustre témoignage de cet auteur qui. comme dans la Poësie r'rançoyse. à peine s'en trouve-t-il un seul qui relate, on en voit aussi bien peu qui soient au-dessus de luy dans la Latine » (G. Colletet, .C/oyes des hommes illustres. composez en latin /;a;' Scévole de tS'a;/t/p-J/a/t< Paris, Ki44, p. 137' Le texte de SainteMarthe parle des admirateurs du poète, yuo/'u/n iudicio ut vix u/): in f'tttfte Ca//tco /)are/M, sic ~aucos AaAc< in La~no su/~e~torcs (Elogia, Poitiers. ia98, p. 40). Cf. Chamard, l. c., p. 3.")8-360.V. aussi les distiques insérés par Charles L'yienhove aux dernières pages des Poema/a /yt Be~atcae A/usae et latinap f< gallicae car~t~a.


et en a tiré quelque vanité~; Remi Belleau a fait imprimer des vers macaroniques assez habiles et traduit des sonnets de Ronsard en distiques élégiaques Michel de l'Hospital, le protecteur de toute la « Brigade », a écrit de beaux poèmes latins, qu'on lit encore avec plaisir; dautres familiers de ~a Pléiade, Etienne Pasquier, le grand défenseur du français, Scëvole de Sainte-Marthe, Jean Passerat, ont donné d'excellents recueils d'humanistes; on a perdu les vers latins de Jacques Grévin, mais on a ceux de Louis des Maxures et d'élégantes traductions de l'-4n~Ao~oyM par Florent Chrestien enfin tout un chœur de poetae minores, qui a chanté autour de Ronsard, l'a fait constamment dans les deux langues. Il n'est point téméraire d'affirmer que leur chef a couru lui-même, au temps de ses débuts, le risque d'être un poète bilingue et qu'il a été tenté à son heure par les lauriers faciles de l'Humanisme.

La première jeunesse de Ronsard, traversée d'influences diverses qu'on arrive peu. à peu à démêler, le montre dominé par l'étude la plus enthousiaste de la poésie latine. Le grec lui ouvrira des routes nouvelles et fournira à son génie les conditions de sa liberté; mais, jusqu'au moment où il a le bonheur de rencontrer pour maître Jean Dorat, quels rêves sont les siens et par quels essais marque-t-il sa vocation d'écrivain? Les témoignages ne manquent pas a qui veut essayer de les grouper. Faut-il rappeler que son père était imbu de cet humanisme latent que rapportaient d'Italie les gentilshommes qui y guerIl est d'autant plus significatif que ce recueil soit si tardivement puhtié C'arm;fn;m Iani Antonii Ba: liber I, Paris, Mam-ert-PatissOM, IS~T. On lit, au f. 29 v°

Tu ne hune illepidum meum libellum. 0 Murete, tua manu reuolues? Tu sodalitii memor ne nostri Illius veteris Lutetiani,

Tum cum floridior vigebat aetag, Nomenexcipies tui Baifi,

Qui post oarmma Gallicana miUe Nunc se ru s Latias ciet Camoenas?

2. ta snit~ de sa traduction d'Anacréon, dont je parlerai plus loin.


révèrent? S'IL tenait parfois la plume du « rhétoriqueur », rimait en sa langue maternelle, discutait des questions de versification avec maître Jean Bouchet, c'est en latin qu'il inscrivait sur les murs de son château de la Possonnière les devises qui l'ornent encore et qui sollicitèrent, dès qu'il sut lire, la curiosité de son fils. Le précepteur auquel Louis de Ronsard confia la première éducation de l'enfant, et qui l'instruisit au rudiment latin, lui fit-il déjà sentir l'harmonie des vers de Virgile ? Le poète dira un jour qu'il savait Virgile par cœur « dès son enfance ». Mais il y a la plus grande incertitude sur sa vie écolière, sur le nom et la qualité de son précepteur sur ce qu'il a appris avant et après son séjour d'un semestre au collège de Navarre, dont il tira sur-tout l'avantage de connaitre comme condisciple le futur cardinal de Lorraine' La véritable initiation aux lettres, celle qui compte seule pour un poète, lui vint d'ailleurs et lorsqu'il n'était déjà plus un enfant.

Son premier guide autorisé dans le domaine des Muses fut ce mystérieux « seigneur Paul » des anciens biographes, qui était en réalité messer Claudio Duchi, seigneur de Cressier, d'une noble famille piémontaise de Moncalieri. Il avait pour sœur Filippina Duchi, favorite du Dauphin, plus tard Henri 11, et mère de la future duchesse d'Angoulême. Le jeune Piémontals avait été, avec Pierre de Ronsard, de l'écurie du duc Charles d'Orléans et probablement son compagnon en Ecosse, à la cour t. Préface posthume de la /rMcta(/f (éd. Blanchemain, t. !II, p. 23). Qu'entend le poète par le mot « enfance »? Son souvenir s'applique-t-il à l'époque qui précède ou à celle qui suit le semestre au collège de Navarre, ou il fut placé, dit-il, « si tost que j'eu neuf ans et qu'il quitta « sans rien proSter » (Autobiographie composée pour Pierre de l'aschal). Quelque précoce qu'on le suppose, il n'est pas vraisemblable qu'il ait abordé la lecture de Virgile avant ses neuf ans. Le précepteur dont parle Binet, d'ailleurs bien suspect pour tous ces détails, meparaitêtre, plutôt que l'oncle Jean, chanoine du Mans, archidiacre de Lavât, le docte prieur de Sougé-sur-Loir, Guy Peccate(Pacatus à qui Ronsard dédie une ode horatienne de son premier recueil. Le texte de La Croix du Maine permet assez bien l'interprétation qu'en donne Laumonier en faveur de ce personnage. 2. V. ensemble pour contrôler leurs avis divers, les plus récents biographes Paul Laumonier, Ronsard poé/e lyrique, Paris, 1909, p. 4 sqq., et commentaire du même auteur à La vie de 7- de Ronsard par Claude Binet, édition critique, Paris, 1909; Henri Long-non, Pierre de Ronsard, MMt de Atoy/'ap/Me, Paris, 1912. p. 103 sqq.; p. 125 sqq; J.-J. Jusseraud, Ronsard, Paris, 1913, p. 18 sqq.


de Jacques Stuart; il continua à le voir à l'écurie du Roi, « qui estoit lors une escole de tous honnestes et vertueux exercices », et que Ronsard fréquenta quelque temps, après avoir été « mis hors de page » par le duc d'Orléans, son premier seigneur~. Plus âgé que le fils de Louis de Ronsard, Duchi, devenu écuyer d'Henri II, ne le quitta donc point de sa douzième à sa dix-huitième année. Il put le faire profiter largement de ses lumières, qui étaient celles d'un humaniste italien d'alors, familier des bons auteurs et rompu à l'usage des vers latins. C'est du récit de Claude Binet et de l'éloge de Du Perron que l'on déduit ces indications, dont la plus intéressante est, je crois, l'origine italienne de cet initiateur, par qui Ronsard connut à la fois les anciens et ceux des modernes qui se flattaient de les continuer.

Claudio Duchi a-t-il versifié lui-même? a-t-il composé un recueil resté ignoré "? Cet exemple aurait eu, en tout cas-, moins d importance que la longue intimité littéraire qui l'unit à Ronsard. Celui-ci s'en souvenait plus tard avec complaisance, et les familiers de ses derniers jours n'ont pas manqué de parler honorablement du « seigneur Duc )). « Ce gentilhomme, écrit Binet, avoit fort bien estudié les poëtes latins et mesme, lorsqu'il estoit page, avoit aussi souvent un Virgile en main qu'une haguette, interprétant aucune fois à Ronsard quelques beaux traits de ce grand poète » 3. Du Perron ajoute le nom d Horace t. Je dois à l'obligeance de M. Mario Zucchi, de la Bibliothèque royale de Turin, les recherches établissant l'identité de ce personnage, l'un des deux enfants du sénateur de Savoie, Filippo Duchi et de Lucrezia Panissera. Claudio Duchi épousa une française, Diane d' Argeville. Sa sœur. après avoir mis au monde sa fille Diane, entra au couvent. La famille Duchi est éteinte à Moncalier! depuis 1854 fRévérend, t. II, p. 88). Le prénom de Claudio, et non Paolo, est certain. Le P. Anselme en donne un troisième, lorsqu'il parle rte « Diane, légitimée de France, duchesse d'Angouleme, née de Philippe Duc, demoiselle piémontaise, sœur de Jean-Antoine Duc, né à Montf'allier en Piémont, éeuyer de la grande écurie du roi Henri 11 » (/?':<<«f'rc y~/t~uf/t'f/M (fe la Jlaison de France, t. I, p~ 136). Mais Filippina nunhi n'a eu qu'un seul frère, notre Claudio.

Henri Longnon, c.. p. t33, applique à « Paul Duc M un distique de Du Bellay contre un certain ~a~MS, auteur de ~V;f<jrae. Ce n'est qu'une hypothèse ingénieuse.

:1. Et Ronsard au contraire ayant toujours en mains quelque poëte françois~ 'Binet, texte de io86,6d. Laumonier, p. -10). Le texte de iS87 i ajoute un détail sur Ronsard, lecteur de Virgile, « où il prit un si g'rand nppetit que depuis il ne fut jamais sans un Virgile, jusques & l'apprendre t'nticrcment par Cffur M.


à celui de Virgile, et il est probable, en effet, qu'une bonne part de la poésie latine passa, avec l'italienne, dans les lectures des deux amis Le jeune Français possédait, de son côté, un fonds de livres légués par son oncle, Jean de Ronsard, archidiacre de Laval, qui s'était intéressé à son enfance studieuse. Trouva-t-il dans ce legs de famille, premier noyau de sa propre bibliothèque, le Roman de la Rose et les oeuvres de Lemaire de Belges et de Clément Marot, qu'il faisait connaître à Duchi~? Il y rencontrait, du moins, de bons livres anciens, et un de ses biographes humanistes, Jacques Velliard, parfois bien informé, n'hésite pas à citer l'influence de l'oncle ecclésiastique et bibliophile à côté de celle du gentilhomme italien. Ayant parlé de la présence du poète dans la docte ambassade de Lazare de Baïf, il ajoute Quid dixi ? Petrum Ronsardum, ex sermone habito in ea legatione primum ad studium poetices animum adiunxisse? Erraui imo multo aute, hune enim poesim a lacte nutricis imbibisse animo, nec alienis, sed domesticis praeceptis edoctum fuisse, vos iam eritis iudices. Habe))at ab auunculo, viro omni liberali sacraque doctrina politissimo, non sotum bibtiothecani varia et multiplici librorum supellectile instructam. sëd etiam exemplum huius reconditionis disciplinac quod sibi proponeret ad imitandum. Insuper, dum aderat Regi praetextatus assecla, incundus erat Paulo praefecto Hippocomiae, fratri Philippae Castelleronensis 3, qui, cum studio humanitatis coleret et haberet aures tritas notandis generibus poetarum, seorsim Virgilii et Horatii inteHi~entia praestabat. Ibi duo perspicaces et acuti viri cum mirarentur bonitatem naturae Petri Ronsardi, huic et ad suscipiendam et in~'redietidam ratiouem studiorum poeseos principes extitere On doit mettre au premier rang, parmi les hommes qui ont contribué à la formation de cette précieuse intelligence, celui qui 1. Sur les imitations italiennes de Ronsard, v. J. Vianey, Le Pet/'aryutSMe en France, p. 135 sqq.

2. Cf. H. Guy, Les sources /y'a/tçat'ses c/e Ronsard, dans la Revue d'hist. /«. de la France, t. XI, 1U02, et les observations de Chamard, Laumonier et I.ongnon.

3. S;c pour Castelleraldensis. La duchesse d'An~oulême, légitimée de France, avait reçu d'abord de Charles IX, en 1S63, le duché de ChâteHerault mais il est ici question de sa mère, qui ne semble pas avoir eu de titre, ni porté ce nom (Brantôme, éd. Lalanne, t. VI, p. 496). t. /~Vrt.R~!K;)ff/t /)oc'tef/a//<(;t/at~/a<!o/'f;fte~fts. Paris, l~St.foJ. 12 v".


était alors en France l'incarnation même de l'humanisme italien 1. Ami de Bembo, de Sadoletet de Jérôme Aléandre, correspondant d'Erasme, collectionneur de livres et de manuscrits, Lazare de Baïf avait reçu, pendant son séjour en Italie et son ambassade a Venise, la culture nouvelle sous sa forme la plus complète. On s'en aperçoit dans les lettres grecques et latines échangées par lui avec les savants de son temps 2 on le voit mieux encore dans ses ouvrages d'érudition antique, De Re t)e~:s/s, De Vascu~'s, De Re nauali. Il possédait à fond les deux langues, écrivait en grec à Guillaume Budé et à Jean Lascaris, et Robert Estienne lui rend hommage pour des services reçus dans la revision de son Thesaurus linguae latinae. Ses dépêches d'ambassade montrent en lui, sinon un diplomate d'esprit supérieur, du moins un agent assez actif de François I' mais il dut regretter souvent de ne plus vivre au temps où de tels documents ne s'écrivaient qu'en latin.

Ronsard connut à seize ans cet érudit considérable, qui continua, dans la mesure où il daigna s'occuper de lui à cette époque, la direction de son camarade Duchi. Ce fut au moment de l'ambassade de Baïf auprès des princes allemands réunis à Haguenau. Une parenté éloignée engagea l'ambassadeur à prendre avec lui pour ce voyage un adolescent bien doué, que lui recommandait le duc d'Orléans. Étranger aux négociations fort secrètes de l'ambassadeur avec les chefs protestants, Pierre assista du moins aux entretiens érudits de Baïf et des humanistes d'Alsace et d'Allemagne. Il entendit Jean Sturm, Bucer, Sieidan; il vit l'helléniste Nicolas Gerbel, éditeur d'Arrien et de Lycophron, qui habitait Strasbourg, et se lia sans nul doute avec son fils. Celui-ci doit compter le jeune Ronsard, avec le médecin i. Ces deux lumières françoyses, Guillaume Budé et Lazare de Bayf », dit Joachim du Bellay. Cf. Detaruelle, GuMaume Bu< p. 13. 3. J'ai eu la fortune de retrouver dans les bibliothèques romaines les seules épaves connues de la correspondance d'humaniste de Lazare de_Baïf elles sont publiées à la suite de l'Inventaire des manuscrils de Jean Lascaris, Rome, 1886, et dans Pietro Bembo et Lazare de Bat'y, Ber~ame,1894. Lucien Pinvert n'en a pas recueilli d'autres dans son intéressante biographie. 11 faudra y joindre une lettre latine de Baïf au savant ambassadeur de François )", Pierre du Chatel, évêque de Tulle, conservée en copie dans iems. Lai. 8~)83 de la Bibliothèque nationale (fol. 140). Emile Legrand a mentionné de nombreuses relations de Lazare de Baïf avec les Grecs dans sa B//)//o<yra/)/t; /tcyt! Paris, 188S.


Charles Estienne, parmi les lettrés de la maison f/a/7n~a) à qui il envoie son souvenir (praesertim eos qui sunt studiosi bona/'f/~ literarum e~ rnecum nonnihil commentati sunt) 1. Un tel entourage, de telles fréquentations, l'usage nécessaire de la langue latine pour les conversations avec les étrangers, l'exemple surtout d'un chef admiré, tout devait engager le débutant à se ranger parmi les humanistes et à s'exprimer comme eux. Assurément, il n'y manqua point.

Il

Le goût juvénile de Honsard pour la poésie latine antique et moderne correspond à son mépris afnché pour la poésie française de son temps. Sauf Clément Marot et quelques autres qu'il met à part, ainsi que fait Du Bellay, et qui sont à peu près tout ce qui compte dans la génération précédente il n'accorde pas le moindre intérêt à ce que les rimeurs du siècle ont écrit avant lui. Il le confond plus ou moins volontairement avec le verbiage insipide des « rhétoriqueurs ». Il n'y a pas à lui reprocher de l'ignorance ou de l'injustice ces beaux excès sont communs aux chefs d'école, dont tous n'ont pas l'excuse du génie. Mais ce sujet n'est point le nôtre qu'il suffise de rappeler le souverain dédain du jeune maître pour une littérature qu'il se sent de force à remplacer.

Entre vingt textes qu'on pourrait citer,Je plus ancien et aussi le plus vif est la préface de la première édition des Odes. En 1330. ayant formulé les exceptions strictement nécessaires, le poète s'en prend aux confrères qui le précèdent ou qui l'entourent « L'imitation des nostres m'est tant odieuse (d'autant 1. L. PInvert, Lazare de Bai'y, /6 (?)-7, Paris, 1900, p. 69,'73, 119. Cf. Longuon,?. t34. J. Jusserand, l. c., p. 14, observe que Calvin résidait alors à Strasbourg et que Ronsard l'a vu certainement dans la maison de Baïf.

3. « .SoUcité par Joachim du Bell.ii. duquel le jugement, l'étude pareille, la longue fréquentation et Fardant désir de reveiller la Poësie Françoise avant nous foible et languissante (je excepte tousjours Heroet, Sceve et Saint-Celais~ nous a rendu presque semblables d'esprit, d'inventions et de labeur (Les fjrua<rF pre/Mtf/'s livres des Odes de /tf/'re f/e non.<ar<y Va~efofMo/.s, Paris. 1550. <)Eu!.ves complètes de T~onsa/'J, éd. Laumonier, Odes, t. 1, 1914, p. 46).


que la langue est encore en son enfance) que pour ceste raison je me suis esloigné d'eus, prenant stile à part, sens à part, œuvre u part, ne desirant avoir rien de commun avec une si monstrueuse erreur. » Ces audaces sont de l'époque où, s'engageant avec nerté dans le « sentier incogneu » et voulant « ressusciter. les vieux lyriques H, Ronsard déclare qu'il ne reconnaît comme ses maîtres que Pindare et Horace, et revendique le droit de dire avec ce dernier

7L;'Af/'<< /;cr M,cH;;M /)o/N/ fe.y:'a princeps,

AoM <</te~a /MM~y'e.Mt'jO<K/e 1.

S'il s'est refusé à suivre les traces des poètes de sa langue, il s'est montré moins exclusif à l'égard des néo-latins. Il n'a nullement protesté à cette époque contre l'engouement pour une poésie abondante, mais souvent médiocre, qui se proclamait ellemême la seule digne de compter en France. Ne voyant point en ces écrivains des rivaux, il acceptait de les goûter et d'en honorer plusieurs. Un d'eux surtout bénéficiait de son admiration et de celle de sa Pléiade, a côté de Jean Second dont les ~as/a et les jE~yra~a~a firent les délices du siècle; c'était Salmon Macrin, de Loudun, dont la primauté, orgueilleusement réclamée par ses propres vers, fut longtemps reconnue par ses émules A part ce Batave et ce Poitevin, c'est au delà des Alpes que Ronsard rencontrait l'élite des poètes qui employaient un réel talent à reproduire, dans les mêmes formes, le piquant de Catulle, la grâce d'Horace, l'esprit ou la sensualité d'Ovide. Il les a lus pendant toute sa vie, mais il les a imités davantage dans sa jeunesse, alors surtout que, n'étant pas initié au grec, il appartenait encore tout entier à la culture latine s. A ce moment, les œuvres dont. il s'inspirera le plus volontiers, celles de Marulle, de Pontano, de Sajinaxar. celles d'Andréa t A'/)M< i. XtX

V. sur Macrm, H. Chamard, J. du /~May, p. 30. Oti I!ra avec intérêt pour l'histoire de notre poésie latine à cette époque une lettre inédite de Salmon Maerin à Théodore de Bèze, à propos de son recueil des JuueKt'Ma, '{ui sera prochainement publiée d'après l'autographe de la BiMiothëcfae de e Munich.

3. t.'u exemple excellent est l'~f/mnc de la ~Vt;~ des premières Odes tSM) ce petit poème est un décalque de t'~fypMKMS M tYoc~nt de Pontano J-aumonier, p. 7u9).


Xavagero; qui mourut la cour de François I* sont entre les mains de tous les lettrés de l'Europe. Mais on ne lit pas seulement les poètes humanistes d'Italie dans les éditions de leur pays il y a déjà des réimpressions françaises dont le nombre indique le succès. Des recherches bibliographiques bien faites révéleraient l'intérêt de cette pénétration dans notre pays de la culture d'cutre-monts Si la littérature italienne, considérée presque par nos poètes comme une troisième littérature classique. jouit il leurs yeux d'un réel prestige, la littérature latine d'Italie semble encore mieux honorée d'eux, puisqu'ils y voient le prolongement naturel de celle de l'Antiquité. L'humanisme italien règne donc en France par ses poètes aussi bien que par ses grammairiens, ses rhéteurs ou ses traducteurs de grec. Au temps où Ronsard prépare son recueil, à Paris, en 1~48, vient de paraître une sorte d'anthologie oit figurent précisément quelques-uns des poètes qu'il a le plus imités Elfe en annonce 1. tionsard ne devait point ignorer que le roi avait fait enterrer avec honneur le charmant poète, mort à Blois, étant en ambassade auprès de lui. Paul Jove le raconte dans ses Elogia f/oc<o/'N;n rt/ru~ Baie, t5'77, p. 14S.

Oti devrait étudier à ce point de vue, avec les éditions de Josse Bade, celles de Simon de Colines, qui fut non seulement l'éditeur de Macrin. mais aussi un actif propagateur des productions de l'humanisme italien. t.es grandes bibliographies savantes de ~1. Philippe Henouard fournissent une base solide à ces recherches. Colines a publié notamment un volume qui semble fort singulier dans le Paris de François l"' Trt'uyM poe<ar<;yM f'~yan<M.<!fn!o/7/;t. ~'o/'c< jBas/n:t'f< Trebani optMCU~a, nu/tcprty;:UfH rlilir/f~~i'a '*ru<t.t<<t !rt C/tf:.<!<o/)/!o/ ~*ret;d/:07)t;)te .Ha/'roe~car!: in ~ucem cf/i/a. Pa/'Mn's, aput/ .St/t:. Gu~napu/ti, 1539. Ce sont les recueils élé~'iaques dédiés il Isotta de Rinnni et a Sigismond Malatcsta ils représentent ce que la muse pa'ienue de 1 llumanigmea conçu de plus ['atRué. Relié avec l'exemp):u)'p de cet ouvrage à la Biblio~èque Mazarine (21223), on trouve une édition parisienne non citée d'un poète connu de Ronsard /eyon<Mt ,4;;f/erta/t: A'<'apo/i<aKt !CMTo~'ït-j"~o' Vcnuytc/a~ur Par:stts a Theobalclo Char/'o/i in r~a;s'f) /}~(' (s. d.). L'édition est donnée par Ludovicus Faber /art.eft.s. Richelet a rapproché de l'ode « Mignonne allon voir o ce distique d'~ngeriano

~)!~c/tr;t /))'<'ttt f/;n's ro.f;; <e;)tporp, /'«r;)t;t /)reHt~oe

7'ewpf)rf. Stc/orrnaep;tr ros;; /ent~us /tft/)cs.

Du('<fSS;/t!o/'f/Mt f!06'a ac/a/e /<a/o~u/ epty/'a/XMa~a 3/. ~i/!<o/!t{ Fla/<;{/u: <)rt c~o. Martt 3/o/Me liber ;f7.s. ~4nf/f?ac A~auf/e''tt liber ;;y:);s. /o. ~o~af. /.aMp/')'(/tt, Sadoleti et aliorum ;MMCc~a~eoru))t liber u/tus. ~.u<e~'ac. p?r Nicol. Dtu;'<e~ via .S'acerc~o/unt. suA tnst~/nt ye~tnae ancAorae. ad ;n.'<c .IM;. ~n: pr;'t;t~</to rf~ts (s. d. '78 p.t. Laumonier, qui a étudié ~f'mme moi ce volume d'une typographie très soignée et en a fixé la date


d'autres plus importantes, qui suivront aucours du siècle, et tout d'abord cette jP'a/'ra'yo poeniatum de Léger du Chesne (Z,co(Fpya/MS a QuercH), qui est de 1S60 et semble avoir, été fort appréciée.

Le florilège de Léger du Chesne devra marquer une date intéressante dans la diffusion de la poésie humaniste Pour la première fois, en effet, on joint a des œuvres; d'Italiens, dont la maîtrise est reconnue, un choix considérable d'œuvres composues par des Français. Ceux-ci sont pour la plupart des amis de Honsard on y trouve Michel de l'Hospital, Du Bellay, Dorat, Turnèbe, avec d autres moins fameux, et cette intéressante .réunion s'explique assez par les fréquentationa de l'érudit qui l'a conçue. Le futur professeur au Collège Royal a été le précepteur de Jean Brinon, protecteur~attitré pendant quelques années du groupe ronsardien. Cest autour du brillant châtelain de Médan et de Villennes, enlève prématurément aux Muses, que -s'est accomplie de la façon la plus cordiale cette fusion des humanistes et des poètes qui caractérise la société de l'époque. La compagnie choisie par lui a donné en France la meilleure et la plus brillante image des cercles italiens du temps de Léon X, où toutes les formes de l'art littéraire étaient représentées et rivalisaient de raffinement Au sortir des grandes leçons pindad'impt'essiou. établit que Ronsard s'en est servi pour lire Navagero, et qu'il en a th'c plus d'une fois le titre de ses imitations (Ronsard poète. /</rt'yf;<?, p. i3S~. On peut ajouter à ces observations que le libraire Nicolas Lf Riche indique, comme compilateurs du Ûorilèg'c, ses amisAbe! Portius Ht Jean GoupyL inspirés par Jean de Ganay (Ga~aents), chancelu~r de t't'niversité de Paris. Le texte a passé tout entier dans la farraj~ de Léger Du Chesne. t. /a/v'<'tf/u poeMafuM ex optimis quibusque et a~Mjruwtj&us et ae<a/M f<'M<ra<' /w~'s .s'<cc<a pei' .Leoe~artum a Qu<M'cu. 7'omus sgç~ytc/us [le, tome

porte le titre distinct de .F~rcs &p!.yyan!rMa~N/K.]. Pa/'M:M, apud' de

jMa;v:e/ /.j6'~ (ou apH~ G. CaM~at). Le recueil est du plus petit formalde poche. L'n des derniers poèmes, au 415" feuillet, est adressé Ad. 1-anum /none~! le eius j&efnsrn.{<a<e in Aof/otcf; QuercuJufH olim suum prsec~pfo;'<f~. La dédicace des Juuent'/ta de Muret dit expressément: Ludo_u:eunt Qufrcu~jn: :'ns~u<o/-efM olim Sf;u~ &<'n:yn:ss!e et /'ecM(: yKo~MM /tCtS.

~)pan Hrinon, conseiller au Parlement de Paris, seigneur de Villennes et de Médan. mort en mars 1555 et pleuré des poètes dans un tombeau en quatre langues que je ferai connaître plus loin, mériterait l'honneur ~d'une étude particulière. Ronsard, qui lui dédie en 1S84 le: second Bocage, ne le fonnaissait pas encore au moment de la publication des premières Odes, .)u )<' nom du futur mécène do la Brigade ne figure pas parmi les dédicaces.


riques de Dorat, dont on parlera plus loin, les poètes se réunissaient autour de l'élégant humaniste, plus fier de ces amitiés que de sa grande fortune et de sa charge au Parlement. Il faut essayer de ressaisir les sentiments des familiers de Jean Brinon, pour comprendre à quel état d'esprit correspondirent les premiers succès de Ronsard, et comment le jeune poète des Odes, du Bocage et des Amours, s'est trouvé acclamé dans les deux langues et choisi pour chef par des représentants d'une double littérature.

L'auteurdu CoM/~e/ï~a~e c/es~t.~ou/'s, Marc-Antoine de Muret, est un des écrivains qui expriment le mieux les tendances du temps et mérite d'être écouté presque au même titre qu'un Du Bellay. Venu de son pays de Limoges, il enseignait momentanément le droit à Paris et vivait étroitement uni au cercle de Ronsard. Il réunissait alors un recueil exquis de vers latins et cherchait à prendre dans cette langue, aux côtés de son ami Ronsard devenu brusquement célèbre, une place que d'autres lui eussent disputée pour la poésie française. La préface de ses ./uue/!<~a, dédiée à Jean Brinon et datée de la fin de novembre 1352, peut être mise en regard des manifestes français plus cités et de la préface même du Co/H/Me~afre des Amours Elle précise assez bien les idées et les ambitions de cette ardente et docte jeunesse

.Qui se vernaculo nostro sermone poetas perhiberi volebant, perdiu ea scripsere, quae delectare modo otiosas mulierculas, non etiam eruditorum hominum studia tenere possent. Primus, ut arbitror, Petrus Ronsard us cum se eruditissimo viro in disciplinant dedisset, eoque duce veterum utriusque linguae poetarumseripta, multa et diligenti lectione triuisset, transmarinis illis opibus sua scripta exornare ag~ressusest;cuiusposteaexemplummsecutil. Antonius Baifius, t. Bellaius aliique permuiti, breui tempore tantos fecereprogressus, ut res vel ad summum peruenisse iam, vel certe haud ita multo post peruentura esse videatur. Idem in lingua latina, multum abest, ut dicere !Iceat; in qua cum ex veteribus ab Ausonio, ex recentioribus a Salmonio et aliis duobus forte, aut summum tribus discesseris 2 1. On lira plus loin uu passage de cette dernière préface.

2. Muret compte probablement Théodore de Bèze parmi ces deux ou trois émules de Salmon Macrin.

NoLHAG. Ronsard et <n!a~t'.<me. 2


ut Graeci prouerbio dicunt, esse multos quideni qui boues stimulent, sed raros aratores ita dicas, licebit, multos quidem esse qui versus faciant, sed raros planeque s~ptO~rou; poetas. De 115 loquor, qui scripta sua in pubMcum edidere. Scio enini et alios esse sat multos, et inprimis eum, quem supra nominaui, loannemAuratum, qui vel solus, vel praecipue, si quando sua emiserit, effecturus est ne ulterius sues Iouianos, Actios, Molsas, Flaminios Haliae inuideat Gallia Cum igitur. in tanta ingeniorum bon!t,ate, iH tan-to doctissimo rum virorum prouentu, in tanta adolescentum poetices studiosorum aemulatione quasique riualitate, tantam poetarum raritatem animaduerto, nihil fere aliud comminisci possum, nisi esse quandam, ut ceterarum rerum, ita studiorum quoque tempestiuitatetn. Quod si est, bona spes me tenet fore ut, sub Henrico Rege Christisnissimo. tanquam olim sub Augusto, poetarum ingenia excttentur Ce que Muret voit d'essentiel dans la réforme de Ronsard et ce qu'il considère déjà comme à peu près acquis & l'heurt} où parait la première édition des Amours, deux ans après la publication des premières Odes (ad summum pc~HP~Mse M~n), c'est l'enrichissement de notre poésie par l'imitation des anciens (~ansmarzn!S op~ns). Le latin de l'humaniste fait écho, & sa manière, à ce célèbre appel de la De~Mee « La donq', Françoys, marchez couraigeusement vers cete superbe citê romaine, et des serves depouilles d'elle. ornez vos temples et autalz. Donnez en cete Grece menteresse. pillez-moy sans conscience les sacrez thresors de ce temple delphique, ainsi que vous avez faitautrcfovs. Ce n'est point l'originalité de la pensée que demandent ses contemporains au jeune homme Inspire des Muses, a qui les Quatre premiers livres des Odes ont fait attribuer d'emblée la première place c'est l'originalité de la seule forme, l'adaptation supérieure (tes lieux communs consacrés. Dans le milieu extrêmement cultivé que représente le cercle de Jean Brinon, furent écoutées et applaudies pour la premicre toi.s, autant pour les heureux .< larcins » qu'ils étalaient que

t. Pontano, Sannazar, Fraucesco-Maria Molza eL Marco-Antonio Fiamimo.

2. iM..Ut<Mure~ opera omn.M, éd. D. Huhnkon, Leyde, i789, t. P.H60.

:t.E.i.<;h:)mn['d,)).38.3H).


pour la perfection de leur forme française, le recueil des secondes 0<7<M, qui sont les plus parfaites, et surtout, à mesure qu'il se composait, le Premier ~t'ye des Amours. C'est dans cette atmosphère d'érudition et d'enthousiasme qu'a pris naissance le commentaire de Muret, noté dans des conversations quotidiennes, écrit sous les yeux de l'auteur lui-même, et qui révèle si clairement ce que son premier public attendait de lui.

Son œuvre devait donc être une œuvre d'humaniste et, pour répéter le mot souvent prononcé, un « dépouillement systématique des littératures savantes au profit de la poésie. Mais cette jeunesse studieuse avait fréquenté de trop près les modèles antiques et professait un goût trop vif de la belle forme, pour ne pas souhaiter ardemment le plaisir esthétique tel que nous le comprenons aujourd'hui. Sur ce point aussi, Ronsardlui donnait les satisfactions les plus complètes. Ses lectures immenses, et qu'il allait multiplier encore, n'encombraient pas sa mémoire au point d'eng'ourdir son inspiration ou de ralentir son vol. Il était déjà maître souverain du procédé qu'il appliquera jusqu'à la fin dans ses œuvres lyriques. Il savait prendre, partout où il trouvait son bien, le sujet ou les développements d'odes, de sonnets et de chansons, qui se transformaient entre ses mains et dont les matériaux méconnaissables se fondaient dans l'oeuvre nouvelle. L'exercice ingénieux de l'Imitation, auquel il s'est livré par principe'dès sa jeunesse, restera, disons-le déjà, l'amusement de sa maturité. Parmi tant d'exemples qui viennent à la mémoire, on peut rappeler ici la chanson Pour Hélène des Amours diverses, où passe au milieu des champs Elysées la belle évocation des grandes amoureuses de l'Antiquité. Le morceau, qui a treize strophes, commence comme une simple traduction d'un Baiser de Jean Second, lui-même inspiré par Tibulle

Plus estroit que la vigne à l'ormeau se marie

De bras souplement forts,

Du lien de les mains, Maistresse, je te prie,

Entace-moy le corps.

VtC!/)f! quantum :? /()~f;u;< /n u//no

Et tortiles /)e/- ;7/cpM

/~rac/Ha /)/'occy'a~: ~r/ncH~ t/M/He~c! cori//?:A<

Ta~HM, 7Vcey'a, yM.M

/n mea ne.r{7:Aus proserpere co~a ~acer<~


L'embarquement pour le royaume des ombres suit le mouvement de l'ode latine

.Dans les champs EHsez une mesme navire

Nous passera tous deux.

Là, morts de trop dimer, sous les branches myrt.ines Nous voirrons tous les jours

Les anciens Héros avec les Héroïnes Ne parler que d'amours.

Dc/ff~fS ra~ una (/HO~ ~or<are< SMan~cs /aH!'</am Ditis f/omum.

J/oj' uey oc/o/'a~os campos et joerpe~HHM ).'ef l' /~ro<?uee7'enm/' in loca,

.S'CM! ;); an<:eru;.s in a/no7';j6ss /:&ro[nae T/e/'oas inter nohiles

.lt;/ </Hcun< choreas a~erKaoe earnnt:a ~se~ae fa~c cantant fnu7'<ea. 1

Le latin contient la plupart des détails du paysage, les danses, le laurier de l'immortel printemps, et les fleurs que Ronsard précise en orangers et en citronniers mais l'original est fort bref sur l'accueil fait aux nouveaux amants par les amants illustres, qui les font asseoir sur l'herbe au milieu d'eux (M~He herbidis sef/~Aus. /?/a nos seofe locarent), et il indique à peine l'ënumération qui donne au poème son mouvement final: .Xy celles qui s'en vont toutes tristes ensemble,

Artémise et Didon,

Ny ceste belle Grecque à qui ta beauté semble

Comme tu fais de nom

De telles adaptations sont des créations véritables. Elles abondent dans la partie lyrique des recueils de Ronsard, _qui n'attachait son effort et son mérite qu'à la forme dont il les revêtait. Rien n'est plus instructif que de suivre son travail, d'une 1. loannes iVt'co/at SccuMt~s, Basia, éd. G. Ellinger, Berlin, 1899, p. 2. Cf. Ronsard, éd. M.-L., t. I, p. 363.

2. Le nom d'Hélène de Sparte, qui paraît au dernier vers du poème latin, a sûrement inspiré à Ronsard l'idée de dédier le sien àjlélen.e de Surg'ères': -Vec u~a amatricum louis

Praere~to cefïe;M tttd~ttare~r rotors

A'et' ~a<a T~ndat'n 7otie.


habileté extrême, et de le voir harmoniser des éléments disparates, compléter ou alléger les motifs qu'il associe sans asservir jamais une inspiration libre et vivante Il aimait d'ailleurs, suivant les usages du temps, à révéler lui-même aux lecteurs les sources variées auxquelles il puisait, qu'elles fussent grecques, latines ou italiennes il se faisait gloire d'appliquer aux modernes admirés, comme aux anciens eux-mêmes, cette méthode de l' « imitation » conforme au programme de son école et aux préceptes de Quintilien mis en français par Du Bellay Mais la pratique des néo-latins lui procurait sans doute l'étude la plus utile, car elle lui apprenait comment les plus experts d'entre eux savaient adapter les formes antiques à l'expression d'objets ou de sentiments de leur époque et ne rendaient point simplement l'écho du passé.

1II

Il fut un temps de sa vie, assez court assurément, où Ronsard songea à se ranger parmi les humanistes et à poétiser comme eux. 1. De nombreux rapprochements sont établis dans l'ouvrage de Laumonier, pour Flaminio, p. 416, 446, ~a8, pour Jean Second, p. 519 sqq., pour MaruUe, p. ~!4 sqq., pour \avagero, p. 3~8, pour Pontano (/~t/nt/]f A la .V~ p. ~59. pour Macrin, p. 760 sqq., etc. L'imitation de Pétrarque et des Italiens de langue vulgaire a fourni au même auteur la matière de recherches analogues. V. aussi Piéri, Pf~a/'yue et ~f)KSarf/, Marseille, 189~. et surtout l'ouvrage classique de Vianey, Le P<'<rar(jrM:sme en France au .f<Mme siècle, Paris, 1909.

La doctrine du larcin légitime en matière de poésie s'appuyait sur les imitations des anciens par les anciens, qu'un lettré reconnaissait aisément dans ses lectures. C'est ainsi que l'exposait une ép!tre de Dorât .pyna<ta, part. II, p. 1ST)

.Autolyci i'ures sequitur sua quemque iuuentus.

Orphaeus, Musaeus, fur et Homerus erant

Fur erat [lesiodus, clypeum fratus Achillis:

Hercutis est. olim tegmen Achillis erat

Ipsas quinetiam furatur uterque Sthyllas.

Seque Sibyllinis ornat uterque modis.

Xeue putes, mendax quia semper Graecia. Graecos

Furaccs Latiis vatibus esse magis.

Ennius ipse pater magnum furatur Homcrum,

Maeonides alter visus et inde sibi est.

Hnnium est ante omnes, alios sic denique cunetos

Vir~inus furtis vendicat ipso suis,

Vu'~iimm reliqui tcn~o post temp<~re nati.


Il n'hésite pas à en faire l'aveu répété, et le premier passage qu'on va lire exprime bien un formel regret

Je fu premierement curieux du Latin

Mais cognoissanl, hélas que mon cruel destin Ne m'avoit dextrement pour le Latin fait naistre, Je me fey tout François, aimant certe mieux estre En ma langue ou second, ou le tiers, ou premier Que d'cstre sans honneur à Rome le dernier J.

L'ode -4 son ~uc, publiée dans le Bocage de iSSO et qui a peutêtre été composée dès 15~7, atteste l'existence de ces essais de jeunesse, auxquels le poète décide de renoncer

Si autrefois sous l'ombre de Gâtine Avons joué quelque chanson Latine D'Amaritie enamouré

Sus maintenant, Luc doré,

Sus l'honneur mien, dont la vois delectable Sçait rejouir les Princes à leur table, Change ton stile, et me sois

Sonnant un chant en François 3.

Cette ode pleine de fraîcheur, dont la forme ne sera pas reprise par Ronsard, étant de celles qui ne sont « pas mesurées ni propres à chanter », célèbre l'éveil d'une inspiration nouvelle elle est aussi l'adieu à cet usage poétique du latin que tant de poètes amoureux employaient encore enl'honneur de leur dame. Le nom d'AmarIIIe est rempincé par celui de Cassandre dans les éditions postérieures, et on peut admettre la sincérité d'une substitution qui accentue le témoignage de l'écrivain sur spn œuvre. Comme il n'a connu qu'en 1545 la belle Cassandre Sâlviati et qu'il l'a d'abord chantée en latin, selon son propre 1. il Pt<cL<M<;(~. Éd. M.-L., t. V, p. 177.

:?. Les éditions imprimées de l!iS4 à 1373, date o& RonsardarGh'anch6 la pièce, portent la variante « De Cassandre enamouré. j>

:3. Odes, t. H, p. 1M. Cf. Chamard, dans la ~eMe cTAt'M. H«. f/<. /<'r;tfi<-< t. V!, )8iM. p. 34-, et Laumonier, éd. critique delà Vie~e Roy:sar< p. ~34. Ronmr~uons l'imitation d'Horace, Ca/'M. I.xxxn (~i<77y/'a7K): /'<M<'fmur, si ~Ht'~ t'ncHt sub um~ra

Z.ustmns <ecum, quod et /tHnc in tt!tMH?ft

r;ua<, etp/Hf'f's. aye. die <<!<t')t!:w,

B;t;K<e, car~tten.

t. Henri f.nns'nnn. P/ft'rp f/<' Roy<M7'f/, p. 320 sqq.


aveu, on voit à quel instant de sa vie il faut fixer cette production d'une muse latine ignorée, dont aucun vestige ne nous reste.

Les poèmes par lesquels, pour la première fois, fut célébrée la jeune florentine s'inspiraient très probablement de cette poésie amoureuse des Romains que représentent à nos yeux les Ëlégiaqucs. Catulle, Tihulle, Properce, Ovide dans une partie de son œuvre, ont fourni des modèles à toute la littérature érotique de l'Humanisme. Leurs éditions sont fort nombreuses et un libraire parisien, Simon de Colines, venait de les publier trois fois en textes portatifs et soignés Ils étaient des maîtres incontestés pour les poètes du temps de Ronsard, et, pour ne citer qu'un exemple en langue française de la place qu'ils leuraccordent, on se rappellera l'agréable morceau où Olivier de Magny prête à Cupidon des plaintes sur un abandon supposé de son culte par les mortels

Plus ne sont léuz d'un Ovide les vers, Plus ne sont veuz en pris par l'univers Catulle, (xalle et Properce et Tibulle, Plus on n'entend les. chansons de MaruHe, Tous sont esteintz et le monde au iourd'huv D'eux et de mov ne reçoit qu'un ennuv. Mesmes encor cet harpeur d'Italie, Qui bastissoit une neuve Idatye

Dans son terroir, ce Petrarque t'ameux Passe et flestrit ce [ne semble comme eux.

Ronsard aussi connaissait à merveille les Elë~'iaques ils faisaient partie de son premier, bagage de latiniste et il leur adjoignait sans hésiter, comme ses contemporains, l'aimable et apocryphe Cornélius Gallus du moyen-âge 3. Il les énumère ). Ces jolies éditions de Colines, tK24, t"<29, t543, avec son caractère itaUque, sont celles qui ont dû servir à Ronsard et à ses amis. Elles reproduisent le texte des aldines la seconde ajoute aux trois noms du titre les mots ~nu~ts <oct's /'es<t/M<t (Ph. Renouard, ~tAh'oyrap/tt'e des éditions de .S. de Coûtes, Paris, 18'.)3, p. 132, 226, 369).

2. ~[ag'nv, Orles, éd. Courbet, Paris, 1876, t. 1. p. 66. C'est une ode à Jean Brinon, sur sa Sidère.

3. L'Ode .Vacce (t. 1, p. ~00) est imitée à la fois du Ca/Me~ ad Lydiam dn pseudo-Gallus, qui est une œuvre médiévate. et d'un ~'ar/Mf;! af/ G?!o-


toujours avec complaisance et leur emprunte assez souvent des détails de sentiment ou des observations morales 1. H's'était proposé de les imiter de plus près pour la gloire de sa Cassandre. C'est, du moins, ce qu'il aHirme, au moment où il abandonne ce projet, dit-il, pour se consacrer à la ~ranctacfe sur l'ordre'de son roi

Mais que me sert d'avoir tant lu Catulle, Ovide, et Galle, et Properce e.t Tibulle, Avoir tant veu Petrarque et tant noté, Si par un roy le pouvoir m'est osté De les ensuyvre et s'il faut que ma lyre, Pendue au croc, ne m'ose plus rien dire ? .J'avois desjà commencé de trasser ~atft<e elegie à la façon antique, Mainte belle ode et mainte bucolique 7. 2

Il honorera encore les .Élégiaques dans la A~OHue~e C'o/~MHation des Amours (1587). II y affirme son retour vers eux, alors qu'il est guéri depuis longtemps de sa crise de « pindarisme ». Si Cassandre jadis a été chantée de « son stile audacieux », l'amour plus humain de Marie l'a ramené aux poètes passionnés M;'(/cm de Salmon Macrin, qui s'en était déjà inspiré. (Les trois poèmes sont réimprimés ensemble par Laumonier, p. 762; cf. p. 825.) 1. Pour les imitations.de ces poètes, comme pour les autres, on devra utiliser les recherches si complètes de Laumonier. Outre les imitations directes, plus d'un morceau célèbre de Ronsard s'inspire d'eux. Ainsi l'ode De l'election de son sepulchre prend son point de départ de Properce ~11, xin, v. 18-25. 34-35. Cf. Odes, éd. Laumonier, t. M,j?. 97. etTétudedes autres sources par G. Lanson, Revue universitaire du 13 ja.nv. 1906) mais l'adieu à Cynthie qui termine le troisième livre de Properce a son écho 0 dans mainte pièce de Ronsard, depuis l'ode de sa vingt-cinquième année .4 J-MM impitoyable, jusqu'au sonnet de la cinquantaine «'Quand vous serez bien vieille ~<. De même. l'odelette à Cassandre « Mignonne allons voir est inspirée des Roses d'Ausone, mais avec quelle liberté 2. C'est le texte de la54. Enl!)67,)e second vers se lit: Marulle, Ovide et Properce et Tib.ulle en 1S78 « Properce, Ovid&'et le docte Catulle » (Les Amours, éd. Hugues Vaganay, Paris, t9i0, p. 3S6). La chanson très sensuelle de 1553 («- Petite Nymfe folastre )' éd. Vaganay, p. 405) s'achève en évoquant les champs Elysees,

Et les pleines où Catulle, Et les rives où Tibulle,

Pas a pas se promenant,

Von), encore maintenant

De leurs bouchettes btémies Reba isotans leurs amies.


de l'élégie antique. Il s'en explique avec une ferme précision en s'adressant ~4 son livre

Or' si quelqu'un apres me vient blâmer de quoy

Je ne suis plus si grave en mes vers que j'estoy

A mon commencement, quand l'humeur Pindarique

Enfloit empoulement ma bouche magnifique,

Dy luy que les amours ne se souspirent pas

D'un vers hautement grave, ains d'un beau stille bas

Populaire et plaisant, ainsi qu'a fait Tibulle,

L'ingénieux Ovide et le docte CatuHe

Le fils de Venus hait ces ostentations:

II suffit qu'on lui chante au vrai ses passions

Sans enflure ny fard, d'un mignard et doux stilte. 2

De tout le groupe, c'est Ovide qui est le plus admiré du poète mais c'est surtout à l'auteur des Afe~a~o/j/MS<~ qu il se reconnaît redevable. Tout le moyen âge l'a connu et honoré à l'égal de Virgile, sans toujours le bien comprendre; la Renaissance en a fait un de ses maîtres et, chez nous, Marot a commencé à le traduire. Ronsard, plus épris de l'Antiquité que ses prédécesseurs, l'étudia aussi avec plus d'intelligence ~.11 doit à Ovide sa 1. L'épithète de «docte" appliquée plus d'une fois à Catulle par Ronsard s'explique par ses poèmes mythologiques c'est'la partie de son œuvre que celui-ci a le mieux goûtée. 11 s'est intéressé davantage à la partie té~'ère au moment des /'o/a.<!<rï?s.

2. Ces vers si expressifs sont imprimés à la fin de la A'nM<p Co/t<ua<)n (édition originale décrite par Laumonier, p. t74). Properce est absent de l'énumération; mais Ronsard s'est souvenu, pour l'idée de sa pièce, de trois distiques de lui ;x), dont il s'est précisément servi pour une de ses épigraphes:

OuK/<t'&[ nunc nn.eroproefes<yra<te dicere carmen

~tu< Am~/tt'onta? moent'a /?e/'e <f/rae?

Plus in amore valet .Mtmnermt rersus ~omero:

Carntt'na nta)tsue<us lenia ~uaert't .tmor.

On ne peut en dire autant de Du Bellay et aussi de Baïf. Dans un petit livre cher à ]a jeunesse de Ronsard, comme on le montrera plus loin, qui est t'.Hecn&a de Lazare de Baïf, parmi les poésies jointes par l'auteur à sa traduction d'Huripide, on trouve un long poème en décasyllabes: La fable de Ca;/M.s et B;/<<< s~t/t'an< Ovide en sa A/6<a/?!orp/tose (p. 77-90 de l'édition de 1350~. Properce est représenté dans le recueil par une Ba~ac/c sur une elegie de Properce co~/Me~cea~ Qut'cunyue t~/e/<<, etc. (p. 99; Prop., M, xn). Ronsard s'inspirera lui-même deux fois de cette élégie, dans la première strophe de l'ode A'~em~/BeMeau, qui contient l'idée principale de la pièce (Contin. des .t/Ko~r.s. t55')) et beaucoup plus tard dans le sonnet Quiconque a peint Amour ~'78). Henri Estienne l'a traduiteen~'rec.


plus ancienne connaissance des fables antiques, des noms et des attributs des Dieux de toute la mythologie helléno-latine, dont il va se nourrir, et même se gorger, à mesure qu'il ajoutera a ses informations romaines l'immense trésor de 1~ poésie grecque. Il mélangera sans scrupule les récits alexandrins adaptés par Ovide avec les traditions rapportées par les vieux poètes religieux de la Grèce, lorsqu'il aura appris à les connaître, les allusions appuyées ou rapides aux Métamorphoses rempliront une grande partie de son œuvre leurs récits formeront la trame sur laquelle il brodera les siens et il lui empruntera des scènes et des tableaux entiers, d'où l'on tire pourtant l'impression qu'il se représente les personnages de la fable ou de l'histoire exactement accoutrés à la mode de la cour des Valois~. Il est donc aisé de suivre sur_son esprit l'intluence de « l'ingénieux du «bien-disanto Ovide, t.. L'influence d'Ovide est facile à suivre, par exemple,dansle détail des deux odes narratives du premier recueil: La Je/~ofatMn de L'acte et Le

raz~issement de Geplaade, et daus la Gomplainte de Gl~uee Srt~lle Nyrn~he,

raMMme~ cfe Cep/ta~e, et dans la Complainte de (?~!tee à S~e A~/mpAe, composée comme elles avant 1S47. Un bon exemple posténeur est le poème intitulé Orphée, inséré plus tard au .Bocage royal, où Ronsard a utilisé successivement la fable de Chiron, celle d'Iphis et celle d'Eurydice (éd. R)., t. III, p. 42S-438). 2. Ce n'est pas un simple jeu littéraire que de décrire, par exemple, dans /eSa~e(éd. BI., t. VI, p. 8t), auprès d'Hercule « hérissé dessous la peau veiuc la jeune Iole avec « mille bouquets au sein

De bagues d'or ses mains estoient chargées, Son col estolt de pertes arrangées

Riche et gaillard son chef estoit couvert D'un scophion entrelacé de verd

Sa robe estoit de pourpre Meonine, Perse en couleur, chancr&e il la poitrine; Ainsi qu'on voit au retour des beaux mois Se promener ou nos dames deBtois, Ou d'Orléans, ou de Tours, ou d'Amboise, Dessus la prcye oit Loire se dégoise Contre la rive elles sur le bord vert Vont deux à deux à tetin descouvert. A.u collet lasche.

Des ouvrages comme ceux. de Simeoni et les publications de l'archéologie commençante ont aidé a modifier peu à peu les visions imaginatives de nos poftcs. Parmi les éditions illustrées de gravucessur ho.is que Ronsard a eues sous les yeux, on peut citer Le grand O~/ynpe des ~M~u'M po~UM du prince de poësie Ovide ~Vaso en sa Me~smorp/tOM (Paris, lo38 et tM~), et plus tard le recueil de compositions d'inspiration italienne qu'H imprimé Jean de Tournes La vita e me<ant0;bxeo (sic) d'Ovidio /tsru/'a<n n&/);'ct;ta<o in forma f~'ept.g/'aMMt di M. Gabrielto S!/nteûf!:(Lyon, iSM). .t':)i f[uetf[ne peu étudie ce curieux polygraphe Oot'enttn vivant en Fratice. sans le trouver jamais en relations directes .avec le monde de la Pléiade.


qu'il nomme toujours avec respect et dont l'Olympe sensuel et coloré est devenu tout naturellement le sien.

Parmi ses maîtres latins, Virgile tient une place à part, la plus haute, celle du « premier capitaine des Muses », comme il se plaira à l'appeler 1. Il l'a su par cœur dès son enfance, il l'a pratiqué toute sa vie et, au moment où s'est ébauché le plan de la Franciade, ce sont « les Aeneides » qu'il a choisies pour ses modèles. Aisément, par l'abandon aux réminiscences, autant que par scrupule de poétique, tous les épisodes de l'oeuvre virgilienne se sont adaptés aux aventures du héros 2. « Relisant, écrivait Ronsard, telles belles conceptions, tu n'auras cheveu en teste qui ne se dresse d'admiration » 3. Il les repassait lui-même sans cesse dans sa mémoire, et savait définir avec finesse des dons littéraires fort différents des siens « Il ne faut s'esmerveiller si j'estime Virgile plus excellent et plus yo/td' plus sp/ve et plus parfait que tous les autres, soit que dès ma jeunesse mon régent me le lisoit à l'école, soit que depuis que je me suis fait une idée de ses conceptions en mon esprit (portant toujours son livre en la main), ou soit que l'ayant appris par cœur dès mon enfance, je ne le puisse oublier M Cependant la grande influence sur l'œuvre de sa jeunesse ne vint pas de Virgile, mais d'Horace.

Ronsard est d'abord et avant tout un lyrique, et la vocation impérieuse qu'il sent en lui le mène, dès la première heure, au poète de Tibur. Il a admiré les Odes autant que l'Énéide, et avec un sentiment plus ardent. Même pour l'expression de l'amour, il y recourt plus souvent qu'au Canzoniere de Pétrarque. Le mélange de figures féminines qu'on remarque en ses premiers recueils est une imitation d'Horace: Macée, Rose, Marguerite, Madeleine ou Jeanne jouent assez bien les Lydie et les Leuconoé. Laure ne régnera que plus tard sur l'imagination du poète. Longtemps il n'a eu qu'Horace pour guide et pour conseil, et c'est, n'en doutons point, la séduction de la forme qui a décidé ses préférences. La riche variété des rythmes horatiens enchantait 1. V. le passage cité plus loin, p. 42.

2. Je rappellerai plus loin les rapports de la /T;c:ac~e avec r.E'/ict<7< Seconde préface de Ia~')'a/ic;ar/<? léd. M.-I. t. Ht, p. 523). 4. Au sens latin de /'o<u/t(/us.

5. Ce passu~'e de la seconde préface de la /~r~/?c/~f/c termine ie morceau cite p. t2.


son oreille musicale et il songeait à la reproduire en français Horace et ses nombres divers

Amusent seulement ma lire,

ccrivait-il au frère René Macé Un certain nombre d'odes de son recueil primitif, qui semblent pouvoir se dater par cette observation même-sont remplies de réminiscences d'Horace et jn'en montrent aucune du grec. Celles de Virgile sont beaucoup moins fréquentes et son nom même n'y paraît pas. Alors que Joachim du Bellay témoigne ~ux deux Romains une égare déférence, Ronsard semble alors tout à Horace, et ce premier enthousiasme prolongera un écho dans son œuvre entière

Sus debout, ma lire! Un chant je veil dire Sus tes cordes d'or

La divine grace

Des beaux vers d'Horace Me plaist bien encor. 3

Je façonne un vers dont la grace

MaugTé les tristes Sœurs vivra

Et suivra

Le long vol des ailes d'Horace

L ()(~.<, t. p. 26S. Ronsard tirait sa connaissance de la métrique d'Horace d'un petit traité, célèbre au temps de la Renaissance, de Njccolo Perotti- On le trouve dans toutes les éditions d'Horace données à Paris j):)r Simon de Colines, de IS'29 a 1543, ainsi mdiqm'' aux titres A~ooh; Perçut non t'ruy</e/' de Me~'t's OcfaruHt BoM<Mna7'u~. Ronsard a ~lu se servir de ces éditions.1[ a écrit des vers Contre un qui lui t~ero~s son Horace (Odes, t. I!, p. 90). Je crois fort anciennes ces deux strophes, qui se t'erment comme une sapphique par une sorte de vers adonique. 2. On étudiera à ce point de vue tout un groupe d'assez longues odes du livre II de l'édition de IMO, que Ronsard n'a pas réunies sans raison au même point du recueil ..4 Caliope, A la roMe de ~VsB3rre sur la M0f-< (/<' C/tar/fs de l'alois, duc d'0;a/ts ~1545], Contre les a,varicieus, Prophétie du '?;; </<? la C/taram/p aus m~<s e~e.Gutey!ne~i548]. Cf. Odes, éd. Laumonier, p. iTt'-I96. Pour les odes plus brèves la même observation est fréquente. Tout le petit Bocage de 1~)0 est horatien..

3. Odes, t. 1, p. 178. Ces vers suivent un mouvement empruntéà Capm. III, tv, 42. Sur les imitations d'Horace par Ronsard et le goût permanent qu'il a montré pour ce poète, voir, outre les soigneuses-:annotations des textes édités par Laumonier, les p. S3,M, 69, 3S1 sqq. de son grand ouvrage. 4. Des ro. plantées dans un blé. Odes, t. II, p. -i2S. Cf. Ca)';H.H, xx: tVoK ust~a~a, non ~Mm/eM!*

/~<'ny~a /);mtf.s pc<' ~'yf~~MM af//)M*a

T)!<PX.


HURACH

Nos rimeurs avant Ronsard ont imité Horace, mais il l'a fait d'autre façon qu'un Marot ou un Charles Fontaine 1. Ses dons de poète se marquent par la liberté avec laquelle il interprète le thème horatien, quand il y prend son sujet, par l'ingéniosité de ses emprunts, quand il se contente de le parer. Il en use avec le Romain comme un fils authentique de cette lignée de lyriques, dans laquelle il a réclamé sa place dès ses premiers vers. Horace est un des rares latins qu'il osera plus tard citer à côté de ses chers Grecs; il est le seul dont il unira le nom à celui de Pindare, lorsqu'il invoquera le grand Thébain comme le maître par excellence de la poésie chantée sur la lyre. Les exemples de ce double rappel ne manquent point

C'est, Prince, un livre d'odes

Qu'autrefois je sonnay suivant les vieilles modes

D'Horace Calabrois et Pindare Thébain.

Plus les beaux vers d'Horace

Ne me seront plaisans,

Ne la thebaine grace,

Nourrice de mes ans.

Je volerai tout vif par l'univers.

Pour avoir joint les deux harpeurs divers

Au doux babil de ma lire d'yvoire,

Que j'av rendus Vandomois par mes vers

A ces passages tirés des Odes, joignons-en un du « poème dédié à Jean de la Péruse, lui-même auteur de compositions pindariques Ronsard y marque nettement que ce n'est pas seulement par goût de lettré qu'il s'est attaché aux deux poètes, mais parce qu'il a appris d'eux un secret incomparablement précieux, celui de la poésie soutenue par la musique. C'est Dieu, dit-il, qui inspire aux mortels les labeurs de l'intelligence

De sa faveur en France il reveilla

Mon jeune esprit, qui premier travailla

De marier les odes à la lire

Et de sçavoir sur ses cordes eslire

1. R. L. Hawkins, Afa:s<e Charles Fontaine pa/'tStf/t, p. 190 sqq. 2. Texte de la8T, éd. Bl., t. II, p. 378; cf. éd. Laumohier, L II, p. 1S3. C'est Horace qui a recommande à Ronsard l'imitation pindarique, dont il parle au début de Car/n. IV, n Pt~f/aru/nymxyms studet ae~t~ctrt.


Quatre chanson y peut bien accorder

Et quel fredon ne s'y peut en-corder.

Pardeux chemins suivant la vieitle trace

Des premiers pas de Pindare etd'Hot'ace

Il semble qu'en Italie, au temps de Bembo et de la jPoe~ca de Trissino la musique ait cessé d'être essentielle à la poésie. Elle-même est alors devenue trop compliquée pour vivre dans 1 Intimité quotidienne de la parole; surtout elle s'est élevée la polyphonie. Au début du xvi'' siècle italien, on distingue nettement le canto de la musica, c'est-à-dire le chant populaire (et monodique) de la musique savante (et polyphonique) Il en va de même en France, et 1 on sait que c'est toujours à plusieurs parties que se présentent ces divers ensembles de sonnets, odes et chansons de Ronsard mis eu musique de son vivant par-les maîtres célèbres de l'époque' Cependant, de noùibreux indices permettent de croire que certaines de ses poésies eurent leur succès sous une forme plus populaire et bien des chansons de lui furent chantées à une voix « en forme de voix-de-ville ». C'était bien ainsi qu'il chantait lui-même, en s'accompagnant d'un seul instrument, et avant que ses grands succès de poète 1 eussent imposé aux musiciens de la cour « Et ferai encore revenir (si je puis) l'usage de la lire aujourd'hui resuscitée en Italie, laquelle lire seule doit et peut animer les vers et leur donner le juste prix de leur gravité ') Ne pourrait-on penser que Ronsard a contribué pour sa part au progrès de la déclamation lyrique et aidé au retour du goût public vers la mélodie monodique ? Il y a, vers le même temps, un mouvement de ce genre en Italie, particulièrement à Florence c, auquel on pourrait peutt. Les ~oc'nies, dédias à Marie Stuart, avec une épigraphe d'Horace, le niec/i'ocf't&us esse poetis (éd. B)., t. V!, p. 44).

2. Vicence, i339.

.<. Cf. Fr. Flamini, La Lirica toscana a~~e;'{ore a~ Mayn~co, Pise, 1.89i. 4. A la bibliographie donnée par Comte et Laumonier, il faut ajouter la réimpression du recueil de François Regnard ('iST9), faite par HeBH'y Expert, chez Atph. Leduc, Paris, t902. V. aussi J. Tiersot, .RoHMrd musique de son <e;)!ps, dans la revue S. I. Ajf., vol. IV, Paris, 1902, et Michel Brenet, .Vo<es sur l'histoire du ~/nM!France, dans R«.<a MMSic. vol. V et VI, Turin, H)99-99.

5. Préface des Odes de 1MO, éd. Laumonier, t.I, p. 48.

6. Cf. Rom. Rolland, Histoire de l'opéra, Paris, i89S, p. 33.


être le rattacher; on signalerait volontiers, pour appuyer cette hypothèse, ces vers de l'élégie « au sieur Barthelemi Del-Bene, gentilhomme florentin, poète italien excellent »

Tu commenças d'ourdir un difficile ouvrage,

Imitant les Romains, les Grecs et les François;

Ce fut de marier les cordes à la vois,

Celebrant Tusquement, par tes chansons lyriques,

Les illustres vertus des hommes héroïques

La suite du morceau, où parait encore le double exemple de Pindare et d'Horace, montre que tout ce que Ronsard a fait pour la musique s'inspirait de ses notions d'humanisme. Les allusions de ce genre qu'on rencontre chez lui sont parfaitement précises. Presque toute son œuvre lyrique, en effet, fut chantée avec un accompagnement. De Claude Goudimel à Roland de Lassus, les principaux musiciens du temps travaillèrent sur ses vers, et leur musique est souvent conservée. C'est celle qu'on entendait aux divertissements de la Cour et qui en rythmait les danses Aussi les mots de « luth » et de « lyre », qui reviennent si souvent dans les écrits de la Pléiade, n'ont pas, comme de nos jours, une valeur de pur symbole, mais bien un sens tout à fait littéral. Le poète écrivait ses odes pour les musiciens avec une rigoureuse symétrie des strophes, chacune pouvant s'adapter à l'air choisi, et la plupart du temps il était assez musicien lui-même pour savoir accompagner sommairement « de son pouce » son propre texte. Ainsi faisait Ronsard, qui s'adresse si souvent « à sa lire », en des images d'une exacte réalité

Lire dorée.

Que la danse oit et toute s'évertue

))e t'obeir et mesurer ses pas

Sous tes fredons mignardés par compas,

t. Éd. BI., t. !V, p. 357.

2. Il est indispensable de se mettre à ce point de vue pour bien juger d'une grande partie de la rénovation ronsardienne et pour comprendre l'intérêt de la fondation de la fameuse Académie de Baïf. Il faut lire, sur ce sujet capital et trop oublié, le travail de Charles Comte et Paul Laumonier, Ronsard et les musiciens du XVIe siècle (Revue d'hist. litt., t. VII, 1900), et l'ouvrage d'Àugé-Chiquet, Lct Nt'e, les idées et ~'ast;u;'f de Jean-Antoine de /}. Paris et Toulouse, 1909. p. 304.-334.


Lorsqu'au bruiant tu merques la cadanse D'un avantjeu, le guide de la danse. .le te trouvai, tu sonnais durement, Tu n'avois point de cordes qui valussent Xe qui répondre aux lois de mon dôi pussent. .Pour te monterde cordes et d'un fust, V~ire d'un son qui naturel te fust,

Je pittai Thebe et saccagai la Pouille, T'enrichissant de leur belle dépouille

La sujétion étroite de notre poète à la musique, qui fit une part de son succès à la cour de Henri II et de Charles IX, s'explique surtout par l'autorité qu'avaient sur lui les grands souvenirs du lyrisme grec et latin. Il aurait pu se rattacher à des maîtres plus récents mais il ignorait assurément que Dante et Pétrarque avaient conçu, eux aussi, leurs poèmes vulgaires avec l'indispensable accompagnement de la musique et que le second notamment accordait un rôle à certains musiciens dans la composition même de ses vers

Les traditions des Italiens, altérées et combattues chez eux par l'abus croissant de la littérature écrite, ne peuvent pas avoir exercé beaucoup d'action sur la tentative de Ronsard. Ce furent plutôt les odes d'Horace, avec celles de Pindare, qui se présentèrent à ses méditations. Ces deux modèles l'aidèrent à renouveler et à ennoblir la vieille chanson nationale. Mais plus d'un de ses contemporains goûta comme nous les odes horatiennes de préférence aux ambitieuses pindariques. Horace, en adaptant habilement Pindare au génie latin, avait compris que les habitudes de son temps exigeaient des modifications importantes. Il ne lui vint pas à l'idée de conserver la triade (strophe, antistrophe, épode), que justifiaient chez les Grecs la musique elle mouvement des chœurs Ronsard fut plus hardi, et imposa ses volontés aux musiciens qui voulurent bien le suivre. Od?s, t. p. 163.

Cette question est encore obscure et je ne ta vois pas traitée en Italie avec les développements qu'elle comporte. On consultera Henry Cochin. Z.a ~;) .Vuoua <y-a~. avec M<ro<7. et no<M, 2e éd., Paris. 191S, p. 33 et ~03, et [a notice du même auteur Sur le K Soc/'a~e » de .P~ra/H?, dans les AMa~/fs de t'Ecote de Rome, t. XXXVII, ann. i918-i6i9.


Horace, qui prépara Ronsard à comprendre le lyrisme grec, s'imposait à lui par des affinités plus intimes que le grand Pindare, qui devait l'éblouir davantage par l'éclat de ses images et l'ampleur de ses rythmes. Aussi garda-t-il le premier comme son écrivain favori et lui resta-t-il fidèle jusqu la fin. Il retrouvait en lui beaucoup de traits de sa propre nature. Peut-on dire qu'il lui dut la notion du plaisir mesuré par la sagesse et celle de l'amour réduit à la seule volupté, qui inspirent toute la partie légère de son œuvre? Bien plutôt, les deux poètes étaient nés, à des siècles de distance, avec de semblables dispositions à envisager la vie et tendaient résoudre de même façon les problèmes philosophiques et moraux. Ronsard sensualiste, antiplatonicien 1, inclinait fortement au matérialisme et se défendra fort mal sur ce chef des reproches que lui adresseront bien des chrétiens plus attentifs que lui à la logique de leurs croyances. La lecture assidue de son cher Horace lui a fourni des motifs de s'attacher à la doctrine épicurienne pour un artiste, l'argument suprême en faveur de celle-ci n'était-il pas la séduction des formes qui en revêtaient l'expression? Les Grecs, en ce domaine de l'art, lui enseigneront peu de chose; tout ce qu'il trouvera à glaner dans les épigrammes érotiques ou bachiques de l'Anthologie, tout ce qu'il empruntera à l'Anacréon d'Henri Estienne, toute la grâce, si neuve dans notre poésie, de ses odelettes et de ses chansons, le chantre de Lydie le lui a déjà révélé. Mais, s'il imite Horace dans le détail par exercice littéraire, s'il. cherche à l'égaler par virtuosité, il lui fallait une sympathie instinctive et profonde pour s'assimiler si aisément les préceptes de sa morale il partageait assurément, par avance, sa conception du bonheur et jusqu'aux formes de sa mélancolie.

L'art très pur du lyrique romain a exercé sur son goût, comme autrefois sur celui de Pétrarque, une influence considérable C est ainsi que ses premiers vers n'ont été, il l'avoue lui-même, qu'une transposition de son maître. On apprend ce détail intéressant, avec plusieurs autres, par un passage souvent cité de la préface des Odes, sur lequel on peut faire encore plus d'une observation « Ne voiant en nos poëtes françois chose qui fust suffii. Cf. Laumonier, p. 560 sqq.

2. Noihac, Pétrarque et /Wu/)!a/:Mnt?, 2' éd., t. I, p. i80 sqq. ~OLHAC.– f{ofU!'ardef.)fma'u.MF..t


sante d'imiter, j'allai voir les étrangers, et me rendi. familier d'Horace, contrefaisant sa naïve douceur, des le même tens que Clément Marot (seulle lumiere en ses ans de la vulgaire poésie) se travailloit a la poursuite de son Psautier, et osai le premier des nostres enrichir ma langue de ce nomO~ comme l'on peut voir par le titre d'une imprimée sous mon nom dedans le livre de Jaques Peletier, du Mans, l'un des plus excelens Poëtesde notre age. Ne perdons pas de vue que Ronsard écrit tout ce morceau, comme un manifeste littéraire, pour revendiquer des titres de priorité et pour établir sa grande théorie du transfert des beautés an tiquesdans notre langue. Remarquons surtout le silence gardé sur ses premières compositions en langue latine. Sans les indications des biographes et les vers où il en fait mention luimême, nous serions exposés à ignorer celles-ci; et sans doute, dans cette période de discussion et de combat, lui convenait-il de n'en point parler.

Les dates ont ici quelque importance. La « poursuite », c'est-à-dire la « continuation des fse~nmes de Marot reporte aux environs de 1843 les premières odes ho!*atiennes de .Ronsard. C'est l'année même où le jeune homme est conduit par son père aux obsèques solennelles de Guillaume du Bellay, célébrées au Mans. L'épisode marque dans sa biographie intellectuelle, puisqu'il rencontre dans cette ville Jacques Peletier, secrétaire de l'évêque René du Bellay, et que ce bon poète reçoit, parmi les confidences du jeune homme, l'aveu de son admiration pour les Latins et de son ambition de les égaler. Par ses études et par ses propres essais, Peletier se trouve tout préparé à lui répondre il met le débutant vendômois. qui cherche encore sa voie, au courant des théories qu'il vient d'élaborer sur l'adaptation du français aux plus nobles usages de la poésie. On sait quelle part eut cette intervention opportune sur la direction de l'esprit de Ronsard t-t, par suite, sur les destinées de notre poésie tout entière. i. 0</M, t. [.p. i4. S'est-on demandé comment, dans ce passage, la cttation ~i précise d'une édition de Marot s'est présentée sa pensée' Fixant ses souvenirs dans cette préface, écrite en 15_S.O, et se rappelant que ce fut au mois de mars 1843, à l'ag'e de dix-sept ans et demi, qu'il connut L Peletier et composa sa première ode française, le poète a remarqué que la seconde dédicace des PsMU;;tes de Marot, adressée à François I' est datée de Genève, le tu mars la M. Cette coïncidence lui a paru digne d'etrë~mar~uéeet. en tout eus, commode pour re.nseigner Ii) postérité.


LES tUKKS UE PMLK'UMK

La plupart des idées de la Deffence, en effet, sont exprimées déjà dans l'avertissement et la dédicace de la traduction de l'Art poétique d'Horace, que Peletier publia en 1545; elles laissent peu de chose à l'originalité du célèbre manifeste, si l'on compte les emprunts considérables faits aux Italiens et particulièrement à Speroni, défenseurs bien armés des droits de leur propre langue contre les prétentions des latineggianti. On trouve, à n'en pas douter, dans les pages imprimées par l'écrivain manceau, toute la doctrine qu'il inculqua à Ronsard dès leurs premières causeries, et qu'il devait enseigner de même façon à Joachim du Bellay 1.

Elle était trop juste, trop logiquement déduite et trop bien d'accord avec les confus désirs de nos poètes, pour ne pas produire aussitôt la pleine lumière dans leur esprit. Elle ne leur promettait aucune gloire à s'attarder dans l'usage du latin, alors qu'un si vaste champ s'ouvrait à leur langue maternelle. C'est celle-ci qu'il fallait maintenant « illustrer et enrichir )), en agissant, disait Peletier, comme Pétrarque et Boccace, « deux hommes jadis de grande érudition et savoir, lesquelz ont voulu faire témoignage de leur doctrine en ecrivant en leur Thouscan » Par une curieuse assimilation de deux époques décisives pour la littérature de nos nations latines, les destinées de la nôtre étaient remises aux mains de poètes nourris, comme les deux grands Italiens, de la pure substance des lettres antiques.

[. Chamard, c., p. 32-37, Laumonier, l. c., p. 23-26, Longnon, p. 1501~3. On a une thèse de H. Chamard, De Jacobi Peletarii CenomanenstS .tr/p poetica (/J6a), Lille, 1900, et une autre de t'abbé Cl. Jugé, Jacques Peletier du Ma/:x, Paris, 1907. Quelques indications de détail seront peutêtre ajoutées plus loin à ces travaux.

2. La phrase de Peletier se complète ainsi ;K Autant en est des souverains poètes Dante, Sannazar, aussi Italiens ». Il est peu probable que Peletier connût les œuvres latines de Dante, cotpme celles de Sannazar. D'ailleurs, gardons-uous de croire. que ce précurseur veuille diminuer en rien, chez son écrivain idéal, la culture humaniste « C'est chose toute receue et certa.iue, écrit-il, qu'homme ne sauroit rien ecrire qui lui peut demeurer a honneur et venir en commendation vers la postérité, sans l'aide et appui des livres Grecs et Latins. C'est exactement le point de vue de Du Bellay (Peletier a repris sa thèse avec plus de vigueur encore dans son Art ~oe/~uf de l?i5o. Cf. Chamard, p. 33).


IV

Muni de sa culture latine, qu'il lui restait seulement à forti&er, Ronsard rencontra l'hellénisme dans la maison de Lazare de Baïf. Ce fut pour lui une belle aventure d'être appelé par l'ancien ambassadeur de François I*~ à profiter des leçons que donnait à son fils Jean-Antoine un nouveau précepteur, Jean Dorat. Dans l'enseignement du jeune professeur limousin, le grec tenait sa place à côté du latin, et cette place était la première. Les hellénistes français, dont le nombre avait grandi depuis la génération de Guillaume Budé, se trouvaient unanimes à proclamer la supériorité d'une langue, où Du Bellay reconnaissait d'après eux tant d'affinités avec la nôtre: etHenriEstiennene tardera pas a apporter à cette théorie l'appui de son autorité, lorsque, de la Con/b?'yM:<e du françois avec le grec, il conclura à sa .P/'eceHe/Me De telles conceptions, présentées à Ronsard au moment où il rêvait ~< l'illustration » de sa langue maternelle. ont dû exciter extrêmement sa curiosité et l'engager à surmonter les premières difficultés de la grammaire. Comment lui furent-elles exposées? Estienne parle, dans un de ses dialogues pédagogiques les plus oubliés, de la méthode qui consiste à apprendre le grec par les poètes il expose les avantages et les inconvénients de mettre ainsi les commençants à l'étude des dialectes, et notamment du dialecte homérique Les procédés

t. Estienne ira jusqu'à prétendre que ses compatriotes, par cela seul qu'ils sont nés Français, sont plus capables que d'autres de pénétrer le génie de la langue des Grecs. V. Louis Clément, .He~r: -E~e/Mc son œM~'ye /ra/!çaMc, Paris, 1898, p. 197 sqq.

2. Stephani dialogus debene instituendisgraecac linguae studiis.Excudebatur anno ~5~7 (Bibliothèque nat., Rés. X 739). Le développement commence à la p. i3

fBT.UPPU.s..4d eos een:a.mus qui sumendum a poetarum lectione ~ec~onM Graecae ~M(/uaetfn<:um ceMseK<. Quo :Mtaryurtten~ofn<UM<ur?Co~~Bl,f{7S. ~oc potissimum quod apud poêlas statim cfta~ec~orHW ea;e~:p~a oecKrraft<P~. Bellè sanè, quasi yuatTendt sunt initio scriplores qui plus /MO,~es<:ae <~tMm a~tt e.B/n'Aef'e possint. COR. Quid mtrcfM? illi ex iis sunt qui $!Mu/ ?< seme~OMfHa disci volunt, <~MUM ego. nt/tt~ /KSQ'M/'epycAe'7!S!o/!c <y/:un! !U</tC<*n!

Un autre passage du dialogue (p. 93) mérite d'être cité ici, car il introduit sur un point intéressant, l'autorité de Ronsard et de Du Bellay .P/ D<a<<<ûs 'jr;7ae t'e! apud ~o~frunt )'c~ apa(~ alios sunt, fs~s /Hts f;c~cr;


didactiques uni) discute à cette occasion sont précisément ceux de Dorat où il est d'accord avec lui, c'est sur la nécessité de ne point sacrifier l'étude du grec à celle du latin.

Excellent latiniste, bien qu'il ne donnât point dans les excès de l'imitation cicéronienne à la mode 1, Dorat avait pratiqué déjà l'enseignement de collège avant de se trouver en face des deux écoliers d'élite qu'un heureux destin lui envoyait. Il avait pu jusqu'alors se livrerlibrementaugoûttrès vif qu'il portait au grec; il essaya avec eux de mener en même temps les deux études. Ln biographe de Ronsard nous dit assez vaguement que « Dorat, par un artifice nouveau, luy apprenoit la langue latine par la grecque », ce' qui signifie tout au moins qu'il faisait du grec la base de son enseignement Une anecdote plus sûre et qui s'ajuste aux dates biographiques nous met sur la voie de sa méthode. Lazare de Baïf a publié en 1544 une traduction en vers de l'77ecu~e d'Euripide 3; il mentionne, fort clairement, dans la potuisse :)7tagrt'~a<us s~n! f/ua~es /t0(7t'e Gallo cuipiam, cuius materna H/!grua /byv/ Gallica lingua co/H~u~iS, essent c~f?t aliae <ue/'sa/'unt Galliae prouin(.'far!;m. <u;Muero Pt'carr/tca e~Vo/'ma/tdfca ;s: ita poelis nostris uti liceret illis, f7< Homerus CraectS :;<t sibi permisit, id est si ita nostris sermonem suum t'a/'tf/are, non so~um ea/'u~n vocabulis, sed et earum <pr/n<na<on:/)t7S aut ;/t/?e.)''i0/nj&!zs, in vocibusque alioqui co/;)ntu/t:s linguae sunt, co/:ccde/'e<ur. COR. -A/t<jrt;:(~ tale /ac<t<a<nt /'ut< o~n: a yut&usc~a~t nostrorum r/n/<A;)toyy/'a/)Aort;/K, sed in argumentis tOcostSpo<<us<jruafr!se/'tM;e< quidem /ac<{/a/<t! in Picardica potius quam alia dialecto; ex qua et Marotu/K su/nerp ii;n7/)t mie (ex significatione qua d;c:<u/'Je n'iray mie), nec~on alia, t):(7e/nus. .Yec ;'p/'n .Ronsay~t! /tos<er r el Bc~atus s (inter poetas vel praestantissimos ponendi hi yf/tf/em, ac p/'aeser<t/n ille) /:u~a/'u'n!'f)cu/)t sibi usunt per<tH'se/7/!<yua<' ex yt;ap<a/ dialecto Gallica sumptae dici possent.

1. Dorat rejetait l'étroite doctrine des Cicéroniens, que quelques esprits systématiques, en réaction contre la langue médiévale, voulaient imposer aux esprits. Il aimait sans doute à faire lire à ses élèves le savant et piquant dialogue d'Erasme sur le sujet, dont on retrouve la doctrine sous la plume de Honsard lui-même (v. plus loin l'invective inédite contre Paschal). ![ se servait, en tous cas, de ses Adages, précieuse compDation de la morale antique, qui prêtait aux exercices les plus divers pour les t'cotiers. Dès son premier recueil, Ronsard se montre nourri des Adages. Cf. Orles, t. p. ~31, 160, etc.

'2. Binet, éd. Laumonier, p. 12 et 94.

Il est étrange que Du Bellay n'en parle pas dans le passage de la /~e~py!<e, où il nomme Lazare de Baïf après Budé: « L'autre n'a pas seulement traduict l'~Vec<rf de Sophocle, quasi vers pour vers, chose laborieuse, comme entendent ceux qui ont essayé le semblable: mais davantaige a donné à nostre langue le nom d'epty/'am~M et d'<ey:M. )' (v. éd. Chamard, p. 333 et la note\


dédicace adressée à François l'enseignement installé dans sa demeure et la sorte de collaboration qui lui en est venue « Or est-il, Syre, que quelques jours passez me retrouvant en ma petite maison, mes enfans, tant pour me faire apparoir.du labeur de leur estude que pour me donner plaisir et recreation, m'apportoyent chascun jour la lecture qui leur estoit faicte par leur précepteur de la tragédie d'Euripide dénommée .HecH~s, me la rendant de mot à mot de grec en latin ». L exercice de traduction d'un texte attrayant, dont usait Dorat, pouvait servir à l'étude des deux langues, surtout avec un élève comme Jean-Antoine, qui savait déjà beaucoup de grec appris avec Jacques Toussain. Il est certain que le travail imposé à ses élèves sur ~f'cH&e avait un but purement grammatical s'il se fût agi de leur faire goûter la beauté de la pièce, il disposait de l'élégante traduction d'Erasme, qui l'a mise en trimètres iambiques avec Iphigéraie a ~lt~:s 1. Le mot à mot écrit des écoliers. excellent exercice pour leur apprendre les deux langues, se trouva être en même temps, pour Lazare de Baïf, d'un véritable secours.

L'ambassadeur explique à son roi ce qu'étaient les tragédies des Anciens et l'intérêt qu'il a pris a traduire celle d'Euripide, pendant les loisirs de son service « Laquelle, pour la sublimité du style et gravité des sentences que je y trouvay, il me prinst envie, Syre, de la mettre en vostre langue Françoise seulement pour occuper ce peu de temps de repos à quelque honneste exercice » On a négligé à tort l'examen de cette première traduction 1. La première édition de ces traductions a été donnée à Paris, en iSOC. chez Josse Rade, au moment où Erasme venant d'Angleterre se rendait en Italie. Cf. ~othac, Erasme en Italie, p. 6, 29 et 101. Elles ont été réimprimées par Aide, puis plusieurs fois jusqu'à l'édition d'Henri Estienne, T'7'ayoef/t'ap selectae .~scAyK, Sop/Mc/M. E'~r:p:d'M, MM duplici :a<e/'p7'p<a<<o/K' lutina, 1~6~. La traduction ad cpy'jbunt de l'Hécube est tirée /w/!m ex F/u!. AManc/:</M)n'sjprae~e<'<tontAus.

2. /.a /ay<?c/t<' (/?urtpte~ ;toMm<?<' /ïecuj&a,acMe<e du greccn rhythme /'f';t/!ç<)[.< <M;'<'fau Roy, Paris. Rob. Estienne, ioU. Je n'ailu que l'édition df t5M, reproduction exactp de la première par le même typographe du Roi. Elles n'ont point le nom de l'auteur. Cf. [E. Picot], Cata~o~Me de la B~to~A~u'7a~nM de ~!o<AscAtM, t. II, p. 2. La traduction de r~/ec~ de Sophocle, parue en 1537, ne porte pas non plus le nom de Lazare de Baïf. !,cs fonctions de Dorat chez Baïf ont commencé en IM'i-, et nous safons que Ronsard en profitait aussitôt après la mort de son père (du 6 juin de la même année). Le « précepteur du morceau cité ne pent être que le savant timousin.


française d'Euripide intéressante à plusieurs égards et qui le devient plus encore, si l'on songe que Dorat, Ronsard et son ami Baïfyont collaboré. La version faite en latin par ses « enfans », comme disait Lazare de Baïf, ayant été le point de départ de son travail, il le leur a probablement communiqué à mesure qu'il i écrivait. Je crois volontiers que Ronsard, déjà poète, était en état d'y apporter une certaine contribution littéraire; mais il est vraisemblable que le précepteur a dû aider l'auteur de ses conseils, particulièrement pour les parties dites par le « chorus » et autres morceaux lyriques, où l'on note une variété et une recherche remarquables de rythmes Le noble travailleur, habitué à profiter dans ses œuvres des avis de tous, ne pouvait se priver de ceux d'un homme à qui il venait de confier la formation intellectuelle de son fils.

Le fils de Baïf, quoique plus jeune que Ronsard de sept ans et demi, était alors meilleur humaniste que lui, ses études grammaticales s'étant trouvées plus régulières et plus suivies son père ne lui avait point laissé négliger le latin, mais, pour le grec surtout, il avait bénéficié des leçons du « bon Tusan o et du calligraphe Ange Vergèce Celui-ci, ramené de Venise par t. Cf. Nolhac, ~fp)'emt< ~'at'atY /a/!çaM sur Euripide; la <7'ac~uc<:on de /'rançoM 7"t.sarf/, dans les .Vc/a/Mjfes jf/f~'t YVe~, Paris, 1898, p. 294-30'?. Tissard a traduit en latin trois tragédies seulement, ~ecfee, .Htppo!t/<e, .1lceste, d'après l'édition de Lascaris; son travaildédié à François de Valois, duc d'Angoulême, plus tard François I" est resté inédit, sauf pour les fragments que j'ai donnés.

Voici, par exemple, p. 17. l'entrée en scène d'Hécube:

0 moy détente, helas, ores quels ptamcts. Quels huttemens. quels cris de douleur pleins Puisjegetter,eut'aisantmescomptain[*ts? 0 misérable.

EntamisereetvieiHessep[ora))te

Porter ce faiz si dur et importable,

De servitude a tous intolérable.

He dieux, he dieux,

Queite cite, queUe gent ou quels lieux Mesecourront?mortestPriamlevieux, Mors mes enfans au devant de mes yeux Ou donc iray'

Unpeuteomparerautextedesv. 59 sqq. (éd. Weil).Avec moins de prétentions, Lazare de Baïf applique le programme de Thomas Sibilet, si fier du choix de ses vers adaptés aux mètres g'recs dans sa traduction de r~Atgrente d'Euripide (dédiée à Jean Brinon), qui est seulement de lo~9.

3. Ange Ver~èce recevait de François I", dès 1539, une pension comme


l'ambassadeur qui avait apprécié ses talents dans la confection des manuscrits, allait être employé par Henri II à dresser les catalogues des volumes grecs de Fontainebleau. Il n'était pas dénué de connaissances littéraires, bien qu'il parlât « fort mauvais franco ys », et, comme Grec authentique, il se trouvait reclierché dans les familles distinguées où les jeunes gens étudiaient sa langue. Ronsard ne fut pas le moins empressé à profiter de la fréquentation d'Ange Vergèce. Il se lia en même temps avec son neveu Nicolas, beaucoup plus latinisé que l'oncle, etqueBaïfet lui introduisirent dans la première Brigade 1. Mais il s'attachait ardemment à Jean Dorât et, son âge lui permettant de regagner le temps perdu, il devint bien vite le principal disciple de l'initiateur.

« escripvain expert en lettres grecques )' et figurait encore à ce titre, en 18H), sur la liste de paiement des professeurs et lecteurs du Collège royal. Des particuliers, notamment J.-J. de Mesmes, l'entretenaient pour leur copier des textes grecs. Il a traduit en latin un traité du Pseudo-Plutarque ~De /~uMfoyHnt et montium nominibus, Paris, Charles Estienne, lS56)et publié une édition du Pimander mis sous le nom de Mercure Trismégiste (Paris, 1554. Dédicace à Lancelot de Carie). Emile Legrand a écrit la biographie d'Ange Vergèce d'après la liste des manuscrits calligraphiés par lui, dans sa Bibliographie hellénique, Paris, i88S, t. I, p.ct.xxv sqq. Les vers que Baif adresse à Charles IX sur son ancien maître (dédicace des Euvres en r:M< Paris, 1873) peuvent renseigner pour Ronsard comme pour lui

Ange Vergèce, Grec à la gentille main,

Pour l'écriture greque écrivain ordinére

De vos grandpère et père et le vostre, e.ut salère

Pour à l'accent des Grecs ma parole dresser

Et ma main sur le trac de sa lettre adresser.

On lit dans une lettre d'Henri de Mesmes (à L'HospitaI?), du 29 sept. t!;t)6 « Monsieur, ce pauvre vieil Grec, qui nous a enseigné <ou<s à escfM'e, M. Angelo Vergecio, m'est venu trouver ce matin. (Revue critique de 1872, t. I, p. 160). Ses livres ont servi après sa mort, en 1869, à l'enseignement de Dorât (v. plus loin). De très beaux autographes personnels de Vergèee sont à signaler dans les papiers (THenri de Mesmes (Fonds Latin, 10327. tï. 106-109, 123) et permettront de compléter les notices d'Henri Omont et d'E. Legrand.

1. Nicolas Vergèce, à qui Baïf dédie la Contretrène remplie de détails sur ses études, a pris part à la fête du boue de Jodelle et publié des vers latins en divers recueils, notamment une ode adressée à Ronsard dans le « tombeau .< deTurnèbe (réimprimée par Emile Legrand, t. II, p. 408). Sa mémoire a été honorée d'une épitaphe du poète .Epf/apAe de Nicolas ~cy/ece, <jrr''c-cre<ots, grand aM)/ de /'au~/Mfu' (éd. Marty-Laveaux, t, V,

p. :!t


Les idées nouvelles que jetèrent en lui de telles études n'ajoutaient pas seulement à celles qu'il tenait de ses premiers conseillers, latinistes et Italianisants elles les rectifiaient sur bien des points essentiels. Très promptement, la littérature des Romains, qu'il avait étudiée en se jouant et dont il possédait toute la fleur, lui apparut comme une simple littérature d'imitation « Les Poëtes Romains, écrira-t-il un jour avec irrévérence, ont foisonné en l'abondance de tant de livres empoulez et fardez qu'ils ont apporté aux librairies [bibliothèques] plus de charge que d'honneur, excepté cinq ou six, desquels la doctrine accompaignée d'un parfaict artifice m'a toujours tiré en admiration On voit bien quels maîtres il met à part; ce sont ceux que son ami Muret feuillette avec lui et que Dorat ne dédaigne pas d'expliquer en ses leçons. Mais, avec Virgile, Horace et Ovide, Catulle,Tibulle et Properce, la liste est close des poètes romains admirés par Ronsard les Élégiaques eux-mêmes ne tiendront pas dans ses réminiscences autant de place qu'on l'attendrait d'un chantre passionné de l'amour~.

Il est trop poète pour ne pas sentir vivement la beauté de certains vers de Lucrèce, mais il ne voit en lui qu'un philosophe, comme en Lucain qu'un historien. Les autres poètes de leur langue lui semblent pouvoir être négligés; et la courte liste de ses emprunts suffirait à établir qu'il leur a toujours préféré les Grecs Au reste, nous tenons de lui-même l'exposé de ses idées sur les Latins et, bien qu'il l'ait écrit vers la fin de sa carrière, on peut croire que l'enseignement de Dorat en contenait déjà la substance

1. Abrégé de l'Art poëtique /a~çots, texte de J567 (éd. M.-L., t. VI, p. 449~. Texte de 1565 dans l'éd. Bl., t. VII, p. 318.

2. Ils sont dans rénumération des Isles fortunées (éd. BL, t. VI, p. 176). 3. On trouvera au t. I, p. xxxv, de l'édition Laumonier, la bibliographie des recherches faites sur les sources de Ronsard depuis la thèse de Gandar Laumonier lui-même y excelle plus que personne et a retrouvé les sources combinées de beaucoup de poèmes. Citons, comme un bon exemple d'utilisations latines, la seconde partie de l'Ode à M. le Dauphin, relative aux futurs exploits du prince et à la description de son triomphe. Ronsard a utilisé d'Ovide l'horoscope de Caïus César, l'un des fils adoptifs d'Auguste (Ars. aM., 1), et le triomphe d'Auguste (Trist., IV), de Tibulle le triomphe de Messala, d'Horace l'éloge d'Auguste (Cay/n., IV), de Claudien l'éloge de Stilicon, de Sidoine Apollinaire le panégyrique de Majorien, enfin la prédiction des Parques imaginée par Kavagero pour la naissance d'un prince italien.


N'en cherche plus d'autre, lecteur, en la langue romaine, si ce n'estoit de fortune Lucrèce; mais par ce qu'il a escrit ses frenaisies, lesquelles il pensoit estre vrayes selon sa secte et qu'il n'a pas basti son œuvre sur la vray-semblance et sur le possible, je lui osté du tout le nom de poète, encore que quelques vers soient non seulement excellens, mais divins. Au reste, les autres poëtes latins ne sont que naquets de ce brave Virgile, premier capitaine _des Muses, non pas Horace mesme, si ce n'est en quelques unes de ses Odes, ny Catulle, Tibulle et Properce encore qu'ils soient tres-excellens en leur mestier si ce n'est Catulle en son Atys 3 et aux nopces de Peleus, le reste ne vaut la chandelle. Stace a suivi la vray-semblance en sa Thebaïde. De nostre temps, Fraeastor s'est montré très-excellent en sa Syphillis, bien que les vers soient un peu rudes Les autres vieils poëtes romains, comme Lucain et Silius Italiens, ont couvert l'histoire du manteau de poësie; ils eussent mieux fait, à mon advis, en quelques endroits, d'escrire en prose. Claudien est poëte en quelques endroits, comme au Rav:ssement de Proserpine; le reste de, ses œuvres ne sont qu'histoires de son temps, lequel comme les autres s'est plus estudié à l'enflure qu'à la gravité. Car, voyans qu'ils ne pouvoient egaler la majesté de Virgile, se sont tournez à l'enuure et à je ne sçay quelle poincte et argutie monstrueuse, estimans les vers estre les plus beaux ceux qui avoient le visage plus fardé de telle curiosité

Ronsard ne fait jamais de réserves de ce genre, lorsqu'il s'agit des Grecs. Il ne distingue point entre eux et les adopte en i. Ce vieux mot signifie laquais ».

2. Sur la manière dont Ronsard conçoit, l'étégie. V. ce qu'il dit en tête fjf s~n prnprp rfcupit (éd. B].. t. p. 2t0':

Amour pour y ree'ner en a chassé la mort.

Ronsard fait ici à Girolamo Fracastoro l'honneur de le nommer seul parmi les Anciens. Le poème du véronaisDeyHoyj!)o Gallico, dédié Be.mbo et dont 1~ succès fut retentissant, parut pour la première fois à Vérone en t:;30. On remarquera, dans l'énumération de Ronsard, l'oubli du jaom d Ovide. Cf. plus haut, p. ~5.

4. Ronsard dit pourquoi il se plaît à raconter la fable d'Atys, dans son p.x-nu- /.(' P//f éd. Bl., t. Vi, p. H4.

.Atys, tu le mérites:

fatuité, honneur des Romaines Charitet-.

Te feit Romain en imitant les Grecs.

H. Préface posthume de la franotaf/eféd. M.-L., t. IH, p. S3S). La suite du morceau, relative à Virgile, est citée p. 37. î.


bloc, comme fait Dorat. Celui ci lui a appris à voir en eux les vrais Anciens, ceux à qui il faut demander « le savoir et la doctrine », l'enseignement des plus ingénieuses fables et les modèles pour de grandes créations poétiques ignorées encore des Français. Après les tâtonnements de sa jeunesse, il a rencontré enfin la main ferme qui va le guider et les sources profondes de l'art qu'il rêve.

V

Ces idées étaient sans doute tout à fait arrêtées, quand il décida, avec Baïf et Du Bellay, qui avait rejoint ses amis, de suivre Dorat à Coqueret, où l'enseignement allait s'étendre à un plus large auditoire. L'helléniste limousin, nommé principal de ce modeste collège de l'Université de Paris, voulait y offrir à des élèves choisis les facilités studieuses d'un internat volontaire. L'amour du grec, ou plutôt l'avidité des richesses'idéales dont l'étude du grec pouvait combler sa poésie, décida Ronsard à quitter 'la Cour, à renoncer a ses divertissements ainsi qu'aux avantages qu'elle promettait à ses ambitions. Il s'astreignit luimême à la retraite austère sur la montagne Sainte-Geneviève, dans ce collège qui n'était même pas des plus illustres et dont un seul enseignement faisait la renommée Il aimait à rappeler plus tard les nuits qu'il ajoutait courageusement a.u travail du jour. Habitué par la vie du Louvre aux tardives veillées, il étudiait aisément jusqu'à deux heures après minuit et réveillait alors 8aïf. « qui se levoit, et prenoit la chandelle et ne laissoit refroidir la place x Baïf a même recueilli, en ses vers mesurés a l'antique, ce joli souvenir de leur jeunesse:

Quand c'est que mangeant sous Dorat d'un même pain

En même chambre nous veillions, toi tout le soir.

Et moi davançant l'aube dès le grand matin. 2

1, .\u reste, Ronsard cherche aussi son bien au dehors. C'est à ce moment qu'il fait la connaissance de Denys Lambin, à peine plus âge que lui et avec qui il travaille particulièrement les matières philosophiques. J'étudie plus loin les relations qui s'établirent entre eux et dont il existe de nombreux témoignages.

3. l.e poème Aus poches frartçoês (Elrénes) a été imprimé dans l'orthographe spéciale à Baïf (OEuvres, éd. Marty-Laveaux, t. V, p. 323).


11 fallait être assuré de bien hauts plaisirs pour soutenir cet effort avec tant de volonté. C'est que Ronsard, devenu helléniste a si bonne école, était alors dans toute la ferveur de son enchantement et marchait de découverte en découverte. Une anecdote, que Binet insère dans sa biographie, montre le jeune homme initié au grand lyrisme par la volonté réfléchie du maître « II luy. leut de plain vol le Promethée d'Eschyle, pour le mettre au plus haut goust d'une Poësie qui n'avoit encor passé la mer de deçà, et en sa faveur traduisit cette tragédie en françois, laquelle si tost que Ronsard eut goustée Et quoy, dit-il à Dorat, mon maistre, m'avez-vous caché si long temps ces richesses? 1 » Dorat devait être un admirable interprète d'Eschyle, pour lequel il eut toujours un goût particulier mais combien l'écolier était fait pour le comprendre On devine son émotion en écoutant les chœurs des Océanides, les lamentation~du Titan enchaîné, cette succession d'images sobres et rapides, de pensées mystérieuses sur l'homme et sur les dieux 3. Auprès de cette forte poésie, palissaient les charmes de l'ode horatienne. Mais n'y avait-il pas en Grèce d'autres sources du lyrisme? Précisément, Horace faisait connaître le nom du maître qu'il y avait choisi et la grande révélation qui vint à nos poètes fut Pindare. Elle appartient, sans doute possible, à la période de l'enseignement privé de Dorat dans la maison de Baïf. L'érudit limou1. Suit, dans Binet, la phrase qui a prêté à des interprétations diverses et qui nous apporte au moins un détail sûr, l'étude d'une oeuvre d'Aristophane avec Dorat: « Ce fut ce qui l'incita à tourner en françois le jP~s d'Aristophane et le faire représenter en public au Collège de Cocqueret, qui fut la première Comedie Françoise jouée en France. »

V. l'index de ce livre au nom d'Eschyle. Que penser de cette indication alléchante fournie par Hoffmann (jLe~teo/t jMMKX/rap/ttcum.c?'!p/. </r.w., Leipzig, 1832, 1.1, p. :!4) .< 1548. ~.esc~M/H .Pyo/M<Mus, j/sceé. ctt/M prae/a<orM/oaf:nts~LU/'a~tep;s<o~ar:s, ttpu~CAri~ta/tum Wec/M!)~t H? Ce serait la plus ancienne édition d'une pièee~solée d'Eschyle, dont on ne possédait alors que le texte d'Aide, 1S18. Malheureusement, cette édition si précieuse pour nos études, et que j'ai fait rechercher dans beaucoup de bibliothèques, me semble purement imaginaire.

3. Ronsard a toujours été poursuivi parles images du drame d'Eschyle: dès les premières (Mes, il parle du mythe de Prométhée, qu'il pouvait connaître, il est vrai, par d'autres sources (t. I, p. 1SB, t. jLl,p. 111). Deux vers colorés 'éd. BL., t. VI,p.41; M.-L., t.V,p. 33)6voquent. pour Brinon .le vautour beecu, dont la griffe cruelle

Pince de Prnmethë la poitrine immorteUc.


sin, qui avait, connu Budé dans sa jeunesse et s'était formé auprès de Germain de Brie et de Jacques Toussain l, faisait depuis longtemps des vers latins et grecs. Une ode à Robert Estienne, typographe du Roi, qu'il écrivait étant encore à Limoges et qui célèbre d'une façon charmante cette docte maison et l'art qu'on y pratiquait, marque le moment, où sa maîtrise d'écrivain s'était affirmée Estienne reçut encore de lui des vers grecs et latins, et les imprima avec ceux d'autres amis s; mais au moment où il connut Ronsard, moins âgé que lui de dix-sept ans 4, Dorat n'avait encore rien publié et attendait sans impatience l'occasion de se faire un nom parmi les versificateurs latins. Alors qu'autour de lui, chez les lettrés, les recherches de forme se multipliaient, il eut l'idée de se distinguer à son tour par une innovation; il se mit à composer en latin des odes à la façon de Pindare, tentative dont une parole fameuse d'Horace semblait décourager à jamais ses successeurs

L'Italie venait d'ouvrir cette voie et un poète humaniste, Benedetto Lampridio, de Crémone, y avait recueilli la célébrité. 1. Ces détails importants paraissent ignorés des biographes de Dorat. Ils figurent dans les mémoires de Jacques-Auguste de Thou, au moment où l'illustre historien parle de ses premières relations avec Ronsard. 2. Ioannes ~t.u/'a<usad.RoAer<uyK,S<<'p/)anum typographum noMtSSMUM. Goldast, Philologicarum epts/o~arum centuria una (/tt!ersoru7K a renatis literis doctissimorum t):rof-um, Francfort, 1610, p. 235-245. Cf. Maittaire, .S~ep/ta/M/'M/K historia, Londres, 1709, t. I. p. 94. Comment les biographes ont-ils pu ignorer ce curieux poème? Il est daté .Le~outCtAus non. ma:t a/:Mo ~53~.

3. Marty-Laveaux a décrit (OEuvres poétiques de Jean Dorat, p. Lxxxj) deux feuillets in-folio imprimés sans date, contenant des éloges de l'imprimerie et des hommages à Estienne, parmi lesquels sont des vers français de Grévin, de Fr. de Belleforest et de C. Clausse, des vers grecs de Florent Chrestien, et une traduction du grec de Dorat en latin (/n Typographiam Musarum matrem) par Camille de Morel. La contribution de Dorat à cette sorte de plaquette n'a aucun rapport avec son ode de 1S38. H est, d'ailleurs, à cette époque poeta regrtus et signe ÎMx'/w~ AupSro~ paot~M~ rot7]iY); CtULO~).M(!CO;.

4. En acceptant, contre La Croix du Maine, l'âge indiqué sur son épitaphe, qui le faisait naître en 1508.

5. Od., IV, n

Pindarum quisquis sludel aernulari,

Iule, ceratis ope Daedalea

.V;<t<f;r pennis vitreo daturus

;Vo;7nna ponto.


Ce précurseur de Dorat, et par conséquent de Ronsard, appartint à la cour érudite de Léon X et fut l'ami de Bembo, de Gian-Matteo Giberti, de Pietro Mellini; Tebaldeo et Baldasaare Castiglione firent son éloge. Ayant dirigé à Rome, après Jean Lascaris, le collège des Jeunes Grecs, il vint enseigner Padoue, puis éleva à Mantoue les enfants de Frédéric de Gonzague Ce fut Lampridio qui, le premier, avec un talent reconnu par ses contemporains, composa des odes latines calquées, pour la forme strophique et pour le mouvement de la pensée, sur celles du lyrique thébain~. Comment Dorat eut-il connaissance de ses ouvrages, qui ne furent réunis pour le public qu'en 1850, par les soins de Lodovico Dolce s ? On doit penser que la chose fut facilitée par les relations littéraires continuelles établies entre les deux pays, grâce aux lettrés italiens qui habitaient Paris et fréquentaient la cour où régnait une Médicis. Luigi Alamanni, qui fut parmi eux le plus notoire, n'avait-il pas lui-même mêlé t. Luzio et Renier, Coltura e ye~aMOM: ~f«e/'af:e <~ Isabella d'Este, dans le C/oy/t~c .s<o/co della letter. ital., vol. XXXVI, p. 34S sqq. Cian, Un Asti</<ano del /}Ma.Ctm<'ft<o, Florence, 1901, p. 40, 4S sqq. Il n'y a aucun travail moderne sur Lampridio.

La notice de F. Arisi sur ce personnage oublié en France contient les indications suivantes « Benedictus Lampridius ~MMeupa~as a< vero co~nonten ~i/p/ieus, seu ~U/tAe/ms, in irnitando Pt/M~ayo Gfaeeo/'sm ~MOrum eo;</teo contra Rbya<M seft<eK<t'ant <tj&. 4, ode 2, 7oa/'M/K nihil Aa.&u:< /~r.M<e/' t'o~/uf! .9u/)/tMn<a<eM.~r<7Kus e/ttM T'Aej&a/tosMO~os tajLa~t~TK :n<7ua"t< p/'MtMS ~'t/K.fartCMMa'MerM ~a<Mas aa;'es assMe/~e~ Graeci quippe sermonis pey'itMStMus, quo et uay'ta cecM!7, Odas JMe<ropMdfa7':cas primus latine mo(/u/a<u.! est, et <an~a yMMem cH~ maiestale ut a nenzine tape)'aMf~M/M ''y'ecfan:, yHo<7 eu MAe~:us a/maKcfun: fuit quod ntM~s aA Aoi~ aAAoy;'m< ftyMus poe~a/'u/M censor Gyr~/f/us ~e~to <3traMt~, qui durus in a~'o/'tfy?! eoy?t/!tp/:(/a<M~e de Z.a;~y't6fM~c)':j&e7'e non dubilauit « B. Lampridius Cre« mo~e~MM non .E'/)!aMfna<M/ Mo</o,sp''7j[.yrtcosoe7*~us/'acM, ~utAus lit prwMf! Pindarum CM/K Muen<MMe, tum p~ras: aeMH/a/ n~~ur. Idem c~ ~ysMa ay.y)'es.!us M<,d:y/ cp?'<eue~<ay:~oausu,a yuonos </e<e/'?'e~ /~ora<tu. co~Mmendarn) (Cre~ona literala, Parme, 1702-1706, t. II. p. 95). :}. Ng/tef/tc<a/Kpr:6fMnecyt.o/:7o. Sap. /tMa~AeK'a7'Mtna. ~e/te~M,apu<~ (ra/K~e~t /o/~u/n de fery'af'tM. D L. L'élégante édition est précédée.de dédicaces de Lodovico Dolce au comte Collatino da CoIIaito, qui avait été nu service de notre Henri Il. Il lui recommande « le ode de M. Lampridio da lui tessutp seconde l'ordine e la maniera serbata de Pindaro ». ÎI y a, contre sept odes horatiennes, vingt-quatre » odae motropindaricae dont une à la louange de Crémone, d'autres dédiées à Franoesco Sforza, à Bembo, à I.ascaris, à Matteo Giberti, à Vittoria Colonna, à Henri VIII, etc. La plus longue est 7n Petri ~/eHMt t'Ma/ HAttKe~oe~as de Mo/'e/sntf'~ae Mena f.'r'*cp<'y'a/.


a ses poèmes italiens imprimés à Lyon quelques hymnes de forme pindarique, qui ne purent passer inaperçues chez les poètes ? Certains de ses compatriotes avaient tenté des essais analogues à ceux de Ronsard. Dès 1513, l'année même où Zaccaria Calliergi éditait à Rome son beau texte de Pindare, Gian-Giorgio Trissino insérait dans les premiers chœurs de sa .So/'o~j&a la triade du poète grec (strophe, antistrophe, épode); la tentative n'avait pas de suites; mais, en 1535, Ant.-Sebastiano MInturno publiait, dans la même forme, deux grandes canzones dédiées a Charles-Quint". La première édition des Hymnes d'Alamanni est de t532. L'idée flottait donc dans l'air, quand Ronsard s'en saisit. Mais les Italiens attestent la priorité en latin de l'humaniste de la cour de Léon X, dont l'œuvre était, d'autre part, fort bien connue du précepteur de nos poètes

On trouve Lampridio particulièrement célébré par un grand ami de Dorât, Gian-Matteo Toscani, dont le rôle fut précisément de faire connaître chez nous les écrivains de sa nation. Dans son Peplus Italiae, que recommandent au lecteur françois des poèmes liminaires de Dorat, il écrira plus tard cette notice Crentona .~a/H~r/r/tum ~o~<t saeculi nitracu/H/n e(/tf/:<, qui quod /7ora<fHS s<u~ae <enter~a<t~ esse existiinauit lentare, ~{7)t procliue admodum esse </ec/a;'a:z: Pindari inzitationem, quem /e~:c:M:me 1. Henri Hnuvette, Un exilé ~orf~i a /a Cour de ~y'ance, Luigi Ala~a/tftt (/.tSJ-)'3& sa vie et son œm)re, Paris, 1903, p. 23-1 sqq., 453 sqq La partie de la thèse de cet important ouvrage relative au pindarisme frant'ais ne paraît pas acceptée par les ronsardisants; les odes de Ronsard ne devraient rien à celle d'Alamanni, ni pour le style, ni pour la forme métrique. L'exemple a pu cependant compter.

Les désignations strophiques importent peu Minturno dit ro~a, r/ro//a et .s<a;txa, Alamanni, ballala, co/t<a&aHa<a et s/a/tM. Cf. Carducci, ~;) /)ocsta Aa/ara net secoli ~t~ e XVI, Bologne, 1881, et l'étude Dello svol'/t;/teft/'< dell' orle t/t 7<a<t'a, dans le vol. XVI des Ope/'e, Bologne, 1905, p. :t74-3';5; Caspary, .S/o/'fa della /eMe; t<a~ trad. V. Rossi, Turin, 1891, vol. il, part., p. t:i, 29U. La question n'a jamais été traitée a fond en Italie.

3. La connaissance de Bencdetto Lampridio par Dorat fournit probablement la clé d'une anecdote de Brantôme (éd. Lalanne, t. IX, p. 663) à propos de'la matrone d'Ephcse « La première fois que j'ouys ceste hystoire, ce fut de M. d'Aurat,quidisoit la tenir de Lampridius. Lalanne naturellement ne voit pas ce que le nom d'Aelius Lampridius, biographe de commode et d'Iléliogahale. vient faire avec ce conte du Sa/yr~'o/t.


/~<<fti.s est t'crstAui! aemulatus u< Aurato ~oeTarum regi e< omniAu.~ Craecae ~ncruciejoer~ts videlur. ~Van~ Tomus quae non asseern:<sr, ça non joroAa<. Eius carmina a/) innumeris nten</M vindicata nos aemel recudenda curauimus, yuàejoos~ maiore cura emendauimus e~e tertia edilioize co~amus

C était bien le Crémonais que les contemporains désignaient comme l'imitateur attitré de Pindare, le créateur du genre, pourrait-on dire, et il faut voir en lui le modèle suivi par Dorat. Au reste, celui-ci paraît reconnaître sa dette par des vers admira tifs. non recueillis dans ses œuvres, qui -attribuent sa place légitime au prédécesseur italien

Aantp/'K~tus vates inter ;!0/t alter .Nome?'MS,

7/t/er sed Latios P;'n~sru~ aller eral.

/)um <an!en e< Latiis a/Fec<s< Nbra~tu~ s~p/' Esse, n:!no/' G~a/a est et VenustHa cAe~~ Quantum Pindarico modulans assurgit hiatu, ?a~7/H </eprtnn~a7' pectine, Flacce, tuo Sed quo ~esjoe7-ara/ Zfoy'a<:us ipse t'e/n/'e, /-a~tu~ venit 7.ttynprt(/oyue sat est 2.

Nous venons de découvrir, une fois de plus, l'Italie à l'origine des curiosités et des tentatives de l'humanisme français nous retrouvons, à son tour, celui-ci à la source d'ùne innovation dans notre littérature. Il est admis que le conseil de composer des '< odes pindariques a a été donné a Ronsard par son maître il t. ~ep~us Italiae, Paris, Fed. Morel, la78, p. S6. L'édition à laquelle fait allusion l'écrivain toscan est la réimpression partielle de celle de Dolce, dans ses Car/M:na :Has<ftun! poetarum :'<a~o7'MM, Paris, 1576, t. I, p. 82103. Celle qu'il annonçait n'a pas vu le jour. Citons encore ces vers du Peplus:

Larnpridi A~c.tïco tractas dunt~arMsp~ech'o,

Sola tuum <esfn<io Appula ~[mct< ebur.

.4< cum Pindaricus tibi pectora conculit horro)-,

Cum te submittit Flaccus et ipse tibi.

Quem t)!cfant paHCt, victorem nullus a< aequat,

Non poteras Otnct,.m< vincere nobilius.

2. De Z.ant/M'Mt: ca~'m!n:'AMS'/o. Aurati Pociae ~e~H M<7:ctHM. Ces vers publiés par Volpi (Vulpius), le dernier éditeur de Lampridio, sont reproduits à la suite de son édition des Poemala de Sannazar (Bassano, 1783 p. 321), à laquelle il a ajouté une ode pindarique de Lampridio en 33 strophes, dédiée à Nie. Léon. Tomeo. (Des vers de Lampridio étaient impt'im<s à Paris dès 1348. Cf. p. 15, n. X.)


n'est pas douteux non plus que des essais en latin,'de Dorât, en aient fourni l'exemple à son élève 1. Nous savons maintenant où il avait pris le sien et l'on jugera moins obscur le passage de l'ode latine, qui accompagne le premier recueil des Odes et en célèbre l'art tout nouveau. Elle débute par un appel à la muse de Pindare, que le jeune « prince de la lyre nationale » a faite sienne et française, ce qui permet à Dorat d'opposer celui-ci aux plectres » d'Italie, qu'il lui a fait connaître

Lyrae ~o<en<M Camoefia~e .tot~e, quis deûm Aero~t'c,

//OMO quis /cM:~ mse/'t

Vo.SC~ ? Satis Pt'M 2 iam

/om~ne memoratus

Olympus, sacrum et

//ercu~M patris opus

/K rmMC~a<r:'ae~Drt'nctjoen! Chelys, apud Celticos

/)ecu~ grande populos,

j0ece< nos suo

Sthi Pindari can-

Les débuts pindariques des deux poètes devant le public se firent en même temps. L'ode du maître, dont on vient de lire 1. On trouve mal appuyée l'opinion contraire formulée dans une note, d'ailleurs intéressante, de Lucien Foulet (Revue d'hist. M«., t. XIII, 1906,

p.312).

2. Pt'sa ~Ircadtae o~pK/um est, praeterfluente Alpheo amne. Ab hac ty;<ur et Elidae ctu~a~'Aus, teste Seruio, t)p/:eru/!< qui Pisas in Italia condiderunt (Robert Estienne, Dtc~MftartU~! p/'oprt'oyuw no~ttnu/K virorum, mu/te/m. popu/orHM. Paris, 1551, p. 400). Pisa mihi patria est, dit la nymphe Aréthuse dans Ovide, Me<a~ V, 494.

3. On vient de nommer quelques Italiens auxquels pouvait penser l'auteur. Pour l'ode horatienne en Italie, on doit rapprocher des compositions de Ronsard celles de Bernardo Tasso, le père du grand poète, dont certaines lettres datées de 1553 sont intéressantes pour le sujet. V. Cardueci, c., p. 379. Il faut noter aussi Bartolommeo del Bene, gentilhomme florentin vivant en France, que Ronsard a fort bien connu. V. Odi ~JÏV/J7 di B. del Bene, Bologne, 1900, et C. Couderc, Les poésies d'un florentin à la cour f/e France, dans le Giornalestorico della letter. t<a~. de 1891.

4. Ad P. ~nnsa/um c:un: ~oAt~e~f 7o. Aurati ode (Odes, t. I!, p. 216). Suit l'ode alcaïque du même Dorat (Ou:s ~er/co/'u/M caecus agit /'u;'o/o7tsarde.) que Ronsard a réimprimée, avec la pindarique, aux liminaires de toutes les éditions collectives de ses œuvres.

STR.

tu /)erso/iare ~ume/'os-

yue Gallicos La<ts

ANTISTR.

Remunerari haud /7~os.

7<acrue par pari reddens

./VoHa~ec<rayesey:!a/'noK!'s,

C~auNMcue clauo velut

/?e<!7?M/am ergo ye/)èr<a

.Ve:~ /<a 3

Pa~rt'a 7r!</tyenayue,

Ronsarde, <na.

\oi.HA< –7}f)n):ar~e<umant.<!m?. 4


le début, tigùre à la suite du premier recueil de Ronsard, Les yH~<? premiers ~:ures des Odes, qui est de ~88Û. La seconde .ode de Dorat parut L'année suivante dans le ToN~esH de la reine de Navarre, auquel collabora toute l'élite des poètes humanistes à côté du groupe batailleur des amis de Ronsard~. L'ode pindarique prenait donc droit de cité en France, à la même heure, sous la forme latine et la forme française. Elle allait avoir, comme on le sait, une brillante, mais courté fortune et l'on sait aussi que notre poésie lyrique, en l'abandonnant à' juste raison, a gardé cependant de l'avoir connue le goût du style soutenu et, de la grande envolée.

Pindare a toujours été considéré comme uli auteur difficile, et le xv~ siècle y trouvait assurément plus de difucuités que nous. On ne l'étudiait qu'en des textes mat nxés, l'aldine de 1S13, l'édition romaine de Calliergi et l'édition bàloise de Ceporinus, sur lesquelles on avait fait Zurich une médiocre traduction latine, enfin l'édition de Wechel, de lo35, qui comprenait seulement les Olympiques et les P_</nyues 3. Quelle que fût l'expé-

1. Le 7~o/<f&ea!; de Marf/uf't/c de Valois, reine de tY<t!'a;e, /aM pf'e/M~ement en <7:s~f/f/es ~attfMpar les trois sœurs princesses e/t An~etcy'c [Seymour', depuis t/'adutc~ef: .c, t<a/:e/: '*<a;tço<s pa~p~usteu~'scfcse.cce~~ens poëles f/c la France, at'fc<yues plusieurs odes, /fn/ies, ca~ues, épi<a/)Aes xur n~sme subject, Paris, 1551. Le traducteur grec est Dorat.. Les traducteurs français sont Nicolas Denisot, surnommé le comte d'Alsinois, [;ui a pris l'initiative de la première publication et a réuni les élémenfs de la seconde (v. sotiépître en prose, du 23 mars 1891, & Marguerite, duchesse de Berry Jacques Peletier du Mans, qui traduit aussi en itaîlen, Joachim du BeHay,J.-A. de Baffet Antoinette de Loyncs. L'ode tatine de Dorat est traduite en italien par Jacques Peletier, en francaîa par Du Bellay <'t par Baït'. Suivent les vers de Ronsard (~M <to?Kp/ta< su;' i'e ~)~s.), des vers grecs de Dorât, du médecin Jacques Goupil, de Baïf et Gérard Denisot, des vers latins de Mathieu Pacius, jurisconsulte, Satmon Maoria, Nicolas Bourbon, Claude d'Espence, Nicolas Dentsot, Dorat encore, Antoine Armand, de Marseille, Jean Tagault, Pierre des Mireurs et Charles de SainteMarthe, enfin des vers français de Ronsard encore, d'Antoinette de Loynes. de Baïf, de Jean de Morel, de Pierre des Mineurs, de G. Bouguier, angevin, de Martin Scguier. -Sur les sœurs Seymour et Nie. Denisot, v. Winifred Stephpns,3/af~a~'< o/cc, duchesse of Sat!o~Londres, i&i~, p. 323-33M.

2. Dans le même vouinleque Pindare, lAtdine donnait en édition ~nnceps CaHimaqup, Denys Périegéte et Lycophron. L'édition de Home (1815~ est princeps pour les scholies de Pindare (A. Firmin-Didot, Alde jUaMaee et /7<'M~M~M il t~usc, p. 363 et S63).

3. La traduction latine est de Lonicerus 'Zurich, iSM~ La traduction d<


rience philologique de Dorat (et nous allons voir qu'elle était grande), soyons sûrs qu'on ne lisait pas le poète thébain, dans la maison de Baïf, sans des contresens assez nombreux. Les allusions continuelles aux légendes et aux usages de la Grèce antique contribuaient à compliquer une étude, à laquelle le maître revint plus d'une fois par la suite, pour en augmenter la précision. Il est certain, d'autre part, qu'il ne mit jamais en garde les poètes qui l'entouraient contre l'abus de la métaphore, l'étrangeté ou l'exagération des comparaisons et des images, contre ce « pindarisme » 1 et cette manie de « dithyrambiser » (lui ne tarderont pas à être condamnés par les gens de sens rassis et ridiculiseront longtemps la jeune école Dorat est en partie responsable des excès du genre. Mais il sut, mieux que personne, faire sentir la force, le mouvement, la couleur des chants vénérables; et cela importa, beaucoup plus que quelques fausses directions du goût, à l'avenir de notre poésie.

Dorat lisait et commentait, à Ronsard ces quatre recueils d'odes fameuses chez les Anciens, fort peu lues par les modernes, d'une forme imprévue et entraînante, où ruisselait un flot d'images et de métaphores, où se déroulaient de rapides et brillants tableaux et se fixait en sentences majestueuses la sagesse antique. Le rôle du vrai poète, éducateur des hommes, qui sait dire la vérité aux puissants, flétrir les méchants et distribuer aux héros les palmes de l'immortalité, apparaissait au jeune homme penché sur ses livres comme le plus enviable et le plus digne d'une âme ambitieuse. Qu'était, auprès du nom laissé par Pindare, la misérable réputation viagère des rimeurs courtisans? Reproduire dans sa langue de telles beautés devint pour lui l'étude de tous ses instants. Les années qu'il consacra à ce travail, où bien des réussites heureuses font oublier les'adaptations Ph..MeIanohthon a été imprimée à Baie en 1538, l'année même oùG.Morel donnait à Paris une nouvelle édition de Pindare. La première des éditions d'Henri Estienne est de 1S60.

i. Delboulle a relevé le mot « pindarisme » chez Biaise de Vig'enère,en L'i'78; le mot « pindariser » est partout.

Le mauvais goût dérivant d'une fâcheuse compréhension du lyrisme grec a trouvé chez Estienne son premier critique, et l'un desplus sévères. Une analyse fort complète de ces idées est donnée par Louis Clément dans sou excellent livre, Henri Estienne et son <eut;e /a~'a<se, Paris, 1898, p. iC7 sqq.


moins adroites, ne furent pas fécondes pour lui seul, mais pour toute son école qu'il orienta vers la grandeur On lit peu, dans son œuvre, les longs poèmes antistrophés où il s'est astreint à décalquer le désordre apparent d'une 0~/mpzyue ou d'une FVem.ee~ne. En célébrant la victoire du comte d'Enghien à Cérisoles ou le succès de Jarnac dans son duel avec La Chastaignerave, en louangeant, pour l'honneur des lettres~et de la patrie, le roi Henri II, la reine Catherine, Madame Marguerite, sœur du Roi, le cardinal de Lorraine et le chancelier de l'Hospital, comme aussi ses amis les poètes, Ronsard abuse d'une érudition mythologique, qui intéressait jadis, aux fêtes de la Grèce, les auditeurs de son modèle, mais qui paraît souvent chez lui un pur étalage de pédantismë. Il est obscur plus qu'il n'est sublime, et la savante combinaison de ses rythmes n'a parfois d'autre mérite que celui de la difficulté vaincue. Mais l'ouvrage était vraiment neuf et d'une puissante hardiesse; le chant compliqué du poète, qu'appuyait pour l'oreille l'art de ses musiciens, a intéressé les contemporains à la fierté de sa tentative;-il a enrichi du premier coup la langue et le style sans leur faire violence trop rude son effort, qu'il n'a pas ménagé, son élan, qui vise toujours au plus haut, sa constante recherche de la pensée Ja plus noble, ont élargi le domaine de la poésie tout entière.

VI

La fortune des lettres françaises a voulu que .Ronsard rencontrât, pour l'introduire auprès des véritables maîtres de son génie, un guide incomparable, à la fois docte et enthousiaste. Dorat possédait avec puissance ce double don, qui a tant de force sur la jeunesse. Le témoignage éclatant de son plus illustre disciple, les louanges dont le siècle entier entoure son nom, ne permettent pas de douter que l'helléniste de Coqueret, plus tard professeur au Collège royal, n'ait été une manière de grand homme. Cinquante mille vers, qu'il aurait, dit-on, composés 1. Telles inventions encores te ferai-je veoir dans mes autres li-vyes, tu pourras (si les Muses me favorisent, comme j'espere) contempler de plus près les saintes conceptions de Pindare et ses_ad[mraMes inepnstances, que le tens nous avoit si longuement celées a (Préface des Odes de t~if). t'-d. Laumonier. 1.1, p. 48'


dans les trois langues 1, ont contribué à sa gloire, plutôt desservie aujourd'hui par ceux qu'il a faits en langue française. Nous avons grand'peine à comprendre qu'ils lui aient valu l'admiration générale de son temps. Mais, s'il fut un poète sans ilamme, il a su enflammer pour la poésie la meilleure jeunesse du siècle; son rôle n'est pas celui d'un simple professeur de grec, d'ailleurs fort habile; il a enseigné aussi le métier d'écrivain, avec une toute autre expérience qu un Thomas Sébilet ou qu'un Peletier du Mans. Ses meilleurs disciples reconnaissent leur dette hautement; Dorat « m'apprit la poésie )), dit Ronsard expressément s. Si les faiseurs de vers latins ou français jouent sans se lasser sur le nom de cet homme M d'or » (Auratus, aH/'eu~) 3, c'est qu'il a rendu d'immenses services à des intelligences très différentes. Hors de la Pléiade, il a formé une foule d'excellents esprits et révélé les richesses littéraires de l'antiquité grecque à tout un public, qui semblait attendre sa venue pour se passionner à ces études. Il a ainsi marqué sa place au 1. C'est Du Verdier qui donne ce nombre répété par Scaliger: « Et combien qu'il se soit entièrement adonné à faire des odes, épigrammes, hymnes et autres genres de poësies, en grec et en latin, en grand nombre, iusques a passer plus de cinquante mille vers ne cedant aucunement à ceux des anciens, il n'a laissé de poétiser en nosti'e langue. » Les poésies de Dorat sont dispersées dans un grand nombre d'ouvrages et on rencontre encore dans les manuscrits une œuvre inédite assez considérable. J'ai recueilli moi-même quelques pièces qui pourront servir à l'histoire littéraire du siècle.

2. La variété des genres où excellait Dorat faisait l'étonnement de son temps.Aux témoignages Innombrab)es des poètes surson talent, on préférera le latin non moins excessif de Denys Lambin, écrivant à Dorat dans unedédicacedesonT.uc/'èce Cumey!<fKf7t</ty/'amAos scribendos suscipis, cum l'indaro anctjn!<tA/a/'<ecer<as/ cum versus lyricos scrihis, cum eodern Pinf/a/'o, cum .S'tyno~t'f/e, S~SM'~o/'o, Alcaeo, Sapphone non sine vincendi spé con/c/:f7~e t)K/e/'t.< Cunt c~yos decantas, A/t/nner/KU/n, Ca~t/)tac/!uf?:, P/n7e<a/n si non supe/'as, at epr<e asseyuerts, jbreH/ss~no yuan: p/'oa't/nus interuallo. ~n /);7co<t'ea ludibundus componis, TAeoc/'t<o nihil concedis. Quid de tuis scriptis Latinis dicam? Cum <e ad eptyrafnnta/ascrt&e/tc/a eo~/ey's,Ca<u~u/M s/as; cum versus lyricos canis, lyram videris tractare j~o/'a<<a/tafn; cum f/ef/osama/ortos ludis, 7';&u//um e<oper<tUMe< Ouidium exprimis. Denique ?'f/c/'e.s illos in St~gru/tspo'?seox g'e/teftj&u. elahorasse et praeslitisse !)t(7e;Kt;s; le ;/nu/K tanquam et cptcum et me~tcum et ~r:cuM et <egro;'u/~ et bucolico/'u/n et epiyrammalunz scriptorem op<;n!nt a(/fntran!ur. On ne dirait pas mieux de Ronsard lui-même.

3. Une petite collection de ces pièces jouant sur le nom de Dorat, termine la première réunion de ses poésies, à la suite du recueil de Buchanan, Hâte, 't568" /o. ~!tra<<Z.e/?!0!ti{;<x /'pf/tt.(/aecorunt ~'<erart~: in ~lca~eM<a


premier rang des hommes de la Renaissance. Quand on a mesuré cette action et vérifié attentivement les titres de cette renommée, on n'est nullement tenté de sourire de la grandiloquence de Ronsard

Puissai-je entonner un vers Qui raconte a l'univers

Ton los porté sur son aile, Et combien je fu heureus Sucer le laict savoureus De ta feconde mammeHe. Sur ma langue doucement Tu mis au commencement Je ne sçai quelles merveille!), Que vulgaires je randi,

Et premier les épandi

Dans les Françaises oreilles.

Si en nies vers tu ne vois Sinon le miel de ma vois Versé pour ton los repaistre, Qui m'en oserait Masmer ? Le disciple doit aimer

Vanter et louer son maistre.. Si j'ai du bruit il n'est mien, Je le confesse estre tien, Dont la science hautaine Tout altéré me treuva

Et bien jeune m'abreuva De l'une et l'autre Fontaine

Combien de fois a-t-il repris ce thème, sur tous les tons et dans tous les rythmes Le nom de Dorat paraît à bien des pages des Odes, des Ga~/e~s, des T~/m~es, des Portes il est tantôt P.'trM:e~st p/'o/'fssof's PocnM~Kt (Marty-Laveaux, notice sur Dorât, p.Ixxuj). On y pourrait joindre l'épigramme de Claude Roillet, régent de Boncourt, de date ancienne (Ci. Roilleti Be~e/tiM uart'a poeTKa~s, Paris, 18S6, fol. 137) Aureus est aKt'mus libi, et sH;'6aps.yM&, M!ta

Aurea, Stntp!tct<ss aurea to~a <:At,

.4 ureus ergo ut s~ totus, quid itomine /'a!M

S[t'dece~<0!'aftt!s[ftSHta!!re~tr!}m?

.lu< ta <jfMe <?;' S!t< cuncta anr'e&pone, n~Ot'em

l'el feAns digno nomine redde suis.

On n'a pas oub)ié la pièce de Du Bellay ·

/l;tfa<e, Aoniae decus ca~ru~c,

Aurafe, aureolis luis <Mntoe'ns

Nobis aurea sech qui retfftOts,

La plus fameuse est celle de Ronsard lui-même dans l'ByMnf < ~*0/ dédié '( Jean Dorat, son précepteur o (éd. BI.,t. V, p. S13) Je ferois un grand tort a mes vers et à moy,

Si, en parlant de l'Or, je ne parlois de toy

Qui as le nom doré, mon Dorat,

1. C'est le premier texte des Odes (t. 1, p. 136-138).

2. V. au Ronsard de 162~, les p. 96, 136, 379, .M8, 4M, S37, 73S, 933, 1113, 1239,1373. ta33, et, pour l'ensemble dela Pléiade, l'index général de

Marty-Laveaux.


la « sirène limousine », tantôt, par une belle expression, le <' réveil de la science morte )' Lorsqu'un jour notre poète réc)ame_ses droits contre Du Bartas qu'on lui oppose, c'est à son vieux maître qu'il adresse sa protestation fameuse, d'un accent si ner

Hs ont menty. D'Aurat, ceux qui le veulent dire

Que Honsard, dont la Muse a contenté les Rois,

Soit moins que le Bartas. 2

Non moins éloquent est le sonnet du second livre des~4nt0!s sur les métamorphoses de Dorât

Ecoute, mon Aurat, la terre n'est pas digne

De pourrir en la tombe un tel corps que le tien

Tu fus en ton vivant des Muses le soustien,

Ht pource après ta mort tu deviendras un cv~ne. 3

A l'admiration reconnaissante du grand écolier s'associent avec Du Bellay et Baïf tous les poètes français et latins, leurs biographes et leurs commentateurs. Remi Belleau rappelle que par le labeur de Dorat « se sont polis mille gentils esprits à la cognoissance des lettres, ayant esté un des premiers qui a soigneusement recueilh- les cendres de la venerable antiquité ')' Pour Binet, Dorat est « la source de tous nos poètes » 5; pour L Ed. B! t. t, p. 50. Odes, t. M, p. 200.

2. Hd. BI., t. V, p. 348. C'est à cette occasion que Ronsard adresse à Dorât la formule de g'out si souvent citée

Xy trop haut, ny trop bas. c'est te souverain sty)e:

Tel fut cetuv d'Hnmereet cetuy de Virgile.

3. Ro4and Betolaud, limousin, a traduit le sonnet en vers latins (Delit. C. poel. (/.t~ t. III, p. 50C).

4. Commentaire du &'eco~f/ ~t'cre des Amours, éd. de 1623, p. 136. Le mcme texte se retrouve dans Les B'p!<e;! f/e .~[aur;ce] de la Por~eusrtsien, Paris, 1S80, t'o). 39 v" (prem. éd.' en 1571, étudiée parA. Lefranc, dans ta H't~e du ,t'= siècle de 19t~, p. t-S Voici les « épithètes H appliquées ;) Dorat par ce curieux répertoire alphabétique « Truchement d'Homère. divin, allégoriste, interprète des Muses, fils d'Apollon, poëte grec. » Kd. Laumonier, p. '.). On trouve d'intéressants vers de Binet a Dorat, dans son recueil L'. Pc<o/t;f -i.rj&;7/'t t/emyue a<t'o;'UM f/f/ort~r/~m t'p<fruM A'/)/yrafMMa~a /)ac~~u.s non edila, Poitiers, 1579, p. 38

Illa sidera quae tibi tnmdejbant,

Re~ato~ue tuo, meo <uoque

Ronsardo.


Thevet, le « père de toute la troupe » Edouard Du Monin l'appelle « l'Homérique Lucine des François Étienne Tabourot dit que de lui, « comme d'un cheval Troyen, sont sortis des meilleurs esprits de notre France » 3. Le mot sera repris par Guillaume Colletet, héritier des traditions de la Pléiade, quand, après avoir nommé Dorât « le docte fleuve. qui abreuva les François des nouvelles eaux de Castalie )), il énumëre « une infinité d'excellons esprits qui sortirent si savans de son école, comme les héros sortoient autrefois de cette machine si fatale à Troye » Du Verdier constate que Dorat, « le plus rare et subtil esprit de notre siècle '), < a mis le filet et l'aiguille en main. a nos principaux poëtes françois, si bien que l'honneur du principal enrichissement de nostre langue luy en est deu j) °. Jacques-Auguste de Thou fait dans son noble~ style d'historien humaniste l'éloge d'un grand homme qu'il a fréquenté avec admiration dans sa jeunesse et par qui il a connu Ronsard et ce qui restait de la Pléiade Enfin, les poètes quise servent du latin multiplient à leur tour les hommages adressés au plus illustre de leurs confrères

A;i7'a<t!m a quo uno vatum, ceu /bn~~eren?u',

GaHoram Aonia ~a/)ra r~an~ura~Ha~.

L'auteur du chapitre plein d'érudition et de goût, « De la grande flotte de Poëtes que produisit le règne du Roy Henry deuxiesme 1. La Cosmographie universelle d'André Thevet, Paris, i87o, tom~ II, fol. 643.

2. Vers liminaires de l'édition des Poematia.

3. Les Bigarrures du seigneur des Accordz, Paris, i583,fol.'96 v°. 4. Vie de Dorat inédite (Biblioth. nat., Nouv. acy. /)- 3073, fol. i6â). S. Bt/~to~/ieyuc françoise, t. IV, p. 404. Lés surnoms hyperboliques ~nc coûtent, ~ufre aux admirateurs après « Pindare grec-latin », on trouve « Homère gaulois M, ce qui est beaucoup. Cf. Antoine du Verdier, ~'M'sopoyrap/)f<Lyon,1604,t.ni,p.2371,2a75. G. « Poetica facultate imprimis excelluit, in qua, ut alii ipso docente muttumproficerent, sedula foelicitate effecit; siquidem ex eius aula prodierunt cum multa praeclara fere huius saeculi lumina, tumrarum illudo~namentum, Petrus Ronsardus, qui Aurato quicquid in ipso ingenii, quicquid poetici spiritus erat (fuit autem in eo tantum, quantum in uHcpostfelicia illa Augusti tempora) tanquam praeceptoris suo g~'atusdisoipulus acceptum referebat » (Hist. sui temporis, s. a. 1S89. Ed. de. i6SO, t. IV, p. 266).. 7. Scaeuolae Sammar<Aafn co/M. reg. et ae/'art: apud Pictorzes antigraphei. Paris, F. More!, 1S7~, fol. 6t Y" (Ad JLe/Kou~c'?s~.


Ce que Pasquier dit pour les poètes, Muret l'affirme pour les érudits. Écrivant de Rome à Fédéric Morel le fils, il apprécie dans son vieil âge les hommes de sa jeunesse et désigne celui qui les domine dans ses souvenirs: « Saluta mihi diligenter illa ornamenta Galliae, Auratum meum, omnium eruditorum magistrum, omnis eruditionis parentem. Patiantur, quaeso, alii opibus et honoribus florentiores eum sibi in hac recensione anteponi, cum praesertim plerique ipsorum ex ipsius schola prodierint » 4. t. 1~'épigraphe de Pasquier s'applique à merveille, non seulement à la médaille de Primavera et aux portraits gravés par J. Granthome et Léonard Gaultier, mais aussi à un crayon inédit, beaucoup plus intéressant, que j'ai retrouvé au Cabinet des Estampes (N. A. 21 a, fol. 173) et qui est publié dans cet ouvrage.

2. Cette forme latine du nom de Du Bellay est inattendue. 3. Les OEucres d'Estienne Pasquier, t. I, col. 1131. Il est remarquable que Pasquier ne nomme pas Dorat dans le chapitre des Recherches de la France consacré à la Pléiade. Il le cite seulement parmi les professeurs de grec, au chapitre sur le Collège royal. Cf. OEuvres, t. I, col. 701, 927 et 1149. Dorat et Pasquier ont collaboré pour un « tombeau H d'Elisabeth de France, reine d'Espagne (Paris, R. Estienne, 1569).

et de la nouvelle forme de Poësie par eux introduite », Étienne Pasquier, a exprimé mieux que d'autres le sentiment unanime, dans une épigramme catullienne qui débute par un intéressant portrait physique 1

Auratus meus ille quem videtis

Macro corpore, languido, aus:o.

leiuna maete et cadauerosa,

Sed coelesti ayn~o integraque mente, 7"an<o prae reliquis Poëta maior,

Quanta corpore na<H~ est ~unort.

Ta~ ~c:/ ~cytAere Graece, ut ipsae /l<Aen<!e Non possint magis Atticam re/erre 7am mirus La<tt irtifex leporis,

Ut ipsum StAt vendicent La<tK<.

(~mn et protulit eius officina

TPoftsardu/nyuey/'aHeyn-Be~Hynyue mollem Qualeis Gallia vidit ante nullos.

Quantus ergo sit hinc licet videre: ~cr:Z)un.< carmina caeteri poetae,

~ummo~'a< facit u~us hic poetas 3.

4. Nolhac, Lettres inédites de .Mn/'e<, dans M~a~yM Charles Graux, Paris, )884, p. 398.


Ces témoignages remplissent les livres du temps Poètes et humanistes multiplient envers Doratrexpressiondeleur gratitude. Sila méthode de cet enseignementrestepournous un peu incertaine, l'efficacité n'en fut pas douteuse. L'auditoire du collège de Coqueret, qui suivit plus tard le maître au Collège royal, où il professa à partir de 1559, a compté tout ce qui s'intéressait aux « bonnes lettres » dans le Paris d'Henri II et de Charles IX. Les étrang'ers trouvaient en lui l'égal des professeurs italiens qui avaient formé les générations précédentes et peuplé FEurope de leurs élèves, comme le faisaient encore un Carlo Sigonio à Bologne, un PIer Vettori à Florence Les Français, qui tiraient orgueil de voir cette belle tradition transportée chez eux par la fondation du Collège de François I* savaient apprécier la part brillante qu'y prenait Dorat. Celui-ci exagérait à peine, quand il montrait son public recruté dans l'Europe entière:

..Et /)p7' <~ct~H~M yno~ Gallia noueril ipsa

~t'TTtt'c doctos graece doctosque latine,

Perque alios a~:s docui quos semper ah <~Ws

Gf/'man:'s, /~a~M, 5'co/t'otS, par~er~ue ~7'~a?tf:M,

l~~c adeo Graec~' yraeca /y!cy'e/)e~t<&M H~ro~.

C'est bien l'auditoire magnifique qu'immortalise Ronsard, quand il chante à son ami:

Combien ta douce merveille

KmmonceHe par milliers

1. On étudiera plus loin i'Hnseîg'nement de Dorat et sa valeur philolo~iquc. Les témoignages utilises jusqu'à présent sont groupés par Chamard, Du Bellay, p. 43-84, Augé-Chiquet, La vie Je Bat' p. 30-42,Laumonier, ~f!sar</ poète Lyrique, p.47-85, et édition de Binet, p. 93-105, Longnon, P. de Ronsard, p. 176-186. Mark Patisson a bien entrevu le rôle de Dorat, dans sesA'ssa.t/8, Oxford, 1889, t. I, p. 206-S09.

2. J'ai publié des lettres de ces deux célèbres personnages d~Bs les Studi f/ocM/n~/t f/; ~'<o7'M e .DM-tMo de Rome, année 1889. Le second seul est en rotation avec notre groupe littéraire. Marc-Antoine de Muret, dès qu'il se rend en Italie, est en rapports suivis avec Piero Vetton.HenriEstiennetqui passe à Florence au mois de mai 185! communique a ce grand philologue une ode de son recueil d'Anacréon encore Inédit, annqu'iiputsse juger de l'intérêt de son édition, attendue avec impatience par les poètes de Paris; t'aunée suivante, il lui dédie son édition de Denys d'Halicarnasse. 3. /oaM;'s ~Hra<<pORma<M, part. 1, p..S05, répété?. 321 (à Nicolas Moreau, seigneur d'Autcui)'. 1.


Un grand peuple d'écoliers Que tu tires par ForeHIe~.

Au pied de cette chaire illustre, des conseillers au Parlement, des seigneurs de la Cour se mêlent aux écoliers de l'Université. L'amour des lettres les réunit autour d'un maître qui ne vit que pour elles. Ce petit homme, maigre, pâle, aux traits durs de paysan limousin, s'anime, dès qu'il parle, d'un feu extraordinaire L'éloquence lui est naturelle il traduit d'un seul jet, illuminant les textes par des rapprochements que lui fournit en foule une abondante mémoire, invoquant tour à tour les modernes et les anciens dans une improvisation entraînante. Il a le regard ouvert sur beaucoup d'horizons: lié comme Ronsard avec des artistes, il versifie sur la peinture et sait goûter un objet d'art 3. t. Odes, t. I, p. 128.

2. V.l'épigramme citée de Pasquier et l'éloge de Papire Masson « Homerum, Pindarum, Lycophronem, et caetera Graeciae lumina interpretabatur, magna industria etfacilitatedieendi,tametsivultusubrust[coetinsuaui erat » (B/oy;'a, éd. Balesdens, Paris, 1638, t. II, p. 288).

n recommande le peintre Jean Rabelle et la requête à Séguier d'un artiste ami, qui est peut-être le même peintre (Poematia, p. 105; 2" part., p. 31). 11 a composé un petit poème sur un tableau de Lucas de Leyde: ln <a~u/afK caeci t~t/nt:M<: a Luca Balauo (Ypptc~am (dans Robiquet, Df 1. .-lura/t vita, p. 130). La part de Dorat dans les divertissements de la Cour, les solennités, les « entrées M, lorsqu'il fut devenu « poète royal », le mit en relations avec beaucoup d'artistes employés aux décorations. Il s'est occupé avec eux de la mise en scène du ballet des nymphes de France, a l'entrée du roi de Pologne par la porte Saint-Antoine, en 1ST3, dpnt ta description, avec des gravures de l'école de Jean Cousin, accompagne une de ses publications. On relèverait dans ses œuvres, comme dans celles de Ronsard, plus d'une allusion intéressante aux choses de l'art. Voir, par exemple, en ~1581, son L'an< nuptial sur /f «)ar:agrf de .t/e, ~!c f7~ ./ove';se, e< A/arM t/e~o/v'atne, où après avoir cité la contribution aux fêtes apportée par « Desportes le doux et Baffle nombreux )' (ytume/'t's al)lus) et les n cartels x de Ronsard, « le père aisné des deux (Loyt'a grandisonus Ronsardus //ufMt/ta ~yuMs), il évoque l'ouvrage des artistes la Montiosieu dcssei~ne un pourtrait plus qu'humain

Qu'on diroit avoir peint d'Archimede (sic) la main,

Et non des Poètes seuls, mais toute l'excellence

Des plus industrieux artisans de la France.

Pilon, qui ne craindroit un Scopas en sculpture,

Et Charou. qui deffie un Apelle en peinture,

Commandant l'un et l'autre à g'rand nombre d'ouvriers

Qui travaillant soubz eux.

(Poe~ta~a, p. 263; le latin qui est à la p. 2S3, fournit la correction Apelle). La suite du poème décrit les scènes mythologiques peintes en l'honneur d'Henri III sur deux arcs de triomphe.)


Prompt à animer son sujet, il peut le renouveler sans cesse. Quoique le grec soit sa langue préférée, qu'il aime à employer même dans la conversation il lui arrive d'interrompre l'étude de sa littérature favorite, pour s'attacher aux poètes de Rome et varier l'intérêt de ses leçons' On ne verra pas de longtemps, au Collège royal ni ailleurs, un pareil éveilleur d'esprits. Les jeunes poètes à qui il offre des modèles se sentent en confiance avec lui. Malgré l'aspect maladif de son visage et la tension intellectuelle que lui imposent ses travaux, il annonce déjà le joyeux compère, à la main cordiale, à la gauloise gaité, qu'épanouira sa verte vieillesse ~;alors, plus fortuné qu'au temps de Coqueret, il pourra tenir table ouverte pour ses amis, dans sa maison du faubourg Saint-Victor, « séjour des Muses H A l'époque que nous étudions, et qui est celle de sa plus étroite intimité avec Ronsard, I)orat se récrée au cabaret avec la jeunesse écolière. Il est aussi des parties plus fines qui s'organisent à la campagne, à Villennes ou à Médan, chez l'aimable conseiller Jean Brinon, quelquefois en la présence de sa maîtresse, la 1. Un des meilleurs élèves étrangers de Dorat, le hollandais Guillaume Canter, termine ainsi une lettre écrite à Muret de Francfort, en 1S64 « Bene vate, vir doctissime, et eum te a nobis haberi erede, ut quod aliquando de nobis Auratus, eoudiseipulorum comparatione, ludens di.ceresolebat, id merito tibi doctorum omnium respectu tribuamus. Quid lioc ? inquies ro: B' &xpft xopu~oBnt Tm Moup~iM. » ~Muye<: opera, éd. Ruhnken, t. I, p. 464.) 2. Outre les témoignages mentionnés ici même, voici cetui~d'un étudiant, Clovis Hesteau, secrétaire de la Chambre du Roi, qui rappelle « aucuns poëtes tant grecs et latins ouïs sous Monsieur d'Aurat, mon précepteur (Les a?<es poe~KjruM de Clovis Hesteau, SM~r de ~VKyMMe/ Paris, i5T8, fol. 2 v°).. 3. Ab accessu quotidiano neminem arcebat, urbanos interdum sales et iocos spargens, lautisque et oppipariis conululis nonnunquam exciptens, viridemque senectam garrula dicacitate ostentans et nonnunquam parcus; quod existimaret poeticonomine indignos quicunquenimium frugiessevellent. » (Papire Masson, ~o~to/'u~pars pru~a, Paris, 1690, p. 288). 4. Plusieurs de ses ouvrages portent l'indication « Chez l'auteur, hors la porte Saint-Victor, à l'enseigne de la Fontaine N (Marty-Laveaux, ~Vo~tcc sur Dorat, p. xxviij). La maison, qu'il partagea en 1567 avec son gendre Nicolas Goulu, avait un jardin et était disposée pour recevoir des écoliers. Cf. Poematia, Impart., p. 230

In ~MarceMmo, quo nt0!t<e ~aXa~fMT' nrAt's

Pars non est, domus his empla diMjbas erat,

.Mmaram sea'es, Jfus's et amantibus [pMx

~osp!'<ae<!trJ')a!tMCOmmcd'3dMCtps~[!!


belle Sidère A une réunion du premier janvier, il apporte en -étrennes au châtelain un charmant poème, contant comment la nymphe Villanis fut métaphorsée en une source qu'il veut rendre aussi fameuse que la fontaine Bandusie et il se fait acclamer à table en le recitant, par la troupe des poètes que mène chez Brinon l'auteur des Amours, en attendant qu'un autre jour l'on applaudisse Baïf créant à son tour le mythe de la nymphe Médanis' Vers la fin des joyeux repas, à l'heure des hymnes bachiques, Dorat n'est point le dernier à chanter « le père LyaeanM, d'une voix qu'il a fort belle et qu'il accompagnelui-même sur le luth. Il dëclame aussi le vers tragique, et l'un de ses auditeurs le Tnontre entouré du groupe ~qui l'applaudit, par un beau jour d'été, au bord de la Seine:

Spectate multis carm:ntA:M tucro Pridem hicorni: seu Lyricis modos A~<are neruis, seu cadenteis

~ar<e duces tragicis cruento

7un:'<co<Au7'nM/~ere, s<e<t< rapax La<e sopitis Sequana fluctihus, MoMt~He inhaerenteis querelas A''aia</e.! obstupuere ripae:

0 te canentem dum licuit, Lyrae Aurate Graiae e Romuleae decus, Audire 3.

Le vrai Dorat des poètes, le compagnon de leurjs amusements l.PoeMa<t'a, p. 173-184: ·

.Sa<t!na<f<f0 lepore munux Ianiis Brino colit colalque villam 0!!od7arn'fOCu<artJ')u.!Ca~eftdt. Aeternum precor; et viros disertos /~<er vina poëticasque mensas 7Muc ducere saepe rusticatum yo~(rts<trect<e<r!)tcororta. Sueuit.

Sur l'élégie grecque et latine de Baïf, MedaMM,v.Aug'é-Chiquet,p. 50, 2i0, 483. V. aussi, dans le Bulletin du Bibliophile de d849, p. 12, le Voyage de plusieurs poëtes à M~c/a/t chez Jean Brinon, conseiller au Parlement, seiyneur de Villaines et de Médan, et le « tombeau que je signale plus loin aux bibliographes.

3. L. jP/'ancMet Duca<« T'eceMStspy'ae<udMrum~&.7/Ac/ virum ill. Ianum jBr~to/te~, Paris, 1554 (fol. 31). Le Duchat donne les mêmes détails dans ses vers à la nymphe Villanis (Fonli Brinonio), à laquelle Dorat a consacré tout un poème

Aspice ut hinc sacra iucunda umbracula lauru

AHra<uspt!<c/trM:n.ers< ordinibus,

Auratfts Graiae decus Ausotttaeqiie Cantoeftse,

.S<<p;t<sa< C//</taram,.s'e<; Traqico ore tonat.


comme de leur labeur, Ronsard nous le fait connaître, en.ce pittoresque récit de 1S49, si nouveau dans ta littérature française, intitulé Les jBctcc/tana~cs ou le /b~as~MS!?K<'ï)0!/sye d".He;'cHe~pr<M 7-'a/'t.s', dédié a ~a j''o,euse ~'ou/~e de ses cû/~atgrKons~ On va voir que tout n'a pas été dit sur cette page fameuse d'histoire littéraire. Partis de l'Université avant l'aurore, en portant sur leurs épaules les provisions et le vin, les jeunes gens et leur maître sont venus faire, auprès de la fontaine d'Arcueil, le plus gai des repas sur l'herbe. Il y a eu mille folies innocentes, que le poète note d'un trait sûr en y mêlant sans lourdeur une mythologie scolaire assez amusante. Ces joyeuses parties sont de tous les temps, les futurs grands poètes ayant l'usage d'aller déclamer leurs vers dans la banlieue et d'y annoncer leur gloire; mais la note du siècte est donnée ici par la présence de l'humaniste, qui ajoute au plaisir de ses écoliers le régal d'une'ode nouvelle en beau latin. C'est l'heure où l'on songe à regagner la ville, et l'étoile Vesper commence a briller. Dorât va dire les vers que le site et la promenade lui ont inspirés. Du Bellay, Baïf, Denisot, le médecin Des Mireurs. Ligneris, Bergier et les autres l'entourent, et Ronsat'd réclame le silence pour ce moment solennel dela journée 1

)o compains n'ovez-vous

De Dora )a voix sucrée"

Qui recrée

Tout le ciel d'un chant &idouix? lo Io qu'on s'avance;

H commence

Rncore à former ses chants, Célébrant eft L'ot'a' ~o?nai?te La fontaine

Et tous les Dieux de ces champs. Prestons doncq à ses merveilles Nos aureilles:

L'entusiasme limousin

Ne lui permet de rien dire Sur sa lyre

Qui ne sail'divin, divin. Quand je l'entens, il me semble Que l'on m'emble

1. Sous sa forme primitive, ce petit poème est un chef-d ceuvre de g'râce, d'esprit et d'habileté rythmique mais il a été mutilé et réduit par Ronsard lui-même, à partir de l'édition collective de 1860, ou it prend pour titre Le f'j'/aye d'crcuf't/, et surtout de l'édition de 1SM. Il faut savoir gré & P. Blanchemain, puis à Ad. Van Rêver, d'avoir réimprimé le. texte original, ce dernier à la suite de son édition du Livret Je folastries, Paris, 1907, p. i37-tC3. Il est a la p. 214 des --tm<ws de t852, et à la p. 126 du Cwyu&SMtc ~w' (/ps Odes de 15S3, et ne compte pas moins de 107 strophes. 2. l.a correction sac/e apportée par les réimpressions modernes estinutHc; l'expression uo:'a' Sucrée, équivalente ame~a t'oa*j est d'usag'e oottrant t dans la Pléiade.


Mon esprit d'un rapt soudain, TeLe grâce

Ht que loing du peuple j'erre Se distile de son miel Sous la terre Et de sa voix Limousine

Avec l'ame du Thebain, Vrayment digne Avecques l'ame d'Horace D'estreSerene du ciel*. N aimerait-on point posséder le poème qui a mis Ronsard et ses compagnons dans une telle exaltation lyrique? Il est tout au long dans les recueils de Dorat, où l'on a oublié de le chercher L'humaniste paraît avoir composé son ode dans la journée, en face d'un paysage qu'il y a nettement décrit. Il égrène tout un chapelet de mythes grecs en l'honneur de la fontaine populaire, ou les jeunes gens, en ce brûlant jour d'été, n'ont vu qu'un endroit commode pour rafraîchir les bouteilles. Il évoque les souvenirs du vieux terroir parisien devant les deux arches à demi ruinées de l'aqueduc construit, disait-on, par l'empereur Julien si ces arches ne sont pas l'origine du nom d'Arcueil, il veut le rattacher à celui d'Hercule, venu en Gaule après avoir accompli des travaux en Ibérie et dont ~a mémoire est demeurée dans la fable de « l'Hercule gaulois ». La double éminence, que couronnent des maisons de campagne de bourgeois de Paris, rappelle au poète la double cime du mont Parnasse, et la source est pareille a celle d'HippocrènejaHIie sous le sabot de Pégase; quant au vallon où se réunissent nos poètes, il est digne d'être comparé a ces lieux illustres, puisqu'on y célèbre aussi le culte des Muses, d'Apollon et de Bacchus. Toutes ces allusions, familières aux auditeurs de Dorât, s'insèrent avec aisance dans la pure forme horatienne. mêlées à des observations de nature

i. Strophes 96 à 101 du texte original (éd. Bi., t. VI, p. 375. Cf. l'éd. Van Rêver, p. 161-162).

2. Il est imprimé d'abord aux p. 374-376 de la Farrago /)oeMa.<um de l.tCO. recueillie par Léger du Chesne et citée plus haut, p. 16 il est réimprimé par les soins d'L'ytennove dans Ioannis ~4ura<: Leinouicensis /'('< /tteca;'u/t: /t«f;a;'u/ft t~ ~IfaJeMta ~'a/'ts<e/!St pro/M~oy'tS foe/Ma<{a, partie des ~a/'<u/7/t<p'«'/<ta<u/K Silua, de Baie, p. 155-157; enfin dans la partie des Pue/Ma<t;: puhMéspar Linocier en 1586, p. 194-197. Je cite le texte le plus ancien.

3. Les restes de l'aqueduc d'Arcueil étaient encore souvent dessinés par nos peintres du xviii~ siècle.


.1</ /b~e/M ~4/'cu~/ siue //eycu~ ~agrt ayro Parisino ~Lu/'a~ Carmen.

0 fons trculij ~</erepn?'tor,

~1 es <u M marmoreo frigore qui domas, Quamuis arua /Hrens Erigones canis jLeM~ excoquat :6rntj6us/

Seu tu nomen Aaj6e.f areuhus a tuis, QoorHfK relliquiae semirutae patent Moles, quae geminis nunc yHoyaecorKt&as /ncHMAn~t< geminae tibi

~ayn.t /brsart opus regis apostalae, OHt\ missus Latij finihus, aduena

Sedes hic posuit, iugera Gallici

Fr;'ftce~s multa tenens soli

Seu /bt's ~rra~a <t&t causa vetustior

Iluius nominis est, atque ~f&eyt<:HS ~Mc~M ~fercs~tf fons et ouans te:

Crescis laudibus /~ereu/M.'

/Va~ /a/na est et in haec c~amye/'um loca ~It/HenMsejaatt'em, siue tricorporis Cunt monstri domitor gente ah lherica Viclorem retulit pedem,

Seu tune ~M/jertt/um cum decus au ferens Syluis ac~re~am, dilihus aurei

~a/; pon.cfer~Hs tardus, Atlanticis Vtj' undis capH< extulit.

//[ftc Grans etiam Gallicus Rey'cu~es A'b<us, CNtHS erat forma catenula

Aures quae traheret pensilis aurea

~u~tora~or~

~'ofM tu no~~tum gloria fontium,

Quotquot ~Va!'a</u m ~eyaa~:f/H~ sacra Semper voce sonant, semper amabili A~/m~Aarum strepitant choro.

~Vec te vincat honos /antayse gurgitis Quem pendentis ff/m /)y'o<aH< uncru~a,' ~tc le celsus et hinc claudit et /umo duplex.' VmAo s~ue~~ts ayyerM,

). Ronsard a parlé plusieurs fois de la fable de l'Hercule gaulois. J'allège

-_· _i_ r,i 1 À a__ r_ _"ry-

ici l'ode de quatre strophes où Dorat s'égare à parler des Colonnes d'Hercu)f. n pnopos des deux émineneesdu site d'Arcueil.


/fM<ay montis, a~Ha.~ qui qemini <ecrt< Vm/)ra verticis et Pegasidum ~e/nu~; //aec .PAaej5o sacer, haec non s~u~a<!&u.! Vnquam Bacche carens luis.

<Suft< hic et sua Baccho et sua Apollini Con~~ec/'a~a loca; est numinibus suis Non indigna quies, seu ~emuM soli, Artem siue crHM exigat,

77tnc Blandina patent lecta sa/ac:At:~ Gratas in /a<e&ras Capripedum iocis, Lasciuique yrecrts qui 6'eyu:<ur Deum Cui colles virides placent.

Illinc Aon:c/UM lusibus et pa<r! ~aeZ)0 cara domus ~<s< Seguieria, ~VoK aduersa viris nuyKen.a7Han<:Aus Et Musarum et Ajoo~t'n:'s

Tu dum nostra tuo flumine temperas ~'a'~tcca~e~ajDtM Docs~apa<!j6us 3, ~Vo.f circum vada, circum lalices <fzo~' Ras laudes canimus ~:j6t.

De cette description des lieux et de cette évocation des légendes Ronsard garde, bien éntendu, les Naïades et les faunes « frontcornus », mais aussi quelques traits précis

lô.jevoytavaiïée C'est toy, Hercueil, qui encores AvaMée Portes ores

Entre deux tertres bossus, D'Hercule l'antique nom, Et le double arc, qui emmure Qui consacra la memoire Le murmure De ta gloire

De deux ruisselets moussus. Aux labeurs de son renom i. Les mots Blandina <ec<a désignent une chapelle dédiée à sainte Blandine plutôt qu'une ferme ou une maison de campagne.

2. Il s'agit sans doute d'une maison du lieutenant-civil Pierre Séguier, à qui Dorat adressa plus d'une fois des requêtes en vers latins. 3. Cf. la strophe 92 des Bacc/:aMa~es

Que l'on charge toute pleine

La fontaine

De g'ros flacons surnoüans.

4. Strophes 78 à 80 (éd. Laumonier, t. V, p. 221-222 éd. BI., t. VI, p. 372. Cf. l'éd. Van Bever, p. 1S7). Henri Longnon a bien parlé (p. 2-tl sqq.)des promenades de la Brigade aux environs de Paris.

XomAC.– /<0ttsar(/ et f//u;f[;t~tsme. 5


Le sentiment de la nature qui déborde dans la poésie de Ronsard n'était point étranger à l'âme de son maître. Ils ont, l'un et l'autre, une façon horatienne de l'exprimer qui n'exclut point 1 émotion directe. Comme pour Ronsard le pays du Loir, la campagne parisienne vaut pour Dorat celle de Tibur. Après les joyeuses parties d'Arcueil viennent les excursions paisibles, au côté d'un ami, la poche bourrée de livres, de ceux qu'on choisit pour lire aux champs. Baïf, qui accompagne souvent Dorât, le peint sur les chemins rustiques, s'arrêtant pour assister a la danse des pastourelles et s'amusant à voir le « bestial H lever '< leurs mufles » à son passage. Ce petit tableau de « champestres délices ') se colore un peu comme ceux du grand Vendômois

Nous allons pourmener tous deux Alentour de ces prés herbeux

Où paissent les vaches penchantes L'herbe lentement arrachantes,

Tandis que les gais pastoureaux

Font retentir leurs chalumeaux.

Et pour mieux les heures séduire Nous avons coustume de lire

Ou les vers qu'Ovide a sonnez,

Ou ceux qu'Horace a façonnez,

Ou les raillardes chansonnettes

Que le Syracusain a failles,

Ou du Berger Latin les chants

Qui monstrentle labour des champs. Tantostmussez dans un bocage,Tantost le long d'un frais rivage Sous l'ombre palle aux saules vers, Nous pourpensons quelques beaux vers. i

L'intimité qui résultait de ces promenades, comme l'enthousiasme littéraire qui régnait dans les réunions plus nombreuses, créait, entre le maître et les étudiants une familiarité charmante. Vivant parmi les jeunes gens, Dorat conservait leur confiance. 1. Ce petit poème des Passetems est envoyé à Henri Estienne, à qui agrée le bruit de Paris ». Il commence par une description des rues de la capitale, aussi réaliste que la satire d'Horace sur les embarras de Rome, que H'uf transpose éd. Marty-Laveaux, t. IV, p. 41'7-4i9).


S'il conseillait leurs travaux, il ne s'intéressait pas moins aux incidents de leur carrière. Voici, par exemple, que Charles Uytenhove, protégé de Ronsard et de Du Bellay, qui habite chez Jean de Morel et dirige l'éducation de ses enfants, est tombé malade à l'automne et a dû manquer au Collège royal de belles leçons sur Sophocle. Comme il ne s'en console point, Doratcompose affectueusement pour le distraire un fort joli poème, écrit au courant de la plume, où passent les images de l'aimable foyer de Morel, des vendanges à la campagne, faites par des écolières gracieuses et par leur mère, et aussi le souvenir des travaux littéraires interrompus

~t'jDaaca ~ey{'permt'«t'< carmina /no/'A<

A'u/~c licet /iu/'a/t carmina pauca legas,

Carmina missa <m /norA: lenire dolorem,

.Van! /?<t7;t de mor&o maxima cura tuo est.

./Von quia discipulo mea nu~c sit ra/'t'or uno

?'u/'Aa Sophocleis e~Hf/teM~a ynoc~M

/7~u~ e/'as /?nA: tu .y~'e'/M ~!f!Hme/'aÂ:7M instar,

7~6 schola semper erat nostra /eyueK<ë/reyHeyM.

~/<e:iAom/ta mihi pro mu~M aurtAt~' a!iy~,

/~{cu~ L'tenhouus densa corona /at<.

~Vunc quoque, cum solita circunder ~~eAe meorurn,

Solus te videor (/e/;c;'eyt/e /K!~<

Quod si te t;tco/u~eM rursus schola nostra videhit,

Qnae sine le vasta est pene videnda sibi,

Bina Deo tnsc/)ay?!, cu:no~<ra 7Yayoe~:aserm<

/unc<a Sophocleis carmina carmt'nt'Au.

Bacchus amat Sophoclem.

Les jeunes poètes tenaient la première place dans l'auditoire de Dorat, qui semblait parfois parler pour eux seuls. Ils bénéficiaient, dès leur entrée dans la vie des lettres, d'une pleine initiation à l'Antiquité, qui avait manqué à leurs aînés. Plus d'un suivait les « lectures » avec l'ardeur passionnée qu'on raconte de Ronsard

Ut iam tum Graecarum artium clesiderio nag'rabat. ut pendebat 1. La pièce, datée de 1558, non reproduite dans les l'oematia, est à la suite du recueil de Buchanan, p. -166. Uytenhove parait avoir été l'éditeur de ce recueil, où tout ce qui rcg'arde ses élèves et ses propres travaux est mis en lumière.


ab ore doctoris, cum hic Delius Auratus Aeschylum, Pindarum, .Musaeum, Hesiodum, hostes antea et barbaros i, primum Galliae donabat, quos ille tum sic auide arripuit, quasi diuturnan') sitim explere cupiens! .0 felicem tanto doctore discipulum obeatum tali discipulo doctorem Ah, quid dixi tali discipulo? imo talibus discipulis. Le biographe latin enfle encore son style et applique une légende antique du temple de Jupiter Capitolin au modeste collège de Coqueret, orné pour enseigne, comme il nous l'apprend, d'une tête de saint Jean « décollé »

Te iam appetio, Iohannes Aurate, dicere solebas Petrum Ronsardum Gallicum fore Homerum. Doctoris dictum sapiens discipuli solertia comprobauit. Etenim si caput humanum, quod iuuentum est cum templi Jouis iaciebantur fundamenta, designauit fore ut Roma imperii atque adeo totius orbis :caput entihent.tus appareret, Diui Johannis caput, insigne quod appenderas tuis aedibus, quid aliud (quaeso) portendebat, nisi te, qui hoc insigne sustuleras, et eos, qui sub tuo vexillo in illis castris Palladis militabant, fore quondam Galliae capita, Republicae literariae decus et ornanientum ? C'était l'honneur de Dorat de conserver parmi ses élevés celui qu'il saluait avec toute l'école comme le chef de la poésie nouvelle et plus d'un étudiant, qui a parlé de ces leçons, a rappelé avec fierté la présence d'un aussi glorieux condisciple. Ceux qui vinrent plus tard s'enorgueillirent de s'asseoir sur des bancs qui avaient vu les deux plus grands poètes français, Ronsard et Du Bellay, recevoir le même enseignement. Parmi divers témoignages, celui de l'angevin Jean Le Masle, dont la forme est assez bien venue, est assurément un des plus oubliés

Scavant Dorât qui fais de ta plume dorée

D'excellens et beaux vers tant Latins que Gregeois

Et qui as d'ignorance icy l'ame tirée

De plusieurs auditeurs par ta diserte voix

Je croy qu'il n'y a point de poete François

Escrivant aujourd'huy d'une ancre de durée,

Qui ne tienne de toy et qui n'ait autrefois

Cueilli les mots dorez de ta bouche sucrée.

1. Le mot Aay'&arUi! est pris ici au sens d'étranger.

2. fc<{ ~o/tsay-dt. ~am.faf'to~un~&rK! a<7Z. <3aHa,/t</tu/M. 2aeo/)us VH<<ar~ Paris, tM6, f. î-7 V.


lionsard, qui le premier pindarisa en France,

(Duquel l'esprit gentil tous les autres devance)

Avecques du-Bellay tes propos doucereux

Ouyrent à Paris aussi, de mes oreilles,

Au lieu mesme ay gousté tes douceurs non pareilles,

Heur duquel entre tous je me repute heureux

VII

On peut chercher à connaître quelle était la méthode d'enseignement de Jean Dorat et quelles habitudes d'esprit la dirigeaient. Voici, un certain nombre d'observations groupées sur cet obscur sujet, et qui permettent de l'éclaircir; on y verra, au moins dans une certaine mesure, quelles différences et quelles analogies cet enseignement a pu présenter avec celui qui fut en usage à d'autres époques.

Professant avant tout pour des poètes ou des amis de la poésie, c'est Homère que Dorat a étudié le plus souvent et les cours qu'il lui a consacrés ont laissé, chez ceux qui les ont entendus, une impression profonde II revenait sans cesse à l'Iliade et à l'Odyssée, qu'il étudia successivement à Coqueret, au Collège royal, et pour les élèves privés qu'il eut plus tard dans sa maison. A propos de l'un d'eux, le jeune fils de Paul de Termes, conseiller au Parlement, il a exposé un jour ses idées sur cette poésie et sur le point de vue, à la fois littéraire et moral, où il se plaçait pour la faire comprendre

t. /<! nouvelles ;'pc;'M<to/Mpœ<tyt;es (sic) de Jean .LeA/as~e a~ye~t~ Paris, Jean Poupy, la80, fol. 32 (Bibl. de l'Arsenal, 6607). L'auteur raconte sa vie A .Mo/:s:fu<' Dorat poëte du Roy, dans une longue pièce intitulée De ~.Mf/~ce des pof'/M et de leur honneste liberté (fol. M v"-54). Dorat y répond par des distiques insérés à la suite Ad loannem .Uasc~/unt virum ayKtKMSt'mu/M. Le Masle a traduit les vers lutins de Dorat Sur la paix faitte l'an /:)70 (fol. 87). Parmi les dédicaces, je relève celle du fol. 77 A M. de Ronsard et de Bai' vrays ome/nens de /tOS<r<;poMte/'7'ançotse. Quelques exemplaires de ce recueil très rare portent un nouveau titre (Paris, Guill. Bichon, 1586).

3. Quand Gérard-Marie Imbert, retiré à Condom dans son pays de Gascogne, revoit en songe son maître Dorât, il en ressent, dit-il, « aussi grand plaisir et confort »

Qu'il semble que je l'oy expliquant l'Iliade.

(Première partie des Sonnets f~'o~rt'yuM, éd. Tamizey de Larroque, Paris et Rnrdenux. 1S72. p. 39.


~ryo non multis, sed paucM, quos ego ~t, t'ë/ qui nMpo~'n.s ~ysre suis velut ap~NM! Ar~Mzs et s<:?c~)' rK~ me fefn'CK~KS n~rp, V<rayHC ntacrru/oyHt mysteria yMtMf ~fo~neff, ~M per Iliicos /?eyum jOC~u~~HC furores, Vn</e y!7{<~ ira cferem nocH[</nnes<a per annos Dt~ct<ff/ et quod clara Ducum ea/)~a eyer:7 Orco,' i tSfue in P'~t/~aetserT'o/'t~usa~aepey'te~'s, A'(.n MOt/o ~aa~a fuit Jurt pa<eK~a JVaH<ac, Qt;a't<um consilii, pietalis, iuris et aequi, Et quantum moderati animi speculamu-r in illo, Quem St'~n):r~H<M per/ec~um exemplar ad unjaem Proposuit describendum diuinus ~OfM6y*tM, Seria MK~a iocis inuoluens Mrayne ~c<:s; Qua/t.! apud t~e<ere.! nondnm eorra~~ jSojoAt'a V/ryuns {'fM~r <'ra~:n.Hoso tns:~M!'s a?ttM< r;!</e suum pep~f7~ ~oc<ae suyK/).!e/'e Aftf:cruac ~ecroptc~ae, variis quod acu pinxere ~ur!'s, Sistere Palladia so~[<t quod .in arce quatannis Do~um insigne Z)eae, e<<So/)/nae yrnraAt7e /ea~NM. ~~n;'nMt'ft/be/a'rcrsmy:;e :'grnara~a<e~<MM/ie~.s' ~os~erMi''

La sagesse antique, les grandes leçons morales de l'humanité présentées sous le voile allégorique, voilà donc ce qui fut d'abord montré à Ronsard dans les poèmes d'Homère, Ainsi Virgile ~taitil apparu, pendant des siècles, comme un moraliste ésotérique enfermant ses préceptes dans les épisodes de ses poèmes, mettant sous chaque détail, parfois sous chaque mot, un sens caché On sait que dans cette conception, qui datait de la fin des temps romains, les aventures d'Ënée n'étaient qu'un immense aperçu de la vie humaine. C'était l'application des idées d'un livre singulier, qui a pesé sur toute la lecture de Virgile au moyen âge et même au delà, le De co/~Me/~a Virgilii de Fulgence Des trois sortes d'utilisation qu'on tirait d'un même mythe, au sens naturel, au sens moral, au sens historique, les premiers hjimat. PoffMa~a, 2'' part., ~piy/'aMMa~K Hjb. ~f,p. H.

2. « In singulis verbts tumen aliquod sub nube poetica » (Pe<ray'<'acop<?;t, B:de, i58t, p. 4!0. ~cr. mem., n, 2).. 3. V. tes développements dans Pf~'ar~ue et r/~HmaMMmc, 2e éd., t. T, p. )2S-t37, t4)i.


UNE LEÇON SL'R HOMÈRE

nistes trouvaient des exemples chez les auteurs païens ou chrétiens de l'Antiquité, ce qui autorisait la liberté d'interprétation dont Dorat usait après eux. Pour Homère, il avait, sans le savoir, un prédécesseur illustre. Lorsque les vieux poèmes furent entrevus par Pétrarque ignorant du grec, dans la traduction latine qu'il en fit faire pour apaiser un peu sa curiosité passionnée, ce fut encore par la signification morale qu'il tenta d'en expliquer les mythes Son goût littéraire très fin lui avait heureusement permis, il est vrai, de comprendre aussi Virgile en pur poète; mais la rêverie médiévale, qu'il avait renforcée de son autorité d'humaniste, s'était imposée sur Homère à la Renaissance tout entière. Malgré quelques railleries de Rabelais, elle était implantée en France pour longtemps et nous la voyons s'épanouir dans une leçon de Dorat, la seule dont l'analyse nous soit parvenue.

C'est une défense d'Homère contre le reproche que lui adresserait Aristote, en sa ~Poe~ue 3, d'avoir fait déposer au rivage d Ithaque Ulysse plongé dans le sommeil, faute qui ne serait pas supportée d'un autre poète. Dorat justifie l'auteur de l'Odyssée en invoquant le mérite, que lui reconnaît Aristote lui-même, de soigner parfaitement sa [~.u6o~o~ et de coordonner si bien ses récits qu'ils présentent toujours une allégorie d ensemble. Le poème lui parait une grande allégorie. Homère peindrait en Ulysse l'homme qui désire la vraie sagesse et le bonheur symbolisés par Pénélope et par Ithaque; pour les chercher, il est soumis à mille épreuves il n'a pas de compagnons dans ce noble désir; victimes de leur intempérance, les siens ont péri il arrive tout seul dans l'île des Phéaciens, et il y meurt, pour obtenir après sa mort le retour à Ithaque, c'est-à-dire la félicité. Les détails qui se suivent dans l'Oe~Mee se rapportent évidemment à la mort d'Ulysse, t. Pétrarque et ~'Huma~MMe, t. Il, p. 1T8-180.

2. En pleine période classique, on admet encore la thèse de l'allégorie perpétuellement enclose dans l'épopée antique et qu'il appartient à l'ingéniosité des commentateurs de découvrir. Les écrivains du siècle de Louis XIV en feront une des lois du genre Chapelain tirera honneur de l'avoir suivie dans sa Pucelle d'Orléans, et Louis Racine enseignera encore qu'une allégorie secrète est présente dans toutes les parties de l'Iliade et de l'O~t/s.~c.

3. Cf. Poct., éd. Butcher, Londres, ~907, ch. xv, et Oc/t/ss., XIII, v. -H7tt9. 11 est imposssible (te trouver dans Aristote le passage visé par Dorat.


qu'Homère exprime par l'heureuse fiction du sommeil. Il est endormi par Minerve, en abordant l'île des Phéâciens, à cette fin du livre V où se trouve la belle comparaison M$ § 'oTe i;t~ 3atX3v. il dort de nouveau sur le navire, et l'allégorie reprend alors son développement. Tout ce qui est raconté entre les deux sommeils a rapport aux rites funèbres, de façon a bien faire comprendre que le sommeil a été continu. La nef qui ramène le héros à Ithaque signifie si évidemment un tombeau, qu'elle se trouve ensuite changée en pierre 1. Il ne peut régner avant d'avoir vaincu les prétendants c'est la purification dernière, la victoire sur les troubles de l'esprit et sur les passions, qui s'opposent au bonheur suprême. On ne doit donc pas s'étonner qu'Homère, voulant conduire Ulysse au seuil de la « céleste patrie », l'ait endormi, c'est-à-dire fait mourir. Le docte philologue, qui rapporte respectueusement ces subtilités, ajoute ce témoignage jSaec e cu::M ~iye/uo prodierint, si quis requirat, Auratum ntaa?MKe sane virum, unicum et optimum Homeri t~erpre~em, auctôrem ~audaj6o

Le jeune Ronsard n'a pas moins admiré les éloquentes démonstrations du maître, appuyées d'érudites références. Il y a _fait allusion une fois, dans l'/T~nme de l' Automne, lorsqu'il s'est déclaré

Disciple de Dorat, qui long temps fut mon maistre,

M'apprist la Poësie et me monstra comment

On doit feindre et cacher les fables proprement,

Et à bien desguiser la vérité des choses

D'un fabuleux manteau dont elles sont encloses

Telle est la doctrine admise mais notre poète, par bonheur, en tient fort peu de compte, quand il compose. Une intelligence française est réfractaire à ces conceptions compliquées. Alors qu'un contemporain, le grand Torquato Tasso, s'évertue à donner, 1. Exemple des arguments de détail sur r!tmérau'ë '< entre Corcyrf et Ithaque, doit se trouver Samos (?), dont le nom signifie s~a (tombeau); puis vient l'île Asteris (stellata), qui fait penser au chemin du ciel. Ces puérilités paraissent prises au sérieux.

2/G. Canteri Ultraj. nouarum <ec<tOM/K libri octo, 3° éd., Anvers, 1S71, p. 333-337.

Ed. L., t. IV, p. 313; éd.BL. t. V, p. 190.


au moins après coup, un sens didactique et moral aux épisodes de ses poèmes 1, l'auteur de la Franciade n'en prend aucun souci. Si quelque chose peut révéler l'indépendance de son esprit à l'égard de l'enseignement qu'il a reçu, c'est l'absence de préoccupations allégoriques dans son poème, et aussi le silence observé à ce sujet dans la théorie complète qu'il formule de l'épopée. Son bon sens robuste, son goût de la réalité et de la clarté ne s'accommodent point de ces singulières idées, toutes héritées des mythographes alexandrins et de quelques moralistes du moyen âge. 11 aime assurément, ainsi que les poètes antiques et tant de vieux poètes de France, à personnifier les abstractions; mais chez lui l'allégorie est directe, les figures sont nettes et souvent détaillées pour les yeux. La Renommée, la Fureur, la Peur, la Justice, la Discorde, comme Raison, Volonté, Fortune et vingt autres, sont décrites avec leur physionomie, leur costume, leur cortège. D'autre part, les mythes qu'il évoque ont une valeur précise et rationnelle, que le lecteur peut parfois ignorer, mais qui ne risquent nullement de l'égarer Sauf en quelques poèmes pédants de sa jeunesse, Ronsard n'a point recherché l'obscurité; il n'a pas embrumé sa pensée des brouillards de l'allégorie morale prônée par Dorat il n'a pas préparé des symboles enveloppés à la recherche incertaine des scoliastes.

Soutenu par la curiosité infatigable de ses élèves, porté luimême par le grand courant d'enthousiasme qu'il déchaînait, Dorat, qui avait commencé par leur expliquer Homère et Pindare, faisait peu à peu le tour de la poésie grecque tout entière. Cette littérature, que le vieil Alde Manuce avait imprimée le premier dans son ensemble, était mise entre les mains du public européen par les éditions de Venise et de Bâle, auxquelles s'adjoignaient depuis peu quelques impressions parisiennes. Elle n'était cependant nullement familière aux lettrés français, et l'en1. Opere minori in versi di T. Tasso, éd. A. Solerti, t. I, Bologne, 1891, p. 9-12. Pour la ~rusa~e/n délivrée, l'interprétation allégorique est reproduite en France, en plein xvn° siècle, dans la traduction de Baudoin. 2. V. les observations de Laumonier, p. 4.09 sqq., sur l'allégorie chez Ronsard, avec lesquelles celles-ci ne font peut-être pas double emploi. Ajoutons que Ronsard n'est point responsable du commentaire de Pierre (le Marcassus sur la /an<'t~<7<


seignement de Dorat, quoique un peu cursif et rapide, constituait pour eux une révélation précieuse. Pour satisfaire une avidité qu'il excitait à mesure, il cherchait à « lire s le plus grand nombre de textes possibles et l'on peut être assuré qu'une telle propagande, venant d'une chaire réputée~ a largement contribué au développement extraordinaire de ce goût pour les poètes grecs, dont les collections générales vont dès lors se multiplier 1. C'était, en effet, des poètes que les poètes demandaient à Dorat. Attentifs à appliquer la théorie de l'imitation et du « larcin préchée par Du Bellay et par Ronsard, ils attendaient de lui sans cesse l'étalage de nouveaux trésors 2. Aussi, bien qu'il ait étudie plus d'un prosateur, Hérodote, Démosthène, Xénophon s, peutêtre des dialogues de Platon~, et qu'on ait de lui des corrections sur Plutarque il prenait dans la poésie la plupart de ses lectures. Il guidait avec la même aisance ses auditeurs vers des œuvres de ton très différent, abordant un jour Sophocle et le lendemain Théocrite~, traduisant pour eux tantôt une tragédie entière, tantôt le recueil d'un petit poète", les initiant à des I. En 1560, le petit volume d'Henri Estienne, dédié à Ph.MeIanchthon, contenant Pindare et les huit lyriques, choix trois fois réimprimé, une fois par Plantin (v. plus haut, p. 50). En 1556, l'in-folio du même Estie'nne, Pnf*<a<* Gra''c/ principes AeroM': car/nt/tf. et alii nonnulli. En 1S68, chez Plantin, ia collection due à Fulvio Orsini, C.'f/'mtna nouem :~M~tUfn /cn:MarMn). En 1S69, à Genève, les poètes géorgiques, bucoliques et gnomiques, édités par Crispinus. En 1S73, ta Poesia pAHosop/uca éditée par Estienne, etc. Il y n un public pour dévorer ces recueils et d'autres semblables. 2. On a ht plus haut, p. 2i. une curieuse page de Dorat sur le « iarcm c'est un écho de son enseignement.

3. Le poème ancien de Ronsard, intitulé La Classe, dédié a Jean Brinon, est inspiré en partie par le traité de Xénophon (éd. L., t. V, p. 37). 4. On trouve chez Ronsard et Du Bellay des souvenirs précis du P/tMre, du Banquet, de i'/o/t. Ils sont notés par H. Chamard, p. 53. Mais il est peu probable que la connaissance en soit venue aux poètes par Dorat c'est plutôt Turnèbe qui a été pour cette génération, avec Ramus et Louis Le Roy, le révélateur de Platon. Comme on le verra plus loin, c'est avec Lambin que Ronsard t'a étudié.

!i. EUes sont présentées dans l'édition des ceuvres complètes donnée à Francfort, i599, 2 vol. in-fol. Cf. l'édition de Reiske, Leipzig, 1774, t. I, p. xxxvf, et l'édition Sintenis de la vie de Périclès, Leipzig, 1835, p. &74. 6. Sur Sophocle, v. p. 67, 78, n. 1 et 78; sur Thë&cnte, v. p. 78 et 103. 7. Teissier met dans la liste de ses œuvres « Hippolytus Euripidis et Phocytides carmine redditi » (Ë'/o.yes des hommes savans, t. 11I, p. 462).Ces travaux sont aujourd'hui perdus mais Niceron n'a pas de bonnes raisons pour mettre en doute qu'ils- aient existé (t. XXVt, Paris, 1734, p. H9'1.


auteurs difficiles comme Eschyle ou Aristophane, éclaircissant devant eux maint passage qu'ils n'eussent jamais compris sans ses lumières en même temps qu'il résolvait pour lui-même de menus problèmes innombrables contenus dans des textes encore mal établis.

On constate que Dorat recourt, pour constituer ses textes, à tous les manuscrits qu'il peut se procurer. Il a libre accès à la bibliothèque de Catherine de Médicis, et chacun sait qu'il est en mesure de faire acheter par la reine-mère des textes particulièrement précieux, dont il passe pour connaisseur A la mort d'Ange Vergèce, le duc d'Alençon sollicite de Charles IX l'attribution de son héritage par droit d'aubaine au « lecteur o Dorat, « non tant pour le prouffict qu'il espère tirer des biens délaissez par ledit Vergesio, mais pour les livres en langue grecque. desquelz il pourra cognoistre quelque chose pour l'instruction de ses disciples et auditeurs o La bibliothèque d'Henri de Mesmes, si riche en manuscrits grecs et latins, est 1. On pourra se faire une idée de la méthode d'enseignement de Dorat, par des notes prises par un auditeur de son cours sur OEdipe Roi, et conservées dans un manuscrit de Bongars, à la Bibliothèque de Berne, n° 6X9. C'est un cahier de papier de très petit format de 26 feuillets intitulé: Ex -lu/'a~t /'ec<<a<oytt~ustftS'op/tocMs C!Ë'ehpu/)t <?/rany!uyn. En tête est une date p/(7. non. sea;<. /o7~. On sait que Bongars recueillait avec curiosité les souvenirs des humanistes, leurs correspondances et les livres annotés par eux. 11 y a Berne des volumes annotés par Jacques Toussain, Cujas, Ramus, Henri Estienne, etc.

3. On lit dans une lettre de Pierre Delbene à Claude Dupuy, écrite de Padoue, le 28 décembre 1571 « .Un grec m'avoit monstré quelques livres pour scauoir si la Royne i voudroit entendre. J'en ai envoyé le catalogue au s'' Corhinelli auquel j'avois commis de le vous monstrer. Vous le pouvez envoyer qucrir, si le voules voir. J'ay les livres entre les mains, et .voulant conférer )e Thucydide je treuve qu'Henry Estienne a eu de fort bons livres et crois qu'il a veu cestuyci, car il a esté autrefois à Franciscus Portus. Si la Royne les veut acheter, ce seroit pour amplifier sa librairie, mais j'en ay escrit au Corhinelly qui en parlera au me de sa bibliothèque, mais, par ce qu'il est un peu négligent,y'eMescy;a!/unn:o<a.'Mof:s''Dofa<. "(Bibl. nat., /~p!~ 490, fol. 159-160.)

3. Lettre du 30 avril 1569 « Depuis quelques jours Angelo Vergesio, un de vos escrivins, seroit allé de vie à trépas sans avoir laissé aucuns enfants ou héritiers, vous estans par ce moyen tous et chascuns ses biens acquis par droict d'aubeyne. La pièce porte, d'une autre main « Il a plu au Roi de le accorder pour le bien du service. )) Elle est publiée d'après l'original du portefeuille de la Chambre des comptes de LUIe, dans les .4n,i/<'r/<?. /);.</ortyues d'André Le Gtay, Paris, 1838, p. 24K-246.


celle à laquelle l'humaniste fait les plus fréquents emprunts, car l'obligeance du propriétaire est proverbiale 1. Voici un billet inédit demandant un manuscrit des .Hymnes /M~<Hes, que Dorat désire avoir sous les yeux pendant ses leçons. Le lecteur y trouvera un exemple des improvisations badines que multiplie sa facilité, et qu'il a dû échanger plus d'une fois avec Ronsard

1. Conseiller au Parlement, maître des requêtes au Conseil d'État, plus tard chancelier du roi de Navarre, Henri de Mesmes, d'abord connu sous le nom de M. de Roissy, forma avec amour la célèbre bibliothèque dont les mss. furent achetés sous Louis XV pour la Bibliothèque du Roi (L. Delisle, Le Cabinet des manuscrits, t. I, p. 398). En 1606, Peiresc y admirait « tout.un quartier garni de manuscrits grecs, dont il y en a une grande partie écrits de la main d'Angelo [Vergèce] ». (Mémoires de H. de Jïesn:<M, éd. Frémy, p. 109.) Pour s'en tenir au témoignage des seuls contemporains de Ronsard sur la libéralité et les richesses bibliographiques d'Henri de Mesmes, ~n pourra lire la dédicace du premier livre de~ucy'ëceduLambin (Paris, 1S63), la préface de la 2" partie desAduey'sa;a de Turnèbe (Paris, iSSS), les vers grecs de Dorat mis en tête du Cicéron de Lambin (Paris, 1S66), etc. Turnèbe écrit M Cum tu de literis ita bene meritus sis, ut nemo fet'e huius aetatis melius, mihique et collegis meis re tam saepe profueris, et imposterum prodesse velis bibliothecamque omni librorum egregiorum copia refertissimam instruxeris et tanquam Musarum et ApoIHnis aedem construxeris.)! Lambin dit que trois codices ~mm:an: lui ont été d'un grand secours pour établir le texte de Cicéron « Cum Gallis tuis exterarumque xationum hominibus ea munera largiris, Errice Memmi, quae nonex arcis'et loculis tuis, sed e reconditissimis et locupletissimis bibliothecae scrimis deprompta, utilitates eis afferunt. Neque vero veteres solum tuas membranas ad communem omnium et ptiblicam utilitatemconfers, sed etiain auctoritate et gratia tua, quibus in primis flores, assequeris. » Rappelant ces services dans le Lucrèce, Lambin'ajoute « Neque vero id solum fecisti, sed etiam (qua in re industriamac diligentiam tuam incredibill litterarum amore coniunctam admirer) scripturas omneis inter se dissimileis atque a vulgata lectione discrepanteis ad oram unius exempli typis excusi, partim tua, partim tui librarii manu adscriptas mihi commodasti, ut minore meo taboreex ta tibusseripturis quasi subunoaspectupositis,Adriano Turnebo intereu et lo. Aurato collegis meis, quorum iudiciumëst, utscis,in hisse litteris subtilissimum, adhibitis et consultis, eam potissimum sequerer ac probarem, quae et M. Tullio esset dignissima. x Docat avait eu de tout temps ses entrées chez Henri de Mesmes. Il était anciennement lié avec-le précepteur de celui-ci, Jean Maledent (AfaZu</ay!us), limousin comme lui, et d'autre part grand ami de Lambin (C~a/'oruMMroruTM epistolae, Lyon, 1S61, p. 366-378). avait même eu de bonne heure, avec le maître et l'écolier.un commerce épistolaire et poétique, dont les documents.encore dédits sont conservés en grand nombre parmi des papiers littéraires collectionnés par Il. de Mesmes et fort intéressants pour nos études. (Bibliothèque nationale, L.t/. 10337, f. 72sqq.).Ces documents aideront un jour à reconstituer ta JM![)fssf' si pf'u connue de Dorât.


Consciencieux collecteur de variantes, chercheur de manuscrits, comme on verra plus loin que le fut Ronsard lui-même, Dorât est aussi un excellent connaisseur de la langue. Beaucoup de témoignages révèlent en lui un complet philologue. On l'a jugé sur ce point trop légèrement les plus sûres autorités de son temps auraient dû imposer silence à l'Irrévérence du nôtre. Qu'elles viennent de France ou des pays étrangers, elles se prononcent toutes avec déférence pour ce « grand grec », comme l'appelle Scaliger que l'on consulte de toutes les 1. Le poète fait allusion au Memmius à qui Lucrèce a dédié son poème (Afe/~mtc~ayap/'opayo). Lambin n'a pas manqué d'insister sur ce rapprochement de noms, qui justifie la dédicace du premier livre de son édition à Henri de Mesmes.

2. Montfaucon,quia catalogué la bibliothèque du président de Mesmes (t. II, p. 1326-1330), n'y fait figurer aucun manuscrit des Hymnes homériques.

3. LWym/te à Apollon est le premier du recueil mis sous le nom d'Homère.

4. Biblioth. nat., Lai. 8139, fol. 103-104. Ce ms. contient un grand nombre de morceaux inédits de Dorat, mêlés à d'autres parus en divers recueils.

5. P/Ma Scaligerana, Amsterdam, 1740, p. 20. L'opinion de Bullart, de Baillet et de quelques autres ne ferait ici qu'une vaine bibliographie.

A/e/7tfnt/ clare nepos Lucreliani,

Quo le nomen aHO/)ro&a~ crealum Sed mullo /7:acrt~ illa mens aH/~a

Tarn ~oro~ensa viris /aaey'e doctis

Es si <u mihi quod suo poelae

An~yHo fuit ille, /ac /yo/Kert

//MMKO/'um mihicodicem ~e<!M<HM fau~um commodites sed ante p/?tci/n T/o/'am, nantyMe /M</{epoema y/'aecu/M /f:<?H/re St'<uyHee< u/ceyo&'u~

~en<s acry/'e6~a/' meo Ja~ore,

Oc<a<ocue lui fauore lihri.

Tanquam paeonia leuare cura.

Quem spero mihi AaHt/trr~Hm /aAore/n ~u~ce/)<t fore, si modo ipse PAoeAus, Quem primus caK:'< Hymnus 3, autor a/M Et praeses medicae fauel /Koc~eM<t

Et si cu~or Apollinis pius tu

Non laudi inuideas Apollinari


parties du monde érudit, dès qu'il s'agit d'établir avec certitude un passage difficile. Il est, en ces matières, « l'oracle )f, et le mot vient naturellement sous la plume de Muret, s'adressant de Rome à Claude Dupuy « J'escris au~seig'' [Benedetto] J Manzuolo d'un lieu de Platon, de quo vellem istic meo nomjtne consuli Apollinem, id est Auratum. Si le seigr Manzuolo est trop empescké pour aller lui mesmes h l'oracle, ie vous prie, prenés ceste peinelà pour moi ,) 1. Le même Muret note des corrections de Dorat au texte de Théocrite et de Callimaque 2. Juste Lipse, qui l'honore grandement, l'appelle ynaynu~ ille ~ura<us Les éditions critiques d'auteurs grecs préparées par le louvaniste Guillaume Canter, d'Utrecht, diligent reviseur des textes grecs publiés chez Plantin, contiennent nombre de corrections de Do'at ses A'ouaei'ec~ones le citent sans cesse, pour Th.éocrite et Sophocle, et même pour Virgile et Properce Les V<"7's:/H:~a du jeune Lucas Fruytiers ~Fruterius), de Bruges, sont remplies de scolies et de conjectures obtenues de Dorat pendant un long séjour à Paris, et qui portent pour la plupart sur un texte latin, Festus,TIbuIle, Properce, le prologue del'~Intp~oMde PIaute~; t. Nothac,7.e«/'M :/t~:<esde~/u;'e/, l. c., p. 39~ La let.tre est du 27 décembre 1573. Benedetto Manzuolo, év&que de Reggio, est cité plus loin.

2. Afu;'e<t opera, t. II, p. S4, 150. Proposant une conjecture différente de celle de Dorat (xovtav au lieu de xevE<xv, Théocri.te~XV, 'H;)il ajoute avec bonne g'râce « Cedamus igitur non inuiti. Aura.to enim in litteris adt)Crsari, ou 9sp.t~. »

3. Fr. Raphelengio ËUo suo, Lutetiam, 1584 H(0~'era on! t. M, i67S, p. iOt). Cf. une lettre de la même année à Wiltius(.fos~{ Lipsi epist. eeM<ur. duae, Paris, veuve G. Cavellart, 1599, p. 138, cen~t. I, ep. 98). 4. Dans son Sophocle (Anvers, Plantin, 1579), Canter donne son sssp~;or à plusieurs des corrections de Dorat sur le .P/u7oc~p_; dans son ~sc/ty~e (Anvers, )S80!, H te donne à des corrections sur t'~ysntCM/toa. Dorat n'est pns nommédans son~a/'tpMe(Anvers,1571). Pour les correctionsd'Eschyle, l'appréciation de Gottfried Hermann est à citer 111e omnium qui Aeschytum attig'crunt princeps Auratus. (~esc/t~H ~'ayoed~ac, Leipzig, 18~)2, t. II, p. 484..Agra/M. 1396). Fabricius dit que les remarques de Dorat sur Eschyle sont restées manuscrites (Biblioth. yr., 2" part., p. S89) un témoignage (te leur existence est cité par nous, p. 8!. Dorat s'était ajjssi occupé de Stace et d'Ausone (G. Papinii S~s<M quae exstant C~aspaf Ba;</itu<; rcce~~t' 1664., t. I, p. 94, -447; t. tV, p. 1659).

S. Gu~ntt Canteri !7Mra!ec< nouaru/M !ec~OMS7?t lihri dc<o «*~<<!0 <cr<ta), Anvers, 1S71, p. H7, 2S6, 282, 330, 337, 373, 4â4.

6. ~m'ac F/'u~erM .BrugrensM t'e/'tSM'tHt'a (Anvers, _1584), roimpr. dans Thésaurus crilicus a lano G7'M<ef~ Francfort, 1604, t. II, p. 819, 827,839, 855, 857. 867, 868, 869.


l'auteur les introduit toujours de la façon la plus laudative « A nullo satis neque pro merito laudari potest ingenium praeceptoris mei loannis Aurati. Hic enim vir unicus, si quam auare premit scripta sua, tam ea liberaliter in lucem atque oculos studiosorum permitteret, esset nimirum, nec fallor, cur neque Robortellos suos, neque Sigonios Italiae inuideretGallia*. » Et ce bon juge insiste sur la sûreté que possède Dorat pour constater la faute et sa promptitude pour y remédier. Cet art délicat, Dorat lui-même le définissait avec bonheur, en écrivant à un chercheur de manuscrits qui ne voulait, comme lui, rien laisser perdre de l'Antiquité

.< veleres omnes con~u~/K.'e/'M u/ns utraque

Authores, ~n.yua nec periisse s:'na~,

jRes~t/en~ corrupta loca et /Ha?a<a reponens

Integra et haec reddens yf!ae mH~/a~Hrtu~,

lit quemcunque tua tractaueris arte /<Ae/~H/M

Qui lacer au< carie pene peresus erat 2.

Le maître de Ronsard était donc, en ces difficiles exercices où tant de bons esprits ont excellé, tout autre qu'un simple amateur. Pour abréger cette démonstration, je ne retiendrai plus qu'une attestation, celle de l'auteur du Thesaurus linguae yyaeca<?. Henri Estienne mettait Dorat, pour son habileté à corriger les fautes des textes, sur le même rang qu'Adrien Turnèbe. Il mentionne à plusieurs reprises, au cours de ses travaux, les heureuses conjectures de ce confrère, « qui. in restituendis multis. poetarum locis sagacitatem suam ostendit », et il s'émerveille de voir qu'une des corrections de Dorat, sur un passage corrompu de Callimaque, est vérifiée par le témoignage d'un ancien manuscrit3. Lorsqu'il rend hommage à son profes 1. Thes. crit., p. 819. Fruter indique, p. 8S7, à propos de Properce, que son maître, vir princeps in his disciplinis quas liherales appe~a~us, est appelé chaque jour (quotidie) à se prononcer sur des cas qui lui sont soumis. Sainte-Marthe dit, de son côté « Summa eruditione et acerrima coniectura praestans optimi quoque critici laudem quotidie merebaturM. :'Cra~orum doctrina :«MS<u~ <o<a, Poitiers, i598, p. 87.)

2. Poematia, 2e part., p. i3i (à B. Manzuo!o).

3. ~*oe<ae yraect heroïci car/nt~M et a~tf nonnulli. ~'a*cue~e&;t< /~e/t;'teus .S<fpAanus, Paris, 1566, 2" part., p. xxxvn (surle v. 31 de l'N~t/Ht~ea Apollon de t~altimaque). Il faut lire tout le morceau qui commence ainsi « QuoLies huius versus recordor, toties loannis Aurati recorder necesse est » il est cité 0) partie par Maittaire, Stephanorum Historia, p. 281.


seur Pierre Danès, doué d'un particulier talent « ad eluendas abstrusissimas etiam librorum labes et maculas M, il nomme Dorat parmi ses dignes émules « Ab eo. quum discessi, nullos qui maiori cum dexteritate et foelicitate id praestent inuenio, quam duos magni apud nos nominis viros, Adrianum Turnebum et loannem Auratum. Ce genre de mérite était tellement reconnu au précepteur des poètes que Denys Lambin, le rapprochant à son tour de Turnèbe s et lui dédiant le sixième livre, le plus beau, de son édition de Lucrèce, assure qu'il semblait ayoir été le contemporain des écrivains dont il reconstituait avec tant d'aisance le texte véritable 3. De telles qualités, qui assurent une place à Dorat parmi les philologues, devaient donner aux leçons écoutées par Ronsard et ses amis une vie et un mouvement extraordinaires.

Dorat n'a laissé que dans les livres d'autrui les traces de. son

t. jE'.r Clesia, .4ya</taf'c/n</e, A/e/nnone ea~cey'ptae historiae. Appiani Iber:'ca. Ont/t;a nunc prtmu~t edita cum Renrici Stephani ca~~gra~o/H~us, Paris. 1537. Dédicace à Carlo Sigonio, f. 4.

2. Lambin réunit sans cesse le nom de ses deux collègues au Collège royal. Il déclare à plusieurs reprises, aux préfaces de son Lucrèce, qu'il les consulte ensemble pour faire approuver d'eux ses conjectures (« Gâiliae nostrae atque adeo totius Europae principes, collegas meo&,AdrianumTurnebum et loannem Auratum. »). Dédiant le cinquième livre Turnèbe lui-même, il les unit encore dans son estime « Ac de Io. Aurato quidem, homine ingenio et doctrina tui simillimo et poene gemino. (T*. LU'cretii Cari de~Va~ura deorum, troisième édition de Lambin, Paris, iS70, p. 410, 521, etc.). Dans son Cicéron de 1S66, Lambin fait appel deux fois à l'autorité de Dorat (t. III, p. 466; t. IV, p. 337). Les conjectures portent sur des passages grecs des lettres de Cicéron.

3. Citons le passage du bon latiniste ami de Ronsard à la louange de Dorât lecteur x du Collège royal « Neque enim mihi fas fuit te praeterire primum collegammeum, deinde in ipsa Collegii necessitudme easdem litteras docentem ac profitentem, deinde, quod caput est, amicum. Etvero cum de eximia ac poene dicam diuina tui ingenii praestantia singularique.doctrina cogito, et cumtuaseripta vel relego, vel memorta repéto, videoËNiihi felicius illis et fertilibus nobilium poetarum temporibus natus esse .Ceteros enim hommes admiramuretindoctis viris.numet'am.us.qui'veterum illorum siue. Graecorum, siue Latinorum sententias saepe perobs,cui'as et aenigmatum simillimas explicare atque enodare possunt. Te autem quid dicam eam laudem esse consecutum, qui non solum antiquorutn scripta vel obscura sic illustras, vel corrupta sic corrigis ac restituis, ut cum illis vixisse videaris, verum etiam scribendi similitudine proxime ad illos accedis ?. La suite du morceau est citée en note p. 76). La première édition du Lucrèce de Lambin, où le second livre est dédié à Ronsard, est de t!')C3. L'épttre à Dorat est du mois d'octobre 1563.




labeur philologique. Il n'a jamais pris la peine de préparer une publication analogue aux Aduersaria de Turnèbe, aux Variae Lectiones de Vettori ou de Muret. C'est aux recueils de ce genre publiés par d'autres en divers pays et aux éditions savantes du temps qu'il faut recourir pour retrouver le témoignage de son activité. La recherche, jusqu'à présent, n'a tenté personne t. Quelque manuscrit de Dorat se retrouvera peut-être, par exemple ce travail de jeunesse sur Eschyle, dont il annonçait l'envoi à Muret pour un prélat italien qui désirait le voir mettre au net Il apporta apparemment quelque coquetterie à faire désirer ses travaux d'érudit, qu'il ne donna jamais.

Il semble s'être satisfait de la renommée que lui faisaient ses élèves et des services que son enseignement rendait aux lettres. Assez fier d'être compté dans la Pléiade de Ronsard, honoré du titre et de la pension de Poeta re~'us, qui l'obligeait à versifier en l'honneur du Roi et des princes, il ne lui arriva jamais d'imprimer autre chose que des vers. Il ne se soucia même pas de réunir l'ensemble de sa production trilingue, dispersée en ces nombreuses plaquettes de « Tombeaux H de défunts notoires, dont la mode fut de cette époque, et surtout parmi, les « liminaires » d'ouvrages de toute nature, dont les auteurs invoquaient devant le public l'autorité de son nom.

Il exerçait ce métier honorifique avec une complaisance infatigable et un certain scepticisme 3. H présentait indifféremment les « Premières poésies » d'un jeune versificateur de province, 1. J'avais réuni les éléments d'une étude sur Dorât philologue, à l'époque ou j'étais préparé à traiter ce sujet. Ne l'envisageant plus qu'au point de vue historique, je rappelle qu'un philologue qualifié, Jacob Reiske, écrivait de notre humaniste « Aurati pallium, h. e. praelectiones in optimos quosque auctores graecos publice Parisiis tum habitas, dicuntur(meum haud est quaerere quo iure quaue iniuria) Scaliger, Muretus, Canterus, Stephanus, alii dilaniasse (Préface du Plutarque de Leipzig, 1774.) 2. Ce travail fait penser à la première lecture d'Eschyle faite à Ronsard, dont parle Binet (v. plus haut p. 44, et aussi p. 78, n. 4). Voici le passage de l'épître adressée à Muret, alors à Rome, et où il est question de Pincé et de Benedetto Manzuolo, évêque de Reggio (Poemalia, 3e part., p. 62) .7!/te~tus Antistes, qui nunc meaf'n Aeschylon instat

Sertp~a sibi ut mittam, sed nec pes, nec caput u~Mt

/n schedulis nostris iuuenilibus, et mt'/n nec mens,

Nec visus facit o/tCt'um, tamen illa reuisam

Primo tempore qzzoque et Manzoto omnia mittam.

3. Ne le déduit-on pas de la pièce suivante ? Elle figure, avec des vers ~'uLHAC. ~on.'Mfd et r//untttntsf)tc. fi


enivré d'imiter la Pléiade, les travaux philologiques de .ses collègues du Collège royal, l'édition d'un ouvrage de Dante donnée par un ami italien 1 ou un recueil de musique composé sur les œuvres de Ronsard Comme il s'intéressa toujours aux ouvrages traitant de l'Antiquité, il recommandait avec bonne grâce les textes inédits ou les éditions nouvelles d'auteurs anciens que multipliaient les érudits Ses admirateurs auraient souhaité qu'il ne laissât point ces petits poèmes, parfois ingénieux et spirituels, se perdre parmi tant de volumes où nous les retrouvons peu à peu aujourd'hui, et où le nom de Ronsard n'est pas sans apparaître avec intérêt On aurait voulu qu'il y joit'rançais de Pierre de la Ramée, Jean Vauquelin, Baïf, Sainte-Marthe, etc., en tête de La Tragédie d'amemnon, SMC ~eus livres de cAs~s de .P&Hosophie e< d'/t~our par Charles Toutain, Paris, ISM:

/ft Caroli 7'u<a?tt maen~es co~~B~.

MuMs rogant muMt me carnuns, do qtto~ue mt!s ')/cmm nam cui carminis ipse itèrent ? t> Si <ante!t usque noues des vates Ga!a, non s~t Vsfe.! laudandis t'a(t~tts unus ero. Quodpo<et'oce)'te, <um plaudam valibus Hftus Omfn&us et, rp;~ /'as, cmqae <a<t.ac:am. .S't~a~u:s cn!pe!, fy<Md cuncta poemata ~ando P la u do non <audo.' quid minus esse potest ? Onut~us {)t~fe!t:i.< si laus non deJ~Ha par est, ~mm~us a< p~ausus debitus inffeniis.

1. V. l'éd. du De vulgari eloquentia procurée par Corbin.elli, Paris, 1ST"7. Cf. Farinelli, Dante e la F;'ate:a, Milan, 1908, t. I, p. 46S. 2. V. le recueil de Guill. Boni, Sentez de de ~opsard mis en 7?:u~tyue <t IIII parties. Dorat dit que Némésis, qui avait privé Homère de ses yeux, priva Ronsard de ses oreilles

.fnnMs mox m'uent, ~oo.~arde, ttJ!)t*oj&<Hdt'<a!:rM,

.4r<e sua Bonius quas tibi res~Mn~

A~it"t tua dum blando modata~ur carmina c<t!t~t!,

~He~t auditus, mille dat auriculas.

3. Il l'a fait pour Joseph Scaliger comme pour ses collègues du GoUcge royal. Parmi les volumes moins aisés à retrouver, je relève, pour la SLa de sa vie, les .Int/nsdueysMnes de Simon du Bois (Bos:as), accompagnant une édition des Z,e«r<'s à ~.«:cus (Limoges, Barbou, lS80)j leJus~t de Jacques Bongars (Paris, 1581 le commentaire de Hiérodes .sur les Aa;'<?3 P~</ta'/o;'eo;'utM <;a;vrt;na, tiré d'un ms. de la bibliothèque de Fr. de La Rochefoucauld Paris, 1583), le poème sur la Création, du diacre Georges Pis.i.des, mis au jour par Fédéric Morel le fils (Paris, !S8t).

t. Je ne veux retenir ici, de la vaste bibliographie que j'ai réunie, qu'un volume où se trouve une mention curieuse d'un médeoni de Ronsard. Jl est publié par le jeune médecin limousin Valet, à qui Dorat a servi de Mécène et confié quelques poèmes pour les joindre à son travail Lift~. ~f/ ny'a~to sc/toHs ?nff/tco/K a/t<e /tce~!<M<Mnt Aa~Ma. Paris, J. de


s.nît de belles odes inédites dont il régalait quelquefois ses familiers. Plusieurs le lui disaient joliment en latin

Baïf appliquait à cette exhortation un de ses sonnets en rimes féminines

Devenu fort épicurien d'habitudes à la fin de sa vie, Dorat reculait toujours devant cette fastidieuse besogne. Ce fut seulement deux ans avant sa mort, en 1586, alors que la maladie l'empêchait d'y veiller lui-même, que des élèves et des amis unirent leurs soins pour publier, un peu du hasard et avec bien des incorrections typographiques, un ensemble fort incomplet Bordeaux, 45'70;. Parmi des épig'rammes adressées à divers médecins de Paris et qu'on ne trouve pas ailleurs, celle-ci est dédiée S<n:o/!t .P<e<e (A M. (cf. 7-'ofMah'a. II, p. 50;

.fmn: M/ quod abs le, si pa/er/ peln,

~lHra<e, ne yua/t~unt <uo/-HM

Et operumque coema/Hfnyue

7'am /onyo in arcis lempore su~t'/nas

Sed <aKc/e/K t;! aurae /H7K:Ha ~uA~cae

Prodire, le viuo ac vidente.

.A desine, desine

CH'tc/a~'onun?, non ~H/)ta~i <:t~

~DOMf/erM aMtCM sneM ~t/e/~crue,

~VeM~eA/'eut/bre, yco /Ka/?:ur

In /Hce ajoe/'<a felihus t'n<e<y/'M

l'ost /'a<a si quis /br<e recenseal

ro/u/H/ne uno con~cAeK.~o.s,

A~ /a/)o/' f!e uace< ~/MgHf/u/n e.'i/

Que ne descouvres-tu ton immortel ouvrage,

Que des neuf doctes seurs la bande favorable

T'a doné de la mort pour ne creindre l'outrage 2 [

fe<raet<tht.Pe<rtdo"tu.fi'«aGa!andt

A'o<a, vetus nota est fit domus illa nttA;

Si mettsa iuuenes usi, sale si sumus uno:

Si tua R o ns a rrl u s, si mea /am3 meus

Cuius ego tn</e7it;7m, tu corporis omnta cm'ss,

,h'< vilia, et morhos quos labor ipse dedil

.4!!rai'unt.t)tt;<e<7!nn~ara!umamj&/rep!!i'a<o,

Pro pa<rt's cuius me pt!!S urit amor.

1. Les Amours de /a/ï Antoine de Baïf, Paris, la'72, f. 52. Ode de Paul Metissus, dans ses ScAedtasnta<a de 1386, p. 523-525.


de ses Poema~a. « La mort récente du eélèbreJRonsard, disaientils, leur a fait craindre celle de leur maître .et la perte de ses œuvres, et ils se sont mis à ramasser celles-ci partout où ils ont pu les trouver, consultant plutôt leur désir que le sien )) La publication plus ample et plus correcte qu'annonçait l'imprimeur Linocier, le recueil que prépara ensuite Scévole~ de Sainte-Marthe et que Jacques-Auguste de Thou promettait de divulguer, sont restés de simples projets et la mémoire littéraire de Dorât en a souuert. On vient de voir que ses titres de philologue n'ont pas été mieux sauvegardés, puisque la postérité en est venue à douter du témoignage, jugé trop lyrique, des poètes ses écoliers.

VIII

A l'heure de la Renaissance où étudiait Ronsard, la littéi'SLture romaine était déjà classée. Depuis près de deux siècles qu'on la lisait à la suite de Pétrarque, qui fut le premier à l'embrasser dans son ensemble et à en révéler l'esprit véritable, on ne reconnaissait qu'aux grands écrivains l'autorité didactique, et les minores n'envahissaient pas le rang réservé aux maîtres. Il n'en allait pas encore de même pour la littérature grecque, dont les œuvres, jetées pêle-mêle dans la librairie aux premières années du seizième siècle, n'avaient subi ni l'épreuve du temps, ni celle de la discussion savante. Toutes les pièces d'un trésor si neuf paraissaient également précieuses. C'est par là qu'il faut t expliquer, plus encore que par l'insuffisance de son goût, l'attachement de Dorât à des auteurs de rang inférieur, et la part qu'il leur fit dans son enseignement.

On ne saurait oublier pourtant que, pour ce qui regardait la prose, la même génération eut assurément de meilleurs guides. Un humaniste plus modeste que Dorat, mais dont l'ceuvre d'écrivain et de professeur est considérable, Louis Le Roy, dit Regius, s'était, imposé la tâche de révéler aux Français, par des 1. loannis .4urat: I.cMoutCMpoe~aee< i'n&Tpre~M /'e~M Poematia. Paris, G. Linocier, 1S86. Cf. OEuures poét. de Jean Do7'a<, éd. Majty-Lav.eaux, Paris, 1875, p. 70. La bibliographie des oeuvres de Dorat est établie~ peu p['e& entièrement dans les notes de cette édition.


commentaires et des traductions en leur langue, les principaux représentants de la pensée grecque. Les préférences de son labeur, bien loin de s'égarer, s'étaient attachées aux œuvres de trois grands prosateùrs de la Grèce il traduisait Piaton, Aristote et Démosthène, c'est-à-dire « les lumieres des lettres et les precepteurs appelez par Seneque du genre humain, qui ont demeuré longtemps cachez en escholes ou ensevelis aux librairies)) et il comptait avec eux Isocrate et Xénophon. Louis Le Roy, de Coutances, que Du Bellay a assez malencontreusement malmené dans les /?ey/'e~, avant de se réconcilier avec lui et de lui rendre justice mérite d'autant mieux d'être rappelé ici que Ronsardl'a certainement connu. Il lu, et même avec passion, les travaux du traducteur du Phédon et des .Po~~ues, à mesure qu'on les donnait au public il leur a dû de compléter ainsi les connaissances philosophiques auxquelles l'avait initié Denys Lambin et dont il y a mainte trace dans son œuvre 3. La sûreté des choix de l'humaniste normand, dirigé, il est vrai, par les jugements latins, lui fait d'autant plus d'honneur que ceux de Dorat, pour les poètes, se sont montrés plus incertains et moins éclairés.

Le maître de la Pléiade a bien étudié d'abord, et assurément avec une déférence marquée, Homère et Pindare; mais, à toutes les époques de sa carrière, il donne une place considérable et surprenante aux Alexandrins, même à ceux d'entre eux qui n'ont d'autres titres que la préciosité de leur style ou la bizarrerie de t. Préface du Sympose, citée par A. Henri Becker, Loys Le Roy de Cou/a/;cM, Paris, 1896, p. 85. Dolet l'avait précédé pour Platon.

C'est le « pédante que Du Bellay poursuit de ses invectives, pour des raisons personnelles (Becker, p. 19-21). On sait que l'auteur de la Dépense considère, d'ailleurs, le travail de la traduction comme '< peu profitable, inutile, voir pernicieuse a l'accroissement de la langue Ronsard, admirateur d'Amyot, ne parait pas avoir partagé cette opinion.

:i. V. l'importante lettre de Lambin à Ronsard citée plus loin. Voici les principales traductions de L. Le Roy, dont les dates des premières éditions sont H noter l'rois oraisons de Demosthène (Vascosan, 1551 sept chez F. More), 1K75), trois livres d'Isocrate (1551), Le 7~/nee de ~a<on (15S1), Le P/if~on (1553), Le Sympose (1559), Les Politiques d'Aristote (1568), La /~p;tyue de Platon (1600, posthume). La collaboration de J. du Bellay pour la traduction de « plusieurs passages des meilleurs poëtes grecs et latins citez au Commentaire » est attestée au titre même du SymposeouDe /'Amou/'e<de la Beauté. Comment Ronsard n'aurait-il pas goûté ce bel ouvrage. dédié à Marie Stuart et à sou époux ?


leur sujet. L'abondante production de la désadence hellénique est traitée par lui avec une piété qui nous semble manquer de discernement. Il est même ravi d'avoir à lutter contre des difficultés plus grandes d'interprétation il se plaît au sens obscur des allégories érudites usitées autour des Ptplémëes, qu'il s'efforce de remettre à la mode autour de lui et dans lesquelles s~es élevés croient recueillir un héritage de la plus pure antiquité Sous sa direction, aucune étude ne les rebute, dès qu'il s'agit d'un poète grec, et d'étranges interversions de valeur se produisent dans leur esprit. Aratos, Nicandre, Apollonios de Rhodes prennent rang pour eux à côté des plus grands anciens. L'un d'eux, Joachim Blanchon, compatriote limousin de Dorât, paraît avoir dressé une liste des auteurs préférés par celui-ci, dans un sonnet qui commence ainsi

Divin Dorat, qui des cendres d'Homère,

De Theocrit, Callimach, Licofron,

Pindare, Arat, Atcée, Anacreon,

As le premier esclarcy la lumière. s

Parmi de singulières énumérations qui abondent dans la littérature du temps, on peut citer encore celle que fait un autre élève de Dorat des ouvrages grecs dont il demande & un ami de le munir à la campagne. Avec Homère, dit-il,

Qu'iL m'envoye i'Arat et de Procle la Sphère

Theocrit, Callimach apporte aveque toi,

Eschyl, Anachreon, Sophocle porte moi

Et la Chasse adressée à l'enfant de Sévère 3.

t. Dorat en était venu à avoir la réputation d'expliquer les prophéties et les oracles. Je signale l'étrange dialogue en latmoiut est introduit comme interlocuteur par le collecteur des Centuries de Nostradaams, Jean Aimes de Chavigny, beaunois (La p/'ëntt~re/'aee du .f9/:tM /7'.M~<Ms. Lyon, iS9'i. p. 30). L'auteur, qui dit l'avoir entendu expliquer Pindare in .P~/uH (p. 34 et 391), loue l'étendue desascicnee et ajoute: « Ëo te IngenioNatura parens dotauit ut et per te muenire multa et abstrusissima quaeque et ab oculis captuque caeterorum hominum remotissima m lucem euoc&t'e tibi facile sit ac promptum. x

2. Les pypnM<es csoBMs po~tyMMd<oae7t:MR~aytc&on. Pans, iS83, p. 279. Cf. sonnet à Muret, orateur du pape », p. ~0; ode à Dorat, p. SOI. Des vers liminaires de Dorat sont reproduits daM tes Poema<:a, part. t, P.

3. Pyemtère partie des Sonnets e.DoMy'tf~Hes de GéMjd-Marie Imbert, réeditée par Tamizey de Larroque, Paris et Bordeaux, 1872, p. 29. Le dernier


Le rayon des livres grecs dans la « librairie » de Ronsard montrait des confusions pareilles. Dans la plus savante de ses odes, celle qu'il adresse Au chancelier de l'Hospital, où il conte la naissance des Muses et le voyage des belles divinités auprès de leur père Jupiter, il a essayé de se reconnaître, au moins une fois, parmi la vaste littérature de la Grèce. Au-dessus de tous les autres, il met les poètes de l'époque primitive, celle d'Eumolpe et de Musée, de Linos et d'Orphée, qui a produit Homère et l'Ascrean » Hésiode. Ce sont là « les poètes divins », Divins, d'autant que la nature

Sans art librement exprimoyent.

Sans art leur naïve escriture

Par la fureur ils animoyent.

Les secrets des Dieux racontoyent

Si que paissant par les campagnes

Les troupeaux dans les champs herbeux,

Les Démons et les Sceurs compagnes

La nuict s'apparoissoyent à eux;

Et loin sus les eaux solitaires,

Carolant en rond par les prez,

Les promouvoyent Prestres sacrez

De leurs plus orgieux mysteres.

Ensuite est venue la « jeune bande » des « poëtes humains, degenerans des premiers o, dont les vers s'éloignent « bien loin De la saincte ardeur antique '), et Ronsard désigne pêle-mêle sans les nommer Théocrite, Apollonios, Lycophron, puis en bloc les tragiques et les comiques d'Athènes

L'un sus la flûte departie

En sept tuyaux Siciliens

Chanta les bœufs, l'autre en Scythie

Fist voguer les Thessaliens;

ouvrage est le poème d'Oppien, les Cyney~tyues, dédie à l'empereur C-aracatia le premier de la liste est désigné par son titre en tête de l'ode de Honsard A son /a~);;iM '~éd. Laumonier, t. II, p. 313)

.t'ay l'esprit tout ennuyé

D'avoir trop estudié

Les Phenomenes d'Arate

Il est temps que je m'esbate

Kt que j'aille aux champs jouer.


L'un Est Cassandre furieuse L'un au ciel poussa les debas Des rois chetifs, l'autre plus bas Traina la chose plus joyeuse

Après ces poëtes humains H et « par le fil d une longue

espace », les Muses ont encore inspiré « les prophètes romains », sans leur accorder les dons des premiers, ni même des seconds parmi les Grecs. Ces velléités de classHication~ont a noter, mais elles ne persistent pas dans la pensée de l'écrivain; lorsqu'il compose l'TT~/y~ne de la Mort, tout. est brouillé et confondu On ne voit aujourd'huy sur la docte poussiere

D'Helicon que les pas d'Hesiode et d'Homere,

D'Arate, de Nicandre et de mille autres Grecs

Des vieux siecles passez, qui beurent à longs traits

Toute l'eau jusqu'au fond des filles de Mémoire. 2

On ne se trompe guère en faisant remonter aux idées de Jean Dorat les illusions de cette sorte, qui égarent nos poètes d'autant plus facilement qu'ils ont plus d'information et de lecture. Un exemple surtout demeure célèbre. L'helléniste qui les a guidés ne semble pas s'être aperçu qu'il n'y a rien de commun ep,tre Homère et Lycophron de Chalcis, qui représentent les points extrêmes de sa vaste investigation littéraire et il étudie presque aux mêmes titres l'Iliade et la Cassandra s, dont le texte vient de paraître à Baie accompagné du commentaire byzantin, de Tzetzès 4. Dorat a fait aussitôt de ce poème son butin préféré, et le versificateur de la Pléiade ptolémaïque va jouir, grâce à lui, aux bords de la Seine, du regain éphémère d'une .gloire qui a peu duré sur les bords du Nil.

1. Strophes xvii-xvm. Ed. L., t. II, p. 139-140; éd. EL, t. II, p. 87-89. L'ode, définitivement classée la dixième du livre I, a paru d'abord au_cinquième livre pubtié en 1SS2.

2. Ed. L., t. IV, p. 365; éd. BI., t. V, p. 240. L'hymne a paru en iSSS. 3. «~o~erum, Pindarum, J~~copAroyteMe<ce<e/'a'<TraecMe!umMaut~ypretabatur » (Papire Masson, Elogia, éd. cit. Pans, 1638, 3" p., p. 284). 4. L'édition venait d'être donnée à Bâle, chez Oporin, en 1546 par Arnoldus Perexyius Arienius et Nie. Gerbelius, après l'édition. partielle de iS13, dans laquelle Alde Manuce avait déjà uni ce nom à ceux de Pindare et de Caiiima~ue. Pour les .PAe/tonM/ta d'Aratos,, Dorat faisait usage d'une.édition de Paris. Pour Apollonios et Nicandre, on se servait des Aldines, en attendant les éditions d'Estienne et deFédérie Moreit.qui ont dû se trouver plus tard entre les mains de Ronsard.


L'ouvrage n'est, comme on le sait, qu'un long monologue de la prophétesse Cassandre sur la ruine d'Ilion et la destinée future des héros Troyens et Achéens. L'érudition la plus indigeste, l'abus des allusions historiques et fabuleuses en rendent proverbiale l'obscurité, et Meursius a intitulé son édition Z~co/~ro/ns Alexandra poema o~cu/'u/K. A cette confusion s'ajoutaient celle des commentateurs et l'interpolation, non reconnue alors, des passages sur la conquête du Latium par Enée et sur celle de l'univers par les Romains. Tout cela ne faisait que rendre plus précieux le « ténébreux » Lycophron pour les curiosités de la Renaissance. Cellesci sont attestées par les traductions latines que vont tenter successivement Guillaume Canter et Joseph Scaliger 1. Remarquons que l'un et l'autre, liés avec Dorat, sont plus ou moins inspirés par lui pour ce travail difficile, désiré par les poètes de l'entourage de Ronsard Ses distiques grecs, qu'il faut chercher en tête de la publication de Canter, font à Lycophron un mérite de tant d'ombres sibyllines L'engouement de ses élèves témoigne mieux encore de cette popularité singulière. Un commentateur des premières Odes a loué le travail fait par Dorat « en demellant les plus desesperés passages de l'obscur Lycophron, que nul de nostre age n'avoit encores osé dénouer )) C'est une besogne où la philologie a besoin d'être aidée d'une sorte de divination, que Ronsard ne manque pas de célébrer chez un homme 1. Cf. Bernays, J. J. Scaliger, Berlin, 1855, p. 272. L'édition deJ. Meursius est de Leyde, Elzévir, 1697.

2. Van Giffen écrit d'Orléans à Buchanan « Basileae editus est proxime Lycophron a Cantero nostro cum Scaligeri filii versione antiquitatis plena, stylo Pacuuiano. Auratus hisce diebus Poetae Regii titulo donatus, et satis ample honorario et annona annua docendi munus, ni fallor, omittit. Aureliano, 17 cal. feb. 1567 ». (Buchanani op. omnia, Leyde, 1725, t. II, p. 726.)

3. Lycophronis Chalcidensis Alexandra siue Cassandra, cum versione latina Gu~'f~nt Canteri. Eiusdem Canteri in Fa/ndeM adno<a<to/!es. Apt7f/ /~eroft!/7nuyK Co/?tmp~nu/ S. 1. 1566. Le travail de Canter, sans les vers liminaires, est reproduit avec soin dans l'édition de H. G. Reichard, Leipzig, 1788; Dorat y est cité aux p. 54, 85, 158.

4..Les <jT~a<e jUrp/Hters /t0/'es c/es Oc~M c~e P<er/'e (/e ~o/tsay'J VaK(7o/?!OM. 4. Les quatre premiers livres (commentaire de fameuses anagrammes Paris, G. Cavellart, 1:50, fol. 159 (commentaire des fameuses anagrammes grecque et française de Dorat sur le nom de Pierre de Ronsard). Onattribue ce trop court commentaire à Jean Martin,-l'architecte écrivain qui a traduit Vitruve, Alberti, Serlio et le Songe de Poliphile. Cf. Pierre Marcel, f'/t<')t/f/afMa<Ff;r, ./fa/t .~a;7, Paris, 1M3.


Renommé parmi la France

Ainsi qu'un oracle vieus,

Pour dénouer aus plus sag~es

Les plus ennoués passages

Des livres laborieus

Guillaume Canter, qui fut un des meilleurs élèves de Dorat, a mis en tête de sa traduction de la Cassa~a les distiques g'recs de son maître qui la recommandent il nous informe aussi de la part que prit celui-ci à l'amélioration du texte, et nous savons qu'il lui avait dédié son abrégé en vers anacréontiquos composé pour l'éclaircir~. Maisc'estun autre écolier qui nous montre Ronsard dans l'auditoire. Le médecin Frédéric Jamot, de Bétmme, helléniste habile et auteur d'odes pindariques en grec imprimées plus tard chez Plantin, rappelant les souvenirs de sa jeunesse et les explications précieuses de Dorat sur Pindare (D~caët carmins et/en:), mentionne avec plus d'Insistance encore les mémorables leçons sur Lycophron. Pour éclaircir son auteur, le maître recourait au commentaire de Tzetzès de Chalcis, récemment publié pt non moins obscur que le poème

~M M~i's nodos, P/i/'t/yi'ae aefHy/Ka~a M<M,

CAa~c:W:ea cruoft~a/nyyaeca no~a~ manu,

6'nt~ruf conHen/ens s~t/Msas app~tca~ aures

t. Même édition, M. 23 v" (ala~ofO/'a~). Ëd. Laumonier, t. I,p. 127. Aux témoignages du goût de la Pléiade pour Lycophron s'ajouterait celui que cite G. Colletet dans sa vie inédite de l'angevin Pascal Robin, sietit' du t-ux (fol. 424). Celui-ci contait ses études à des amis

Or Lycophron et la prison obscure

De sa devine enferme mes soucis.

2. Voici t'épigramnie de Docat non reoueittie dans ses œuvres RIE ATKO-&PONA IQANNOT AYPATOY EniPPAMMA *s5, T~ OH~!)p J:0r6 T!):Bï(X (I[6uXX[<XMV SyOp.EuTSV

6)«:9LY\0~, &{ 96~; ~K~EO; OO~)~!

ti p' ~TM'~ Td II~W.'0~ ~0; YE [JLK~'ef'tXCt tOStO

Meav 8< jJLavtt)v el<:6 -c& ~.oMOKdXMV.

ou ystp 'A~e~vSpN ~MtBect sep stsev Nt &X~cô~

U.XtVOp.S'q, ppOVS<t)V ~KTO v0\' AuX~pNV.

3. Il dédie une de ses premières publications & son maîtrÈ d'Utrecht (Co;'Me~o t'a~e/'to 'f~), comme il vient, dit-U, de !At!fe pouf son m&itrc de Paris « Sicut ante dies aliquot Lycophronis Ot'MMÎorum conjpcndmm versibus breuibus utraque lingua conscriptum Aura~to misi. ? (Art's~c~'s .S'/a~/r~a~peph' /a~mp)!~u/K ~:ue ~yount /fofHe)'eo)'H!K epHap/Ma MMcpW~t<~i.ift<)i«o f'M~~u~a, BiUe. l'iSO~.


Turha, Lycophronios erudienda modos.

Addit se soctunt et soc:o~su~)ere~n!'ne< omnes

7?orMay-(Vu. pa<<'aefna.r!~u~ ay<e lyrae. t

Ronsard lui-même attestera l'influence des leçons de Dorat, non seulement par quelques imitations de Lycophron assez laborieuses, maison plaçant la prophétie de « Cassandre furieuse à côté des Argonautiques d'Apollonios, parmi les plus grands poèmes que les Muses ont inspirés aux Grecs 2 et l'on se rappelle de quel accent vigoureux il l'évoque au début de cette chanson à sa dame, où il confond; par un jeu pédantesque qui lui est familier, la belle Cassandre Salviati et la fille de Priam D'un gosier masche-taurier

J'oy crier

Dans Lycofron ma Cassandre,

Qui prophetize aux Troyens

Les moyens

Qui les réduiront en cendre. 3

C'était encore à l'autorité de Lycophron, ou plutôt de Tzetzès rapportant une anecdote de la cour de Ptolémée Philadelphe, que seréféraient Doratet d'après lui Du Bellay, pour « remettre en usage les anagrammatismes », dont la Pléiade française a tant abusé. Du Bellay garde le goût assez sûr pour ne pas trouver dans les défauts de la Cassandra des gages du génie de l'auteur et ne voudrait pas dire « que Lycophron feust plus excellent qu'Homere, pour estre plus obscur, et Lucrece que Virgile pour ceste mesme raison » Ces opinions n'en étaient pas moins professées par quelques néophytes enthousiastes.

1. Fed. lamotü medici Betlxuniensis Vari:t poenaata graeca et latina,

1. ~M. /an)o<(: /;iM~Ct B<'<AunMn.t's Va/'t:t pof/Ma~a grraeca e< ~<a, Anvers, Moretus, 1593, p. ii4. Cet ouvrage, qu'a signalé Louis DeiarueUe, contient des odes pindariques, dont l'une est dédiée à George Buchanan, des distiques latins adressés à J. du Bellay, des distiques grecs dédiés à Henri Estienne à propos de son édition d'ac;oyt, et les contributions de l'auteur aux « tombeaux" de J. Straceel, P. Galla.nd etTurnèbe, professeurs au Colteg'e royal, dont !1 a suivi les leçons en même temps que celles de Dorât. Ces indications, je crois, permettent de dater son séjour à Paris. 2. Ed. L., t. Il, p. 140 (ode au chancelier de l'Hospital).

:i. Les A/Mo~s, éd. Vaganay, p. 368. Cf. le commentaire'de Muret qui cite les vers du début de Lycophron, où Ronsard a trouvé le « gosier masche-Iaurier M foGtcvYjodtvMv so~Sx~v sx Axiu.Mv S~s) Les prestres et prestrnsses anciennement, lorsqu'ils vouloient prophetisfret chanter les oracles, mangeoient du laurier. » y t. ~<'f, t'-d.Chamard, p. 2-7'; et t5!


IX

Cette génération a visiblement attaché d'autant plus de prix à certaines études qu'elles lui ont coûté plus d'incertitudes et~de labeur. De là d'étranges ardeurs, dont l'âge suivant éliminera les excès. Au reste, Dorat n'est pas seul responsable des erreurs qu'on lui reproche Ronsard et Baïf l'y ont poussé, dans leur fureur de tout connaître, dans leur crainte de laisser échappe! quelque beauté dont pouvait se parer leur jeune muse. L'auteur des Af;Mes et des Passe~'ms en a jusqu'à la fin encombré ses ouvrages mais Ronsard lui-même se montre, pendant plus de dix années, comme grisé de sa science d'helléniste. Bien qu'on sache les ressources et l'ennoblissement qu'en a tirés sa poésie, on se prend souvent à regretter que l'apprentissage de sa pensée ait duré un aussi long temps.

Un pédantismè puéril se révèle dans la recherche systématique des fables les moins connues, des allusions les plus difficiles n saisir. Le commentaire de Muret fut nécessaire aux admirateurs de Ronsard pour comprendre le .P/'emMr livre des Amours dans une grande partie de ses détails. Ils devaient rencontrer avec soulagement les scolies par lesquelles s'éclaircissaient des vocables obscurs, brusquement jetées dans le texte, comme si le poète, dédaignant le suffrage du vulgaire, n'eût daigné écrire que pour des savants. Il y avait sans doute, de son temps, peu de lecteurs capables d'entendre, sans le secours d'un Muret, que n le dieu médecin » en qui « vit encore l'antique feu du Thessale arbrisseau », c'est Apollon, Ct qui premier inventa la médecine » et aima Daphné, « pucelle Thessalienne qui fut changée en laurier » que « la serve vertu du fort Thebain », c'est la vertu d'Hercule, serve « parce que tout ce que Rt Hercule fut en obéissant à Eurysthée x que « le Dulyche troupeau », c'est l'armée d'Ulysse, Dulyche étant une « isle de laquelle Ulysse étoit seigneur o que lesilambeauxduchef Egyptien », c'est la chevelure de Bérénice que les mots « ton dormeur de Latmie », quand on s'adresse à Diane, désignent Endymion, et que «le sentier qui roulle de travers )), n'est autre que « le cercle appelé Zodiaque 1. t. Exemples cités par J. Vianey dans la préface de l'édition Vagaaay, in<)ifju(''e ci-ttc'ssnus. p. xxvi.


Les rares lecteurs de Lycophron reconnaîtront dans ces allusions accumulées le procédé habituel du versificateur alexandrin. Il se justifie chez lui par le sujet, qui est une prophétie, où rien ne doit être exprimé d'une façon trop claire; chez les hommes de la Pléiade, cette imitation vient d'une aberration véritable. Des difficultés, qui nous arrêtent fâcheusement parmi les vers les plus beaux, n'étaient pas plus aisées à franchir pour les contemporains. On s'étonne qu'un livre destiné à plaire aux femmes en ait été tellement surchargé « Croyez-vous, écrira un critique, que votre Cassandre, pour qui vous aviez fait ce sonnet en eût une pensée si avantageuse ?. Pensez-vous que le Dolope soudart, le Myrmidon, le Co/'cj&e insensé, le Grégeois Pénelée, lui fussent des noms fort intelligibles, et n'étoit-ce rien pour une fille que d'avoir à déchiffrer toutes les fables du siège de Troie ?o 2 Les protestations trop justitiées qui s'élevèrent décidèrent sans doute Muret, dès la seconde édition des Amours (1553), à les « commenter )~. L'entreprise eut l'approbation de Dorat, en trois distiques grecs, qui ne reconnaissent l'obscurité de Ronsard que pour lui en faire un titre d'honneur (jo~s; aXX' &M~) Baïf, « frère d'alliance » de Muret, après avoir composé un sonnet liminaire pour la première édition du recueil, en écrivit un second pour le commentaire

Quand deux unis suivent une entreprise, Moindre est l'ennui, le courage plus grand. Ceci disoit, celle nuit qu'épiant

Le camp vainqueur du Troien endormi Tydide grec s'accompagna d'Utysse. Ainsi, Ronsard, de Muret t'aillant,

Fausse le camp du Vulgaire ennemi, Quoy qu'une nuit ton chemin obscurcisse

I. « Je ne suis point, ma guerrière Cassandre n (éd. L., t. I, p. 4). 2. Le Parnasse réformé, cité par Bayle, Dictionnaire, 2e éd., Rotterdam, 1702, s. v. Ronsard.

3. Les Amours de P. de Ronsard, Vandomois, /~ouu'p~ten< au<jr7Men.<eM par lui co/)tme/t<eM par Marc A~<ot<!e de Mure<. Plus quelques- Odes (le l'auteur non encor :n!p/'</neM. A Paris, chez la veuve Maurice de la Porte, 1553.

4. Hd. Vaganay, p. xLix. Les vers de Dorat ne sont pas reproduits avec les autres pièces liminaires des éditions.


Indispensable pour comprendre le détail du texte, le commentaire de Muret aide à replacer dans son momentl'activité de Ronsard à ses débuts et en donne la signification véritable mais il vaut d'être étudié pour lui-même. Écrit un peu vite, l'auteur ayant dû « autant composer par chacun jour comme les imprimeurs en pouvoient mettre en œuvre », c'est cependant un beau texte français, plein de suc, qu'on a trop négligé de notre temps Tous les emprunts du poète à des passages d'auteurs anciens, sans oublier les néo-latins, ni les Italiens toutes.les réminiscences mythologiques ou historiques sont relevés avec soin par le jeune érudit et expliqués au lecteur dans une langue claire et savoureuse3. Le travail dont il s'est chargé est considérable; ily attache du prix avec raison, « ayant usé de sa seule diligences pour les choses '< qui pouvoient se tirer des autheurs Grecs ou Latins M, et. d'éclaircissements personnels de Ronsard surlesens et l'intention de certains sonnets4. Celui-ci reconnaît l'importance de l'oeuvre, 1 On doit remercier M. Hugues Vaganay d'avoir l'ecueilli.les commenlaires de Muret et de Belleau dans sa belle et savante édition Z.es Amours de P. de Ronsard commentées par Jjfarc-~K<owe de ,Mu7'e< d'après le &M*<e de ~7S, Paris, Champion, 1910. M. Joseph Vianey y a mis une précieuse préface, qui est la première étude sur l'oeuvre de Mure.);, considérée surtput au point de vue philologique. Le commentaire des .4.MMWS a été traité bien légèrement par le dernier biographe deMuret, Ch.Dejob(~ay*c-<A~QMe Mt;c<. L'npro/Mscur/rançaMM ~a~:e, Paris, 1881, p. 28). On me permettra de rappeler que j'ai noté jadis les lacunes de c~t ouvrage dans un article étendu de la Revue c/'t'/t~He de 1882, t. I, p. 483.

2. Les Italiens sont Pétrarque, Arioste, Bembo, Lelio Capilupi et Renieri. Le commentateur de 1604 et, de nos jours; M. Jos. Vianey ont découvert d'autres emprunts qui avaient échappé Muret. Cf. la préface de Vianey, p. xvtn-xxxn.

3. Il est puéril de dénigrer Ronsard sur une phrase qui s'applique notamment à toute la poésie amoureuse d'alors et de bien d'autres temps Il n'y a point de doute qu'un chacun autheur ne mette quelques choses eu ses escrits, lesquelles luy seul entend parfaitement: comme je puis bien dire qu'i) y avoit quelques Sonets dans ce livre qui d'homme n'eussBnt jamais esté bien entendus, si l'autheur ne les eust, ou A moy ou a quelque autre familièrement declarez. Cette observation se relie à la phrase précédente « Et pleust à Dieu que du temps de Homere, de Virgile, et autres anciens, quelqu'un de leurs plus familiers eust employé quelques heures à nous esclaircir leurs conceptions, nous ne serions pas aux troubles auxquels nous sommes pour les entendre M (éd. Vaganay, p. nv). ). 4. Commentaire du sonnet Desoins mordans et de soucis diverse Ce Sonet a été fait contre quelques petits Secretaires, muguets et mignons de Court, lesquels ayant le cerveau trop foible pour entendre les escrits de l'Autheur, et voyans bien que ce n'estoit pas leur gibier, à la coustumedes ignorans, t'eignoient reprendre et mespriser ce qu'ils n'entendoient pa.8 » ~éd. Vaganay, p. 361;. i.


en laissant mettre aux feuillets préliminaires le portrait de son ami en même temps que le sien. Muret rend service en effet, non seulement à l'auteur, mais à l'école entière, en imposant silence aux « abbois de l'ignorance populaire et en vengeant d'attaques injustes le chef qu'elle s'est donnée,

lequel, pour avoir premier enrichy nostre langue des Grecques et Latines despouilles, quel autre grand loyer en a-t-il encores r'apporté? ~'avons-nous pas veu l'i ndocte arrogance de quelques acrestez mignons s'esmouvoir tellement au premier son de ses escrits, qu'il sembloit que sa gloire encores naissante deust estre esteinte par leurs efforts '? L'un le reprenoit de se trop louër, l'autre d'escrire trop obscurement, l'autre d'estre trop audacieux à faire de nouveaux mots ne sachans pas que ceste coustume de se louër luy est commune avecques tous les plus excellens Poëtes qui jamais furent i que l'obscurité qu'ils pretendent n'est que une confession de leur ignorance; et que, sans l'invention des nouveaux mots les autres langues sentissent encores une toute telle pauvreté, que nous la sentons en la nostre Mais le temps est venu que presque tous les bons esprits cognoissent la source de ces complaintes, et d'un commun accord se rangent à soustenir le party de ceux qui taschent à dessiller les yeux du peuple François, ja par trop long temps bandez du voile d'ignorance 2. C'est un pur travail d'humaniste que Muret a accompli, en commentant Ronsard de la même façon qu'il fera plus tard pour tant d'écrivains de l'Antiquité. II répond aux gens qui pourraient trouver étrange qu'il se soit « mis à commenter un livre François et composé par un homme qui est encore en vie. Mais veu qu'il y a beaucoup de choses non jamais traitées, mesme des Latins, qui me pourra reprendre de les avoir communiquées aux François?» Muret, qui deviendra bientôt la grande lumière professorale du Collège Romain, saisit avec entrain une occasion d'enseigner ses compatriotes et de les fournir des connaissances diverses nécessaires pour bien goûter l'oeuvre de son poète comme celles des Anciens. Il n'a pas besoin d'autres raisons pour justifier le tra1. Ronsard n'a pas conserve, dans ses revisions, tous les mots nouveaux qu'il introduisait et la plupart de ces suppressions lui ont été suggérées par Muret lui-même. Quoiqu'on ait pu dire, il n'était nullement entêté de néologismes. V. l'étude de Vianey, p. II-X.

3. t~ette préface de Muret est dédiée à Adam Fumée, conseiller au Park'tncnt de Paris, <)uc Ronsard ne nonunc imUt; p.n't.


vail considérable auquel il s'est livré; il lui importera peu que des railleurs, quelques-uns assez fins, s'en soient moqués Pour la mythographie notamment, Muret mérite d'autant mieux d'être consulté qu'il s'étend avec abondance sur les légendes antiques, encore peu familières aux lecteurs français,et parmi lesquelles Ronsard accueille souvent les plus abstruses. Le jeune commentateur prend soin d'indiquer ses sources qui sont, la plupart du temps, celles même où le poète a puisée. C'est ainsi qu'il narre au lecteur, à mesure que les sonnets des Amours lui en fournissent le prétexte, les histoires de Prométhée, d'après Phérécyde (de Leros), « le commentateur d'Apolloine [Apollonios de Rhodes, et Valere Flacque, au quatrieme et cinquieme des Argonautiques ))3; de Bellérophon, « comme raconte Pindare aux Olympies M de Phinée et des Harpyes, selon ApolloniosetVaIerius Flaccus' d'Orphée, d'après Pindare, Apollonios etOvide~; de Tantale et d'Ixion, d'après Homère, Pindare et « ses interprètes », Euripide, Virgile et le commentaire de Didyme « sur le vingt-uniesme de l'Odyssée ))~ de Sisyphe, d'après les scjioliastes d'Homère et de Pindare s de Télèphe, roi de Mysie, blessé et guéri par Achille, d'après Dictys et « le commentaire de Lycofron », avec citations d'Ovide, de Pline et de Claudien celles 1. On en verra un exemple, à signaler pour d'autres raisons aux curieux, dans le ms. 843 du fonds Dupuy, fol. 168. C'est un commentaire, dans le genre de celui de Muret, sur le fameux sonnet de Florent Chrestien contre Ronsard, où le mot Pléiade est prononcé. Il y a la une fine critique du genre, que j'attribuerais volontiers à Chrestien lui-même. 3. Ils ont l'un et l'autre une prédilection pour les sources alexandrines. Laumonier, qu'il faut consulter sur ce point, p. 378 sqq., indique un recueil de mythologie et d'astronomie mythologique paru à_Bâle, en 1S3S, et qui contient, outre P'utgence et d'autres auteurs, les textesgrecsd'Aratos (.P&aTMMfna) et de Proclos (Desp~era) avec une traduction latine. Nos poètes~ ont pu lire aussi le De ~Mea~o~M (7eo;'um de Boccace, réimprimé à Bâle en i532 et souvent « allégué par Lemaire de Belges.

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3. Ed. Vaganay, p. 12 et 13.

4. Ed. Vaganay, p. 33.

3.Ed.Vaganay,p.3~.

6. Ed. Vaganay, p. 134.

7. Ed. Vaganay, p. 88-89.

X. Ed. Vaganay, p. 90.

i). Ed. Vaganay, p. 234-23.6. Citons ici un exemple de l'allusion rongardienne

Ainsi jadis sur la poudre Troyenne,

Du soudart Grec la hache Pelienne °

Du Mysien mit la douleur à Rn

Ainsi le trait que ton bel ceil me rue

D'un tnesme coup me guarist, et me tue.


d'Ulysse et de Circé, de Prog'né et de PIiitomèle, et beaucoup d'autres. Il « récite )) la fable de Jupiter se transformant en pluie d'or pour séduire Acrisie, qui est « en la métamorphose d'Ovide », mais il ne fait que mentionner celle d'Europe, « parce que Baïf l'a divinement déscrite au livret appellé Le ravissement d'Europe; on la pourra prendre de là » 1.

Fidèle à ses intentions didactiques,, le scoliaste attentif insiste de préférence sur les légendes le moins connues, contant par exemple à loisir celle du serpent écrasé par Hélène sur le rivage d'Égypte, à son retour de Troie, et qui est « prise des Thériaques de Nicandre )) « Helene, marrie de la mort de son pilote [Canope], accourut et de colère écrasa de ses pieds l'eschine de ce serpent, et luy en fit sortir les entrailles et les nerfs qui font la'ligature du dos.Depuis ceste heure, les serpens ont toujours glissé à doz rompus » Notre humaniste narre avec verve, d'après la T~Aeoyo~'e d'Hésiode, la naissance de la déesse que le sonnet de Ronsard nomme « l'escumière fille », en lui comparant sa maîtresse « s'habillant au matin », et c'est une, occasion de citer une strophe des Amours de son cher Baïf, un sonnet italien fait par Messer Lelio Capilupi » et « un épigramme de Léonide )), sur le fameux tableau d'Apelle, qui lui a semblé « merveilleusement gentil » 3. C'est d'ailleurs, une de ses joies d'imprimer des passages grecs plus souvent que des passages latins. Il glane en chemin une foule de menus détails sur l'origine du nom des divinités, sur l'emplacement des lieux antiques cités dans les sonnets, etc. Il s'attache également à éclaircir les allusions philosophiques de Ronsard, la théorie des atomes (« Ces petits corps qui tombent de travers.))) selon « Empédocle, Epicure, et leurs sectateurs )) il explique le sens du mot enté-

1. Sur le sonnet xx. Ed. Vaganay, p. 45.

2. Ed. Vaganay, p. 144. Muret cite plusieurs fois ce poète que Ronsard a beaucoup lu. De même, à propos du sonnet « Celuy qui boit, comme a chanté Nicandre », Belleau parle « De l'Aconite et des remedes alleguez dedans les Allexifarmacques de Nicandre Ronsard lui-même, dans le petit commentaire de quatre odes cité plus loin, mentionne « la fable dans les Theriaques de Nicandre, de l'ânesse qui portoit la déesse Jeunesse sur son dos. »

Ed. Vaganay, p. 82 (v. p. 159 le grand éloge de Baïf).

4. «.Comme on peut veoir dans Lucrece et dans Ciceron en plusieurs lieux ». Ed. Vaganay, p. 74.

N<n.nA< Hons.'H'J e/ ~tU)t;!tttsme.


&'c/M'e d'après Aristote («Estes vous pas ma seuleEntelechie? '), le sens platonicien du mot « idée a, que le poète emploie sij~ré~quemment, l'allégorie des deux .chevaux (le noir représentant « un appétit sensuel et désordonné guidant l'ame aux voluptez charnelles le blanc, « un appétit honneste et moderé tendant tousjours au souverain bien o), qui est « extraite du Dialogue de Platon nommé Phaedre ou De la beauté )'. On jugera que les connaissances de cette nature ne sont pas nécessairement familières aux lecteurs d'un recueil amoureux.

Ces commentaires d'un confident de la pensée du poète équivalent souvent a ceux qu il aurait pu donner lui-même. Mais nous avons, pour le petit recueil des quatre odes qui suit les Amours, des annotations qui sont précisément de Ronsard et deviennent, à ce titre, fort précieuses 3. Leur authenticité ne semble_ pas douteuse et leur composition s'explique, ainsi que celle du grand travail de Muret, par les critiques que certains amis de l'auteur lui avaient faites sur l'obscurité de ses trop savants passages, qui déconcertaient son meilleur public. Michel.de l'Hospital venait d'en écrire a Jean de More! .Von e~py'ae~erNu~endHnï ut M :M a&s~ea</2ou:.s et UMO~M, .~uu~ lacère Acceptant cet avis sincère, Ronsard comprenait au moins la nécessité des scplies pour quelques expressions singulières et aussi pour quelques fables, dont il indiquait l'origine de cette façon

1 Ed. Vaganay, p. '?. Remarquons qu'à cette date Muret prend parti contre Ramus, quand il s'étend sur «ce grand At'istpte, duquel l'érudition a toujours esté célébrée par les doctes, et de nostre~ temps en, l'UtuversitÉ de Paris, comme à l'envy, clabaudée par les Igtiorans M.

2. Ed. Vag~nay, p. 47.

Elles n'ont été imprimées qu'une fois, dans l'édition de iS53, tandis tjue tes commentaires de Muret sont rep.roduits dans toutes les éditions du xvt" et du~vn" siècle. Aucun éditeur moderne ne les a connues. On les doit à Laumonier, qui les a publiées comme attribuables à -Ronsard dans tn .R~w d'At' ~t«. de la F/'ance de 190S, p. 35B-3S3. On ne voit pas, Muret étant exclu puisqu'il y est cité, de qui ces notes pourraientj&tre, binon du poète tui-même. I) n'y a guère que lui, par exemple, qui pu tuettre à l'ode IV cette note charmante Les plis de sa ro&e pfw/~e. Les feuilles vermeilles repliées l'une pres de l'autre, comme les plis d'un:beau vestement. »

I.ettrc du ['décembre reproduite dans ce livre. Cf.~euue (f'/nf!<. de la France de 1899, p. 3S5. 5. ~.es p''fs?n.5 de Ce;'és, les blés.ouuefM;e, jeunesse, vieil mot françois », etc.


T~ec~re~, fut la seconde femme de Thésée, lequel accusa à tort son lillatre Ippolite fuiant l'ire de son père Thésée deschiré par ses chevaus mesmes mourut sur le bord de la mer. Voi Oppian au livre qu'il a fait des poissons. 7~6~'), fille de Menandre, fut teilement'amoureuse de son frère Caunus, que laissant toute vergougne requise et à une S(cur et à une' puceiïe, osa bien soUiciter son frère Caunus de son deshonneur, leque) la refusant, de dépit elle quitta le pa'fs et s'enfuit en Phrygie, où elle fut muée en fontaine, qui porte encore aujourd'hui son nom. Voi le neuvième livre de la métamorphose d'Ovide. /~nt/re), pour jouir de s'amie Eron, passoit toutes les nuits le destroit d'Lllesponte nommé aujourd'hui le bras Saint-George. Et advint que, comme il passoit l'yver par là, pressé des vens et de la tempeste il fut noïé. Voi ce qu'en a escript Musée. L'anesse), voi la fable dans les Theriaques de Nicandre de l'ânesse qui portoit la deesse Jeunesse sur son dos, etcommeà à la fin elle la donna à un serpent nommé T'~x~.pour lui enseigner quelque ruisseau pour boire

Une partie du travail de Muret a porté sur l'éclaircissement des termes obscurs employés par le poète et qui font de lui, à ses heures, un auteur difficile. Mais les Amours sont, sous ce rapport, assez dniérents des Odes c'est dans celles-ci que Ronsard a usé sans modération de son vocabulaire d'épithètes à forme grecque et latine, qui pouvait déconcerter bien des lecteurs. Ce sont, la plupart du temps, des qualificatifs tirés du grec, ('< père'Bromien )), « bords Piseans », « ondes Aganippides », « ruisseaux Pimpleans, H etc.), incompréhensibles au lecteur profane qui n'aurait pas sans cesse sous les yeux le Aifay/n~ Elucidarius ou ce Z)<c/Mna/'<u/K proprium nominum de Robert Estienne, dont Ronsard lui-même a dû se servir N'évitant pas d'étonner les « ignorants H et y prenant sans doute quelque 1. Cf. Nicandre, éd. Lehrs, Paris, I84C. T~M-taca, v. 333-358.

2. Les premières notes portent sur Les Isles /bt'<t7/:<'M la dernière, sur l'ode a Amhroise de la Porte. Ronsard cite encore dans ces scholies Homère, Pindare en ses Pythies », « le premier de la Métamorphose », et deux livres de la Thébaide de Stace. Laumonier relève des notes marginales plus courtes, également de Ronsard, expliquant l'élégie à Jean de Morel, qui sert de dédicace à la Nouvelle Continuation des Amours (renvois à la 4'' 7-<tyue et au liv. IV d'Apollonios).

3. Ce répertoire des noms propres des auteurs anciens a été imprimé eu 1541. Le <poy;'ap/nis regius en fait valoir la nouveauté dans sa courte préface, ainsi que l'utHité pour l'intelligence des poètes. Il ne cite avant lui qu'unpetitlivre fort incomplet (/:j6<us qui Elucidarius carminum vulgo t'nf!c/A/<u/'), qui est le Alagnus .E'<'uc:c/a/'t'us édité par J. Petit, Pans, 1516.


plaisir, il use assez noblement de ces ressources verbales, quand il mêle les divinités aux jeux familiers de son imagination; telle de ses prières païennes sonne à la façon des Hymnes orphiques

0 Père, o Phebus Cynthien,

0 Saint Apollon Pythien,

Seigneur de Dele la divine.

Le plus souvent, il abuse du procédé et, lorsqu'il aborde Bacchus par exemple, chacun des mots qu'il emploie appelle la glose. Dès le « folastrissime voyage d'Hercueil » (1549), II s'est amusé à nommer le dieu du vin de maint nom. singulier que lui suggèrent ses lectures (« Nysean, Père Evien, Lynean))) puis sa mémoire s'est enrichie de toutes les légendes dypnisiaques collectionnées par les Anciens et dont chacune comporte une dénomination nouvelle. Dans l'jHym~e de Bacchus (~S~),il_en déchaîne la litanie retentissante

0 Cuisse-né Bacchus, Mystiq, Hymenean, Carpime, Evaste,Agnien, Manique,LeMean, Evie, Evoulien, Baladin, Solitere,

Vangeur, Satyre, Roy, g'erme des Dieux, e~ pere Martial, Xomian, Cornu, Vieillard, Enfant, Pean, NycteUan Gange vit trionfant

Ton char enorgueilli de ta dextre fameuse, Qui avoit tout conquis jusqu'à la mer gemmeuse

Par ces invocations sonores 2, le poète et ses amis (car~il n'était pas le seul n s'en servir) s'imaginaient évidemment reproduire~ le 1. La deuxième partie du poème, qui contient ce morceau, est imitée de l'7~fKM<!s Bacc/to de Marulle, où figure une litanie semblable mais celle de Ronsard est mieux fournie. Celle des Dt~rsM~M me semble calquée sur la sienne. V. les observations qui seront présentées plus loin à propos de Marulle. 2. Il y en a une suite notoire dans les Df~yrant&es r~et<< à !a pompe du bouc de Jodelle (iSSS), insérés au Livret de Fo~as~'MS (18S9). Cert.a,ms érudits, en étudiant cette pièce trop fameuse, se refusent à y reconnaitre une œuvre de Ronsard. Ni le style, presque toujours plat, disent-ils, ni le rythme, souvent boiteux, ne sont de lui. On peut admettre, je crois, la collaboration de Bertrand Bergier pour les parties les moins heureusement venues de ces vers libres. Au reste, le groupe entier des compagnons de Jodelle a pu y participer, par manière de jeu. Ainsi s'expliquerait que ce morceau de Ronsard fût resté si amusant pour la Brigade et les amis du poète.


délire sacré des Corybantes et desMénades et retrouver certaines formes des cultes de Bacchus et de la phrygienne Cybèle, dont on n'ignorait point les contacts antiques Mais, en bon poète lyrique qu'il était, Ronsard, s'enchantait surtout de la beauté des vocables. La musique des mots qu'il créait plaisait à son oreille, au même titre que le fameux refrain Iach, <ac~, évohé formé des appellations mystiques du jeune dieu. Ces jeux inoffensifs, ces essais dont la langue ne profitait guère, mais où le vers français n'était pas sans s'assouplir, ont fait beaucoup de tort à la réputation de Ronsard et lui ont été reprochés autant que ces fameux mots composés, si rares en somme dans son œuvre et qui ne caractérisent nullement son vocabulaire. Bien des critiques ont dénoncé sans autre preuve son « faste pédantesque », et ces fantaisies de sa muse, auxquelles il cessa lui-même assez vite d'attacher du prix, ont contribué injustement à le discréditer auprès de sa postérité littéraire.

X

Le commentaire sur les Amours forme une sorte de répertoire des connaissances de nos poètes à la date où il est publié. Presque tous les auteurs anciens qu'ils ont lus s'y trouvent « allégués », et l'on distingue aisément ceux qui devaient être le plus familiers à Ronsard. Muret nous dit, par exemple, qu'il avait pris de Théocrite sa devise-amoureuse, M-; 'M:~ «~ sjj~ « c'est à dire que la premiere fois qu'il vit Cassandre, il devint insensé de son amour » Les écoliers de Dorat pratiquaient, en effet, avec une ardeur singulière les œuvres de Théocrite 3, et leur professeur avait consacré à son texte des recherches particulières [. Cf. Laumonier, p. 380-382, pour l'indication des sources utilisées. 2. Je ne vois, sauf erreur, cette devise de Ronsard citée nulle part ailleurs..Ed. \'ag'anay,p. 9 Muret vise les vers du sonnet II Quand je la vy, quand mon ame esperdue

Perdit raison.

3. Dans son commentaire sur Lycophron (paru en 1586), Guillaume Canter donne l'indication suivante, à propos de Troilus, frère de Cassandre '( Hpitaphium eius elegantissimum extat apud Theocritum, j~M~oB nomine, quod cum a nernine ante intellectum fuisset, primum I. Auratus regius in GaUia linguae graecae professor, diuino vir ingenio atque eruditione sin~utari. dextprrime. ut reHqua TheocrLti omnia.et emendauit et pxpo-


et de nombreuses leçons. Quelle étude passionnante que celle qu'ils firent avec lui du dialogue des &acMaMM Les découvertes sur le poète qui les charmait étaient loin d'être complètes et ils se tenaient au courant des- recherches faites, à son sujet Ils lisaient sous le nom deThéoopite les fragments de Bion et de Moschos que leur présentaient les deux éditions parisiennes, celles de Wechel(la43) et de Guillaume Morel (15S&). Mais Ronsard avait distingué tout au moins l'œuvre de Bion, lorsqu'il composa, en son temps d'enthousiasme pourAnacréon, des odelettes de caractère anaeréontique tirées K de Bion, poëte grec M II devait sans doute cette information à Henri Estienne, le meilleur investigateur de manuscrits qu'il y eût alors en France, qui avait rapporté de 'Florence des renseignements précieux. Une petite publication d'Estienne chez Alde révélait les noms de Bion et de Moschos, avant que les.éditeurs se décidassent à isoler les morceaux qui restent d'eux

suit. Vide Nouas LecHones nostras » iZ-t/co/~AyoKM .t&M'Mf7/'a, 1566, snb v. 308. Cf. p. !)4 de l'édition Reichard~. Corbinelli écrite Pinelli, en ISM Mandovi ii luog-o di Teocrito, quelle m'è dette che è belle, et è d.elF Aurato se cosl parra a voi, potrei forse vedere se ce n'è più (Rita et Aristido Ca)derini, ~luto/'t f~'cct nelle epistole di J. Co7'Z)Me/M, Milan, 191S, p. 73). Jean Le Maste, dans /.<'sA*ouM~es 7?f'c;'ea<Mns~oé'<t'yues, Paris, 1S80, fol. '}2v' rappelant qu'il a suivi « dedans Paris les teçons de Turnèbe et de DofRt, dit à ce dernier

La je t'ouy du grand Lyriq' de Thobe

hiterpreter lés œuyres doctement

Et Theocrit a!oi's soudainement

D'un chaud désir mon ame fut saisie

De suivre icy la douce pofsic.

h Sur l'idylle XV, v. p. T8, n. 2.

S. Une communication de Claude Dupuy à Pierre Dethene peut tire relevée, car elle est en fait adressée à Dorat, dans âne lettré écrite :d& Padoue en juillet 1S70 « Mitto tibi versus Theooriti nunc primum a M. Antonio Gt)batdino Veneto iuuene supra aelatem, ut audio, erudito, qui Romae apud Cardinalem Sirletum viuit, ex codice per&ptiquo in luoèm reuocatos quos tibi ~ratiorea fore confido quam nuspicioneg, ve! pottus nugas meas. Eos velim oum Aurato, Lambino et Passeratto communicës eorumque de illis iudicium, tuumque item ad me prescribas fBibi. nat-, fonds Dupuy.fo!. 14).

3. « La belle Venus un jour o, aux J7es/an~cs de 1SM: « Chere Vesper, lumière dorée », dans la Continuation des j;intonr$ de }S8S '< Un enfant dedans un bocage dans la A~ouMMe Con<MM<tM de iSS6 (sans indication de l'auteur imité). Muret mentionne de Bion « quelques fragmens qui nous sont restez de ses Bucoliques (éd. Vaganay, p. 499).

Hinn ft Moschnsnf sont édités sépafément qu'& partir de t SOS .Kof!-


Les réimpressions fréquentes des bucoliastes grecs montrent l'intérêt qu'on portait en France à des poètes qui ont si souvent inspiré les nôtres. Même alors, cette imitation, recommandée d'ailleurs par l'exemple de Virgile et de Sannazar, n'était nullement une nouveauté. Saint-Gelais, Forcadel et d'autres la pratiquaient avant ceux de la Pléiade l'églogue allégorique commençait a pulluler en France comme en Italie, et tentait les versificateurs les plus médiocres. Le succès de Sannazar avait été prodigieux Du Bellay l'honorait en bonne place « Chante moy d'une musette bien resonnante et d'une fluste bien jointe ces plaisantes eclogues rustiques à l'exemple de Theocrit et de Virgile, marines à l'exemple de Sennazar,'gentilhomme néapolitain » 2. Tout le monde croyait facile de suivre ces modèles, parce qu'il était aisé de les goûter.

Dans la Brigade, l'exemple fut donné par Dorat lui-même, salué comme l'importateur du genre en latin;) ses Poematia sont suivis de deux livres d'églogues, où dialoguent des personnages notoires à peine déguisés Belleau en a rempli sa .Beygrerie, et la pièce qu'il composa sur la mort de Du Bellay, à l'imitation de celle de Bion sur la mort de Théocrite, a connu la céléc/u. et Bio/tt. Idyllia f/uaf? fjrutf/cm e;M<a~< n~t~ta, Aac~e/tus non edila. (trad. lat. d'A. Mekerchus), Bruges, chez H. Goltzius, 156S. La publication toute latine d'Estienne a pour titre .UbscAt, Bionis, 7'cocr;<< eleganlissimoru/)t ;)oe<a;znt :(/t'a aliquot aA /Av!t'co S~p/tano latina /ac~a. Eiusdem carmina non c/t'uerstaA illis ar'ne/t<t..4 Mus, Venc<:t's, ~/DLV. Hy aquatre traductions de Moschos et quatre de Bion. L'ue intéressante dédicace est ~drossée à Giovauui della Casa, le célèbre archevêque de Bénévent. t. Cf. F. Torraca, G~f<a~or< .raftte/(7t\/acopo Sa~/taxaro, Rome, i882, et mou art. de la A*f!c c/<)te, 1883, t. p. 10.

~e~°f: éd. Chamard, p. 22.'). <' Vergile, au champ duquel Theocrite recounoistroit beaucoup de ses biens. )', écrit à ce moment même Guillaume des Autelz. Le dernier travail sur les PMca<or!'ae de Sannazar est dû à un érudit américain, \V. P. Mustard, The Pt'sca<o; ~~ogrues o/' ~acopo .S'a/t~a~a/'o, Baltimore, 1914 (avec une édition du texte).

V. le résumé de l'histoire de l'églogue que fait Baïf, en racontant celle de la « challemie », l'instrument que se sont transmis d'âge en âge les bergers chanteurs.

Janet premièrement l'apporta d'Italie,

di) le poète parlant de Jean Dorat (éd. Marty-Laveaux, t. IH,p. 16). 4. C'est la 3'' partie des exemplaires complets des Poemalia, avec pagination distincte. Notons-y, p.26, l'églogue à Marguerite de France, sœur de Henri II, où le poète s'endort sur la montagne de Montmartre et rêve qu'il voit en songe un berger d'Italie, avec qui il converse et qui n'est autre que l''t''h'arque(~'f/rFo!~x.tt;);


brité Baïf se livra avec fureur a la bucolique, bien que, sur-les dix-neuf églogues qu'il a laissées, onze soient de simples traductions, dont cinq de Théocrite Les églogues de Ronsard ,ont une tout autre valeur. Celles qui sont dialoguées mettent en scène, sous des noms de bergers antiques ou-français, des personnages contemporains, princes, poètes ou secrétaires d'État, et ce sont les événements du jour qu'elles allegorisent Cependant les jolies réminiscences n'y manquent point, et les poètes travestis, qui sont réunis un jour autour de Jean Dorat, savent célébrer le cardinal de Lorraine en « contrefaisant la Muse Qui chanta les Bergers ès bois deSyracuse » 4.

L'églogue antique leur fournit les moyens d'exprimer leur champêtre allégresse sur les coteaux de Meudon et de remercier la puissance bienfaisante qui leur fait ces loisirs

1. Chant pastoral sur la mort de Joachim du Bellay Angevin, Paris, R. Estienne, 1560. Les noms des interlocuteurs Toinet, Bellin et Perrot, sont transparents.

2. Cf. Augé-Chiquet, p. 251-253. Il n'est pas douteux que la traduction reproduite par l'auteur (v. p. 59 et.589), d'après une publication de 1S49, ne soit une poésie de la première jeunesse de Baïf. Le titre est le suivant La 2~. Edilion '(V:<ton par erreur) de Theocrite, auteur ~'ec/'at~a~M par Beoj&. Essus et depuis mis en jp/'an~of/s par Lazare de Ba! le jeune (sic). 3. La troisième églogue du recueil de Ronsard estla plus caractéristique de sa manière. Elle a pour interlocuteurs Du Bellay sous le nom de Bellot, Ronsard sous celui de Perrot, et Michel de L'Hospital sous celui de Michaut, réunis tous les trois dans la grotte de Meudon, très exactement décrite, chez le cardinal de Lorraine appelé Charlot dans l'églogue

Un pasteur Angevin et l'autre Vandomois, Bien cognus des rochers, des'Neuves et des bois, Tous deux d'âge pareils, d'habit et de houlette, L'un bon joüeur de flute et l'autre de musette. S'escarterent un jour bien lain des pastoureaux.. Et montant sur )e dos d'une colline droite Un peu dessous Meudon, au rivage de Seine. Au travers d'une vigne, en une sente estroite, Gaignerent pas à pas la Grotte de Meudon, La Crotte que Charlot (Charlot de qui le nom Est saint par les forests) a fait creuser si belle Pour estre des neuf So?urs la demeure éternelle.

Le poème avait paru à part, chez Weche), en iSS9, sous le titre Chant pastoral sur les noces de JMonseK~ea'' Charles, duc de Lorraine, et de Jladame Claude, deuxième fille (7a /'o:/ j~/<t/ ZT.

4. Ed. Laumonier, t. III, p. 430. Eglogue sur Du Thier, avec le chant a) terne de Du Rellay et de Ronsard.


N.ous luy bastirons d'herbe un autel comme [à] Pan Nous chommerons sa feste et, au retour de l'an, Tout ainsi qu'à Palès ou à Cerès la grande,

Trois pleins vaisseaux de iaict. luy versant pour offrande Invoquerons son nom, et boivant à l'entour De l'autel nous ferons un banquet tout le'jour, Où Janot, Limosin, prendra sa chalemie

A tous Bergers venans pour l'amour de s'amie Car c'est un demi-Dieu à qui plaisent nos sons, Qui fait cas des Pasteurs, qui aime leurs chansons, Qui garde leurs brebis de chaud et de froidure Et en toutes saisons les fournist de pasture

Si Virgile a plus de part que Théocrite dans un tel genre d'églogue' le poète syracusain, que Ronsard a beaucoup lu avec la plume à la main, a pu l'inviter à cultiver son goût de l'observation familière et de la peinture réaliste de la vie, que ses premières œuvres ne connaissaient guère il a aidé à nettoyer son style de l'enflure et de l'artifice, à lui montrer, par son exemple, que les plus humbles détails de la nature sont aussi matière poétique. C'est ainsi que, malgré tant de différence de temps et de lieux, le paysan vendômois, dans ses travaux et dans ses divertissements, fait songer aux pêcheurs de Sicile et aux traits brefs et précis par lesquels leur poète les caractérise. Au reste, Ronsard a utilisé bien des usages le recueil théocritéen. Si les commentateurs des Amours n'y renvoient que six ou sept fois 3, on cons- tate ailleurs des emprunts considérables. La grande ode De la Défloration de Lède est imitée de l'Enlèvement d'Europe de Moschos, autant que des « enlèvements H d'Ovide et de Claudien l'Epithalame d'Antoine de Bourbon et de Jeanne de TVaua/efond ensemble un Epithalame d'Hélène par Théocrite, et celui de Julie et de Manlius par Catulle l'Eurotas y devient le Loir qui baigne le château des ducs de Bourbon-Vendôme, et ce sont des princesses de France qui remplacent sur ses rives les vierges de Lacédémone

1. Ed. L., t. III, p. 406; cf. éd. B)., t. IV, p. 57.

2. On n'a besoin d'indiquer à personne, pour le passage ci-dessus,l'imitation d'~c~ 1, 6 sqq.

3. Une fois pour une idylle de Moschos [11, 5], à propos des songes prophétiques, « ceux qui se font au point du jour, desquelz parle Theocrite en son Europe Le passage est de Belleau (éd. Vaganay, p. 4t9). t. Cf. Laumonier, p. M8 sqq.


Les poètes instruits par Dorat étaient prépares à coûter les Alexandrins par l'estime qu'ils avalent déjà d'Ovide, leur meilleur disciple latin. Apollonios de Rhodes fournissait Ronsard de fables diverses et d'une matière poétique toute préparée Kicandre. popularisé par une récente édition du médecin Jean de Gorris, comptaitassurément parmi ses auteurs favoris Callimaque surtout, le chef de l'école, de qui l'œuvre nous est parvenue si réduite, lui plaisait par les brillants morceaux de. ses Hymnes, où les détails familiers se mêlent aux grandes peintures, l'art le plus savant sait quelquefois se revêtir de grâce

Les Hymnes sont des Grecs invention première Callimaque beaucoup leur donna de lumiere, De splendeur, d'ornement. Bons Dieux 1 quelle douceur, Quel intime plaisir sent-on autour du cceur, Quand on lit sa Oetos. ou quand sa lyre sonne Apollon et sa Sœur, les jumeaux de tâtonne, Ou tes Bains de Pallas, Cerés ou Jupiter 3 1.

Ronsard lisait certainement Callimaque dans l'édition donnée à Paris en '15~9 et qui servit aux leçons de Dorat J.1 fut de ceux qui encouragèrent Charles Uytenhove, déjà au travail sur le texte inédit de Nonnes, à entreprendre en latin une traduction des Hymnes, que l'helléniste Goulu, gendre de Dorât, réalisa un peu plus tard Catulle avait d'abord, par sa célèbre traduction, t. Le deuxième des ~mnes (De Calais et Ze~tés~st tiré du livre H des .U'f/onau~tyues le troisième (De Po~u.r et Castor), d'ApoUonios, de Théo" crite et de Valerius Flaccus.

2. L'index de notre livre renvoie plusieurs fois au notadeee poète. Gorris ~Go;acus)a publié, en 1849, tVtcaHc~t 7*/te/'Mca el .UsaMp~a/'Mt.'teo g'MCG et /t/Me (nouvelle éd. en Oa?), louée par Turnqbe dansses Pocfpa~, p. 99). 3. Vers placés en tête des /7ymnM, dédiés à Marguerite de France fÉd. !t.V!,p.29:éd.Bt.,t.V,p.H).

t. Callimaque avait été édité pour la première fois à Florence, par Jean Lascaris, puis par Alde et par Froben. La Pléiade ~e servit du texte de Vaseosan (Paris, 1S49), qui donne les scholies et ]a traduction de I'j~/?MM A Diane par Franc. Floridus. H y eut plus tard la réimpression de J. Benenatus, Paris, 137~ avec une traduction de Nie. Goulu, une importante édition d'Henri Estienne, Paris, iS77, et une autre de Christ. Pijuitin, Anvers,

158.

S. V. la pièce de Dorat intitulée E~ K<x).Mp.~oy Sno Kapo~ou ro!! OuOev-6~{ou e!; Tïiv ~r.);j.ï;M~ o'.)'~ u.ETE'SsvTfx (VarMrHntpoef?M~MM~~tta, éd. Gûorge Huchanan. )S68. p. 170L Uytenhove s'occupait de traduire un autre atpxan-


fait connaître à la Brigade l'élégie consacrée par Callimaque à la métamorphose en constellation de la « perruque de Bérénice Ronsard y avait appris que le poète des Ptolémées offrait en abondance les matériaux mythologiques dont il était avide. Les emprunts qu'il lui fit dès lors furent continuels. A plusieurs reprises, Muret eut occasion de les citer dans le commentaire des .4/yMt/r.s. Ronsard s'inspira bientôt plus directement du docte alexandrin dans le recueil de ses propres /7?//7~e~, qui sont, non pas des pièces lyriques, mais des poèmes héroïques et descriptifs comme ceux de Callimaque L'étude qu'il en fit lui-même eut un caractère très personnel, en dehors des directions de son maître, ainsi qu'il a tenu à l'attester

Et comme imprimant ma trace

Au champ Attiqu' et Romain,

Callimaq', Pindare, Horace,

Je déterrai de ma main

L'apparition de l'Anacréon d Henri Estienne, au mois de mars 1~54, fut un grand événement littéraire et vint ajouter au fonds commun où puisaient nos écrivains. On se rappelle l'odelette où Ronsard, s'adressant à son page, célèbre la révélation due a l'Imprimeur parisien

Fay moi venir d'Aurat icy,

Paschal et mon Rangeas aussi,

Charbonnier et toute la troupe

(h'in, Nonnos; G. Fatkenburg, qui donna l'édition princeps des Dyonisiaques chez Plantin en 1569, annonce l'importance de son travail, auquel nous voyons s'intéresser Dorat par une lettre d'Uytenhove datée de Londres, 1H63 (Ménage, A'/Maryueff sur la vie d'Ayrault, p. 148). Sur Dorat correcteur du texte de Callimaque, v.plus haut, p. 78, n. 2, p. î9, n. 3.

t. Muret, dans son commentaire sur les amours, éd. Vag'anay,p. 301. 2. Ed. Vaganay, p. 308, 387. Muret a consulté deux fois IWt/TKfteàZeus, sur les Corybantes et tes Curètes cités par Ronsard (« Arat aussi le raconte ))) et pour annoter gravement, par un souvenir du nombril de Jupiter et de la plaine d'Omphalion en Crête où il tomba, le sonnet téger « Petit nombril que mon penser adore

3. !1 s'inspire aussi des /nnes de Marulle.

i. ~f/M, t. I, p. 78 (à Madame Marguerite, soeur du Roi). On relève dans ce premier recueildes Odes plusieurs imitations deCaIlimaque, notamment de r/~t/n!ne à P/!o:os, et un passage de I'nt~p à Zeus, transposé dans i'.t)'aft<-en/rp<'j!/ .Rot/rt'sc/~cs<t'<~(t. p. 21,06, 76, 121).

(:es trois noms appartiennent i la '< troupe M d'Olivier de Magny, y compris celui de Jean de Pardaitian, protonotaire de Rangeas.


Depuis le soir jusqu'au matin Je veux leur donner un festin Et cent fois leur pendre la coupe. Verse donq et reverse-encor Dedans cette grand coupe d'or, Je vois boire à Henry Estienne, Qui des enfers nous a rendu Du vieil Anacréon perdu

La douce Lyre Teïenne

Le recueil d'Estienne était aussi impatiemment attendu par les poètes que par les érudits. Ronsard en connaissait à l'avance quelques parties, soit par Dorat, qui était lié avec les Estienne, soit par Muret qui commentait déjà en ces termes un sonnet des .4moHrs de 15S2 « La fiction de ce sonnet, comme l'autheur mesme m'a dit, est prinse d'une ode d'AnacréoTiencores non imprimée » Dès que le volume fut entre ses mains, Ronsard se mit à l'étudier avec cette fièvre joyeuse, dont témoigne le recueil de vers qu'il publia au mois de novembre suivant. Il y insérait vingt-trois imitations et paraphrases d'Anacréon, auxquelles un choix habile de rythmes courts et légers conservait l'aspect et le mouvement des textes grecs Il donnait ainsi le signal de toute une littérature qui allait suivre, et dont la verve fut souvent moins généreuse.

Le nom du poète de Téos, l'Ionien voluptueux et subtil, courtisan (le Polycrate et d'Hipparque, arrivait aux lecteurs de la Renaissance recommandé par plusieurs écrivains de l'Antiquité et se retrouvait à plus d'une page de l'~l~/K~oyte de Planude. C'est là que Ronsard avait pris le texte qu'il traduisit dans la plus charmante des « épigrammes du Livret de Folastries ( Du i. Tel est le premier texte, celui des Meslanges de 1SS4. Le nom de .Iodelle a remplacé plusJ~Fd ceux des amis de Magny (éd. BL, t. ILp, 352), 2. C'est le sonnet « Ces liens d'or, ceste bouche «:/we!Me » dont les tercets sont empruntés à l'ode 2u p.ev m0~ ~cXtS~v. Muret ajoute que Ronsard a depuis longtemps traduit la pièce d'Anacréon « Voy. la xxu Ode de son cinquième livre des Odes ».

3. Dans le Bocage et les .~M~snyes parus en novembre 15S4. Deux mois après, dans la 3" édition des Odes, Ronsard insère «;Ma douce jouvence est passée et « Le petit enfant Amour a, et au mois d'août 1SS8 six nouvelles imitations dans la Continuation des ~ntoar)!. Ces. précisions et quelques autres sont dues à Laumonier(p. 160).


grand Turc je n'ay souci ))) Jean Second et Salmon Macrin avaient utilisé déjà ce double thème essentiellement anacréontique, l'incertitude du lendemain et la coupe pleine qui aide à n'y point penser Ronsard se complaisait à le mettre en jolies strophes françaises, et l'on peut deviner avec quelle impatience il attendait la révélation de tout un recueil du poète, promis par Henri Estienne à la curiosité des humanistes. Dès les premiers coups d œil jetés sur le travail du philologue et sur les épreuves de l'imprimeur, il salua avec ses amis l'œuvre qu'on crut authentique d'Anacréon et qui, pour n'être qu'un recueil d'Imitations alexandrines, n'en gardait pas moins le reflet de l'art original qui les inspira.

Tout concourait à leur plaire. Le volume, intitulé 'Av<xxpMVTo<; T-~ou [J.SAY!, présentait son grec dans l'élégante typographie des grands caractères d'Estienne, avec les plus belles marges et le plus beau papier Le format même était celui des plaquettes habituelles de Du Bellay et de Ronsard. La préface en grec était suivie de vers latins et grecs du seul éditeur, qui n'associait aucun collaborateur à son travail et y joignait vingt pages d'annotations savantes, rapprochant son Anacréon de tous les poètes anciens, d'Homère à Horace et de Théocrite à Properce. Ce recueil était d'autant mieux l'ouvrage d'Estienne qu'il était le seul à savoir à quoi s'en tenir sur l'auteur qu'il enrichissait si hardiment, et qu'il ne mettait sous un nom connu sa découverte que pour y donner plus de retentissement. 11 s'était amusé luimême à cette demi-mystification, que Robortello fut le premier à lui reprocher, mais qui ne pouvait éveiller aucun soupçon de son

1. On retrouve la pièce d'Anacréon scindée en deux dans le recueil d'Estienne, où elle forme les odes xv et xv;i. C'est, comme on le sait, de l'Anacréon authentique. La pièce de Ronsard reparait dans une version différente et plus longue aux Mes~a~yes de 155S. Cf. 1 éd. des Folastries d'Ad. van Bever, Paris, 1907, p. 107, et Laumonier, p. 122.

2. La suite du titre est en latin Anacreontis 7'e</ Odae ab Henrtco Step/ta/to /Mce et latinitale nunc p/mu'K donatae. Z,u/e<tae, apud 77enrtcu/n.S'<ep/ta~tu/pt, M. D. L1IH. /E~<'tut/eyto 7?eyts. In-quarto de 110 p. Estienne a joint au pseudo-Anaeréon, deux odes d'Alcée, une ode et un fragment de Sappho. H l'atteste formellement dans la note qui suit le texte (H. lec<o/S.) .eas ~L~acy'eoft~'s odas, quas ta/M antè Ga<~cas/ece/'a/n,ïa~;yuo< a/Htco/'u/Hy;'c:<ta/M /.a<t~éyuoyueay~yessussu/Mt)er<ere. Ut quae meis intimis dicaueram, cum c~cter/ns e<ta/;tco/nfMU~:ca~{7a /oren< )'. Parmi les « intimes on peut, je crois, compter Ronsard.


premier public. Une traduction latine partielle en vers latins permettait à des lecteurs plus nombreux de goûter les beautés du texte nouveau. Estienne, qui en avait fait aussi une traduction française, ajouta par la suite la traduction plus complète qu'Élie André dédia, en 1SS5, à Pierre de Mpntdoré, bibliothécaire de Fontainebleau Aucune édition princeps d'auteur grec ne fut traitée avec plus de soin et n'obtint un si vif succès:; on en juge par la popularité du nom d'Anacréon parmi les poètes, par leurs imitations françaises et latines, par la traduction en vers qu'entreprit aussitôt le dernier venu de la Pléiade, Remi Belleau Ronsard n'avait laissé à personne le mérite de le (levancer et l'on sait par quelles exquises paraphrases il venait de précéder son disciple 3 il n'en célébra pas moins ce travail avec enchantement

1. La première édition est datée de 1SSS, chez T. Richard la suivante se joint à la seconde édition du texte grec ~HaM'eo/~tg 7'<*t/ a~t~SMStMtjMé'/ae Lyrici Odae a~) Helia Andrea laline /ac<ae. Ad Pe~Mw A~/t~ureuM CMsth'artuyK p/ Bt~K'<A<'ca/'{u/M.Rc<y:H/H. Lutetiae apud ~RoA. tS~p&Mu/H e~ ;Vore/m, 1556. La deuxième édition du travail d'Hern'i Estienne, parue chez les mêmes libraires au début de 1556, est de petit format et ne porte ni la préface en grec, ni les vers liminaires.. Elle ajoute en revanche une deuxième ode deSappho, la plus célèbre, <I'MveT<x:~0[xe~/o,, que Delloau traduit aussitôt à la suite de sou Anac~o/t (éd. de 1S_S< p. 6!). 2. Les Odes d'Anacréon yeieM ~acfu~es degrrec en y/'anpots par ~}eHU Belleau de ~Vo<yen< au Peyc/te. A'/tsc/M&~e quelques pe<t<e$ Ay/~nës de son <Me/ttion. Paris, Wechel, 18S6. En 1578, dans l'éditîoa de Mamert Pâtisson, la dédicace de la traduction et celle de la pièce_de Ronsard citée ici ont passé a Jules Gassot, secrétaire du Roi. Belleau écrit, à oeltu-ci f. Il y a dix-huit ans qu'apporté d'Italie il [Atlàcréon] commença a prendre l'ah'de la France. Moy, en ce mesme temps, essayant à rendre en rostre langue la naiueté et mignardise des Grecs, pour coup d'essay ie fis chois de cest autheur. jCBucres f/p R. Belleau, éd.- Marty-Layea~ux, t. 1, p. 4). L'édition originale porte, aux pages finales 101-103, un petit travail d'humaniste de Belleau qui doit être signalé ici ?~'a</ucf!0)t d<'yMe!yues ~SoMb de de Ronsard, par le mesme Belleau. Amour, quiconque ait dit que le ciel fut ton pere Quisquis te geni,tum parente coelo M)-– Que lâchement, vous me trompés mes yeux (« Quam me decipitis maligne ocelli f) –VoîaDt les ycus de toy, Maistresse elüe (( Mellitos dominae videns ocsiios. Etfaetus tenero cornes Tibullo Errem myrteola vagus sub umbra 0). 3. La priorité de Ronsard est aujourd'hui bien établie (par Laumonier, p. t(i0-lu3). Sainte-Beuve croyait à celle de Belleau, et peasait t'avoir déjnontrée dans une étude célèbre (~nac/'ëOM au .XV~ i!(~c<e, à la suite de son 7a~Mu),où plus d'une inexactitude s'est glissée. C'est ainsi qu'il faut expliquer, non parune critique de lettré, mais par un gai reproche bachique un ami qui ne boit pas assez, les versiculets de Ronsard

Tu es un trop sec biberon',

Pour un tourneur d'Anacrcon.


.Tu as daigné tanter d'exprimer ta faconde

Des Gréez en nostre langue, et as pour ton patron

Choisy le doux archet du vieil Anacréon,

Qui montre comme il faut d'une parolle douce

Plaindre nos passions, lors que Vénus nous pousse

Sa fleche dans le cueur comme il faut souspirer,

Comme il faut esperer et se desesperer,

Comme il faut adiouster 1 la lyre chanteresse,

Et le pere Bacus à Cypris la Déesse

Comme il faut s'egayer, ce pendant qu'Atropos

Nous permet les plaisirs d'un amoureux repos

Comme il faut que l'on dance, et comme il faut qu'on saute,

Non pas d'un vers enflé plain d'arrogance haute,

Obscur, masqué, brouillé d'un tas d'inventions

Qui font peur aux lisans mais par descriptions

Douces, et doucement coulantes d'un doux stille,

Propres au naturel de Vénus la gentille,

Et de son filz Amour. -'3

La découverte du philologue arrivait à l'heure des poètes. Elle révélait une poésie en parfait accord avec certaines tendances de l'école ronsardienne et que les odes légères d'Horace la préparaient à,goûter. Il importa peu que le recueil fût presque entièrement apocryphe et que, dans ces pastiches alexandrins mis sous le nom d'Anacréon de Téos, la vigueur du modèle fût fort anadie telles qu'on les lut alors, avec leur élégance mignarde et leur fine sensualité, ces odelettes devaient séduire infiniment le public de la Renaissance Elles ont imposé même aux arts plastiques, pendant trois siècles, le type de l'enfant ailé et capricieux qui voltige, l'arc en main, avec ses petits compagnons, entouré des colombes de Vénus et cherchant les cœurs que blesseront ses Mèches

t. Les recueils de Ronsard corrigent ac(/us<e/

!1 est impossible de mieux caractériser, et de mieux renier, les excès de l'ode pindarique.

3. -t CA/'M<op/e (le Choiseul ;t&/)F(/e ~Vuyeau.r, en lit /oM~ye de Belleau. P. 8. de l'édition originale de Belleau. Ce texte offre de légères différences urt.ho~'rdphiqucs avec celui que donne Ronsard dans ses recueils. Il l'a réimprimé pour la première fois après août l~i6, dans le .Oeu.Ei'esme livre (les //</t~es, édité par Wechel. La publication de Remi Belleau est de ce même mois d'août.

4. Cf. Sev. Ferrari, Di a/cu/t'? t/Mt~astont r/e~/e « ~t~:acf'eor:<ee » in Italia ~'< .w. J~V/, dans Ct'or/t. t!<o< vol. XX, p. 39:424.


Petites mains, petits pieds, petits yeux, Oiseau leger qui voles d'heure en heure, Sans foy, sans loy, sans arrest ny demeure. Sorcier, charmeur, aiTeté, mesdisant, Confit en miel et en fiel tout ensemble, Ton coup de fleche au coup d'aiguille semble, Petite playe et le mal bien-cuisant

Toute la Pléiade s'amuse à de telles images. Baïf écrit l'.l//K)u/' échaudé et l'~intour se so~et~an~, et ce sont là des traductions « du grec de Dorat », qui a pastiché lui-même le pseudo-Anacréon '2. Les poèmes où Ronsard peint l'Amour ~):~He, l'Amour /MOHzM~, l'ou~' logé, sont des emprunts directs à cet Anacréon alexandrin, enrichis de sa vision pittoresque et de toute la vivacité française 3. II lui doit tant de plaisir, qu'il a renié délibérément son cher Pindare, avec la sincérité d'un poète voué des enthousiasmes successifs et contradictoires. C'est pourtant le grand lyrique qu'honore en lui avant tout Jules-César Scaliger, quand il lui dédie ses ~Mc/'eo~ca, nés également à la suite de l'édition d'Ëstienne

Que te carmine, qua p/'ece,

Quo pingui Gcntum ~Aare at/cam ~~Hm Immensi soholem aetheris,

Qui Musis animi prodigus tm~eras? 0 cantus decus aurei

Qui solus s<ojo:</M SHyt~H~ immines, 0 /!e:cM veteres /touo,

Oao~/be~ superas, nectare condiens Suhlimis fidicen Lyrae,

G/'atM~:c~ano<s Celtica ~emjoerans.' Qui solus scalebris tuis

Latè Peyaseos imhuis alueos

Te solo mayM ac mayts

/n)joZefts Castalii consilium chori. 4

i. Ed.L., t. III, p. 320.

2. Baif,éd. Martv-Laveaux, t. IV,p.2S7,a77.Cf.Augé-~Chiquet,p.388 sqq. Les imitations de Ronsard font l'objet d'une pénétrante étude-de Laumonier, p. 591 sqq. L'~i/nou/og~, à qui Ronsard fait choisir son logis à Blois, « à l'embrunir du jour », parmi les hôtels de la Cour, montre l'utilisation la plus libre et la plus piquante du motif ancien (Bocage ro~/aL Ed. L., t. III, p. 319-322).

4. Les .Af!acreo/t<:ca ont paru seulement en 1874, dans les Poemata Iulii C'p.s,rt.SM<t'ye;'f', publiés !< Genève par les soins de son fils Joseph.


A ces courtes notes sur Anacréon au témps de la Pléiade, on en peut joindre une d'un caractère plus inattendu.Le poète des amours, dont la grécité était fort appréciée, ne pouvant servir à l'instruction de la jeunesse, un humaniste, appelé plus tard à une chaire de grec du Collège royal, Daniel d'Auge, s'avisa d'en composer une traduction latine expurgée. C'est, du moins, ce qu'on apprend d'une petite pièce inédite de Dorat, qui fait allusion à ses propres essais de traduction versifiée mètre par mètre, que la difficulté du travail lui aurait fait abandonner. Ronsard a dû rester fort indifférent aux bonnes intentions pédagogiques, auxquelles son maître rendait justice en ces termes Ad Danielem Auye/~u/M 7o. Auralus.

-ï. 7~t.

Quis non, ya<.s/)roAe< illius /aAore/n, Omsyt7Mpr:/Kus Anacreontis hymitos /m/)u/'o.s, ma/p soArtos, profanos, Puros reddere sohrios, ~to~y:!e yeK<au:< ? n.eyue passus et !ue/t~ae ~07-~ eoMoyu!s prohos /)ro<e/'ut's Corrs/K/jt. y~u.! est sed et cro~a~c~u~ .4aye~<{ lahor, e.i~t/nen~s illa TVoj&M cantica can~'cM Latinis. Et pro parle mea iuuem /6en<er y'en<a/u/H n!)t saepe nec neya~o Versus reddere uer~tj6us sed !t~<7e/n, A~yHe eodem numero, ~a~orto~H/n, Et quod non Aa/)ea~aye/?! /e/Mrem G/'aec~, ~usa quihus /'o<;7K~t'ore Quam nohis e~e<< o/'e/)e/'Mna/'e. ~< <u, yua potes et ~tce~, /a/)ora Forsan quod mihi durior negauit, //t~a~e/ <tAt ~u~a non neya~:<. Pro quo suscipis hune ~)!u/K lahorem Ul de t;t'y{f!e facla iam meretrix Rursus de merelrice virgo /;a<

Comme il s'était enthousiasmé pour Pindare, Ronsard s'enchantait maintenant d'Anacréon et, pendant quelque temps, tvec la même ferveur exclusive et passionnée. Il semble qu'il 1. Bibliothèque de Munich, Coll. Ca/Mera/'Mna, vol. 14, fol. 380.

LHAC.f)~Mr[/e<<)!f)ta~Mtn?. 8


ait fallu la publication d'Estienne pour lui faire goûter complètement cette poésie légère des Grecs, que l'Anthologie ne lui avait révélée qu'à-demi. Dorat lisait pourtant celle-ci et la faisait lire, et aucun texte grec n'était mieux connu des lettrés que le recueil de Planude, publié à Florence par Jean Lascaris dès '1494 et sept fois réimprimé depuis. L'AK<Ao~py:e retrouvée par Lascaris, et éditée depuis Alde Manuce sous le titre de F~oy~eytHm diuersorum epigrammatum in sep~ent libros, avait eu à Paris une édition de Josse Bade (1531, sub praelo ~isceyïs:a7M) mais les éditions familières à nos poètes durent être celle de Bâle., qu'Illustre un commentaire de Brodeau (1S49), et la troisième aldine (1S5Q-15S1), la plus ample et la meilleure avant celle d'Henri Estienne (1566)'. Cette abondance d'éditions indigue la curiosité qu'inspirait une collection si variée, où le nom. de tant d'écrivains et le souvenir de tant d'écoles poétiques étaient conservés. Comme jadis Catulle, Prqperce, Ausone, la littérature néo-latine antérieure à Ronsard était revenue puiser à cette source vive, avec Marulle et Jean Second.

Notre poète, longtemps absorbé par le grand lyrisme, prêta moins d'attention que Baïf à ces petits confrères de l'Antiquité sauvés par miracle de l'oubli. M les lut cependant, puisqu'il lisait tout, et Muret les cite quelquefois dans le commentaire des Amours 2. Au reste, Muret lui-même s'attachait à eux moins qu'on ne le croirait; son recueil des ,ue/nJ'!a, paru en janvier '1553, renferme une série d'épigrammes, dont l'inspiration reste presque exclusivement latine~. Le fait s'explique par la préférence qu'il porta toujours aux lettres romaines et par le cours

t. Depuis 1530, on pouvait lire d'autres poètes dans le Florilège de Stobée, dont il y a une édition parisienne de 1SS3.

2. A propos du sonnet des .~Mouys « Quand au matin ma Déesse s'habille Muret rapporte le mythe de Vénus Anadyo_mêne et le tai~eau d'Apeltc qui représenta a rescumière fille » « Sui'seste peinture on.t.étÉ faits beaucoup d'Épigrammes grecs, desquels j'en aymisiemnde Leonide [.4M<A. Pa/ XVt,i82J, qui m'a semblé mcrveiil~usementgentiL.. Baïfaussi à la fin de ses Amours a touché ceste fable », Sur le sonnet des ~l~}pH~ « Je voudrois être Ixion et Tantale » « Ceste fin est prinse d'un Ëpig'ramme grec de HuSn !~n<A. Pal., V, 941, tourné par Baïf au premter Itvre de ses Amours ». tËd. Vaganay, p. 82, 91).

3..V..1~V<;r?<t opera, éd. Ruhnken, t. I, p. C')3-725. Les épig-rammes sont dédiées Dtuo lulio Caesari Sca~ye;'opa<rt meo. Nicolas Denisot (Ce/Mes .U.no~< à qui Muret adressait une ode, ams! qu'à Dorat et Ronsard,


qu'il venait de professer à Paris sur Catulle. Très peu après les ./u!7en~:a de son ami, au mois d'avril, Ronsard donne au public le Livret des Folastries, avec un petit recueil d'épigrammes mais, sans y négliger Catulle c'est plutôt l'inspiration de l'Anthologie grecque qu'il veut y étaler. La Traduction de <e~Hes ep<yra~/Kesyrec~,âAfa/'e-~4n<o!ne de Afn~e<, comporte dix-sept courts poèmes précédés du nom de l'auteur imité et des premiers mots de son texte « Du grec de Posidippe, Du grec d'Anacreon, Du grec d'Automedon, Du grec de Lucil, DePalladas, DeAmmian,De Nicarque.)) Toutes ces pièces ont leur original dans l'Anthologie de Planude 2. Il en est de même des treize quatrains, qui paraîtront un peu plus tard et qui traduisent autant d'épigrammes fameuses dans l'Antiquité, « sur la jenisse d'aerain de Myron, excellentement bien gravée )) Ce sont, dans les Folastries, de courts exercices sans prétention, improvisés peut-être après boire sur le livre grec feuilleté avec des amis. La transcription des vers initiaux indiquequ'on a voulu rendre exactement un original. Ronsard se réclamait ainsi de nombreux poètes, tout en suivant ailleurs l'inspiration catullienne, qu'il partageait avec Muret. C'était, il est vrai, pour le seul cercle de la Brigade, car on sait que le « livret )', où se mêlent des vers franchement lascifs, était imprimé sans le nom de l'auteur; mais, sur ce domaine encore, il tenait à montrer qu'il ne le cédait à personne et que rien de la poésie des Grecs ne lui demeurait étranger.

Ronsard subissait alors d'autres influences, celles des humanistes italiens, portés presque tous à chanter sur les modes mettait en tête du recueil un témoignage excluant tout à fait l'inspiration

grecque

grecque Vis, lector, tragici sonum cothurni,

Vis, lector, numeros Catullianos,

Vis, lector, numeros Tibullianos,

Vis, lector, numeros Horatianos ? °

En, libro tibi dat Muretus uno.

1. m'Imite jusqu'en ses rythmes, analogues aux hendécasyllabes catulliens, et, bien entendu, dans sa dédicace qui reproduit celle du recueil latin avec un souvenir de celle de l'imitateur humaniste Flaminio.

2. Cf. Laumonier, p. 95.

3. Dans la Co~<tn:ta<;on des Amours, qui est de 1555. Ces épigrammes y sont dédiées à François de Revergat. Laumonier a remarqué qu'une a disparu en 1560, pour faire le compte de douze, et qu'elles peuvent venir du latin aussi bien que du grec, Ausone etCatcag-nini les ayant traduites.


classiques, l'amour et le plaisir. Il revenait avec un intérêt renouvelé à ces bons héritiers de l'Antiquité. Il imitait surtout un grec du quattrocento, italianisé à Florence, cet agréable Marulle aimé des Médicis, que la désinence de son nom engageait à nommer à côté des Etégiaques latins et qui en était digne par 1 exquise facilité de sa poésie Dans l'Hymne de Bacchus, Rdnsard lui emprunte, comme il sait emprunter, la plus grande partie de cet 7~/mn:H j6acc~o,dont il s'est Inspiré déjà, beaucoup moins adroitement, pour les D!'</M/7'am~)<?s <;AaK<<M au j&M!C de JoeM~. Plus de vingt pièces de la ~Vouue~e Co~<nH3<:on des Amours sont « prises )) de Marulle une ode familière au cardinal de Châtillon l'est également, avec des transpositions ingénieuses qui adaptent au Paris d'Henri Il un petit tableau du quattrocento florentin 3. Sannazar, Navagero, Flaminio, fournissent notre poète d'idées et d'images, qui demeurent en sa mémoire et viennent dans ses vers au premier appel. Ces inspirations néo- latines s'accordent fort bien avec celles qu'il tire de ses nouveaux maîtres grecs et qui tempèrent définitivement l'excès de son lyrisme. L'ode qu'il écrit à présent, amoureuse ou bachique, morale ou descriptive, vivra autant que ses modèles antiques et fera oublier tous ceux des modernes qui les ont imités avant lui.

Les savants dont il continue à rechercher la, compagnie sont précisément occupés à mettre en lumière les poètes secondaires de la Grèce. A côté de l'éditeur d'Anacréon, voici Turnèbe, qui recueille méthodiquement des poèmes et des fragments gnomiques épars dans les manuscrits. Comme il est typographe du Roi, il peut imprimer sur ses presses en ') 5S3 une collection forniëe d. Les ~/fM~t et Ep:~aMm;:<a de Michel Marullos Tarchaniotcs onCété d'abord publiés à Florence en 1497. V. sur le poète les notices de Const.

Sathas, NgoE).).r,Vty.~ <ptÀoÀoyl:t, p. 77, et »ocum. inéd. i-elatifs à l'hist. -de la

Sathas,NEoeM.~[XT) otXoXo-~x, p. 77, et Docum.M~tZ. reZatt/s à r~M<.(fe/a

Gy'Me au Moye/f ;iye, t. v!I et Vil!, Paris, 1888 Noibac, La AtMot/té~ue

de jf'u~cto O/'stfn, p. 165, 2t3 Gaspary, Storia della letter. ital,, trad. V. Rossi, Turin,i891, t. II, p. 354,.

3. Laumonier a institué, p. 736-742, des comparaisons instructives entre les trois textes et s'en est servi pour établir que les DM/iy/'aw&es appartiennent à Ronsard. J'ai dit plus haut, p. 100, quelles raisons en ont fait douter. L'.Hy/Kne de Bacchus, imprimé dès l'année qui a suivi la fôte de Jodelle, est digne de l'oeuvre de Marulle et g'arde la même majesté. 3. C'est l'ode de 1S56, « Mais d'où vient cela, mon Odet )'. Laumonier, p. ~3-i26.


par lui, qui provient de vingt-sept poètes différents et dont le titre se décore des noms de Théognis, Phocylide, Solon, Tyrtée, Callimaque, Mimnerme, Panyasis et Simonide On traduit aussitôt ce petit florilège de Turnèbe, que Ronsard dévore avidement. La trace de ces lectures diverses se retrouve dans les poésies qu'il donne à cette époque. Les Folastries contiennent des traductions del'Anthologie; l'odeSur les misères des hommes, dans la seconde édition des Amours (1553), s'Inspire des fragments gnomiques de Mimnerme et surtout de Simonide édités par Turnèbe. Le Bocage de 1554 et les Me~anyes de la même année, qui font apparaître partout Anacréon, utilisent également des passages de Théognis, de Tyrtée, de Mimnerme, de Simonide, un fragment de Sophocle cité par Stobëe, un fragment de Callimaque du norilège de Turnèbe. Le grave recueil des Hymnes (1555) met en français plusieurs passages du « comique Ménandre '), de Simonide, de Théognis, en citant avec respect le nom de ces maîtres de sagesse

Ah quiconques sois-tu, escoute Simonide,

Escoute Theognis, qui se plaint en ses vers,

Qu'on ne peut trouver mal dedans tout l't'nivers

Si grand que Pauvreté. 3

Un groupe exquis de poèmes, les « vœux o du Bocage (D'un c/tc/nmeH~ a unf /'on~a!ne, D ~n vaneur de /~e au vent Zefire, D'un pasteur au dieu Pan, etc.) appartiennent au genre des 'A-~xQ~jj.K~x groupés par le vieux Planude ce n'est pas au grec, il est vrai, c'est aux adaptations latines d'Andrea Navagero que Ronsard paraît les avoir pris 4. Ils n'en attestent pas moins quelle l. PvM[j-oXo~[x: ~ctAxtoTXT<7)v T:o;7]T(5v. Paris, impr. par Turnpbe, 1~53. Cf. Louis Clément, De Adriani Ttj/teAtp/'ae/a<<o/t;Aus et poematis, Paris, 1899, p. 136. La traduction latine imprimée par G. Morel dut paraitre t'n même temps. Elle a pour titre Sententiosa po~afufK fp/us<MS:Mor(;/n ~ae supers;7/:< opera, et n'est pas l'œuvrede Turnèbe.

2. On ne distingue pas alors les deux Simonide. Turnèbe a donné a imiter à Ronsard, dans l'ode Sur les /M!se/'cs, deux pièces sous le nom de Simonide d'Amorg'os (Ber~k,Z,<g'r., I[,~36;III, 1146). La première, qui développe un vers d'Homère, est de Simonide de Céos (Alfred et Maur. Croiset, ~:«c/'a<t/re gr/'ec'yup, t.II, p. 194, 2ai;.

3. ~y~y:ede~'0/ éd. Laumonier, t. IV, p. 338, 339, 348, 3S1. Les morceaux sont au recueil de Turnèbe.

Ces rapprochements et d'autres encore sont dus à Laumonier. Cf. notamment p. 11~, lié, 124. 129, 137. La 2e édition des Mes~a~cs, par une


veine imprégnée d'idées antiques exploite à ce moment le poète. L'odelette Aftynon/M allon voir est exactement_de cette époque; elle vient, si l'on veut, des Roses d'Ausone mais elle est née en un jour heureux, dins un esprit tout vibrant de chants helléniques.

On a un témoignage décisif de l'ardeur ressentie par Ronsard pour les poètes dont il fait alors son étude, par une pièce mise en-tête de l'~tKacreon. de Belleau. li va jusqu'à leur immoler Pindare, décidément trop étranger aux réalités de la vie; il exprime avec bonheur la nature du plaisir qu'ils lui donnent et les leçons d'art, et de morale qu'il veut tirer d'eux

Me loüe qui voudra les replis recourbez

Des torrens de Pindare en profond embourbez, Obscurs, rudes, fâcheux, et ses chansons congnues Que je ne sçay comment par songes et par nuës. Anacreon me plaint, le doux Anacreon

Qu'eucores voulust Dieu que la douce Sapphon, Qui ni bien reveilloit la lyre Lesbienne,

En France accompaignast la Muse Teïenne 1 Mon Belleau, si cela par souhait avoit. He_u, Je nevoudrois pas estre au ciel un demi-Dieu Pour ne lire en la terre un si mignard ouvrage, Qui comme nous souspire un amoureux damage, Une plaisante peine, une belle langueur

Qu'Amour pour son plaisir nous grave dans le cueur. Encore je voudrov que le doux Simonide

fPourveu qu'il ne pleurast), A)cmam et ËacohyUde, Alcee et Stesichore. et ces neuf chantres Grecs Fussent ressussitez nous les tirions" exprès

Pour choisir leurs beaux vers pleins de d.ouces parolles; Et les graves seroient pour les maistres d'escolles, At'nn d'espouhanter les simples escoliers

Au bruit de ces gros vers furieux et guerriers.

fantaisie de Ronsard, indique la source de dix-neuf de ses morceaux, dont seize sont « pris d'Anacréon », les autres « de Panyasis poëte grec », « de Bion poëte grec « de Sophocle a et « du latin de D_*A~rat c t. Dans lepetit recueil d'odes qui suit la deuxième édition des .Am~Hr's, celle de I5'i3. L'achevé d'imprimer est du mois de mat. L'odelette est, avec les/s~M/by'<ufK<es dédiées à Muret, une des quatre odes « non encore imprimées qu'annonce le titre on voit assez que le poète, malgré la hnèveté de la pièce, y attache quelque prix.


Mais Dieu ne le veut pas, qui couvre sous la terre

Tant de livres perdus, miseres de la g'uerre

Tant d'ars laborieux et tant de gestes beaux

Qui sont ores sans nom, les hostes des tombeaux.

II se trouve que ce brillant passage, où Ronsard se montre un helléniste assez informé, apporte une preuve nouvelle de ses relations avec les philologues. Son ami Henri Estienne lui avait certainement fait confidence du nouveau recueil qu'il préparait, et qui ne parut qu'en 1360, à la suite de son texte de Pindare. Il devait l'intituler Cam~'nu~ poetarum nouem, lyricae jOOMëMS principum, /raymen~a Ronsard faisait allusion à ce titre projeté, quand il indiquait a Belleau « ces neuf chantres grecs H et nommait précisément les principaux poètes qu'Estienne allait réunir, en regrettant que de tels maîtres il n'existât que des fragments. Il a donc annoncé à l'avance un florilège important, qui eut au seizième siècle un vif succès et marqua un nouveau progrès des études grecques.

Plus on avance dans l'étude des sources de Ronsard, plus on en découvre la richesse. L'extrême étendue de son information permet d'assurer que toute la littérature grecque connue de son temps a passé sous ses yeux. Bien des auteurs dénués d'attrait littéraire, et qui ne font appel qu'à notre curiosité, lui ont apporté 1. La variante postérieure « naufrages de la guerre améliore l'image. Ed. L., t. V, p. 187.

Je tiensàdonnerlepremiertexte, celui del'éditionoriginaledeBeHeau, Afs Odes d.-inacr~on, lu.'i6, p. 9. La variante la plus importante est au onzième vers du morceau, que Ronsard a imprimé ensuite « Pour lire dessous l'ombre. » (Au v. 17, Belleau a laissé passer une faute évidente: ses pources.)

3. Estienne dit dans sa préface /7apc in praesentia habui fragmenta ex carminibus principum lyricae poMgMS nouey?!, quae cum antiquae lyrae sturh'o.sts coytimMt'care/n. Ces amateurs furent nombreux, car, après qu'il eût donné deux fois son recueil (1860 et 1567), Plantin le reproduisit une troisième fois, en 1567, toujours joint au tome contenant Pindare (la dédicace de l'ensemble à Ph. Metanchthon est ainsi modifiée chez l'éditeur catholique jHe~rtcus S~ep~a/!t;s P.). Les fragments réunis par Estienne à Pindare appartiennent à Alcée, Sappho, Stésichore, Ibycos, Anacréon, Bacchylide, Simonide, Alcman, à quelques poètes non annoncés sur le titre, Architoque,Métanippide,TeIestos, Erinna, plusieurs auteurs de l'Anthologie. Des traductions latines de divers humanistes, quelques-unes en vers, accompagnent toutes les pièces. Estienne donne pour Anacréon la traduction en vers d'Elie André, à côté de la sienne.


leur tribut. On en trouvera surtout des exemples dans les moins lus de ses recueils, qui ne sont pas toujours les moins intéressants. Un récit écrit en beaux alexandrins, et fort supérieur dans l'ordre épique à ceux de la Franciade, est intitulé Discours-de ~pyu~e rles vieux Gaulois C'est l'histoire d'un Gaulois qui sacrifie sa femme sur l'autel des dieux pour faire honneur à un Milesien, hôte de sa maison. Cette femme fut jadis celle du Milésien et l'abandonna pour suivre le Gaulois; l'ancien mari est venu chez le nouveau avec l'intention de se la faire rendre l'épouse, qui aime celui-ci et désire rester avec lui, veut l'exciter à tuer son hôte mais les lois de l'hospitalité sont sacrées entre toutes et l' « équité gauloise condamne la femme à mourir. Cette anecdote étrange et violente, remplie dans le texte français de dialogues vivants et de traits colorés, a été racontée seulement par Parthénios de NIcée il la place à Massilia et en nomme l'héroïne Hérippé 2. Notre poète n'a pu la connaître que par lui. L'édition princeps du Ft~ spMTtXM~ 'iMO?)j~-c<))" avait été donjiée en '1331, chez Froben, par Janus Cornarius, ayec une traduction latine réimprimée vers 15S5 dans un recueil moral d'.Ea?e/?~a virtutum et vitiorum 3. Qu'il ait lu le texte ou la traduction, on s'explique que Ronsard se soit jeté avec empressement sur un ouvrage annoncé comme traitant « des passions de l'amour ». Le recueil des Hymnes, qui paraît en deux livres en 155S et 1S86, est peut-être celui où l'immense érudition du poète se laisse le mieux entrevoir. De là vient pour cet ouvrage la prédilection de Dorat, qui l'exprime nettement dans ses distiques liminaires

.Po.~ <7Heru&M !n amore modos, post dulcia mentis

Tormentaet ~enerae ludicra ne~u~t'ac;

1. Ed. L., t. III, p. 215-224. Je signale un ms. de ce poème, sans titre et sans le nom de l'auteur, dans un recueil du fonds~Dupuy, 843, fol. 116. Léon Dorez lui-même, dans son impeccable inventaire, ne semble pas l'avoir identifié.

2. 1 A.f)/<oyrf)pA:yraect, vol. II. Pa/tenM~AeHus, ëd. Paul Sakolowski, Leipzig, 1896, p. 16-18. Cf. Erotici scriptores gr., éd. Hercher, t.I. p. 10. V. Revue d'hist. M. de la FrMce, t. II, 1894, p. 185. Faguet, Etudes litt. su)'~ .Yt~ s., Paris, 1894, p. 247, croyait ce sujet emprunté à « une vieille chronique du moyen âge ».

3. La réimpression s. I. ni d. signalée par Sakoiowsjd, p. vt de sa préface, est accompagnée d'Achille Tatios. Je crois que Ronsard a eu en mains l'édition (le Baie n'a-t-il pas utiHsé ailleurs des récits de Parthénios?


Post iam con.imj0<uy7t~)a<r{0 <tA/ Pindaron o/'e,

Df!nt canis et Reges 7?e</tAus, et yenitos

~Veyutf/ inexpertum foelix audacia linquat,

~Va<u/-ae /-e/-u/?t cantica docla sonas 1.

J~'< ;;f!c hoc tihi, nunc alio de flore corollam

ye.K~n.e.EaHS<o/ey'H!'c~us ingenio. 2

Les Hymnes fourniront au répertoire des auteurs consultés par Ronsard les indications les plus inattendues. Ainsi, parmi les sources de son H ymne de Bacchus, qui utilise toutes les légendes sur le culte du dieu dans les Indes et sur les mœurs des Ménades, on voit figurer le poème de Denys le Périégète, la Description du monde, que Robert Estienne avait réimprimée en 1547 cet ouvrage, déjà plusieurs fois édité, existait dans la plupart des bibliothèques d'humanistes, et l'on ne saurait être étonné de le trouver aux mains de Ronsard. On l'est davantage, lorsqu'il s'agit d'un compilateur de basse époque, Michel Psellos,à qui il aurait emprunté, suivant Richelet, le thème de l'hymne intitulé Les Daimo/M. Il y évoque tour à tour, d'après les traditions des différents pays, les êtres fantastiques qui hantent l'imagination des hommes, elfes et gnomes, «larves, lares, lemursH On aurait à rechercher dans lequel des nombreux ouvrages du oscMTXTO!; byzantin il a pu puiser quelques détails mais n'est-on pas surpris de le voir profiter de tant d'écrivains divers, aujourd'hui presque oubliés?

XI

En peu d'années, Ronsard venait d'être acclamé comme le Pindare de la France, puis comme son Anacréon les sonnets des ~4/MOH/'s l'égalaient à Pétrarque on attendait à présent qu'il t. L'allusion au titre de Lucrèce indique les hautes ambitions de notre poote.

2. Les Hinnes de P. de Ronsard, ca~t/o'not~. A <es illustre et reverendiss<y?!e Odet, cardinal de Chastillon, Paris, Wechel, 1553. Les liminaires ne comportent que les sept distiques signés Auratus P..Ro/Marc/t ~n~!os. :3. Cf. Laumonier, p. 38~, 406.

4. Ed. BI., t. V, p. 1~2; éd. L, t. IV, p. 223.

5. Beaucoup de compilations de Psellos ont été publiées au seizième siècle. Cf. Em. Le~rand, B;)/;o'/rap/tf /tf/~n~uf, t. I, p. 209, 212, 214 et

f).1.S'.S'


prît place à côté d'Homère. L'épopée, non moins que l'ode, manquait à la littérature renouvelée de notre pays, ce « long poterne françois '<, dont Du Bellay espérait « l'honneur de la France et grande illustration de nostre langue 1. Jacques Peletier avait appris à Ronsard, dès leurs premières conversations littéraires, que tel était le but le plus élevé à atteindre, « l'oeuvre héroïque qui donne le prix et le vrai titre de poëte )); et Du Bellay lui montrait encore, par une phrase fort belle, la récompense due a ce grand laheur « C'estla gloire, seule échelle par les degrez de la quele les mortelz d'un pié leger montent au ciel et se font compaignons des dieux. »

Ronsard n'oubliait ni ces exhortations, ni la promesse qu'il avait faite de les exaucer. Peu après la publication des Odes, il annonça qu'il préparait l'œuvre nationale désirée par tous et pour laquelle il estimait mériter dès lors les plus amples pensions du Roi. On sait l'attente ardente, l'admiration à l'avance prodiguée par ses amis, et aussi le long retard qui se produisit dans la composition de la -anczacfe et qui laissa inachevé, avec quatre chants seulement, le poème où devaient être évoquées les plus antiques légendes de la dynastie et les origines fabuleuses de la race. Il est fâcheux qu'il soit interrompu au milieu des prédictions qui forment un résumé assez brillant de l'histoire de France, et que l'énumération de nos rois ne dépasse point Pépin le Bref les règnes postérieurs au père de Charlemagne auraient fourni à Ronsard des sujets dont son patriotisme eût tiré quelque éloquence C'était même la seule partie de l'œuvre qui pût en justifier la conception. Artificielle et tronquée comme elle est demeurée, l'épopée de Francus n'a que trop mérité l'oubli où elle reste ensevelie.

1. Dc~encf, H" p., ch. v éd. Chamard, p. 233-24~.

Et si je parle de nos monarques plus longuement que l'art Virg-ilien ne le permet, tu dois sçavoir, lecteur, que Virgile (comme en toutes autres choses) en cette-cy est plus heureux que moy, qui vivoit sous Auguste, second Empereur, tellement que, n'estant chargé que de peu de Rois et de Césars, ne devoit beaucoup allongerle papier, où j'ay le faix de soixante et trois Rois sur les bras (Première préface de la 2'a~c:sc~e, éd. BL, t~lll, p. 9) éd. L., t. V![. p. 67). Un jeune humaniste bordelais, qui publiait pn 1S63 un essai d'épopée latine intitulé Gallia yemens, ou Francus est aussi célébré, a eu la fortune de pousser jusqu'aux Valois l'évocation royale que Honsard n'a pu qu'aborder. V. Paul Courteault, Geo~'oy de Ma/M/n (/5M?-/6/7~, Paris, 1907. p. 41-60.


Une erreur fondamentale de l'auteur annulait déjà l'intérêt de sa tentative, ainsi que les contemporains le sentirent sans se l'expliquer c'était ce caractère de pastiche étroit de l'Iliade, de l'Odyssée et de l'Z~et~e, qu'il croyait nécessaire d'imprimer à son ouvrage. Nulle aspiration originale ne l'anime, tandis que, par un travail de mosaïque singulier, tous les épisodes classiques familiers à la mémoire des lettrés se trouvent prendre place parmi les aventures du héros. Ce héros est Francus ou Francion, nommé jadis Astyanax, fils d'Hector et d'Andromaque, qui navigue vers les pays d'Occident, où de magnifiques destinées attendent sa postérité lointaine'. Comme Ulysse, il rencontre un fâcheux Cyclope et évoque les ombres sur le bord de la fosse ensanglanglantée comme Énée, il rejette l'amour d'une princesse que les oracles lui commandent d'abandonner, et célèbre ensuite pour un de ses compagnons des funérailles solennelles, avec des courses et des jeux. Le début de l'inévitable tempête rappelle celle de l'F~e<Je, la fin, celle de l'Odyssée. Bien que le plan général soit tout virgilien et fasse songer d'assez près à « cette divine ~Enéide qu'aveq toute reverence nous tenons encores aujourd'huy entre les mains )), bien que Ronsard adore également ses deux maîtres antiques,

Ces deux grands Demy-dieux dignes chacun d'un temple

il est certain que, dans le détail, c'est le « demi-dieu » grec qu'il a choisi pour modèle. Dès la première préface de son poème, celle de 1572, il tient à faire connaître aux lecteurs qu'il l'a « patronné. plustost sur la naïve facilité d'Homère que sur la curieuse diligence de Virgile ». L'imitation de Virgile n'est pas une nouveauté elle a donné notamment 1'~4/Wca de Pétrarque, ouvrage au reste beaucoup plus personnel que celui de Ronsard; mais celle d'Homère n'a pas encore pénétré en France, et c'est pour la première fois qu'un de nos écrivains se montre ainsi nourri de la substance de ses deux poèmes.

t. Des 1S60, dans ses Recherches de la France, Pasquier commence à ruiner la légende de Francus. CF. Gust. Allais, De ~ra/tCtadM epica fabula, Paris, 1891, p. 19.

2. Préface en vers de la Franciade (éd. Bl., t. III, p. 37 éd. L., t. VI, p. 14).


A partir du moment où il s'est mis à la composition de son ouvrage, commencé d'abord en vers alexandrins, réalisé définitivement en décasyllabes 1, et qui occupe son esprit pendant de longues années, on peut croire que Ronsard garde sans cesse Homère sur sa table de travail. Il se sert sans doute des éditions de Strasbourg reproduisant letext~e de Jean Lonicer (de 1323 a )550; ou des éditions de Bâle (iSi-'t et 1S81), auxquelles s'attachent les noms de Jacques Molsheym (Micyllus) et de Joachim Camerarius, la dernière avec le commentaire d'Eustathe. II a rencontré Homère dès le seuil de l'enseignement de Dorat, et la singularité du dialecte n'a pas empêché que l'explication des deux épopées ait servi de point de départ à son étude du grec 2. Dorat l'a initié à l'interprétation allégorique de l'Iliacle et de I'0(/see, sans l'y intéresser beaucoup, à ce qu'il semble Un peu plus tard, il devient l'ami d'Adrien Turnèbe, l'helléniste qui donne la première édition parisienne d'Homère 4, avec le désir de fournir à des lecteurs toujours plus nombreux un texte commode et correct. Ronsard honore d'un beau poème l'œuvre d'Hugues Salel, la première traduction française de l'Iliade, qui est en vers et dont Olivier de Magny publie deux chants inédits avec le « tombeau » du traducteur il pousse ensuite son cher Amadis t. Dans sa première préface, Ronsard, discutant les raisons de son choix, dit desalexandrins qu'ils sont pourle jourd'huy plus favorablement receuz de nos seigneurs et dames de la court et de toute la jeunesse françoyse, lesquels vers j'ay remis premier en honeur il les eût préférés, dit-il, « sans la honteuse conscience que j'ay qu'ils sentent trop lenrprose )'~ 2. Je crois avoir expliqué comment, p. 36.

:3. V. plus haut, p. 70.

4. borner; /~a!i, M es< c~c ;v&us a<7 r/'otam ye~ts..E'a;ûM(~e,&a~ .A. TMrf:e~)f;s. Homeri Ilias, id est Dorât suivirent ses leçons désormais A. le textebus. Les élèves de Dorat suivirent ses leçons désorml\is sur le texte de Turnèbe.

La partie de l'Iliade de Salel publiée par Magny en 1S53 comprend les chants X et X!. La pièce de Ronsard insérée dans le T'dmAes:! de Salel a été reprise dans le recueil des Epitaphes (éd. L., t. VI, p. 211 éd~BL, t. Vf f, p. 26'?'. Elle rappelle la dédicace du début de l'ouvrage à François 1°''

François le premier Roy des vertus et du nom, Prenant à gré d'ouïr l'Atride Agamemnon Parler en son langage, et par toy les ~ensd'armes De Priam son ayeul faire bruire leurs armes D'un murmure François, Prince sur tous humain, Te fit sentir les biens de sa royale main Et le fit à bon droit, comme a i'un. de sa France Qui des premiers tira nostre langue d'enfance.


Jamyn à continuer sous ses yeux cette grande tâche de même qu'un autre de ses disciples, Louis des Mazures, a composé la traduction de l'jE'Ke<(/e Jamyn a, d ailleurs, pris dans la maison du poète le goût de lire Homère, puisque c'est lui qui l'aide à relever les comparaisons, épithètes, apophtegmes, descriptions et autres « matières )) propres à être transportées dans la Franc/ac/e Tous ceux qui aiment Homère deviennent chers à notre poète, et il assure que l'hérétique Théodore de Bèze lui-même, pour en avoir fait bonne étude et savoir en parler dignement, ne peut pas être tout à fait un méchant homme 4.

L'ensemble de l'œuvre homérique est connue de Ronsard dans ses moindres détails; il recourt aux sortes homericae, c'est-àdire à la consultation de l'avenir par les feuillets du livre ouvert au hasard il prêche Homère aux poètes de sa troupe et loue la « majesté grave » de Muret, lorsque celui-ci déclame devant eux les plus beaux épisodes du siège de Troie 6 il s'enferme en sa maison pendant trois jours, pour relire tout à son aise l'Iliade dans la solitude il l'a fait, à la vérité, tant de fois au cours de se vie que, si la doctrine platonicienne sur la réminiscence était vraie, il serait, dit-il, devenu Homère lui-même,

1. La traduction de Jamyn des chants XII à XV!, imprimée à Paris, chez Lucas Breyer, en 1574, porte parmi les pièces liminaires une ode que Ronsard omit de recueillir lui-même dans ses œuvres. V. éd. L., t. VI, p. 435 (7~ou/' .4fMa(/:s./afKt/ sursa traduction d'o/Mére)

Homère, il suffisoit assez

D'avoir en Grèce, aux tems passez,

Fait combattre pour toy sept villes.

2. Z//?Hetf/e. translatée en /a/!çots avec les carmes latins correspondant t'f/se< pour He/'se<, Paris, 1560 (et 1572).

3. Laumonier, p. 247.

4. Co/:t:f:ua<!on <7u discours (Vesv~M~res Je ce <e;)!/)s ~1564). Ed.L., t. V, p. 340; éd. BI.,t. t. VII, p. 22

Certes, il vaudroit mieux à Lozanne relire

Du grand fils de Thetis les prouesses et l'ire.

5. Les Amours, éd. Vaganay, p. 319

Les vers d'Homère entre-tous d'aventure,

Soit par destin, par rencontre ou par sort,

En ma faveur chantent tous d'un accord

La ~'uarison du tourment que j'endure.

Muret :'« C'estoit une chose usitée aux anciens d'ouvrir un Homère, ou un Virgile, ou un tel autre poète à l'aventure, et de vers qu'ils rencontroient il ceste fortuite ouverture, colliger les choses qui leur dévoient advenir. Les exemples en sont assez frequens aux histoires. »

G. On le déduit aisément d'un passage des Isles Fortunées.


Carveritablement depuis

Que studieus du Grec je suis,

Homere devenu je fusse,

Si souvenir ici me pusse =

D'avoir ses beaux vers entendu. J

Ce n'est pas seulement dans la Franciade que Ronsard procède par imitation directe d'Homère. Il lui plaît de distinguer les épisodes des deux épopées et de prendre tel ou tel d'entre eux pour sujet d'un de ses poèmes

1)'Homere l'Iliade et sa sœur l'Odyssée Est une Poësieen sujets ramassée,

Diverse d'arguments le Cyclope ebpr~no, D'Achitte le boucler, Circe au chef bien peigné) Prothée, Calypson par Mercure àdvertie, Est un petit Poëme esté de sa partie.

Les personnages d'Homère ont pour notre poète des figures vivantes et familières. Il les a présents à l'esprit avec leurs vertus et leurs défauts. Malgré les faiblesses amoureuses d'Achille, qu'il relève avec la verve la mieux informée il juge le fils de Thétis le plus parfait et le plus grand des, héros ~eT~ade, et il ne se croit pas obligé, ainsi que font les trouvères, de le sacrifier à Hector, père de Francus 4 il l'offre en- modèle au jeune Charles IX c'est à lui qu'il compare le duc de Guise, comme Montmorency au sage Nestor, comme Lancelot de Carie ou Avanson au prudent Ulysse. Mais Ulysse le fait surtout penser au cardinal de Lorraine, et le grand hymne qu'il lui dédie fait dénier, pour la gloire du sage prélat, tous les exploits de l'0<fys-

1. Odes, t. tt, p~ 16 (111, 7. ~t maître DenysZ.a/K~M).

Préambu)e des Po~'mM, dédies à Marie Stuart (éd. L., t. VI, p. 43.: éd. B!t.V!,p.T). C

3. C'est au passage d'une élégie (éd. L., t. IV, p. '74; cf. var., éd. BL, t. !V, p. 283), qui finit par ces vers Va! tes gestes sont beaux, mais ton amour.tegere

Deshonore tes faits et tes chansons d'Homère.

4. Cf. Gandar, Ronsard. imitateur <f.f/cMM<e et de ~'M</are, Metz, i884, p. 16-18.

5. Institution pour l'adolescence du Roy <es-o~yes<teK. Ed. L., t. V, p. 34'): é<). BI., t. VII, p. 35.


sée S'il veut honorer son roi Henri II d'un hommage digne de lui, c'est à l'Iliade qu'il s'adresse le ciel t'a comblé de dons, lui dit-il

H t'a premierement, quant à la forte taille,

Fait comme un de ces Dieux qui vont à la bataille, Ou de ces chevaliers qu'Homere nous a peins Si vaillans devant Troye, Ajaxetles germains Hoys pasteurs de l'armée, et le dispos Achille, Qui rembarrant de coups les Troyens à leur ville, Comme un loup les aigneaux, par morceaux les hachoit Et des fleuves le cours d'hommes morts empeschoit. 2

Les héroïnes du vieux conteur subissent quelques déformations capricieuses, dues à des sources moins pures. C'est ainsi que la fière Pénélope devient une rusée créature, qui envoie son fils à Sparte pour mener plus librement une vie dissolue Hélène cependant, que Ronsard a si souvent nommée, reste en sa pensée l'idéale beauté que Les vieillards de l'Iliade voient passer « dessus le mur troyen ». Au reste, il ne se prive point de compléter les renseignements qu'il emprunte à Homère par d'autres qui viennent de Darès, le compilateur par qui le moyen-âg'e a connu le siège de Troie, et aussi par les racontars alexandrins que fournissent Lycophron et Apollonios aux bons élèves de Dorat. Il y a là un mélange qui nous déconcerte, mais qui laisse intacte la ferveur de son culte pour le grand aède.

Les secrets de l'art homérique, pénétrés par une longue lecture, n'ont pour lui aucun mystère la précision des descriptions, l'épithète colorée et pittoresque, les brèves images empruntées à la nature, ce qui donne en somme à sa propre poésie, hors des excès pindariques, ses caractères de réalité et de simplicité, Ronsard le doit en grande partie à cette fréquentation magnifique. Com1. De <yes illustre prince Charles cardinal de Lorraine (éd. L., t. IV, p. 233-235; éd. BI., t. V, p. 88-90). On voit avec curiosité les négociations diplomatiques du cardinal rapprochées de celles d'Ulysse dans l'Iliade. /7;y~e de Henri JI (éd. L., t. IV, p. 187 éd. B)., t. V, p. 65). Ce qui suit continue la comparaison avec les qualités physiques d'Achille, « piedvite », « coureur », « sauteur ».

3. Lycophron est pour quelque chose dans la fantaisie, d'ailleurs pleine de verve, des « Paroles que dist Calypson~ ou qu'elle devoit dire, voyant partir Ulysse de son isle » (foe/):M, livre I. Ed. L., t. V, p. 62; éd.B)., t. V, p. 7~. Cf. Hymne de ~'Or (éd. L., t. IV, p. 353). V. le commentaire de Muret sur Catulle (éd. Huhuken, t. H, p. 803).


ment ne pas être assuré qu'il en est conscient, lorsqu'on l'entend livrer à son lecteur certaines recettes de sa poétique: « Quant aux comparaisons, tu les chercheras des artisans de fèr et des veneurs, comme Homere, pescheurs, architectes, massons,- et brief de tous mestiers dont la nature honore les hommes. :Tu n'oublieras les noms propres des outils de tous inestiers et prendras plaisir à t'en enquerre le plus que tu pourras, et principalement de la chasse. Homere a tiré ses plus belles comparaisons de là 1. » On reconnaît la théorie, chère à la Pléia.de, de l'adaptation des termes techniques au style poétique; Du Bellay l'a exposée lui-même assez vivement 2 mais c'est Ronsard qui, par ce passage. en désigne dans Homère la source et l'autorité. Il a même relevé chez lui assez de traits familiers, pour se permettre de le considérer parfois, comme a fait Rabelais, sous l'aspect inattendu d'un poète badin et bachique. 11 s'amuse à le célébrer à ce titre dans la « gayeté » qui commence ainsi

Assez vrayment on ne revere Les divines bourdes d'Homere, Qui dit qu'on ne sçauroit avoir Si grand plaisir que de se voir Entre ses amis à la table,

Quand un menestrier delectable Paist l'oreille d'une chanson, Et quand l'oste-soif eschanson Fait aller en rond par la troupe De main en main la pleine coupe. Je te saluë, heureux boiveur, Des meilleurs le meilleur resveur; Je te salue, esprit d'Homere. il

On comprend que Ronsard n'ait jamais pu se lasser d'un poète i. Dernière préface de la F/'a~cia~ (éd. L., t. VII, p. 87 et 92; éd. BI., t.IH,p.26et3I).

2. Dans le morceau fameux de la Décence, II, xj « Encores te veux-je advertir de hanter quelquesfois, non seulement les scavans, mais aussi toutes sortes d'ouvriers et gens mecaniques, comme mariniers, fondeurs, engraveurs et autres. » (éd. Chamard, p. 303). Ronsard donne une 6numération analogue dans son ~t/'( po~<:yue(éd. L., t. VII, p. 48 éd. BI., t. VII, p. 320). Cf. Marty-Laveaux, jLaHgrue de la Pléiade, t. I, p. 360-420, sur l'usage fréquent des mots techniques par nos poètes.

3. Gayc~, II (éd. L., t. II, p. 36; cf. var. « o bon Homère M, éd. BI., t. VI, p. 343). On reconnaît le passage, Il. VI, 261, auquel a pensé Ronsard.


chez qui il trouvait toutes ces richesses diverses, le mythe et la nature, le symbole et la réalité. Pour lui, qui a tenté à son tour de les réunir dans son œuvre, c'était l'inspirateur par excellence, De qui, comme un ruisseau, d'â~e en âge vivant

La Muse va tousjours ses chantres abreuvant

XII

Chargé de tant de dépouilles de l'Antiquité, usant de tant de réminiscences des littératures grecque et latine, Ronsard attachait un prix considérable à ce qu'on le sût, pour qu'on appréciât mieux ce qu'il en tirait pour enrichir la nôtre. Plus il s'inspirait des Anciens et leur rendait hommage, plus devait être jugée méritoire l'offrande faite à son pays. En tête d'une édition revisée de ses œuvres, celle de '1578, il placé ce quatrain destiné à écarter d'elles le « vulgaire » grossier et ignorant

Les François qui mes vers liront,

S'ils ne sont et Grecs et Romains,

Au lieu de ce livre ils n'auront

Qu'un pesant faix entre les mains.

Une affirmation aussi tranchante ne visait, en fait, que la ~'ra/tciade mais il faut comprendre que Ronsard tenait à être reconnu pour un docte parmi les doctes, et qu'un lecteur, selon lui, ne pénétrait'tout à fait sa pensée; ne goûtait ses allusions dans leur plein sens et ses images dans leur exacte beauté, qu'autant qu'il en connaissait lui-même les sources. 11 s'est exprimé ailleurs de façon moins absolue et en définissant mieux les principes de son art

Mon Passerat, je resemble à l'abeille

Qui va cueillant tantost la fleur vermeille,

Tantost la jaune, errant de pré en pré

1. Hymne de l'Or féd. L., t. IV, p. 338; cf. var. « les poëtes », éd. Bi. t. V, p. 214).

2. Jusserand remarque que le quatrain, parfois cité comme se rapportant à l'ensemble de l'oeuvre ronsardienne, « ne vise et ne pouvait viser que la .Fra/iCta~eH. (Ronsard, p. 141.) II faut, je crois, en étendre l'application un peu davanbage.

XoLHAC.– Honxarf/e~u/tttittfsnte. 9


plus {es fleurs fleurissent à son gré, Contre l'H.yver amassant force vivres, Ainsi lisant et /etMe<M~ mes ~Mres, J'amasse, trie et choisis le plus beau, Qu'en cent couleurs je peints en un tableau, Tantost en l'autre, et prompt en ma peinture Sans me forcer j'imite la nature1.

Ces vers pourraient être écrits par Jean de La Fontaine,, cet autre « pilleur » de génie, à qui nul ne s'avise de contester son originalité, comme on l'a fait jadis et si injustement pour notre Ronsard. Au temps de celui-ci, nul ne se trompait aux apparences, et l'on savait qu'en abordant, comme il l'avait voulu faire, tous les genres des Anciens, il les francisait à jamais Et cum st< ~sro lotus et Ca~HHus,

Totus Pindarus et Pe~rarcAa ~o<HS,

Ronsardus tamen est St'A.~erennM

Parmi les témoignages rendus par Ronsard à l'Hippocrene hellénique qui l'a abreuvé et avec lui toute notre poésie, je n'en citerai plus qu'un seul. C~'est un récit perdu dans la longue épître « A lehan du Thier, seigneur de Beau-Regard, secrétaire d'Estat )), qui fut un des protecteurs importants de noire poète à la cour de Henri II il loue ce personnage de pratiquer lui-même la poésie, au milieu de ses absorbantes occupations, et cite en exemple de son respect pour les lettres cette intéressante anecdote .Si ne veux souOrir qu'un acte grand ~t. beau

Que tu fis à deux Grecs, aille sous le tombeau, Deux pauvres estrangers qui, bannis de la Grèce, Avoyent prins à la Cour de France leur adresse, Incognus, sans appuy, pleins de soin et .d'esKioy, Pensans avoir support ou d'un Prince ou d'un Roy. Mais ce fut au contraire, ô Princes quelle honte D'un peuple si sacré (helas !) ne faire conte! Ils estoyent delaissez presqu'à mourir de fain, Honteux de mendier le miserable pain,

Quand à l'extrémité portant un thresor rare

1. Fin du poème d'jH'J'ss, dans les Poëmes (éd. L., t. V, p. 132). 2. Œ'UfV-M f/'B.MfM Pa.f;t'p7-, t. II, col. 1132.


S'adresserent àtoy; c'estoit du vieil Pindare Un livret incognu, et un liure nouveau

Du gentil Simonide, esueillé du tombeau. Toy lors, comme courtois, bénin et debonnaire, Ne fis tant seulement depescher leur affaire, Mais tu recompensas avec beaucoup d'escus Ces livres qui avoyent tant de siècles veincus, Et qui portoyent au front de la marge pour guide Ce grand nom de Pindare et du grand Simonide~, Desquels tu as orné le sumptueux chasteau De Beau-regard, ton œuvre, et l'en as fait plus beau Que si des Asiens les terres despouillées

En don t'eussent baillé leurs medalles rouillées

Cette noble page, toute vibrante du souffle de la Renaissance, raconte un épisode qui s'est répété bien des fois en Italie, moins souvent en France, l'arrivée de ces Grecs misérables, chassés des terres ravagées par les Turcs ou simplement attirés par le goût de chercher fortune, et qui apportaient, pour tout bagage, un de ces manuscrits antiques tant désirés en Occident. Les volumes ne contenaient, la plupart du temps, que le fatras théologique de Byzance mais on en espérait toujours une trouvaille précieuse. Les émigrés comptaient, dans tous les cas, sur la soif de science de leurs hôtes pour obtenir accueil et protection, au nom des exilés illustres qu'ils prétendaient ramener avec eux. Beaucoup trouvèrent, en effet, chez les princes lettrés ou chez des personnages importants, enthousiastes de l'Antiquité, le gîte et le couvert, que leurs leçons souventmaladroites, leurs manuscrits, souvent insignifiants, semblaient payer avec une royale magnificence.

Quels sont les Grecs protégés par Jean du Thier, il n'est pas aisé de le savoir; mais il y a à Paris, depuis le règne de Henri II, un Crétois auquel il est impossible de ne pas penser et qui est précisément un introducteur et un transcripteur de manuscrits. On ignore en quelles circonstances ce Constantin Palaeocappa est venu d'Orient, où il était encore moine du Mont Athos en 1S4Î 1. Ce vers décrit fort exactement un ancien manuscrit grec muni d'un titre courant.

Ed. L., t. V, p. i43-H" La pièce à J. du Thier est dans Le yeconcf livre c/es Poèmes.


il passe plus tard au service du cardinal de Lorraine, à qui il dédie plusieurs manuscrits, ainsi qu'au Roi lui-même 1. On le trouve employé à rédiger le catalogue des manuscrits grecs de la bibliothèque royale de Fontainebleau, sous la direction d'Ange Vergèce, et l'on sait qu'il a un frère qui lui apporte des manuscrits de leur île maternelle 2. L'anecdote rapportée par Ronsard n'est pas datée; rien ne s'oppose à ce que ces frères Palasocappa soient les deux Grecs dont il raconte la venue en France, Jean du Thier ayant pu procurer ensuite à Constantin la protection du cardinal de Lorraine.

La valeur des textes signalés par Ronsard peut paraître assez douteuse. On est porté à se demander si les œuvres « inconnues o de Pindare et de Simonide étaient un trésor aussi rare qu'il le pensait. 11 y eut alors, dans ces découvertes, beaucoup d'illusion. Celle-ci n'a point laissé de traces, bien que les fragments de Simonide fassent penser à ceux que Turnèbe a édités en 1S53 dans son recueil gnomique. Il ne faut pas croire pourtant que les indications du poète soient dénuées d'autorité; il avait vu le manuscrit qu'il décrit, et surtout il pouvait juger en quelque mesure de la valeur des textes nouveaux et des morceaux inédits qui venaient au jour de son temps.

Guillaume Colletet assure que Ronsard avait porté loin, sur ce point, la précision de ses études « Il pénétra si avant, dit-il, dans les bibliothèques publiques et particulières qu'il fist un recueil des vers de plusieurs poëtes grecs, dont nous ne connaissons presque que les noms, dans le dessein de les communiquer au public, et qu'à cet effet en mourant il laissa ce recueil dansjes mains de son intime amy Jean Galandius, qui eust peu et-deu mesme nous faire part de ces antiques et nobles productions 1. Henri Omont, Catalogue des mss. grecs copiés à Paris au .ï'V7° siècle par Constantin Pa~Boeappa, dans F-Ann.uatre de l'Association. des évades grecques de ~~6, p. 241-2''9, et Le premier catalogue de la biblioth. de Fontainebleau (Biblioth. de l'Ecole des Chartes, t. XL Vil, 1886). Les Palseocappa de l'Université de Padoue appartiennent à la même famille, originaire de La Canée (Ct/doyna).

2. V. une des préfaces puMIées par Omont, que le Crétois a mises aux recueils théotog-iques copiés pour le cardinal de Lorraine « .Cum frater meuse patria ad me venisset. librum hune secum attulit, quem ego iam pridemApte['ae,quae urbs est Cretensium, ex quodam exemplari vetustissimodescripsfram, usque adeo vetustate carioso putrique ut vix le~i pos-

set. » -0:'


d'esprit » 1. Le témoin contemporain qu'invoque le biographe est l'auteur connu de l'oraison funèbre du collège de Boncourt, Georges Crichton, et le passage original mérite d'être reproduit il met en scène Galland, principal de Boncourt, le meilleur ami de Ronsard, qui l'appelait jj.o~os'.Xsujj.e~oç, « le seul aimé », et lui confia l'ensemble de ses papiers

Lustrata itaque cum L. Baïfio Germaniae quadam parte, Lutetiam tandem rediit, ubi doctore usus in Graecis et in Latinis literis Aurato, ex aureis diuini illius hominis fontibus tantum haasit, quantum si non ad satietatem saltem ad saturitatem sitientissimo cuiuis homini poterat satisfacere. Nec enim in antiquis Graecorum aut Latinorum monumentis quid tam abditum et reconditum latet, quod ille non perquisie-rit, nullus solertioris alicuius interpretis Graeci locus, nulla paulo venustior extat fabella, quam ille non annotant et expresserit.

lam in colligendis ipsis veterum Graecorum autographis et exemptis, in iis quae retrusa in priuatis adhuc bibliothecis iacent recensendis quantopere diligens fuerit, testantur obsoleta multa et exesa penè vetustate Graecorum poetarum carmina, nondum togatorum nationi cognita, quae per Gallandium propediem,,ut spero, lucem accipient et omnium vestrûm manibus terentur 2.

Ce témoignage, qui n'est pas contesté 3, mène assez loin. Il révélerait en Ronsard, non seulement l'humaniste savant, le liseur infa1. La vie de Ronsard par Colletet a été écrite en 1648. V. OEuvres inédites </e Ronsard, pub. par Blanchemain, Paris, 1855, p. 35.

3. G. C/'t«onM~au~a<t'o /'unej6rM. apud Becodianos, p. 5 (v. plus loin, p. 4, fin de la 3~ p.). La suite du morceau rappelle les services rendus à l'œuvre de Ronsard, après sa mort, par l'hommequi avait été le « Pylade M de la fin de sa vie et lui offrait à Paris l'hospitalité du collège de Boncourt (~ecoJtana f/omus).

3. Les observations de Laumonier (Binet, p. 99) tendent plutôt à en renforcer l'autorité. Malgré l'unanimité des avis et l'exactitude grammaticale du mot ille se rapportant à Ronsard, malgré la répétition du même pronom dans la phrase qui continue après ce morceau l'oraison funèbre, je dois dire que j'ai parfois appliqué ce texte dans ma pensée, non pas à l'élève, mais au maitre, non'à à Ronsard, mais à Dorat. Le vieux Dorat assistait sans doute à la cérémonie de Boncourt et écoutait le discours de Crichton il était naturel qu'on y parlât de lui et de ses travaux. Sa propre liaison avec Galland expliquerait qu'il lui eût confié, comme Ronsard, ses derniers papiers. Enfin, l'auteur dela Laudatio a pu ajouter le passage sur son imprimé, en faisant un mauvais raccord. Quoi qu'il en soit, à quelques nuances près, subsisterait l'opinion qu'on peut garder du travail philologique de Ronsard.


tigable des poètes anciens qu'il se propose d'imiter, mais encore un philologue véritable. Les travaux auxquels il se serait livré, sous l'inspiration de Dorat et un peu de Turnèbe, ressemblent singulièrement aux travaux profe&sionnels<de ces deux maîtres. A l'étude attentive des auteurs imprimés il aurait joint l'examen et la comparaison des manuscrits dans les bibliothèques et la recherche des textes ignorés. Quelque Insumsante qu'ait pu être la méthode employée, c'est là une besogne proprement philologique; et voilà un trait notable qui s'ajoute aux divers aspects de cette figure si complexe de grand lettre. Qu'il ait fait œuvre de paléographe pour lire les manuscrits grecs, ce n'est point pour nous surprendre, puisqu'il a acquis sur ce point une suffisante expérience avec son ami Baïf, dans la compagnie d'Ange Vergèce~. Quant aux librairies M fournies de livres grecs, ou il a « pénétre si avant H. ce sont celle du Roi à Fontainebleau, dont cette partie était précisément confiée aux soins du se/p<or Vergèce, et qu'on transporta au Louvre sous Charles IX et celle de Catherine de Médicis, qui fut d'abord aux Tuileries, puis au château de Saint-Maur-Iez-Fossés. Le fonds grec de la bibliothèque appartenant à la Reine-mère provenait de Florence et était particulièrement précieux~. Le poète a parlé de ces trésors avec un accent qui ne saurait tromper sur l'intérêt qu'il y a pris ). Cf. plus haut, p. 40. Observons, à propos des manu.SB'rIts grecs et des ligatures qui en rendent aujourd'hui pour nous la lecture moins aisée, que la typographie del'époque en reproduisait lesformesdeboaucoup plus près que la nôtre. Ronsard devait lire un manuscrit aussi couramment qu'un imprimé.

2. V. l'ouvrage d'Henri Omont, Catalogue des mss. grecs de FoK<aMeblea.u sous François le. et Ne~t II, Paris, 1889. Le fonds grec se retrouve intégralement aujourd'hui, moins un seul volume, à la Bibliothèque Nationale. Léopold Delisle a reimprime le poème de Dorat, De Bibliotheca re~rt'a, adressé à Charles IX (~,e6'aAtne~ des mss. de la .Bt&Hc~/t. ns< t. I, Paris, 1868, p. 191). Pierre de Montdoré, qui fut maître de la librairie de i.S82à à laû?, fut remplacé dans cette charge par Jacques Amyot. V. sur Montdoré (~on<aureus) la notice de Léon Dorez, dans les AMan~es de FjE'co!e /anpa!s<' t/e Rome, t. XII, Rome 1892.

3. Ce fonds était formé surtout des manuscrits d_n cardinal N. Ridolf,

ii-iort en 1550, qu'avait achetés un û ,rraiid capitaine (t bien amateur del e tt r es»,

mort en 15SO, qu'avait achetés un grand capitaine '< bien amateur de lettres Pierre Strozzi, maréchal de France, queRonsard a connu. Ils passèrentàprès lui aux mains de la Reine en des circonstances que Brantôme a racontées (éd. Lalanne, t. II. p. 248). V. Delisle, t. I, p. 209, et H. Omont, Z,eprgm:p/c.'t<a/o<jrMe des mss. grecs du card. Ridolfi, dans la B~~to~A. de l'Ecole des C/ta;'<M. année 1888. p. 309-314.


Cette royne d'honneur de telle race issue. Pour ne degenererde ses premiers ayeux Soigneuse a fait chercher ses livres les plus vieux, 1-lebreux, grecs et latins, traduits et à traduire, Et par noble depense elle en a fait reluire Son chasteau de Saint-Maur, à fin que sans danger Le Françoys fust vainqueur du sçavoir estranger~.

Paris comptait plusieurs bibliothèques privées assez bien pourvues et appartenant à des personnages considérables, chez qui s'étaient développés les goûts du bibliophile de cette époque, aussi curieux de manuscrits que de beaux livres imprimés. Ainsi était composée la librairie de Henri de Mesmes, riche en ouvrages grecs, qui fut toujours ouverte à Ronsard, puisque son maître Dorat y eut ses entrées de tout temps et que son ami Lambin y récolta de précieuses moissons pour ses éditions savantes2. Les collections du premier président de Thou, dévoué protecteur des lettres, celles de Jean Hurault, seigneur de Boistaillé, ancien ambassadeur à Venise et à Constantinople, contenaient aussi des manuscrits grecs 3. Tous les Hurault, amis des livres et des humanistes 4, et surtout le grand chancelier de France, Philippe, seigneur de Cheverny, que Ronsard a célébré de haute façon dans le Bocage royal ont dû tenir à honneur de satisfaire ses curiosités.

Il faudra nous imaginer Ronsard penché sur les volumes vénérabtes, tournant avec respect les feuillets de papier ou de parchemin, retrouvant sous cette forme nouvelle les ouvrages que les 1. Le morceau est au Bocage royal, éd. L., t. III, p. 296; éd.BL, t. III, p. 379; (un premier texte porte pour variante au v. pénultième « Le haut palais du Louvre. »)

2. V. plus haut, p. 76-77.

3. Jean Hurault (1. 7j~u/'a/<us Boes<a«e/us) est mort en 1572. Son neveu Michel Hurault, seigneur de Bet-Esbat, chancelier de Navarre, avait hérité de la bibliothèque de Michel de l'Hospi.tal, son aïeul maternel. Celle de Philippe Hurault, comte de Cheverny, garde des sceaux de Henri III et de Henri IV, excitait l'admiration de Scaliger. Cf. Delisle, Le Cahinet des nMS., t. I, p. 213.

4. Lambin en cite trois dans la préface de son CM~o/t, parmi les grands personnages lettrés du temps.

5. Ed. L., t. 111, p. 343-349; éd. BI., t. III, p. 419-424. Dorat le loue comme « unicus doctorum patronus », et parfois sollicite ses bons offices Po~/M~a, p. 105, 295, 297, 325 3' part., p. 19, 25, 26, 103, 2S8 et en tête de la partie non paginée du recueil). Rappelons aussi le trésorier Nicolas Moreau.


éditions de Lyon ou de Venise, de Bâle ou de Strasbourg, lui ont rendus familiers, se figurant parfois, avec la petite fièvre qu'excitait un texte inconnu, qu'il était le premier à le déchiffrer. D'autres poètes ont connu ces émotions, et Pétrarque est de tous le plus illustre. Mais Pétrarque appartenait à l'âge des grandes découvertes, puisqu'il commençait à reconstituer par son propre effort l'ensemble dispersé de la littérature romaine Aucune des joies prodigieuses qui marquèrent la vie du poète italien ne pouvait être réservée à Ronsard, même dans le domaine des lettres grecques qui fut lesien. En ce lot de papiers que posséda Galland, son exécuteur testamentaire, et dont ses contemporains paraissaient attendre des révélations bibliographiques, on n'a dû faire aucune trouvaille qui méritât d'être communiquée au public. Ce n'était peut-être qu'un recueil de transcriptions de sa main, analogue à celui que posséda Du Gange et qui contenait Jes extraits « que le jeune Baïf avoit faits de vingt-trois anciens poëtes grecs pour son usage particulier » Le florilège personnel de Ronsard ne serait pour nous, si nous le retrouvions jamais, qu'une précieuse relique littéraire et une preuve superflue de son érudition d'helléniste.

Ces observations donnent, du moins, un sens plus précis a la charmante évocation de Remi Belleau, dirigeant vers son ami le vol d'un papillon et disant à la bestiole de l'aller chercher en son cabinet d'étude

a-t-en mignon à mon Ronsard. Tu le tro&uras dessus Nicandre, SurCatlimach, ou sur la cendre D'Anacreon, qui reste encor Plus precieuse que n'est l'or, Tout recourbé, moulant la grace De ses trais à l'antique trace Sur le p'atron des plus segrés

1. On me permettra de renvoyer à Pétrarque et rTy~maftMme, particn!{6rement au t. I, p. i4 sqq., et au t. II, p. 339 sqq.

2. Aug-é-Chiquet, l. c.,p. 32, cile'la description que donne Baillet de ce manuscrit très soigné, écrit par Baïf dans sa quatorzième année et où «Jes ponctuations surtout et les accents peuvent cautionner l'intelligence qu'il avoit de la langue ». Les florilèges de Ronsard ne devaient être guère moins 'téiicatement calligraphiés.


Poettes Romains et poettes grées,

Pour nous reclarcir leur vieil age

Que ce fût à l'aide d'un manuscrit emprunté ou d'une édition d'Estienne, c'était bien le travail d'un philologue que les compagnons du poète le voyaient accomplir sous leurs yeux, pour l'utiliser, il est vrai, à des fins purement littéraires. Il était alors à l'époque la plus « livresque » de sa vie, celle qui prolongea quelque temps l'enseignement du collège de Coqueret et lui procura, dans la solitude de la recherche, ces belles heures d'ivresse intellectuelle dont bénéficia si largement sa poésie.

La restitution idéale de sa bibliothèque serait facile aujourd'hui, s'il s'agissait d'y compter les auteurs de toute langue auxquels il a eu recours s. On pourrait même essayer d'indiquer, comme nous l'avons fait quelquefois, de quelles éditions il a dû se servir pour la lecture des textes anciens. Mais nous aimerions retrouver ceux de ses livres où il a jeté sur les marges, comme firent d'autres humanistes, des témoignages de son admiration ou des observations de sa critique. L'ex libris même de Ronsard ne figure sur aucun volume aujourd'hui connu3. Son ex dono seul apparaît sur un exemplaire des Elegies, Mascarades et Bergeries (Buon, 156S) offert à un trésorier de l'Épargne 4 et sur la Franciade envoyée à Muret

1. Les Odes d'Anacréon 7'et'en, Paris, Wechel, 1556, p. 70, dans le recueil des.Pe<t<M inventions. (Cf. ÛE'ucres de Belleau, éd. M.-L., t. 1, p. 52, avec l'orthographe secrets etpoetes.) Le passage est déjà cité dans la Rhetorique françoise d'Antoine Foclin, Paris, 1555, p. 6.

3. V. l'introduction de Laumonier à son édition des Odes, t. I. p. xxxtv. 3. A cette heure, l'indication de propriété de Ronsard n'existe sur aucun volume classé. Il est probable que sa main sera reconnue un jour sur quelque marge annotée d'un livre de l'époque, ce qui permettra-d'autres identifications. Le seul écrivain de son groupe dont on possède un ensemble de livres annotés est Muret. La description de cette collection a été ma contribution de début aux Mélanges de l'Ecole française de Rome, année 1883 (Z.aj!)fA/:o<AéyuFd'u/t/na/tts<e au XVIe siècle). La Bibliothèque VittorioEmanuete, qui l'a héritée de l'ancien Collège Romain, a retrouvé, depuis mon travail, un exemplaire de l'édition originale des premières (Mes qui a. appartenu au grand humaniste (coté 71.2,A.43). Je ne vois de traces de lecture qu'au f. 125; ce sont des corrections légères sur l'ode latine de Dorat.

4. On lit sur la page de titre, de la main du poète Pour Monsieur de Fictes, et la signature Ronsard. V. le fac-simile dans la précieuse anthologie ronsardienne de M. Hugues Vaganay, OEuvres meslées de P. de Ronsard, Lyon, Lardanchet, 1914, p. 201.

5. J'ai identiSé récemment cet exemplaire, dont il est question p. 151.


Guillaume Colletet possédait encore au x\'n~ siècle un lot d'ouvrages italiens, par lesquels une habitude .du poète nous est bien attestée « Ronsard, qui sçavoiteu'ectivement tout ce que l'ancienne Athenes et Rome avoient de rare et de beau, n'ignoroit rien encore de tout ce qui faisoit esclatter Florence et la nouvelle Rome 1 ce que je recognois par les exemplaires de quelques livres italiens que-Ronsard avoit lus exactement et qui sont en MnHp endroits marqués et a/t/ïo~es de sa main ~yopre 2. Ces souvenirs précieux paraissent perdus.

Il possédait cependant beaucoup de livres, et assurément plus que Dorat, qui se contentait d'un petit nombre, toujours relus 11 aimait, nous le savons, que l' « estude » fut bien parée, et quelques portraits chers à son coeur figuraient sur les murs auprès des rayons où s'alignaient des trésors maintes fois rappelés avec complaisance. Un premier fonds lui venait du legs de son oncle Jean, vicaire général de l'évêque du Mans « Habebat ab auunculo, viro omni libérait sacraque doctrina politissima. bibliothecam varia et multiplicilibrorum supellectile instructam H en parle pour la première fois « à son retour de Gascogne », après la courte infidélité que ce voyage lui a fait faire à son travail

1. « La nouvelle Rome x désigne avec précision, dans le langage dti.biographe, la littérature latine de l'Humanisme.

2. « Je mets en ce rang, ajoute Colletet, les diverse's rymes italiennes du caniinal Bembo et [lacune dans lems.], qui sont tombées entre mes mains. (Xoticc sur Ronsard publiée par Blanchemain, l. c., p, S9). 3. Cf. fof;~a~'a, 1''° partie, p. 6t (à son médecin Ph. Yaleranus) ~s< ego cnt ~)rems est et inambitiosa supeMea;,

Sc;'t;t!a paras libris Graec:spartter<j~e~~MiS

.Yo~ multis ~ee~ts~ue tamen.

4. Ceux de Mane Stuart et de François H sont décrits dans la charmante /a;.fM des /'0f'f?:es, adressée à la reine d'Ecosse (éd.L., t..V, p. 9,10; éd. Bi..t. Vf, p. 1.4., 16)

Bien que le trait de vostre belle face

Peint en mon cœur par le temps ne s'efface,

.J'ay toutefois, pour la chose plus rare

Dont mon estude et mes livres je pare)

Vostre semblant qui fait honneur au lieu

Comme un portrait t'ait honneur à son Dieu.

.Droit au davant de vostre portraiture

J'ay mis d'un Roy l'excellente peinture,-

Bien jeune d'ans.

J. VeMiard, Laudatio funebris P. Rons8)'~{, p. 12. Cf. plus haut, p. H.


.Ma librerie, hélas!

Grecque, latine, espaignole, italique,

En me tançant d'un front melancolique

Me dit que plus je n'adore Paiïas~.

C'est à Paris qu'il tenait cette « librairie » il y pense pendant le séjour qu'il fait près de Meaux, aux bords de « Marne l'Isleuse », où il jouit ardemment de tous les plaisirs de la campagne dès l'automne, écrit-il à un ami, je reviendrai à « ce grand Paris » et

.d'un pie prompt je courray pour revoir

Mes compagnons et mes livres, que j'aime

Plus mille fois que toy ni que moy-mesme~

Le sentiment reste semblable, si l'expression change, lorsqu'il célèbre, du même accent que le vieux Pétrarque et presque avec les mêmes mots~, l'incomparable compagnie des livres aimés: .Seul maistre de moy, j'allois plein de loisir

Où le pied me portoit, conduit de mon desir,

Ayant tousjours ès mains pour me servir de guide

Aristote ou Platon, ou le docte Euripide,

Mes bons hostes muets qui ne faschent jamais.

Ces vers se lisent dans la noble élégie dédiée à Hélène de Surgères, où le poète livrait à son amie, et par elle à la postérité, plus d'un secret de son âme. Il y rappelait ses études les plus chères, qui avaient transporté sa vie idéale loin de celle des autres hommes et lui avaient donné la primauté dans son art. d. Odes, I!, p. 200.

2. Le Bocage <7e P. de Ronsard, Paris, 't5.'i4. fol. 8..EpM<re à ~m&rntse de la Porte, parisien, pièce classée dans les Ga~/e/e~. Ed. L., t. H, p. 39; éd. RI., t. VI, p. 347. î.

3. Pétrarque, E/x's< I, 7

.Contt<es~t:e <a<en<es,

.Illustres nec dt/~tct/es, quibus angulus unus

Aedibus in modicis satis est, qui nulla récusant

Imperia, asstdue<ueadst'n.<e< taedia n!trt<jr!!am

Ulla /eran<. abeant.iussi redea~qoe uoca~

4. Elégie « Six ans estoient coulez ». Ed. L., t. I, p. 337. La mention d'Aristote, assez inattendu parmi les lectures familières de Ronsard, s'explique par les éditions et commentaires dus à Turnèbe, qui a aussi édité le Phédon en 1553.


Elles ne l'avaient point détourné, comme beaucoup de ses contemporains, d'user de sa langue maternelle et de lui consacrer tout son génie elles avaient, au contraire, décuplé ses forces pour la mieux servir. S'il eut pour Dorat une reconnaissance d'éoolier fidèle, il n'en garda pas une moins vive pour d'autres maîtres, les livres de l'Antiquité pieusement écoutés dans le silence ide son « estude ». Il devait à ce double enseignement la formation singulière qui, sans amoindrir sa grandeur lyrique, fait de lui parmi nos poètes le plus complet des humanistes.


DEUXIÈME PARTIE

RONSARD ET LES HUMANISTES DE SON TEMPS S'il est une règle littéraire du temps de la Pléiade qui ressorte de ces études, c'est que le bon poète français doit être d'abord un bon humaniste. Ronsard, qui a mainte fois promulgué le précepte, a donné le plus bel exemple d'y obéir. Mais il ne s'est pas contenté de lire les Anciens et de chercher dans leurs livres ses inspirations. Leurs interprètes de son temps l'ont eu pour disciple et pour ami sa carrière a tellement côtoyé, pendant toute la première partie de sa vie, celle de son maître Jean Dorat, qu'on ne peut guère s'occuper de l'une sans étudier l'autre enfin, beaucoup d'autres érudits se sont trouvés plus ou moins directement mêlés à ses travaux. Sa biographie intellectuelle ne saurait être complètement élucidée, si ces relations, parfois inattendues, ne sont point mises en pleine lumière.

Ce poète a passé bien des jours parmi les latinistes et les grécisants il a suivi les leçons de ceux qui ont professé, lu les ouvrages de ceux qui n'ont fait qu'écrire, et partagé parfois l'intimité de leur existence laborieuse. La plupart d'entre eux, de leur côté, ont su le comprendre et l'admirer. Ils n'étaient pas éloignés de le considérer comme un des leurs. On lui reconnaissait notamment, en matière de grec, une véritable autorité, que ses longues études, ses vastes lectures, ses imitations heureuses contribuaient à lui assurer. Quand Nicolas Goulu postule la chaire de langue grecque, qu'abandonne son beau-père Dorat au Collège royal, Ronsard est invité à signer, le 1S septembre 1567, le certificat collectif qui garantit les capacités du candidat. Il les atteste en même temps que quatre professeurs royaux et deux confrères de sa Pléiade, et son avis sonne avec une gravité particulière: Ego Petrus 7?o/Marc~zs a/?/vno me audisse ~)H~ce /eyc/?<e/n.~eee A~'co~au~ G'M~o/Hu/?T. et <7<y/M.M!/MUMre~a ~e/!j<


/'acu~a/e e.rM~a/'e.~o.v~~D'. Demandons-nous, àceprop&s, quel poète de nos jours pourrait être appelé à apprécie!' en toute compétence les titres d'un professeur de grec au Collège de France.

La nature des travaux dont il nourrissait sa poésie obligeait Ronsard à consulter sans cesse les hommes qui s'étaient voués à la merveilleuse antiquité et avaient pour mission d'en commenter les chefs-d'œuvre. Sut-il voir la diversité des directions de ces études, qui commençaient à se transformer profondément sous ses yeux ? Il était plus près assurément des purs « humanistes n, qui ne cherchaient dans les anciennes littératures que des modèles d'écrire et de penser et qui songeaient avant tou~à en reproduire dans leurs propres oeuvres la forme ou l'esprit il s'instruisait cependant auprès des premiers « philologues H, qui, sans cesser de se rattacher à l'Humanisme, dirigeaient leurs efforts vers l'établissement de textes sûrs et la connaissance critique du monde ancien. Alors qu'un Dorat, par exemple, réunissait en lui les deux tendances, un Turnèbe ou un Henri Estienne faisaient dans leurs travaux prédominer la seconde. Comment Ronsard eùt-ii reconnu des diiïërences, pourtant essentielles, qui échappaient à la plupart des contemporains? Parmi les amis de son intelligence, il appréciait successivement tous ceux qui détenaient une partie des innombrables trésors dont il était avide 1

Il en rencontra quelques-uns à la Cour, qu'il dut approcher avec respect. Sous Henri II, I' « aumosnier et precepteur du Roy Dauphin » était Févêque de Lavaur, et celui des princes ses frères, M. de Bellozane. On reconnaît malaisément sous ces désignations deux hellénistes du plus haut renom, Pierre Danès, qui inaugura avec Toussain l'enseignement du grec au Collège royal de François I" et l'illustre traducteur de Phtiarque, Jacques Amyot. Ronsard a eu avec ce dernier des relations personnelles assez particulières, au moment où Amyot se démit 1. Cf. Abel Lefranc, La Pléiade au Collège de France en ~~7, Paris, 1003, p. 3 (réimprimé dans Grands ~ertcaM~aft~Mef'' ~aRcMtssance, Paris, 1914). Les poètes sont Belleau et Baïf; les professeurs Duret, Gharpentier, Lc~er du Chesne, Lambin et bien entendu Dorat.


volontairement en sa faveur de l'abbaye de Bellozane L'amour commun de leur chère langue grecque unissait le poète à celui qu'il appelle le « grand ministre des Muses » et dont il paraît avoir utilisé la précieuse bienveillance2. Il le célèbre d'un bel accent, en même temps que Danès, lorsqu'il énumère, pour répondre au mépris des protestants, les hommes d'un savoir profond qui restent fidèles à la foi catholique

Amyot et Danez, lumières de nostre age,

Aux lettres consumez, en donnent tesmoig'nage.

Hommes dignes d'honneur, cheres testes et rares 3

Enfin, la qualité de la langue d'Amyot n'a pas échappé à notre poète, puisqu'il glisse ce vers remarquable dans sa réponse à ceux qu'il a reçus du roi Charles IX

Ronsard te cède en vers, et Amyot en prose

Le Louvre lui ménagea d'autres rencontres littéraires. Il y vit le grec fait homme en la personne du maréchal Strozzi, tué au siège de Thionville en 1SS8. Le biographe des Grands Capitaines, voulant montrer combien l'illustre Florentin fut « bien nourry et instruict aux lettres par le seigneur Philippe Strozze son père », en porte ce singulier témoignage « Pour la plus grande preuve que j'aye jamais veu: de son sçavoir, ç'a esté les Commanlaires de Cœsar qu'il avoit. tournées de latin en Grec, et luy-mesmes escrites de sa main, avec des commantz latins, aditions et instructions pour gens de guerre, les plus belles que je vis jamais et qui furent jamais escrites. Le langage grec estait tres beau et tres 1. En 1864. Cf. Roué Sturel, Jacques /ln:yo< <ac~c<eu/' des Vies parallèles de Plutarque, Paris, 1909, p. 84. On trouvera les références sur la question dans cet excellent livre du jeune savant, mort à l'ennemi, en qui nos études ont tant perdu.

2. Ed. L., t. III, p. 438; cf. t. VII, p. 360; éd. Bt.,t. t. IV, p. 92; cf. t. III, p.322.

3. ~ef?M/:s<ra/Meaupe;;p~e efe~a~ce, publiée en déc. 1562 ou janv. 16S3. Après 1578, les huit vers sur Amyot et Danès disparaissent des éditions de Ronsard (éd. L., t. VII, p. 542; éd. BI., t. VII, p. 61). A partir de 1578, les noms d'Amyot et de Selve sont effacés aussi dans le Bocage royal.

4. Ed. L., t. III, p. 180. M s'agit des douze vers authentiques du roi, et non de ceux qu'une fausse tradition a popularisés.


éloquant, à ce que j'ay ouy dire à gens très sçavans qui l'avoient veu et leu, comme M. de Ronsard et M. Daurat, s'estonnans~de la curiosité de cet homme à s'estre amusé de faire cette traduction, puisque l'original estoit si éloquant latin, et disoient le grec valoir le latin. » Brantôme ajoute « Voyià ce que je leur en ay ouy dire, car j'entendz autant le grec comme lehaultallemand*. x Ce n'était pas à la Cour que Ronsard pouvait trouver les guides de sa pensée. Bien avant d'y retourner et d'y prendre sa brillante place auprès du jeune roi qui l'a aimé, il vécut longtemps et presque entièrement dans le monde des humanistes parisiens. C'étaient des érudits, des professeurs modestes, dont plus d'un sans doute fut surpris de la déférence passionnée que leur témoignait en toute occasion ce jeune gentilhomme. Plusieurs de ces savants hommes sentaient le pédant et eussent mérité plutôt d'exciter sa verve railleuse mais, chez d'autres, des manières simples et aisées s'unissaient à la science la plus souriante. On aime en tenir l'assurance de Ronsard lui-même. Jacques-Auguste deThou, bon témoin pour les mœurs littéraires de son temps, rapporte une de ses conversations, recueillie sans doute vers l'année 1570, alors que le futur historien était mis en relation par Dorat avec ce qui restait de la Pléiade* Il y joint une observation bien significative sur le caractère du poète: « Sane memini Petrum Ronsardum virum acerrimi iudicii, quilicetin dispari fortuna constitutus tota vita s-cholastico otio oblectatus fuerat, cum de Buchanano, HadrianoTurnebo, Antonio Goueano, M. Antonio Mureto, quibus cum arcta amicitia coniunctus fuerat, verba faoeret, diceresolitumillos hommes nihil paedagogicae praeter togam et pileum habuisse, et tamen de vulgo paedagogorum sic censere, nunquam incorrigibilis ineptiae ex paedagogica contractae characterem vel longissimi aeui curriculo deleri posse » Tout montre que Ronsard 1. Brantôme, éd. Lalanne, t. II, p. 241 (Le nMt/c/M~~Myosse). Le&ls de Pierre Strozzi montrait chez lui ce livre, sans permettre « de le transporter ailleurs jamais ».

3. On rencontrera plus loin ce passage des Mémoires de J.-A. de Thou (Historiarum sui <Mtpo;'M ~-t CJTZ~V/71, [Genève], 1620, t. I, p. S). Il reparle de Dorat et de Ronsard (« raris huius aeui luminibus )'), à propos des fêtes données au Louvre pour les envoyés Polonais (t. II, p. 066), et il fait d'eux de beaux éloges à la date de leur mort (t. IV, p. 62 et 266). ~M/o/'ta/'u/t! xu! <e;ttpo/'M /t'/);'t, t. III, p. 582 (s. 1X82).


LI su faire ces distinctions faciles et n'accorder qu'à bon escient son admiration

George Buchanan, qui fut un excellent poète humaniste avant de devenir homme cl'État et l'historien de son Écosse, n fait que traverser la vie de Ronsard~; on sait qu'il a tenu plus de place dans celle de Montaigne, qui nomme « ce grand poëte escossois », ainsi que Muret, parmi ses ( precepteurs domestiques » 3. Nos poètes l'ont rencontré souvent à l'époque où Du Bellay-traduisait son élégie de l'ambition déçue Qua/Tt misera sil condilio (/oc<?n<<{/M litteras humaniores /~u~e<Me Mais Ronsard a dû surtout fréquenter Buchanan au moment où ils célébraient l'un et l'autre, à la cour de Henri II, le mariage de Marie Stuart Le fameux juriste portugais Antonio de Gouvea, un des défenseurs d'Aristote contre Ramus, frère du principal du collège de Guyenne au temps de Montaigne, n'est pas resté en relations avec notre poète II a, du moins, profité de son œuvre pour sa propre formation littéraire, et il la possédait si bien qu'il lui arriva d'imiter en vers latins l'églogue descriptive de la grotte de Meudon et de mériter à ce sujet les éloges de l'auteur auprès du cardinal de Lorraine. Voici l'anecdote inédite qui se trouve dans ses papiers « Carolus Cardinalis Lotharingus Medonii antrum 1. Le cas spécial de Pierre de Paschal, étudié à part dans ce livre, s'explique, comme on le verra, par des circonstances très particulières. 2. Cr. Bu<tayta~co<tE/ey<art!m<. S~uarM~n l, Paris, M. Patisson, 1579, p. 23.

3. BsMM, livre I, chap. xxvi.

4. Du Bellay a imprimé en 1552, à la suite de sa traductionde deux livres de l'/?neK7e, « L'Adieu aux Muses pris du latin de Buccanan H et la « Traduction d'une ode latine du mesme Buccanan » (éd. Marty-Laveaux, t. I, p. 437-441). La première pièce n'est qu'une imitation fort libre de l'élégie parisienne du poète écossais.

5. Cf. F. Hume Brown, Gco/'ye Buchanan /!u~aytt's< and re/'ormer, Edimbourg, i890, p. 182. Buchanan, né en 1506, mort à Edimbourg en J582, a beaucoup voyagé en France et a enseigné quelque temps à'Bordeaux, sur l'invitation d'André de Gouvea. Il est venu souvent à Paris, où il a été un des familiers de la maison de Jean de Morel, et fut, en France et en Piémont, précepteur de Timoléon de Cossé, fils de Charles de Cossé-Brissac, jusqu'en 1S60. Sa liaison avec Ronsard peut dater de son séjour à Paris de t.)3. Il est à noter que son importante correspondance ne garde aucun indice desesrelatiônsavec nos poètes, sauf dans une lettre de Van Giffen, écrite d'Orléans, qui lui donne en 1567 des nouveUés de Dorat (Buc/ia/ta/u opera omnia, Leyde, 1725, t. II, p. 726).

6. La seule mention de Couvea faite par Ronsard est dans une lettre à Passerai citée plus loin.

Xot.HAC. Ronsard el <um.;tf:tsnte. 10


nnrae pulchritudinis et artis laudandae aedificandutneurauit. Hoc opus eximium Gallici fere omnes poetae carminibus celebrauerunt, praecipue Ronsardus haudignobilispoeta.quiin antri laudem eglogam elegantem scripsit. Hanc îoannes Truchius Dellinatus praeses prior, vir morum candore et soientiae celebritate conspicuus, Goueano dedit edixitque Cardinati_pet'iucundum fore si et ipse aliquid in laudem antri caneret. Qua de causa Goueanus hanc eclogam cecinit, argumentum Ronsardi g~cutus, in qua jvel Ronsardo iudice Gallicas elegantiassalesque'non aec~iauit modo, sed superauit » Ces détails, orgueiUeusement gardés par l'écnvain portugais, s'ajoutent a ceux que donne un de ses poèmes imprimés, pour établirsa parfaite familiarité avec les couvres, de la Pléiade on le voit traduisant au pied levé, et d'ailleurs très librement, la pièce de Du. Bellay sur Adonis, dans un cercle lettré où l'on vient de réciter et d'applaudir les vers du poète français Si l'on voulait cependant rechercher, ainsi qu'il serait intéressant de le faire, les traces de Gouvea, comme celles de Buchanan, sur les divers points de la France où ils ont séjourné, il n'y aurait rien à prendre chez Ronsard. Ces grandes figures étrangères se sontpromptement eifacées de son horizon. Au contraire, Marc-Antoine de Muret pendant les années de son séjour a Paris, lui a été aussi cher que Baïf et Du Bellay eux-mêmes et a partagé toute l'activité de sa jeunesse.

I. Bibliothèque nationale, Dup~y ~/0, fol. 76. La traduction de Gt)uvea fait partie d'un recueil manuscrit de ses poèmes, accottipagn.ôs de eotnmentaires. La traduction curieuse de l'églogue de Ronsard est plutôt une libre imitation, où l'auteur a introduit notamment un éloge du premicr'présSent t Truchy et du bibliothécaire du Roi Montdore. Le ms, contient ~u fol. 8& v°, uneépi~ranune sur la mort de Jean Brinon, qui sert dater le séjour de (jouvea a Paris, et, aux fol. 6H sqq., te poème surA.doats qu'il a imité de Du Bellay.

3. Les poèmes imprimés à la fin des œuvres éruditGs de Gouvea portent des préambules analogues à ceux que présentent les inëdtts du fonds Dupuy. Voici celui qui concerne l'imitation de Du Bellay ;<tAdonidIs notam fabutam loachimus Bellaius Gallicis versibus eleganter descripsit. Ht cunt forte Goueano prtLCsenti recitati essent a iuuene qupdam et ab omnibus qui tum adorant laudati, idem argumentum Goueanus latinis vcrstbus breuius elegantiusque expressurum se pollicitus est quod ut faceret urgentibus amicis, hos tandem versus cecinit M. j~y~. <~OttMMt opéra tur«~Ma)pAMo<o<jrtc&,pA:7osop/Mcs. ed. lac. van VaasMK, Rotterdam, ~766, P-~7). 3. Toutes les lettres origin:<)es que j'ai retrouvées du savant limousin portent la signature Maf'c-.4K<o:r:t' de Ajfuye~. La ntême forme du nom se retrouve au titre du ConwM'ft/afre, dans l'acte de 15,53 rappelé ci-dessous, etc. C'est donc celle qu'il convient d'adopter.


Bien que Muret rimât en français à ses heures, c'est comme poète latin qu'il chercha d'abord sa notoriété, c'est-à-dire en un domaine que la plupart des amis de Ronsard lui abandonnaient. Ce fut entre le jeune limousin et le groupe de la Brigade un échange de compliments et de services, où le maître prit grande part. Muret et Ronsard ont parlé l'un de l'autre fort dignement, et leur intimité est attestée parde nombreux et réciproques témoignages Le plus ancien est dans les Juuenilia de Muret, qui contiennent aussi des odes à Dorât et à Denisot, et des épîtres assez banales à Baïfet à Jodelle. Une odelette horatienne indique le thème que développera une charmante élégie de Du Bellay 2, l'absence du poète retenu loin de ses amis, dans son Vendômois trop chéri

Ronsarde, Aoyit:pec~rn~ arbiter, Qui princeps /'e~oKHm~o~c!<a~ eAur, VeK~oru/Ky:7e minas et celeres potens Lapsus ~M<ere/?Hm!'nu/?!,

Quando te reducem ytnc~octno ex acrro Cernemus, veterum ~r~a~o~a/t'H/7: ? Quis te, quis n/Heo vellere conditus ~Vo/)M restituet f~tes ? *?

Qui desiderio perpete Ku/ie <H/, TYsM quae non facimus vola ? quibus sa Postes munerihus c:nye/'ejoarc!MU~? Quas non conc!/):ntHS/?/'ee<~ ?

1. J'ai analysé plus haut, p. 92-100, le Co~Mme~at're de Muret. Un acquit du 9 mai 1S53, délivre par Ronsard et son collaborateur à la veuve du libraire De la Porte, concerne la vente de la seconde édition des Amours enrichie du Cnn!/Ken<at/'e, qui a été évalué à trente écus d'or soleil. Sur cette somme, Ronsard reconnait avoir reçu 23 livres tournois et Muret 46 livres (E. Coyecque, dans la Revue des livres anciens de 1916, fasc. III). Cette pièce est le plus ancien document actuellement connu en France, qui fasse mention de droits d'auteur.

2. V. les vers qui font un écho latin à ceux de Ronsard (Poeinalia, f. 11)

A'tittc te culta tenent celsi vineta Sahuti, .Vtfncct'rtdes Braiae, Gas<t<teum~ue nemus: Et tua ~aet/f'~ae /-espoftf/eft< car~tt'na A~mp/tae, Et salit ad n!!met'<M Belleris unda ~!ox F'x'~t'fe'! A't/mpAae ~He~ talem at!dtre/}oe<a~ El <;cut< sacres ducere nocle c~oros.

Ille colit t'es~ras, tulissima ttumtTta, syluas, Ille anlra e< ~UHios, saxaque uestra colit.


l) salfenz interea, qrzidquid agis, nremor

0 sa~em tn~erca, ym~çut~ agis, Memor

~V'M<r: u:ue/ ~a <e eurrt~M aur~

/?Nmor per Ho'm~ttm gemmeus aer<t,

Spectandum, populis vehaf

Autant que le lui permettaient les labeurs du professorat, Muret aimait a se joindre à la <' docte troupe M de Ronsard. Celui-ci n'a point omis de le faire figurer parmi les assistants à la « pompe du bouc », le jour où l'on fêta le succès de Jodelle~ II révèle même sa place éminente dans la Brigade, lorsqu'il lui dédie, au recueil de 1553, le poème des 7s~<?s fortunées. 11 y convie gaiement ses compagnons à quitter un monde agité et méchant, pour se réfugier dans l'île heureuse, où régneront pour eux les plaisirs des champs et les travaux de la poésie. Le chef dut chœur, le guide parmi les belles œuvres antiques, sera Marc-Antoine deMuret; et il n'est pas difficile de reconnaître dans ce rôle imaginaire une transposition delà réalité, c'est-à-dire des lectures à haute vq~x faites par l'humaniste parmi les poètes et des commentaires dont il les accompagnait

Là, venerable en une robe blanche Et couronné la teste d'une branche, Ou de Laurier ou d'Olivier retors, Guidant nos pas maintenant sur les hors Du flot salé, maintenant aux valées, Et maintenant pres des eaux~reculées, Ou sous le frais d'un vieux chesne br~nchu, Ou sous l'abry de quelque antre fourchu, Divin Muret, tu nous liras Catulle, Liras Ovide, et Properce et Tibulle, Ou tu joindras au cystre Teïen Avec Bacchus l'enfant Cyterien2; Ou, feuilletant un Homere plus brave, Tu nous liras d'une majesté grave Comme Venus couvrit d'une espesseur Ja demy-mort.leTroyen ravisseur. s

i..4<Y Pe/fH/K Ronsardum Gallicorum poelarum facile prt~etpeM (éd. RuhnkeQ,t.I,p.730).

2. Le texte de i5o3 marque nettement Alcée à côté d'Anacréon Divin Muret, tu nous liras Catulle,

Ovide, Galle, et Properce etTibnUe,

Ou tu joindras au Sistre Teien

Le vers m!gnard du harpeur Lesbien.

:t. ~oMt< liv. Éd. L., t. V, p. ttH éd. B~, t. VI, p i76.


Lorsque Marc-Antoine de Muret, malgré 1 enchantement de cette jeune poésie, se décida pour la carrière savante et alla chercher fortune en Italie Ronsard n'oublia point le collaborateur dévoué qui avait servi très utilement sa gloire naissante parle Commentaire des Amours. Leurs compagnons communs feuilletaient sans cesse un ouvrage indispensable pour comprendre entièrement son œuvre. On lut aussi avec enthousiasme, dans le cercle de Jean Brinon, le commentaire sur Catulle, de ton tout semblable, que Muret, momentanément campé à Venise, avait publié à la librairie de Paul Manuce Un peu plus tard, étant à Rome, Denys Lambin, qui ne le connaissait pas encore, lui écrivait à Venise pour solliciter son amitié sous les auspices de leur cher Ronsard « Nam neque tu me unquam videras, neque ego te tantum in sermone (ut fit) cum essem Lutetiae anno superiore [1SS6], Ronsardus, Auratus, Brino s p.Kxxp~c, qui mihi commentarios tuos in Catullum, paucis diebus antequam e vita excederet, dono dederat, de te amanter et honorifice mecum erant locuti ita ut illorum quasi testimonio in eam de te opinionem adductus essem, quae de viro omni humanitate perpolito et eruditissuno haberl et debet et potest )) Muret prolongea son séjour i. H est inutile de recourir à l'explication connue d'une fuite de Muret, qui aurait été poursuivi à Toulouse pour crime de pédérastie. J'avoue ne rien trouver de décisif dans les racontars qui le visent et dont les polémiques dj temps font quelque abus. Leur nombre, sinon leur autorité, parait avoir convaincu son dernier biographe, l'excellent Charles Dejob, dont l'argumentation sur ce point est d'une faiblesse déconcertante; ne vat-il pas jusqu'à faire état contre Muret de ce qu'il n'existe pas de correspondance échangée entre Ronsard et lui?

2. La première édition (Venise, 1554) est dédiée à Bernardino Loredan, h' 15 octobre 1554. L'exemplaire de la Bibliothèque nationale est chargé des notes de Corbinelli. Une autre publication manutienne du même temps intéresse un personnage important en relations avec la Pléiade, l'ambassadeur Jean d'Avanson Muret lui dédie très curieusement son petit commentaire sur Horace, le 1' octobre 1555. Son commentaire sur Catulle renferme un souvenir de son enseignement parisien Cum mihi odas T/ora~t ~7<eciaepf;/)~tce :n/erprf/an< .Pe<yus Gallandius, La/t~arum literarum pro/'Msor regrtt/s, Ao~no optimus et ert/dt<:sst/nus, Horatium pe/'ue<ere~ utendum f7ee~s:ic/, eu/~yue una ego et /!os Galliae Adrianus yu/te&Meuo~ufre/«s. (éd. Huhnken, t. II, p. 779).

3. Lazeri, A~ce~/anea ?.<- mss. libris AtjM. Co~eg' .Roman: Rome, 1757, t. II, p. 405. Cf. Dejob, ;V.-A. Muret, p. HO. La même lettrede Lambin donne un détail qui intéresse le séjour de Joachim Du Bellay à Rome. Muret avant demandé par lettre à un secrétaire de l'ambassadeur quels étaient

<


à Venise et à Padoue, puis à Ferrare, manquant ainsi l'occasion de rencontrer Joachim du Bellay à Rome, où il n'arriva lui-même qu'en avec le cardinal Hippolyte d'Este.

Bien souvent, comme Ronsard, dans cette Italie où ilcommejtçait une triomphale carrière, Muret reporta sa pensée vers cette grande amitié de sa jeunesse. Il ne reparut en France qu'une fois. Quand le cardinal d'Este y vint en qualité de légat, en lS6t, il lui servit de secrétaire et l'accompagna dans ses diverses résidences Bien qu'il fût dès lors mêlé aux grandes affaires, comme orateur officiel de la France à Rome, et déjà plus qu*a moitié italianisé, il n'en montra pas moins de plaisir à fréquenter ses anciens amis. Il retrouvait son commentaire et son portrait en tête de l'édition d'ensemble des œuvres de Ronsard,,la première, publiée par Gabriel Buon peu de mois auparavant. Il est vraisemblable qu'il présenta le poète au cardinal d'Esté; il revit Dorat, Turnèbe, Lambin, fit des achatschezies libraires. laissa un volume à imprimer entre les mains de Buon et resserra des liens, qui allaient se distendre avec le temps sans toutefois se rompre 3.

les Français qu'H voyait à Rome, celui-ci a répondu « Gallos hic esse eie~antiores Beltayum, Cardinalis Bellayi propinquum et familiarem, Dolusiurn, et Lambinum e comitatu Cardinalis Turnonii, alios praeterea mnltos. H Lambin n'est pas nommé dans les ~!eyre<s.

1. Notamment à l'abbaye de Cbâalis, que possédait le cardinal. C'est, le CaroMocunt. d'ou Muret date quatre de ses lettres et que les biographes de Muret n'ont pas su reconnaître (cf. Frotscher, AfK7'e~cptS< pra<?/ 07' t. II, p. 62; Dejob, A~ Mur~, p. 155).

2. J'en ai autrefois relevé la mention sur les livres _ds Muret provenant du CoMeg-e Romain et aujourd'hui conservés, à la Bibliothèque VittorioEnianuete. V. /t biblioth. d'u/t humaniste au .y~" siècle, dans les Mch~M de ['Ecole française de Rome, t883. D'après Lazeri (/. c.~ t. II, p. 328), Gabriel Buon fil don Muret, en 1563, d'uu livre français assez précieux, Z.M f/'es e~a~/M, tres rerMt'~KM et copieuses Annales, de Nicole Gilles, consultées par Ronsard pour la documentation de la Franciade.

Muret a séjourné eu France du mois d'août 1561 au printemps de 1M3. Une lettre postérieure, à Jean NIcot, fait allusion à une axplicatiOH assez vive qu'il aurait eue avec LambindevantTurnebeetDorat(ct,.La Croix du Mai.ne, t. t[, p. 76). Lucas Fruytiers mentionne le séjour de Muret à Paris dans, le chapitresur Properce, qu'illui a dédié, "cum te in has M~sarumsedesopportunissimaCardinalis tui Estemis legatisadduxisset M(/u<ey{t Ve/s</MHM, Anvers, 1S84, p. 8S). Muret a adressé à Turnèbe la préface de son édition des Philippiques, écrite à Paris le 14 mars taf'2; il y explique l'importance de ia découverte du manuscrit du Vatican, et le désir qu'il a eu d'apporter '{unique chose d'intéressant h ses amis de France, après huit ans de tra-


Le futur professeur du Collège Romain vécut dès lors loin de son pays, où ses succès trouvèrent longtemps de l'écho et où les humanistes de sa province ne cessèrent de se montrer fiers de lui Il continua à recevoir les livres de Ronsard, à suivre avec sympathie le développement de son œuvre, à interroger à son sujet les voyageurs qui venaient à Rome, et il lui arriva souvent d'écrire, comme il faisait à Claude Dupuy « Si vous voiés Mons'' de Ronsard, recommandés moi à ses bonnes graces, et faittes lui en part s. » En 1373, il désirait posséder la Franciade, dont l'apparition était annoncée par la renommée, et Ronsard ne manquait point de lui adresser un exemplaire avec la dédicace de sa main Pr< Monsieur Muret Un jour même (c'était après la publication du poème), Muret a envoyé tout son cœur, dans un élan affectueux, vers le groupe de poètes et de savants du pays qu'il ne devait plus revoir « IIlum Musarum chorum, quem litteris tuiscomrplexus es, rov ~.ouer/j-j's' Auratum; Ronsardum pridem Pindarum, nuper etiam Homerum Gallicum suauissimum mihi vaux en Italie (3/. T;iCfcey'on:s P/n'~ppt'caeaM. Mureto ad op<!muM ?W~s<MS;?n~H exemplar /a/M multis locis ernendatae ut y:t;/tcpr:/nu/K edi<af tuc/ertf/f/fa/t~ Paris, Gabriel Buon, la'H. La préface adressée à Turnèbe est datée Lutetiae, id. Mart., anno MDLA'77. II n'y a en tête de l'édition que sept distiques grecs; ils sont dédiés au cardinal d'Este, protecteur de Muret, et signés de Dorât.

1. Uneépître dédicatoire du limousin Beaubrueil adressée à Dorat, en d~2, rappetie en ces termes son séjour à Rome « Je receus un grand contentement de voir nostre Muret en chaire, faisant sortir de sa bouche un tonnerre siaggréabie,quejet'uzlors contrainct d'eschaper ce vers S'il escript bien, il dict encore mieux.

Et pouvez croire que ce ne fust poinct sanz admirer la fortune de l'homme, le voyant passer par les rues de Romme dans un coche magnifique mais obliroy-je les propos affables qui me recueillirent en sa maison « Je suis bien fort aise ~disoit iH de voir aujourd'huy le filz de ce Reaubrueit qui m'encouragea des premiers à l'amour des bonnes lettres, e) me plaict aussi grandement de scavoirdes nouvelles de Dorat,que tous deux avons heu pour maistre, et lequel j'estime avoir heu seul les délices delà Langue grecque. » Regulus, <a</ef7t'e.par Jean fVe.6eauAru<?t'ach)o<< ail ste<ye l'residial f/c /f7toyes, Limoges, H. Barbou, 1583. Xolhac. Lettres tf!Cf/. de Muret, dans AManyes Graux, Paris, 1884, p. 388.

3..t'ai récemment retrouvé à Rome ce précieux exemplaire. Il ne poite aucune annotation de Muret et se trouve coté 6. 34. K. 1, à la Bibliothèque nationale Yittorio-Emanuele. En le signalant à l'administration de cette bibliothèque, je n'ai pas manqué d'attirer l'attention sur l'extrême rareté des autographes de Ronsard.


amicissimum fratrem meum, et iam illi Homero supparem Hesiodum, Baifium et eum, cui ego quam nomine, utinam et conditione tam propinquus essem Duretum, et elegantissimi hominem Ingenii Passeratium, meos veteres amicos, quorum ego ipse recordatione recreor et afficior intimis sensibus eosigituromnes mihi vicissim saluta » Ainsi le Français devenu romain avait tenu a réunir le nom de ses meilleurs amis parisiens dans sa brillante correspondance d'humaniste destinée, selon l'usage, aux presses des libraires. e

II

Ronsard professe un respect particulier pour'le lecteur royal en langue grecque, chargé pendant quelque temps de l'imprimerie du Roi, que la Pléiade entière honore sous le nom de « M. Tournebœuf ». Il lui sait gré d'avoir ouvert pour lui des sources nouvelles d'information et complété sur plus d'un point l'enseignement reçu a Coqueret. Il doit à Turnèbe autant qu'à Henri Estienne, l'éditeur célèbre d'Anacréon~, et paraît l'avoir fréquenté davantage. H s'est assis parmi son auditoire, au Collège royal, avec d'autres poètes il a mesuré l'importance et l'autorité de ses leçons, et ce n'est pas sans intention qu'il le range auprès des maîtres les plus vénérés de la génération précédente, qui furent en leur temps la gloire de la France

L'n Turnèbe, un Budé, un Vatable, un Tusan

Il le nomme aussi avec les nouveaux, mêlés à toutes les études de sa jeunesse, lorsqu'il proteste avec une belle éloquence contre l'ingratitude d'un siècle corrompu envers les hommes qui lui font tant d'honneur Et nous, sacré troupeau des Muses, qui ne sommes

Usuriers, ny trompeurs, ny assassineurs d'hommes,

Qui portons fesus Christ dans le coeur arresté,

t. y/to~ae A~ar/Mosuo (éd. Ruhnken, t. I, p. 595).

2. Pour les relations de Ronsard avec H. Estienne, v. p. t07 sqq., et p.119.

3. ~fjr~oyue 7. Vers insérés dans l'édition de 1S84 (ëd. L., t. III, p. 380; t'.d. B)., t. !V, p. 3~.


Ne sommes avancez sinon de pauvreté.

Lambin, Daurat, Turneb, lumieres de nostre âge,

Doctes et bien vivans, en donnent tesmoignage

Quand il dit que Turnèbe n'avait « rien du pédant que la robe et le chapeau a il se trouve employer le mot même de Montaigne parlant de ce savant « Il n'avoit. rien de pédantesque que le port de sa robe et quelque façon externe qui sont choses de néant, car au dedans c'étoit l'âme la plus polie du monde 3. » Ce « jugement si sain », cette « appréhension si prompte )) (ce sont encore des expressions de Montaigne), Ronsard les avait appréciés particulièrement, le jour où, Turnèbe avait combattu de sa plume, à côté de Du Bellay, cette race frivole et encombrante des rimeurs et écrivains courtisans, qu'il avait lui-même en horreur 4 il s'était indigné qu'on eût pensionné un Paschal comme historiographe du Roi, pour sa latinité prétendue parfaite, alors que ses amis, les grands ,humanistes, ne recevaient point d'avantages de ce genre Eritne AtS~ortoy/'a~Aus regius, Tu/'ne/)o Auraloque s~r~M ? 11 se créait entre Ronsard et Turnèbe des liens toujours plus étroits, et l'anection du poète fut grande pour cet honnête homme sévère et bon. II alla le visiter à son lit de mort. Jean Passerat le raconte, en immortalisant leur commune douleur dans l'Elégie s~ le trespas d'Adrian Tur-

~e/)c, où sont ces vers vraiment émus

M estons doncques, Ronsard, meslons nos pleurs ensemble, Combien que soit trop bas de mes chordes le son,

Pour monter à l'accord de ta docte chanson.

Tu vois nostre Delbene et le gentil Belleau

De leurs pleurs, comme nous, arrouserson tombeau.

1. Complainte à la royne, mère du Roy, dans la 2'' partie du Bocage royal ~éd. L., t. III, p. 293 éd. BI., t. III, p. 275). Ronsard avait d'abord imprimé « Touinebœuf et Daurat. a. Cf. ce qu'il dit des deux hommes dans son invective inédite contre Paschal.

3. Teissier, Les Eloges des hommes savans tirez de l'Histoire de de Thou, 111, p. 249. Le passage original vientd'être cité.

3. Essais, livre I, chap. xxiv. ·

4. V. plus loin l'étude de leur publication commune, à l'occasion des attaques contre Pierre de Paschal.

a. Invective inédite contre Paschal.

6. C'est Alfonso Delbene, qui collabore au K Tombeau par une imitation française de la prosopopée de Cornelia dans Properce.


Du mignard de Baïf la douleur n'est pareille

Il ne boit ce malheur sinon que par l'aurëtlle

Nous l'avons beu des yeux qui t'avons veu mourant

Ronsard collabora lui-même au « Tombeau )) du grand philologue, où tant de beaux éloges furent, réunis, par le sonnet mémorable qui s'achève ainsi

Comme la mer sa louante est sans rive,

Sans bord son tes, qui iuist comme un flambeau.

D'un si grand homme il ne faut qu'on escrive';

Sans nos escrits son nom est assez beau

Les bouts du monde où le Soleil arrive,

Grans comme luy, luy servent de tombeau

C'était une réponse posthume aux vers où Turnèbe, abandonnant en faveur de Ronsard sa thèse de latiniste intransigeant et hostile a l'emploi de la langue vulgaire pour les hautes spéculations de l'esprit avait mêle sa voix respectée au concert unanime des lettrés de France

Ronsardus carmes Musis e< ~M~ne c~ynum

Qui pangit, qui Gratuyenae Latiaeque Camoeftae

()r/iame~a' suis a~cry;ur:/na cAaytf's,

-4<yMe t'n</{c/aprtf! dies in luminis attras

.!7u~a viris priscis auc~or f/oc<MS!'mHS 6~ër<

L a[ïect.Ion de Ronsard pour Lambin fut plus familière. Ils s'étaient connus chez Dorat, au collège de C&queret, et le poète avait eu pour compagnon (socÙM), et peut-être pour répétiteur [..if/tfH 7't;ry!?&t f'egrtt p/:t/oM/)/ta.<*p''o/<?M<M'Me~a/'tssMM7'u/HuhM a~ </<)'-<f.f ~u~<7.</it~: rt~fs. Paris. F. Morel, t568. V. aassip. 117. 2. Ed. L.. t. V, p. 308; éd. BI., t. VU, p. 840.

3. V. la lettre que lui adresse Pasquier sur le sujet et qui reproduit, non s!H)s <oqupncp, la thèse principale de la Df~ence « Et bien, vous pstes ~t)[)''<)ucs d'opinion que c'est perte de temps et de papier de rédiger nos conceptions en nostre vulgaire, pour en faire part an public, estant d'advis que iiosh'e tun~ng-e est trop bas pour recevoir de tobles inventions; ains seulement destiné pour le commerce de nos affaires domestiques; mais que si nous couvons rien de beau dedans nospoictrînes, il le faut exprimer en hjtinM .'<~pr<?s. t. H, col. 3). Depuis ia:i2, année de-cette lettre, Tusnèbe npu trouver les meilleures raisons pour changer d'opinion. 4-. ~i.f/r. 7'um<?.6t pAKosop/tMe et Graeca/'cm literârum professoris J~e~H /)'fi;!<a, Paris, 1S80, p. 97. Toute la pièce est lire.


(a<MO/t~o/'), l'humaniste de Montreuil-sur-Mer, à peine plus âgé quelui Celui-ci l'initia surtout aux divers systèmes de la philosophie antique, comme la pièce des premières Odes, qui lui est dédiée, en témoigne assez clairement. Ronsard y discute en peu de mots la doctrine de Platon sur la « réminiscence », pour y préférer la théorie sensualiste de la « table rase )). Ce petit poème parait être un écho des conversations philosophiques des deux jeunes hommes, en même temps que l'expression de la gratitude du poète. L'érudit, à son tour, sut comprendre l'honneur impérissable que ces vers attachaient à son nom

Lambin, qui sur Seine d'Eurote

Par le doux miel de tes douceurs

A ramené les saintes Seurs.

Après tant de voyages au delà des Alpes, qui firent assurément de lui le plus « italianisé M de nos philologues 3, il se fixa à Paris, lorsqu'il eût obtenu une chaire de grec au Collège royal, à côté de celle de Dorât. Ronsard, revenu à la Cour et poète favori de Charles IX, vivait alors dans un milieu qui l'éloignait un peu de ses anciens amis. Mais ceux-ci restaient fiers de lui, et Lambin fut des plus éloquents à le déclarer dans son Lucrèce de 1363 Touché de 1 hommage, Ronsard répliquait par un court poème destiné à paraître, en 1566, en tête de la monumentale édition de CIcéron Use montrait, cette fois, un pur humaniste, car ses vers étaient des vers latins 6. Les échanges affectueux ne s'arrêtaient point, et Lambin en inventait un d'une forme inat1. V. plus bas la dédicace du .Lucrèce. Lambin, né en 1S19, quitta Paris en l~iM pour enseigner à Toulouse.

Or/es, t. H, p. 15

Que les formes de toutes choses

Soient, comme dit Platon, encloses

En nostre âme, et que le sçavoir

Est seulement ramentevoir

Je ne le croi.

Après Muret, bien entendu. Cf..EpM/o~e c/a; M~'oru/n. a I. A~cA. /u<oco/Kprf/t?/!sae, Lyon, 1561, p. 416 et /)MSt/ Fpist. c~a/ virorum seledae, Venise, 13C3, p. 112 et 165 et ma note de la Revue d'hist. et tilt. y'f/fy/e~SfS, t. III, p. 1.

4. V. ci-dessous, p. 159.

5. Ronsard eut pour voisins Dorât (en grec et en latin), Baïf, Nicolas Ver~t'ce et l'Ecossais Adanson.

G. On les trouvera plus loin parmi les poésies latines de Ronsard.


tendue, en insérant dans une nouvelle édition de son Horace deux grands morceaux de la Franciade, que Dorat traduisait en latin à l'intention des lecteurs étrangers et qui devaient servir à faire apprécier d'eux la noblesse des lettres françaises. Le commentateur d'Horace ledit clairement « Libet mihihoc loco occasionem et ansam nacto ex P. Ronsardi viri clariss. poetae Regli Franciade, poemate Gallico, plane cum Iliade Homerica et Aeneide Virgiliana comparando, versus aliquot Gallicos decerpere, eosque ab Io. Aurato viro singulari doctrina ornato, poeta Regio, Latinos factos, commentariorum meorum lectoribus legendos exponere, ut intelligant exterae nationes quae et qualia ingénia en*erat nostra Gallia, et quantopere apud nos ftoreant bonae litterae liberalesque doctrina e »

Ronsard fut, avec Amyot et Henri de Mesmes, un des répondants de Lambin auprès de Charles IX, au moment où l'humaniste sollicita les fonctions de traducteur du Roi (t/~c/yres /'e~M) pour la langue grecque; grâces lui en furent rendues publiquement, ainsi qu'aux autres protecteurs, dans la première leçon du cours sur le troisième livre de la ~ëpujM~ue d'Aristote, professé au Collège royal au mois de novembre 1570~. Lambin ne jouit pas longtemps des six cents livres tournois attachées annuellement a sa fonction nouvelle, puisqu'il mourut en 1574, peu après la 1. C'est à partir de son édition de 1S67 que Lambin a itt$éré dans le commentaire de l'Ar~ po~t~uf d'Horace les deux passages d.ela /*fa&C{ade (fI.Vaganay, dans les ~nna~ ~c/:OMes, t. XU, i91i, p. 133, et L. XIII, t9i2). Son Horace, paru pour la première fois, en t56i, est présenté au lecteur par une courte pièce de Dorat, qui est une de ses meilleures. Dtonyitt Z,an!&:nt MofMt/'o~ensts /t«e7'arM/M G/'9Bcarum ta~py:c~<'at docloris /~<jft;, ~uperrtMe earu/t~e/n M~e/'a/'u~e<:a/ntft<e/'p7'e<M a .Re~rta Af~tes~<p/ac<t, oratio ad VII Id. A~ouem&r. habita pridie quam HA/'K~t 7./T.Ar:'slot. df /). op<t/))e administranda explicai-et, Paris, 1870. P. i3, Lambin remercie particuMèrementAmyot qui, juge sévère des traductions latines de son temps, l'avait désigné comme le plus capable d'en faire de bonnes. P. 20, on relève un éloge de Charles IX, où figure encore le nom de Ronsard Neque vero illos eruditos solum diUgit qui Musas colunt seuenores, quique ad res graueis et serias ei sunt utiles atque opportuni, MoruiMerios, Albospinaeos, Amiotos, Boetallerios, Memmios, Foxios, Ferrerios, Hurgenseis, Hertrandos et complureis simileis, verum etiam hos remissiorum et mansuetiorum Musarum cultores, Ronsardum, Baiffium, Auratum, Passeratiumet ceteros taleis doctrinae fama iMustreisetinstgneisyiros, eurumque versibus saepe vacuas aureis praebet atque attentas, maxime cum curis grauioribus defessus aliquid animo laxamenti quaepit. H


Saint-Barthélémy. Mais jusqu'à la fin l'amitié de Ronsard, commencée sous les auspices de Dorat, lui était demeurée serviable et fidèle. Un peu oubliée par la suite, leur liaison était notoire aux yeux des contemporains et l'on voit un'avocat au Parlement de Paris, Guillaume de Chaumont, habitué, à ce qu'il semble, de la maison de Jean de Morel, réunir tout naturellement les trois noms de Ronsard, de Dorat et de Lambin, dans une épigramme qui mérite d'être signalée

7~ Petrum Ronsardum, Tanu/7~ ~4ura~u/M et

jDz'oyM/uyn Lamhinum.

0 vos felices et <e/'7t0 numine claros,

Quorum vel y'ac/n~ Gallica <o<a mical.

Pindarica illa rosa es< Pactolo clarior a~er

Hic aH<e/ntnoefno cerfa~ utrique sue

Ce fut Lambin qui eut l'honneur de témoigner à Ronsard, de la façon la plus solennelle, les sentiments des savants, ses confrères, dans la page capitale pour notre sujet, qui fait une des dédicaces des livres de son Lucrèce 2. Cette édition et le commentaire qui l'accompagnait formaient un travail beaucoup plus important que l'Horace, paru deux ans plus tôt, où Ronsard avait dû relire avec agrément un des textes antiques qui lui étaient tout à fait familiers. L'hommage que lui rendait son ami était accordé en même temps au conseiller Henri de Mesmes, à un commentateur de Virgile, Germain Vaillant de Guélis, abbé de Pimpont, poète humaniste que la Pléiade a célébré et que son chef a tenu en estime particulière~, à deux philologues dé profession, 1. Gul. Caluimontani in supremo Parisiensi senatu patroni Sy~arum liber primus, Paris, 1371, p. 18. Plusieurs petites pièces sont adressées à Camille de More!.

J'ai cité plusieurs fois l'ouvrage, plus intéressant pour l'histoire de l'humanisme que pour la préparation philologique du texte de Lucrèce. V. plus haut, p. 76.

3. Voici encore un humaniste ami de Ronsard qui devrait obtenir l'honneur d'une biographie. Son nom même est défiguré partout. Germain Vaillant de Guélis, conseillerau Parlement (qu'on appelle à tort « de la Guesle », en le rattachant sans raison à la famille parlementaire de ce nom), fut évêque d'Orléans à la fin de sa vie (1385-1587). Lambin lui a réservé la dédicace de son édition de Plaute, Paris, 1577. 11 fut aussi lié avec Scaliger, et il y a deux lettres de lui dans les .E/jtt~'es /'ra/ipot's?s a J. J. de la .Sc; Harderwyck, 16~4. Scév. de Sainte-Marthe lui consacre un de ses


Muret et Turnèbe, enfin, pour le sixième et dernier livre, au maître des poètes, Jean Dorat. Lambin exposait, dans la dédicace adressée à celui-ci, la raison de ses divers choix': « lu eo quod Errico Memmio primum librum dicaui, praeter hominis dignitatem atque amplitudinem summa eruditione coniunctam.primum spectata est a me duorum Memmiorum o~.o'up.~x, seu gentilitatis et nominis communitas deinde referendae gratiae obligatio, utpote quin in hoc negotio conficiendo plurimum a libro illo m.tnuscrtpto, quem is mihi commodato dedisset, adiutus essem. Secundum item librum ut Petro Ronsardo donarem, nuiltae et magnae me causae impulerunt, quarum tu in primis conscius es. » Ces motifs, il faut les lire dans.cette langue élégante et

A'~oyt'a. 11 y a trois pièces de sa façon parmi les liminaires de la Franciade, dont un sonnet signé P. P. Sa signature latine est généralement G. Païens Gtfc~tusP. P. Binet cite un poème latin de « Monsieu.r~dePimpoat", adressé :'< Ronsard, qui le place, de son côté, au nombre des «divines têtes sacrées aux Muses », qu'il regrette, dans la préface posthume de la Franciade, de voir écrire en latin plutôt qu'en français. Deux épigrammes de Dorat lui sont dédiées (Poe~ 2'* part., p. 14 et 18). Il a fait des vers pour l'jf~a~e de Jamyn, qui a imprimé dans ses OEuvres un « Discours de M, de Pimpont conseiller du Roy », d'autres pour La .Ber~ro'te de Remi Belleau, Paris, 1572, et pour Les Amours et nouveaux eschanges des pierres preemuses, Paris, !S76,du même poète. Belleau lui paye sa dette en dédicacer et à Baïf lui dédie une ode (éd. M.-b., t. II, p. 361). Quand Desportes imprime pour ta première fois le recueil de ses Amours, en 1S7S, il place le poème de GuëHs, .IcfH'K's/K Poloniae /'e.yefn, entête de ceux qu'ilademaNdés à ses amis pour recommander ses débuts, parconséquent avantles vers latins de Dorat et de Baïf. Guélis s'y montre, en effet, brillamment inspiré. M a participé à la joute littéraire des poètes humanistes, à propos de la médaille d'Atcxandrc rappelant l'im~c de Michel de l'Hospitat. Enun, on le voit collaborer à divers « tombeaux », notamment à ceux deTurncbe, du président de Thou et de Ronsard. ? On trouverait sa trace en d'autres travaux philologiques que ceïtx de Lambin et de Scaliger. Les Ve/'tStMt'!ta de L. Fruytiers, qu'il a honorés de distiques Hminaires (G~n. Va~n./t'sGupHtta~&KuntDousan~), contiennent un morceau à lui dédié (Anvers, 1S84, p. 143). It y a seize lettres.de sa main à Pierre Daniel, dans les mss. i4t et 4SOde laBiMIothÈque de Berne, Une lettre de Th. Ganter à Daniel, écrite d'Utrecht en 1S70, le -mentionne ainsi « Magnopere scire desidero quid, ubi etquomodo agas,&imiliter et quid agat communis noster amicns ne patronns D. Pimpontius, cuius iam Etucubrationes in Virgilium Plantinus noster sub prelo habct ner minus quid agat Auratus noster n (Bern~KStS i41, n" 211). Il s~agitjci de la principale publication de Vaillant de Guélis, le commentaire sur Virgile qu'il fit paraître à Anvers en 1S70, dédié à la reine Elisabeth d'Autriche. 1. Cf. Lucrèce, 1. l, v. 43(.Afemy?nc~a/'ttpro~a~fo).


pure, qui faisait-de l'éditeur de Lucrèce, et bientôt de (Jicéron,le rival des meilleurs prosateurs latins d'Italie

DIONYS LAMBIN US P. RONSARDO, POETARUM GALLICORUM PRINCIPt.

Cutii primum T. Lucretii Cari librum de natura rerum Errico Memmio propter g-rauissimas, et iuslissimas causas dicauissem, Ronsarde, hune secundum me tibi donare debere nonleuioribus causis adductus iudicaui. Primum enim poétarum Gallicorum sine controuersia princeps et es et haberis. Deinde, quemadmodum Lucretius noster Latiuorum primus naturam et philosophiam (mitto dicere quam do etiam deliram et in multis impiam) Latinis versibus, iisque ornatissimis ac politissimis illustrauit, ita tu per amoenissima omnium poëtarum Graecorumac Latinorum nemora diu peruagatus, atque ex eorum liquidissimis et purissimis fontibus infinita rerum nostris hominibus inauditarum ubertate hausta, ea poëniata sermone Gallico in vulgus edidisti, quae Homeri, Hesiodi, Pindari, Anacreontis, Apollonii, Theocriti, Callimachi, Virgilii, Horatii, Tibulli, Propertii, Ouidii et ceterorum ).x'J9o'j<; et ~'jso~/jXtx redolerent. Huc accedit, quod 1 ego, paullo te natu grandtor, te adolescentem (ut probe meminisse potes) ad Graecarum litterarum studia, quamuis currentem, incitaui tibi etiam (ut ipse praedicare soles) in scriptoribus Graecis ac Latinis versanti, quasi tnmen saepe praetuli. Deinde tu me elegantissimo quodam et prope diuino carmine, quod immortale cum ceteris tuis scriptis futurum esse confido, amplissime ornasti, memoriaeque sempiternae commendasti Postremo amicitiam nostram ex optimisinitiis ortam et profectamcum absente me assidua mei recordatione aluisti, tum, post ton~nquas et diuturnas peregrinationes meas patriae reddito, plurimis et illtistribtis amorissis~nissummisqueerg'a me studilsamplincasti atque auxisti. His igitur causis impulsus hune secundum librum, in quo de priniorum corporum motu, de n~'uris eurum variis et tamen finitis, numéro infinito, natura simplicissima, omniumque colorum atque ndeo omnium primarum quatitatum experte, de mundis innumerabilibus, qui fortuito illorum corpusculorum concursu (rideamus licet Epicuri deliria) et oriunturet intereunt, disputatur; hunc (inquam) librum amicitiae nostrae testem futurum sempiternum tibi libens atque ex animo dono. Vate.

L'amitié de Ronsard et de Lambin, révélatrice des g'oûts profonds du poète, a laissé ses traces dans quelques correspondances manuscrites du temps, documents que nos études ont trop raret. V. l'ode citée p. i~S.


ment l'occasion d'utiliser. Elles nous introduisent dans l'Intimité de ces hommes, moins différents de nous qu'il ne le semble au premier abord, et dont le limpide latin suffit & rendre les sentirnents et les passions. Dans les lettres que Lambin adresse a; ses amis, en 1353, en revenant d'Italie où il a accompagné le cardinal de Tournon, Ronsard est quelquefois nommé, parmi d'autrcsjhumanistesqui paraissent faire alors sa société favorite Quand il écrit à Prévost, régent. de ce collège de Boncourt où l'on joue les pièces de Jodelle, Lambin ne manque pas de le charger de ses amitiés pour Ronsard Gallandio, Turnebo, ~ossa/'c~o &a<!u~f/n~. Mais deux lettres intéressantes à.tous les titres ont été écrites, cette année-là, au poète lui-même par son ami voyageur. La première lui apprend que Lambin a rencontré à Rossillon, chez le cardinal, un de ses grands amis, René d'Oradour, venu avec Charles de Pisseleu, évêque de Condom 3. Ce même Oradour se charge de faire parvenir la lettre au poète, que Lambin est impatient de revoir à Paris pour reprendre avec lui leurs études communes

Rossardo S. Cum mihi nihil longius videretur quam dum te viderem et tamen quotidie sperarem me Lutetiam profecturuïn, factum est ut totum hoc tempus quod Lugduni a Rossilions consumpsi, posteaquam ex Italia redii, mutum a literis abirepassussum;sed cum Episcopus Condumensis Rossilionem ad decimum Cal. Maias (sic) venjsset et una cum eo Auradurus quidam tuus familiaris mihique notissimus visus acsalutatus esset, nato (ut fit) plurimo de te ac tuis studiissermone, hortatus est nie ut ad te scriberem simulque recepit se curaturum ut tibi littexae redderentur. Hoc ei negare non potui, tum quod studiose petebat, tum quod ego mea sponte seribere volebam. Unum 1. J'ai étudié, dès 1882, le ms. 8647 du fonds latin de Paris contenant la minute de la correspondance de Lambin de l'automne 15S2 à la fin de iHS4. M. Henri Potez a tiré depuis de ce manuscrit une élégante et substantielle étude, intitulée Deux années de la Renaissance d's~ë. une corresp. M~d., dans la ~et)ued'A!s<. litt. de 1906, p. 4S8 et 658. Il y a donné place, en les traduisant, aux lettres de Ronsard, et sa lecture d'un texte assez di~6ci!e diffère quelque peu de la mienne, que j'ai vérifiée récemment sur le ms. M. Potez ne semble pas avoir relevé les mentions de Ronsard dans les lettres à Prévost.

2. Biblioth. nat., Lat. 8647, fot. 34 V et 49,. Lambin emploie toujours, à cette époque la forme Rossayf7us.

3. Ronsard dédie « à René d'Oradour, abbé de Bcus )', une de ses premières odes. et le nomme dans l'ode .1 son ~fu<y c/c Gascogne (Qc7M, t. p. 208; t. p. 299).


me a scribendo auocabat quod (ut supra scripsi) sperarem me tecum coram propediem familiariter de more nostrotocuturum.. Qui mihi dies profecto pulcherrimus et optatissimus illucescet. Quid enim mihi dulcius accidere potest quam eum longo interuallo videre cum quo honestissimorum studiorum societate coniunctus sum ? Cum igitur me socio et adiutore 1 in pulcherrimo isto et gloriosissimo philosophiae et literarum et poetices cursu, in quo versari usus sis, dubitare non debes qum 2 congressum nostrum magnopere expetam. Quem cum breui futurum confidam nnem scribendi faciam atque ad illam diem ea quae hic eram scripturus reseruabo. Hoc unum abs te interea petam ut tibi persuadeas Lambinum omnia tua causa velle, tuaeque laudi et gloriae, qum ex scriptis tuis politissimis et elegantissimis comparasti, mirilice fauere. RossHIone,8°caIendasApriIeis.

Aurato, Turnebo, Praeuotio s. Audio quaedam esse noua poemata abs te edita, quae mihi turpe esse existimo nondum ad meas manus peruenisse~; ea igitur, ubi primum Lugdunum venero, diligenter perquiram ac studiose, ut tua omnia soleo, legam et deuorabo s. Quelques mois plus tard, en août 15S3, Lambin est avec la maison du cardinal de Tournon à la suite de la Cour. Il fait une nouvelle rencontre, celle de Pierre de Paschal, lecicéronien que Ronsard honore alors d'une vive amitié attestée par maint poème. Leur conversation roule sur les mérites magnifiques du « prince des poètes français M, à qui 'Paschal doit remettre la lettre que voici

Paschalius noster cum mihi forte insperaiiti occurrisset, primum illa, quae ab amicis usurpari soient longo interuallo inter se congredienti1. On lit nettement ce mot et non aclmonitore.

2. Lambin a hésité sur te mot, mais il l'a maintenu dans son brouillon. 3. Ce Prévost, lié avec Ronsard, est régent du Collège de Boncourt, où vient d'avoir lieu la fameuse représentation devant le Roi de la Cléopâtre et de l'Eugène de Jodelle ce régent l'a contée à Lambin, qui lui répond le 10 mars 15S3 « Delectauit me in primis epistotae tuae locus de Comoediis et Tragoediis Gallicis. Libenter enim audio linguam nostram quam ceterae nationes barbaram et inopem esse dicunt, antiquorum poetarum veneres et ornamenta capere, interpretari et exprimere posse. Qua in re gloriebantur Itali se nobis esse superiores. Sed propediem, ut .vidéo, intelligent sibi rem esse cum aduersariis pugnacibus et lacertosis » (Fol. 34. Potez, p. 495). Ce rappel de l'Italie est à noter. On devra, pour l'apprécier exactement, consulter Ferd. Neri, La prima tragedia di Et. Jodelle, dans Giorn. ~o/ della letter :<a/ t. LXXIX, 1919, p. 50-63.

4. Les Amours, avec le cinquième livre des Odes, avaient paru le 1er octobre 1652; Lambin voyageant en Italie n'avait pu les voir encore. 5. 7.a<. 8647, fol. 41.

'<oi.HAG. .Ronsard e< <unt<tHt'me. 11


bus, dDi~enter ot cupide ab utroque seruata sunt, tjLt et ego illum etille me familiarissime complecteremur. Deinde cum mihi, ut &t, de mëo ex Italia reditu gratutatus esset, nulla nobis da re nultoue de homine priusquam de te sermo ort.u.a est. Casune an diuinitus, aapropter animorum et atudiorumsimiMtudinen, quaecumque huius sermonis nobis causa extiterat, siue casus, siue deus, siue, quod est.crediMHuajani'morum conuinctio ex qua amicitia nasottur, tu quidem certe nobis totius nostrae orationis argumentum fuisti. Sed quaenana fuerit illa nostra de te oratio quaeres. Desine, obsecro te, mi Rossardo, desine quaerere. Quid enim nos aliud putas de te esse locutos, aut quid ommno quisque de te toqui potest, nisi quod tu mereris quodque Gallia de te cuneta paucis exceptis iisque vel indoctis, vêt inuidis, praedicaL Quid illud est? dicos. Numquid hodie efHoies ut te vel in os laudem, vel quod non multum dissimile est mea epistola tuas [audes persequatur. Quamuis enim episLotam dtcuntHOtiefubescare, tap!cn quod cuiquam coram dicere verear ne per literas, quidcm ,4ignîficare ausim. Itaque noli a me exHpectare ut dioam te a aobis in eo sermone Hnguae Gallicae atnpHftcatorem, nouoruTn verborum opificem, non usitatorum carmtnum acrythmorum architectum, Poëtarum GaIHcorum principem nomînatum Tu per me quid de te fuerimus locuti ignorabis. Espistola quidem mea tibi nunquam t'enunciabit. Sed, si scire vis, Pasohaiiuro habes huac ipsum, qui hanc a me epistolam quam tibi redderetexpressit. Urge ut sermonem iMum nostrum tibi exponat. Nunquam faciet, si hominom bene noui. Inest enim in eius fronte et oculispudorille ingenuus, doctrina et literis et Musis dignus. Quare noli neque a me neque a Paschalio ut tibi sermonem, quem de te babuimus, flagitare. Tua potius virtute deleetare, tua te conscientia aestîma quae profecto tibi clarius quam fama popularis tuas laudes canit et praedicat. ate. Denique verum et incorruptum tuarum laudum pracûonem postoritati reserues, quae certe quo longius abs te aberit, hoc de te ac tuis scriptis sapientius iudicabit. Haius tibi salutem dicit.- Vale. 5 idus sextiles

Cette vive page est précieuse pour l'histoire de la poésie. Elle fait constater, presque aussitôt après les premières publica.t.ions 1. Sur )e titre de M prmce des poètes ') donné Ronsard dès cette époque, v. Laumonier annotant Binet, p. 56.

2. Est-ce Maclou de la Haye, poète français, ou Robert de la Haye, poète tatin? Tous les deux sont lies avec la Pléiade. Le second a composé lesvers intitulés Rob. /fa</us rie I. Be~a:o e/ P. Ronsnrdo (Chamard, p. 3SS~3o4,

:!89).

3. Bibl. nat., Lat 8647, fui. a9 V-60.


de Ronsard, quelle admiration générale il a provoquée. II est piquant de l'entendre célébrer en latin comme l'écrivain qui a enrichi la langue nationale de mots nouveaux et comme « l'architecte » de formes poétiques et de rythmes qui n'ont pas encore servi. C'est le sentiment de toute la France lettrée qui s'exprime dans le juste enthousiasme de deux jeunes humanistes. L'intimité de Ronsard et de Lambin se trouve attestée d'une façon non moins précise dans une autre correspondance conservée par Jean Passerat. Le futur éditeur de Plaute, venu enseigner à Bourges en 1565 et 1S66, restait en rapports avec ses amis parisiens, et nous voyons que Patouillet lui faisait tenir des lettres de Ronsard, de Baïf et de Lambin Dans l'été de 1566, il interrogea anxieusement ce dernier sur le bruit qu'on répandait de la mort de Ronsard, alors absent de Paris « Tristiores de Ronsardo nostro rumores illorum capnisim qui disseminarant, ita me nuper horrore perfuderunt ut exanimatus acerbissimo communis amici casu pene lugubria sumpserim sed dolor qui iam incandescebat refrigerato in partem nefario sermone paulatim retinetur, et dii faxint ut hoc mendacium, si qua nobis omnibus impendere pericula defuncti simus. Tu si me valere vis valetudini tuae diligenter seruias, nec metuas ne non qui cauere aliis discunt sibi confutant. Auratum meo nomine iubeto saluere, imprimis Memmium. M » Passerat fut rassuré par une lettre de Lambin et une autre que Bartolomeo Delbene adressait à son fils, étudiant à Bourges; mais il sentit le besoin d'en témoigner sa joie à Ronsard lui-même

Les tristes nouvelles semées naguères par delà, et connrmées par plusieurs assés certains auteurs, m'avoient forcé de mettre alors la main à la plume, afin de tesmoigner par escrit une partie de l'extrême douleur que mon ame avoit conceue pour une si grande perte. Mais les lettres du seig'' d'Elbene, père de Monsieur de Hauttecombe3, m'apporterent depuis un incroyable plaisir, m'asseurant que ce bruit estoit faux et que commenciez a recouvrer vostre bonne santé, et mesme 1..PaM/aeus cum litteris Ronsardi e< Ba~/t' tuas ad nos perferendas curabit. 3° calendas apr. /g~<? (Bibl. nat., Lat. 10327, fol. 'HO. Lettre à Lambin).

2. Bibt.nat. 8585, fol. 1S1.

3. Alfonso Delbene, abbé de Hautecombe, poète français, fils de Bartolomeo, poète italien, tous deux amis de Ronsard. En 1572, Passerat lui dédie un /e f/e la ~at.c (fol. 100 de son /?c<;f/et/).


évangile nous a esté envoyé par Monsieur Lambin, qui affermpit d'avantage vous avoir veu et salué sain et gaillard à Paris. Voilà comme les deux contraires et principales passions, selon la sentenccjde Platon, n'ont esté gueres esloignées l'une de l'autre, et avons sentyla dernière plus forte d'autant que la premiere estait vehemente. Je ne poursuivrayce point plus avant, .seulement j'ay à vous supplier par cette tant douce et desirée santé quedoresnavant vous la contregardiez pour vous, vos amys et l'honneur de toute la France. D.e Bourges, le 20 août 1566'.

A ce moment de nos guerres civiles, la mort de Ronsard eût ravi d'aise, comme un juste châtiment du ciel, quelques huguenots échaulfés qu'irritaient contre lui les Discours des misères de ce temps et la Remonstrance au peuple de France. Avec les pamphlets, couraient les bruits diffamatoires, dont la fameuse inculpation d'athéisme. C'était l'ordinaire attaque du siècle, et peu de gens de lettres échappaient à ce genre de calomnie. Si l'accusation d'hérésie était courante celle d'athéisme disqualifiait plus sûrement auprès des deux partis. Le bon Passerat se désolait donc de ce qu'on disait à Bourges et d'entendre le nom de Lambin mêlé à ces propos il en écrivait à celui-ci, l'informant qu'on l'accusait aussi de répandre la nouvelle d'une condamnation infamante de Muret à Rome, dont la fable ridicule paraît s'être établie à cette époque

Ronsardum saluum et incolumem Lutetiam rediisse meis quoque litteris ipsi gratulor. Tibi vero, mi Lambine, gratias ago quod me rerum nouarum thesauro locupletaris. Hic nuper nescio unde profccti rumores M. Anton. MuretumRomae,quibusdam decausis,mcendiariorum affectum esse supplicio. Rides? ingemui, mebercule, neque tu non ingemisces, cum audies caetera laudatur huius rei autor Dio. Lambinus, qui in frequentissimo celeberrimoque Scholae Parisiensis auditorio praedicauit tribus Theodoris liberatum esseorbem terrarum M. R. G. alii T. [Une note marginale rétablit les noms '< Mureto, Ronsardo, Goueano, et alii Turnebo. » Haec quam acerbe nobis auditu i. Bibl. nat., Lat. 8585, fol. 151. Ed. L., t. VII, p. 123.

Lambin lui-même n'a point échappé à celle-ci, et ses anciens amis d'Italie ont cru qu'il s'était fait huguenot. Paul Manjice a rayé son nom d'une édition de ses .Ep:sMa<: avec ceux de François Ilotman, Jean Sturm, Gilbert Cousin, André Dudith. Sur cet incident et la protestation énergique faite par Lambin en 1561, v. Nolhac, Une conséquence bibliographique du <o/!cMe<7e 7'rcn<e, dans la .R<'u;M d'hist. et de ?<. religieuses, t. 111, 1898, p. i-9.


fuerint ex tuo sensu iudicato. Conquisiuimus sane et conquirimus horum sermonum autores nefarios, quibus nescio quid verbis atrocius minamur. Vos autem, qui tam allé ascenditis, aequiore debetis esse animo ac meminisse nihil vobis noui accidere, si eiusmodi veluti procellis ac tempestatibus inuidia gratiamini. Nos qui humi serpimus et magis procuranda nobis monstra quam timenda arbitramur, nihil amplius possum addere cum praesertim seribam inuitus, nisi ut sceleratam hanc epistolam quae tibi tantum mali nuntiauit conscindas, meque mutuo diligas. Vale

Nous devons à cette histoire une jolie lettre de Ronsard, non moins précieuse par la rareté que par l'intérêt de certaines indications de caractère. Quoiqu'elle soit connue, on la goûtera mieux parmi les documents qui l'expliquent. Du ton de l'homme qui a subi bien d'autres ennuis, le poète raille doucement un ami timoré

A Monsieur et AoK.am?/ A/bn~eur Passerat, à Bourges Monsieur Passerat, Depuis ma lettre escritte, monsieur Lambin est venu souper avec moy, qui m'a monstre vostre lettre latine en laquelle j'ay veu comme les bons huguenots de Bourges (car autres ne peuvent estre qu'eux) ont semé par la ville que ledit sieur Lambin avoit dit en chaire publicquement que le monde estoit delivré de trois athées, sçavoir Muret, Ronsard et Gouvean. Je n'ay recueilly autre fruict de telle nouvelle, sinon l'honeur qu'on me faict de m'aôcoupter avec de si grands personages, desquels je ne merite deslier la courraye du soullier, et voudrois que l'on me fist tousjours de tels outrages à si bon marché et à si bon prix, et me sentirois bien heureux de pouvoir esgalter les vertus, sçavoir et doctrine et bonne vie des deux, et mesme de Muret que j'ay cognu homme de bien. Si monsieur Lambin l'a dit, je n'en sçay rien, cela ne m'importe en rien, et là dessus je m'en iray demain aux Trois Poissons boire à vos bones graces, me recommandant de tout mon cœur à vos divines Muses.

Vostre humble amy et serviteur,

RONSARD.

Le bon Passerat, si sensible aux attaques contre les hommes qu'il admirait, était plus jeune que Ronsard et Lambin et ne fut 1. Lat. 8585, fol. 152.

2. Lat. 8585, fol. 153. Ed. L., t. VII, p. 125. Blanchemain n'a pas lu le nom de « Gouvean o, Antonio de Gouvea (Goueanus). Au reste, l'orthographe du document n'est que celle d'un copiste,


appelé qu'en 1372 à enseigner au Collège royal. Son premier hommage au poète remontait, je crois, au « Tombeau » de Turnèbe. Outre l'élégie française qu'il lui a dédiée Passerat avait composé pour cette publication une élégie latine, ou il convie Ronsard parmi les amis qui pleurent le grand helléniste et qu'il désigne par de poétiques allusions

C/aru.! ah Ao~pth'o, AfeMmu~efterossjoro~ayo

Pt'/npuf~n s~uc~t' KoA/a~a </onms

Te flet Lambinus, cu:yuee.!< cocr~ome~aA auro

Et Gra/ae et Za~t'ae /an!a secunda /yrae

Te noster vates, cams numerisque niodisque

7'hehanus Gallis cedere visus olor

Un peu plus tard, l'humaniste troyen fut des dix poètes qui accompagnèrent de vers laudatifs, en 1S72, l'édition delà ~a/cM~e et il écrivit même un c( Sonnet à Mademoiselle de Surg'cres x, qui se plaisait, comme on le sait, à être comparée 1 à l'Hélène d'Homère Ronsard, de son côté, s'adresse à Passerat à la fin du beau poème d'Amas, qu'il lui dédie à partir de d373 Il goûtait sa facilité de versificateur dans les deux langues; il appréciait sans doute a sa valeur exacte ce savant aimable, bienveillant, digne protégé de la maison de Mesmes, bon commentateur des Ëlégiaques latins, qui n'a pas laissé dans la science de 1. Citée plus haut, p. i83.

2. Michel de l'Hospital, Henri de Mesmes.

3. G. VaMIant de Guélis [non de la GuesleJ.abbë de Pimpont. 4-. Dorat a donné au « Tombeau une intéressante'élégie de vingt-six distiques latins mis en grec par lui-même (Aduersus dpc~:ss. et piiss. %(r: ~tdront T'u/'fteA: /tecromas~t.yas).

S. V. le Tumulus de 1565 et la réimpression dans V,.AcM3H: TumeJM. opéra nunc prt'ntuM. in afm/)t collecta, Strasbourg, 1600, t. III, p. 107. 6. Blanchemain n'en reproduit que trois, dont Passe.ra.t,t. 111, p. 6. Il a, hicfi pnteintn, tar~etnent participé au Tombeau de Ronsard, dont l'jE'p:;t:ef/tu/n est reproduit dans le recueil: 7o. PaMe/'a<M.a~n</ae7aMuar{ap, Paris,~03,p.70.Cf.p.'73,.fnojM!jM7o.Auyatt.

7. Recueil des CBUures poëtiques de /a~ ~'assera~, lecteur et M<e~'p/'Me du Roy, Paris, 1606, fot. 237

Vous n'avez rien de ceste antique Helene

Fors que le nom et la rare beauté.

S. ~fy/a. à Jean Passerai lecteur du Roy, exeellent po~e latin et /a;t~ots (M. L., t.V, p. 132). V. plus haut, p. 130.


l'Antiquité des traces bien profondes', mais que son amour des lettres et de la poésie recommande pourtant à la postérité

0 Passerati, censor exactissime Priscorum, item recentium,

()t!o<yuo< Poetas ~?07Ka florens aureo Produxil olim saeculo,

Et quot per Europaea passim compta Nunc cfterfn~ aeui ferrei

/~ropayo. 2

Les relations de Ronsard avec le Collège royal paraissent avoir duré toute sa vie mais c'est pendant sa jeunesse qu'il compta ses plus étroites amitiés avec les « lecteurs du Roi a et même longtemps avant que Dorat fût appelé à prendre place parmi eux. Outre les savants que nous avons rencontrés tant de fois, comme Turnèbe et Lambin, il connaissait Jean Mercier, l'hébraïsant célèbre, successeur de Vatable, qui était le beau-fils de Jean de Morel et dut quitter la France en 1567 comme réformé. Il voyait aussi Ramus d'une manière assez intime, puisqu'il y eut entre eux une véritable collaboration.

Quand Pierre de la Ramée publia, en 1555, sa Dialectique, où il empruntait beaucoup d'exemples aux poètes latins, il pria quelques-uns de nos poètes de les traduire en vers français pour insérer leur traduction dans son texte 3. Ronsard assuma de ce travail la part principale, les citations de la préface dédicatoire a leur protecteur commun, le cardinal de Lorraine, et trente et 1. Voici ce qu'écrit Scaliger, à la vérité homme irascible, en 1378 « Passeratet quelques autres Pedantes comme lui, qui n'ont aulcune science que de petits fatras de corrections. » (Bibl. nat., Dupuy l96, fol. 13 cf. fol. 180). Melissus, naturellement bienveillant, a été charmé par le goût de Passerai pour la poésie des Romains.

2. Ce joli poème est de Paul Melissus, ScAec~as~a~a, p. 525. 3. La Dialectique de Pierre de la Ramée. A Charles de Lorraine cardinal, son Mécène, Paris, A. Weche), 1555. Binet, dans son texte de 1597 (éd. Laumonier, p. 43, 215), mentionne cet ouvrage en le confondant avec la ~/të<or!<jrue françoise de Foclin. Les collaborateurs de Ramus sont, avec Ronsard, Belleau, Pasquier, Pelletier, Des Masures, le Conte d'Alsinois (N. Denisot) le seul qui soit ignoré est De Brués, que Ramus a visiblement introduit par complaisance (p. 20 et 33') et sur qui l'index de notre livre renseignera. Quelques emprunts sont faits aux œuvres de Marot. Du Bellay n'a pas travaillé comme Ronsard spécialement pour l'ouvrage; les quatre passages de Virgile cités avec son nom (p. 9, 26, 59, 101) sont tirés de sa traduction du livre IV de l'Enéide, parue en 1552.


une autres, dont les traductions, signées de son nom, se présentent avec des mètres variés au milieu de la prose didactique de l'auteur 1. Ce jeu d'humaniste, destiné à enrichir un précieux livre d'enseignement, témoigne que le poète et le lecteur en philosophie grecque et latine )) étaient en rapports tout à fait cordiaux au temps du .Bocage et des Hymnes 2. Le restèrent-ils par la suite? On ne sait si Ronsard fut défavorable à la campagne violente de Charpentier, soutenu par Dorat, contre leur célèbre collègue, qui devait avoir un tragique dénouement au temps de la Saint-Barthélémy 3. Il n'a point cité le nom de Ramus dans ses œuvres imprimées, et on ne le trouve qu'en une page latine inédite, parmi ceux de ses familiers qui « subodorèrent » les premiers l'ignorance si bien cachée de Pierre de Pasohal A l'époque où Ramus était lié ainsi avec les meilleurs poètes de Paris, il les invitait à sa table, ainsi que le raconte son élève Nicolas de Nancel possédant, comme l'assure Rabelais, « des escuz au soleil », il pouvait offrir de belles agapes aux collaborateurs de sa Dialectique, auxquels se joignaient Baïf et Jodellë qui furent aussi de ses amis Il Cum poetis rare versatus est, quasi dispar studium sequentibus. Omnes tamen Lutetiae celeberrimos habitosaliquando ad prandium inuitauit, coryphaeo Ronsardo, velut Apolline praeeunte, sed postea nunquam .e quibus etiam unus perdoctus Bellaius Ramum scommate diro perstrinxit, Rabelaesum pari sarcasmo insultantem imitatus f,. » En écrivant, en effet, sa Pe~omac/c, satire marotique assez inoffensive, Du Bellay reprenait le thème qu'on trouve dans la préface du 1. Elles ont été ajoutées par Laumonier à l'œuvre poétique de Ronsard, dans la Revue du seizième siècle de 1916, p. 138-136, et dans son éd., t. VI, p. 396-404. Les textes traduits sont pris dans Virgile, Horace, Ovide, Catulle, Properce, Juvénal, Martial et Cicéron (Pro jMKfe/ta). Le seul texte grec traduit par Ronsard estd'Empédocte cité par Aristote. 2. Dans les -'i.~ustones de Du Bellay, publiées chez F. Morel en 1S69, on trouve, p. 13,1' l' allusion du nom de Ramus, avec celles de Turnèbe, de Galland l'ancien et de Louis Le Roy.

3. V. un article de Jbseph Bertrand, J. CAa/'pe/~<er est-il l'assassin de Ra/M);s (Revue des Deux lllondes, du 15 mars 1881).

4. Ronsard Hominis inscitiam et /*ucuM. nasati su&o~/eceT't/n~. 5. Sur les retations de Jodelle avec Ramus, v. ses. œuvres, éd. MartyLaveaux, t. H, p. 192, 364, 376. Ses vers sur la grammaire de l'éruditsont mis en latin par Melissus, Schediasrnata, 3e part., p. 66.

6. Petri ,Raw: Veroman.dui. c:<a a Nie. ~Vance~M r/'ac/n/e~o Nouioduftf~s:(/p.c/'t;)<a, Paris, 1899, p. 6S.


Quart ~tt're de fa~~ay/'ue~ La grande brouille mise par Pièrre de la Ramée et Pierre Galland dans l'Université de Paris, à propos des attaques du premier contre Aristote, semble avoir beaucoup moins intéressé Ronsard, au reste bon platonicien. On peut penser que plus tard il ne se soucia guère de participer à une querelle contre le sagace grammairien de la langue française et l'ancien ami chez qui il avait, « comme Apollon », présidé la table des Muses.

Serait-il téméraire de rechercher dans un ouvrage oublié, les Dialogues de Guy de Bruès, « gentilhomme au païs de Languedoc », quelques-uns des sujets traités par Ronsard dans les controverses amicales de l'entourage de Ramus ? Le livre date exactement de cette époque de la vie du poète, et lui prête des propos abondants sur les questions philosophiques du moment s. Ce Bruès, qui a une dédicace au Bocage de 1SS4 3 et son nom dans un sonnet de 1SS5, a été compté un instant dans la Brigade il se réclame de Jean de Morel 4, et c'est un des libraires de Ronsard qui publie son livre. Ces titres permettent d'évoquer son témoignage, d'autant plus que sa citation de « la Dialectique de Pierre de la Ramée et ses animadversions contre Aristote)) donne à penser qu'il connaissait l'auteur. Il a choisi, avec Ronsard, comme « entreparleurs » de ses dialogues, Jean Nicot, Guillaume Aubert et Baïf. Celui-ci expose des vues hardies sur la nécessité de vivre « suivant la nature » et non « suivant l'opinion et les lois » 1. V. la Satyre de maistre Pierre du Cuignet sur la Pétromachie de l'Uni);e/'st<ë de Paris, dans l'éd. Marty-Laveaux, t. II, p. 408-417 et 565. Pour tous ces points d'histoire littéraire, le travail de Ch. Waddington sur Ramus est rempli d'inexactitudes.

2..Les dialogues contre les nouveaux academiciens, que tout ne consiste point en opinion, Paris, Guil. Cavellart, 1557. Cet ouvrage, dont le privitè~e est du 30 août 1556, a été dédié au cardinal de Lorraine. Publié par l'éditeur des Odes, « à l'enseigne de la poule grasse », il semble avoir manqué de succès, puisque les exemplaires invendus ont été remis en vente après la mort de Ronsard, avec un titre réimprimé et la date de 1587. 3. L'auteur dit dans sa préface qu'il a été encouragé à la publication par M. de Morel, « gentilhomme Ambrunois, que j'ayme et admire grandement, tant pour son intégrité que pour sa rare (le texte porte race) et singulière érudition );.

4. Fol. 54. C'est l'épigramme « Quel train de vie est-il bon que je suive», qui était dédiée à Muret dans le Livret de. Folastries. Le sonnet, de 1555, commence ainsi « Veux-tu sçavoir, Bruez, en quel estat je suis ? )' (éd. 1. t. I, p. 179). Plus tard, le nom est remplacé par celui de Binet.


il est courtoisement réfute par ses compagnons, et tout d'abord par Ronsard lui-même. H est certain que les opinions attribuées u l'un et à l'autre par un aussi respectueux disciple ne pouvaient être entièrement imaginaires et en opposition avec leur pensée véritable. Une allusion à leur réconciliation récente, après une brouille légère, est d'accord avec ce qu'on connaît de celle-ci. Les propos platoniciens de Ronsard sont également conformes à la vraisemblance et à ce qu'on sait de son respect pour les doctrines de l'Académie. Quant à la mise en scène des dialogues, elle n'est pas dénuée de grâce, puisque c'est au bord d'une eau courante, à l'ombre d'une saulaie du Parisis, que se réunissent les personnages

BAÏF. Il y a tout près de ces saules, que tu vois 1~ bas en grand nombre, un petit ruisseau à la rive duquel nous nous assoirons, sans que le chaut nous puisse offenser. RoNSARp. Allons donc, car auasy bien

Fay l'esprit tout ennuyé

D'avoir trop estudié

Les Phœnomenes d'Arate <.

Et ie me réiouïray voyant la verdure et les petits poissons qui sautellent dessus l'eau. BAÏF. Puis les propos que nous tiendrons nous feront oublier nos ennuis mesmement quand nous parlerons de la philosophie, en laquelle tu prends un merveilleux plaisir et pource en tes Hymnes tu l'as diuinement loüée, combien que peut estre tu trouveras assez estrange ce que ie t'en diray.

C'est par de tels badinages que commencent d'autres entretiens plus illustres sous les oliviers de l'Attique.

III

Parmi les maisons de Paris où se réunissaient des humantstes, la plus connue se rattachait à la Cour, tout en gardant l'agrément et la simplicité de la bourgeoisie d'alors~. C'était celle 1. Ce sont des vers tout récents de Ronsard. Cf. plus haut, p. 87, n.. S. L'histoire de la maison de Morel mériterait d'être écrite. Aux sources imprimées, on joindra des correspondances et des papiers provenant de lui ou de ses filles, qui sont à la Bibliothèque nationale (Ls<. 8S89),~ à la Bibliothèque de l'Institut (ms. 290, anc. 292, fol. 43-48, 80, 210 V), et suftomt~ la Bibliothèque de Munich (CoM. Camerariana, vol. 14 et 33}. Dans les lettres


de Jean de Morel, seigneur de Grigny, qui fut gouverneur du bâtard de Henri II, Henri d'Angoulême, plus tard grand prieur et amiral de France, à qui Dorat donna des leçons de grec 1 Morel fut aussi maréchal des logis de Catherine de Médicis et maître d'hôtel du Roi. Ronsard trouva chez lui un des premiers cercles quil'encouragèrent et le défendirent. SainteMarthe l'indique bien nettement

.Ooc<os omnes doctissimus ipse fouebas.

?'M<M e7'!<~oa<r:nceps et gloria plectri

/PonM/'c~:M.

Tu primus laudare nouoque applaudere fa~'

Coe~DM~t.

Le logis de Morel, rue Pavée, proche Saint-André-des-Arcs, a été célébré, non seulement par nos.écrivains, mais par les étrangers qu'il aimait à y accueillir pendant leur séjour à Paris Luimême avait passé hors de France la première partie de sa vie, et il rappelait volontiers qu'il avait vécu à Bâle, auprès d'Érasme, et s'y était trouvé au moment de la mort de son maître illustre. Il avait reçu de lui, avec l'initiation du lettré, celle non moins précieuse du philosophe, et la plus haute pensée antique lui était devenue familière. Pour un homme de la Renaissance, la demeure d'Erasme était, à coup sûr, la plus belle école qu'on pût rêver, et Morel, conseiller littéraire du chancelier Olivier avant et après sa disgrâce, avait ajouté aux pronts intellectuels de ce noble stage ceux d'un voyage aux Universités d'Italie. Revenu dans son pays, « il y acquit incontinent une si grande réputation parmi les sçavans, à cause de la facilité qu'il avoit d'exprimer ses pensées de Charles Uytenhove à Morel ou à sa femme que renferme la collection de Camérarius, les mentions familières de Ronsard et de Du Bellay sont assez nombreuses (vol. 33, fol. 179-183, 260-363). Les copies que je possédais de ces documents ont été remises entre les mains d'un jeune érudit qui préparait un travail sur le savant Gantois et ne paraît pas l'avoir achevé. 1. V. des vers de Dorat à Henri d'Angoulême, dans ses Poe~a~a, p. 302 et 305, et une note de Marty-Laveaux, La Pléiade fr., Appendice, t. II, p. 384.

2. V. C. Toa/t/t. Afore~t.E'A/'ee~M. Coy:s:Y:a;'MQEco/tom:y. ~egrH. 1'umu~us, Paris, Fed. More), Ehredun. Dans ce OEconomiq. par Camille lus, Paris, Fed. Morel, 1583, p. l'inaugure, ce recueil, réuni par Camille deMorel, le poème de Dorat, qui l'inaugure, a un particulier intérêt biographique. Baïf est à la p. 42; Ronsard manque.


et de sa profonde doctrine, que toute la cour du Roy commença de l'avoir en grande vénération H Protégé particulier de Catherine, il eut les poètes « tous pour amis intimes M et sut les sdder de tout son crédit. La poésie latine régna chez lui de tout temps, d'abord avec Salmon Macrin, puis avec Dorat et George Buchanan et la poésie française vint un joury tenir ses assises autour de Du Bellay et de Ronsard.

La place que Jean de Morel occupe dans l'ceuvre du poète des Regrets est considérable, et Joachim, qui le nommait son « Pylade », fut assurément plus près de son cœur que Ronsard luimême~ mais il est souvent présent dans l'œuvre de celui-ci, qui lui a dédié son recueil de 1556, la A~ou~eMe Continuation des Amours, où il réunit pour la première fois « petits sonnets bien faits, belles chansons petites )' Cet hommage était un témoignage de reconnaissance pour des services rendus, l'auteur voulait aussi appuyer de l'autorité d'un homme considérable, reconnu comme bon juge des choses de l'esprit, cette tentative d'un style nouveau, moins « fardé de mots sourcilleux a et imitant de plus près « Nature ingénieuse »'. Il appelait Morel « la fleur de mes amis », et lui adressait F-H~/mne du Ciel, un des meilleurs de ce recueil philosophique qui devait particulièrement agréer au disciple d'Érasme. Il a même célébré un jour les beaux yeux de sa i..E7o<;res des hommes illustres. par Scév. de Sa:ft<e-Mar~e, mis en /ra~o:s par G. Colletet, Paris, 1644, p. 2.92-894.

V. notamment dans un recueil publié par les soins d7Uytenhove, Geor</n BucAa~ant Sco<: poetae eximii ~rancMcanHS [et Q.d.aej. Baie, Th. Cuarinus Nervius ~!S68?],p. 132 du livre des odes, l'alcaïque intitulée Ad omnibus et Musis et Gratiis (~e:E<r;s notam virgunculam ~3 ann, CamH~ant, Io. A/ore~;e<~4.~<on.ta6De~oMa< MSxptov.

3. V. les Lettres de Joachim du Bellay, éd. Nolhac, Paris, 1883, p. 3435; Revue d'hist. HM. de la France, de 1889, p. 300. Tout le monde se rappelle l'élégie remplie de confidences douloureuses, Ad. Janum Afor~uf~ jF&red. Pyladem suufK (à la suite des Xenia imprimés par Fédérie Morel en 1S69). 4. C'est le recueil rempli par les « Amours de Marie » (Laumonier, p. 16S, a décrit l'édition originale). La dédicace de l'auteur (éd. L., t. VIII, p. 3S1 éd. Bl., t. VI, p. 229) est un véritable manifeste littéraire sur les nouvelles tendances de sa poésie, qu'une pièce de Dorat, dédiée également à Morel, recommande presque à l'indulgence de celui-ci Tu quoque missa <t&f dsmper!e~f:s ista, Morelle,

A'on.MCOftcesstearnunaptena tact,

Pone snpercilinm paulisper.


femme, la docte Antoinette de Loynes qu'un goût vif pour la poésie et une forte connaissance du latin rendait digne compagne de son mari Enfin Ronsard qui prépara quelque temps pour Morel un Hymne des Muses, a placé dans l'Hymne du Ciel l'attestation d'une efficace protection reçue de lui. C'est toi, dit-il, Qui seul de nos François de mes vers pris la charge,

Couverts de ta faveur, comme Ajax sous sa targe

Couvroit l'archer Teucer. 3

C'est à la Cour que cette protection s'était exercée. L'opposition à Ronsard, attisée par les jalousies de poètes courtisans, s'y était manifestée avec violence, et Morel avait eu un mérite à la combattre que ne cessa de proclamer son obligé

Ce seul More), qui d'un gentil esprit

Premier de tous de ma muse s'esprit,

Et mon renom sema par ces bocages

Maugré l'envie et les ardentes rages

Des mesdisans, qui m'ont plus advancé,

Tant plus ils ont mon renom enacé

La façon délicate dont le maître d'hôtel du Roi servait ses amis dans un monde où sa parole était écoutée, les procédés ingénieux qu'il employait en leur faveur se dévoilent dans une lettre que l'on voudrait trouver adressée à Ronsard, mais qui est assurément semblable à d'autres que celui-ci a dû recevoir. Morel écrit à l'auteur d'un Avant-mariage imprimé pour les noces de Charles IX « La chose vint bien a propos que le Roy estoit icy, à la Majesté duquel j'en presentay un de vostre part, d'une douzaine que j'avoyefaict relier le plus honnestement qu'il me fut possible pour presenter à tous ces Seigneurs et Dames, là où 1. V., pour ce détail, l'antistrophe xxt de l'ode à M. de l'Hospital (éd. L., t. II, p. 144 éd. BI., t. II, p. 93). 2. Les papiers de Munich renferment des lettres latines d'Antoinette de Loynes j'en ai transcrit une au bâtard d'Angoulême, alors abbé de la Chaise-Dieu, adressée à « Monseigneur de la Chaise-Dieu », et une autre écrite fort joliment au poète Nicolas Bourbon, où Morel a noté « De la main propre et composition faicte sur le champ, de ma femme. » Il les a recueillies, ainsi qu'un fragment relatif aux études d'Antoinette, avec cette touchante indication 7n eius scrinii 7'e~:ymM~os< oA:<um repertae, 1569. 3. Ed. L., t. IV, p. 348 éd. Bl., t. V, p. 138 (avec les variantes). 4. Ed. L., t. VII, p. 392.


nous avons pensé qu'ilz,pourroient les mieux estre receus, car tous ne font pas cas de telles si exquises compositions. J'eus par là occasion de ramentevoir à Sa Majesté les douze sonnetz par cy devant à Elle presentez de vostre part et despuis insérez dans vostre œuvre des Imitations. J'en presentay un aultre & la Royne, qui l'a eu fort aggreable, un aultre à Madame de Montmorency et à Monseigneur le Chancelier absent les aultres se presenteront icy ou là ou. il fauldra, ou s'envoyèrent à la Court au plustost qu'on pourra avant la nopce. 1 » On ne saurait voir homme en place rendre plus délicats services à des gens de lettres. Plus d'un lui avait dû des conseils décisifs et l'élan de son esprit, et pouvait dire comme Sainte-Marthe a Ce fut luy qui le premier me donna courage d'oser quelque chose Mais il se plaisait aussi à assurer leur avancement dans le monde et à les mettre en relations avec des personnages importants. C'est ainsi que Ronsard eut de bonne heure la facilité de fréquenter chez lui le futur chancelier de France, Michel de L'Hospital, qui avait pris l'habitude de venir s'y reposer du souci des grandes affaires et qu'on verra plus loin continuer, sur la carrière du poète, l'action bienfaisante de son ami Morel' Les trois filles de la maison, Camille, Lucrèce et Diane, élevées par des parents lettrés, faisaient honneur a leur maître, le jeune savant gantois Charles Uytenhove, que Morel gardait chez lui en ami autant qu'en précepteur, et qui possédait neuf langues dont l'hébraïque et la chaldaîque, à l'émerveillement des Parisiens. L'hébreu avait, par ailleurs, ses entrées chez Morel, puisque le docte Jean Mercier avait épousé une Elle née d'un pre1. Biblioth. de l'Institut, ms. 290, fol. 42. Cette lettre, qui est un fort bel autographe de Jean de Morel, est écrite à Scévole de Sainte-Marthe, le 11 novembre 1570. L'opuscule qu'il a distribué était Imprimé par Fédéric Morel (~y/7:ne sur l'Avant-Mariage du Roy. 16 ff. in-8. Décrit par Jos. Dumoulin, Vie et oeuvres de F. Alorel, Paris, 1901, p. 198).

3. Les QE'uurM de Scévole de Sainte-Marthe, Paris, M. Pâtisson, 1~79, fol. 92 (Même texte au f. Aiiij de l'édition originale de 1S69, où se trouve le Discours sur les imitations adressé à Morel). Cf. plus loin, p. 193, n. 2. 3. Sa femme était la marraine d'une des filles deMorel. Cf. Dupré-Lasale; AfecAe~ de L'llospital a~a~ son élévation au poste de chancelier de .F'MMce, Paris, 1878, p. 97-100. Un témoignage d'intimité est la façon dont Morel se faisait adresser ses propres correspondances « au. logis de Monseigneur le Chancelier de l'Hospital, à Fontaine-Belleau, à la Cour )). (CoM. Cerner., vol. 337, fol. 260.)


mier mariage d'Antoinette de Loynes 1. Les jeunes filles, vivant parmi les savants et les gens de lettres, partageaient leur esprit entre l'érudition et la poésie. L'aînée des trois écolières d'Uytenhove, Camille, devint bientôt l'émule des femmes humanistes que l'Italie produisait depuis longtemps en grand nombre, et qui étaient encore assez rares en France. Elle excitait l'admiration générale par sa science et ses précoces talents. A dix ans, elle parlait le grec comme une fille de Robert Estienne, calligraphiait l'hébreu comme un élève de Vatable, chantait sur le luth les vers de la Brigade et versifiait elle-même en trois langues 2. Quelques œuvres éparses, imprimées ou manuscrites 3, ne justifient point ce surnom de « dixième Muse dont on allait abuser pour nos dames lettrées et que Du Bellay semblait rapporter d'Italie pour lui en faire hommage 4. Camille de Morel intéressait aussi par l'union en sa personne des grâces virginales et d'une intelligence virile Dorat tirait de ce contraste le sujet d'une de ses grandes odes alcaïques, où il peignait autour d'elle l'admiration desfami1. Jean Mercier dut quitter la France en 1567, comme réformé. II y a dans les mss. de la collection Camerarius des papiers provenant de son fils Josias Mercier, le philologue, dont quelques-uns ne sont pas sans intérêt pour l'histoire littéraire.

2. Du Bellay s'amuse, dans les vers qu'il fait pour les dix ans de Camille (Poemala, f. 32), à énumérer les talents de la fille de son ami et même ses essais de poésie française

Sic versus patrios /act< Camilla,

~o~Mrdt!s<jTuea< inuidere ut ipse.

Mais il faut lire surtout les odes alcaïques que Buchanan et Dorat lui ont dédiées, et qui Sg'urent dans le recueil de ces poètes, auquel Uytenhove a donné ses soins en 1562 en y ajoutant ses propres vers et ceux de sa jeune élève. On y trouve d'elle une traduction de l'hébreu d'après son maître, des vers .Ac/ sereniss. Angliae reginam, etc. Uytenhove était alors en Angleterre. Il avait déjà associé Camille à sa publication d'un Epitaphium du roi Henri II en douze langues, dont sa langue flamande (Rob. Estienne, 1S60), que suivent des vers de Dorat et de Camille, alors âgée de onze ans, et une attestation signée Bellaius

Quid mirum /tos versus rtos~ram. cecinisse Camillam?

Car'olus Meft/tOtztus nempe magister erat.

3. Sans vouloir esquisser ici une bibliographie de cette femme savante, qui a collaboré au Tombeau de Du Bellay et d'autres recueils, je signale une feuille imprimée par Robert Estienne (Bibl. nat., Y 2910), qui contient, avec des vers grecs de Florent Chrestien pt une ode de Grévin, dédiée au grand imprimeur, douze distiques intitulés /n. T!/po<,r/'a/)/an) AifuMrum /Ma<r<H Camilla A~or~a 1. A~o/'e//< Ebredunaei /?~a ex Graeco 1. j4u~'a<t. 4. L'expression Musarum decima se trouve dans un dialogue de Du Bellay, inséré à la p. 81 du recueil publié par Uyteuhove.


liers de son père il revendiquait agréablement l'honneur d'être un peu son maître, puisqu'Uytenhove suivait ses leçons et en transmettait les notes à la jeune fille

0 nec pa<e7'fn degener ingeni,

Et matre docta ~~a doctior,

Si tu .~ore~c vera proles

P'erao~ue filia Deloinae.

Monstrum puellae tu genita es nouum, A'ec vera virgo, nec puer edita,

Cui /by'M:a mem~rts cas~tasyHe

Virginea, ingeniumque rnasest. ~jftraca~uyK tu na~a es et a~eram, Quae, virginalis cum pudor /ta!7~ SMa< Inter mares nostros adesse

Discipulos, aj&M esque praesens; Nam Carolus te qui docet, is mihi PraesefM </oce<af; nostra per hune tuas Traiecta vox appellit ad auras.

Carta mei alloquii sequestra. t

L'adolescente faisait des vers grecs pour Dorat, des vers français pour Ronsard ceux-ci, en retour, la comparaient à Sappho et à Corinna. Quelques annéesplus tard, Paul Melissus, en madrigaux assez ardents et d'un joli tour latin, lui attribuera labeauté d'Hébé et la grâce décente des Heures 2. Du Bellay, l'ami le plus intime de ses parents, l'appelait tendrement «rostre _CamiMe~) Il voulut lui faire réciter avec Diane, Lucrèce et leur jeune frère, un grand épithalame dialogué au festin du mariage du duc de Savoie et de la bonne Marguerite de France ce festin n'eut..pas lieu et on dut se contenter d'une représentation en famille mais les strophes légères du poète évoquent a merveille la mise en scène à l'antique qu'il avait réglée, le chant et la danse des jeunes I. Bibl. nat., La<. 8138, fol. 80. La pièce est imprimée &vec quelques variantes, dans un recueil de Dorat (Vay:o?'umpoc7?!. silua, B&le, ÎS68, p. 170) Robiquet la donne sans connaître cette impression (~. c., p. 133). V. le nom d'Uytenhove à l'index de notre livre. -c

3. Cf. plusieurs poèmes'des Schediasmata, Paris, 1586, l". part., p. i94, H)7,199, 302; 3e part., p. 96, 243. Il y a entre eux échange de poésies en latin.

3. Lettres de J. du Bellay, p. 24.


récitantes et le vol de « leurs tresses blondoyantes » La présence de ces enfants chez le maître d'hôtel du Roi et celle de « la Nymphe Deloine », c'est-à-dire « Mademoiselle de Morel », leur mère, donnait un caractère particulier à ce milieu de science .et de poésie, où l'on pourrait voir comme une esquisse, en plein seizième siècle, de l'hôtel de Rambouillet. Ce fut, en tout cas, le premier en date des « salons littéraires » de Paris.

Cette maison de Jean de Morel, que Ronsard fréquenta surtout après que Du Bellay fut revenu de Rome, ne remplaça pas, pour tous les poètes de son groupe, le centre de réunion qu'ils avaient auparavant chez le conseiller Jean Brinon. Ils n'y pouvaient user de certaines libertés laissées volontiers à ses jeunes compagnons par le mécène célibataire de Médan. On admit fort peu d'entre eux chez Morel les humanistes, gens plus paisibles, s'y montrèrent davantage, les études grecques y étant honorées au même titre que la poésie française. Tout contribuait à y retenir Ronsard et à en faire un des lieux où il devait se plaire. C'est là sans doute que le virent pour la première fois beaucoup de ces provinciaux et de ces étrangers, auxquels Morel et sa femme accordaient l'hospitalité de leur foyer. L'excellent Scévole de Sainte-Marthe a parlé de cet accueil avec l'accent le plus vif de la reconnaissance « Me adolescente, solebat huius viri honesta cum primis et pudica domus, tanquam sacra Musarum aedes, Lutetiae, magna eruditorum frequentia celebrari, cum et eius uxor Deloina et filiae tres-, bonis omnes disciplinis et moribus ornatissimae, perelegantes utraque lingua versus inusitata felicitate concinerent, ipse autem, chori dux et princeps, Apollinis interea vicem bellissime redderet ac repraesentaret 2. » Dans une telle demeure, Ronsard reçut assurément beaucoup d'hommages. Il était tenu à les rendre à son tour aux muses du logis mais il 1. Du Bellay, éd. Marty-Laveaux, t. I, p. 421-439. J'ai déjà signalé, dans unms. de la BIbl. nat., Fr. 4600, fol. 302, l' « ordonnance a conçue par le poète Camille devait être habillée « en Amazone ou en habit de Pallas, l'armet en teste, la Gorgonne en son bras gauche o; Lucrèce « en gentildone romaine », et Diane « en Nymphe et Déesse, son arc et flesche au poing-x. Le « poëte » était representé par Isaac de Morel, « habillé en Orphée à l'antique, couronné de laurier, une harpe à la main ». Ronsard fut peut-être consulté par Du Bellay et par Morel, sur cette récitation en l'honneur d'une princesse qui était leur bienfaitrice commune en tout cas, il ne put manquer d'y assister.

2. Elogia, Poitiers, 1606, p. 129.

Xnt.HAC. Ronsard e< <fttm<intsnte. H


me parait que les filles lui furent, avec le temps, moins agréables que les parents, et qu'il brûla peu d'encens pour la belle Camille 1. S'il goûtait fort l'éducation littéraire chez les femmes, peut-être n'admirait-il pas autant qu'il eût fallu celles-là qui mettent leur gloire aux vers grecs et latins. Camille semble avoir uni dans le pëdantisme en même temps que dans l'hérésie, vers l'époque où Ronsard, de plus en plus libéré de l'Antiquité, n'écrivait guère qu'en l'honneur de Mademoiselle do Surgères.

IV

Le poète contracta chez Morel, au début de sa carrière, .des amitiés, dont plusieurs devaient luiservir. La plus illustre, et en même temps la plus utile, fut celle de Michel de L'Hospital. Le futur chancelier de France tenait parmi les humanistes une place éminente, qu'il ne devait pas seulement àsesfonctions. Sa gloire d'homme d'État a depuis lors rejeté dans l'ombre ses titres littéraires, mais tous les contemporains les ont reconnus, et plus d'une fois il apparut comme le porte-parole autorisé des lettres françaises Honsard, qu'il.applaudit un des premiers, trouva en lui, 1. Si Ronsard n'a pas collaboré au Tombeau de Morel, ce n'est point sans une raison sérieuse, car, s'i! ne se prodiguait point dajis ce genre littéraire, il ne se fût pas dérobé au devoir de rendre hommage a un tel ami. Mais il n'a sans doute pas eu de Camille une lettre du genre de celle qu'a reçue Sainte-Marthe, à Poitiers, et dont voici le début «~onsie'ur, je vous supplie avoir pitié du tombeau de feu Monsieur de More! mon père, qui n'aient plus que vostre main pour estre parachevé. Je crains que Fon trouve. aulcunementabsurdqu'H tarde tant aprez la mort de mondit s' qui Mie xtx" du mois de nouembre ISSi. Et oultre ce, je suis tellement importunée de la vefve et heritiers du pauvre M* Federie Morel que je n'ay plus seulement moyen de les faire tarder. » Cette demande est du 2!3 août i8g3 et le remerciement, qui est daté du 18 septembre, accompagnait le premier exemplaire" sorty deche~ l'imprimeur M (BiM. dé l'Institut, m9.Si90,fôl. 4-4 et 36).

2. L'Hospital a reçu des humanistes un hommage collectif que je peux rappeler en ce livre, puisqu'il réunit des noms qui y reviennent fréquemment. Je cite le texte du manuscrit de la BiM. nat., Lat. 8139, qui paraît avoir appartenu au chancelier. Fol. 90 Dtuef'sofu~ pcetarum. ~usas in ar'ye/t<MM ~4rM(o~e~s imaginem antiquo MC~Mma~f etC~rcssitHt, quae esofe?K Ntf/etu;' p/K~tes esse jMic/Me~M Ilospilalis GaMKM Canc~{ar:{, cui <fona~ gs< a A~emMto [J. J. de Meames) Lu~cfutt an. D. ~5M, Sac/rtaMt Tnrfte&t,Pc~ ~/oft~at;y'ei, Valentis ~MMpon<K, Deont/sH Lant6;~t~ I.<'&f/, a Qu~rcu, A~eQ~at /o/<t, Fr~ncMC! fe/o~ C/a'~7!t /aucAett, Jacahi 7!'a&?' T7tonMe Sï&H-


au moment on le discutait encore, le mécène avisé, influent, capable de donner cet appui décisif qui oriente un jeune écrivain vers le succès. Le jurisconsulte auvergnat fut son introducteur auprès d'Henri II, de Catherine et du cardinal de Lorraine, et l'artisan principal de sa fortune. On en jugera par l'épisode qui va être raconté dans son détail et qui nous ramène aux débuts du poète. La sœur du Roi, Marguerite de France, duchesse de Berry, qui fut plus tard duchesse de Savoie, avait pris L'Hospital pour chancelier en lo50, et la charmante princesse soutenait de sa confiance et de marques d'estime répétées une autorité morale, que la culture supérieure de l'homme et la fermeté de son caractère imposaient depuis longtemps au Parlement de Paris. Les princes, le cardinal et l'entourage des souverains recouraient volontiers à ses lumières, même en matière de poésie, et les rimeurs du Louvre louaient ses propres compositions avec d'autant plus d'empressement qu'il ne les produisait qu'en latin. Leur chef de chœur, Mellin de Saint-Gelais, était obligé de compter avec lui, dans les controverses littéraires où se complaisait une cour cultivée et souvent occupée des choses de l'esprit. Il ne fallut rien moins qu'un défenseur de cette importance, en des circonstances décisives de la carrière de Ronsard, pour tenir tête à un poète de cour, vieilli dans la faveur royale et, d'ailleurs, bien venu de tous pour ses façons honnêtes et la sympathie qu'il inspirait

D'esprit vif et porté à la critique mais sans malveillance naturelle et prompt à louer le talent d'autrui Saint-Gelais n'auleti, Nicolai Vergecii, Theodori Bezae, ~tn/oMti Goueani. La contribution de Dorat, aux fol. 96 et 97, est connue par ses Poemalia. Voici la plus courte de ses trois pièces, qui donne-l'esprit du recueil entier

VuHus ~rt's<o<e<ts, vultus ~tc/tae~'s et idem

~t«eru<runt f~uts~ms spec<a< uirum~ue Ct'cM.

t~;Mus e<amùorum similis sic vita, sed artem

Ille docet, /ac<t's compro&a~ M<es!!t's.

1. V. sur le personnage un chapitre d'Ed. Bourciez,I.MMœu/'spo~MS et la littérature de cour sous Henri 1I, Paris, 1886, p.307-321 (et p. 208). 2. Un éloge inédit de Saint-Gelais par Paschal, écrit dans l'entourage de Ronsard, insiste sur ce trait « Eiusetiam erat acumen in reprehendis alioruin scriptis (qua ex re aliquam habuit aliquando inuidiam) plane solers (Bibi. nat., DupU!/ 3- fol. 8V).

3. Les cinqépitapheslouangeusesdeDuBeHaysufEraient, parmi d'autres témoignages de poètes, à faire rendre justice au caractère de Saint-Gelais. H y a aussi des vers de Dorat dans l'églogue inédite intitulée ?'ye/:us


rait sans doute pas engage de lutte contre l'auteur des Odes, bien que celui-ci lui refusât la moindre marque de déférence et parût, par son silence, le comprendre dans la tourbe des écrivains qu'il proscrivait; mais les gens furent nombreux à l'exciter, en lui montrant le danger de laisser grandir et approcher du trône un tel rival. Toute une campagne fut menée par ses amis, et luimême « Saint-Gelais », écrit un partisan de Ronsard, « abusant du credit qu'il avoit a la Cour, prenoit plaisir à censurer les hardiesses de sa Muse naissante et à lire ses vers devant les Princes et les Dames de la Cour, avec un son de voix qui les faisoit trouver desagreables 1 ». On pouvait ainsi tourner aisément en ridicule les nouveautés de langage du jeune écrivain, ses audaces poétiques, l'abus qu'il faisait des Anciens et cette érudition indigeste dont il nourrissait ses lecteurs. Il semblait facile d'abattre, dès leur essor, les ambitions d'un débutant ardemment prôné par le public, mais dont il suffisait, sans doute, d'éloigner tes vers des oreilles royales. Il y eut, chez le Roi, en présence de Madame Marguerite et de son chancelier, une scène assez vive de médisance, où le poète, violemment « mellinisé », fut aussi fort bien défendu. Un poème imaginé par L'Hospital met dans la bouche de Ronsard le récit de cette attaque

Dtcerts u< nos~rM e.cce/yey'e carmcna HArM Ver&syne [acfi'cto pe~s[m& ~uaeyne ~ao 7'ruftea pa~m ~eyt rec:fare e< ~eyt's amtCM; Qao ntA.t~ ~pr<jAn!s yKjr~e7'e <err& po<es<. Mofts~ra/'es tt<eyra snM cum parons, e~ orno Dicta nto<~o,~sos:'n<07'c~t'rte, ~no~rae J'oco. 0 caecum :nn~Me crtme/t/ fton cerfnsn<n.(NS Non mea sed mores rK~ëa~ tHa <nos ?

A/cHtMtt'aKfjre~asM (Bibl. nat., Lat. 10327, fol. 57), où. l'on apprend qu'il a recommandé les vers de l'humaniste au Roi, à sa soeur, aux cardinaux de Lorraine et de Chàtillon, et qu'il les faisait valoir par la même habileté de diction qui nuisait à ceux de Ronsard

jtfe certe [!!e meo Ne~t et tibi, Margari, primum

Tradidit, et vobis, mea Carole !n.E et Odete,

Carmtttaprtma /ëre!ts Lemoutx:,aM, tsfe Poeta

Surgit honor Gallis, si GsHtacarnMM. enrat.

1. Scévole de Sainte-Marthe, Eloges, trad. Colletet, p. 88.

2. Mfc/t. Hospitalii Galliarum canceHa?'H carmina, Amsterdam, 1732, p. ~S7 (.E~ta nomine P. Ronsardi aduersus eius obtrectalores et MMt~os). Le poème est reproduit par Blanchemain, t. IV, p. 361-363. Un texte ms. pstdans un volume du fonds Dupuy, 837, fol. SO.


Cette scène se place vers les premiers jours de juin 1550 1. Ronsard n'attendit pas longtemps l'occasion de riposter, que lui offrit son ami Nicolas Denisot, lorsqu'il réimprima un recueil destiné à être beaucoup lu à la Cour, le Tombeau de la Reine de Navarre une des odes nouvelles qu'y inséra le jeune auteur, invoquant pour ses vers la protection posthume de la grande princesse, lançait à la fin ce trait direct

Preserve-moy d'infamie,

De toute langue epnemie

Et de tout acte malin,

En même temps intervenait L'Hospital, qui taillait pour ce combat sa meilleure plume d'humaniste. Le poème dont on vient de lire quelques vers, et qui fait parler Ronsard, granditsa défense aux proportions d'un manifeste littéraire. On y trouve à la fois exposés les principes de la nouvelle école, louées les intentions patriotiques de son chef, réfutés les reproches faits à son style et à son culte de l'Antiquité et il est même piquant de voir la langue latine présenter aussi brillamment les hardiesses de la muse française

Magnificis aulae ca~ort'/)HS atque poetis

Excusare volens vestras quod laeserit aures,

~.Ecusare volens, quod fit nouitatis amator

~VH~a noui ce/'Keft/ur in his 3 vestigia verhi,

Vos antiqua dari nullo c/tscr~tHe noA:s

1. Cf.Laumonier, p. 81.

2. Cf. l'excellente étude de Vaganay, Pour mieux connaître Ronsard, Tombeau de Marguerite de Valois, Lyon, 1914 (extr. des Annales Fléchoises), p. 24. Dès la première réimpression de la pièce en 1552, au Cinquiesme livre des Odes qui suit les Amours, deux vers sont remaniés pour faire disparaître le nom propre. Cependant une allusion à l'attaque est maintenue dans ce recueil par une strophe de l'ode A Madame Marguerite (éd. L., t. VII, p. 289 éd. BI.,t. t. VIII, p. 136), ou Ronsard la remercie de lui avoir été favorable,

3. C'est-à-dire dans le présent poème écrit en latin.

Et fais que devant mon Prince Desormais plus ne me pince

La tenaille de Melin 2.

Haec Loria ~c?'{'j6t'< ua~e poeta nouus

Ohsessos aditus iam nisi liuor AaZ)e<;

VerAoruM, cum nos omnia jD/ca t'Huent.

Nec vocis nout~a~ nos odiosa premet.

Quand par l'envieux miserable

Mon œuvre fut Mellinisé.


Poseilis in medio nalaque uer~a foro,

Nos re/erye pu~s~tHS an /!aec scn'Aam~Hr an illa, /iac~or{S locuples linguaue pauper ert< A'ec. cessauere noui noua condere vates A~om/na uerAorun:, parcius illa tamen.

Proplerea Graec: ~e~'tp~o~'e~ atque Latini Et parce et timide verha n.otzare [n~e?~, Prisei quod sermon! opes ~'n~ti'aeyuc videlrant Cof:(jres<as longo ~em/e diuitias.

A~os<ra nMc~o ea;orte~s similis nasce~Aus t'~t's, A'ë yuo</t)e7')orampat!/)er inopsque mayts, Qut'/)o<er{<t'a7':os <eytu;scom~o~6recer&u's, Z)f'i'ersM eadem /sc~a re/erre modis,

A: vel multa noua<, vel m:;<sa~o~nyc/na SHm~, A'; !'aca< augendis 1 ngen iosa sa:'s? J

Ronsard avait dans les ressources de son génie de quoi payer royalement de tels services. L'ode magnifique des Muses .au recueil du C<yH{psme livre est dédiée à Michel de L'Hospital, qu'elle conduit pindariquement en plein Olympe, au milieu de la plus riche mythologie Immortalisé par cet hommage, dont t il appréciait tout le prix, l'excellent homme redoubla ses bons offices. Non seulement il continua à lire lui-même les vers de Ronsard dans le cercle de sa maîtresse et chez le cardinal de Lorraine~, en y joignant les commentaires qui permettaient de les mieux goûter; mais il désarma peu à peu, par des démarches personnelles, lesanimosités excitées par les ripostes de Ronsard. Enfin, comme il craignait que son protégé ne compromît, par l'ardeur d'une rancune trop vive, les résultats déjà acquis, il le mit j. MteA. llospitalii carmina, p. 460.

2. C'est la pièce VIII du cinquième livre d'odes ajouté aux Amours parus en octobre i:;53. Ed. L., t. H, p. 119; éd. BI., t. II, p.CS. 3. Ronsard le rappelle dans le Chant ~asfora~, qui a fait la troisième de ses /?<y<n</Hcs te chancelier y est introduit sous le nom de « Michau x, qui est en France le premier des pasteurs en sçavoirH~d. L.,t.IM,p.4H; éd. BI., t. IV, p. 62):

Je le co~nois, Bellot, je l'ay ouy chanter.

Car il a bien souvent daigné prendre la peine

De [oucr mes chansons à Cliarlot de Lorraine.

![ y a dans les œuvres de L'HospitaI une épître au cardinal, In jRo~ssrcft f-!)Mtnte'!</a<f'oncnt, qui mérite d'être lue (Ca~'mt'na, éd. de 1732, p. 128).


en garde contre les écueils où son inexpérience et son impétuosité auraient pu le briser. Le document qui nous a révélé cette intervention est une lettre latine de sa main à Jean de Morel, écrite le 1' décembre 1552. Elle ne devait pas être montrée au poète, dont la fierté était ombrageuse et qui n'aimait guère être endoctriné; cependant les conseils qu'elle contenait lui furent exactement transmis.

L'Hospital fait connaître à Morel que les puissants de la Cour, ceux qui y déchaînaient la foudre contre Ronsard, commencent maintenant à le fort redouter et sont prêts à chanter désormais ses louanges. Il importe donc qu'il veille lui-même à ne plus les attaquer. L'Intérêt de sa gloire naissante exige qu'il accueille des gens qui lui font des avances et vont jusqu'à rechercher ses bonnes grâces. « Je demande plus encore », ajoute L'Hospital, nommant ici les personnages « je souhaiterais que, dans les Etrennes que Ronsard se prépare à publier, il insérât quelques vers dédiés à Carle, évêque de Riez, et à Saint-Gelais, où il leur montrât ses bons sentiments, puisqu'ils semblent chanter la palinodie. Je ne t'aurais jamais écrit cela, si je n'y voyais l'avantage de Ronsard, que j'ai tant de raisons d'aimer tendrement. J'allais oublier, ce qui est important, de lui recommander de s'abstenir, s'il veut plaire, de ces formes nouvelles et insolites, dont il prouvera ainsi qu'il peut se passer, quand il le veut. H Le chancelier de Marguerite de France voudrait aussi recevoir de Morel une lettre dont il pût faire état et dont il suggère les développements; elle éloignerait de l'esprit de Lancelot de Carle toute inquiétude sur l'opinion que pourrait conserver Ronsard de ses sentiments à son égard elle l'assurerait que celui-ci ne veut d'autres protecteurs au Louvre que les deux hommes qui y représentent les lettres, Saint-GeIais et lui. Ainsi se nouent de légères. ruses qu'ignorera, il est vrai, le poète, car son caractère s'en accommoderait mal; mais ne s'explique-t-on pas mieux certains de ses succès, quand on le voit servi par des gens aussi dévoués et aussi experts dans le maniement des hommes ?

Voici la lettre confidentielle de Michel de L'Hospital, petit chef-d'œuvre de diplomatie littéraire et d'ingénieuse amitié

1. L'ex.presstoti nascens gloria est dans la lettre.


.1 jMb/Mt'e; Mo~st'enrMore~, maréchal des logis.de la Reine. A Paris.

S. P. Hi nostri qui fulgura et tonitrua ciunt, ,unde (.t'emorunniers.te terrae habitatoribus, poetae nostri versus mirum in modum verentur. Atque ut vidéo, non tam amore quam metu permoti, Ënem aiiquando maledicendi aut libère loquendifacieat, et mihi pollicentur in omne tempus fore se istius laudum praecones. Quare omni diligentia prouidebis ne quis extet Ronsardi versus contra horum existimationem, et admonebis iDurn, si quis resciuit, « ut dissimulet scire non enim conducit eius nascenti gloriae tôt et tales obtrectatores atque aemulos habere, praesertim cum se ipsi otFerant et amicitiam eius ultro expectant ').

Plus etiam rogo ut in iis strenis, quas pridem meditatur, suit ad Carlum Rhegiensem episcopum et Sangelasium aliquot versus, ~tius amoris in utrumque testes, qui mihi videntur palinodiam canere., Id nisi viderem expedire Ronsardo,cuiusmeritosumamantissimus, nunquam ad te scriberem. Pene oblitus sum, quod non est praetermittendum ut in iis abstineat nouis et insolitis, si vult placere, simul ut ostendat posse cum velit et sine iis, quum aliter facit, iudicio facere non penuria veterum aut inscitia. Hune meuni sensum tu melius InteMi~is quam ego possum explicare.

Rescribes autem mihi non ad singuta, sed ex hoc presccipto et formula te eum Ronsardo locutum ex eius sermone cognouisse, neque Rhegiensem neque alium quenquamei insuspitionem venisse; putare se eis amicum esse, quos nunquam otîenderit; si quos habeat inuidos aut malignos ad principem, non aliis patronis et defensoribus usurum quam duobus i)Hs, quibus si minus usu et familiaritate, studiorum certe similitudine sit coniunctus.

Haec et alia istius modi pones in literis tuis, quas monstrare_volo Rhegiensi, quo malis inchoatam pT*incipiis amicitiam meliore fine concludam.

Et mihi videor posse facere, quia sunt ingenio non tam maligno quam ambitioso et gloriae cupido. Quid autem magis est gloriosum quam nobilis poetae versibus celebrari ? ?,

Expecto literas tuas. Scito me recte valere, si tu recte-quoque va!es, uxor et liberi. Ex Fonte bellae aquae. Galend. decembr. 1. On peut remarquer çà et là quelques négligences dans la prose famiiière de L'Hospital. La copie est plus correcte; on y lit, par exemple, pour cette phrase Ut ostendat se posse. iudîc!o id facere. M

2, La copie s'arrête ici.


Hanc epistolam nihil est cur seruari velim aut cuiquam alii, ne Ronsardo quidem, communicari.

De genero vestro i mihi curae erit, cum primum opportunitatem nactus ero conueniendi Cardinalis 2.

Ronsard suivit les conseils de ses amis et mit fin à la querelle, ce qui fit parmi les poètes un événement 3. Il ne publia pas, il est vrai, le recueil d'c~~es, où auraient pris place les dédicaces désirées mais il ne tarda pas à témoigner à Lancelot de Carle assez de gratitude pour que celui-ci se crût obligé, peu de temps après, de lire au Roi le premier projet de la Franciade et d'y intéresser sa bienveillance 4. Carle, prélat lettré et quelque peu italianisé par des missions à Rome était digne d'intéresser Ronsard comme écrivain et même comme helléniste, puisqu'il s'amusait à traduire Théagène et Chariclée Pour Saint-Gelais, l'arrangement était moins facile. Il dut se contenter d'abord de voir supprimer la préface des premières Odes, où l'école de Marot était si durement traitée, et les vers du Tombeau de la Reine de Navarre, qui le prenaient à parti il eut bien la dédicace d'une ode d. Jean Mercier, l'hébraïsant, beau-fils de Morel, qu'il s'agit sans doute de recommander au cardinal de Lorraine.

2. Bibliothèque de Munich, Coll. Camer., 33, fol. 'H9. Autographe. Au fol. 177 du même volume est une copie de la pièce portant cette indication, de la main de Morel M;c/t. //ospt<a/t's ad me A~o/'e/u/~ epistola aduersus /M)~u~osP..RûMM/'6~ca~u/Mta<orM aulicos.

3. V. l'ode de Magny ~i Lancelot de Carle, dans les Gayelez, éd.Court'et, p. 81.

4. On lit dans l'Amoureux repos de Guillaume des Autelz gentilhomme Charollois, Lyon, dS53, une « façon lyrique » De ~'acco/'c~ de Sainigelais et de ~oMsar<, commençant ainsi

Pas ne convient à notre foy

L'envie qui tant se débride

De Pindare et de Bacchylide.

5. Une vie de Carle parColIetet a été éditée par Tamizey de Larroque, Vies des poètes bordelais et périgourdins, Bordeaux, 1873.. Cf. P. Bonnefon, Montaigne et ses amis, Paris, 1898, t. I, p. 118. Carle a rempli en- 1553 une mission à Rome, d'où il partait à l'automne de 1554 (Lettres inéd. ducard. d'Armagnac, p. 57) et y a recherché des marbres pour le connétable de Montmorency. V. surtout Emile Picot, Les Français italianisants au X VIe s., t. I, p. 235-249. A divers points de vue, une biographie complète du personnage serait intéressante.

6. Le premier livre de cette traduction du livre d'Héliodore a été publié par Paul Bonnefon, dans l'Annuaire de l'Association des études grecques, PHris.1883.


insérée dans la seconde édition des ~.mou/'s, et que Ronsard avait préalablement communiquée à son ami Morel niais il mit de la bonne volonté à s'en satisfaire, car c'était presque un pardon accordé, qui constatait des excuses

Pource qu'à tort on me fist croire Qu'en fraudant le prix de ma gloire Tu avois mal-parlé de moy,

Et que d'une longue risée

Mon ceuvre par toy mesprisée Ne servit que de farce au Roy. Mais ore, Melin, que tu nies

En tant d'honnestes compaignies N'avoir mesdit de mon labeur, Et que ta bouche le confesse

Devant moy-méme, je delaisse Ce despit qui m'ardoit le cœur

Cette façon d'accepter la réconciliation garde assez fière figure à l'auteur devant la postérité. On peut croire qu'elle est devenue tout à fait sincère et que deux écrivains, faits en somme pour s'estimer, ont fini par s'entendre et se rendre justice l'un à l'autre. Le curieux sonnet que Saint-Gelais adresse à Ronsard vers janvier 1S5S, en apporte l'assurance, et aussi les deux beaux textes de celui-ci, dont l'un est postérieur à la mort du vieil adversaire 3. On voit que Dorat ne prenait pas ses désirs pour une réalité, quand il écrivait, dans une égloge inédite sur la mort de Saint-Gelais, en faisant appel au témoignage de Carle, ami comme lui des anciens rivaux

t. On lit dans une des rares lettres conservées de Ronsard K L'od~ de Saint-Gelais est faite et ne veux la lui faire tenir sans~yous l'avoir premierement communiquée. Je me recommande humblementaux plus que divines grâces et charités de Mademoiselle de Morel et aux voatres pareillement » ~éd. L., t. V! p. 123). 2. Ed. L., t. p. 353. Cette deuxième édition des Amours porte un sonnet liminaire de Saint-Gelais, qui marque de son côté, mais sans allusion directe, la réconciliation des deux poètes (cf. Laumonier, p. 108, n. 4). 3. Cf. Laumonier,p.l09, 140. Ronsard dédie' t.rëa.nobtement à SaintGp)ais l'))n<' des Astres, en même temps qu'à Lancelot de Carle l'B~wte des /)a:mons (155S). 11 rend un éclatant hommage à soti prédécesseur dans une épitre au cardinal de Lorraine (éd. L., t. III, p. 274 éd. BL, t. III, p. 355).


DORYLAS (Dorat).

Hic eruccrue vos a/?~6o~ olim deceperat error, Afe~tne a<~He .Rostre,/)a/'M u<can.~Aus a7K/)os, 5'tce~a/KOre~oareN, s: non.~ers<rt/:cre/'e<af?!Aos Apis acerba, ct'<o sed plaga refecta co{Ht<. CARYLUS (Carle).

Testis ego huic ~f/et, testis tu ce l'tus et illi, A/<er in alterius qua puriter usus honorem est; A~er et alterius Regique aulaeque vicissim Carmina laudauit, fuit et laudatus ah illo

Si Mellin de Saint-Gelais, comme on le sait d'une autre source consentit a céder la place à la jeune école triomphante pour revenir, en ses dernières années, à la poésie latine qu'il avait autrefois pratiquée, on s'explique mieux encore que Ronsard ait pu changer complètement d'attitude à son égard. En ces heureux revirements qui préparèrent à celui-ci de nouvelles facilités de succès, on vient de voir que personne n'eut plus de part que Michel de L'Hospitai, et il paraît juste qu'une reconnaissance fidèle ait tant de fois mêlé l'œuvre du poète le nom du mieux avisé de ses protecteurs.

V

Hors de Paris et de la Cour, Ronsard comptait des fidèles assez nombreux parmi les humanistes, poètes ou non, épars dans le royaume. Férus assurément de leur latin, beaucoupétaient cependant capables de goûter avec enthousiasme sa poésie. Un débris de correspondance, une dédicace dans un recueil oublié, révèlent parfois une liaison directe du maître avec l'un d'eux ou la ferveur d'une admiration lointaine. Le plus connu de' ces provinciaux est, a Poitiers. Scévole de Sainte-Marthe; mais combien d'anciens i. Bib!. riat., Z.a<. 10337, fol. 62.

2. « Il fut contraint après de céder j'Ia palme] à Ronsard. La naissance de ce nouveau soleil l'es.bloüit et l'estonna tellement d'abord que s'estantresolu de chang'er dedessein, il abandonna la Poësie françoise, qui depuis plusieurs années l'avoit tant fait esclater à la Cour et tant estimer des Princes et des Roys, et embrassa d'une ardeur nonpareille et d'un courage invincible la Poësie Latine, qu'il avoit depuis si longtemps delaissée » (Scév. de SainteMarthe, Eloges, trad. Colletet, p. 88).


élèves de Dorat, en retournant dans leur ville natale, y apportèrent, comme le savant poitevin, le culte de Ronsard et le propagèrent dans leur entourage Tel fut Pierre des Mireurs, médecin de Dieppe, qui, pour avoir appartenu un instant à la Brigade, obtint l'honneur d'une strophe dans les Bacchanales. et l'Immortalité du voyage d'Arcueil*. Son nom, qu'on latinisait en M!ray'tus, apparaît mêlé à l'histoire des .Po<!as~es,,

Ce petit recueil était une de ces débauches d'esprit sensuel, que se permet quelquefois la jeunesse des hommes de talent et qu'il leur arrive souvent de regretter. Les adversaires huguenots de Ronsard lui reprochèrent plus tard cette erreur d'une façon sanglante. Théodore de Bèze, qui avait pourtant sur la conscience quelques peccadilles poétiques du même genre, Florent Ghrestien Jacques Grévin tirèrent parti des ~Wa~&<?s contre le poète revenu à une vie plus grave et dont le caractère ecclésiastique eut particulièrement à souffrir de ce rappel. C'est peut-être à ces i. C'est le médecin, qui regarde les convives « d'un œil expérimenté JI et veille à arrêter leurs excès (éd. L., t. VII, p. 503). Il a collaboré par des vers latins au 7'on:j6eaH de la Reine de Navarre, des trois soeurs Seymour, dont l'édition latine le fait figurer au titre ~.nnae, .Maryar~ae, lanae sorprum t';rytnH/M. t'H/Kor~em Diaue Marg. Val. ~Vau. reginae Beoa<oc~s<tf7tOK. /lccMSt'< Petri ~:rartt ad easdem virgines Epistola, una cum doc~oru?!! alif/<;o< virorum ca;'MMt~u.<! (Paris, 1550). 2..t'accroche ici au nom de l'excellent humaniste huguenot un petit poème inédit composé par lui contre Ronsard ou plutôt contre ses amis, à propos d'une querelle littéraire qui n'est pas rapportée ailleurs (Biblioth. nat., Dupuy ~7, fol. 90 v;

De Didone lodeli tragoedia a Ronsardi can~M jMce~p<s.

SaeuM< in vulnus funusque iacentis Elisae lodeli tragicis GaHtcs Musa modis.

A'ec poluit digno componere ntemJbi"itpAere<ro ~aeyrstttfM magni simia Minciadae.

Sed culpa ingenii splendorem nobilis nm&t-ae Deterit ef lacerans impius ossa <e~.

Non tulit haec Nemesis, !acer&K<!a carmina morsH RoKMrdf u Mores diripuere canes.

Sciticet allatrant mediocres iure Poëtae

Conferri Domino qui t'o!e;'e sao.

Aut haec <Hr6a canum cognato den<epe~Mt< Qaem cognouerunt tempora nostra estent.

Florent Chrestien obtiendra un jour un biographe attentif. Je lui signale par avance, dans le même fonds Dupuy, 843, f. ii, une très belle épître de Chrestien (signature identiSée par Léon Dorez) intitulée « Elegie au seigneur Salomon Certon, sur la vision de Palingène H. Ce document est intéressant sur l'idée des traductions au seizième siècle. Il contient aussi une énumération d'écrivains italiens, parmi lesquels figure Dante.


ennemis qu'on doit attribuer la réimpression intégrale faite sans son aveu en 1584, presque à la veille de sa mort, et qui put lui causer alors une certaine humiliation.

Dès la publication du Livret de Folastries paru sans nom d'auteur au printemps de 1553 il y eut une protestation très vive de la part des esprits sérieux, et dans le milieu même du poète. Nicolas Denisot, Robert de la Haye et sans doute Michel de l'Hospital, lui adressèrent quelques reproches Il avait compris luimême le besoin d'excuser les licences de sa muse par une épigraphe prise à Catulle

Nam cas~u/K esse </ece<~n77K~Doe<a/M

lpsum, versiculos nihil necesse est.

Ses meilleures excuses ont été son talent et la verve originale dépensée pour rajeunir les thèmes usés de l'érotisme classique. Mais Pierre des Mireurs, qui prend hardiment sa défense dans une lettre à Jean de Morel, ne se borne pas à ce point. Aux censeurs du « rhapsode gaillard » il rappelle que les plus grands poètes du latin récent, Politien, Jean Second, Bembo, lui ont ouvert cette voie il énumère avec eux les modèles antiques très connus, qui ont servi tant de fois en Italie, depuis la composition de l'Hermaphroditus de Panormita, à justifier les imitations modernes, condamnées quelquefois par l'Église, mais dont les auteurs prétendent n'avoir cherché que d'inoffensifs jeux littéraires. L'avocat bénévole de Ronsard n'a garde d'oublier les précédents que fournit la France elle-même. 11 relève avec une certaine crudité de langage les obscénités qu'on trouve chez Marot, SaintGelais et quelques autres. Il insiste aussi sur l'indulgence dont la Cour et le public ont fait preuve à l'égard de Buchanan, « le plus savant des poëtes de notre siècle », lorsqu'il écrivit son élégante Lenae de fensio. Toutefois, le plaidoyer terminé, il ne dissimule pas que l'auteur ferait bien de ne pas s'attarder à ces « gayetés », 1. Le Livret de P'olastries à Janot parisien [Baïf] porte son achevé d'imprimer du 20 avril (Marty-Laveaux, Notice sur Jodelle, p. xx:. Laumonier, p. 93,sqq.). L'assertion du Temple de Ronsard que le livret aurait été brûlé, pour cause d'obscénité, par un arrêt du Parlement, n'offre pas de vraisemblance, le privilège royal ayant été enregistré.

2. Cf. Laumonier, p. 107. Il faut noter que Ronsard a laissé réimprimer dans les éditions collectives de ses œuvres la plus grande partie du recueil qui l'avait amusé ~'composer et dont il ne rougissait nullement.


qui outrepassent les bornes de la pudeur. Il compte le voir appliquer son rare talent à d'autres sujets, à des pages chastes qui seront mieux d'accord avec sa vie; il exprime même le voeu d'entendre ce « Terpandre » chanter les actions de l' « Hercule chrétien », désignation qui s'applique, suivant les formules usitées par l'humanisme du temps, à Jésus-Christ lui-même. Ce dernier souhait s'inspire évidemment d'une information certaine sur les projets du poète, qui va précisément envoyer l'année suivante aux « capitouls de Toulouse, en remerciement de l'églantine des Jeux Floraux, son hymne de l'Hercule chrestien Le pieux poème peut sembler, par le rapprochement des dates, destiné à faire équilibre aux V~o/as~'MS. Quant à la lettre de Pierre des Mireurs, assez curieuse comme renseignement sur la renommée de Ronsard, elle ne l'est pas moins peut-être comme témoignage de mœurs littéraires

Accepi litteras tuas, vir ornatissime idemque amicissime, una cum libello TfM~M/'am cuius gemina phrasis a prima statim pagina autorem suum (vel te tacente) satis prodit Ego pecuHarerh iHum hominis ingenii sensum et styjum vere ubique sui similem mihi videor agnoscere. Descendat quantum volet e sublimi sacrae poesis fastigio, semper Terpander erit. Keque manum a tabula Idcirco deposuisse vetim, etiamsi subobscoenu nonnulla scriptis suiaioseruerit. Quis pulcherrimani alioqui muneris faciem deformem esse dixerit, quam exiguus admodum naeuus macularit '?

Sed fortasse mihi aliquis dicat, nihil iHic celebrari praeter Lyaei et Cypridis epinicia Esto. Num igiturignari veruu; et. impentihonnaes totum libellum Veneris marito dicandum esse censentPQutd si viuam veramque impudici amoris imaginem seu monstpum horrendum ex monstrorum colluuione compositum ôcuti subjiciat ? Quis unquaiu modis omnibus detestandam ebrietatem vel acutius vel felicius it!o descripsit ? Sed instant caperatae frontis stoici, qui castitatis imaginem (si dus placet) aut alterius nempe unius ex Charitibus hune aiunt describere oportuisse. 0 religionem nemo sani pectoris AngelutU PoHtianutn, loannem Secundum, Petrum Bembum et reliquos primae i. Sur cet épisode de la vie de Ronsard, v. plus loin, un récitde ses relations avec Paschal.

3. En marge Morel a écrit Les Folastries.

3. Ces" expressions géminées '~qui décèlent l'auteur dès laprefhière page, senties mots composés dont on trouve déj~ deux exemples dans la dédicace du recueil (Apollon guide-dance, Muse grecque-latine). Laumonipr, p. 103.

4..Ë'ptHM<3, EKiVMttt.


nobilitatis poetas e medio tollendos pronunciabit, quod Venerem mascutam, basia et amores latine et sermone suae patriae vernaculo delinearint. Amatoria Nasonis etiam pueris auditoribus permulti viri graues publice profitentur. Circumferentur passim iibelii impressi quauis aura pestilenti deteriores, nec tamen lis publico interdicitur, quibus nihil insultius, nihil denique quod inuentione, iudicio et arte magis careat.

Et huic nostro, peccati causa parui, communi luce frui erit negatutn? Siccine tam diuini ingenii egregios conatus remorari conspiciemus ? Siccine is qui poetarum veterum graecorum ac latinorum praeclara monimenta inexhaustis vigiliis ac non aestimandis laboribus eruerit, ceruicosorum hominum minis repente obmutescet Sed haec hactenus. Fabulae rerum nostrarum prolixiores sunt quam quae litteris committi possint. Tabellarius hic eruditione, integritate, fide, uiodestia, humanitate mihi magis quam communi utriusque patriae amicissimus et egregius instituendae pubis artifex Lutetiam repetit. Si quid forte inciderit in quo possis illi gratum facere, rectissime collocaris officium tuum. Ex eo uno quaecumque te scire volo audies. Vale, amicorum integerrime et charissime. Dieppae, pridie calendas lullias. Aut tuus aut suus non est MIRARIUS MEDICUS

A l'autre bout de la France, dans la docte Toulouse, s'allumait un autre foyer d'admiration pour Ronsard, toujours par l'initiative d'un humaniste. Étienne Forcadel, de Béziers, que Brantôme appelle « un grand poète latin H et qui est connu comme juriste et professeur de droit, possède des titres littéraires qui mériteraient d'être tirés de l'oubli 3. Bien que ses œuvres françaises 1. Bibliothèque de Munich, Coll. Camer., 33, fol. 198-199. J'ai publié le texte complet dans la Revue d'hist. litt., t. VI, p. 358.

2. Hrantôme, éd. Lalanne, t. III, p. 273. A propos de ia mort de Henri II: .Ce que dit un grand poëte latin pour lors, qui fit son Tombeau, qui s'appeloit Forcatel. Pour le dernier vers il dict

Quem Mars non rap!!t<, Martis imago rapit.

3. H n'y a qu'une courte étude moderne consacrée au jurisconsulte toulousain, qu'il faut éviter de confondre avec son homonyme, mathématicien du Roi au Collège royal (A. de Faniez, dans le Bulletin de la Sociélé hislo7'<yue de Béziers, t. XIV, 1889). La'date de ce travail explique qu'on n'y ait pas considéré son rôle à la lumière des recherches nouvelles et en vue des questions littéraires qui sont posées aujourd'hui. Dans son édition de G.-M. imbert, Tamizey de Larroque signalait, p. 92, à propos.d'une dédicace de ce poète, l'intérêt de la notice du ms. de G. Colletet sur Forcadel. Laumonier (p. xn[), 664) n'a connu que le petit volume de 1548 intitulé Le chant des Sereines avec plusieurs compositions nouvelles (traductions de Pétrarque, de Virgile, d'Ovide, de Théocrite), paru à Paris, chez Gilles Corrozet, qui éditait la même année l'Art pop<t<yMC de Sibilet.


soient à peu près aussi ignorées que les latines, on pressent du moins qu'il a joué un rôle dans ce petit groupe de précurseurs delà Pléiade, détachés de l'école de Marot, passionnément avides de formes nouvelles et fortement instruits dans les lettres anciennes, à qui le génie seul a manqué pour provoquer, quelques années plus tôt, le mouvement auquel ils n'ont pu que s'associer. L'œuvre de début de Forcadel, le Chant des Sereines, et les poèmes lyriques d'un recueil de lo48, notables par l'originalité de l'inspiration et les innovations métriques, n'ont pas échappé à l'influence de Jacques Pelptier et l'on établira peut-être que notre languedocien, qui s'est rattaché un moment au. groupe de la reine de Navarre suivit bientôt dans sa province les directions du poète manceau, au même titre que Ronsard dans Paris. Leurs relations directes nous sont assurées, au reste, par un poème du toulousain ('< Au seigneur Jaques Peletierpoëte venu en Languedoc »'2) en tête de ses poésies latines, et par deux distiques composés pour lui par l'auteur de l'Art poëtique. C'est grâce à celuici, sans nul doute, que Ronsard connut l'oeuvre de Forcadel, qu'il apprécia. Nous tirons ce dernier détail d'une jspitre adressée au jeune Henri de Mesmes, que Forcadel avait eu comme élève en droit à Toulouse 3, et à qui il écrivait en 18~0 oui8M

Vray que tu m'escris que Ronsard Est riche tesmoing de ta part, Et qu'il a mes vers estimez

Que puis peu de temps j'aylimez. Celuy donques m'ha daigné lire, Qui seul peult à prouver sufRre Que basty fut le Ciel hautain

t. Dédicace de Le Pleur d'/MracKte et le Ris de Democrite; épitaphc de la Reine (Bp:~r., p. 152); dédicace à Antoine du Moulinet épitaphe (Pde'ste, p. 131,187).

3. Poësie d'Estienne Forcadel, Lyon, par Jean de Tournes, 18S1, p. 150 (Bibl. nat., Rés. Ye 1824). La préface est d'un extrême intérêt. Elle se clôt sur la devise du poète (Espoir sans espoir), qui chante sa maîtresse sous le nom de Clytie.Une nouvelle édition augmentée a été préparée Ma fin de sa vie OEuvres pof'<K~ues d'Estienne Forcadel j'ariscon~u~e. Dernière édition t'eueue, corrige et augmentée par fAu~/teu; Paris, 1S79 (Arsenal, 6464 B). Le privilège, de 1872, désigne l'auteur comme « docteur, régent en la faculté de Droictcivil en l'Université de Tholoze ».

3. Cf. p. 42 des Ep:gr;'amma<a, une dédicace à Jean Maledent, « a quo Ct-aeca Homeri opera donc acceperat H.


Réunissant, peu de temps après et toujours à Lyon, chez Jean de Tournes, ses épigrammes latines, Forcadel s'y montre informé à merveille des poètes qui travaillent dans la capitale. Parmi les dédicaces qu'il prodigue à ses confrères juristes, au Parlement de Toulouse, au clergé lettré et aux grands personnages qu'il est alors d'usage de louer pour s'acquérir leur bienveillance, il n'oublie ni Joachim du Bellay, ni Baïf, ni Magny, ni L'Hospital, ni Ronsard, ni bien entendu Saint-Gelais 2. Ces efforts pour se faire écouter de Paris rappellent, quoique avec moins d'indiscrétion, ceux d'un autre provincial, Charles Fontaine, qui y parvient plus aisément, Lyon étant moins éloigné que Toulouse 3. Les vers de Forcadel intitulés Ad P. ~o~sar<7u/?~ poetam n0j6tliss., dans son recueil de ~SS4, apportent un témoignage nouveau de l'intérêt qu'excitait déjà, à cette date, l'attente de la Franciade

t. Poësie, p. t98. Œu:'res poètes, p. 227 (cf. p. 143, 171, 179, des poèmes dédiés à Baïf, à Jodelle, à Amyot).

2. Stephani Forcaduli tureeortSui'<p~y/'aMma<a..A(7 Carolum Lotharinyu~! cay'cft'na~ent. Lyon, 1554. V. aux p. 171, 108, 152, 56, 86 (l'oeuvre est reproduite dans les Delitiae C. poetarum Ga~o/'un:, 1609, t. III, p. 899-922). Il y a des dédicaces aux cardinaux de Tournon, d'Este, d'Armagnac, à Marguerite de France, à Diane de Poitiers (Dianae de Sanvalier Valentinae duci). J'en relèverai d'autres dans l'étude sur Paschal. On trouve une élégie /n Carmen I. Aurati et libellum St. Forcatuli 7. C. de pace inita mense auy, y6'7~, dans les œuvres latines de Martial Monier, de Limoges (Delitiae C. poel. Gall., t. II, p. 530). II y a une lettre de Forcadel à Jean de Morel, sur les troubles de Toulouse, écrite de cette ville en 1567 (Bibi. nat.,Lat. 8589, fol. 61). ).

3. Voir les dédicaces généreusement distribuées du recueil de Fontaine, en 15~)4 et 1555, dans le livre de R.-L. IIawkins,p. 254 à 259. Il n'oublie même pas Forcadel (p. 258).

De Dyamaut, car est certain

Que si d'autre matière fusse,

A sa gloire résisté n'euss.e,

Qui l'a frappé dru et souvent.

N'est-ce pas luy qui escrivant

Ha les Poëtes surpassez

Qui sont veuz des Soleils passez ? ?

Cum saxa et syluas traheret Rhodopeius Heros

Credo lui sirniles elicuisse sonos.

Ardua non frustra committent praelia Franci,

4. Orphée.

NoLttAn. j~onxar~ <<! m~fus~e. )3


.S;oMart/e,<!Mes:<<a/)a!'HMC<a~rae.

.Ae~e/'HU/H/actes victuro carmine Ref~eTM,

/?;zHtpere nec Z,acAes:ft licia grata M'nes.

Duc/a Ilippocrenes Aausts~t ~'nmMa Mt~

M;yraMe t'K Gallos RH~NeKcOKSpB~em

Ces brèves indications sur Étienne Forcadel ratYlèneront peutêtre l'attention vers cette vigoureuse figure d'humaniste et de poète, qui vit s'asseoir au pied de sa chaire de. Toulouse bien. des étudiants moins occupés de droit que de poésie et sachant honorer en lui une double maîtrise. Un méridional entre plusieurs autres, Gérard-Marie Imbert, de Condom, l'a honoré d'une vive louange

Forcatel, que la Muse et la Jurisprudence

Font fleurir tout ainsi qu'un arbre plantureux. 2

Mais les écrivains parisiens se sont montrés sourds a_ ses avances nul poète de la Pléiade n'a répondu à ses dédicaces louangeuses, et c'est grand dommage pour sa mémoire que Ronsard ne l'ait point nommé.

VI

Plus délié poète que Forcadel, Scévole de Sainte-Marthe a cultivé comme lui le double jardin. Mais il a eu l'avantage de passer plusieurs années de sa jeunesse auprès des maîtres. Lié avec Baïf, pendant que celui-ci étudiait à Poitiers, bientôt familier de la maison de Jean de Morel, qui lui mit la plume à la

2

<. jE'pMyr3/wK3<3, p. 33. On trouve à la p. 108 ces distiques

Ad Oliuarium Maignyum de I. Aut.~Bayfo.

Me miseret Fiacci, Bayfus quod scD'psertt odas

Scribere si perya~, Pindare, ~uM fetcies ?

Exercent jMusse per P/toeMos arua C~oreas

Dum Bayfus digitis ore~ne dulce canit.

AttM duos, ~fat~ny, superet, dootMstnte, ~Kacr~î,

Qtttd scto ? te aMerutro plus patuisse scio.

2. P;M:é7'e partie des Sonc~s exotériques de G. A/. D. L, Bordeaux, 1578, sonnet 70. Le sonnet 30 est adressé à Scaliger.

3. Peut-être doit-on l'attribuer à l'autorité de Paschat surIiSgpoupeparisien. Je crois pouvoir assurer, plus loin, que Fot'oadei appréciait celui-ci avec une juste sévérité.


main, protégé du chancelier de l'Hospital qui ne prodiguait pas son estime, son talent se forma parmi ses aînés de la Pléiade. Sa muse a chanté avec la leur et, si elle a été oubliée dans les réimpressions faites de nos jours, cela tient peut-être à ce qu'elle apparaît comme la plus chaste et la plus sensée de ce temps. Ronsard la goûtait fort, et l'on sait qu'il dédia un long poème « à Scevole de Saincte-Marthe, Poectevin, excellent Poëte » 1, en ')369, l'année même où paraissaient les Premières œuures Scevole l'y célébrait, avec les timidités flatteuses du disciple Ronsard dont les escrits sont un mont du Parnasse,

Combien peu imitable est ta divinité 1.

Il le traduisait quelquefois en latin, et avec la même révérence 7~ versus a~'yuo< ex P. Ronsardi Franciade /a~'nos a se /ac~os. Aemula dum Z~a~ns Ronsardi (~a/~tca. nos<7'{

Conor ego in Latios vertere scripta modos,

~c ft~ mator agit solilo, ignotasque per auras

~A/'tp~ A:'nc lanti spiritus ille ï){r:

Quique prius proprio cum plectra /Hy'ore mouerem

Vix Aene sum notae serpere M~o.! Au/Kt,

Summa feror super astra iuuat CHOscunerce poëtas

Despicere et sacri pectinis esse ~a~rem.

Sic 0/t'nt ae/Aer;'ts~4yNt/ae dum ~e~rf~ns alis

Suscipilur, reliquas <~e.s~Di'e:~ a~a.! aues

1. C'est le Discours d'un aMOu/ua; desespéré, qui figure au livre I des /op~es (éd. L., t. V; p. 81-95)

Scevole, amy des Muses que je sers,

Icy je t'oBre au lieu de tes beaux vers

Un froid discours larron de ta louante.

2. Les (~E'u;es de Scevole f7fSa:<f-ar<e, gren~V/tomme ~oc~u~oM. Dédié à ~/onse:gry:eur chevalier d'Angoulesme, Paris, Féd. Morel, 1569. Ledédicataire de cette édition rarissime est l'élève de Jean de Morel. A celui-ci se trouve dédié « Le premier livre des Imitations », composé de fragments traduits ou imités « du Zodiaque de la vie de Marcel Palingène » [Stellati]. 3. Publié sur une page à part au f. 88 de l'édition citée ci-dessus puis dans Les OEuvres de Se. de Sa:/tc<e-Mar</<e, Paris, M. Patisson, 1879, fol. 158 v° (classé dans le Recueil des Divers Sonnets i A/. de Pimpont, con.t//t'y en la cour de Parlement).

4. Scaeuolae Samynar<a~tco/ts~:a/'ttjReyM.Poe<tcapa/'apA7'astS.Sy~ua;-u~<&. 77. Paris, F. Morei, 1575, fol. 37 v". Cf. fol. 44, sept distiques liminaires pour Jodelle .-lf/ 7of/e/t'u~:p.B 7~o/)iiay'</o.


Comme son compatriote Nicolas Rapin Sainte-Marthe est un iidèle de la poésie latine, dont il sait désignerles .maîtres modernes avec plus de sûreté de goût que Ronsard lui-m~me JElle apparaît souvent dans ses Eloges, lorsqu'il loue, par exemple, Jean Dampierre, qui « fut le premier des Françoys qui eut raison de ne plus envier la gloire des vers Latins aux Poëtes d'Italie et Salmon Macrin, le seul à son heure « qui s'adonnât sérieusement au noble et divin exercice de la Poësie. puisque chacun demeura d'accord qu'après Horace, il l'emporteroit de bien loin sur tous les Poëtes Lyriques qui l'avoient précédé )) Scévole marqua sa place à leur suite, et les vieux amis parisiens du trésorier royal de Poitiers surent ménager un succès considérable à sa PaeJotrophia, poème didactique imprimé en 1884. Il nous reste, pour l'attester, la lettre délicieuse de Ronsard à Baïf, qu'il est impossible d'omettre ici

Bons Dieux quel livre m'avez vous donné delà part devons''de S'" Marthe Ce n'est pas un livre, ce sont les Muse.s mesmes, j'en jure tout nostre mystérieux Helicon, et s'il m'estoit permis d'y assoir mon jugement, je le veux préférer à tous ceulx de mon siècle, voire quand Bembe et Nauger et le divin Fracastor en devroient'estre courroussez, car ajoignant la splandeur du vers nombreux et sonoreux à la belle et pure diction, la fable à l'histoire et la philosophie à la médecine, je di, deus, deus ille Ménagea, et le siecle heureux qui nous a produit un tel home. C'est assez dit. le m'en vais dormir et vous donne le bon soir. RONSARD

Les relations de Poitiers avec le groupe de Ronsard furent maintenues de tout temps. Bien avant le retour de Sainte-Marthe, le séjour d'Étienne Pasquier et le cercle fameux des dames Des Roches, où le latin était entendu comme le français, ily avait eu t. Les œH!)rM h<Mtes et /rMçot'ses de Nicolas Rapin Poitevin, grra)K/ prevost de la Co/:f:es<aj&~te de France. Paris, 1610, honorent en trois passages le nom de Ronsard, p. 3, 4S, 244.

2. Dans une pièce à G.ermain Audebert, au f. 60 du recueil de 187~, il place hors de pair Macrin, Bèze, Dorat et Muret. _Les noms misa part dans la dernière préface de la Franciade semblent surtout suggérés par l'amitié. Je cite la traduction de Colletet (p. 58 et 67), qut\admirait encore les beaux hendécasyllabes » de Dampierre. 0

4. Ed. L., t. VII, p. i32; éd. Bl., t. VIII, p. 174. Colletet a conservé ce texte. Le fac-similé assez inquiétant d'un texte original est donné par A. de Rochambeau, La famille de Ronsard, p. 8.


une véritable prise de possession de la ville par la Brigade. On y avait vu ensemble Tahureau, Vauquelin de la Fresnaye, Jean de la Peruse et Baïf, qui y vécut neuf mois de l'année 1534 et y découvrit sa Francine. L'Université était accueillante et les éditeurs imprimaient volontiers les poètes. L'enthousiasme professé pour Ronsard a laissé des traces dans des ouvrages fort divers. L'année même où paraissait à Poitiers La Medée, tragédie de La Peruse, par les soins de Sainte-Marthe alors à ses débuts François de Nesmond prononçait dans cette ville un discours, qu'il faisait imprimer avec des vers de Baïf. Ce jeune avocat tentait pour la première fois d'instituer un cours en langue française sur le Digeste, s'associant ainsi à cette belle entreprise desjuristes novateurs qui voulaient donner à la France un droit français, comme la Pléiade lui donnait une poésie nationale il reconnaît nettement l'analogie des deux tentatives, en citant dans sa harangue le chef des poètes « Quand nous ne ferions que dessauvager le langage, encore ferions-nous beaucoup. Et à quoy se peut-on'plus utilement adonner?. Vraiment, Ronsard, tu as juste cause de dire

Ah France, ingrate France et faut-il recevoir

Tant de derisions pour faire son devoir 2? »

Des traces du même genre se retrouveraient dans cette Bourges savante, où enseigna Passerat et où existait avant lui, parmi les élèves de Cujas, un si vif amour des lettres anciennes et récentes et à Limoges, qui nourrissait des poètes humanistes, fournissait 1. C'est dans cette édition, faite l'année après la mort du poète (« A Poitiers, par les de Marnefz et Bouchetz, freres » 15S5), que fut publiée pour la première fois (dans son « Tombeau », p. 44), la belle Epitaphe par P. de /?f)nsa;'d vandomois

Tu dois bien à ce coup, chetive Tragedie

Laisser tes graves jeux,

Laisser ta scene vuide, et contre toy hardie

Te tordre les cheveux.

2. Cette Oraison est citée par Dupré-Lasale, M. de L'flospital avant son ~t)a<t'on. p. S14-316. Nesmond, qui était angoumois comme La Péruse, fut plus tard président au parlement de Bordeaux.

3. Un des plus brillants de ces étudiants, le jeune Pierre Du Faur de SaintJory envoie de Bourges à L'llospital une grande ode anacréontique en grec très élégant, dont le ms. est au vol. 490 de la collection Dupuy (traduction chez Dupré-Lasale, l. c., p. 346). La date de 155 suit de peu la publication d'Estienne.


de latin les presses de Barbou et s'enorgueillissait d'avoir donné aux Muses un Dorat et un Muret Quanta Orléans, ville d'uînversrté célèbre, comment n'aurait-elle pas propagé chez ses érudits le culte de Ronsard, par Florent Chrestien, au temps où il était ndèle, par Vaillant de Guélis, qui le demeura toujours, par = Pierre Daniel, leur ami, l'éditeur du Querolus et le commentateur de Virgile, qui vécut à Paris, avocat au Parlement, dans le milieu le plus voisin du maître ?La Champagne a envoyé auprès de lui, vers les débuts de sa notoriété, un petit poète, Luc-Fr. Le Duchat (Ducatius), dont les jP/'ae~/c~a contiennent de précieuses indications sur l'entourage de Jean Brinon, à qui ce recueil d'humaniste est dédié Après avoir chanté en latin, avec Dorat, la campagne de Médan et les fontaines poétiques, que Ronsard célèbre en français et Baïf en grec, il disparait de la scène et semble aller finir ses jours à Troyes, sa ville natale 4. Amiens se trouve, vers la fin de la vie de Ronsard, un foyer d'admiration pour son œuvre, grâce à Jean des Caurres (Caurraeus), principal du collège. C'est un ami particulier de Dorat, qui vient le voir, loge chez lui et multiplie les poèmes latins à son éloge et en l'honneur de sa ville Ils se trouvent en tête et à la fin d'une énorme et indigeste compilation d'érudition et de morale, l'on est vraiment surpris de rencontrer, parmi des vers liminaires insigninants, un 1. V. dans le recueil de Sainte-Marthe de i57S, les vers adressés aux savants limousins, et les dédicaces dans Les prcnueT'M ccu~rc$ poc<yHM de /oacAt~t Blanchon, Paris, 1S83, où les poèmes à Dorat sont aux p. S79 et 301,

Daniel était lié avec Vaillant de Guélis, Amadis Ja.myn, Alphonse Delbene, Pierre de Montdoré, Scstiger, etc. Il voyait: Dorat, et logeait a Paris, où ses fonctions l'appelèrent à partir en 1S74, chez « Mademoiselle de Lambin )', veuve du savant, « près la porte Saint-Victor, au coq d'Inde ".Sa correspondance conservée à la Bibliothèque de Bern~~dpnt j'ai jadis feuilleté raplim quelques volumes et qui a fourni matière à deux opuscules de Het'mann Ha~en (Berne, i873) et de Louis Jarry (Orléans, 1876), mériterait d't'h'e publiée. Peut-être y trouverait-on mention de Ronsard. 3. Le recueil de 15S4 est cité p. 61. A l'ode à Dorat devraient se joindre les pièces dédiées à Muret (fo). 30 v°), à Baïf (fol. 37 vo), et l'élégie ~Ka/tt<7tA'?/MpAae et Fonti Brinonio (fol. 7v°). On n'y i~leve pas le nom de Ronsard.

4. Le nom de Duchat (non plus Le Duchat) s'y trouve encore porté. S. V. notamment la pièce, non recueillie dans le volume de Dorat In u<)tS~int&:a~tp/y!/Mnas!tAM&:a~e/!S:s htucfewfoayKttsAHr'a~tp. r. Aospt~s .Y~tM.


beau sonnet de Ronsard lui-même Le poète, qui lisait beaucoup, semble avoir pris intérêt à feuilleter ce recueil, où l'auteur a amassé une prodigieuse quantité d'anecdotes historiques et d'observations de toute qualité, et où il a vidé visiblement, sans choix et sans méthode, des cahiers entiers de son enseignement. Il y mêle des vers de sa façon, où Ronsard n'est pas oublié et une interminable apologie des collèges dont le thème est celuici « [Le collège] est le fondement et pepiniere des Républiques, commune boutique de tout sçavoir, la maison des Muses, leur Hélicon et Parnasse, et la forteresse de Pallas. Un college est de plus grand profit et singuliere recommandation que ne sont sans comparaison aucune tous les hospitaux du monde, pour rai-.son qu'icy les esprits y sont nourris, qui sont les divins celestes et immortels pourtraicts de la divinité de Dieu, où là, je veux dire ès hospitaux, seulement les corps corruptibles et mortels y sontsubstantez~. o Fort attaché aux collèges parisiens, dont il avait éprouvé les bienfaits, Ronsard souscrivait sans doute aux considérations louangeuses où se complaît le principal d'Amiens. On allongerait aisément la liste des régions françaises ici esquissée, si l'on énumérait celles où des poètes de notre langue se sont réclamés de Ronsard et de son école. Le Charolais y serait avec Des Autels, le Quercy avec Magnv, l'Auvergne avec Jean de Boyssières, la Savoie avec Buttet, et combien d'autres provinces, souvent, il est vrai, pour des noms bien médiocres de 1. OEuvres morales et diversifiées en histoires pleines de beaux exemples. le tout tiré des plus signalez et remarquables Autheurs yrecs, latins et fran'o/s qui ont ?sc/'t< de tout <<nps pour l'enseignement (7e toutes personnes qui aspirent à vertu et Philosophie cA/'es<te/!ne. ~'ar lean des Caurres, de Mo/'œf; p/'tVtCtpa~c/ft Co//e<jree<c/:a/:oi~p c/eS. iVt'co/as~nne/iS.~eseuM, eor/es c< au.<<ten<pe~ College et chanoine de S. Paris, G. Chaudtere, 1884. Ce volume et augmentées de' plus des deux tiers. Paris, G. Chaudiere, 1584. Cevolume ne compte pas moins de 6")t fT., plus les ff. liminaires et les tables. Le sonnet de Ronsard est dansi'éd. L., t. VI, p. 439.

2. Non plus que Desportes, ni Dorat, ni La Croix du Maine, etc. (ff. 544, S4~). Un de ses élèves qui le loue. en latin comme en français est cet inévitable Edouard du Monin, qui nomme Ronsard dans son ode Au nombril de ta Picardie Les saincts magasins de'ia Gaule, Je veux à voix non engourdie Et sonner d'un cleron non las Trompeter que tu es l'Atlas (Ployant ma graive au seul Ronsard) Soutenant sur ta forte épaule Qu'en toy Socrate est faict Picard. 3. Fol. 648. Jean des Caurres rappelle lafondationdescoHèg'es de Tournon, de Reims, de Clermont et du vieux collège de.Guyenne.


vains rimailleurs. Notre recherche les écarte, ne s'appliquant qu'aux humanistes, érudits ou versificateurs latins Mais comment ne pas évoquer une grande figure provinciale, en qui se joignent fortement les deux cultures, celle de Pontus de Tyârd, connaisseur expert des systèmes de la pensée antique, en même temps que poète digne d'être compté par Ronsard pour une des étoiles de sa Pléiade. A M~con, où il fut chanoine, à Châlon, dont il fut évêque, Pontus de Tyard édinait paisiblement son œuvre de philosophe et de lettré Parmi les productions latines de l'écrivain platonicien des Erreurs amoureuses et dés Discours philosophiques, figure un poème ainsi désigné'au titre de l'édition Ponti r/tt/ard: Bissiani ad Petrum Roie-sàrdurn, de co~estibus Asterismis Poematium Ce poème, qu'inspire assurément le souvenir de l'N~mne des Estoiles, invente une façon ingénieuse d'honorer le prince des lettres, en marquant dans la configuration du ciel la place où l'humanité cherchera des yeux désormais l'étoile qui portera son nom. Voici le passage essentiel de l'ouvrage, emprunté non au texte latin, mais à la traduction assez heureuse d'un disciple de l'auteur. Le poète suppose que la muse Uranie, après avoir guidé ses regards dans le firmament, vient à lui parler de Ronsard

1. Em. Picot décrit l'ouvrage d'un lorrain, qui semble curieux: ~m~e de la Philosophie de P. de Ronsard commenté par Pantaleon Thevenin de ContmefCt/ en Lorraine, auyu< outre l'artifice rhetorique etdialectique fran~o</s, est somyM.'uremeftt <rat<<' de toutes les parties de la Philosophie. y rapportez. les lieux plus insignes de ~ac~MeSe/KaMee~u SMSt'duBartas. Paris, 1582. Chaque strophe de l'hymne de 1555 est entourée d'un commentaire copieux (Ca<a/. de la /x'A/M<heyue James d'ë Ro/~c/nM, t. IV, Paris, d9i2,p.227). 2. Je signale deux lettres latines de Pontus de Tyard, au ms. 8S8S de notre fonds latin (H. 23-36). La seconde est intitulée ~E'p:s<o/a episcopi Caj6t~. ad t);u;M quemdam amplissimum y'ragr/ne~u/H. Elle est importante pour la biographie morale de 1 écrivain. 3. La première édition a quatre ff. seulement, imprimés à Paris, en 1'i73. Cf. Marty-Laveaux, Notice sur Pontus de Tyard, p. xxij, et Picot, Ca<a<. de la /);'& J. de jRo<scA:M, t, I, p. 487. Mais une réimpression de ~586, qui est à la Nationale, y ajoute diverses pièces intéressantes la traduction française d'Antoine de la Bletonnière, une épître latine où celuici demande a.son mécène châlonnais la permission de traduire son œuvre; enfin la « Prière Dieu faicte par Monsieur de Ronsard estant malade et qui est le poème de trente vers qu'on trouve dans l'édition Laumonier, t. VI, p. 506. Lesff. de cette seconde partie sont numérotés B-Bttt/. Cette réimpression paraît inconnue des biMiographes.


Le poème de Pontus de Tyard a été composé peu après la mort de François II, qu'il déplore ainsi que les troubles du royaume mais il a été imprimé beaucoup plus tard, une première fois en 1573, une seconde fois au moment de la mort de Ronsard, à laquelle une page entière est consacrée Négligé par tous les biographes, cet opuscule nous apporte une intéressante lettre latine, mise en guise de préface

Verebar si hos de coelestibus Asterismis lusus ederem, ne operam ludos facerem, cum quidam utrique nostrum amicissimus Tu ne, inquit, tuo Ronsardo laudem, quam scripsisti inuides? tu ne verô (inquam ego) suades me quas ante decennium fabulas ludens.collegi, etiam nunc tanquam seria quaedam edere? Quasi (respondit) non' noris omnes fabulas, fabulas non esse. An non illud memoria tenes, Ridentem dicere verum, quid vetat ? Ergo ludens corollam Ronsardi aeternam, quam aeternis caeli Asterismis atYixist.i, Ronsardo dedica et posteritati consecra id eSIagito. Vinci igitur me passus sum (Petre Ronsarde) et hoc Poëmatium tibi dico, doctis et aequis omnibus 1. On y lit le distique, qui fait la contribution de Pontus de Tyard a& 7'o/)!t6<*au du poète, et ceux que voici

.Ronsard, mon cher amour, à qui la destinée A justementau ciel cette place assignée Car alors qu'il aura vescu par plusieurs ans, Ht que les tristes Sœurs auront de leurs doits lens Cessé de plus tramer le filet de sa vie,

Et que la renommée aura de vois hardie

Publié son beau nom, et qu'il aura encor, Chantant à ses nepveus les faits du fils d'Hector, Surpassé en honneur, avec sa Franciade, L'Eneide Romaine et la Greque lliade,

H ira sur les Cieux par ce chemin icy

Lors le triste Apollon et les Muses aussi Attacheront soudain sa luisante courronne Dans ce circuit de feu que tu vois qui rayonne.

PONTUS TvARDEUS BiSSIA~'US PETRO RONSARDO S.

Ronsardus ad suos encomiastas.

Z.tM<r3<f tepidos cineres asper~<e. tympAa,

Et prêchas manes rite piate meos;

A'os<ra~e nec vobis tantae s<< gloria curae,

Nam p6pe?'!<at!di' sa~qrnë SHperqrue mihi.


oifero, bonaeque posteritati sacro quod tibi gratum si Set, noqtri seculi Poëtae doctissimo et foelicissimo satis me fecisse existimabo. Vale

Ainsi l'évêque humaniste, après avoir diverses fois nomme Ronsard dans ses écrits, le remerciait une fois de plus, et par un hommage inattendu, de l'avoir désigné'lui-même à la gloire. Ronsard a été lié avec le plus illustre philologue de la Renaissance, ce Joseph Scaliger, né à Agen en iS40, d'une mère française, que l'origine italienne de son père n'empêche point notre Gascogne de revendiquer avec orgueil2. La mémoire de Jules-César Scaliger, qui tenait à rattacher son sang à celui des Délia Scala de Vérone et qui avait célébré JRonsajd en beaux asclépiades peu d'années auparavant introduisit son fils auprès du poète, lorsqu'il vint faire des études à Paris en i86i Joseph Scaliger connut en même temps plusieurs des écrivains de la Pléiade, Baïf, Belleau, surtout Dorat, avec qui il conserva des rapports d'amitié Dorat devait même écrire dss vers liminaires pour son édition des Élégiaques et pour son grand travail sur 1. Cette tettre est précédée de quelques distiques dédiés l'auteur dès t'édition de 1573, par François d'Amboise, parisien

Debebat P~oe~ns Ronsardo praenua caM

QHaKs~aeont'o, qualia Virgilio.

ntt cui Reges Tuba, oui Lyra jMM:tî Amores,

~Vo;t est mortalis ~tHrea visa satis.

3. Cf. Tamizey de Larroque, Lettres /ança:ses :~tf~es de Jos. ScaM~M', Agen et Paris, i88'i. Comment un si beau sujet n'a-t-il pas suscité un livre français? Une documentation considérable, imprimée et inédite, permettrait de remplacer aujourd'hui l'ouvrage célèbre de Rernays, plus intéressant au point de vue philologique que biographique. Mark Pattison préparait ce travail, dont les fragments sont dans ses Fssat/s, Oxford, 1889, t. t, p. 132-243.

3. V. ci-dessus, p. 112.

4. J. Bernays, Jos. Justus .Sca~rer, Berlin, 1855, p. 37, 119, 303. S. Je ne trouve qu'une mention de Dorat dans sa correspondance, où il y a si peu sur Ronsard; c'est dans une lettre écrite dg Valence à P. Pithou, en t572 « Fratrem, Auratum, Lambinum nostros, et Danieletn salo.ta M (t/os. Scaligeri epist. ornées quae ''epey~po~uerun~, Leyde, 1627, p. 140). 6. Cft<uHt, yt&u~t, Ppoppr~' noua èditio los. ScaH~er fu~.Caesarts /'J/'<ef~f!t< Ad C/. Puteanum.. Paris, 1ST7. La pièce de Dorat, qui en précède une de Florent Chrestien, a pour titre :Dt Cat, T* <?<P. a Zo.ScaHye/'o MucftennOt/t, Veronao7':Mf7o, nupe/'emen~atos.'

Graecta iactabat sibi tres in Amore poelas.


Manilius Le jeune homme, dont l'intelligence fut précoce et la science promptement appréciée, se montra quelque temps dans le sillage de Ronsard il entrevit même, pendant son court retour en France, le commentateur des Amours, qu'il devait retrouver peu de temps après en Italie 2.

Ces relations de bon lettré, qui furent assez éphémères, mais dont il ne lui déplaisait pas de s'honorer, lui valurent un jour une singulière critique, lorsque le dénigrement et l'envie s'attaquèrent à sa glorieuse can'tère. Son adversaire Kaspar Schoppe, le Scioppius fameux par la grossièreté de ses polémiques, l'accusa d'avoir pris part à une païenne et sacrilège cérémonie, ce prétendu sacrifice fait à Bacchus du bouc de Jodelle, que les protestants ne cessaient de reprocher à Ronsard. Scaliger se défend dans une page bien oubliée, où il tient la plume de son disciple Janus Rutgers sa verve s'y déploie contre le calomniateur allemand, qui s'est joué des dates et des vraisemblances et c'est pour lui une occasion de raconter exactement l'innocente fête littéraire de 1552, qui n'a pu scandaliser que les pédants et les sots

« Parisienses illos amicos tuos imitaris, quos Dionysia agitasse, et hircum immolasse, fama est )) Dionysia agitare, dicit esse hircum immolare. Huius enim insimulati sunt illi, de quibus nunc agitur. Vespillonis filius, qui nunquam Lutetiae fuit, in media Suburra habitans Romae, unde hoc mendacium expiscari potuit, nisi a quibus reliqua portentadidicit? Quos putat Dionysia agitasse, vel hircum immolasse, ut illi persuaserunt qui verum dicere, etiam si velint, non possint, iisunt Petrus Ronsardus, M. Anton. Muretus, tanus Baifius, Remi~ius Bellaqueus, Stephanus Iodellus, Nicol. Denisottus, loan. Auratus, alii, omnes poetae, praeter Patoletum 4, qui in historiis conscribendts omne studium suum coilocarat quos tam fa)sum est adeo 1. M. Manilii ~LS<rono/H:CMnt /tj&t V. 70! Scaliger. rec. ac py':s<tno ordini suo restituil, Paris, 1579 La pièce manque, comme la précédente, au recueil de Dorat

~erc:~eo coeli quod sedit machina collo.

2. En 156S. V. l'édition citée ci-dessous de la Confutatio B!c/onum, p. 341, 361, 388, où de curieux détails seraient à utiliser, Scaliger dédie a Muret en 1562, ses traductions grecques de Catulle en 1565, à Rome, ses traductions d'Horace.

3. Ces mots sont tirés du pamphlet de Schoppe,Scaliger Hypobolimaeus, Mayeuce,1607.

4. L'historien Jean Patouillet ne paraît pas avoir pris part à la fête en l'honneur de Jodelle.


exeerandum, nefandum, impium facinus fecisse, quam certum est, impune illis futurum non fuisse, siquidem tam Christianae pietatis, quam existimationis suae obliti tam detestabile scelus in se admisissent. Si illi docti viri viuerent, fur non inultum tuiisset. Porrotam impudentis calumniae auctor fuit sacrificulus Gentiliaci vici Inquo illi doctissimi viri de constituto colorant, ut de symbolis essènt. Totum drama exponerem, si opus esset, ut losephus me docuit qui illud ad unguem tenet. Sed ponamus vèrum.esse quid hae'c ad losephum, qui tune puer Burdigatae primis rudimentis Latini sermonis initiabatur? An quia sexto post, septimo et octavo anno omnes, praeter Iodellum, illos vidit et familiariter nouit, idco eiusdem criminis postulandus erit *?

Plus tard, Scaliger disait volontiers a ses amis de Hollande l'admiration qu'il portait à Ronsard et aussi à Du Bellay et il se faisait donner des nouvelles de celui des deux, le plus grand, qui l'avait accueilli dans sa jeunesse s. Ronsard, de son coté, savait fort bien l'importance et l'autorité de la grande œuvre philologique que poursuivait Scaliger; II appréciait même hautement ses qualités d'écrivain, puisqu'il regrettait de ne pas les voir au service de la langue française 0 quantesfois ay-je souhaité que les divines testes et sacrées aux Muses dé Iosephe Scaliger, Daurat, voulussent employer quelques heures à si honorable labeur Le poète avait dû garder longtemps dans ses papiers un essai poétique que Scaliger avait lui-mêmeconservé parmi les siens, après le lui avoir adressé en hommage pendant son séjour i. Le curé de Gentilly, près d'Arcueil, n'avait rien compris à l'aimable fantaisie de nos poètes, improvisant leur cérémonie M'antique avec lejbouc survenu par hasard au milieu du festin.

2. C'est Rutgers qui est censé parler au nom de Scaliger.

3. Mu/ts<fTt;s /7ypo&oKmaeus.< Virgula cftUMa. Accessit A:s accurata Burdonum fabulae confutatio, Leyde, i609, p. 338-3M. 4. « Ronsardus magnus poëta Gallicus: ut BeUaiusutriusqnelinguaeIatinae et gallicae, qui (quod hactenus pauci) facilitatem et duteedinemC.atuHI assequutus est M (~'t/n& ScaHyc/'ana, p. 144). Dans une lettre de iST$, le philologue se plaint à Pierre Pithou de méchants propos qu'a tenus Passerat sur son compte « Ce qu'il a dict de moy, il ne le peust nier. Car il y avoit trop de gens de bien, tesmoins Monsieur Ronsard et Monsieur de Saincte-Marthe, de Poictiers « (Tamizey de Larroque, c., p. ,83). 5. Fédérie More! le Sis lui écrit de Paris, en février 158S, après avoir parlé de leurs amis communs, Cujas, Dupuy, Pithou, etc. K Auratus Cmctp vM-O! et Ronsardus SvKpvEoO~hicviuunt et valent H (Burmann, Sylloges cpM~o/a/'uyn, t. II, p. 318).

t't. Dernière préface de la F;'anc;'af7e (1587). Ed. L., t. VII, p. 97.


à Paris. C'était une traduction en grec du Moretum de Virgile, dont le manuscrit portait: Conuersum anno 1561, oblatum vero Petro Ronsardo anno La dédicace d'un tel travail montre assez à quel degré l'on reconnaissait à Ronsard la qualité d'helléniste, et il n'est pas sans intérêt de le voir proclamer tel par le prince des philologues.

VII

L'Humanisme a aidé, beaucoup plus qu'on ne l'a dit, à répandre hors de France le nom de Ronsard et la lecture de ses ouvrages. Leur influence est constatée, par les contemporains eux-mêmes, en bien des pays. Elle étend, selon le mot de Du Perron, « la gloire de nos paroles et les limites de nostre langue )) et fait qu'on « en tient eschole jusques aux parties de l'Europe les plus esloignées, jusques en la Moravie, jusques en Pologne et jusques à Danzik, là où les œuvres de Ronsard se lisent publiquement 2 ». Les « gens de lettres », il est vrai, ne furent pas partout les premiers à travailler à la diffusion des livres de notre poète national. Ils furent devancés souvent par de nobles étrangers venus en France, qui le virent apprécié de nos rois, de nos reines, des grands du royaume, et allèrent apprendre ses mérites aux autres cours de l'Europe.

Celle de Marie Stuart n'avait pas besoin d'être ainsi renseignée, puisque la reine d Ecosse s'était montrée elle-même en France la plus dévouée protectrice de Ronsard mais les ambassadeurs et les voyageurs servirent utilement sa réputation à la cour d'Elisabeth d'Angleterre, oùil trouva plus d'un imitateur 3. En Savoie, auprès de son époux Emmanuel-Philibert, la bonne duchesse 1. 7os. Sca<e/'</u/. Caes. f. Poemata omnia, Anvers, 1615, p. 106. L'auteur a offert des ~ope/'<a/:aa G. Canter à Paris, en 1561 (Bernays, p. 303 Pattison, Essays, t. p. 200).

2. Du Perron, Oraison funèbre sur la /7tor< de Monsieur [7e Ronsard, 'Paris, 1586, p. 48.

3. Ronsard a dédié à la reine Elisabeth, en 1565, son recueil d'Elegies, /Kascara(7es et bergeries, qui put contribuer à développer à la cour de Londres le goût des « mascarades ». On trouvera dans les notes de Laumonier à Binet, p. 209, la bibliographie des ouvrages traitant de l'influence de Ronsard sur la poésie anglaise.


Marguerite avait emporté dans ses coffres les vers de son poète favori et continuait à en faire ses délices. Elle avait auprès d'elle, pour s'en entretenir familièrement, son secrétaire Dallier, beaufils de Jean de More! et un prélat tout à fait francisé, élevé par Morel, Jérôme de la Rov.ère, évêque de Toulon, puis archevêque de Turin, à qui fut dédié le « songe ? d& La Te/~u amoureuse dans le Bocage royal 2. L'humaniste Antonio de Gouvea,qui connaissait si bien la Pléiade appartint à la cour de Turin et y mourut en 1S65, maître des requêtes et conseiller secret du duc. Quant aux Français qui rimaient en Savoie, comme en Piémont, ils étaient pour la plupart de l'école de Ronsard; tels Pierre Dumay et Jean Grangier, le poitevin et le lojrain qui menèrent les H bergeries » à la cour pour les fêtes du baptême de CharlesEmmanuel Marc-Claude de Buttet, qui comptait dans la Brigade et se trouvait être, né à Chambéry, un sujet de Madame Marguerite, Jacques Peletier enfin, qui habita trois années sa ville d Annecy et mit sous son patronage le poème La Savoye, qu'il y publia en 1572. N'oublions pas le séjour de Jacques Grévin à Turin, qui y mourait en 1S70, ayant dédié à la princesse française ses beaux sonnets d'humaniste sur Rome, où se continuent dignement les Antiquitez de Du Bellay La cour de la sœur de Henri II était assurément la seule en Italie qui fût .aussi pleine des échos de la Pléiade. Parmi les autres, celles qui ont raHblé des Rime d'Annibal Caro ne pouvaient manquer de goûter dans Ronsard au moins le poète courtisan, et ce fut même un divertissement des lettrés italiens de comparer entre eux les deux écrivains On se rappelle aussi la rencontre joliment contée par Brantôme, qui cause, dans la boutique d'un libraire de Venise, t. Joachini Dallier écrit à Morel, de Rivoli en Piémont, le 22 octobre i56i « Monsieur, Tout premièrement je vien de recepvoir vostre pacquet par Mons' de Vincent avec les compositions de Mons*' de Ronsard, que je fcray sans faulte voir à Madame. » (Bibl. nat., Lat. 8589, fol. M).. 2. f A tres illustre prelat Hyeronyme de laRouxere, evesque de Toulon (éd. L., t. m, p.33S-343 ;cf. t. VII, p. 385). Une lettre familière du prélat à Jean de Morel, écrite pendant le colloque de Poissy, est au, ms. Lat. 8S89. M. 37. V. la note de mon édition des Lettres </e. du Bellay p. 29 3. On l'a établi plus haut,?. 14S. Cf. W. Stephens, t'ilargaret of France, p. 241.

4. Cf. Ferdinando Neri, Il Chiabrera e la Pleiade /Mcese, Turin, 'të20, p. 32-37.

5. L. Pinvert, Jacques Grévin, p. 358-370.

'). V. plus loin, p. 226.


avec un « magnifique », ancien ambassadeur à Paris, et comment celui-ci s'étonne de voir,un gentilhomme français rechercher les œuvres de Pétrarque, puisque, dit-il, « vous en avez un en vostre France, plus excellent deux fois que le nostre » 1.

Quoique si bien servie par les gens de cour, la renommée de Ronsard hors des frontières de son' pays doit davantage à cet humanisme international dont Paris fut alors un des centrés de rayonnement. Les écrivains étrangers, qui vécurent dans notre capitale pendant le troisième tiers du seizième siècle, manquèrent rarement de visiter le grand poète, que les érudits eux-mêmes considéraient comme un confrère. Un exemple digne de mémoire est fourni par la Pologne, qui tenait alors le premier rang intellectuel dans les pays du nord et de l'est de l'Europe et rattachait étroitement sa civilisation à celle de l'Italie et de la France. Son plus grand écrivain de cette époque; qui est en même temps son meilleur humaniste, a connu notre Ronsard et s'est inspiré directement de son œuvre. Ces relations, qu'aucun biographe de celui-ci ne paraît avoir signalées, n'ont qu'une histoire très courte, mais pleine de signification.

Il y avait en Italie, au temps de la publication des /l/?Mu/'s et des Hymnes, un jeune polonais de vingt-six ans, qui s'initiait aux lettres grecques et latines auprès des chaires les plus réputées. Il trouvait à Venise les leçons de Muret et comptait vraisemblablement au nombre des étudiants qui inspirèrent à celui-ci une telle admiration pour la culture de la Pologne, qu'il la compara un jour à celle de l'Italie, en lui accordant même l'avantage 2. Jan Kochanowski était ardent et enthousiaste ce fut, on peut le supposer, par le jeune professeur, récemment arrivé de France, qu'il apprit l'existence d'un grand poète dans ce pays et les succès d'une école qu'il avait intérêt à connaître, puisqu'il rêvait déjà d'accroître lui-même le trésor littéraire de sa nation. L'étudiant polonais se mit en route pour la France en ~5S6, en compagnie 1. Brantôme, éd. Lalanne, t. III, p. 288. Cf. Flamini, Studi di storia let/f?/'ar;a ~a/. e s<ra' Livourne, 1895, p. 346.

2. Opera 3/t/re< t. p. 490 (Epist. I, 66. Lettre sur les offres du roi Et. Batory pour le décider à venir enseigner à Cracovie). Aucun biographe de Jan Kochanowski, ni Stan. Tarnowski, ni Loewenfeld, ni Maria Kasterska, dont le livre est le plus récent (Les poètes latins polonais, avant ~5~9, thèse, Paris, 1918), n'a remarqué la présence simultanée à Venise de Muret et du poète, qui étudiait aussi à Padoue.


d'un de nos compatriotes, qui devait être auss~un admirateur~de la Brigade et à qui il envoya, quatre années plus tard, une élégie sur la mort de Henri II. Après avoir traversé avec cet ami la Provence et l'Aquitaine, il séjourna à Paris et vit aussi la Belgique. Voici ses vers sur notre pays, adressés à son compagnon de voyage

7e duce Aquitanos et Belgica vidimus arua

Extremoque sitanz litore Jfassth'am,

Ce~arnmytze~omos et quo magnae influit !:rj')t

Caerulaeus rapidis Sequana uor<tC!'Ans.

Et Liger et /?Aocfa)ms nostrum sensere ~fo~ore/n,

Cum linquenda mihi GaMtca regna forent

A Paris, introduit peut-être par Muret, Kochanowski ne resta pas étranger au monde des poètes il rencontra Ronsard, et l'impression que fit sur lui la personne d'un tel maître ne déçut point son attente. La grandiloquence juvénile de son témoignage n'en doit pas faire suspecter la sincérité

TTTc t7~Hfn Da<7'M modulatum carmina plectro

/~oftsa7'<~Hm vidi, nec minus cj6s~H/)m

QHan: si Thebanos ponenfem Amphiona muros

Orphaeue audissem PAoej6:yenamNe Linum.

Delinita suos tft/t:j6e~an< /!snnnacHrsns,

Saxaque ad insolitos exsiluere sonos 2. °

C'était un poète humaniste que la Pologne _envoyait à Paas ce fut un poète polonais qui en revint. L'exemple triomphant de Ronsard et de ses amis fit perdre au latin, dansl'esprit de Kochanowski, une part de son prestige il lui apparut avec évidence qu'une grande poésie, comparable à celle des Anciens, pouvait être tentée dans les idiomes modernes. Dès son temps de France, il annonce à une belle Française, donfll est amoureux, la naissance de sa « Muse slave M On voit désormais la langue nationale alterner dans sa production avec celle de l'Humanisme et y i. Opera /oMfMS Coc~anoM: éd. Pleniuewicz, Varsovie, 1887, t. III, p. 117. L'édition originale des Elegiae est de Cracovie, 4S84. L'auteur appelle Charles son ami français.

3. Même élégie a~ Caro~um, la 8' du livre III.

3. Kochanowski a aimé une Française, « venusta Galla )),'& qui il adresse, sous le nom de Lydie, mainte élégie tibullienne. Il lui déclare en passant (Eleg., 1, vi) qu'il la chantera aussi dans sa langue maternelle Hmcst quid Jb!snc!um. ~ran~ mea carnMM dej&e~,

/f<;f'c ~t'Bit~uc rerens Slauica JKMS û&naf.


prendre bientôt la place principale..L'étalage de l'érudition, les vastes imaginations mythologiques, l'imitation d'Anacréon et d'Horace s'y retrouvent comme chez Ronsard, et l'on rapproche avec raison l'épithalame composé par celui-ci pour le mariage de Charles de Bourbon avec Jeanne d'Albret, de celui de Kochanowski chantant les noces de Christophe Radziwill et de Catherine Ostrowska 1. De même, par le goût et le sens de la nature, par l'élan lyrique et d'autres traits encore, les deux poètes sont fort voisins l'un de l'autre, et le plus jeune a conscience de remplir dans son pays un rôle analogue à celui de son aîné, qu'il a visiblement étudié avec ferveur.

Quand le duc d'Anjou, frère de Charles IX, partit pour la Pologne pour y régner, on mit sans doute parmi les livres qu'emportait ce roi lettré, plus d'un ouvrage de Ronsard, ceux du moins qui célébraient la victoire de Moncontour et le prince choisi pour porterles fleurs de lis en ces réglons lointaines. Le futur Henri III emmenait avec lui, d'ailleurs, Philippe Desportes, déjà son poète préféré et dont l'étoile naissante allait obscurcir bientôt celle du chef de l'école. Kochanowski ne manqua point d'adresser au jeune souverain prêt à quitter la France une ode latine exprimant l'enthousiasme et les espérances qui animaient ses compatriotes. Mais on sait quelle fâcheuse figure fit, dans sa capitale « sarmate », ce prince trop habitué aux commodités de la vie française et aux plaisirs du Louvre. Desportes, qui partageait ses regrets et ne fut pas le dernier à conseiller son départ précipité de Cracovie à l'annonce de la mort de Charles IX, a écrit sur la Pologne en termes légers et méprisants, bien différents de ceux dont les poètes parisiens avaient salué l'ambassade de 1S73, qui venait offrir la couronne à son maître 2. Il soutint contre Kochanowski une polémique littéraire, où celui-ci, défendant l'honneur et les mérites de son pays, garde assurément le beau rôle 3. S'ils 1. Stan. Siedlecki, Jan Kochanowski, ~530-~56~, Cracovie, 1884, p. 7. 3. On sait quelle part Ronsard a prise, avec Dorat, à la réception de l'ambassade polonaise à Paris et à la fête donnée aux Tuileries par Catherine de Médicis. V. surtout la publication de Féd. Morel ~aynt/!cen~ss:/n:spec<act~t a Regina Regum matre in horlis suburbanis ec~ descriptio, 7o. Aurati poeta regio autore, Paris, 1573.

3. Abel Mansuy, Le monde slave et les classiques /rançaM aux JÏ'V~7~ siècles, Paris, 1912, p. 42 sqq. Le chapitre sur Un Ronsardisant oublié met en œuvre certains travaux de la critique polonaise, notamment ceux de Th. W'ierzbowski, sur Kochanowski.

NoLHAC.- Ronsard et t'Numarusme. 14

R


eurent, comme il est probable, l'occasion de .se rencontrer au château du Wawel, le Polonais, qui devait chanter ironiquement la « fuite » sans gloire de Henri de France put s~ étonner et s'indigner de trouver son entourage si médiocrement disposé pour ce grand Ronsard, resté le modèle idéal de sa propre vie. Pendant son séjour à Paris, Kochanowski avait-il suivi les leçons de Dorat? Celui-ci n'était-il pas enfermé encore dans son petit collège de Coqueret ? S'il eût écouté le « lecteur )) célèbre du Collège royal, l'écrivain polonais y eût fait sans doute quelque allusion. On est mieux renseigné pour un autre personnage, moins important dans l'histoire des lettres, mais qui a pris une part active aux controverses intellectuelles et religieuses de l'époque, André Dudith Sbardellat. Ce parfait latiniste hongrois, connu par ses nombreuses missions en Allemagne, avait passé quelque temps de sps études à Paris et figuré parmi les élèves de Dorât, avant de devenir l'orateur au Concile de Trente et le négociateur d'universel savoir qu'admire J.-A. de Thon. Lesjeunes Français qu'il avait fréquentés se rappelèrent longtemps ce brillant condisciple, et plus d'un regretta que l'extrême éloignement ne permît pas d'entretenir son amitié 2. Ils avaient appris sans surprise qu'André Dudith était devenu, de bonne heure, évêque en Hongrie mais les nouvelles, plus tard, eussent paru fâcheuses à plusieurs, car la fin de sa vie fit de lui un protestant déclaré s. 1. On lira dans le livre de M. Kasterska, p. 184-185, un petit poèms en hendéeasyllabes récemment retrouvé: ~o. RbcAanoun ~e electione, corqnatione et fuga Galli. Il vient s'ajouter à la réponse faite à Desportes et intitulée Ga~ocro'Ct~an~

2. G.-M. Imbert, dans un de ces sonnets de vive allure écrits de sa province, rappelle le séjour du Hongrois à un condisciple Ûamand Quelque part que tu sois, Charles Utenhovie,

Que fait ton Apollon di le moi je te prie

Et di moi de l'estat, si tu le seais ou non,

Dé nostre cher ami, dont tant me plaist le nom,

Dudice SbM'deUat, grand honneur de l'Hongrie.

Sonnet 26 des Sonets exoteriques, Bordeaux, IS'?8. Le sonnet 43 .est adressé à Dudith lui-même et commence par la répétition du dernier vers cité. Au sonnet 46, l'auteur se félicite modestement d'avoir été nommé par Ronsard).

3. André Dudith, dit quelquefois Sbardellat, du nom de sa mère vénitienne, naquit à Buda en 1333 et vécut jusqu'en 1S89. V.l'articleétendMde De Thou, traduit par Teissier, Les Eloges, t. IV, p. 39; Catalogus codd. lat. Bibl. AfbfMcensts, t. 11, part. I, Munich, 1874, p. 100; Dorez, Cat, de c~ Dt;/)tn/. t. t. p. 339.


Ami et admirateur de Muret, qu'il fréquentait intimement à Padoue, en 1558 1, il n'est pas douteux qu'à Paris il n'ait connu personnellement Ronsard. Est-ce à lui que pense Du Perron, quand il parle de ce pays un peu incertain de « Moldavie où le poète français a trouvé des introducteurs ?

IX

Ce fut parmi les élèves et les auditeurs de Jean Dorat que se recrutèrent le plus aisément les admirateurs de Ronsard. On peut s'expliquer par là que tout l'humanisme des Pays-Bas lui ait rendu hommage. Le groupe des jeunes savants, nés dans les provinces soumises aux Espagnols, qui vivaient en 1565 à Paris, chassés par les troubles, était formé d'élèves de Dorât. La Hollande connut le poète à travers leur enthousiasme. Le plus brillant d'entre eux, Jan van der Does, dit Janus Dousa, revendique tant d'amitiés parisiennes autour de la Pléiade qu'on peut penser que cet esprit très actif a porté à Leyde l'écho de leurs admirations. Il'avait fréquenté en France, de façon familière, Dorat, Baïf, Guillaume des Autels, dédié des odes latines à Vaillant de Guélis, plus tard abbé de Pimpont, et à Jean de Morel. Comment n'aurait-il pas rencontré Ronsard avec eux? Il le lisait, en tout cas, ainsi que Belleau, et remerciait, en 1S7S, l'Anglais Daniel Rogers de lui envoyer les nouveaux ouvrages des poètes « Literae illae quas aliquando post discessum meum Ronsardi Franciadi et Bellaquaei libellis comites dedisti quantam habent declarationem amoris tui ~?)) On sait que Van der Does a'Influencé particulièrement son familier Jan van Hout, secrétaire de la ville, de Leyde, qui a rêvé d'être le Dorat d'une nouvelle Pléiade et a défendu non sans 1. Cf. Mureti opera, t. I, p. 424, 495.

2. lani Dusa? ~Vo~/omct's /touoru/KpoeMa<um. secunda Lugdunensis ec~t'o. /mp/ in noualugduni Ba<auort7M~4.cac/e/Kta, iS'76 (non paginé). V. la préface du IV" livre des Odes (TaMs Duza Danieli Rogerio suo), où l'auteur rappelle que Rog'ers est cher à ses propres amis, « Vafenti, Buchanano, Aurato, BaiSo, Florenti [Christiano ?], Attarlo, Thorio x. Il parle plus loin de deux pièces qu'on retrouve à la fin de son recueil [Oc~asj ad Germanum Va~M/eM et /ay:u/)t JMo/'e~um St/tfjru/as, quas ante annos octo, ut nosti, a me quondarn Pa.risiis fusas verius quam scriptas. noua f/eynuM incude refinQ'<;re/)<act;t<. Le séjour de Van der Does à Paris se place vers 1567.


autorité dans son pays les idées qui triomphaient en France avec la nôtre 1. De leur côté, les frères Canter, bons philologues hollandais qui ont vécu à Paris ont eu Dorat pour professeur au Collège royal et recueilli avec piété ses poèmes comme ses corrections de textes anciens; l'aîné, Guillaume, en a même fait un petit recueil qu'on se passait de mains en mains 3; ils n'ont'pu manquer de s'intéresser, pendant leur séjour, au plus grand des disciples du maître, que leur recommandaient a la fois les sentiments de leur entourage et une ferveur commune pour les études grecques. Il est extrêmement probable qu'ils l'ont connue La preuve de l'ardente curiosité qu'ils lui portèrent est fournie, au reste, par la correspondance de Théodore Canter. Il envoyait d'Utrecht à Vulcanius, professeur à Leyde, la dernière édition complète des œuvres de Ronsard publiée du vivant de hauteur, et la signalait en ces termes à l'éditeur de Callimaque, de Bion et de Moschos « It at te tandem Ronsardus. Ego suecissiuas aliquot hebdomadarum horas ei perlegendo impendi, itaque maiore nescio an voluptate an fructu ita mihi accurata 1. V. l'article de J. Prinsen, analysant son livre sur Jan van Hout, dans la Revue de la Renaissance, année 1907, p. 12S-135.

2. V. leurs notices dans la Bibliotheca ~e~r:eadeFoppens, Bruxelles, 1739, p. 114 et 394. On lit dans celle de Guillaume Ganter (Utrecht, 1841Louvain, 1575) « Aetatis anno xvt Galliam, Italiam, Germania.mque'Iustrauit et in doctissimorum virorum, loannis Aurati (quem in Graecis doctorem quoad vixit coluit), Caroli Sigonii, Fuluii Urstni, Ant. Mureti, aliorumque amicitiam venit; quibuscum omnis illi sermo erat de litteris (Graecis praesertim in quas naturae quodam ductu fereba~cr), deque bibliothecis libris bene instructis. »

3. Le fait est attesté par une lettre d'André Schott, envoyée d'Anvers à Leyde, le 27 mai 1619, où Peter Scriverius est remercté d'un de ses ouvrages ;~< Ego vero nescio quod o~TtSmpov reponam, nisi forte, quia et in poetica excellis, et Simonidae Lyrica eidem poetae comitem muneri misisti, ad te allegem Pindarico stylo loan.Aurati poetaeRegiiquae&m, quaeaCanteris fratribus,dum viuerent, suntqueGulielmi manu pleraque deseripta, accepi, et quaedam typis nondum esse euulgata obseru&ui. Habes itaque poeta poeticum munusculum exiguum,at magni pignus amoris habe quando nihil nunc quidem suppetitquod rependam)) (Burm,ann, Sylloges epts< t. II, p. 378~. Qu'est devenu ce recueil, où Schott notait de l'inédit ? 2

4. Je lis dans une lettre de Th. Canter à Pierre Daniel (Utrecht, 1870) '< Mag-nopere scire desidero. quid gérât Auratus noster. Saluta Nobis D. Pimpuntium et Auràtum et reliquos amicos H (Biblioth. de Berne, ms. 14~fot. 211). On a vu que Vaillant de Guélis (Pimpuntius) est un des intimes de Ronsard.


in eo felicissimaque poetarum tam Graecorum quam Latinorum imitatio placuit 1. » Telle est bien la raison pour laquelle les humanistes de tous les pays goûtent si fort F œuvre française de notre poète.

Ily a de mêmeen Flandre de nombreux ronsardisants. Presque tout le monde littéraire qui gravite autour de Christophe Plantin a passé par les écoles de Paris et y a noué des amitiés. C'est un public tout préparé au poète. Mais il se trouve que Plantin luimême, transplanté de sa Touraine natale en pays flamand, a imprimé, au temps de ses débuts à Anvers, certains livres de Ronsard. Il en paraît assez fier, puisque dans une « Ode aus Muses M insérée dans ses Éphémérides de 1SS5-S6, il nomme le Vandômois parmi les auteurs qui laissent confier leurs ouvrages à ses presses déjà appréciées

.Puis Ronsard nous vient dire

Ses plus belles chansons,

Que premier sur la Lire

R'aprit dans vos girons

II faut entendre par ces « chansons » les Amours, Continuation, Bocage et Meslanges, que Plantin imprima en 1S56, en partie pour le compte d'Arnaud L'Angelier, libraire à Paris 3. On le voit, quelques années plus tard, préparer une réimpression du Theatre de Jacques Grévin 4 et fournir de poésie française, de l'école de Ronsard, le libraire Jean Desserans, son correspondant 1. S. Abbes Gabbema, .E'pts~o/a/'um. centuriae tres Groningue, 1666, p. 712. La lettre est du 17 novembre 1585. Le gueldrois Van Giffen (Gipha/us) a fait partie du groupe parisien de 1565, avec les brugeois Louis Carrion et Lucas Fruytiers son Lucrèce, paru en 1566, lui a valu des attaques de Lambin dans la préface du sien, qui ont chargé à tort sa mémoire (v. Ch. Nisard, dans les Comptes rendus de l'Académie des //MC/ année 1882, p. 187). Van Giffen écrit à Muret, se plaignant de Lambin De tua libera~'<a<ea<yue facilitate mulla saepe in Gallia Auratum, Fruterium et Canterum /)y'aed:ca~es audiui. (iMu/'e/t opéra, éd. Ruhnken, t. I, p. 500). Il a fait partie de l'ambassade de Paul de Foix en Italie, avec d'autres amis de Ronsard, mais il ne reste pas de trace de relations directes avec lui. 2. Max Rooses, Christophe Plantin, 2e éd., Anvers, 1896, p. 35. .3. Des exemplaires portent « A Rouen, par Nicolas le Rous, 1357 H. 4. L'exemplaire de l'édition de 1562, corrigé de la main de l'auteur, est au Musée Plantin-Moretus. Plantin n'a point fait paraître cette édition, mais il a publié de Grévin quatre autres ouvrages, dont sa traduction de Nicandre (1568).


de Londres. Celui-ci lui demande précisémentles auteurs publiés chez Cavellart: « Vous pouriez, écrit-il, mander à vostre homme par delà [à Paris] qu'il nst quelque bon assortiment de livres nouviaulx et de tout les sortes de petits poètes qui pourroit recouvrer de chez Guillaume Cavellart, et que il en fist une balle ou ung tonniau, et que il me les envoyast en ceste ville )). Les « balles n que Plantin faisait faire sous ses yeux, en ses voyages de Paris, contenaient assurément de pareille marchandise. Lorsque l'illustre typographe entreprit la préparation de sa fameuse Bible polyglotte, il tint chez lui, parmi-ses collaborateurs les plus qualifiés, un helléniste hébraïsant, qui se dénommait~. Anvers Fabricius Boderianus, mais qui était aussi, sous son nom français, un poète de quelque mérite. Guy Le Fèvre de la Boderie avait publié des Meslanges ~oe~He~ et une Galliade, qu'on a tort de ne point citer, car elle est pleine de renseignements précieux sur les arts et les sciences de ce temps. Ses JFf~MS ecclésiastiques, recueil de traductions d'après les Pères et les auteurs ancienset modernes, témoignent d'une immense lecture une des pièces est dédiée à Ronsard 2.

Au « cercle cinquiesme .) de la Galliade, sorte d'encyclopédie laudative de notre pays depuis ses origines gauloises, La Boderie énumère les poètes et les musiciens du règne de François 1°' et ceux de l'époque suivante qui ont fait, d'après lui, revivre l'art des antiques « Bardes » 3. Le salut à Ronsard est d'un beau mouvement

1. Lettre du 9 août !S67 (Correspondance de C/u'~ppAe Plantin, éd.JMax Rooses,t.AnversetGand,i883,p.l6~).

2. Paris. t~7S. On y trouve une traduction en vers~du cantique de Dante à la Vierge Marie, déjà signalée par A. Farinelli.

3. L.t G.t~tat/FOU de la Re!!t'<u<Mn des Arts et Sciences, aAfMMt'yneur/Hs de f/'a~cp. /rer? unique du ~oy, par Guy Le .F'eM/'e<7e la Boderie, secre~au'e de .tfon.!pt0'~eur et son M<prpre/e aux Langues Pere~f7*Mes, Paris, 157~11 y a des exemplaires avec la date de ~S~8. On voit parmj les auteurs desyers liminaires deux amis particuliers de l'auteur, Dorat et Goulu, « son cUg'ne gendre ce qui explique que l'auteur fasse leur éloge avant celui de Ronsard. Après le poète, viennent dans l'ordre suivant Du Bellay, JodeIIe, La Peruse, Garnier, Scève, Pelletier, Tyard, « le,comte d'.Alsinois H, Baïf,Belleau, Desportes, Passerat, Toutain, Filleul, Muret, Hesteau, Davy, K les deux Jamins » et Des Autels. Les musiciens cités pour cette période sont Vaumesnil, Orlande etCourville,

Qui sçait si doucement les mode varia'

Et aux nerfs bien tendus les Odes marier.


Vive le grand Ronsard qui d'esprit haut et rare A fait en son nom clair SE REDORER PINDARE Et Terpandre nouveau a remis sur les lois Des vers modulisez de nos Bardes Gaulois, Rapportant le premier en la terre Gallique Des Romains et des Grecs la Poësie antique 2.

Il devait y avoir, on le voit, dans l'imprimerie anversoise, sanctuaire de toutes les sciences et foyer intellectuel d'une bonne partie de l'Europe, un culte véritable pour le poète français. Ce culte était encore prêché dans les Flandres par le gantois Charles Uytenhove. On l'a déjà rencontré plusieurs fois dans ce livre, mêlé à la Pléiade et aux amis de celle-ci. Les années de sa jeunesse qu'il avait passées en France y avaient laissé la renommée d'un polyglotte et le souvenir d'un honnête homme. Il était regardé « comme le plus savant étranger qui fût alors en Paris )), en même temps qu'il s'était « rendu agréable à nos illustres poëtes françois. « par sa docte conversation et par la douceur de ses mœurs ))~. Il les avait tous fréquentés, alors qu'il était chez Jean de Morel, moins en précepteur des enfants qu'en ami de la maison où ils aimaient à se réunir. Combien de services alors sa vaste érudition, étendue à tant de langues et à tant d'objets, ne leur avait-elle pas rendus combien de dédicaces flatteuses n'avait-il pas reçues en échange Assidu aux cours de Dorat s, admirateur et familier de Ronsard, confident littéraire de Joachim du Bellay, il fut un temps où les poètes l'invitaient à leurs parties de pro1. C'est l'anagramme connue du nom de Pierre de Ronsard.

2. La Galliade, f. 124 V. Ce passage n'a été cité que par Colletet. Laumonier paraît oublier l'oeuvre de ce poète, qui n'est nommé qu'une fois à l'Appendice de la Pléiade de Marty-Laveaux (t. II, p. 404), à propos de Jodelle et seulement pour ses Diverses meslanges poe7!yuM, Paris, 1579, ouvrage beaucoup moins intéressant que la Galliade. La Boderie a collaboré au « tombeau du président de Thou et à d'autres moins fameux il a composé des vers liminaires pour Vauquelin de la Fresnaye(lS70), pour Thevet (1S75), etc. Il raconte lui-même sa vie dans une pièce des Diverses /HM/a/tgrM. C'est une intéressante biographie à reconstituer.

3. Biblioth. nat., Nouv. acq. /ra~. 3073, fol. 489 (« Vie de Ch. Utenhove », par Colletet).

4. Cf. plus haut, p. 67 et 174, où plusieurs indications sur Uytenhove sont rassemblées.

5. Cf. p. 67. Dans la lettre de 1562, citée p. 317, n. 2, il nomme ses maîtres T'u/vteAum, Auratum et Balduinum, a quibus doceor, /re<jruen<are soleo; quod reliquum est lei?2poris meis ~ucuA/'a~'o/tt'Aus linzandis impendo. Aonam non ~t)c<Mpa/'<py7!u:'c c:)rac decidens.


menade, aux « fontaines » d'Arcueil ou de Gentilly, à leurs dîners sous la tonne au. faubourg Saint-Marcel, pendant les journées brûlantes de la canicule

Or viens, Grévin, viens à mon Saint-Marceau

Avec Ronsard, Utenhove et Belleau,

Pour nous venger d'une saison si dure

Uytenhove garda longtemps ses relations avec la France, lorsqu'il revint s'établir dans sa ville natale, puis, un peu plus tard, dans les pays rhénans Une lettre de cette dernière période de sa vie exprime avec beaucoup de chaleur le sentiment des savants de l'époque sur Ronsard et l'idée qu'ils se. faisaient de lui. Évoquant l'intimité née dans la demeure de Morel, il écrivait au maître, au moment de la foire de Francfort, pour introduire auprès de lui un étudiant particulièrement distingué, qui allait s instruire à Paris et y voir les gens illustres~. Ce jeune homme, nommé Ketteler, fils d'un conseiller du duc de Clèves, connaissait, paraît-il, le français comme les langues anciennes et savait par cœur des odes et des hymnes de Ronsard. L'ami d'autrefois profitait de l'occasion offerte, pour envoyer à celui-ci ce que'nous appellerions les « bonnes feuilles )) d'une traduction des Psaumes de Dayid, qu'il faisait imprimer chez Plantin et pour laquelle il sollicitait la faveur insigne de quelques vers liminaires

1. Les œuuyes poétiques ~'a/tfatSM de Nicolas Ellain parisien, éd. Aoh. Genty, Paris, 1861, p. 30.

2. La notice de Foppens (,Bibliotheca belgica, p. 163) dit bien peu sur le personnage '< Gandauensis, vir nobilis (ad cuius parentem Carolum jMarkenui Toparcham, virum Gandaui consularem, et auum Nicolaum supremi Flandriae concilii praesidem, plures epistolae leguntur Erasmi). Grammaticam in patria sub loanne Ottone didicit [cf. les Xenia de Ou Bellay~. Hinc Parisios profectus, bonam vitae partem. egit in tllo hominum eruSItorum velut microcosmo, et latinae graecaeque linguae accuratam cognitionem asseculus est, usus familiariter Dionisio Lambino, Adriano Turnebo, loanne Aurato~aHisque viris etiam principibus principumque legatis, ob politam eruditionem atque eruditam quandam festiuitatem, longe gratissimum.ObiitColoniaea. 1600, aet. 64. » Cf. la notice de Teissier (Les A7oyfs, t. IV, p. 373). L'étude de ce savant, Je ses voyages et de se~ travaux, sur lesquels renseignerait sa correspondance inédite, sera faite âssurément un jour.

3. Biblioth. nat., Lat. 18593~ fol. 114 v"-li6. Ce ms., daté de 1M8, ~st la mise au net d'un recueil épistotaire d'Uytenhove, préparé pour l'impression, et dont je n'ai pas trouvé à Paris l'édition de Cologne, ea; o/yMM.a fo/MMt/ns (rt/mfit'ct. Le ms, en tient alsémentlleu. Il y ades lettres adressées a'trois Kctteler, Wilheim, Heinrich et Gottfried, sans doute le père et les oncles


Caro/us /7<ef;Aoum~ ~'e~rojRon~are/o Vindocino.

Ronsarde princeps Gallicae fidicen lyrae, commendo iuuenem, quem vides coram tibi, vel quia parentis optimi idem est filius, vel. quia parenti similis idem est optimo Iano Ketlero nobilissimo viro, Ducisque consiliario Cliuensium admissionalique (Camerae nuncupant vulgo magistrum), vel quia nepos patruis duobus est viris pietate claris atque honoratissimis, quorum hic Monasteri est fuitue episcopus, Coloniensi solo episcopo minor in gentis huius (quam vocant Ubios) plaga,' Kurlandiae dux alter in Liuonia, gêner Megapolitensis inclytus ducis, vel quia magistro Karolo Utenhouio Ronsardi amico vetulo et integerrimo Latiam, Pelasgam Gallicamque edoctus est linguas, ad unguem quas tenere creditur, vel quia, quod est reicaput, Ronsardici tam nominis studiosus est, ut ipsius studio videndi pene solo (jattiam patria relicta tempore hoc pleno aleae periculosae petere non dubitauerit, studio videndi, inquam, sacrum Musis caput, cuius Poesin Gallicam edidicitpuerpotuitque memoriter sonare quoslibet Hymnos et 0 d a s, quas adhuc memori tenet plaerasque mente concinitque iugiter inter canora voce ojJ-TJ~xKç sibi Ptura addere animus his erat, sed Nundinis ego Francofurdiensibus tôt occupor ad eruditos exarandis versibus totius Europes epistolaribus, Ronsarde, ut hanc dictare filiolae meae fuerim coactus Annulae Utenhouiae iubar ante Eoum, cuius etiam dextera simul alteratam unam alteramque Elegiam (ni desit otium) recipies, de tuis quas Foixio scripsisse te memini meo parili elaboratam atque translatam fide, quâ de celui qui a porté la lettre à Ronsard. Parmi celles qui sont écrites à des savants connus, notons celle où Uytenhove, retiré à Cologne, se plaint à Fédéric More! le fils, en 1589, d'un silence épistolaire de Dorat remontant à quinze années. H y a aussi une lettre à Dorat, de 1584, pour recommander l'humaniste Janus Guilielmius, de Lubeck (~i.u/'a<e, 7'Aoe/n.r'GaMtae unice omnis, hanc commendo f/ioe/ncem unicum Germaniae.)

1. On notera l'intérêt du témoignage sur les oeuvres chantées de Ronsard. 2. C'est la pièce « A Monsieur de Foix, conseiller du Roy », que. Ronsard a recueillie au Bocage /-o!/a<(éd. L., t. III, p. 280; éd. BI., t. III, p. 363) et qui commenea.ainsi

Ton bon conseil, ta prudence et ta vie

Seront chantez du docte Outhenovie,

A qui la Muse a mis dedans la main

L'outit~pour faire un vers Grec et Romain.

Uytenhove quitta Paris à l'automne de 1562, pour accompagner en Angleterre Paul de Foix, ambassadeur de Charles IX; il annonçait les circonstancesde son départ à Morel dans une lettre du 2 novembre (Biblioth. nat., La<. 8589, fol. 3). Le 31 octobre 1564, une longue lettre à Turnèbe, signée en grec, annonce le départ d'Angleterre de l'ambassadeur envoyé en Espagne (Biblioth. de Munich, Co/ Ca~fy' 33, fol. 185).


transtuli Dauidicae psalmos lyrae fere uniuersos, praela sub Plantiuiae, Ronsarde, si nescis, ituros (si volet Deus) officinae proximas sub Nundinas, quorum etiam in hoc specimen puellari manu mitto exaratum isthuc, ut illis et tuum, Ronsarde, iudicium vel uno disticho tetrastichoue Gallico (quod versibus totidem Latinis exprimam fideliter) (nec enim t'equiroEncMmium)appmgas.VaIe, Ronsarde.tuo:que iudicio tui Utenhouicî foetus beare ne g~raueris obsecro, meosque si fas,nomine Auratos idem Merceridasque* posce,onusquecuisiem par sustinendo (rogo) mihi impone inuicem. Ketlerus illud qualecunque est cum suis curabit ad me perferendum litteris. Le poète ne prodiguait point les « liminaires » il ne répondit pas au désir de l'ancien ami et n'envoya pas le distique oule quatrain qui eût honoré celui-ci devant l'Europe entière mais il dut être touché des chaudes paroles et de la fidélité du souvenir. X

Ronsard paraît avoir eu peu de relations avec l'Allemagne, malgré qu'il reçût, comme on le voit, certaines visites de la région rhénane. Il y a eu cependant, en ce pays, un poète humaniste fameux, qui l'a beaucoup admiré et qui a entretenu avec la Pléiade des rapports qu'on ne saurait trop mettre en lumière. 1. D'âpres Morén, la femme de Jean de Morel, Antoinette de Loynes, avait épousé en premières noces Lubin Dallier, docteur ès droits, avocat au Parlement de Paris et bailli de Saint-Germain-des-Prës, qui vivait encore en iS40; elle en eut Marie Dallier, qui fut mariée le 18 janvier iS52 (aitc. st.) avec le savant Jean Mercier, professeur et lecteur public du Roi en langue hébraïque, mort en 1S67. Uytenhove, en désignant à Ronsard la famille des « Mercerides M, a surtout en vue le fils de Thébraïsant,Josias Mercier, qui devint plus tard conseiller d'Etat et fut le beau-père de Saumaise. Il avait voyagé en Angleterre et en Allemagne, dans sa jeunesse. Divers papiers de lui sont conservés dans la collection Camerarius, à Munich, notamment des lettres de Du Bartas, de Paul Melissus, de Nathan Chrytraeus, de Jacobus Lectius. Ce dernier lui écrit, précisément en 1883, « A Monsieur Mercier, au fauxbourg S. Germain à la rue de Seine, au logis de Mad" Mercier sa mère. A Paris ». S. Au reste, le DauK? d'Uytenhove ne parut pas chez Plantin, qui réimprima en 1S87 la traduction en vers des Psaumes par Jacques Latomus le jeune, chanoine de Louvain (Huelens et De Baeker, ~nna~M Plantiniennes, Paris, 1886, p. 297). Uytenhove parle de ses travaux sur les Psaumes dans une lettre à Fr. Junius de Bourges, et dans une autre en vers à Henri Estienne, datée de 1576 (fol. 102 et 104 du ms.). La lettre à Ronsard n'est pas datée.


C'est « le Pindare de l'Allemagne », le bibliothécaire de la Palatine d'Heidelberg, Paul Schede, dit Melissus, qui, venu deux fois à Paris au cours de ses nombreux voyages, a vécu dans le milieu le plus propre à lui faire aimer Ronsard

Durant son premier séjour, en 1567, il chercha surtout à entendre les professeurs du Collège royal et à connaître quelques Français de marque, comme Henri de Mesmes Il vit sans doute l'auteur des Odes et des Amours dans la maison de Morel, où il déposa tant de poétiques hommages aux pieds de la docte Camille 3. D'autres écrivains du groupe l'intéressèrent: « Ce poète allemand Paul Mélisse, dit Colletet, prenoit à tache de traduire en latin les vers françois de Jodelle » Très expert dans les choses de la musique, il étudia les airs les plus récemment appliqués aux odes des poètes, afin d'adapter à ses propres melica les mêmes principes d'accompagnement. Au milieu des vers dédiés aux musiciens français de l'époque il est une ode éloquente adressée à 1. Sur Paul Melissus, v. 0. Taubert, P. Schedes Z,e&e/ïun<7Sc/tr:tpyt, Torgau, 1864 le t. XXI de l'Allgemeine deuische Biographie Nolhac, La /);M;o/A, de Fulvio Orsini, Paris, 1887, p. 63 et 441 Ern. Weber, Virorum c/ar. Mec. ~ï~/e< ~Y/ept's~ae selectae, Leipzig, 1894, p. 152-155; surtout Augé-Chiquet, J.-A.de Ba; p. 488-493.

2. Au témoignage de J.-J. Boissard, Icones fjrmynjruayt~a virorum illus<rt;;m, Francfort, 1597-1599; part. 11, p. 88. (On note, dans cet ouvrage non cité par Laumonier, la biographie de Ronsard et celle de Baïf, et un grand éloge de L'Hospital, part. p. 287; part. III, p. 37.)

3. V. à partir de la p. 194, l'édition de ses œuvres donnée à Paris par Melissus sous ce titre Afe~sst Schediasntata poetica, secundo edita mullo auc~tora, chez Arnold Sittart [gendre de Cavellart; cf. p. 56l], 1386, avec privilèges de l'Empereur et du roi de France. La première et beaucoup plus courte édition est également de Paris, 1575. Les diverses parties de la seconde ont des titres spéciaux avec l'indication des qualités de l'auteur (Pat~i AMi'sst .S'cA~t, Franci, Germani, Comitis Palatini e< equitis, Laurea<ty;2e poetae, Ciuis J?o~a/)

4. Bibl. nationale, Vouv. acy. franç. 3073, fol. 253.

5. II est naturel que MeHssus se soit hitéressé extrêmement aux ouvrages lyriques de Ronsard composés sur des airs de musique, puisqu'il a initié ses compatriotes à la musique mesurée, en soutenant que le chant doit se plier rigoureusement au rythme de la diction. Il a composé lui-même des Can<to/MS /tarMoy:tcae, recueilli des lettres précieuses de Goudimel, célébré l'art de Lassus (Augé-Chiquet, p. 490). On me laissera citer un passage encore non utilisé d'une lettre de Melissus, parce qu'on peut imaginer qu'il y est question de chansons de Ronsard. II raconte à H. Baumgartner un épisode de son séjour à Genève, en 1569, l'attaque de fièvre, ditil, « quam conceperam ex subita admiratione, cum puellam nobilem Gallam earnque formosissimam, in aedibus Henrici Stephani, mihi ad sinistram


Ronsard, où le rôle de celui-ci dans ces nouveautés est mis. en évidence, ainsi que son influence sur l'Allemagne lettrée. Quelques strophes feront juger de l'intérêt historique de la pièce

Non Galla tantum, scita ~rrauM sofu, Te /?a~'MrHfK litora /?H7ntnnw,

.Ronsare~ clara personantem

Pectinihus citharae s<apesca?t~ Maen.us re fusis Franciacus cacKs Me musico, odas cornibus ad <Has Sollerter elatis serenam

A~ont<a&~6~ auret'ocem.

Quàm fuerant prius

A~/m~Aae poëlas indigenae sacros Et Celtin ~s~enum~ne, et tpsu7?t Lotichium 2 quoque prosequutae P/n~rM amantes; tam philotesiis Te demereri dulcibus e~era

Quamuis in oraproerea~am,

.F/'anc~rena/Tt tamen, usque quaerunt. Te praeter omnes, inclite, principem Solum poët-2rum indigitant; ad haec ~'a~em Camenarum /a<ert<ur

Stirpis et Hectoreae a~eA~sc~um Gaudens salutat Francia noA:7ts, Secnra clausis ~e/'e~nn iuyi

~7!!M honorem saltuosus

Pini fer in,qeminat triumphi.

QH:W /Ku~a ? cantor jF'anca per opptda Obliuionem carminibus <S

Defendo, Germanos docere

Callidus insolitum canorem.

Non ust~a~s~unt /e7'tmH/' t't:~

Prisci se~He~~m tramitis orbitas,

adsidentem (conueneramus aliquot musici), praese~ittbus honestissimis

matronis earumque maritis, Orlandi cantiones Gallic.as summa cuni suauitate et vocis elegantia, testudine, quam increpabatd!gitis,admbta, modulantem personantemque audiuissem » (Ern. Weber, e., p. 89). 1. 11 s'agit du Mein, qui coule en Franconie.

2. Les poètes allemands de qui Metissus se plaît à rapprocher Ronsard ont tous écrit en latin ce sont Konrad Celtes, Ulrich de HtiHen et Pster Lotich, professeur à Heidelberg, dont les Elegiae ont para à Paris en 'tSM. Aucun popte de langue allemande n'existe pour lui.


Vestigiorum me recentum

/n(/tCt!s iuuat immorari.

Tecum perennis iam genii Petre

P~o, futurum est, plenus a<pseme<

Fortassis aeternem per aeuum

Teutonicam fidicen Camenam

Les vers de Melissus ramènent souvent le nom de Ronsard; on sent qu'il aime les formes de sa poésie et puise aux mêmes sources d'inspiration. S'il s'encombre moins que lui de mythologie, il montre des goûts pareils pour la campagne, les arbres, les fontaines 2; il est également une sorte de poète auliquecomme lui, puisqu'il répand ses dédicaces parmi les princes de l'Europe entière. Cet étranger est du nombre des lettrés qui attendent impatiemment la Franciade. Au moment où paraît le poème, il le célèbre par avance comme l'œuvre d'un nouvel Homère et d'un nouveau Virgile, et il s'y intéresse d'autant plus que le héros Francus, avant de venir en Gaule, a régné d'abord sur son cher pays de Franconie 3. Il en parle à Muret, à Dorat, d'après les œuvres qu'il connaît déjà du poète, il demande, dès la première heure, le prêt du volume 'à Georges d'Averly Prodiit in lucem quae nuper Francias illa

Gallica, Ronsardi nohile vatis opus,

Ay: cordi legere est; fac ea poliamur, Auerli,

~VaM reor exemplar te penes esse recens.

Si nescis, yHan~t/acta/K lam ~oc<a poetae

Ca/'mtna, cui regio M'a?a~uMaparem,

1. Schediasmata, p. 251.

2. Ad fontes Franciae (Sc~ec/ p. 227); 7/t laurum lani Antonii Bst~t (p. 5i8);7npoe/Ha<a P. Ronsardi (3" part;, p. 97).

3. V. le recueil d'épigrammes dédié à la reine Elisabeth par une lettre en prose datée de Paris, en août 1585, qui fait la troisième partie des Schediasmata. On y trouve, p. 222-224, les diverses pièces sur la Franciade. Celle qui est adressée à Ronsard commence ainsi

Laomedonteae post diruta moenia Troiae

Celtica dum Phrygium mittis in arua ducem,

Non minus hoc laudi ponit sibi Francia tellus,

Qtiam decus Atf<c cap<a< Ga<~a docta suum.

Ut bene Gallorum fratres'sincera vetustas

Germanos iunctis dM;t< annct'<tts/

Ut bene posteritas regum firmauit easdem,

Unius imperii quam duo regna forent!


Dicere sa/~c:'a< jo~asAH:ce~e~ere poesin

Soluere quam Afusae, quam vel Apollo queat.

6'~o a~Kjfuo ferres Kornn~ ea;ce~ergt!a~/

Sed mihi cunciorum solus hic Ms~are/'t~

L'humaniste franconien, après un long séjour en Italie 2 et maintes pérégrinations, revit son cher Paris en 1S84, avec une joie exubérante. Il y retrouvait d'anciennes amitiés, parmi des curiosités nouvelles. Goudimel était mort, et le mjisicien favori des poètes était depuis longtemps Orlando de Lassus; autour-de Ronsard apparaissaient d'autres figures, et Sainte-Marthe mena Melissus dîner chez un écrivain à la mode, qui était Philippe Desportes 3. Les poèmes de cet étranger ressemblent parfois aux pages d'un journal de voyage. Il a parlé à merveille de la « docte Lutèce », de ses monuments, de ses jardins et même des agréments de sa banlieue 4. Mais le coin de la ville qu'il fréquenta le plus fut la maison de Baïf, où l'attiraient à la fois la poésie, la musique et une très chaude affection. Sa présence encourageait le laborieux rimeur des Passe-tems à faire à présent des vers latins, qu'ils relisaient et limaient ensemble ~t Melissus habitait tout auprès de Baïf, au faubourg Saint-Victor s, et il adoptait ses I. H y a encore une allusion à la Franciade dans une ode, p. SIS. 2. De tous les savants qu'il a vus à Rome, Muret paraît avoir été le plus aimé. Une foulede poèmes lui sont dédiés (il y en a aussi à l'ambassadeur Louis Chastcigner de la Rochepozay, p. 382, SS4). Sa poétique promenade parmi les antiquités de Rome (p. 278) a dû réjouir son autre grand ami, Fulvio Orsini.

3. -A<7 l'hilippum Por<aeum (p. 511, avec d'intéressants détails sur l'intérieur de Desportes) Ad Scaeuo~am SaMmar~ayuM! (p. S2S). 4. De vingt poèmes dignes d'être cités, je ne retiens que l'ode à A.. G. Busbequius sur sa résidence'le Saint-Cloud (p. i4i), une dos. odes à Muret (p. 520), une ode à Estienne (p. 508), où Melissus déclare préférer Paris à Venise et à Rome même.

5. Augé-Ciuquet,c.,p.4Tl. `

6. Il donne son adresse de sa main dans un billet de 1884, écrit à SainteMarthe « Entre la porte S~ Victor et la porte S' Marceau, sur le fossé, à l'image Notre Dame près du Chappeau rouge. » (Cf. recueil Ern. Weber, p. 28.) On me permettra de donner un autre billet de la collection d'autographes de l'institut, ms. 290, fol. 56 et 57 (cf. une ode, fol. 88). IL est adressé aussi à Sainte-Marthe, mais de l'année suivante:

« Heri mihi indicauit H. Stephanus, qui nobiscum coenauit, te heic esse, Sammarthane suauissime, quod si scissem, iamdudum te salutassem, quaesissemquean Oden, quam ad te misi superioreannp.accepisses. Diem igitur et horam a meridie mihi significabis, qua te conueniam. Mane mihi non vncat sum enim totus in meis recensendis, ut secundo edantur. Vale et me àma. P. MEnssus. Hors la porte S' Michel au pavillon de Brusquet.


idées si fraternellement qu'on l'entend célébrer, avec une émotion digne d'un des nôtres, les souvenirs qui rendaient chers aux poètes cette demeure aimée des Muses et ce jardin où croissait du laurier

.Va<<2)Hs hic locus

/u/'e est sacratus. Hoc U!r:6~a/um

Ronsardus impleuit sonore

Grandiloquis numeris canorus.

Auratus AeM,fa<ume/?!e/<HSoa<er,

A~ayna/M~o~a~urafK t'n.c/'epu~ ~ra/n.

Et numine adflatis henigno

~'raej6a~ ~~en:'aM poe~

Parmi les vers écrits pour Jean Dorat, il est une ode où Paul Melissus rapproche la belle vieillesse de l'helléniste de celle de Pier Vettori, qu'il a connu à Florence, et il insiste pour obtenir de sa nonchalance le recueil complet de ses poésies dispersées 2. Il a eu de lui des distiques liminaires mis en tête de son propre recueil et il se souvenait qu'il l'avait pris pour modèle quand il composait ses Emmetra ad aemulationem Pindari modulata enfin, il le nomme le premier parmi les écrivains parisiens conviés dans un poème final Ad Academiam parisiensem, à juger l'ensemble d'une production poétique qu'il a tenu à faire imprimer dans leur propre ville 4. Un homme aussi mêlé à la vie littéraire française devait être des premiers à collaborer au yo/M~eaH de Ronsard son ode, envoyée à Florent Chrestien, raconte comment la douloureuse nouvelle et les détails de la mort du grand

1. Sc/teef., p. 510. Cf. 7y: /au/'UM Tantt ~l/t<oym Ba:/tt (p. 518). 2.Ct'.pIushaut,p.83,etSc/ted'p.523:

Aura<e, carK)scumsertep<r<tertx

Vielorio aequos, ,tequaquetempora,

~t'ttyuaepro/essoru~'fus~uee~

Nobilium coryphaee oa<um,

An erudt<odegrtx in o<t'o

StMuemsen.ec~sm.

3. A la suite de Dorat, ont écrit J.-A. de Thou, Achille Estaço, Baïf, Passerat, FI. Chrestien,'Louis Carrion, Féd. Morel, H. Estienne (en grec), etc. L'oraison funèbre d'Anne de Thou, imprimée à Paris en 1S84, contient des vers de Dorat et de Melissus.

4. Sched., p. 561. Les juges que reconnaît Melissus sont J.-A. de Thou, Vaillant de Guélis (Pimpuntius), H. de Mesmes, Passerat, avec Scaliger, Juste Lipse et Douza, et deux orléanais, Chrestien et Audebert.


poète lui sont parvenus en Angleterre par les soins de l'ambassadeur Rogers, et l'on sent, dans ce petit poème où il nomme quelques amis de France, une tristesse vraiment sincère

XI

Ronsard a connu un grand nombre d'Italiens il parlait leur langue, lisait leurs poètes, aimait leur Bembo et leur Arioste comme leur Pétrarque, s'inspirait des vers de leurs humanistes, et n'ignorait même point les noms de Cavalcanti et de Dante s. L'aimable et savante sœur de Henri II, à qui il était si attaché et que l'année 1889 devait faire princesse italienne, Marguerite de France, tenait en honneur, dès avant son mariage avec le due de Savoie, les poètes du pays destiné à devenir le sien. Ronsard, dans leurs causeries du Louvre, 'a dû l'entretenir maintes fois de ceux qu'elle préférait et aussi de quelques contemporains latinisants qu'il se plaisait à imiter en langue française et sur lesquels s'étendait déjà la protection de la princesse 3. Aucune jalousie, aucune déSance, à ce moment de sa carrière, ne se mêlait à ses admirations littéraires.

L'entourage de Catherine de Médicis le mettait en relations i. Je n'en cite rien, puisqu'on le lit aisément dansl'éd. BI., t. prélim., p. 268. Les amis de Ronsard nommés sont F. MoreI,jEHnet, H. Estien~e et Jean Bonnefon, auteur de Pancharis. Melissus rappelle que le bruit de la mort du poète avait couru deux ans plus tôt il y a une curieuse épigramme de lui à Dorat sur ce sujet (ScAecf., part., p. 319). 2. V. les passages relevés par A. Farinelli au t. I de Dante e la Francia. On lit dans l'Elégie à B. Del-Bene (éd. L., t. VI, p. 27)

Depuis que ton Petrarque eut surmonté la Nuit

De Dante, et Calvacant, et de sa renommée

Claire comme un Soleil eut la terre semé.e.

3. V. un livre rare de Flaminio, où se trouve une lettre-dédicace à Marguerite de France M. Antonii Flaminii tn~/M'UMpsa~KO~UM AyeuM e.Bp~aftatM ad Alexandrum Farnesium cardinalem. A<7tec<ae yuo~uesun~e~MS(/ew ~l~t. Flaminii carntina aM~ua de reAas diuittis a~ ..Margrar!<am Henrici Ga~oru~: regis sororem. Parisiis, ex o fficina Petri Galleri. ~So~ (pet. in-8). La dédicace de la dernière partie, éditée en ~S50, mentionne Çarnesecchi « Cum PetrusCarnesecus lectissimus et ornatissimus vir de tua singulari erga Deum pietate et assiduo literarum studio ad mejnulta scripsisset hortatusque esset ut siquid noui elucubratus essem id ~d te mitterem, quod tibi scriptorum meorumlectionem non iniucundam esse solere affirmaret.


hËLATIOXS AVEC LES ITALIENS

avec tout ce que Florence faisait vivre en France, dans les emplois de cour ou d'armée, ou par les bénéfices d'église 1. Il est permis de deviner, à mainte allusion, qu'il a fini par trouver un peu encombrant, surtout sous Henri 111,1e développement de cette « petite Italie H et cette prédominance du goût transalpin, que dénonça vigoureusement le curieux pamphlet de Henri Estienne s. On sait quels furent, à partir du séjour triomphal de Henri III à Venise et dans l'Italie du nord, l'importance accordée en notre cour aux éléments étrangers, l'infiltration continue des usages de nos voisins et le souci qu'en prirent chez nous de très bons esprits on sait aussi que les mœurs et les tendances intellectuelles de ce milieu préparèrent l'éclatant succès de Desportes, au détriment de Ronsard vieillissant. En fait, les dédicaces de celui-ci à des personnages italiens sont rares à toutes les époques de sa vie. Il n'en fréquentait pas moins, et sans doute avec intérêt, les voyageurs reçus à la Cour, parmi lesquels les lettrés étaient nombreux.

En 1370, le cardinal Luigi d'Este amena avec lui en France un poète de la cour de Ferrare, Torquato Tasso, qui n'était encore qu'à ses débuts. Si le futur auteur de la Jérusalem délivrée eut cette entrevue avec Ronsard, dont les biographes de l'un et de l'autre ont fait tant d'état, elle n'est attestée par aucun témoignage authentique Peut-être aurait-elle pu être ménagée par 1. Nous n'avons pas, pour les règnes de Henri II et de ses fils, l'équivalent de l'excellent tableau tracé parFranceseo Flamini des lettres italiennes à la cour de François I" dans ses Studi di s<o/-M ~e«era/a t'/a~a/ta e straniera, Livourne, 1895, p. 197-337. On consultera quelques pages du même livre sur les Rime d'Odet de la Noue, les travaux sur Corbinelli et B. Delbene cités ci-dessous, le Pétrarquisme en France de Vianey et les recherches restées inachevées d'Emile Picot.

« Vous scavez que pour quarante ou cinquante Italiens qu'on y voyoit autresfois [à la Cour], maintenant on y voit une petite Italie M (H. Estienne, .Dt'a/o~esJu /iou!)eau/a/:g'aye/a/K.'o;s :<a/!af:e.p/c<pa~n!e/t< en<re ~es Dialogues du nouveau langage françois 1883, t. principalement entre les courtisans de ce temps, éd. Liseux, Paris, 1883, t. II, p. 225), Ce témoig'nage est de 1578, postérieur de quatre ans au triomphal séjour de Henri III en Italie.

3. J'ai essayé de l'indiquer dans le livre publié en collaboration avec le regretté Angelo Solerti Il viaggio in Italia di Enrico III, re di Francia e le /es<ea ~e/:e~;a, Ferrara, A/an~osa e Torino, Turin, 1890, et dans une note additionnelle parue au Giorn. s~o/ della /e«er. <<a/ vol. XVII, p. 446 (Henri III et l'influence italienne en France).

4. On consultera sur cet épisode, en dehors des récits français presque tous de pure fantaisie, Angelo Solerti, Vita di Torqualo Tasso, Turin, XomAc. Ronsard et <nn:att:'sme. 15


Jacopo Corbinelli, qui vit Tasso dans ce voyage et qui tenait depuis peu auprès' de la. Reine mère une place de connance, comme précepteur du duc d'Alencon Mais il n'95t point sur que Corbinelli ait connu Ronsard à cette époque, et il serait un peu surprenant, si Tasso avait rencontré notre poète, alors en pleine gloire, qu'il l'eut mentionné d'une façon aussi détachée au seul passage de son œuvre qui le nomme. Cette mention est dans le dialogue intitulé Il Ca~aneo o~'o <~e 7eM, ou se lisent quelques vers en français et quelques autres traduits par Castelvetro de 1'~ /7tnc de Re~r!/ deH.rMSfne maisl'auteur ne s'y attache que pour constater un défaut commun de Ronsard et d'Annibal Caro, qui chantent tous les deux les louanges « de' principi cris'tiani, anzi cristianissimi, non altranientedi quel chesarëbbe stato lodevole a' tempi d'Alessandro e d'Auguste )i L'emptunt de l'idée et celui de la citation sont faits à Castelvetro, ce qui leur enlève toute importance

Lodovico Castelvetro est le premier écrivain italien qui atteste une connaissance directedesœuvresdeRonsard. Lemorceau étendu qu'il a cité en 1559, d'après la première édition des .Hyn~M~, et qu'il a ensuite littéralement traduit, lui sertdans sa polémique contre Annibal Caro, lorsqu'il montre celui-ci fort inférieur au poète français pour la « déiiication » l'antique de la Maison de t8')S. t. t, p. 148. Tasso arriva à Paris le dS novembre 187~ et en partit le 20 mars iS7i, après avoir suivi son cardinal à CMaM~et a ViM~rs-Cotterets. La t~gende a brodé sur ce court séjour, qu'on a étendu à toute une année. Serassi, par exemple, afSrme gratuitement que Ronsard donna ses oatvrcs au poète ten'arais. Celui-ci n'aurait pu lui « soutnettre les premiers chants de la ,/f'<M~m, puisqu'Us n'étaient pas encore écrits. L'anecdote d'un prêt de deux écus fait par Ronsard à Tasso est. tirée d'un manuscrit ~Albertn fabriqué. Cf. l'éd. L., t. VIII, p. 343.

Rita Calderini de-Marehi, Jacopo Co?'j6tneHte~est$/'aeft<s/?'3~pa:'s, Mitan, i914, p. S2. Les relations de Corbinelli avec Ronsard, dont _U ne subsiste aucun témoignage, n'ont pu avoir en aucun-cas le caractère d'tntimité qu'atteste sa correspondance avec Baîf(p. 1S4-1S6). De même Baïf, seul de la Pléiade, dédie des vers à Bencivieni, bibRothëcaîre deCattierine de Médicis (Au se~~euy- Jan Batiste jBe/:c:Mnë, abbé de BeK€&ray;eAe(éd. Mnrty-I.aveaux, t.. IV, p. 4.3S). 3.'D('a/o~tt, éd. Ces. Guasti,Fiorence, 1868-1889, t. III, p. 208. B y a un sonnet de Tasso sur la mort de Muret.

:3. Ed. L., t. IV. p. 194-195. Ce sont vingt-huit vers commençant ainsi Mfus quot ? ou ic me trompe ou pour le seul ie croy

Que lupitar a fait partage avec mon Roy.


Valois tentée dans sa célèbre canzone « Venite all' ombra de gran gigli d'oro ». « Adunque, conclut-il, poi che la Francia ha la deificazione de suoi signori presenti, che è stata tratta più perfettamente e più convenevolmente in canzone di lingua francesca per opera d'un suo poeta paesano, che non è stata in lingua italica per opera d'Annibal Caro, non è cosa verisimile che essa faccia molta stima della deificazione forestiere H et la comparaison qui s'établit entre les deux poètes prouve à la France « quanto di g'ran lunga il suo poeta ~francesco trapassi in poesia il nostro italiano M Renforçant ailleurs son attaque contre Caro, Castelvetro aurait été jusqu'à l'accuser de plagiat (« avendo io provato che egli non era poeta, essendo la 'nventione della sua Canzone stata involata à Pietro Ronzardo, siccome appare, e non trovata da lui ») 2. L'accusation n'est point justifiée l'hymne ronsardien, d'ailleurs fort différent de la canzone, a été publié en 155S et celle-ci date de 15533. On saitaussi que Du Bellay, qui fréquenta à Rome le poète des Farnèse, l'a remercié par une épigramme latine, puis par une belle traduction en vers, de l'hommage rendu à ses princes. Au reste, ni sur Caro, ni sur aucun des poètes italiens de son âge, Ronsard ne parait avoir eu d'influence. C'est lorsque la forte tradition littéraire de la Renaissance s'affaiblit que s'établit son autorité, mais alors d'unefaçon décisive, avec le brillant Chiabrera. L'auteur des Ca/~on.e~e et des Scherzi s'appuie sur la Pléiade française pour lutter contre l'Arcadie, et proclame hautement ce qu'il doit à l'inspiration de nos poètes et à leur métrique~. On aime à penser qu'un des maîtres romains qui enseignèrent sa jeunesse, Muret lui-même, a ouvert pour la première fois devant ses regards éblouis les recueils lyriques de Ronsard.

1. T~ayM/te d'aucune cose se~na/e nella canzone d'Annibal Caro Venite a~'om/)ra. s. I., l~i9, ff. 88~-9! 2e éd., Venise, 1560, ff. 13S-138. J'emprunte ce texte à un précieux travail de Ferdinando Neri, Il C/tta~'M'a e la .P/F;a(7e/ra~cMe, Turin, 1920, p. 6.

2. Annotation surl'Ercolano de Varchi (1570), citée par Neri, p. 7. 3. Ce point est établi par Neri, qui donne toute la bibliographie, p. 8. 4. Le livre de Perd. Neri met en lumière cette imitation, qui n'est nullement isolée, et les services qu'elle rend à la poésie italienne. Pour les relations avec Muret, et aussi avec Speroni, v. p. 44 un texte autobiographique de Chiabrera sur sa jeunesse à Rome Poi crescendo e trattando nello Studio pubblico, udiva leg'gere Mare'AntonioMureto,ed ebbe seco familiarita. »


Un critique comme Traiano Boccalini, qui parle de Ronsard au temps où Chiabrera l'imite, n'a peut-être rien lu de lui. Cependant ce satirique batailleur et avisé, qui défend la Jérusalem et combat les détracteurs de la Divine Comédie, donne au maître français, au cours de ses polémiques, un rôle tout à fait inattendu. Il le suppose admirateur de Dante, en le faisant intervenir dans l'allégorie d'un ~a.y~Hsy~o intitulé « Dante Alighieri daalcuni virtuosi travestiti, di nette essendo nella sua villa e maltra.ttato, del gran Ronsard francese vien soccorso e,Iiberatp » 1. Cette fiction symbolique, dont le récit aujourd'hui semble étrange et qui eût étonne notre poète si peu instruit sur Dante, constitue pour lui, du moins, un solennel hommage. Avec Boccalini, tous les Italiens d'alors l'ont reconnu, même sans le lire, « prencipe de' poeti francesi ».

De son vivant, des poètes de cette langue, humanistes comme ils l'étaient tous, lui ont dédié des vers. On en connaît de Bartolomeo (Baccio) Delbene et de Sperone Speroni. Le premier, gentilhomme servant de la duchesse de Savoie, était le neveu de l'abbé de Hautecombe et appartenait à cette famille Delbene, à la fois militaire et lettrée, qui tirait son' origine de la banque de Florence et dont trois générations servirent la France avec éclata Bartolomeo a adressé à Ronsard deux .odes dont l'accent est d'un véritable disciple et que les éditions n'ont pas manqué de recueillir elles ont, d'ailleurs, pour l'histoire des lettres, t. V. Le texte du ~a.ygrua~/to xc~ de la Ce/:<u;'MF;Ma. reproduit par Carlo De! Balzo, L'Italia nella ~'«e;'a<u;'a francese, Turin-Rome, ~905, p.290-a9~. y

2. Sur tous les Delbene, pourvus d'emplois' en France et dont trois, au moins appartiennent à l'histoire des lettres, v. Emile Picot, Les Italiens en ~-anceau ,YV~ s., Bordeaux, DOS, p. 88 sqq. Sur le rôle de Bartolomeo auprès la sœur de Henri M, v. Roger Peyre, Une Princesse de la .Re{taMsance, Marguerite de .Fra/tcc, Paris, 1903, p. 13, 62et 100.

3. Ed. Hl., t. Il, p. 380; t. IV, p. 359. Cf. éd. L., t. VI, p. 85. C'estdans la première de ces odes, visiblement faite pour être chantée et jointe au recueil remanié de celles de Ronsard, que les rivières de son entanoe (Loir, Maine, Sarthe et Loir) sont rappelées à propos des villes qui se disputaient l'honneur d'avoir vu naitre Homère

Luer, Meno, Sartra e Lera,

Contenderanno un giorno

Ciascun portar sul corno,

Bramando il nome di tua patria altéra.


un prix trop longtemps dédaigné 1, et sont nécessaires pourexpliquer l'élégie où le maître répond en évoquant Pétrarque

DeI-Bene, second Cygne après le Florentin Que l'art et le sçavoir, l'Amour et le Destin, Firent voler si haut sur Sorgue la rivière Qu'il laissa de bien loing tous les autres derriere, Sinon toy, qui de pres suis son vol et sa vois. Sous les ombres là bas le Calabrois Horace Entre les Myrthes verds te quitera sa place, Et Pindare Thebain te cédera son bien~.

L'épître de Speroni à Ronsard, qui date de la fin de la vie de l'un et de l'autre, n'est guère moins Intéressante elle contient une des plus nobles attestations du génie du maître français Legg'o spesso ira me tacito e solo,

cn

Dotto Ronsard, le vostrë ode honorate. Ecco novella gloria corne è giunta AH'antica di Francia, or che più chiara ~'e ma~'ior non parea che esser potesse. ë di tal gloria

Per voi solo, Signor, si gloria e vanta La vostra nobil patria; che siccome Geuerando vi fe nascer consorte

De' vostri antichi Vandomesi eroi; Cosi crescendo in vol fuor il nostro uso La virtù innanzi agli anni, a tutto il mondo Note fate di lei la lingua e il senno 3.

1. Cf. Ferd. Nerl, Il C/a~)/'e/'a. p. 17-28, et la publication de Camille Couderé, Les poésies cTu/t florentin à la Cour de France, B. Delbene, Turin, 1891 (e.r<r. du Cforn. ~<o/ della letter. ital., t. XVII).

2. L'élégie n'a paru que dans l'éd. posthume de 1S87. Ronsard dit nettement qu'elle lui a été réclamée « pour contr' eschange ».

3. Opere di ~/6sse/' Sperone Speroni (/ey~ ~i.~a/'o~t, Venise, 1740, t. IV, p. 356-365. Le poème, écrit en 1584, n'a pas moins de 3-14 vers. Il y a un charmant passage sur les Muses, à qui Ronsard fait traverser les Alpes neigeuses pour les conduire en son doux pays le poète termine sur un éloquent tableau des maux de l'Italie (« Povera Italia mia. ») et un hommage à la grande Italienne louée par Ronsard, Catherine de Médicis. La pièce a été imprimée avec des variantes à la fin du TomAMu de Ronsard, puis dans ses éditions du xvn" siècle. L'Italie a ajouté au To~eau une contribution de valeur médiocre, mais abondante. Blanchemain en a reproduit seulement quatre sonnets signés de Grigioni, Zampini, Malespina et Ruggieri. Trois de ces personnages sont identifiés par Ferd. Xeri, Il Chiabrera. p. 38. Le dernier est le Cosimo Ruggieri condamné pour avoir envoûté Charles IX fE. Defrance, Ca~A. de A~r/zcM, ses astrologues et ses nter/ect/Ment'oH<eu;'s, Paris, '1911, p. i90).


Speronc Speroni, qui a su parler de Ronsard, mieux qu'aucun de ses compatriotes et qui a vécu assez pour transmettre au jeune Chiabrera l'héritag-e de son admiration, avait reçu lui-même jie l'Humanisme une forte empreinte, ainsi que ses « discours » sur Virgile suffisent a le montrer. Cependant il apparaît, surtout par ses théories littéraires, ainsi que par la pratique de toute sa carricre, comme un des propagateurs les plus ingénieux de la langue « vulgaire )' et notre Pléiade naissante lui a dû nombre d'Inspirations utiles. Ronsard ne pouvait ignorer, comme nous l'avons fait longtemps, tout ce que son ami Du Bellay avait emprunté de Speroni pour la composition de la De/~ace, oit-sont transposées des pages entières du Dialogo delle ~yHC et qui applique directement au français ce que l'aut-eur a dit, de façon excellente, pour l'italien Il avait pu lire la traduction des Dt~oyHes imprimée a Paris en )531. Mais il n'y a eu d'autres rapports directs entre Ronsard et Speroni que ceux marqués par cette tardive épître. On a parlé d'une amitié remontant trente années et d'un livre envoyé a Padoue par Ronsard, en 1S88, par l'entremise .de Filippo Pigafetta, avec prière à Speroni d'en donner son jugement. La lettre de Pigafetta à celui-ci, qui met en scène Ronsard avec Dorat, doit être présentée au lecteur pour établir qu'elle ne renferme rien de ce qu'on a cru y voir Gtar. si~. mio, Dopo sedici anni, par qualche aegbzio che corre, io sono ritornato in Francia ed a Par;g! De~II amici miei vecchi~ho trovati vivi tre principalissimi il medico Dureto, il quale fa profes1. P. ViMey l'a étabU de la façon la plus intéressante dans Les som'c~s !~a!«'n~c.~ de la ~c~ence. de J. du Bellay. Paris, 1908 il y reproduH.le dialogue de Speroni d'après le texte deia prealièrçëdittondes DM~y:

(Atdp, 1543).

Ë rhn ritrouata ben d'altra forma in quâlche parte di quel çhe eraal pa~ir mio. Il vivere caro i due terzi più, quantnnque in quantita ve ne sia in ahbondanxa i doU-ori mancati, ed i scolari, i quaU solevano ascend$fe at numéro di venti miUe [chiffre donné par Lambine, ora sono scemati i due tet'xi. » Du Paris humaniste vu par Pigafetta vers 'tS6~, U y a unbref tableau dans une lettre de lui à Juste Lipse « Laprimiera volta, ch'lo andasse in Prnncia hebbi nello Studio di Parigi stretta conversatianefanxifuilopaudttore~ col Turnebo, con l'Aurato, e Lamblno, e col Dureto, heroi nelle lofo profcssioui; et col Ramo ancora, çensore presuntuosofpernonappettarlo bestiale) d'Aristotele; nel quai tempo il Turnebo compitava i Mbri de suoi Aversarii. » (Burmann, NyHoyes e~M< t. II, p. BQ. De Rome, 29 avril 1000).


sione di intendere [ppocrate con pochissimi nella sua lingua Ionica. 1 GH altri due sono Giovanni Aurato e Pietro Ronsardo. famosi poeti e 1 primieri di Francia in Latino ed in Francese; coi quali ragionando diverse fiate, e con altri letterati di questa città, che sono molti e sommi, e fra gH altri con l'autore di questo libro, della poesia Italiana e de'poeti suoi, e di V. S. onoratissimamente, e dicendogli che già più di ventiquattro anni io era amico suo; dunque, soggiunse, egli essendo amico mio già trenta anni, vi piacerà di inviarli uno de' miei volumi, pregandolo a leggerlo, e con ogni suo comodo scrivermene con lettera breve il suo parère. Cosi ho consegnato il ditto libro al molto Ill. Sig. Cavalier Cortese, Ambasciatore dell' Altezza di Ferrara, stimando che presto e bene l'abbia a far capitar in sua mano. Se vorrà con una grazioza lettera rispondere alF autore, m'assieuro che sarà opra di cavaliere, ed io gliene saprô buon grade e potrà dirizzare le lettere al sudetto Signor Ambasciatore, scrivendo in Italiano, e la sopra'scritta in questa maniera A ~fon. Ilons. Claudio Fochet, Presidente della corte delle monele, a Parigi, con quei titoli che convengono.

L'interlocuteur de Pigafetta, dans la conversation rapportée, est évidemment le président Fauchet, et l'ouvrage qu'il lui a remis est celui qu'il vient de publier, fruit mûri de longues recherches, son 7?ccue:7 de l'origine de la langue et poësie françoise, ryme et romans, plus les noms et sommaire des ceHures de '7/)oc~M/anpoMU:uans avant l'an MCCC 3. Cet historien avait dû connaître Speroni dans sa jeunesse, alors qu'il accompagnait, en 133 le cardinal de Tournon en Italie; il avait appartenu plus tard à l'entourage du chancelier de L'Hospital et un instant au cercle de Ronsard mais l'anecdote littéraire qu'on peut tirer du document italien n'intéresse pas notre poète. 1. La lettre raconte ici la querelle philologique entre Louis Duret et Scaliger.

2. Opere di tS~). Speroni, t. V, p. 371. La lettre est datée de Paris, lOjuil- Ieti582.La fausse Interprétation adoptée par les biographes de Ronsard, et même par Laumonier (.Ht/te<, p. 214), parait remonter aux éditeurs de Speroni (t. IV, p. 356).

3. Paris, M. Patisson, JMl.

4. On trouve Claude Fauchet parmi les poètes latins qui ont collaboré au fameux recueil en l'honneur du chancelier, sur la médaille antique d'argent représentant un Aristote ressemblant àL'Hospital (JS64).

5. Dans les Dialogues (1556) de Louis Le Caron, dit Charondas, Fauch'et figure parmi les interlocuteurs du dialogue intitulé Ronsard ou (7e /a Poes:'e, avec Ronsard, Jodelle et Pasquier. Baïf fait état de son approbation pour ses vers latins (Carmina, f. 17).


Il y a à Padoue un autre humaniste depuis longtemps accou- tumé à suivre avec attention la production littéraire de son époque, qui ne manque pas d'acquérir à leur apparition les oeuvres de Ronsard, en même temps qu'il se fait envoyer de France les principaux livres d'érudition, de grammaire, et même ces traités d'orthographe qui ont si vivement passionné nos poètes. C'est Gian-Vincenzo Pinelli, qui, sans rien publier lui-même, metau service de ses contemporains les ressources de son érudition presque universelle et de sa vaste bibliothèque Corbinelli et Claude Dupuy entretiennent avec lui, de Paris, une correspondance oit il est fait quelquefois mention de Ronsard. En 1H7S, réclamant à Dupuy les Afo~a~a de Plutarque dans la traduction d'Amyot et d'autres livres français récemment parus, il le dispense expressément de lui envoyer la nouvelle édition des œuvres du poète, car il peut se la procurer en Italie Dix ans plus tard, il interroge Corbinelli sur le prix de certains volumes Isolés Enfin, Dupuy lui fait tenir la première édition posthume, par Galland. La lettre de l'éruditparisien du 22 janvier 1588, qui parle de cette expédition, donne- sur les dernières éditions de Honsard une opinion très intéressante à recueillir à cette date et de cette plume

Je vous ai enuoié les œuvres de Ronsard de la derniere impression, qui est in 12° et non in f° comme portoit vostre mémoire. Celles in f furent imprimées du viuant de Ronsard en l'an 1583 ou 84; ces dernières furent faites fan-née passée seulement, comme elles auoient esté. reueues, corrigées et augmentées par l'auteur peu avant .son trespas. ainsi qu'il est tesmoigné par l'intitulation, et la verité est [. Sur Pinelli et son rôle, qui rappelle celui de notre Peirescau siècle suivant, v. La Bibliothèque de Fulvio Orsini, p. 74-76 et passim, et les études de Crescini et de Rajna, citées dans le travail de Rita Calderini de Marchi sur Corbinelli, entièrement composé sur la correspondance inédite Corbinelli-Pinelli (Milan, 1914). Cf.ncKued'AM. litt. de la .F/'anM, t. XXIV, d')17, p. 676-678. J'ai transcrit à l'Ambrosienne la plupart des lettres de Claude Dupuy à Pinelli, dont la publication intéresserait l'histoire des lettres et de l'érudition en France comme en Italie.

2. « Non mi curo pi&dell* opère di Ronsard, et una volta si troveranno di qua, corne di già l'havea trovate, et l'harei prese se non l'aspettava di cnsta (Biblioth. nat., Dupuy 70~, fol. 35. Lettre du 13 mai 1S75). 3. Corbinelli écrit, le 1"' janvier 1586 « Quanto a tre volumi in 16° del Ronsardo legato come dice V.S., si son venduti uno scudo e testonilO e questi ultimi si vendono uno scudo testoni 20 (R. Calderini De Marchi, c.. p. 93).


telle. Toutesfois i'aimerois beaucoup mieux les premières éditions que ces dernières, esquelles il a tout gasté selon mon iugement, aiant osté plusieurs belles pieces et changé les plus beaus et hardis traits des autres, de manière qu'on n'yrecongnoist quasi plus ce grand Ronsard qui a mis nostre poësie Françoise au parangon de la Grecque et Romaine

Avant d'être conseiller au Parlement et de devenir le célèbre bibliophile que l'on sait, Claude Dupuy avait fait un long voyage d'études au delà des Alpes, explorant les bibliothèques, visitant les savants, et ses conversations très actives avaient aidé a propager la renommée de notre poète parmi les lettrés rencontrés ou recherchés par lui. Le fait nous semble d'autant plus assuré que tous les amis parisiens, dont il se réclame dans sa correspondance d'alors, appartiennent à l'intimité Tnême de Ronsard Bien d'autres voyageurs français répandirent à leur tour en Italie ce nom d'abord apporté par des compagnons de la première heure, tels que Du Bellay et Magny, et que Muret y taisait entendre avec honneur Dans le groupe d'écrivains amenés en I374 par la fameuse ambassade de Paul de Foix, figuraient des amis du poète 4. L'ambassadeur auprès de Grégoire XIII, Louis Chasteigner de la Rochepozay, seigneur d'Abain, qui fit accueil à Montaigne, était un élève particulier de Dorât il se trouvait par cela même lié avec Ronsard, qu'une tendre amitié de jeunesse unissait à deux de ses frères 5. Il conviendrait de mettre 1. Biblioth. Ambrosienne, t. 167, fol. 255.

2. Biblioth. nat., Dupuy 16, ff. 12-13 lettre à P. Delbene, Padoue, 1570~ « Mitto tibi versus Theocriti nunc primum .in lucem reuocatos. Eos velim Aurato, Lambino et Passeratio communicas. Saluta meis verbis fratres meos, Lambinum, Passeratium, Gallandium'tuum, Thorium. » 3. On peut croire à cette propagande de la part de Jacques Gillot, conseiller-clerc au Parlement de Paris, correspondant de Muret et l'un des futurs auteurs de la Sa<re Me/~ppee, qui va à Rome en 1586, et de Nicolas Audebert, fils du poète humaniste Germain Audebert, qui voyage longuement en Italie de 1574 à 1578 (E. Picot, Les français italianisants, t. II, p.i52;Noihac, La Biblioth. de .Fu~to0rs~t,p. 45-68, et N. Audebert a/'c/t~oi'oyue orléanais, dans la Revue archéol. de 1887).

4. Par exemple, J.-A. de Thou et Ch. Uytenhove (J.-A. Thuani de !<a .sua. au t. VII de l'éd. de Londres, 1733, p. 22. Cf. La B!'j!)/;o< de Fulvio Orsini, p. 68).

5. V. les pièces adressées à Roch Chasteigner de la Rochepozay et à Antoine, qui fut poète et mourut à vingt ans au siège de Thérouanne. Ron-~ sard a composé pour ces amis de belles et touchantes épitaphes relatant


en lumière le rôle littéraire de cet ambassadeur,savant, qui n'était étranger à aucune des belles disciplines de son temps et de qui Muret entretenait le goût du grec, en venant étudier avec lui l'E~/H~rue et la Po~~ne d'Aristote C'est par son entremise que le maître du Collège Romain recevait les publications érudites de Paris et pouvait lire, lorsqu'ils paraissaient, les nouveaux ouvrages de Ronsard s.

Parmi de plus modestes personnages venus à Rome vers le même temps, on ne peut omettre un érudit, mêlé d'assez près a la fin de la vie du poète, Claude Binet, de Beauvais, qui doit sa notoriété littéraire a la biographie consacrée par sa piété de disciple à ce maître vénéré « D'autres excellons personnages », y écrit-il, « comme Pierre Victor, Pierre Barga et Speron Sperone, l'ont tellement estimé que les deux premiers m'ont dit, lorsque j'estois en Italie, que nostre langue par la divine Poësie de nostre Ronsard s'egaloit à la Grecque at a la. Latine » leurs exploits et son amitié (Ed. L., t. H, p. 388, 495; t. V, p. 268-278, MS!). Cf. Longnon, P. de Ronsard, p. 204-30G. Dorât était en correspondance avec François, seigneur de la Rochepozay, autre frère_de Louis, et il ayait passé quelque temps au château de la famille pour l'éducation du futur ambassadeur; « puis estant revenu à Paris, où sa charge publique le r~ppeloit, il lui envoya Joseph de la Scala. que chacun a cogneu depuis sous le surnom de Scaligcr x (André du Chesne, .H':s<<weydft<<a~. de &t maison/7es C/ta~etgrM/'s.Paris,i634,p.l84.). 1. Une correspondance inédite de l'ambassadeur avec Ch. Dupuy mettrait en lumière ces mérites oubliés. Je n'en détache~ qu'une page, dans la lettre du H juillet 1877 « J'ai fait vos recommeadations '& Monsieur Meut'et, qui vous rend les siennes tres humbles et M sommes sans parler souvent de vous. Nous lisons maintenant les Politiques ayant parachevé nos Ethiques et vous promets que ledit sieur Meuret me contante tousiours davantage, tant plus je voys en avant. Mais les munies occupations qu'il me fault avoir en ce lieu m'eaipeschent bien d'y pouvoyr employer le temps comme je debvrois et dësirroys sans !e respect du. service de mon maistre » (Bibl. nat.,Dup~ 7~2, fo!, 38). V. outre ce ms,, le vol. 3M de la morne collection et les lettres échangées entre Pier Yettori et D'Abain de la Rochepoxay, dans la correspondance de Muret. L'intimité que je signale est attestée encore par un fort beau sonne't dans Les <3SH~s ~e Sc~o~s ~e &u~C-~ar<Ae, Paris, 1579, fol. 158

Cependant que bien loin de noa tQpraa Mutines

Avec la grand Muret voua passe~vostre t9n)ps,

Ambassadeut' du Roy gur tc~ rives I.,a.tia~g.

2. On le déduit aisément d'une autre lettre (Dapr~ 7~3, fol. g.7). 3. Ce passage ne figure dans la vie de Ronsard qu'à partir de la seconde édition (éd. Laumonier, p. 43). Binet l'introduit pour ae faire honneur autant qu'à son maître.


On chercherait en vain dans les ouvrages de ces Italiens célèbres (quelque ligne rappelant de tels propos. Si un jeune Français enthousiaste, s'entretenant à Florence avec Pier Vettori, à Bise avec PierAngelidaBarga, a pu recueillir leur témoignage, c'est qu'il la lui-même sollicité. L'ancien gonfalonier de la République norentine était devenu le plus expert des savants adonnés a la critique des textes quant l'auteur des Cyne.ye~'ea, favorisé de Henri III et de la Reine-mère, il passait pour le plus élégant versificateur latin de sa génération 1. II n'est pas sans intérêt de constater que leur autorité de grands humanistes s'accordait t avec l'opinion des poètes.

XII

Le voyage en Italie du futur biographe de Ronsard, alors :Tvocat au Parlement de Paris, peut être fixé à l'année 1879 Les appréciations flatteuses que Hinet rapporta au poète lui fournirent sans doute l'occasion d'entrer plus avant dans son intimité. H fut parmi les lettrés qui entourèrent son âge déclinant et, s'il y a dans les détails de l'ouvrage lauda-tif qu'il composa après sa mort, et surtout dans les retouches de ses éditions successives, des parties complaisantes à l'amour-propre de certains coutempo1. Sur Angeti et ses relations avec la France, v. E. Picot, ~.M 7~a~ens en France an A'~Y" s., Bordeaux, 1903, p. 73. Onyjoindra des lettres de Lam~ bni dans les .Ep:'s<o~!e c~arorun; ct'roy~t!, Lyon, la61, p, 443 et ~p~e/t~ Les quatre premiers livres do l'épopée d'Angeli sur la première Croisade ont été imprimés à Paris en 1582 et 1584. La S~'t'as est dédiée a Henri III et à Catherine deMédicis. Après la dédicace au Roi, est une pièce adressée à Desportes. Les Audebert, père et fils, ont donné des vers liminaires. It n'y a unité part mention de l'auteur de la Franciade,

2. Le voyage de Claude Binet, que Laumonier suppose remonter à 1568 ou 15M, a précédé au contraire de fort peu de temps la publication de son choix d'antiques épigrammes latines inédites (Poitiers, 1579), cité plus haut, p. 5:i, n. 5. Parmi ses propres poèmes latins, il y a précisément des dédi~ caces à Vettori (Victorins) et à Ang'eli (Bargaeus), Cette date m'est fournie par une lettre à Achille Estaço (Statius), le commentateur des Elégiaques laMns, par laquelle Binet accompagne l'envoi à .Rome de son essai d'anthologie latine «Edidi epigrammata illa tandem quae Romae annp superiore tibt çrediderant, antiqua scilicet illa et Petronii Arbitri magna ex parLe. ') La lettre, qui traite de sujets philologiques et mentionne Corbi=nelli et Cnjas, est datée de Paria, 1' mai 1580 (Rome, BibUoth, Vahcelliana, ms. B. 106, fol. 93).


rains, il faut néanmoins admettre qu'une bonne part de ses renseignements provient des conversations de Ronsard ou des récits authentiques de ses amis. Ceux qui se vérinent par d'autres sources permettent d'accorder à la narration de BInet au moins l'intérêt d'une sorte d'historiographie ofRcieuse, conforme aux vues des derniers disciples 1. Elle fut rédigée alors que Baïf et Dorat vivaient encore, et d'accord avec JeanGaIIand, qui assura, en même temps que l'auteur, l'exécution des dernières volontés du poète pour la réimpression de ses œuvres.

Le collège de Boncourt. dont Galland était le principal et qui était situé derrière le chevet de l'église Saint-Ëtienne-du-Mont, tient une grande place dans les dernières amitiés de Ronsard. Cette savante maison n'était point éloignée de celle de Baïf, bâtie sur la contrescarpe de l'enceinte de Philippe-Auguste, « entre les portes Saint-Victor et Saint-Marcel a, où se réunissait;, pendant la fin du règne de Charles IX, l'Académie de poésie et de musique~. Pour les séances solennelles, Boncourt offrait l'Iiospitalité à l'Académie et à ses invités, et s'ouvrait aux dames et à la Cour~. La demeure de Dorat, sise au faubourg SaintVictor, était toute proche~. C'était aussi depuis assez longtemps, le quartier de Ronsard, puisque la « maison de l'Ange », qu'il occupa avant de quitter Paris pour ses prieurés de campagne et qui appartenait à Baïf, communiquait avec l'habitation de celui1. On sait qu'une discussion sévère a été instituée sur les sources de Binet par son dernier éditeur Laumonier, qui a critiqué également tonte l'information relative à Ronsard sortie de Bonçourt.

2. Sur !a maison de Baïf, v. plus haut, p. 222, etdans le Bulletin p/M.M. et histor., année 1916, p. 1S, le document tout nouveau publié parTueiey. C'est un acte du 11 septembre 1587, portant donation par J.-A. de Baïf, secrétaire du Roi, à Jeanne du Bignon [sa maîtresse], femme d'Antoine Patu, bourgeois de Paris, d'une maison voisine de.la sienne, « aur-Iesditz fossez [Saint-Victorsoul!oit estre pour engeig'ne l'Ange, tenant d'une part à la maison du Chappeau Rouge audict de Baïf La maison donnée par Baïf à sa maîtresse (le document précise cette qualité) était donc celle que Ronsard avait habitée.

3. Sauvai, Histoire et recherches des antiquités <~e la ville d'eParM. Paris, i'724, t. II, p. 491. Sur l'Académie baïËenne, distincte de celle du Palais, v. l'excellent chapitre x de l'ouvrage d'Aug-é-Chiquet.

t. V. plus haut, p.'60. A la fin de sa vie, Dorat est revenu a l'intérieur de la ville. L'acte de donation d'une maison à Saint-Ooud,~ Goulu, $on gendre, et Madeleine Dorat, sa fille, le 7 janvier j.886, indique sa demeure M dans l'encloz de la commanderiede Sainct-Jeande Latran, paroisse SainctBenoist » (BuM. philol. et /n~or., année 1916, p. 12).


ci par un passage percé dans le mur de la ville par autorisation spéciale du Roi 1. Il se rendait volontiers chez son ami pour se récréer avec des poètes, et aussi parfois chez Dorat, bien que les compagnies y fussent trop joyeuses pour son gré et qu'il fût privé de leur agrément par sa surdité. Il se trouvait assurément plus à l'aise au collège gouverné par Galland et y prenait peu à peu ses habitudes En tout cas, ce groupement de la Pléiade dans le Paris des études et la constante familiarité des poètes avec les gens de l'Université resteront des faits bien établis. Ce petit monde assez particulier est évoqué par un texte de Jacques Auguste de Thou, qui rappelle un moment de sa jeunesse et y associe plusieurs de nos personnages

lam loannes Auratus professioni renuntiaueratet inSanuictorianum suburbium concesserat, quo frequens itabat Thuanus, ex eiusque colloquiis semper instructior redibat, de Budaeo, quem ille puer viderat, Germano Brixio, lacobo Tusano seduloeumpercontatus. 1-luius etiam beneficio in notitiam P. Ronsardi discipuli venerât, cuius iam tum et amicitiam poetica quadam facultate demeruit, adeo ut, cum ultima editione opera sua recudendaIo. Galandio mandasset, Orphea ei cum honorifico maxime elogio dicauerit. In Io. Antonii Baifii etiam et Remigii Bellaquei familiaritatem in eadem occasione se insinuauit, quam postea arctius coluit. Boncourt devint plus tard l'unique habitation parisienne de Honsard, qui y logea pendant les dix dernières années de sâ vie, toutes les fois qu'il fit séjour dans la capitale. Galland et ses autres amis l'y retenaient le plus long.temps possible, lorsque le « poignait » le désir de ses bois et de ses fontaines et qu'il songeait à reprendre le chemin duVendômois ou de la Touraine. Il aimait, d'ailleurs, ce milieu des collèges parisiens, groupés sur la montagne Sainte-Geneviève, parmi lesquels une partie de sa i. Sauvai voyait encore les traces de cette porte. Cf. Jusserand, Ronsard, p. 131.

Le groupement des textes sur Galland est fait par Laumonier, dans les notes de la Vie écrite par Binet, p. t7S-178, et dans son édition de Honsard, t. VI, p. 4S t. VII, p. 132-13S t. VIII, p. 144.

:i. Le traducteur français des .M/nôtres de De Thou, inexact pour ce passage, écrit que Dorat « s'étoit retiré dans ~'aA&at/e de Saint-Victor » il lisait évidemment coeno~tt/M pour SMj6ur~t'un!.

4.J. 'r/:uantRts<or:a;'[7~su{ <e/npo/'<s~)rt C.Y~~V/77. Anvers, 1630. Co/n/?:e/!<a/a de <j!<a sua, lib. p. 5.


jeunesse s'était écoulée, et surtout ce Boneourt) où il retrouvai le souvenir des succès de son cher Jodella~. II s'y montrait d'une simplicité charmante, prenant ses repas avec les écoliers et les maîtres, leur donnant des exemples de piété et des conseils de poésie. Tous l'entouraient, quand il faisait sa promenade quotidienne dans le jardin du collège, devenu, dit l'un d'eux, un véritable jardin d'Âcadëmus. On a trop peu recueilli de cette parole vive et savoureuse, qui instruisait et charmait ce dernier auditoire. Le poète enseignait l'amour de 1~. langue française, à l'aide de ces brillantes images qui ont tant frappe Agrippa d'Aubigné~ il traitait volontiers de la théorie de son art et de la technique du vers, appréciait sans malveillance, mais sans complaisance, le talent de ses contemporains 3, éclaircissait, avecsonautorité reconnuede tous,lespassagesobgcui'sdes Anciens, 1. Cf. plus haut, p. 161, n. 3, et le passage cité du principal du colleg'e d'Amiens,p.199.

2. 'f Mes enfants, deffendez vostre mère de ceux qui veulent faire servante une damoiselle de bonnemaison. Je vous recommande par testament que vous ne laissiez point perdre ces vieux termes. contre des tnarauxquine tiennent pas elegant ce qui n'est point escorché du latin et de l'italien, et qui aiment mieux dire collauder, con~eyn/ter, AJason.nc/ que ~oger, )?:6Sp<'tser, blasmer. Tout cela c'est pour l'escolier de Limosin. » Ces paroles de Ronsard sont rapportées dans l'introduction aux ?'raytyKes(6d. Ch. Read, Paris, i8T2, p. 6).

3. A propos de Du Bartas et de Du Monin, on entend Ronsard dire chez BaU' Ils sont en mon endroit tels que les courtisans, d'AlexandrO envers ce monarque. En toutes leurs œuvres, ils sont. bien mes imitateurs en ce que j'ay escrit d'impertinent mais pour imiter parfaictcment ce que'J*ay fait d'admirable, ils ne peuvent, et n'ont point l'esprit assez beau pour y sçavoir jamais arriver (Pierre de Deimier,L'~[cad~!e<~a ra~~Mf'~ac, Paris, 1610, p. H9). –Je crois utile d'indiquer les ambitionsdecetEdouard du Monin, qui me semble avoir été du dernier entourage de Ronsard et aussi de la société de Boncourt. Honoré d'un quatrain par Du Bartas, d'une anagramme par Dorat, il est un des introducteurs des PûaMtt<M de celui-ci. Xl est aussi de ceux du Premier uo/unte de la Bibliolhèque du sieur de la Croixd'u-Jjfat'nf, Paris, 1~84 et surtout il a eu l'honneur immérité de mettre des

vers français à coté des latins de Dorat, au devant de r~poMt~o~ /raH{'fM/s de Ronsard, édité à nouveau par Linocier, en 1S8S. Dans Le Qua/'c/Me <?e fs~ Edouard du .Vûntyt.~tt'Më en trois parties. Prentière. ~.e~tpfea/noH~oH l'Amour de Dieu du monde angelique et AumaM. Paris, '1S84, il a insdi.'é p. 333 un pocme Ad I. Galand Collegii Becod. ~rfmartMni, literariae e~8MM -Mt//u;M acpcr/uy:u/n. On lit dans son épître dédicatOtrë: « Après Ronsard, je ne sai en France que du Bartas et moi qui assés heureusement puisse taire marcher la solide Philosophie à pieds poétiques. a Mais Ronsard, selon Deimièr, « disoi6 parfois à ses amis que Du Monin et Du Bartas tuy avoyent gasté la Poësie H.


expliquait les emprunts qu'il leur avait faits, revenait à ses idées familières sur la supériorité des Grecs et sur la nécessité d'écrire dans la langue maternelle pour rester dans la vraie tradition des maîtres 1. Et « le bonhomme Ronsard », comme disaient les jeunes gens, émerveillait encore ses compagnons de table ou de promenade, en improvisant de belles traductions, vers pour vers, de morceaux de Virgile et d'Horace~.

La famille de Jean Galland était faite pour récréer un vieillard. Ronsard y trouvait autour de lui une gaie jeunesse, qui l'admirait Dorat plaisante à ce sujet avec ses deux amis, en ces hendécasyllabes à la façon de Catulle, parlesquels il leurapprend joyeusement son mariage de sexagénaire

0/)<;y?K) optima sit ~a~a~ poetae,

0~<!mo optima sil salus ~o~a~t,,

0 Ronsarde, <t'A: Ca~ane~'oyue,

.AmZ)O~HS /e/)t'c~n:syue

jMa~ernag Verte/'M suae co~ntAn,

Quos e~ saepe ftaa/erun~ eaedem,

Et quos saepe c~omu~ <eyun< eaec/cm~

7~a</emerue domo cue~/ae eaedem,

jCae~eM verteres /erHn< e:~(/em,

Vestre nunc nec ego hospitalitati

TVecsoy'~t tnmWu/us Aea~'ort,

Hanc vobis fero gralulationem. 3

Chez Galland, chacun prodiguait au vieux poète les soins qu'exigeaient ses infirmités et ses longues et douloureuses attaques de goutte on savait en même temps lui éviter les visites importunes et l'ennui de recevoir des gens, souvent considérables, qu'attirait à Boncourt l'indiscrète curiosité d'entretenir un homme illustre. Une véritable reconnaissance le liait donc à son ~.o'sfi.Xou~.e~, ce bon Galland, qu'il nommait aussi « sa seconde urne ». Celui-ci l'aida à publier la dernière édition qu'il ait donnée t. Ces dernières préoccupations sont à chercher dans la troisième préface de la -y'aytctac/e, qui est de 1587.

2. G. Crichton, Laudatio /'uMeA<'ts, fol. 10; J. Velliard, Laudatio /une/)/'ts, fol. d6.

3. Ce petit poème, qui est inédit, se trouve dans le ms. 550, fol. 64, du fonds Dupuy. La suite du morceau, qui intéresse surtout la biographie de Dorât, devra être recueillie, le jour où l'on réunira les lettres et les vers de lui qui méritent d'échapper à l'oubli.


de ses œuvres, le bel in-folio à deux colonnes de 1S8- à propos duquel il réclamait au libraire « soixante bons escus, pour avoir du bois pour s'aller chauffer cet hyver avec sonamyGaIIandiusa Quand on apprit à Paris la mort du poète, survenue à SaintCosme-lez-Tours le 25 décembre 1S8S, le principal de Boncourt s'occupa de préparer dans sa maison une cérémonie d'hommage solennel. Le 2 février 1586, les admirateurs de Ronsard se réunirent dans la chapelle du collège. Il y eut le matin ceuxde la Ville et l'Université deux professeurs, le chartrain Jacques Velliard et un écossais, Georges Crichton (Crittonius), avaient composé des éloges étendus, où furent commémorés en bon latin, avec les mérites littéraires du glorieux défunt, les liens qui l'unissaient à Boncourt2. On entendit ensuite un requiem à cinq voix, la première œuvre importante de Jacques Mauduit, le musicien le plus apprécié de l'Académie dcL Baïf, qui prodiguait en l'honneur de Ronsard les ressources d'un art que celui-ci avait tant aimé 3. Un dîner abondant sépara cette première séance de la seconde, à laquelle prit part la Cour et qui fut remplie par la grande oraison funèbre en français prononcée

par le jeune Du Perron, lecteur de la chambre du Roi. Nous avons les textes imprimés de toutes ces harangues et des derniers vers de Ronsard, dont l'auditoire fut régalé. Il manquait le récitdirect d'un assistant une lettre inédite de Nicolas Rapin à Scévole de Sainte-Marthe va nous le donner

Monsieur, J'ay presenté voz recommendations aux seigneurs mentionnez par vostre letre, qui toutz vous resaluent et vous désirent Icy pour ayder à celebrer la memoyre de Monsieur de Ronsard, duquel les obseques furent solemnellement faictes lundy dernier à Boncourt, en tres notable assemblee, où apres les harangues scholastiques, et le concert de la musique excellente, et le disner sumptueux aux despens de Monsieur Galland, Monsieur du Perron fit l'orayson funebre, telle que pouvez imaginer pouvoir venir de luy à laquelle assisterent, 1. C'est la lettre bien connue écrite de Croix-Val, Je 9 septembre 1584, et rapportée par Colletet(éd. L., t. VII, p. 132).

2. J'ai utilisé divers témoignages tirés de ces documents, notamment aux p. il, 68,133.

3. Cf. Julien Tiersot, ~oMS~'cf et la musique de son temps, Paris, 1903, p. ~2 sqq. (tirage à part de la S. IV" année).


oultre Messieurs le Premier President et infiniz conseillers, Monsieur de Joyeuse et Mesdames de Retz et de Villeroy On presenta quelques vers faitz par le deffunct, comme ilz en portent la marque qui ne se peult contrefayre par personne vivant. Vous en jugerez je les vous envoye, aveq une meschante elegie, que les prières de Monsieur Binet, et l'exhortation publique qui anime chascun à 'ce travail, a extorqué de moy plus tost qu'aucune alegresse ou esperanee de faire rien pour moy. Vous m'en manderez, s'il vous plaist, vostre.advizety passerez la douce lime, dont polissez voz escripz, à la charg'e du contre eschange, c'est a dire de me fayre veoyr ce qu'aurez faict sur mesme sugect, comme vous y estes obligé.

De Paris, ce 2 de mars 1586.

Vostre serviteur et tres obeissant amy

NICOLAS RAPM

Les humanistes de Boncourt s'empressaient, comme on le voit, avec Claude Binet, à provoquer et à recueillir les poèmes pour le Tombeau de Ronsard. Destinés à figurer à la suite de la première édition de la biographie qui se préparait, les vers arrivèrent en grand nombre. Scévole de Sainte-Marthe, qui joignait à la ferveurd'admiration commune à tous les disciples tant de raisons d'être reconnaissant à un maître ami envoya une contribution importante 4 il fit même appel aux versificateurs de sa connaissance pour enrichir le monument littéraire qu'on voulait élever °. 1. Sur Catherine de Clermont de Vivonne, duchesse de Retz, v. Hilarion de Coste, Les .E~oye.< p. 147. Pontus de Tyard a dédié à cette dame savantela seconde édition du Solitaire premier. Ronsard a adressé des vers à Madeleine de l'Aubespine, poétesse mariée à son ami Nicolas dè Neufville, seigneur de Villeroy, secrétaire d'Etat.

2. Biblioth. de l'Institut, ms. 290 (anc. 292), fol. 22 (« A Monsieur de Saincte-Marthe, conseiller du Roy et tresorier gênerai de France. A Poictiers ;)).

3. V. plus haut, p. 194-J96.

4. Marty-Laveaux, A~t'ce j&!ogrr. sur Ronsard, p. cj, a publié la lettre où Binet sollicite la collaboration de Sainte-Marthe, le 24 janv. 1586 (éd. L., t. VIII, p. 271).

5. Les papiers de Sainte-Marthe contiennent une lettre écrite de Loudun, par Pierre Joyeux (Laetus), en réponse à une demande de ce genre « Quid unquam habuit Gallia magno illo Ronsardo aut sublimius aut politius ? Tamen, nisi me excitasses, tanti viri casum siccis oculis audiebam. Quo fit ut plus tibi debere me fatear, quod tuis ex litteris perspexerim quam humano et liberali sis in me animo quod etiam me eorum esse cupias ex numero, qui excellentissimi Poetae memoriam magis ac magis illustrari volunt illud vereor ne meis versibus obscuretur potius quam ornetur. NomAc. Ronsard et ~umanfsme. 16


Plusieurs pièces parvinrent trop tard pour être _msérees; mais le recueil magnitiquement imprimé par Gabriel Buon n'est que trop riche. Il y a beaucoup de fatras en trois -langues, et même ëtl quatre, puisque quelques Italiens ont fourni de ces sonnets qui leur coûtent si peu d'eubrt. On y goûte, en revanche, des pages émues Je Robert Garnier et d'Amadis Jamyn, et les vers français et latins où Baïf commémore une glorieuse amitié. En général, la partie latine, extrêmement abondante, se montre supérieure à la partie française, avec les nobles élégies de SainteMarthe, de De Thou, de Rapin et l'ode du fidèle Melissus~ Pierre Pithou, Antoine Loisel, Antoine Hotman font entendre la voix des juristes, et Pontus de Tyard sait tout dire en un distique

Petrus /?of!sarJus iacel /ac si caetera nescis,

A'Mct's <jfUM/7i'/iOC/)a~, Afusa, .f!ft'ne?'ua, CAartS

La publication du Tombeau, en même temps qu'un hommage collectif de la poésie, apparaît comme une manifestation de

l'humanisme français tout entier. Peu de noms notables manquent à l'appel, et quelques-uns signent à la fois plusieurs pièces en langue différente Là muse grecque a dicté un ep~ap~non, où Nicolas Goulu paye sa dette de lecteur royal, _et surtout l'ep:ce(~OH de Dorat Le vieux maître de Coqueret a retrouvé sa verve Aliquot tamen ad te utraque lingua mitto, quibus non tantum tribuas velim ut tuae in me beneuolentiae longe plus non putes ess&'tnbueadttm. M!ûdnni, !d. April [i~86j. » La lettre est accompagnée de cinq dytiques, In o&t~u~n. P. ~o~sarf/t (Nobile quae prMetM /!t'7Hts super aethera pcn~tS,) et d'un sonnet, qui semble également médit « Qu'est-it Besoin, Ronsard, gué des vers on te donne ? » (BtMioth. de l'Institut, tns. N90, fot, 131 et i32). i. Cette ode, écrite à Londres en février 1586, est dédiée à Florent Chrestien qui n'a point collaboré au Tombeau. °

3. L'évêquc de Châlon a fait réimprimer, a l'occasion de la mort de son ami, l'opuscule latin analysé plushaut,p.3:0i, etya placé le m~medisLigne. 3. La réimpression du Tombeau de Ronsard au t. VIIT de l'édîtion BÏanchemain est fort incomplète. L'édition originale, à peu près reproduite dans l'in-folio de 16~3, présente par exemple quatre p:èe(s de Dopât au iicp de deux, dont une importante, cette où il parle de GaHaad etde biographie préparée par Binet. Il y a six sonnets italiens, au Heu de quatre. Blanchemain omet, également sans avertir, la collaboration de Jean tlëroard, médecin du Hoi, l'épitaphe due à Germain Vaillant de Gu4Us, abbé de Pimpont, un des grands amis de Ronsard, et l' <' Ode saphiquériméet' de.KMQlas

Rapin.

4. H y a encore quatre épigrainmes grecques de Robert Estienne, quatre distiques grecs de Daniel d'Auge, autant de Nie. Valla, quelques vers dans


de jadis pour proclamer que non seulement Terpandre, dont il salua la résurrection en tête des premières Odes, mais encore Pindare, Eschyle, Sophocle, Homère lui-même et Callimaque, enfin Virgile et Horace, ont quitté de nouveau la terre en la personne de Pierre de Ronsard.

Le rénovateur de notre poésie a terminé sa vie littéraire au milieu des humanistes, ainsi qu'il l'avait commencée..Les meilleurs de son siècle l'avaient entouré et participèrent à la formation de son esprit. Par Lazare de Baïf, il se rattachait à la tradition de Budé par son cher Jean de Morel, à celle d'Erasme. L'école de Dorat fut longtemps sa vraie famille puis les enseignements du Collège royal nourrirent sa curiosité, sans la rassasier il écouta les leçons de Turnèbe et fréquenta chez Ramus il connut les grands philologues, comme Henri Estienne et Joseph Scaliger, et compta Lambin et Muret parmi ses amis les plus intimes. Il accueillait volontiers à Paris les érudits étrangers et les écrivains de langue latine, qui devenaient hors de France les propagateurs de sa renommée. Après avoir traversé tant de milieux divers, obtenu les suffrages de la Cour, savouré l'engouement des femmes, épuisé la faveur des princes, il ragaillardissait ses vieux ans parmi les honnêtes régpnts de Boncourt, dans une maison de l'Université qui lui rappelait la studieuse retraite de sa jeunesse et son bel apprentissage des lettres. Cette prédilection pour certains hommes et pour certaines études, cette persistance dans la pratique du grec et du latin ne sont point choses indifférentes. Elles donnent, au contraire, à la figure de Ronsard son caractère particulier. Toute notre poésie classique s'abreuve, après lui, aux sources antiques mais il est le seul de nos grands poètes qui soit, au sens complet et au degré le plus éminent, un grand humaniste.

la même langue de Féd. Morei, de Louis Martel, Rouennais, et d'Antoine Mornac. Deux epitaphes latines, en style lapidaire, sont composées par Louis d'0r)éanset Jean Héroard. Pauf celui de Fed. More], aucun de ces textes n'est mentionné parBlanchemain.


TROISIÈME PARTIE

LES ÉCRITS LATINS DE RONSARD

Fidèle jusqu'à la fin à l'Antiquité, quine cessa de lui fournir la meilleure nourriture de son esprit, Ronsard ne paraît pas avoir gardé intacts les sentiments de sa jeunesse pour la littérature de IHumanisme.Il en arriva même, un jour, à juger sans indulgence des œuvres qu'il avait pratiquées avec délices et~à condamner en bloc, en exceptant celle de quelques amis, toute la poésie moderne écrite en latin. Cette proscription est-formulée avec la plus ferme éloquence dans le « Discours sur la poésie héroïque )', qui fut publié par les éditeurs de 1~87 comme une préface posthume à la ~ranctacfe. On relira avec fruit cette page pleine de doctrine, une des plus belles, au surplus, qui soit sortie de la plume d'un des meilleurs prosateurs du siècle Je te conseille d'apprendre diligemment la langue Grecque et Latine, voire Italienne et Espagnole puis, quand tu tes sçauras parfaitemen't, te retirer en ton enseigne comme un bon Soldat et composer en ta langue maternelle, comme a faict Homère, Hésiode, Platon, Aristote et Theophraste, Virgile, Tite Live, Saluste, Lucrèce et raille autres qui parloient mesme langage que les laboureurs, valets et chambrières. Car c'est un crime de leze Majesté d'abandonner Je langage de son pays, vivant et florissant, pour vouloir deterrer je nesçay quelle cendre des anciens et abbayer les verves des trespassez, et encore opiniastrement se braver là dessus, et dire J'atteste les Muses que je ne suis point ignorant et ne crie point en langage vulgaire comme ces nouveaux venus, qui veulent corriger le Magnificat, encores que leurs escrits estrangers, tant soient-ils parfaits, ne sçauroient trouver lieu aux boutiques des Apoticaires pour faire des cornets.

Comment veux-tu qu'on té lise, Latineur, quand à peine iit-on Stace, Lucain, Seneque, Silius et Claudian, qui ne servent que d'ombre muette en une estude, ausquels on ne parle jamais que deux ou trois fois en sa vie, encore qu'ils fussent grands maistresen leur langue


maternelle? Et tu veux qu'on te lise, qui as appris en l'escole à coups de verges le langage estranger, que sans peine et naturellement ces grands parloient à leurs valets, nourrices et chambrieres ? 0 quantesfois ay-je souhaité que les divines testes et sacrées aux Muses de Josephe Scaliger 1, Daurat, Pimpont [d'Emery~,1 Florent Chrestien Passerat voulussent employer quelques heures à si honorable labeur,

Gallica se quantis allollet gloria rerA:'s

Je supplie tres-humblement ceux ausquels les Muses ont inspiré leur faveur de n'estre plus Latineurs ny Grecaniseurs, comme ils sont plus par ostentation que par devoir, et prendre pitié, comme bons enfants, de leur pauvre mère naturelle. Ils en rapporteront plus d'honneur et de réputation à l'advenir que s'ils avoient, à l'imitation de Longueil, Sadolet ou Bembe, recousu ou rabobiné je ne sçay quelles vieilles rapetasseries de Virgile et de Ciceron, sans tant se tourmenter; car, quelque chose qu'ils puisseat escrire, tant soit elle excellente, ne semblera que le cry d'une Oye, au prix du chant de ces vieils Cygnes, oiseaux dediez à Phebus Apollon. Après la premiere lecture de leurs escrits, on n'en tient non plus de compte que de sentir un bouquet fani. Encore vaudroit il mieux, comme un bon Bourgeois ou Citoyen', rechercher et faire un Lexicon des vieils mots d'Artus, Lancelot et Gauvain, ou commenter le Rornant de la Rose, que s'amuser à je ne scay quelle Grammaire Latine qui a passé son temps. N'eust esté le chant de nos Eglises, et Psalmes, chantez au leuthrin, long temps y a que la langue Romaine se fust esvanouye, comme toutes choses humaines ont leurs cours et pour le jourd'huy vaut autant parler un bon gros Latin, pourveu que l'on soit entendu, qu'un atfetté langage de Cicéron 7. Car on ne harangue plus devant Empe1. Sur les relations de Scaliger avec Ronsard, v. plus haut, p. 202-205. 2. Sur Vaillant de Guélis, v. p. 157-158. L'abbé de Pimpont est un des auteurs de vers liminaires pour la Fraaciacle.

3. Ce nom, qui désigne Jacques-Auguste de Thou, seigneur d'Emery (Aemerius), a été ajouté au texte dans l'édition de 1597. Il est possible que cette addition soit une politesse des éditeurs on peut croire pourtant qu'elle avait été prévue par Ronsard lui-même, qui avait eu, dans la dernière partie de sa vie, de bons rapports avec le futur historien (v. p. d44 et 237).

4. L'honneur fait au nom de Florent Chrestien atteste sa réconciliation avec son maitre.

u. Sur Jean Passerat, v. p. 163-166.

6. Ce vers pourrait être, par jeu, de Ronsard lui-même.

7. On verra, dans l'écrit .inédit publié plus loin, que tel est bien le « bon gros latin » dont use Ronsard.


reurs, ne Sénateurs Romains, et la langue Latine ne sert plus de rienque pour nous truchemanter en Auemaigne, Poloigne, Angleterre, et autres lieu\: de ces pays là. D'une langue morte l'autre prend vie, <tin;ii qu'il ptaist a {'arrest du Destin et à Dieu, qui commande, lequel ne veut sou!Frirque les choses mortelles soient éternelles comme luy, lequel je supplie tre.}-humbiement, Lecteur, te vouloir donner sa grâce et le désir d'augmenter le langage de ta nation Ce regard lucide jeté sur l'avenir est Illuminé par l'expérience de toute une vie. Le poète achève une carrière de prodigieux labeur il n'a jamais été plus conscient des difficultés et des réussites de son art s'il se critique lui-même, en corrigeant etperfectimnuit son œuvre àchaque édition successive, U acquiert le droit de jui~er égdtement, et avec la même sévérité, rœuvre_ d'autrui. Ses arrêts sur la littérature humaniste sont déduits si clairement qu'ils font prévoir la ratification certaine des tempsprochains. L'événement lui a donné promptement raison contre les meilleurs tenants de l'Humanisme. Le mouvement natureL des lettres françaises s'écartait de formes désuètes, qui avaient fourni bien des modèles à nos écrivains, mais dont l'efficacité était épuisée. Nul autant que Ronsard n'avait contribué à les discréditer. A. mesure que le poète avançait en âge, il comprenait mieux lui-même l'étendue du rôle que lui conférait son g'énie et dont il n'avait vu d'abord que l'honneur, « l'honneur sans plus du verd laurier o. Il était dans sa destinée de rejeter dans l'ombre, non seulement cette poésie française qu'il voulait remplacer et faire oublier, mais encore toute la poésie latine moderne dont il avait été l'admirateur. Lui-même s'était mis à l'école des humanistes d'Italie. Il avait apprisd.'ëuxl'a.rtd'adapter les beautés antiques à l'inspiration d'un temps nouveau, le secret des transpositions heureuses et l'audace des glorieux « pillages » qui enrichissaient le temple de nos muses. Le dédain qu'il exprimait pour eux, à la fin de sa carrière, n'allait pas sans quelque ingratitude.

1. Ed. L.. t. VU, p. 96-99. J'ai supprimé les mots /a~p<sce<,qiat6g'urent la deuxième Ugne avant le mot ;<a~en/te, et qui rendent lé passade très singulier l'édition de ta97 les a, d'ailleurs, fait disparaître. N'oublions pas que ce texte u été imprimé par Binetsur un manuscrit dicté paf l'auteur ef assez mal en ordre », qu'il a dû remettre, avoue-t-il, a peu près selon. · ses intentions


Peut-être est-il permis d'expliquer une telle page par des circonstances qui l'auraient inspirée ? On croit y démêler des inquiétudes pour une cause littéraire qui semblait gagnée, mais qu'un retour de mode aurait pu remettre en péril. Le poète a-t-il eu à craindre que le latin ne reprît sur l'esprit des contemporains le prestige que son œuvre lui avait ravi? Il vit se -produire, en eilet, quelques tentatives passagères, notamment celle de Baïf. Le compagnon de ses premiers travaux abandonna, d'une façon retentissante, le champ cultivé en commun et composa, pour ce faire, quatre livres d'épigrammes, la traduction des cent cinquante psaumes, plus de quinze mille vers latins dont il donna une partie à juger aux lettres en 1577. Sans doute, en renonçant délibérément, à quarante-cinq, ans, à l'usage du français, cédait-il au découragement ressenti pour l'échec de ses vers mesurés; mais il ne l'avouait qu'à demi, affichant surtout le désir de remettre en honneur l'art de Sannazar, de Flaminio, de Navagero, et s'abritant sous le grand nom de Dorat. S'il motivait sa résolution, c'était à la fois sur la décadence poétique, qu'il prétendait constater autour de lui, et sur le besoin d'atteindre, hors des frontières de la France, tout le large public étranger qui ne lisait point notre langue

/7ac~enm !'nyra<ae Ga~orum carmina ye~<[ Et cecini et cecinisse ~t.'ye<, quae forte /6~en~r Qua Franci porrecta patent con/trua regni, A~unc iuuat e<auu/n Rheni transcendere /i!u/7teft, Transque Pyrenei montis iuya, transque niuosas Alpes ferre pedem, Dacorum notus ad oras, Germanis, pa/<er<yue Italis et c/ar!~ 7/)ert~, Qui n:ea scripta canent, seu Graio pectine ~ze~nm, ~co Latio. y:;ua< Aonias tnuMe/'e syluas, Daphneaeque nouum capiti decus addere /ronc~ts 1

Vingt ans auparavant, Du. Bellay avait caressé les mêmes pensées. Mais nul n'était moins suspecta Ronsard que l'auteur de la De/yence et de l'x/to'r~a~on aux .François J'e~erfre en leur t. Carnu~H~ 7ayn .A/!<o/ttt.Bat't ~:Ac/' 7., Z.u/e<{ae, apudAf..Pa~sson, i~77, fol. 3i. La même année, paraît MEBd~ohf)[i~ EXe-~tov, avec traduction latine (/a;'t.st:s, apuJ ~oan~ent jBe/M-M~M) mais le texte grec, au moins, est une œuvre de jeunesse. V. sur toute cette production tardive de Baïf, Augé-Chiquet, l. c., p. 463-48').


~a7!~He; et d'ailleurs, de quelles précautions ce &dèle ami n'entourait-il pas l'annonce de ses Poey~a~a

Et quoy, Ronsard, et quoy si au bord estranger

Ovide osa sa langue en barbare changer

Afin d'estre entendu, qui me pourra reprendre D'un change plus heureux? Nul, puisque le François, Quoy qu'au Grec et Romain egalé tu te sois, Au rivage Latin ne se peult faire entendre~.

Du Bellay excusait élégamment une muse latine que Ba.n imposait avec des façons belliqueuses. Ronsard, toujours ombrageux, devait voir une hostilité déclarée aux principes de l'école en des vers où l'auteur revendiquait hardiment la qualité du « transfuge ». A-t-il écrit. pour y répondre le grand morceau où il ménage peu de gens, et où Baïf n'est point nommé? C'est une. hypothèse qu'il n'est pas aisé d'appuyer, le « Discours ayant été publié après sa mort, sans être pourvu d'une date précise. Mais il a laissé aux lettres beaucoup plus que des manifestes, l'exemple de son œuvre entière. Sachant à merveille le prestige que donnait la double langue aux écrivains de son temps habile autant que personne dans le maniement du latin, il n'a pas consenti, par principe, à s'en servir.

LES VERS.

Les observations qui précèdent ne sont point infirmées par le petit recueil en mètres divers qu'on.peut arriver à réunir et à attribuer authentiquement à Ronsard. Outre qu'il reste fort court, chacune de ces pièces s'explique par une fantaisie du moment, a laquelle le poète n'a jamais attaché d'importance, et quatre seulement se sont glissées dans ses éditions.

1. V. Du Bellay, éd. Marty-Laveaux, t. II, p. 178. L'JS'a'7to~a<oy: aux François est au t. p. S7.

2. On a déjà rappelé plus haut, p. 7, comment toute la Pléiade écrivit en latin.


PAoej&us, Amor, Charites, pullataque turba sororum. Ce distique Sg.ure dans un «Tombeau » de Jean Brinon, jusqu'à ce jour ignoré et dont j'ai retrouvé un exemplaire, probablement le seul qui soit conservé, dans le recueil Y 069~ A de la Bibliothèque Mazarine. Le recueil a été formé par François Rasse des Nœux, chirurgien de Paris, lettré curieux, qui a signé sur beaucoup de pièces de cette collection de « Tombeaux H de son temps, dont plusieurs sont extrêmement rares. Celui de Brinon porte les nOS 14 et 15.

Il se compose de deux feuilles distinctes, imprimées au recto chez André Wechel, et portant en titre, l'une SCR LE TOMBEAU DE BRYxoN, l'autre EniTA<MA EIB 'IA. BPTNONA. La première contient des vers français, latins et italiens; la seconde, des vers grecs et latins, consacrés par le cercle du jeune conseiller au Parlement à pleurer la mort prématurée d'un incomparable ami des lettres. Cet hommage lui était bien dû, s'il est vrai que l'amphitryon de Villennes et de Médan se soit ruiné en dons et en festins pour les poètes. Jean Brinon était mort vers le mois de mars 1554 (cf. p. 16 et 60, et Laumonier, R. poète lyrique, p. 134 et 136). C'est de ce moment même que date l'impression, visiblement improvisée, du souvenir funéraire. Le principal morceau consiste dans les trois strophes de Ronsard (éd. L., t. VI, p. 241 éd. BI., t. VII, p. 272), qui ont trouvé place dans la 2° édition des Afes/anyM, imprimée par le poète au moment de la mort de son ami; notre plaquette en est la publication originale, avec des variantes orthographiques et un dernier vers différent [La terre] arrousée de ton pleur

Les autres collaborateurs sont, pour la partie française, Jodelle, G. Aubert, ce mystérieux Calliste, à qui Ronsard adresse un sonnet des Amours (éd. L., t. I, p. 327) et que le commentaire de Belleau dit « fort docte, bien nay et bien versé en l'une et l'autre langue )) enfin Bernard du Poey du Luc, versificateur humaniste dont les Odae, parues à Toulouse en 1551, contiennent un témoignage d'admiration pour Ronsard auquel aucune dédicace de la Pléiade ne fait écho. Les

1

7n tumulum Iani Brynonis

~OA~.RD~7S

Quo ~ey:~H/' tumulo BRYNO lacrimantur eoJeM

Soudain quelque nouvelle fleur

/lors de ma <o/nÂe fera naistre.


poètes latins sur la même feuille sont Ronsard, Belleau, Calliste et un auteur désigné par l'abréviation /?e. And., qui me paraît être le collaborateur de Henri Estienne pour la deuxièmeLédition de son;Anacréon, Helias Andreas la dédicace de sa tradu.ction latine complète des Odes Anacréontiques est du 25 décembre 1555. Brinon est pleuré encore dans un sonnet italien signé G. P. Les versdeJodeMe,qui rappellent le dénûment où il mourut, n'ont pas ét& recueilits par l'auteur, comme le furent les strophes de Ronsard sa pièce commence ainsi

Arreste toy, Passant, il faut que de ce temple

Tu rapportes chez toy et l'une et l'alltre exemple

Que je donne en doublant ma vie par ma mort.

Quelques-uns de ces noms se retrouvent sur la feuille grecque et latine. Les poèmes grecs sont de Dorat, de Bajff et d'un, St~ecv S~to~, qu'on doit identifier avec Siméon Du Boys, né à Limoges en 1536, éleva de Dorat et de Turnèbe, qui commentera, en 1580, sous le nom do Bosius, les Lettres à A~t'cH~ (cf. Alb. Du Boys et Arbellot, ~'o~r. des hommes t~t:s<res du Limousin, t. I, Limoges, 1854, p. 205"2H). Le latin est de Dorat, de Jodelle, de B. du Poey (.6. Po~Ms -E't{ç.) et d'un certain J. Lebon, qui ne m'est pas connu. Une des deux pièces de Dorât est une anagramme ('Ic~o~ b Bouv~v == ''Ipv 'A6aotH)~w<) ratitre un assez long tYXM~tOKmxov, qui commence ainsi ·.

T'; EpS ce BPTNQN

T~ 5'Ct~ET(0 CE TtpMTOV

T:8'<:T!XTOV p.~OOV Te~

Su yxo Ta TtXVT' Kp~CfTO~,

TxTtX~TX 8'Œ~STO~ S~

Les distiques suivants de Dorat, entre bien d'autres vers à la mémoire de Jean Brinon insérés dans ses recueils, donnent le ton de toute cette poésie funèbre. On trouve la pièce et six autres du même auteur dans la ~a/'rayo~poeMa~m de Léger du Ch.esne, citée p.16 /Vo<a domus na~t fnay~ e~ saa, quam <(!a, BsYNO,

~Vo~a fuit f~oct'M omnibus u~~rne domss,

//t'c epulae, hic epulas inter doclissima mille

C<.)Hoya!'a a claris sunt ~jr!a M~ts.

Quae si forte loquax paries reçilare fa<'er~.

~Vo7i foret in terris <~oc<:or hoc ~ar:es.

En même temps que cet hommage de la première heure, le groupe de Médan en préparait un autre plus important et plus réHéchi. C'est ce qu'indique un distique final de Dorât


/las dedit inferias <t/); nunc pro tempore BRYNO

Impelus at ratio yra~f/tu.! urget opus.

La première feuille traduit ainsi cette annonce

Pour l'heure à toy ces vers ofFre du dueil la rage,

Bm'o'<, mais le conseil t'apporte d'auantage.

Afin d'honorer'plus abondamment le défunt, on dut faire appel à tous les familiers de sa maison. La plaquette de Wechet fut sans doute envoyée en Italie à Muret et à Magny. Celui-ci se montre ému de la triste nouvelle dans le sonnet 28 de Souspirs, tandis que Du Bellay se tait sur Briaon, dont il ne parait pas avoir fréquenté le cercle, probablement trop libre pour lui. Le projet d'un « tombeau a p)us considérable n'eut pas de suite. Mais la mémoire du conseiller Brinon vit assez dans les œuvres de Ronsard pour qu'aucun de ses lecteurs ne puisse l'oublier; et cet obscur Du Poey disait bien

Longtemps après l'on orra son nom

w Voila que sert d'avmer les Poëtes.

II I

1~ P. RONSARDKM,

T~anae lemanicolae coaxatio.

/-)t!/?:. A;/)ts Aonios latices lit vertice .PtfK/t,

.Ho/Marc/e, undenas dum quatis arle fides

Vindocini ruris, yramAus, tua personal agros

Musa modis, Phoehus quos velit esse suos.

Ast uhi cu/'a fuit p/'ae/~tncrm aA~om~e ~eft~'eM

.Se~yerae latum reddere more suis,

7~/oruHt ex'es~/tu/~ë/'u/n~ qui funera cu/'an<,

Qui referunt /uoos, sunt operumque /'Hc~es.

Ë'.B:n ~Msae agitas numeros at tempore a/) illo

./Voft tua ~usa ca~i~, sed tua .~Ma canit.

P. RûNSARDI RESPUNSUM.

~Vo/t /nea Afusa canit, canit haec oracula vatis

Patmicolae ranis Af!Ma Lemanicolis,

Ohscoenas fore tres /'oedo cum co/Y)o/'e ranas,

Irnmundos potius Daemonas aut totidem.

tS'emper in ore sui qui stantes Pseuc/o/)y'o/)/e<ae

7'nyue Deum, inque pios verha pro fana crepent.


Vera /Mes vati, tu y'a~a es [<7e] fribus una, Altera Caluinus, tertia ~esa <HHs.

~csa ferens veteris Theodori nomen, ea?K~cm DeyueDeo mentem, quam yAeodoras~Aaj6eMS. Talibus o ranis raucissima de <& Quae me, qua superos, ya/H~~a~ ~e<M Aonios non tu latices in ~r~ce P~B~

Sed bibis impuros, stagna )Sa~auJa, lacus. Nec cum pura nitef, sed cum niue ~B~Nda MM~a, Et glacie /'usa montihus unda /?H!

Inde gelata viam vocis, jfu/Ke/ae~ayHe fauces Digna coaxasti carmina, vate NHo.

7/! yu:j&US, H< decU!~ ~!j&j6oS(~yU~UfC monstrum, A'bn nisi l'ana lis vox strepit u~fa tibi.

.Yan~yuod'Afusa ut/'ûm d'oe~orHT~uoce vocatur, Id nunc Af!ssa <L&: vox inamoe-na sonat. Non nisi rana queat sacrasic cor~'H~pere uër~a S~~arana fera es<,s:A~afe7'j&acy'epas. I nunc, e~a~iM~~ers~yepe U!Ha lacunis, Inque pios homines quidlibet, :nyue Deum. Mortua dum, pacem ne ~uyj&es ya~a piorum A~ys, lacu Stygio vel PA~ye~n~e nates. Donec in ardenti, causam raacec7:s, UMt~a Excutias frigus, quo tua Musa riget.

Les vers de Ronsard répondent aux cinq distiques du pasteur de Genève, qui accompagnent la première .Bcs~OfMea!KC c~OMRtex conteKue.!au Discours et Suyle du Discours sur les mMeres cfe ce temps. [Orléansj, 1563. (Cf. éd. L., t. VII, p. 549; t. VIII, U2, 118.) Le poète réimprima l'attaque, avec un titre dérisoire, et ses propres vers, à la suite de sa Responce de P. de Ronsard gentilhomme VaH~omot's aux injures et calomnies de je ne sçay quels Predicans et ~fïnts<res de Geneve, Paris, Buon, 1563. Cette polémique poétique est_complétée par une pièce attribuée à Dorat (ln <aH<~&n! ~0/tMf<), flont les premiers vers sont cités par Montaigne, sans indication de provenance, vers le commencement de l'Apologie de .RaHaond' Sebond. Les trois poèmes suivent immédiatement le Recipe, c'est-à-dire l'ordonnance facétieuse introduite par Ronsard en ce vif morceau de prose railleuse qu'il intitule Aux bons et fidelles 7?te<fect?M pre~tCans, M/- prise de trois pillules [les trois pamphlets~ qu'ils m.'on< e~t'oyees. Ce texte étant un exemple du latin bouffon de Ronsard, je crois devoir ne pas


l'omettre ici, bien qu'il figure dansles éditions et qu'il ait été composé vraisemblablement avec l'aide des médecins du poète. Voici la purgation qu'il conseille à ses adversaires, non sans recommandations joyeuses « N'oubliez apres la prise vous faire ouvrir la veine moyenne senestre, et apres ventoser et scarifier deux ou trois fois la nuque du col, pour atirer et evaporer l'humeur noir et melancolique, lequel sans relache vous tourmente et gaste le cerueau » Recipe radicum po/y/M~i't <jruerc:'m, capparis, lamaricis, lapathi, ana unciam semis, /unt!'<er/-ae, An~/oss: ~orrayï'm's, chamaepitheos, chamaedryos, sco/ooendru, epithimi, ana mamou~um senns, loliorurn senne Tru~K~a~oram. drachmas tres, fiat decoctio pro dosi, in cola<ura d/sso~ae ca/Ao~ct unciam unant, con/ec~tofus hamech dragmas ~res, ~?/r;zpt de fumoterrae dragmas sex, ~a~ polio, t/e<ar tempore p/'aef/c~o. Quod si hoc remedium non ~a<t.s ~Durgrart~ humorem melancholicum, augealur vis eius addito elleboro e< lapide cyaneo praepara<M ut decet.

Tout en laissant ici au P. Ronsardi re~Bon~H/n la place qu'on ne peut lui refuser, je crois devoir soulever un doute d'attribution. Il se tire d'un texte de Jacques Grévin, vers la fin du Temple de Ronsard, qui accompagne la Seconde Response de F. de la Baronie [Flor. Chrestien], parue en septembre 1563. Grévin, qui est un connaisseur et sait à quoi s'en tenir sur l'entourage du poète, réplique ainsi à son ancien maître « Messire Pierre mon amy, vous pouvez communiquer ce Temple à vostre maistre le Limosin, afin que Agnoscat mores ille legalque suos, le remerciant de nostre part de ce qu'il a pris la peine de defendre son disciple vous luy direz que les grenouilles (qui font des long temps la guerre aux rats de son pays) n'ont pas été si grues, qu'ils n'ayent bien cognu le masque de sa patte. Ce qui n'a pas esté sans crier Au rat, au rat. » Ce passage, qu'on a cru viser seulement le poème /n laudem Ronsardi, me semble s'appliquer surtout aux vers sur les grenouilles du lac Léman, où je suis assez incliné à retrouver, comme Grévin, le goût et la manière de maître Auratus. Rien n'interdit de penser à une collaboration inler pocula entre Dorat et Ronsard.

III

Ao.CAROLUM LoTHARIKûUM.

Carole, Ronsardum sine vincere, u;'c<us ah illo

Post tua victurus /ac<a superstes erit.

On lit ce distique en 1565, à la fin d'une plaquette intitulée Le Procès, A <est7<us~'e Prince Charles, Cardinal de Lorraine (s. I.


n. d.). II se retrouve dans les éditions Collectives de 1565 à 1573~ à la suite de la pièce, qui a été insérée parmi !es .Po~'MM avant de prendre place, sans le distique, dans Le Bocage royal (éd. L.~ t. III, p. 268; éd. BL, t. III, p. 349). Bien que le motif en s'bit simplement l'impatience du poète d'obtenir les largesses trop retardées de son protecteur, on rencontre mainte page éloquente dans ce morceau, composé avant avril 1562 et commençant ainsi:

J'ay proces, Monseigneur, contre vostre grandeur,

Vous estes defendeur et je suis demandeur

J'ay pour mon advocat CaHiope, et pour juge

Phebus qui vous cognoist et qui est mon refuge.

Un distique Ad Ronsardum, qui répond à celui de Ronsard, est cité par Laumonier d'après le ms. jF'7'. 4897 de la BiN. nationale AfHsarum Ransarde decus, AMCczncereCar/Hm,

Post sua nam vincens /~a SM~er~M erit..

IV

ÎK CtCEROKËM A DYOKiS. LAMMKO tOCtS J!<!<t)MËBAB!HBUS ËMENDATDM.

Qui iacuit longo post funera rosHs ab aeuo, Tullius ille, decus, ~'n~uae~e?!i!ue togatac, fH/cr:o/*e <i?nej&7'Msuy~c<yH<' reuisit MH~ere diuino Z,an?j~ qui velut a~ey ~n/M:c~es, illum caeco rëMoeaH~ a2) O~o. P. ~o/May'dus /acMj&ai(.

Inconnus à tous les éditeurs de Ronsard, ces vers Sgurent panm les liminaires de l'édition de Lambin Af. ?'H~t:CMeroK~ opera omnia quae ea;an/, Dionysio Lamj&!yto ~fons~ro~'e/t~~ ça; coof:'c:'2)us M!&nHseriplis emendata el auc~a. Parisiis, ïnac~~B~ 7?OH:7~'t, 7acoAea. ~D~JYV7. In-fo!.

La présence de Ronsard parmi les poètes humanistes, qui honorent cette grande œuvre de leurs louanges, s'explique par ses relations d'amitié avec Lambin (v. plus haut, p. 154 sqq.). Au reste, sans parler de Dorat, qui célèbre en grec et en latin son collègue au CoUège royal, et de Henri deMesmes, dédicataire de l'ouvrage entier, il y a encore deux poètes de la Pléiade qui ont donné des vers au nouvel éditeur de Cieéron ce sontBaîf(<~u!'n:o<~o~en<~osM macH~at'o~n~'ne nacuM.) et Belleau (7//c qui pro ro~/rM guern o~r'M s/Hjcuers Qui-


yt'). Toutes ces pièces sont reproduites dans D. Z,amAtrn Afons/o~ens/s 7'u~'a~ae e/ne/tf/a~ones. accuyaut< Fr. Nie. ~~et/t, Sf/e~n! Cobtentz, 1830, p. Lxxx sqq.

L'allusion qui termine le morceau de Ronsard se rapporte au centaure Chiron, né de Saturne et de PhiHyra (non Phyllira), expert dans l'art de la médecine et de la chirurgie.

v

AD GA-ROLUM ACENOREUM,

EPÎSCOPUM CENOMANENSEM, EPIGRAMMA.

Materiam vellem meliorem /a<a dedissent Spectandi egregios marte vel ar<e viros, Quam nuper Gallis 7oHeyua/K damnante dederunt y/'M~a~o~ue aris praelia proque focis. Si <a~e/t Aa~d alia licuit ratione prohare 7~ Patriam quantus fortibus esset Amor, Pace tua dicam fuit hoc, Ga~<a, tanti Visa quod es vires ipsa timere tuas.

Si modo sic patuit pro laude ~uA~c pericla QH~ posset Patriae proque sa~u<e suae 7~onsa/~tM Patriam /)a<r<s de fenderat ar~ns, Carminibus ~)a<r:7s/)a<r!'a sacra canens. Digna tuo quondam quae nomine Charta legatur, Carole, Agenoreae gloria magna domus: Qui velut au~)tc:~ iisdem quibus usus et ille Cenomani vindex ausus es esse soli.

Si ~a/~te~ ut linguae post sancla pericula, linguam A~o~ ~K<Ja~ fortis sit comitala manus.

Ce poème, où résonne tant de fois et si noblement le nom de la patrie, a été placé en tête du Discours sur les Misères de ce temps dans l'édition collective de 1567. Il est supprimé à partir de 1584 (éd. L., t. VIII, p. 114). Charles d'Angennes, évéque du Mans, avait succédé sur ce siège au cardinal du Bellay. C'est dans son diocèse que Ronsard tenait en commende, depuis 1555, la cure d'ËvaIIIé sa paroisse natale, Couture, dépendait pour le spirituel de l'évêché du Mans, où il avait lui-même reçu la tonsure en 1543. Le poète ne pouvait manquer de reconnaitre, en dehors de toute idée de flatterie, la fable de la descendance de la famille d'Angennes, qui se prétendait


issue d'Agénor, héros troyen tué par Pyrrhus on la retrouve dans la Responce aux injures

J'honore mon Prelat des autres l'outre-passe,

Qui a pris d'Agenor son surnom et sa race.

VI

[REGIS CAROLI IX EPITÂPHIUM]

Carolus in terris terrarum ~o/'M vixit

Aifa.K:nta, Justitiae magno et ~e~a~s amore:

~Vu~c idem caelo viuens est, gr~o/'M cae~,

Quo se Justitiae et Pietatis sus~H~ a~s.

Ces vers ont paru dans Le Tomheau du feu Roy Tres-chrestien Charles IX, prince <res-</e/)onnat're, tres-vertueux et ~'es-e~o~r!fen<. Par Pierre de Ronsard, aumo~n!'e/' ordinaire de Sa Majesté, et autres exce~eft~ Poëtes de ce <<'M~s. A Paris, de l'imprimerie de Federic Morel. [J574]. La marque porte P:'e<a<e et Justifia, devise donnée au roi, par Michel de L'Hospital et qui a inspiré d'autres vers de Ronsard. Cf. éd. L., t. VIII, p. 106, 114.

VII

AD TuLLEUM PHniHM PBAESJDEM. L:/Kjraae, l'ullee, prima T~u~Mnaë Quondam gloria, nunc Calonianae /(/em.~r:/HHS Ao/MS~euey~a~M,

Hoc est Justitiae atque sanctitatis, Cuius gloria su/Mma, per fauorem A~ cuiquam dare plus minusue Justo A te gratia nunc rogatur ista, J. te sola roganda quae decenter, 11 te sola decenter !7?~pë~anefa Ronsardo /'ac!'as tuo clienti,

7~ causa /ac:K, probata, aperta., Non prosit /auoy ullus ut nocenti, Sed ne obsit fauor ullus innocenii.

L'original de cette pièce est conservé dans un recueil de la Bibt. nationale, Dupuy ~3 7, fol. 248. Il porte, de la main de Pierre Dupuy,




l'indication Ronsardi manu, qui doit être acceptée, l'écriture étant la même que celle de l'attestation. pour Nicolas Goulu et de l'hommage des volumes offerts à Muret et à M. de Fictes (v. plus haut, p. 137, 141, 151,). C'est l'écriture appliquée de Ronsard, celle qu'on pourrait dire son écriture de cérémonie et dont il se sert dans le ms. du livre II de la Franciade reconnu par Edmond Faral. Les observations de Laumonier sur le feuillet de la collection Dupuy sont inexactes (t. VIII, p. 114). La copie existant dans les papiers de Pierre de l'Estoile avec la mention: P. Ronsardus, ex au~oyrapAo (éd. Brunet, t. XI, p. 294), parait faite sur ce précieux original.

Le personnage à qui Ronsard adressait ses hendécasyllabes, à l'occasion d'un litige qui n'est pas connu, est le Premier Président du Parlement de Paris, Christophe de Thou. La forme du nom Tulleus, choisie par le poète pour un flatteur rapprochement avec celui de CIcéron, paraît suggérée, comme l'a remarqué Blanchemain, par celui des comtes de Toul, dont la famille de Thou prétendait descendre. Léon Dorez a rapproché de la forme employée par Ronsard et aussi par Dorat (Tullaeus) celle dont se sert Jérôme Maurand dans la dédicace du recueil des inscriptions d'Antibes Praestantissimo viro [CAr:s<opAoro] de yuMo (Itinéraire de J. A/aH/'anc~ c/'An~e~ à Con~an~nople, Paris, 1901, p. v et 291). On a latinisé le même nom en 7'uthaeus mais la forme consacrée est 7'Auanu~; c'est celle qu'emploient les auteurs du Tombeau du Premier Président, imprimé en 1583, et que son fils l'historien a rendue illustre.

L'INVECTIVE CONTRE PIERRE DE PASCHAL.

L'ouvrage de prose, qui va prendre place ici parmi les écrits latins de Ronsard, est d'un tout autre intérêt que ses vers en cette langue. Il se rattache à un curieux épisode de l'histoire de la Pléiade, resté jusqu'à présent assez obscur, et révèle un aspect inattendu de l'écrivain. On le voit étendre sa maîtrise à un genre littéraire de l'Humanisme, l'invective, qui a fleuri abondamment pendant la Renaissance, et d'abord en Italie, sans laisser beaucoup de morceaux d'une qualité supérieure à celui-ci. Ronsard s'y montre assez bien l'émule des Poggio et des Phllelphe. Son style vigoureux, grammaticalement correct, n'affecte l'imitation d'aucun auteur préféré mais, chargé volontairement des. mots les plus expressifs, sans nulle préoccupation de purisme, ce « bon XoLHAC. Ronsard et l'Humanisme. 17


&ON8ARB ET !<'HUMÂNl8t!i!

gros latin » qu'il aime rappelle, au moins pour l'aisance, celui d'Érasme et de ceux des contemporains qui conservent a la langue des Anciens la couleur et le mouvement de la vie.

On pourrait verser cette pièce au dossier des polémiques du K Cicéronianisme », car la question, alors tant controversée~ de l'exclusive discipline cicéroniezine s'y trouve ~directement abordue. Le Gascon ambitieux, qu'attaque Ronsard pour des raisons a la fois littéraires et personnelles, se montre dans le milieu parisien le représentant attitré de cette doctrine venue d'outremonts, dont le prestige lui a procuré de grands proRts pour sa carrière. Pierre de Paschal fit chez nous mi personnage que l'Italie a connu par centaines et qui ne fut pas commun en France, même après les publications d'Éticnne Dolet et de Robert Estienne. Cicéronien de la plus stricte observance, théoricien pédant et infatué, italianisant affichant son mépris pour le latin écrit par ses compatriotes, il devait provoquer des contradictions violentes, et l'on s'étonne seulement qu'elles aient longtemps tardé.

Comment un tel homme, 'd'un talent mince et muni d'idées assez courtes, parvint à s'imposer des lettrés aussi fins et., en somme, aussi avertis que Ronsard et ses disciples; j'essaie plus loin de le conter avec l'ensemble de ses aventures. Il sufnt de rappeler ici qu'il tira avantage auprès d'eux, dès son retour d'Italie, des promesses qu'il prodigua de les immortaliser tous par ses futurs ouvrages. Il offrait de répandre leur renommée en Europe, grâce à la langue comprise et écrite de tous les lettrés et- qui servait si grandement déjà l'honneur des noms italiens. La Brigade avait de la gloire une avidité extraordinaire, L'idée de figurer de compagnie, autour du maître, dans les 7Hus~Hm. ut/'o/'um. eloyia que Paschal annonçait pour faire suite aux célèbres Elogia de Paul Jove, mit en joie tout ce jeune mond~ On accueillit, on fêta le méridional plein d'assurance, prompt à l'enthousiasme et aux propos éloquents, détenteur par sureroif des secrets de la plus pure latinité, et l'on contresigna, sans y regarder de près, le brevet de génie qu'il commençait par se décerner lui-même.

Ronsard confesse, avec une bonne foi rageuse, la. naïveté de ces innombrables dupes. Se plaçant en tête de la liste, il range Du Bellay, Jodelle, Belleau, Pontus de Tyard, Nicolas Deni-


sot, parmi les écrivains qui se laissèrent prendre avec lui à cette mirifique « piperie ». C'était au temps de Henri II, dont parle Étienne Pasquier, « lorsque l'on se frottoit aux robes de ces grands Poëtes qui florirent sous ce bon Roy, pour trouver un arrière-coin dans leurs œuvres ') Paschal y fut du premier coup logé en place d'honneur. Les plus flatteuses dédicaces, dans les recueils publiés à partir de 1550, attestent comment se payèrent par avance les services qu'on attendait de lui. Si celles de Ronsard furent les premières et les plus reluisantes, les cinq pièces des Regrets où Paschal est nommé auraient suffi à mener son souvenir jusqu'à nous, sans parler d'une épître au Roi, où Du Bellay le célèbre un jour aux côtés de Ronsard lui-même. Olivier de Magny avait contribué plus largement que personne à fabriquer cette fausse renommée et, si Ronsard ne cite point, c'est peut-être parce que le poète quercinois, plus particulièrement lié avec l'humaniste gascon, ne voulut pas prendre part à la clameur hostile qui s'éleva un jour contre celui-ci.

Quelques esprits avisés, en effet, dont étaient Dorat et Ramus, s'aperçurent que le rusé compagnon n'avait ni les moyens ni l'intention de tenir ses engagements. Après avoir reçu lui-même des écrivains la notoriété qu'il promettait de leur assurer, il en tirait parti pour se munir à la Cour, grâce à la faveur du cardinal de Lorraine et des prélats lettrés, d'une fonction bien rétribuée, celle d'historiographe du Roi. Elle lui permettait de se passer de ses amis et de se livrer désormais à une paresse naturelle. Se disant absorbé par les travaux de sa charge, qu'on l'accuse de n'avoir pas remplis, il éludait ses obligations envers ceux qui lui avaient fait la courte échelle à force d'odes et de sonnets. Les poètes virent enfin qu'on s'était moqué d'eux. Un de leurs amis plus sincères, Adrien Turnèbe, déchaîna les attaques par une satire latine; Du Bellay s'y associa en la traduisant2. On était en !So9; la mystification avait duré dix ans. Ronsard se montra le plus acharné. Pressé d'arracher à son tour le masque qui l'avait abusé, il tint à employer à cet usage la langue habituelle à l'imposteur et, par une ironie assez heu1. Les OEuvres d'Estienne Pasquier, Amsterdam, 1723, t. II, col. 292. 2. Toute cette histoire se trouve racontée dans la quatrième partie de ce livre, avec les références utiles et avec une mise au point que permettent le groupement des témoignages sur Paschal et l'étude de ses écrits.


reuse. adopta la forme de l'éloge vainement attendu par tant de poètes. S'inspirant lui-même de Paul Jove, dont les œuvres étaient dans toutes les mains, il montra élégamment que cette besogne d'imitateur n'était pas aussi dif6cile que le prétendait Paschal. Au reste, il ne s'assujettit qu'à peine à suivre le modèle italien et, dans le cadre qu'il emprunte, il s'abandonne librement au caprice insolent d'une raillerie débridée, ne j'eculant devant aucune audace. Le portrait physique ne le cèd.e pas, en traits méchants et drus, au portrait moral dont il accable son ancien ami. Sa rancune dépasse assurément les bornes, car on verra, en vérifiant des griefs qu'elle exagère, que Paschal, malgré ses airs avantageux et ses défauts d' « arriviste », comme on dirait de nos jours, n'était pas dénué de tout mérite et ne justifiait pas tant d'outrages.

Bien que le poète l'eût menacé de faire imprimer son invective, elle ne circula qu'en manuscrit. Le succès fut grand dans le public d'initiés auquel elle s'adressait, et Étienne Pasquier, déjà bon défenseur de notre langue, en fit incontinent une traduction française. Il écrivait à Ronsard à ce sujet:

Voyez quel commandement ont vos ouvrages sur moy. A peine estois-je arrivé à Argenteüil que j'ay leu et releu l'Eloge Latin que vous avez fait de Pascal: et l'ay leu de bien bon cœur; car quelle chose peut venir de vostre lime, qui ne me plaise? Vrai Dieu que vous avez à propos descouvert sa piperie ? Comme non seulement vous avez combatu, ains abatu ce grand monstre ? Si que je me promets (quelque privilege d'impudence qu'il se donne) que désormais il apprendra à se taire, et de né publier ses inepties devant la face de nostre .Prince. Parquoy soudain que j'ay esté de repos, je n'ay eu rien en plus grande recommandation que d'habiller à la Françoise vostre Latin. Ce sera à vous de juger si bien ou mal. D'une chose vous puis-je asseurer, que si je ne vous ay satisfait, je me suis contenté moy-mesme pour revanger une juste querelle de nostre France et des gens doctes, entre lesquels combien que je ne me donne nul lieu, si vy-je en cette espérance que chacun d'eux, tant que vostre exemple que le mien, apprendra à la parËndegarentir ce Royaume de cette dangereuse beste. En quoy nous ne faisons rien qui n'ait esté attenté par ce grand personnage Tournebu'.

i. Les ~t:M'e.<! d'Est. Pasyuter, t. II, col. 33. La lettre La Croix ~u Mfnne est au t. H, col. 238.


Cette petite bataille littéraire, intéressante par les noms qui s'y trouvent mêlés, laissa quelques souvenirs. On en trouve l'écho dans une plaisante page de Brantôme. Pasquier lui-même l'a narrée, en écrivant à La Croix du Maine, lorsque ce bibliographe préparait son grand ouvrage consacré aux écrivains de son siècle sa lettre fait revivre assez bien les passions qui expliquent l'opuscule de Ronsard

J'entends que bastissez un livre qu'intitulez la Bibliothèque, qui est un Cathalogue général de toutes sortes d'autheurs qui ont écrit en françois, avec un recit de leurs compositions, tant Imprimées qu'à imprimer. Oeuvre certes laborieux et digne de celuy qui a beaucoup veu et leu; mais auquel avez à vous garder de plusieurs embuches de ceux qui, pour ne pouvoir par adventure rien de soy, tascheront de s'advantager en réputation, aux despens non de leurs plumes ains de la vostre;-car ne pensez pas que la fosse de Pierre Paschal n'ait produit plusieurs rejettons. Quand je vous dis Pierre Paschal, vous sçavez ce que je veux dire. Et neantmoins, puisque je suis maintenant de loisir, encore vous en feray-je le conte par manière de passe-temps. Pierre Paschal estoit un gascon, qui sur son premier advènement se lit amy et compagnon de la pluspart des poëtes de nom, qui florisspient sous le règ'ne du Roy Henry Second. Cestuy, voyant tant de nobles esprits mettre la main à l'oeuvre, et qui luy eust esté mal séant au milieu d'eux d'e se taire, commença de nous repaistre de belles promesses, se vantant de faire l'histoire de son temps, et pareillement le sommaire des vies des gens de marque, qui lors estoient, à l'imitation de Paul Jove. Sous ces faux gages, il sollicitoit impudemment uns et autres poëtes de le trompeter par leurs escrits, leur promettant une pareille et de les arranger entre ses Hommes illustres. Ses importunitez et prières porterent tel coup, qu'estant haut loüé par Monsieur de Ronsard, et quelques autres, le bruit de son nom en vint jusques aux aureilles du Roy Henry (ce n'est pas un petit secret des affaires du monde d'envoyer un bon bruit de nous pour avant-coureur de nos actions). Le Roy. au son de sa renommée, le fit son Historiographe, aux gages de douze cens livres par an. Toutefois, après son decez, on ne trouva rien si froid que son estude car aussi, pour en dire le vray, il ne sçavoit parler ny latin, ny françois et le peu de latin qu'il redigeoit par escrit estoit tiré, piece a pièce, des Commentaires de Nizolius, pour dire qu'il estoit Cicéronien. De ce vous en puis-je asseurer, comme celui qui l'ay veu de près. Et qui est le plus beau de ce conte, c'est qu'au mariage de la Royne d'Escosse avec le Roy Dauphin, il fit imprimer une longue harangue fort mal bastie, dans laquelle il faisoit


parler au Roy ceste princesse fort jeune, quand elle arriva en France, tout ainsi que si elle custeu trente ans sur la teste. Et portoit le tiltrèque cette harangue avoit esté extraicte du quatre ou cinquiesme livre de son Histoire, dont il n'avoit encore encommencé le premier. Celuy qui halena premierement son fard, fut ce grand et docte ~driande Tournebu, personnage aussi aigu et violent en satyres contre ceux qui le méritoient, comme doux en moeurs et conversation avec les gens d'honneur et de lettres; lequel luy fit une plaisante éptstre sous ceste Intitulation, ~'yo libi, laquelle fut depuis mise en françois par Du Bellay; et à leur suite Ronsard, qui l'avoit tant de fois célèbre par ses escrits, chantant une palinodie, fit un éloge Latin de luy, que je traduisi en François et ay encore entre mes brouillas.

A défaut de ce texte français, qui est perdu avec les « brouillons M de l'auteur des ~ecAe?-<~6S de la Fr&nc~, nous .aurons l'original latin plus intéressant pour nous. ÏI est conservé parmi des papiers provenant de Jean de Morel, dans laC'oMec~o Ca~eya/'tana (vol. 33), à la Bibliothèque de Munich. Ces feuillets, dépourvus de titre et de nom d'auteur, n'attirent pas Inattention parmi tant d'autographes des amis de Morel ou de sa. famille~ où ai recueilli jadis diverses pages de Michel de L'Hospital, de Joachim du Bellay, de Dorat et de quelques autres. Ils offrent t cependant les caractères d'un manuscrit original et, bien que l'ensemble paraisse de la main d'un copiste, plusieurs additions sont dues à l'auteur lui-même. Je regrette que les circonstances ne me permettent pas de vériner en ce moment les remarquôE faites au moment de la transcription mais aucun doute n'est possible pour les deux additions importantes de_lâ fin, celles qui portent sur les défauts physiques dù Gascon elles sont d'ung écriture cursive, un peu fébrile, pleines d'abréviations et de ratures.

Dans l'édition qui suit, la graphie du manuscrit est exactement reproduite la ponctuation a été ajoutée et des alinéas ménages pour la commodité du lecteur.

[PETRI PASCHASII ELO&ICN.]

Petrus Pasc/taszHS V.MCo, H/ coy/to~ïen. </)SHm~icf!cs~, ea? M/~Kae~aj&Mc~a familia natus est, ~ruantu~~ea~ &'r.&aHO <e)"p Pon~/tce c~y~e77t traxisse ~o?*!C~ Ab :cu~~ âe~afê Csi~pe~-


/o/'ac~:KScAo~s~uj&C!S, non in priuatis aedihus Sadoleti, ut zac/a~~r~a grammatices elementa suscepit. Verum cum animadiierteret illorum, ut coe~erar: deinceps ar~'uM, se nullum pro.gressum facere ad ius ciuile jDerd~cpnf/u~ Tholosam profec/us est. Cu/Tt autem ihi neyue Iurisprudentiam ne~ue Iurispru(lentiae interpretes animo prorsus a~scyu! posset, relictis tum r/pmu~ legibus, ad co~sc/'tAe/~d'os ucrsH~ ya/~co~ totus se con~ulit. L~ ~eye~ ~yz'~UM, !<a versus, ficto yuoda~ altioris disciplinae ohtentu, nouus philosophus penitus neglexit, quamuis nescio quid T~eya/e Canticum (sic enim in Ludis Floralihus Tholosae ap/)p~a<ur), Oj&scu~m ~acer~m.yue et lahirintheo errore intertex~m,?KX/i;'cM~au~&u~e~e/'a~.

Cu/M autem Tholosae degeret, in amicitiam Durbani2 (viri ~yo/ec~o u/cun~ruec~oc~), simalato literarum nomine, clanculum ~a irrepsit, ut pene Dur ha n i allera videretur a/n/na. Is primus Dur han us in Gallia tale Mons~HM, quale in ~/t/ca non yeMeratur, magnifice et cum magno apparatu prodidit et hominem adeo i'/te~~HM et ~~e/'a/u~n, /n/7t:u/7t credo indulgens amicitiae, nu/Hc/'o doclorum inseruit. A~unc illum laudans, nunc ah illo vicissim laudatus, ita mutuis laudationibus af/ nauseam usque /e/s, :~pud'e~ss!/Ha garrulitate eruditorum aures Uj&:yue yen~'u/K oA/u/K'/eAa~ Cu/M. autem ah omnihus suam inscitiam <aM deprehensam &Ac/o/H& an~a~uer~sse~, ~o~!a/M <u:~ uAt de /ey!j6us in corona doclorum virorum (ut ait) /)uA~:ce respondit ac </oc~o/' /Kayno c~nta/)/)~ausM7?o/Ka7toyum, /eyum~anee.~e/uyn, elfectus est //)/'ou~e s/A< consulens, ne si yutc~ 7'An~osae de ~y:Aus hiscerel, ah o~)u~ explosus et irrisus e suy~e~~u ~uA~'co </c/u/'j6a/'e~u/

1. Le ton méprisant de Ronsard rappelle un passage bien connu de la Df~ence « Me laisse toutes ces vieilles poésies françoyses aux Jeux Floraux de Toulouse. comme Rondeaux, Ballades, Vyrelaiz, Chants Royaux, Chansons, et autres telles episseries. » On sait comment Guillaume des Auteiz a défendu contre Du Bellay le « Chant royal o et aussi « l'Eglantine Tholosane ». Ronsard lui-même reçut celle-ci en i8S4, probablement sur l'initiative de Paschal.

2. Michel-Pierre de Mauléon, protonotaire de Durban.

3. Ronsard a célébré plus que personne l'amibié des deux inséparables méridionaux. On remarquera qu'il ne fait point d'allusion ici. à un plaidoyer latin'prononcé à Venise, au nom de la famille de Mauléon, et traduit en français par Durban, dont il a parlé dans ses premiers recueils avec d'hyperboliques éloges.


Perlustrala Italia, una cum Durbano Luteciam profectus est, ubi primum modestus et sibi ipsi imperans, nulla elatus SH/~r~/a in literatoruin virorum consortio se miscebat, ah amicis postulans ut sibi Ats~o~arum nostri ~empo/*tsc07n7?!.en~a~a<aderen/' et Ctt f/e causa se hue venisse a/mâ~a~, ut de re~us ad hanc rem /)er/;nen~~us certior factus A:s~pr:am. a~yHsndo scri.&p/'e~.

Interirr. in amicitiam Poe~a/'u/n, s:ue yu:~Crsece,s:ne quid Latine aut Ga~!ce seribentium, zm~o/uno amj&(! seM~in~ irrepens, seipsum MS!nuau~, neque eorum quisquam euadere potuit, yu! suum nomen immensis ~azzJ~zH pêne joQ~en~o.s:s ignominiose extortis, posteritati co/Kme~Jare~Rc~sa~us ~Hmu/n, impudentissimis iisce laudationibus ad taedium et nauseam usque et usque e/~ay~a<ts, malo daemone initium dedit, ~HCM d'c~cepss<'CH<!su/Be~aius, Iodellus, Bellaeus2, 7'A:a/tus, De/so~us et a~M innumeri eodem veneno infecti, quos MMMtc/'are <n/?nt/uy7t esset. A'eyMO ea ~e/~es~a~e, qui studio S!j&~ /'ama~a~~Ha/7: comparasset, Luteciam ingressus est, a yuo!~ fpso etiam por<a/*u/n limine u~Mz~e/i~s.szma~ non e/V?agr:~are~ testimonium, illum per Deos 7m7~o/a~es, per manes pa~erno.s o~pcra~s uar<9~aHcf!'j6os Pase/tas~Hm astris insereret. 1. D'après cette indication, Paschal aurait, dès son arrivée à Paris, annoncé l'intention d'écrire l'histoire de son temps et demandé des notes et des mémoires aux témoins des événements. H se préparait déjà à briguer les fonctions d'historiographe.

2. On trouve, pour le nom de Remi Belleau, d'autres formes, Bellaqua, par exemple dans l'épitaphe de Dorat, que Piganiol de la Force lisait encore à l'église Saint-Benoît: Cuius ex sinu pro<~tertm< tot patriae suae decora, <<)/ a<'<a<;s suae or;!ayKC/t<a, Ronsardus, Bellaïus, Bellaqua, Bat'tas, ~'or~aeus, <'<<t't'<y< Dorat a j&ué lui-même, en célébrant Belleau, sur le nom très semblable de deux poètes du groupe (Poen!a<;3, 2e part., p. 93) 7n jRemt~tt Bellaquei Poenta<a.

C.'tr~nna f~ntpo~e<yrandt resonareco<AujEKO ~onsardum GaHts Rey:a musa dedit. Belli bella ambos ~ntCa7'm:'na ludere passent .Vomtm'&ns bello he~a Camena dedit.

Be~atcm.prtmum, ta Be!taqrcÊean~e SBcnKdnm .Yunc ehant primum, dum prK)r ille tace<, ~ffsa duos dederat bellos, Parea abstulit NBKnt; f/nns enim cMasposse, quod ante duo

Occiderit hellus Bellaius

.a~ts~esnperstt

Betlaqueus, J'xsHse qm/!aa< uberaquae.


Prt/~z omnium Auratus, Bellayus, Ramus, Bellaeus, Pe~e~a~~HS, Regius, Bai fius, nonnullique eiusdem classis et notae summi viri, crassissimam hominis inscitiam et /'ucH/n. (ubi primum inter eosde bonis literis sermo incidit) nasu~! subolfecerun~ et illum eodem plane modo, quo nuper A/on~j&oue/n.~ non sanae T~en~'s Poetam, dicteriis et salihus de~seru~ Verum, ubi a~ aliquo nouo ~aHC/a~ye se satis coM/Ke~c~a~uM videt, evanescit; et proprias laudes vel /s excudendas curat, vel interpellatim recital, vel in Ironte scrinii collocat, ut sint omnibus ingre~e~<<j6us o~u<ae, vel in TPeyzam suis fautoribus de/'er~ ut :ac~aj6u/!<e(M<en/a<yuan~use~<7ua/MMO/'e Ao/M~u/K Pa~eAaz/~u~s 3 versetur.

Co/'roya~MH~c~tyue laudationihus, yuas ut prorsus veras animo sibi /?Ma?era~, spretis ~o~ tantisque doctissimis viris, /!ac tempes~a~e in omni literarum genere a~yue disciplinarum a pueritia apprimè educatis, Regem et eius historias a trahile percitus animo concepit. A~unc autem et antea mutus, inter mutos non apparet; sed palam ore distorto et elatis in caelum oculis, iaclare non eru&esc~ se omnium e~oyuen~'s~i'mH/n et plane Ciceronianu7n esse, qui tamen nullo proprio marte fretus, sed aua7~:ar<&u~ armis adiutus, locis yu~usc~am communihus, Dolet commentariis /:A~syue Man u ti i immensis et praegrandihus thesauris Rohe r t i 'S<'e/)Aam et Nizolii, in quihus phrases omnes Ciceronianae facile reper<un<u/' ea ipsa Ciceronis verha, et non alia, suae 1. Les amis de Ronsard qui ont eu du nez H (nasu<t) sont Dorat, Du Bellay, Pierre de la Ramée, Belleau, Jacques Peletier, Louis Le Roy et Baïf. H a oublié Turnèbe.

2. Bertrand Bergier de Montembeuf, poitevin, est le plaisant de la Brigade. H. Chamard (J. du Bellay, p. 47) a relevé les dédicaces des poètes à ce fantaisiste de belle humeur, dont Ronsard loue les qualités de coeur et à qui sont attribués quelquefois les Dithyramhes recitez à la pompe du Aouc de Jodelle. Du Bellay le qualifie de « poëte bedonnique bouffonique » il donne dans les Xenia son nom latin Montibos poeta dithyramhicus. Il avait fort peu de lettres et un grain de folie, si l'on en croit ici Ronsard. 3. Il y a bien Paschautius en surcharge.

4. Ronsard connait fort bien, on le voit, les commodités qu'offre la librairie savante de l'époque aux amateurs d'imitation cicéronienne. Mario Nizzoli, mort en 1560, est l'auteur des Obseruationes in Ctee/'onem, Brescia, 1535, et du Thesaurus Ciceronianus plusieurs fois imprimé. La France a pris dans ces travaux lexicographiques une part considérable. On aime à voir Ronsard rendre hommage aux « immenses Trésors de Robert Estienne. Le Thesaurus ~nf/uae latinae a paru, sous sa première forme, en 1536; l'auteur dans sa préface remercie, parmi ses collaborateurs, Budé,


/M.~o/'Me tn~uJe~/er assuit. [~yue id putida ac puerili om~nno imitatione audet, ~u~o eruditorum excepto, aut ullo apud illos y'ec~e et pudenter :/H:~and{ ay~CM recepto et approbato ~]. Cefte si in legendis bonis au~o/j&M oZesTh e~ opeyam (ut dtpztur) ~nsumpsMse~, diuersa verba uaria et ass~dHa ~e~one's:A{ petita et comparata scribertti, ultro mewortae o~ma neque inuita. se prap~eypn<, neque sane H~unt maius :mper:ae indicium p~~ dere potest, quam iurare unius in verba magistri, et, solis ues~g-HS !e~ Ciceronis, vel Caesarts tenaciter M~aere/'e ?. Ge/ms dicendi amplissimum e</e/'act'ss:ynuM non in solo Tullio, yuantuis eloquentissimo, -Ao~aru/K ~e/'arHm Cop:a 6o~e~Hsa est. Z,eyend:7.s est Va/'ro, -P~f~'us, Titus Liuius, Salustius, Ca/o, Pa~d'ee~ae /urM 3, Terentius, P~au~!M; Virgilius, jB'o/'a~as aliique omnes latini ser~c'y~s principes Et A:e nïay~aTM t)erAorH/K supellectilem sibi comparare conueniebat. Sed' yHod iudicium de Ctceronë in medium afferre posset, ille ~au~Hm usque s<~eo impuderas emendicator et Ae~HO? ~mnusyaan~ Cteeronem Mc~ nec zn~eHex'~? V:dt, :ftyuM, Familiares Epistolas. .4< hoc non est, M~' j&one, ?'uMfuM perlegere. Euoluendae sunt ad Atticum Epistolae; de Ora~ore, de ~Va~urs Dep/'M~, T/mscu~anae (~Maes~ones, de 2~n!'j&HS bonorum e~ /Ma2oyt!M ~A~ su~< insLazare de Baïfet Toussain. La seconde édition, en trois tomes, est de 18,43. Les Co~MM/~artS M~yuae ~<Mae. S/ep~afto Doleto G&~o~.aMMo aM~e) dédiés Guillaume Budé, forment deux in-folio publiés par Sé'b. Gryphe, à Lyon, en 1536-1538. Le premier volume contient, aux.pol. i227~183S, sous le mot Eloquentia, une vive attaque contre Erasme et l'exposition complète de la thèse cicéronienne, dont voici les sommaires C~ccrofUs ~onteft tion /tOMMt)i, sed eloquentiae nomen est. Pcra cef'j&orHf?t copia non aKunde ~u&;naCt<;eyoyte peténda. Cicero ma~rne oMK:M7n imitandus Latine loqui cupienli. Seriptores otnnes legendi, sed nullus tm:<aaJuS p~'ae~er Cicero~PM).– Dolet approuve aussi l'usage du vocabulaire de Térence et juge ridicule la trop servile et « superstitieuse )) imitation ugitée par certains cicëroniens; mais le parallèle qu'il établit entre Longueilet Erasme, si dur pour ce dernier, achève de préciser les principes de toute une doctrine littéraire, que personne n'a mieux défendue que lui.

1. Addition marginale du correcteur, qui n'est autre que Ronsaid luimême.

2. Le glossaire personnel de Paschal, cité plus loin parmi les manuscrits qu'on a de lui, ne renferme que des exemples de Cicéron et de César. 3. L'insertion des PM~ec~es dans la liste des ouvrages de boMielatitttté remonte à Politien, qui en avait préparé une édition, Elie est Intéressante à noter chez Ronsard.

4. L'incorrection de la phrase paraît tenir à la rapidité de la !'édaction/


piciendil; denique tolus coHcoo'enduses< Cicero, a/~e<yua/?t romanae, imo diuinae, illius eloquentiae te primum aut unum imitatorem et e/~u~o/'e/M <'sse/3raec~!ces.

Verumenimuero cu~ Paschalius assidue animo revolueret quanam ratione honestè Regi imponere posset, au~coru/M amici~am. o~n: obseruantia et ohsequio stA: comparare decreuit. Pri/rn!/K/~a~ce~o<tCa7~e! et /a/A~o/t~uc! u!oru/M./)ro/ec~o NU/K/MO/'u/M et in omni j6o/taru/H literarum disciplina ec/uca~o/'u/ amicitiae necessitudinem blandiendo S! deme/'H~ qui, cum illum diligenlius inspexissent, non .so~u/n de bonis literis, ue/'H/n. etiam de eo genere scribendi, in quo versatum se gloriatur, ignarum prorsus atque imperitum animaduertissent. Sed decepti quiAusda/M e Sadoleto et Bemho suA~p<tC!M epistolis, et a quiAu.sc/a/M ~'ce~dt/br~u~Me e Cicerone ~)erpe/'a~pe<!<M, intentatuma<yue inexploratum in commendatione apud Regem posuerunt, ita ut (proh pudor) opinione sola Regius Historiographus mercenarius ~.x imperitissimis omnium !/K/)er:~M~us e~ec~us sit. 0 tempora, o mores! A~omopA~a.r illum /bue< doctissimus ~e Cardinalis Lo/Aaye/ms videt et Rex o/)<- patitur. De2)crent profecto, deherent etiam grammaticuli hominem tanta animi insolentia supe/t~em. et Regis oculos vana allusione /)er~~y~~eM~e/?:. et ~ue/t/~can~em., flagris et priuatim et publice caesum, ad grammatices vel prima perdiscenda praeceptori Afo/T.tibouo ~ra~cyc. Eritne ille 77M<o/'zoyra/)/H7S~eytus, Turnebo ~4 u /'3 ~~yu e sprelis ? qui ne AM~orzae yutf/eM t/M~s /to/Men. ad/nzc j&e/te nouit ? qui ~e minimam cru~e~ partem vel artis j6e~e dicp/ïd~' vel ~)A;7oso/)A!'ae vel Ma~e/Ma~c~ vel naturalis diuinaeqzze yAeo~o~zae vel medicinae ? Sed yuo/'su/7: lam arc~Ha~er~eyuor? Verum nec prima (uli c~ceAam) linguae aut artis cuiusquam rudimenta summis labris unquam dey:M/a/ ? Verumenimuero, si quis etiam nunc illius scur:a/e fascinatus me quadam inui(/;a /7<o<u/K in eius contumeliam talia opprobria palam prôferre iudicat, euM ipsum interroget. Aliquid ah eo siscitelur 4, illum percontetiir et primo ~Moytze verbo vel oj&/KU<6Me~, vel prorsus sua/7: patefaciet !/Mc~:a/7!.

1. On peut voir ici une liste des œuvres de Cicéron familières à Ronsard. 2. Lancelot de Carle, évêque de Riez, et Jean de Monlue, évêque de Valence.

3. Le Vomophylax estle chancelier, Michel de L'HospitaI.

4. Sic pour sctscf<6<ur.


Z/'j&r<M Historiartzm-nostri <e~ipo/'Ms tertio, ~unco et mutilato nempe volumine, lucri gratia, vafrè aggressus est, ut Rex flagrantius primum a<o'H6 a~erum desideraret. A~e.c tamen e:usdem libri auctor ipse fuerat primus, sed Franciscus Rabutin us quispiam miles gregaritts, qui rej&!zs:Mce_aj& j~enT'Mo /eye eiusque legatis et exercitu gestis, dum Pr:/tctp: ~uer/ïenst stipendia /'ace/'c~, singula prope ubique presens, J:~en~:a non plane a.~<najM:anno~aHpra/, atgue in commentârios quo potuit sermone gallico re~u~ra< Quos postea isle noster sibi ipso ab ~a&u~no o legendos ce/Mcndos~ue/br<e traditos, suppresso interca auc~oris nomine, dum opera :z<! consueuit aliena subnixus latinos /aci<, .fuos fecit ac sibi qua vidimus :pst impudentia.pu&~cc apud Reges in Aula et totius Galliae oculis pro suis aseripsit et arroya~ Sic vos non vohis fertis ara~ya Aoucs Sed quis, ~Haeso, unquam historiae eon&crtj&en~ae a ~j6ro, tertio initium dedit? praesertim nostrorum ~cw.po/'u/n, yH:Aas vel nu~iMS conditionis homines testes oculati, cum res agerentur, /.)racs~ a6?/'ue/-u/P Verum cum ex sententia non salis foeliciter .s'~eccJere~ historiae con/?C!'enJae opinio, et eum ~us :m~os<Hra ah omnihus deprehensa ce/'nere~r, ut magis atque Magr:s /Mmtnum tuc~c!untpp/'<en~a/ /aym<'7!~um aliquod in Reginae Seoto/'um nuptias, su~pre.sso tamen nomine, clanculum excudendum curauit Si ex voto surcessisset, epistolam quandam <e~j& Historiarum in lucem emisissel, sed cum sua spe decipi (quod non s~e/'aAa~) animaduertisset, ne ~e/'j&UM~uMc/na7n~)~:tS de historia, sed /ra~rnten~M7K illud tenaciter et oj&/?rma~o animo se s<'r:/)SMse denegat 5.

i. On verra plus loin ce qu'il faut penser de ce prétetMiu plagiat des C')MfMpn<a;rMde François de Rabutin, gentilhomme bourguignon de la compagnie du ducdeNevers, qui ont été imprimés pour la première fois eni555. 2. Les six lignes précédentes sont chargées d~e retouches qui paraissent indiquer des hésitations de l'auteur dans l'expression de ses attaques. 3. On voit passer dans la prose de Ronsard des réminiscences du des citations assez communes, qu'il est inutile d'indiquer au lecteur. 4. C'est la « harangue fort mal bastie », dont parle Etienne Pasquier. S. Cf. plus haut, p. 262, le témoignage de Pasquier. Ant. Du Verdier, qui donne place à Paschal dans sa Bibliothèque (Lyon, 1S8S, p. 1035), fournit ce détail sur l'histoire de France qu'il était chargé d'écrire ff J'en ay veu au logis de la petite harpe, rue de la Harpe, tout ce qu'il avoit faiet-en sa vie, qui ne passoit pas dix ou douze feuillets, que s'en allant il avoit laissé avec quelques hardes à-son hoste nommé Maugis pour gage de la somme de cinquante escus sol, qu'il luy devoit encores, de reste de despence. ».Nous verrons ce qu'il faut penser de ces diverses affirmations.


Quemadmodum qui ca/n~ furiosi dente petuntur furere non des~u/ ita percitus atrabile a~ incepto abstrahi non /)o/es~, yu~ vel aliquid scr~a~ vel aliquid rec~e~, vel seipsum !ac~, vel suam crebris animi <ac~a/:o/K'j6us insaniam omnibus notam et planam faciat. Sic /~a.9cAa~u~ cum aA historia scribenda, ne incepta ym'Je/K, manum retiocasset, Illustrium Virorum (yuos sua :)e/a o~curos reddit) Imagines et ~oy!'a non tam scri/)cre ayyressus est, <yua/M de Pau~ illius 7ou:: i Elogiis sibi eloyMrum centones istos co/?ce/'e et ad hanc fraudem non furiose profecto, sed ingeniose com/7!e~a<u/ quam si libet paucis de<e~am.

~'os~uaM Ao/to/?ca commendatione illustrissimi f/oc/MS!'77:y!/e principisCaroli Cardinalis /.o~Aaren<(ym ~oifAo/M~HT~ inyenza et mo~es~u~c~e ca~e/, hoc solo Paschalio caecutiens) ~eyzs aures <a77T. sibi faciles habuit, intermissa vel potius non Mcep~a/t~~o/a, Vitas et Elogia Illustriorum Virorum (quae so/oec~mM~ca~u~'en~'a z~~)Uj&cu~~ro/'e/e non auderet) seriAere pollicitus est. Ut inde Regem, Principes et Proceres et ciiiuslihet artis homines, sibi blandiendo demMc:re<, et non mt/nynuM ~ucruM e tali impostura faceret, ut ~o~e quipro pictorum etiam Romae ~uaest/oru~ impensis et sumptibus a 7?eye liberalissimo duo millia ducatorum impudenter e/~u~ye/'e~ yuod se s~atim /ac~u/'uyK non d</?d!7, nisi (s! yuM adhuc mortalibus restat /)udo/') ille noster Cardinalis Z-o~Aare~us pro Galliae sa~u~e tanquam Z/ercH~ tali monstro fortissime sese opponat. Auderetne ille Histortographus Regius talia elogia hinc et /nnc verbis Tu~ et u~' dixi /ou~ emendicata 2, assuta et locis centum repetita, M lucem edere ? non pro fecto, non auderet. Du j&o/M, quot soloecismi, quot literarum inuersiones quot prauae ubique orthographiae m uno tantum elogio apparent 3! quot periodi /A~ey~ae vel a Caesare vel a Tullio decerptae, et tanquam ex bonis a~j6o/'t/)us in malis praue co7ts:<ae Ve/'Aa sunt Ciceronis, ~yu~Fa~eoy; sed 77ta~e t~~e~ec~a, deprauata et, quod peius est, l. D'après ce texte, Paschal aurait utilisé ses relations à Rome pour y faire travailler des peintres aux frais de Henri II. Ce détail n'est indiqué nulle part ailleurs.

2. Ces quatre mots sont ajoutés par l'a'uteur.

:j. Ceci paraît viser un éloge de Mellin de Saint-Gelais, le seul, comme on le verra plus loin, qu'ait composé Paschal avant l'éloge mortuaire de Henri II.


perperam scripta, ut pote qui nullum in manibus librum Aa~e~s, quam -Ma/tu~ufM vel aliquem yra/MMa~CH~am.

Desine tandem, mi Petre Pasehali, desine et J?e~ et Caydtna~{ et omnibus denique imponere. 2Vemo est usquam ~en~u/M qui /'uam non videat, quam solus non uMes, !Wper~!am, et tamen impudens aH</M palam jD/'o/~r/'e te omnium quotquot sunt in Europa (/t!sce au~j&us milies tuo ea? ore ~e~cep:) esse eloquentissimum. Quaprop~ey cons~'o hominum tibi /aue/unt Mens acquiesce et existima sea'cen~os Aac H/'j&e ~:sp!<fûs et meomp~oa excerptores et aud'~orese~s, qui /'oe~:c:use~C:eerone7K ï~n~en~ur e~ in /)o/!0 genere dicendi te longe superent. Quapropter tuos-fastus et elatiores animi spiritus comprime, et tua te tK cute eOM~n~ns, p/'<ua~a verecundia t/ytpos~ru/K te !p~SM~ïe~:rc. Quod si non feceris, per Deos Immortales, ut ~a~an! a me et a~H:He a~Hs ope/K :/?!~era7t~ent ah hac peste liberem, hoc ~HUM .Ë'J'oy<nM ~e?'!S~{mu/npuj&~cM typis excudéndum curabo, et GaMMM t':7*os a~ey'e, qui in te et tua scripta dH/HS animaduertant, tuo d'an~no tandem <K/'eM~as. Deus Op~.Afacc. meliorem mentent M~os~yu~ tibi ~ar~ta/ur.

Est statura mediocri, vultu SHj&paH:d'o, per~'M~a fronte, 8 ~su frigido et prope canino 1, lingua loquacissima et impudentissima. R An nos yuad'sy:a octo ct/'c~er~na~us.

Suj&caes!s a~ oculis $uMo/u/M quiddam p~ furiale j07'ae se ferentibus, nisi cum oblata fortè s~yHeM! /a~eyM~ ~pe ad coactam nescio quam MStp:dae lenitatis speciem eos coM~H~ co)'?ïpoSHer;<.

~Vaso ad aliquid olfaciendum semper intento. O/'e- ~a~o ad -4Mo~r:u~ pro ~oy:o perperanT. ut omnia pro~Uf~cfa~dun~ distorto se e~'uso. ~oce aspera, ~u~auca, insuaui. Congressu a~He diyressu inconstanti, fictitio, incérto ac illepido. Barba MpMa, SM~/?aua, belluina.

A .Ser~:one harbaro, tM~e/'a~ M~erctsc, p?'ec~p~, con/a~oso, /t07'do, contentioso, et optimis yH~Hsyue et modestiss. pc/'T~olesto. T~a est non eruditum ~Hem~taM loquentem, sed euT'Hm p7'e<e/en<em, asinumue c~eMa/Hm rudentem a: mo~o~Hn~t~an/t~cH~ adlatrantem aud:7'6 te putes, re uera existimes. 1. Ces trois mots sont ajoutés par l'auteur.

2. Ces deux mots sont ajoutés par l'auteur.


QUATRIÈME PARTIE

LE CICÉRONIEN DE LA BRIGADE

RONSARD ET PIERRE DE PASCHAL

Le nom de 1 humaniste qui fut historiographe de France sous Henri II figure en bonne place, pendant une dizaine d'années, dans les premiers recueils de Ronsard et de sa « Brigade '). Le personnage, par ailleurs fort mal connu, tire une sorte de célébrité des hommages que les poètes lui ont prodigués. Il en aura davantage du pamphlet latin où le plus illustre de ses amis l'a peint en un amusant portrait. Ce témoignage demande à être contrôle' par la reconstitution d'une curieuse carrière, où se groupent des observations assez neuves sur la vie littéraire autour de Ronsard. 1

Sans doute se nommait-il simplement Pierre Paschal m.ais il était déjà d'usage d'ajouter une préposition flatteuse aux noms patronymiques qu'on voulait faire reluire, et le siècle, depuis Rabelais jusqu Béroalde de Verville, a plus d'une fois raitlé ces vaniteuses transformations. L'écrivain, que nous verrons bâtir sa fortune à force d'audace et de volonté, ne dut point se priver de ce premier avantage. Il était né gascon en 1522, et c'est tout ce qu'on a de certain sur sa famille, qu'il se vantait de rattacher à celle du pape Urbain III. « Paschalius Vasco », dira Ronsard. « Hic Aquitanus erat, Saluaterrensis », écrit un autre contemporain Sauve terre est au pied des Pyrénées, proche la rive droite 1. Note marginale du recueil de Gelida, professeur au collège de Guyenne (Zoa~nM Gelidae Va~en<Mt Burdigalensis ~uc~/Ka~t's~'t episiolae a~yuo~ et car~M~ta, La Rochelle, 1571. Ep. 42 Pe~'o Paschali). Cette lettre, écrite de Bordeaux en 1530 ou 1551, ue contient que des protestations d'amitié.


de la Garonne, à trois lieues de Saint-Bertrand-de-CommInges'. Cette région a été rattachée au Languedoc, et l'on peut noter qu'un oncle paternel de Paschal est chanoine d'Agde, évêché de cette province 2. Ronsard publie son deuxième Bocage, celui de 1554, Dédié à P. de Paschal, du bas pa~'s de Languedoc, et la même dédicace est placée par Olivier de Magny au titre du fameux recueil des Ga~/e~ejs A Pierre jPaM~a~, yen~/tb~/ne du bas païs de Languedoc 3. Gentilhomme ou non, notre homme était donc natif de la région de Toulouse et .c'est, en effet, à cette ville, où devait être sa sépulture, que l'unissent la plupart des souvenirs et des liaisons de sa jeunesse 4. Au reste, le portrait physique que Ronsard a tracé de ce petit homme bavard et avantageux marque nettement quelques traits de race, parmi des particularités tirées vers la caricature

Les premières études de Paschal se firent en bon lieu, au collège de Carpentras, dont le principal était Jacques Bording, médecin de Montpellier et docteur de Bologne, bon humaniste au surplus, qui a laissé un nom dans l'histoire de l'enseignement s. 1. Ce Sauveterre en Haute-Garonne, qui fait de PascJhal presque un Tpulousain, est très voisin de Mauléon (Hautes-Pyrénées), d'où sort la famille de ses amis. Bernard de La Monnoye le rattachait à la région de Bordeaux, en nommant Sauveterre-en-Bazadois (BtjMto~yue de La Croix du Maine, t. H, p. 309). L'édition de 1T73 (t. II, p. 303) corrige l'indication, probablement d'après Magny et Ronsard, et. mentionne Paschal comme 'run gentilhomme du bas pays de Languedoc, homme très docte et grand historien latin et françois o. Si l'on ajoute Du Verdier, qui ne parle pas de la patrie de Paschal (t. V, p. 309), et Moréri, on a nommé tous ses anciens .biographes.

S. I! adresse un billet fo.Pasc/tasto .A<jrs<MStCMonKO,pa<rotM suo. 3. Bocage, Paris, 1SS4 (privilège du 4 janvier, achevé d'imprimer du 27 novembre). Ca!/?<M, Paris, lo34 (le poème de dédicace est à Pierre de Paschal).

4. Les seules recherches faites jusqu'à présent sur sa vie sont dues à Paul Bonnefon Pierre de Paschal, AM<or:ogr;'<tpAe du Roi, ~522-~S~S, Paris e~ Bordeaux, 1S83 (tiré a 90 ex.). Cet opuscule, auquel je renverrai pour les indications très utiles qu'il renferme, n'est pas exempt d'inexactitudes et ne fait qu'effleurer les parties du sujet les plus intéressantes pour nous. Ce fut le début de l'auteur dans l'érudition.

5. La voix rauque, la parole bruyante et précipitée, la démarche cauteleuse la barbe rôussâtre et mal soignée, les yeux gris-vert au regard rusé et mobile, le nez toujours en quête, etc. On trouvera, le reste au latin, p. STO. 6. On sait si peu de chose de la carrière française de Jacques Bording, que je crois utile de signaler trois lettres d'un humaniste (aux initiales PU. S.) à lui adressées. Elles sont recueillies par Henri Esttenne aux pages 3.00301 du singulier recueil dédié à Henri III et intitulé .PeM .Bune~: G%j~


La conversion de Bording au calvinisme l'obligea à renoncer à la direction de ce collège et, tandis qu'il allait achever sa vie à Anvers, où il exerça son art et enseigna avec succès, il fut remplacé par Claude Baduel. Celui-ci, un des réformateurs des études au seizième siècle, était allié à la famille de Paschal, qui a parlé de lui avec déférence 1, ainsi que du médecin Jean Durant, de qui il reçut les éléments de la philosophie 11 a nommé avec plus de respect encore le prélat qui occupait le siège épiscopal de Carpentras et étendait sa protection, non seulement au collège qu'il avait sous sa surveillance, mais à ceux des élèves qui montraient des dispositions pour les lettres. Les souvenirs de Paschal sont réunis dans une lettre à Antoine Armand, de Marseille, étudiant plus tard la médecine à Montpellier, à qui il rappelle les travaux de leur jeune temps. C était àl'école de Bording, oùl'évêque Sadolet se montrait pour eux un conseiller admiré et bienveillant « Quanti enim te, et quam valde puerum lacobus ille Sadoletus cardinalis faciebat! quibus laudibus efferebat qua beneuolentia complectebatur i Huius ego rei possum locupletissimus esse testis, qui illi, pro eius in me summa humanitate, in variis sermonibus collocutionibusque quotidie aderam. lacobus vero Bordingus praeceptor noster, omnibus bonis artibus perpolitus, ut te amplexebatur ut in manibus habebat ut virtutis mirificam in te indolem ingeniique praestantiam admirabatur 3. » La présence de Sadolet à Carpentras et la doctrine littéraire qu'il aimait à répandre suSisent à expliquer l'enthousiasme du praecejo<o;'M, Pauli Manu~'t 7<a/ discipuli, epM<o/ae Ciceroniano stylo scriptae. Aliorum Ga//o/*u~ pariter et ~a~orum epistolae eodem stylo scriptae. Anno Af.OI~Y~V. C'est un dossier peu connu sur la question du Cicéronisme, que notre Henri Estienne a combattu, comme on le sait, avec des armes de toute sorte.

1. Lettre de Paschal à Jean Durant « Claudium Baduellum affinem meum meo nomine saiutaM (p. 159 du recueil de 1548, qui sera analysé plus loin).

2. Même lettre « Summo illi amico meo Antonio Armando. praeceptor fuisti nosque philosophiae rudimentis imbuisti. »

3. Page 148 du recueil de 1548. D'après Paschal; l'estime qui entoure son ami Armand s'étend jusqu'à Paris même « Quis est enim qui nesciat quanto in pretio Lutetiae Parisiorum habearis? Lutetiae autem? imo vero ubicunque virtus et doctrina in honore sunt. » Peut-on voir ici un indice du prestige qu'exerce Paris sur les imaginations méridionales ? H est certain qu'Antonne Armand, Marseillais, figure parmi les poètes latins,qui ont collaboré, en 1551, au Tonzheau de la reine de Navarre.

Nof.HAG. .RonSf)rd~< l'Hizmanisme, 18


jeune homme pour Cicéron. Le futur cardinal joignait a ses vertus de cœur et d'esprit une éloquence persuasive; il prêchait autour de lui l'imitation de l'écrivain romain, en qui il voyait le modèle unique de la belle prose latine et dont il reproduisait habilement le style dans ses propres oeuvres. Il rendait ainsi, avec art et mesure, un lustre momentané à l'autorité littéraire dos Cicéroniens, combattue par l'école d'Erasme à cause de.son intolérance et de ses excès. Pierre de Pasçhal vit avant tout dans la profession de « oicéronien » un « moyen de parvenir )) on saura, dans la suite, qu'il n'eut pas à se plaindre de l'avoir embrassée et qu'il put dédaigner un jour, en homme bien nanti, les railleries qu'il reçut de Ronsard lui-même.

Lorsqu'il vient faire à Toulouse ses études de droit civil, mènet-il cette dure existence des étudiants toulousains que Henri de Mesmes décrit, précisément pour cette époque, « en plus estroicte vie et pénibles travaux que ceux de maintenant ne voudroeut supporter a ? est-il assidu aux leçons de Corras et de Du Ferrier ? cherche-t-il le délassement du labeur juridique dans la fréquentation des professeurs humanistes, Turnèbe et Lambin par exemple, qu'il doit retrouver un jour à Paris ? Nous savons qu'il fait surtout des vers et avec succès. Il les écrit en français et obtient même une des récompenses annuelles décernées par le célèbre Collège de Rhétorique, qui deviendra l'Académie des Jeux Floraux Ronsard veut que ce soit pour un « chant royal H, c'est-à-dire un des poèmes à forme fixe les plus compliqués de notre ancienne versification, un de ceux qu'il a lui-même hautement dédaignés 3. Toulouse procure au jeune homme une amitié précieuse, celle de Michel-Pierre de Mauléon,protonotaire de Durban, de la puissante famille du comte de Foix. Ce i. Af~. inéd. de Henri de AfesMM,éd. Ed. Frémy,-p. 139-1M. L'étudiant parisien arriva à Toulouse, avec son précepteur Jean Mal.edent, au début de iai6. Beaucoup plus jeune que Paseha), il ne. parait pas l'avoir connu. Ecrivant d'Italie à François Revergat, qui fut après lui lauréat des Jeux Floraux, Paschal mentionne ces compositions. II s'y plaint de n'avoir pas reçu de réponse deux de ses lettres «' Nisi forte quia Gallice essent scriptae, contempsisti, quod certe ipsum facere non_debebas, Siquidem tu inlaude mihi aliquando posuisti, quod tantum operis subeisiuis perfecerim, ut Gallica scripta nostra nominiGaHico iaudemaliquam aiîct'ent.. Quod, Ego protecto nec agnosco, nec postule, sed ipsi tibi potms et iure optimc tribuo. Cf. plus loin, p. 382.

3. V.'p. 263.


« protonotaire Durban » sera lié, lui aussi, avec la Brigade et mainte fois célébré par elle; il devient le meilleur ami de Paschal et leurs deux noms, comme leurs personnes, sont désormais inséparables Disons ici que ce titre ecclésiastique de « protonotaire », porté assez souvent dans l'entourage de nos poètes, n'exigeait point à ce moment du siècle la gravité qu'il a conférée depuis « Les jeunes prothenotayres, bien qu'ilz fussent pourveus de quelques dignitez, estoient un peu trop muguetz jusques à estre receus aux dances et près des dames, dans une salle de bal. et s'estudioient,,t à dancer aussy bien et baler qu'un gentilhomme. M Brantôme ajoute à ce propos que le protonotaire Carle, de Bordeaux, depuis évêque de Riez et grand personnage, avait été réputé en son jeune temps comme « le meilleur danceur de gaillarde qui fust en la court H. Tel est sans doute le protonotaire de Durban, en attendant qu'il ait sa charge de conseillerclerc au Parlement de Toulouse, puis au Parlement de Paris. Toulouse a toujours justifié ses prétentions littéraires et savantes, et c'est déjà un lieu commun de la désigner comme une « nouvelle Athènes )). Paschal ne manque point de s'assurer des protections et des amitiés profitables dans la société lettrée, repré1. Ronsard, qui raconte à sa manière la liaison de Paschal et de Durban exceptera celui-ci de l'anathème prononcé contre son ami.

2. Brantôme, éd. Lalanne, t. III, p. 134. JI y a un rôle assez joyeux de protonotaire dansla comédie de Grévin,jLa Trésorière (L. Pinvert, Jacyues <7/-ew!, ~.3<S'g70, Paris, 1899, p. 167).

3. Un éloge humaniste de Toulouse, à la date où nous sommes, se lit dans un petit recueil de jeunesse de Léger du Chesne, qui fut plus tard en relations avec la Pléiade TLeoc/egra~'t: a Querc;/ Prae/ec~'o/tuMe~.Pop/na~um liber, Paris, 1S49 (dédié à Guillaume du Prat, évêque de Clermont). Le premier discours (Py'ae/a~'oyua. usus est, yuu/)i ayy/'ec/e/'e<ur interpreta<to/!em. inpuhlico Iuris Ciuilis auditorio Tolosano, xtr Calend. April. ~5~) traite précisément du parallèle d'Athènes et de Toulouse, l'avantage étant accordé à ce'tte dernière « Ubi grammaticorum literae, oratorum colores, dialecticorum syllogismi, musicorum toni, arithmeticorum numeri, geometrarum dimensiones, astrologorum motus, medicorum alexipharmaca, chinu'gorum cataplasmata, Romanorum decemuirales loges; ubi denique(si, triuiales artes respexeris) quicquid ad pingendum, sculpendum, {ing'endum, texendum, tingendum, arandum, aedificandum ac, ne singula persequar, quicquidad humanae vitae vel necessitatem, vel voluptatem, vel honestatem pertineat, natum, educatum et traditum fuit. Ut autem non mediocrem in()e laudem Athenae sunt consequutae, quod haec omnia primum inuenerit, ita maiorem Tolosa laudem meretur, quod ab aliis inuenta meliora reddiderit. »


sentée au Parlement comme à 1 Université. Sa correspondance renseigne sur les relations utiles que l'étudiant avisé sait s'y procurer. La plus brillante est celle du Premier Président Jean de Mansencal magistrat fort cultivé, à qui Antonio de Gouvea dédie alors son commentaire des Topica de CIcéron Paschal l'a comparé à Apollon, puis à Hercule, et le parlement qu'il dirige, à une « assemblée de dieux H. C'est son remerciement pour les moments d'opulent loisir passés dans la maison de campagne du président, « véritable académie )) tous les plaisirs de l'esprit et de la table sont offerts aux invités On y rencontre des magistrats ou des avocats poètes, comme ce François Revergat qui obtiendra des dédicaces de Ronsard et qu'Olivier de Magny celébrfra dans une ode solennelle Cette élégante société toulousaine paraît avoir apprécié Paschal. Comme il faut à ses petits poèmes une Dame pour les inspirer, il a celle que son ami Magny appelle gaiement « ta belle Rivière H. Sous ce voile transparent on devine la femme ou ]a fille de Jacques Rivier, conseiller du 1. Jean de Nlansencal fut premier président de 1538 à 1S62, année de sa mort. Il publia en 1888 un traité De la Tx?;-tM et aatorf~e de ta justice du. Roi 7~CA/-<Mte/ etc. V. Dom Vaissète, 7?:s<. générale du Languedoc, t. V, Paris, 174S, p. 144 et passwt. Cf. Tamizey de Larroque, ~.e<~es inéd. du ca/'d. J'irmaynac, p. 108. Le recueil de Lé~er du Chesne, cité ci-dessus, contient un dialogue De negligendis interpretibus /KrtS dédié Amplissimo Ctro D. jfo..Va~seca~o, P/'aM:dtp;'tMoaptz<~ Tolosates (fol. 31'). 3..tn<o/!tt Goueant Commentarius in M. T. C:cerofns Topica. Ad foanacnt ~aftsenca/~uM primum Tolosae Praesidem. Paris, S. de Clines, 1845. 3. P. 95-97 du recueil de 1548 « Habes non proeul ab urbe, non vi~am, sed Academiam, ubi a Resp. curis requiescens, otium -tibi ita sumis, ut nunquam eam solitudinem, quam vacatio a forensibus etsenatoTus literis a~ert, Inng-ucre patiare. Itaque domus tua urbana totius e~t oracutunt ciuitatis, rustica vero politioris humanitatis ae omnis verae pbilosophiae roceptaculum. ))

4. Dernières poésies d'O. de A/a~ny, éd. E. Courbet, Paris, 1881, p. S1,S3 C'est Revergat, qui maintes fois

Des sons alléchants de sa vois

A ravy l'esprit et l'oreille

Du senat Tholosan.

A ces mots ton Durban ie voi,

Pascal, Forcatel et du Poi [B. du Ppoy?].

L'ode de Magny, qui parait assez ancienne, ne nomme que des habitants de Toulouse elle s'achève par un rappel de l'estime de Muret pour le talent poétique de Revergat. Les pièces dédiées à celui-ci par Ronsard sont l'ode du Bocage de 15a4, connue sous le nom de L'.Amoar~nouHM, et les traductions d'épigrammes sur la génisse de Myron, à la suite de la CfMt~'nus<:o/t tles .fl/Mours (tS55), dédiées plus tard Muret.


Roi, personnage dont le jeune homme reconnaît les bienfaits dans l'ingénieux latin d'une épître

L'occasion s'offrit bientôt à lui de briller sur un plus grand théâtre. Un ancien précepteur de Pierre de Mauléon, devenu auditeur de Rote lui conseilla de venir prendre à Rome le bonnet de docteur, l'assurant que son grade aurait plus d'éclat s'il s'accompagnait d'un diplôme pontifical. Il se rendit en Italie, où il l'obtint à l'Université de la Sapienza. D'autres pensées l'avaient attiré dans la péninsule. Un tel voyage était déjà, pour qui pouvait l'entreprendre, le complément de l'éducation d'un lettré. Un séjour à Rome faisait le grand désir de tous ceux qui ne connaissaient l'Antiquité que par les livres. C'est pour mieux la pénétrer, disait Paschal devant un auditoire romain, qu'il s'était décidé à quitter sa patrie «UthancvestramUrbemacmaiorum.vestrorum sedes ac monumenta, quae animo multo ante videram, oculis cernerem )) Tel était le sentiment général des contemporains, et l'on sait que Ronsard lui-même, qui a fait dans sa vie plusieurs voyages, regretta toujours de n'y pas ajouter celui de Rome II

La renommée littéraire de Paschal, créée de toutes pièces par les poètes de son temps, repose sur un seul opuscule latin de 164 pages, qu'il publia avant son retour en France et qui mérite un attentif examen. Ce rare livret, qu'on dépouille presi. Recueil de 1548, p. 121. Cf. Magny, Gayetez, éd. E. Courbet, Paris, l~Tl, p. 1 (dédicace), et le sonnet des Souspirs où la dame est en belle compagnie

Laisse pour quelque temps ta Cassandre en arrière

Et ta Marie aussi, mon Apollo Ronsard,

Laisse, gentil Bellay, ton Olive à l'escart,

Laisse, divin Pascal, ta gentille Rivière.

2. Ce Suauius Reomanus est nommé dans une préface de Pierre de Mauléon (v.-p. 29i). ¡

3. V. p. 63 du recueil analysé ci-dessous Pe~t'PascAa~to/'a~b deZ.ey:Aus.~oyKae apud sanc<uyt jE'us<ac/uu/?t /xaA:<a, cum iuris t/:S!yn.a caperet. S. Eustachio était la paroisse de l'Université de la Sapienza. 4. Cf. l'ode Au pais de Vendomois, voulant aller en Italie (Odes, t. II, p. 91). Laumonier a démontré, p. 79 de son éd. de Binet, que le poète n'a jamais franchi les Alpes et que l'affirmation du biographe sur un voyage en Piémont n'est pas fondée. 0


que avec l'Intérêt d'un manuscrit, renferme un ensemble de dis.cours et de lettres écrites en Italie au cours de l'année 1S48. Bien qu'il porte le nom d'un grand imprimeur de Lyon, c'est en réalité une impression vénitienne, sortant des presses de Giovanni Griffio, frère de Sébastien Gryphe, qui a reçu seulement les exemplaires en dépôt Le titre, avec le griffon du vénitien richement encadré, se présente ainsi PsTm PASCHAMt ADVENUS ICANKIS MAULU PARRICIDAS ACT10 IN SENATU VEKETO RBCtTATA. .E~H.~de~GALLiA, per prosopopoeiam inducta in VeMe~a~~en~p. OKAT[0(/e Legibus, Romae habita, cum 7HrM :?M!~nM caperet. EpiSTOLAE in 77a~'capereyrMa/!o~e exaratae. ~adSe~. <?y't:a~, Zuy(/un!

La dédicace est au cardinal Georges d'Armagnac, évêque de Rodez, alors en.résidence a Rome, que nous trouverons célébré par Ronsard au Bocage de 1S8~. Le protonotaire de. Durban a assuré à l'auteur l'accueil bienveillant de cet illustre Mécène «Quandiu enim Romae tecum et apud te fui, et me'vidistUihenter et audisti libentissime praeterea quo vultu illacarmina, quae tibi nostra Calliope tum in Gallia, tum etiam in Italia cecinit, excepisti » s. Mais le motif de l'hommage d'une œuvre, dont le morceau esssntiel est un discours judiciaire prononcé à Venise, c'est l'intérêt que le cardinal a pris à la cause qui s'y trouve défendue et-les démarches qu'il a faites lui-même pour la soutenir. 1. Cette conclusion ressort de l'examen du volume au point de vue typographique. Quelques exemplaires portent au titre Vene~MS, .AM! /??. L'ancre akHne occupe un feuillet final qui suit le feuHIet d'errata non paginé. Ces exemplairès sont décrits par Renouard (Annales de f:mpr&Merie des ~Me,t. Paris, 1803, p. 25t), qui a ignoré la Nctive édition lyonnaise.

Le volume ne porte point de privilège (Bibl. nat., X, 3SS.8). 3. Georges d'Armagnac, né en 1800, évêque de Rodez en 1839, fut envoyé par François !comme ambassadeur a Venise en lii3.6, y, resta jusqu'à la fin de 15:39 et remplit à Rome les mêmes fonctions de 1540 1S4.8; il y fut nummé cardinal par Paul 111, le 19 décembre 1S44. 11 parut en 1S47 & la cour de Henri !1, qui lui confia à trois reprises des missions particulières auprès du Pape il séjourna a Rome de 1547 à 1SSO, année ou il prit part à l'élection de Jules III, de 1884 à 1857, en 1SS9 et eti_-lS68. On le trouve à Toulouse en tS~3, comme un des deux lieutenants généraux du Roi au pays de Languedoc. Il fut archevêque de Toulouse, puis d'Avignon, où il mourut le 31 juillet 158S. V. l'introd. de Tamizey deLarro;que aux Lèpres inéd. (~ ca/'c/. J'.47-ma~fK:c, Paris et Bordeaux, 1874, et P. Maruéjouls, dans les P<Mt<to/M des ~sescfe r~Bco!e des C/M/-<es, i89S, p. 33-98. Ces « positions ') annonçaient un livre qui n'est pas venu.


Cette cause était juste et française. Elle méritait l'appui d'un prince de l'Église et d'un fidèle sujet du Roi elle se rattachait à la défense d'une jeunesse, attirée par ses études aux universités d'Italie et qui ne recevait pas toujours, au pied de ces chaires, une hospitalité exempte de jalousie. On peut conclure cet état d'esprit de certains faits de la chronique des villes universitaires et par exemple de la tragique aventure d'un écolier du,Studio de Padoue, Jean de Mauléon, survenue vers la fin du mois de juillet 1S47. Ce garçon, arrivé depuis peu, se trouva mêlé, on ne sait comment, aux « brigues de l'Université qui se font en cette saison », et quelques jeunes gens de Vicence et de Brescia vinrent l'assaillir en armes, en son logis « Ainsi que le Potestat mesme par bonne information l'a mandé à ses Seigneurs, toutesfois quelques douces prières ni, remonstrances qu'il leur pust faire, forcèrent furieusement son logis, et dedans sa chambre où il s'estoit retiré le tuèrent plus inhumainement que je ne vous sçaurois escrire, et avec luy deux siens serviteurs. Le meurtre fait, ils saccagèrent tout ce qu'il avoit, que l'on estime à plus de cinq ou six cens escus d'argent, car n'y a gueres qu'il avoit receu sept ou huit cens escus, et se gouvernoit sagement, et oustre lui ostèrent du col une chesne et quelques anneaux qu'il avoit aux doigts. » Ce récit est fait par l'ambassadeur du Roi a Venise, Jean de Morvilliers, au connétable de Montmorency Il ajoutait que la Seigneurie, quoique promettant prompte justice, ménagerait sans doute des coupables, fils des meilleures familles du domaine de la Sérénissime en ~erra ferma il pensait que les Vénitiens éviteraient d'accorder des sanctions, qui cependant touchaient « leur devoir et honneur ». Aucun des meurtriers du jeune Mauléon ne subit, en effet, la peine capitale. Ce n'est pas que l'ambassadeur ait cessé de la réclamer, ni surtout que la famille de Mauléon se soit désintéressée de sa vengeance bien au contraire, eUe n'épargna rien pour obtenir satisfaction et, comme le jeune Paschal, ami de la victime et de son frère, se trouvait en Italie pour prendre son bonnet de docteur, c'est à lui qu'elle confia la charge de plaider sa cause devant le Sénat. Le cardinal d'Armagnac le recommanda à Morvilliers, qui fit accueillir sa requête et sa plaidoirie.

t. Bonnefon, c., p. 19-20.


C'est devant le Conseil des Dix, à qui le Sénat déléguait l'administration de la Justice, que fut lue (rec~a~a) l'actio contre les assassins de Jean de Mauléon. Le texte imprimé par l'auteur montre qu'il avait fait appel à toutes les ressources de la rhétorique'cicéronienne pour convaincre un auditoire de juges lettrés. H serait possible, si cette recherche en valait la peine, de relever les passages imités du Pro T. Milone, du -Pr;o ~urp~a, du Pro Ss. 7?oscfo~4mer:no ou duProQ. Ligario. La partie'la plus curieuse, et qui dut étonner les auditeurs Vénitiens, se rapporte aux origines de la famtHe de Mauléon, laquelle se vantait de remonter, suivant une forme de prétention fréquente à cette époque, aux Manlius de l'ancienne Rome. Après avoir dit l'illustration historique de la gens, l'orateur conte sa légende avec gravité « Adillum L.Manlium Praetoremvenio,qui, victoa Caeaare Pompeio, perturbatissima Repub. in Aquitaniam (quae et regionum latitudine et multitudine hominum, ex tertia parte Galliae est existimanda) perfugit, maluitque in nulla quam in confusa et desperata Republica viuere. Ea enim Aquitaniae pars, ubi is constitit, et agrorum ubertate et pastionis magnitudine facile omnibus aliis Aquitaniae terris antecellit Suivent une description élégante de la région des Pyrénées où se trouve la vallée de Mauléon, ainsi que des détails, fabuleux ou réels, sur la famille de l'étudiant de Padoue. Le récit du crime forme un épisode d'un éclat assez emprunté, où le meurtrier de Jean de Mauléon est peint des mêmes couleurs que le Clodius flétri par Cicéron c Ad iij Calend. Sextil. tertia fere noctis vigilia(rem tetrafn. et horribllem attendite P. C.) Stephanus Rogeriu&, homotemerarius et ad omnia nefaria scelera audacissimus, manu amentium et perditorum facta, ad eam domum, in qua hic integerrimus àdolescens diuersabatur, proficiscitur. Caedunt ianuam, instant ferro, intro irrumpunt. La péroraison fait valoir que non seulement la famille désolée, mais l'Aquitaine et la France entière attendent le châtiment des coupables. Un opuscule joint au discours (« Gallia ad Venetam Remp. perprosopopoeiam inducta ") est un morceau pompeux, évidemment préparé en vue du 1. Recueil de ta48, p. li. L'étymologie du nom de Mauléon est expliquée ainsi jLo~f/MSt~ius temporis lapsus, ut so/e< o/wna, pau~MK illud nomen </p~ea't<; itaque et locum ifau~uM pro Ma~~o et yey:fem .iMaMHam, unica tw/Kt~a~a litera. Ao~ie vocant.


plaidoyer et que l'auteur n'a pas voulu perdre; il y rappelle sans la moindre précision les relations séculaires du royaume de France et de la république de Venise..

La partie intéressante du petit volume est le recueil des lettres écrites d'Italie. Malgré l'artifice de style d'un bout à l'autre maintenu, il apporte des renseignements précis sur le milieu où l'auteur a vécu à Rome et sur les préoccupations habituelles à un humaniste en voyage. La liste des correspondants est longue et quelques-uns comptent dans l'histoire des lettres. Jean de Boisson, l'ami de Dolet, le « très docte et vertueux Boissoné )) de Rabelais, qui a contribué à la restauration des lettres à Toulouse, appartient en ce moment au Parlement de Savoie, à Chambéry 1. Guillaume Philandrier, lecteur de Georges d'Armagnac et protégé de Marguerite de Navarre, est le commentateur de Quintilien, qui vient de publier à Rome ses ~4/MO~:oyMS sur Vitruve il joint à sa culture érudite la compétence d'un architecte instruit par Bramante et Serlio on sait qu'il a travaillé à la cathédrale de Rodez, dont il fut archidiacre, et peu de Français de cette époque offrent une figure aussi variée, aussi attachante, aussi digne d'une étude attentive Guillaume Le Blanc, traducteur de Xiphilin, plus tard évêque de Toulon, est aussi du cercle littéraire du cardinal d'Armagnac. Antoine du Moulin, de Mâcon, qui a donné la première traduction française du Manuel d'Epictète et des éditions de Le Maire de Belges, de Despériers et de Marot, a fait partie de la maison de la Reine de Navarre. C'est avec une complaisance particulière que Paschal étale l'intimité qui semble l'unir à ces aînés de renom.

Il aurait pu écrire de même à Rabelais, qu'il a connu à Rome et dont il fait deux mentions. La première est dans une lettre à 1. On pourrait rechercher des traces de Paschal dans les mss. de lettres et de vers de Jean de Boysson conservés à la Bibliothèque de Toulouse et utilisés partiellement par G. Guibal (De Ioannis Boyssonei t):/a, Toulouse 1863, p. 3). Dans sa courte lettre à Boysson, Paschal mentionne le vicomte de Monclar.

2. GuHe~Mt Philandri Caf,<ti!t'o/t/: Ga~t ciuis Ro. in primum h'j&. M. Vilruu;t Pollionis de architectura annolaliones, Rome, 1S44.

3. V. sur Philandrier ou Filandier, en latin P/a/!f/er (1505-1565), l'éloge de Sainte-Marthe, la belle page de J.-A. de Thou (Teissier, Eloges, t. II, p. 226) et la notice latine de Philibert de la Mare (Dijon, 1667). Louis Delaruelle a publié une note de Budé sur une visite de Philandrier (G. Buc~, les ort~t'nfs. p. 273).


Philandrier, que maître François a appelé un jour « nostre grand amy et seigneur M. Philander~ »; Paschal lui écrit de Venise au moment de rentrer en France « Tu omnibus anucis, nomma' tim autem F. Rabelaeso et Ant. Angelo s. d. M Très peu après, le 25 septembre 1S48, il nomme encore le médecin du cardinal du Bellay « Ego, si quid in Gallia geretur quod putem te scire curare, faciam ut scias. Fran. Rabelaeso et Hieronymo illiVico'nouano a me salutem dices » Le destinataire de la lettre ,est François de Bouliers, frère de l'évéque de Riez et amateur de philosophie, que Paschal endoctrine longuement au sujet de l'existence de Dieu. Il appartient à la maison de Jean du Bellay 4. Comme Philandrier, il a transmis aisément les salutations du jeune humaniste à Rabelais, qui habite avec lui le palais des Saints-Apôtres a.

Le Parlement de Toulouse est représenté parmi les correspondants de Paschal par plusieurs de ses magistrats, et par son Pre~ mier Président, Jean de Mansencal, <nii il adresse une longue épître. L'écrivain n'omet point de s'intéresser aux Jeux Floraux et aux usages de la compagnie littéraire à laquelle il appartient. Il écrit à François Revergat « Quid his ludis Floralibus Toloaae actum fuent, quisue palmam tulerit, valde soire aueo. Tamgtsi non dubito, quin, oum duarum palmarum iure optimo vir fueris, trium quoque hoc tempore sis. Quod si ita est, tibi gratulor et te in Collegium nostrum cooptatum esse immortaliter gaudep » Il veut que sa province lettrée le considère dans Rome comme son délégué, chargé d'en maintenir la réputation. Il met en lumière sans cesse les succès qu'il remporte comme candidat au doctorat i. Cf. Rathery, Notice j&M~a/)/ie sur Rabelais, p. 55, et A. Ileulhardé, /Mst's, ses oo;/ayM en Italie, Paris, 189d, p. S77 et â80.

2. Recueil de d5i.8, p. 1SS (~'ene~Hs, VI, id. Sep~.). Le personnage nomm, avec Rabelais est Antoine Lange, d'Amiens.

3. Recueil de iS48, p.i31. L'évêquede Riez est Jean-Louis de Boulters, qui occupe ce siège épiscopai delS46 à iaSO, et a pour successeur Lancetot de Carle (Gams, Series epMcopo;'Hnt).

4. Au nombre des conclavistes du cardinal du Bejlay pendant le conclave de 1549-15SO, on trouve ~anc!scus de Bo~e/'tS, c!ey:cM T'auy'MMSh diocesis.

5. Rabelais est arrivé à Rome le 2'7 septembre dM/Teten est reparti le 22 septembre 1549 (L. Romier, 2Vo~M c;<. sur le dernier M~/aye de Ra~e~a~s en Ka~t'c, extrait de la Reçue des ~uc~es rabelaisiennes, t._X, 191%). 6. Recueil delS48, p. 110.


ès lois dans l'Université romaine et comme avocat devantle Conseil des Dix. Il attend que ses compatriotes soient fiers de lui et, pour justifier la publication qui va solliciter leur suffrage, il se fait délivrer, pendant son séjour à Venise, une sorte de certificat par le dépositaire attitré de la tradition cicéronienne, le célèbre imprimeur Paul Manuce 1.

Fils et continuateur d'un père qui dans son art fut plus grand que lui et dont le nom évoque les plus magnifiques initiatives de la typographie italienne, Paul Manuce a visé au renom d'écrivain et surtout à celui d'épistolier. D'une vaste correspondance internationale entretenue sudes matières littéraires et parfois politiques, il est peu de morceaux qu'il ait négligé de garder pour grossir ses recueils. On n'y trouve point cependant le billet de pure politesse que notre Paschal a obtenu de lui et joint vaniteusement à son opuscule. Interrogé par celui-ci sur le mérite de son plaidoyer vénitien, l'imprimeur n'a pas manqué d'y louer « une grande maturité pour son âge » et d'encourager une publication. C'est là sans doute conseil de typographe mais Manuce, à qui Paschal projetait de confier les soins de l'impression, s'en déchargea sur son confrère Griffio, en prenant simplement qnelques exemplaires sous l'ancre illustre des Alde. Le reste de l'édition fut envoyé à Lyon, chez Sébastien Gryphe, frère de l'imprimeur vénitien Celui-ci y avait mis la perfection qu'assuraient les presses aldines dans leur meilleur temps. On regrette presque qu'une telle élégance typographique se soit appliquée à ce médiocre ouvrage mais on y reconnaît l'esprit avisé d'un auteur qui comprenait l'avantage de présenter noblement, et comme une chose précieuse, le livret latin qui avait coûté tant de peine à sa naturelle indolence.

Le jeune écrivain compte bien, en effet, vivre longtemps'sur le labeur accompli pour mettre au jour ces quelques pages. Il a pris soin, à tout hasard, d'apprendre à ses prochains admirateurs que .ses œuvres abondent; une lettre mentionne quantité de vers et 1. « Orationem nostram,dequatecum mane sum locutus, Manutidoctiss., ad te mitto, quam velim perlegas mihique signifiées num UIam in apertum proferendum putes. Quod si abs te probabitur, in lucem emittam. Venetiis,prid. cal. Sept. » (p. 164).

2. Sur ces particularités assez curieuses, voir ci-dessus, p. 278. Les errata considérables indiquent la précipitation du travail ou l'absencé de l'auteur au moment du tirage.


de prose, et même une « comédie », qu'il recommande à son ami Durban de recueillir, au cas où il serait assassiné à Venise, victime du dévouement déployé pour sa famille. Il a, laissé _des manuscrits à Nîmes, à Toulouse, d'autres encore «, Odas, Elegias, Epigrammata, quae tibi in librum congesta reliqui, Lugdunum (si esse edenda puta'bis) ad loannem Tot'n&esium mittes~. » Aucune de ces compositions n'a vu le jour, soit qu'elles fussent imaginaires, soit que l'auteur ait renoncé à produire des essais juvéniles qui ne pouvaient plus lui servir.

S'il y a beaucoup de verbiage dans le mince volume et si le plaidoyer laisse une piètre idée de l'éloquence judiciaire des cicéroniens, les lettres témoignent, comme d~autres du même temps, de l'espèce d'ivresse intellectuelle que le séjour en Italie et le contact de l'Antiquité procuraient aux Transalpins. Quelques détails se rattachent aux événements de l'époque. Paschal transmet les nouvelles parvenues à sa connaissance et qui doivent intéresser d'autant plus ses correspondants que les informations politiques circulent alors avec difficulté. C'est une occasion de montrer sa virtuosité, en narrant dans les formules de son cher Cicéron les faits de la vie contemporaine. Il apprend, par exemple, au Premier Président de Toulouse ce qu'on dit du Concile de Bologne, dont l'empereur Charles-Quint exige de Paul III le transfert dans la ville de Trente il conte les rumeurs, qui courent à Rome, les inquiétudes qu'excite la duplicité impériale; il parle des concentrations de troupes, de la mise en état de défense de Parme et des villes pontificales 2. Les nouvelles î. Recueil de 1548, p'. 161 .Si quid accident, omnemmeam, qttantulacunque est, bibliothecam tibi obuenire volo. Orationes et epistolas, quas dum lacobo Bordingo Carpentoracti, operam darem scriptitaui, Nemauso ad te perferendas curabis. Eas autem m apertum ut proferas nihil postule. Comoediam, quam Tolosae apud Carolutïi Viadellum hospitem nostrum reliqui, politius abs te limatam, si tibi videbitur, foras daMs. Le projet de publication posthume chez J. de Tournes est aceompag'né de cette chaste réserve « Illud velim diligenter videas (quod ego, mi Durbane, tui in me amoris snpremum testimonium ess~.cupio) ne ea quae a nie iuuenihter sunt scripta, quaeque potius animos hominum effoeminare quam aliquid ad communem fructum afferre posse videbuntur, emittas', séd ita comprimas, ut nunquam e tuis manibus enianent. ? »

2. Recueil de t548, p. 98-101 (B.E Urbe, xv oa!ey:d'<.). Le pape est ainsi jugé « Paulus, quo nec cautior, nec animosior senex unquam fuit, ita ad omnia se parât, ut alter'ille intelligere possit sibi non modo cum sapiente et copioso sene, sed cum fortissimo rege et munitissima Rep. esse pugnandum. »


d'Allemagne sont transmises au conseiller Rivier « Habes quae ex Germania nouissime Romam perlata sunt. Quae Romae gerantur, accipies ex Durbano nam ad eum res omnes urbanas scripsi, et eundem eas tecum ut communicaret rogaui 1. » C'est ici un exemple de la manière dont les nouvelles internationales étaient répandues par les correspondances privées. Paschal est à Rome au moment de la mort du cardinal Sadolet, et l'annonce qu'il en fait prend un accent personnel, puisqu'il tient à rappeler l'accueil du prélat à l'évêché de Carpentras Sadolet étant, de plus, le prince des Cicéroniens, il convient aux disciples de pleurer congrument leur maître « lac. Sadoletus cardinalis XV cal. Nov. e vita discessit, quam placide, quam constanter, malo te coram quam ex meis literis intelligere. Cum enim illius et mortis et humanitatis venit in mentem, conficior iacrymis. Sperabamus, ut scis, et mihi tanti viri beneuolentiam Romae amplam fore, et illi ipsi veterem illam nostram necessitudinem visum iri non indignam. Sed propius erat illius, quam nos putaremus, supremus ille dies »

Une assez vivante description de journées romaines nous introduit parmi les lettrés réunis autour du cardinal d'Armagnac et auxquels Rabelais se joignait quelquefois

Quo modo hic hyemem traducimus audi. Traducimus autem, mihi crede, admodum iucunde; diem enimita consumo ut matutina tempora Ciceroni (quo cum in gratiam diis approbantibus redii) et a prima luce ad horam XVI tribuam a XVI ad undeuigesimam obeundo Urbem in prandium exerceor. Quam cum oculis atque animo lustro, varie mediusfidius afficior. Cumulor gaudio, cum mihi licet intueri non solum urbem, sed etiam proprios domos atque lares ubi tot hommes immortali virtute praediti nati et educati' fuerunt, ubi res praeclaras admirabilesque gesserunt, ubi non urbem, sed orbem, non moenibus, sed singulari quadam virtute ac animi magnitudine firmatum atque obuallatum tenuerunt. In eo sum solo, in his sum regionibus, quas primi omnium Siculi, deinde Aborigenes tenuerunt, in quibus Saturnus, Ianus, Faunus, Hercules (quos vetustas in Deorum immortalium numerum retulit) regnauerunt. Quorum aut fanorum, aut sepulcrorum vestigia quotidie cerno. Et ut ad proximiora veniam, qua me laetitia afHci putas, cum eandem ipsam Lupam, de qua menit. Recueil, p. t04 et 121 (Ex i7r.&p, ni id. Febr. et prid. cal. Mar<.). 2. Recueil, p. 92 (lettre à Durban).


nit Cicero, et Romulum et Remum paruos et lactentes ubenbus lupinig inhiantes in Capitolio video 1 ? quando Auentinum montem et in eius vertice Remoriam ubi Remus de condenda Ur.be, et Palatium ;ubi Romulus auspicatus est, intueor? Plane videor volantes vultures et Remum tristem sinistro augurio, Romutum secundo laetum atque iucundum videre. Incredibile est quam sit mihi suaueambutare in ipso solo, in quo Reges, Coss., Imperalores omnium gentium domini incesserunt, frui eodem coelo ac spiritu quo tot Poetae, Philosophi, Oratores atque omni doctrinarum genere viri praestantissimi ac excellentes. Quos omnes tales fuisse docent cum acnea.e statuae, prae'ctarissimaeque inscriptiones,tum ipsi libri in quibus vitam eorumianquam in speculo intueri ac cernere possumus. Mouet me rursam angitque vehementer, dum qualis fuerit olim Roma et quae nunc sit cogito. Nam, ut omittam Urbem dirutam atque désertant, Vias Appias et Aurelias incultas frondibusque et virgultis iandiu interctusas, cotumnas, templa, porticus, signa aenaea et marmorea.Jracta et commmuta. qua molestia affici putas, cum video Istorum hominum armnos, qui ut quemadmodum sunt, sic etiam diuini et immortales putantur, ita tamen a maioribus suis degenerasse, ut ex illis nunquam orti et ex se nati prorsus esse videantur?

Cette description de la ruine de Rome et cette opposition de sa grandeur à sa décadence auraient pour nous un attrait plus vif, si elles ne se rencontraient bien des fois dans la littérature de l'Humanisme Pétrarque le premier, en d'admIraH~s lettres, a développé le thème d'une façon originale, et avec une éloquence qu'aucun de ses successeurs n'a dépassée. Cette page d'un Français nous apprend du moins qu'on y revenait volontiers dans l'entourage du cardinal d'Armagnac, et il ne faut pas oublier que, de cette banale antithèse ressassée par les Italiens en vers et en prose, vont sortir tout prochainement les ~An~H:~ de Rome de Du Bellay 3.

1. C'est.'la Louve de bronze du Palais des Conservateurs. 2. Nous avons sur ce sujet, à côté des pages de Chamard, celles de Vianey dans Z~ Pe/rar~fzMmeeK .France, p. 318 et suiv. J'ess~te d'y ajouterquetque ''tiose. ? 3. Paschal fournirait aussi plus d'un trait à une annotation des Regrets. Il est dur pour le monde intellectuel de Rome (dans la suite du passage précédent) « At sunt Romae poetae, philosophi atque oratores.Certe, sed <)uos audire aut omnino videre nolis. Poetas vacant miiB.os, histripues, comocdos. qui vicatim poti vulgaria quaedam carmina bacchantur, quae nihil habent praeter muliebresrisus]asciuiamquenumerisquibusdamet rithmis inuolutam. Philosophi huiussuntgenerisutomnia voluptate metiantur, ut nihil naturae non tribuant. ),


A cito domum Armeignaci Cardinalis, ad Corneillanum aut Philandrum, quos scis nobis cum perpetua animorum voluntate coniunctos, tum litteris et artibus nostris deditissimos, me confero, ibique tempus variis sermonibus ducimus. Inde aut in Vaticanum, aut Quirinalem, aut Viminalem montem, aut quo suauissimus Blaesius, utriusque nostrum amantissimus, me ducit eo. Marmoratas veterum laudes ac scnptiones digitis saepe effodimus, nonnunquam etiam exscribimus. Postea me in cubiculum abdo, ad multamque noctem meo more vigi!o. Ad easdem vices cum luce reuertor

Le tableau a, par endroits, du pittoresque. On devine l'autorité savante d'un Philandrier sur cette troupe d'archéologues improvisés 3. On aime les voir chercher sur les « sept costaux » les « sainctes ruines que chantera l'ami de Ronsard, suivre avec les doigts les caractères gravés sur le marbre antique et transcrire curieusement des inscriptions intéressantes Plus d'un étranger rapportait ainsi dans son pays quelque sylloge, remplie souvent de maladroites lectures Paschal suivait cette mode propre à lui faire honneur parmi les savants, et tenait à parler de ces travaux « Hune februarium in perquirendis et inuestigandis veterum monumentis consumam )) Quelques bribes de son butin épigraphique passeront un jour dans ses narrations à l'antique de l'histoire française.

Avec l'ami Revergat, c'est l'antre de la Sibylle qu'évoquent ses rêves « Quid in Italia viderim, didicerim, egerim, praesenti sermon 1 reseruo. Ego in speluncam Cumaeae Sibyllae perendie cogito nam hic mirabilia de ea quaedam dicuntur, quae cum videro faciam ut scias 6. » Le projet ne se réalise pas Paschal est envoyé à Venise par la famille de Mauléon, et il ne s'embarque point à ,1..Jacques de Corneillan, devenu en 1554 évêque de Vabres, était neveu du cardinal, qui résigna en sa faveur l'évêché de Rodez, en 1560. 2. Recueil, p. 85-90 (lettre à Durban).

3. On juge de l'expérience romaine de Philandrier par ses Annotationes sur Vitruve, que termine, dans l'édition de 1844, la mention suivante .Haec P/H'iK~er com/Hen<a&a<ur Romae 7/7. Calend. 4ugusti Af.D.JfjL, suadente t;/t/)<?//f?~<eyue et a(/tuuan<e Maece~a/e suo Georgio Armeniaco ~u</te/!0/'u/n e/)t'sco/)t, tu/M /'e<o ad Paulum 77/fo/t<. A/a.r. legato.

4. Les sculptures les intéressent moins; pourtant, durant sa mission de t~i~i a Home, le cardinal d'Armagnac veillera à l'expédition d'œuvres d'art antiques au connétable de Montmorency (Tamizey de Larroque, Lettres inéd. du card. d'~r~ta~nac, p. 69).

o. Recueil, p. 108 (autre lettre à Durban).

C. Recueil, p. 103 et 113.


Naples, mais à Ancone. Ses amis y ont gagné la description d'une tempête sur l'Adriatique, qu'il adresse a Philandrier, et où ne manque aucun des lieux communs d'un tel récit~. Il assure qu'au plus fort du danger, il pensait sucocessivement à chacun de ses protecteurs et aux amis qu'il n'espérait plus revoir; leur pompeuse énumération, en ce moment de la narration, est assez comique. Après tant de périls et d'émotions, il arrive enfin à Venise, où trois jours de repos sont nécessaires avant d'ouvrir ses coffres et d'en tirer, parmi des manuscrits mouillés, ceux qu'il va présenter à Paul Manuce

Son séjour est surtout rempli par les démarches de l'affaJLre des Mauléon et par la production du fameux plaidoyer. Il lui reste peu de temps pour s'intéresser à Venise ..elle-même. NIJLes édIËces, ni les particularités de mœurs ne le retiennent. Comme il n'y a point de monument romain, aucun souvenir ne lui semble digne d'être noté; mais it trouve le moyen de-parler des canaux vénitiens à un ami dans le langage du siècle d'Auguste « Si forte es nescius, scito me Venetiis esse. Atquamprocul a Musis Omnia in his locis Tritonis vocibus personant. Non dulcisj.lle Apollinis sonus complet, ut solebat, aures meas neque mihi Nereidas, utpote qui ad Naïadas exarserim, adhuc conciliaui. Sed quid ego haec in familiari praesertim.epistola~. » II ~arrange son retour par Padoue, Brescia, Mantoue, Plaisance, Parme et Turin, excellent complément de son voyage d'Italie 4. La recherche des manuscrits anciens, .qui tient tant de place dans les correspondances d'humanistes et notamment dans celle de Paul Manuce, n'a pas pas encore apparu chez leur imitateur. 1. Recueil, p. 151-183.

2. '< At dum me sic colligo, dum meos libros euoluo, omnes aqua madidos reperio, illudque quod Paulo Manutio eram daturus, ita distractum et !aceratunivixutegorecognoscerèm. Collegi tamenon]hia,utpotui, eique obtuli. Qui me suo more perhumaniter amplexus est, nostraque scripta sic probauit ut mihi maxime autor fuerit ne ea in lucem emittere dubitarem. » V. plus haut, p. 283.

Recueil, p. 133.

4. « Cras. Patauium veniam, inde Bressam sum profecturus, postea Mantuam Mantua Placentiam et Parmam cogito. Nam eae urbes ItaHae sunt mihi reliquae, quas ego adhuc non vidi. Bremter, .ut omnia quae cupio videam, erit mihi in patriam itineribus deuils redeundum. Si frater tuus Riuensis episcopus fuerit Taurini, eum conueniàm. Venetiis, V cal. Oct. » (Recueil, p. 120).


Elle se glisse fort à point dans le post-scriptum de la lettre envoyée de Venise à Philandrier. Paschal y fait mention de certains manuscrits de Vitruve et de Cicéron signalés à Lyon par Antoine du Moulin et qu'il tiendrait a étudier à son passage dans cette ville. Il en écrit à Du Moulin lui-même On pourrait attacher quelque intérêt à ce détail, si l'on était sûr qu'il ne l'a point introduit ad os~~M/MM. Il serait naturel qu'il partageât les goûts de l'entourage du cardinal d'Armagnac, qui achète de nombreux textes grecs et latins, en fait transcrire d'autres par un calligraphe en renom, et envoie des explorateurs dans toute l'Italie et en Grèce même, pour enrichir sa bibliothèque ainsi que celle de son roi. On ne voit pas cependant que Paschal s'en soit occupé le moins du monde pendant son séjour romain, ce qui donne à supposer que le morceau sur les manuscrits de Lyon peut n'être qu'un simple ornement pour son recueil.

La lettre à Antoine du Moulin se termine par ces compliments « Seb. Gryphium, loan. Tornaesium saluere velim iubeas meis verbis plurimum. Si Nicolaus Borbonius, noster ille Ouidius, istic fuerit, illum meo nomine salutabis » Paschal rencontrat-il à Lyon le poète humaniste qu'il comparait à Ovide, ce Nicolas Bourbon,à qui des A~uyae plusieurs fois réimprimées avaient valu quelque réputation~? Jean de Tournes, l'imprimeur lettré qui d. « Cal. Sept. literae a te mihi redditae sunt, quibus intellexi te nostri esse amantissimum. De quo etsi nihil unquam dubitaui, tamen illud in tuis titcrispermihigratumperqueiucundumfuit. Quod scribis te in quadam bibliotheca Vitruuiiexemplarvetustate insigne et manu scriptumreperiisse a)io omnino exemplo, quam quod hodie vulgo circunfertur, rem mihi nouam multoque iucundissimam nuntias. Neque enim nescis quam obscurus quamque'dimcilis est autor ille et quam grauiter doctorum hominum ingénia eius difficultas hactenus torserit. Il l'engage à donner une édition de Vitruve: « Huius igitur rei Guilielmum Phiiandrum certiorem feci. Scisenim quibus luminibus vir ille doctissimus autorem illum illustrarit. Epistolas ad Attieum, quas te etiam nactum esse nuper ad me scripsisti, istic videbo. Utinam, cum ita sis fortunatus, illos quoque Ciceronis de Republica libros, quosdesideramus, posteritati reperires. » Recueil, p. 1S5-156. 2. Nicolas Bourbon avait publié à Lyon,chez Sébast. Gryphe, son Opuscu/umpuert7eac~pMros[/?mof'{&s(1536)et l'édition augmentée, en huit livres, de ses A~yae(lS38). V. Carré, De Nicolai ~orj6ont< ft<a e< ope;'t.&s, Paris, 1888. Jacques Toussain comparait déjà à Ovide ce Bourbon, qui s'en défendait modestement

A'aso tibi videor, Tussane, t~~et~yo nentpe

Scribo 7'omt<'tn:s carmina dt~rrta Getis.

Les filles de Jean de Morel correspondaient en latin avec Bourbon, ce 19


édita entre tant d'autres les œuvres de Louise Labé etdePontusde Tyard, put s'entendre avec Gryphe pour la mise en vente du volume qui arrivait tout imprimé d'Italie. Il est probable que PaschdL se dirigea ensuite vers Toulouse mais c'est & JParis qne Durban « son grand amy » fit publier, quelques mois plus tard, la traduction de son discours « L'oraison de M. Pierre Paschal prononcée au Sénat de Venise contre les meurtriers de l'archidiacre;, de Mauléon, traduicte du latin en françois par le~Protonotaire Durban et nouvellement imprimée par commandement de la Royne de Navarre. Du mesme, France par prosopopée à la Républicque de Venise. A Paris, par Vascosan, rüe S. Jaques, M. D. XLIX, M » Un détail montre des relations déjà nouées avec le jeune groupe de Ronsard c'est un sonnet liminaire de ce livret, « prins sayle grec de Claude Rammile et signé 7. -4. de .B~ qui se trouve la première pièce de vers que Baïf ait publiée Quant au patronage de la Reine de Navarre, alors si honorable pour les écrivains, il est ainsi invoqué par le traducteur « Ne trouve pas estrange, amy lecteur, si à present je veux publier àjtous ceste miejme traduction, l'ayant par cy devant voulu communiquer à peu de personnes mais entens s'il te plaist que la Royne de Navarre, ces jours passez, apres en avoir (je ne scay par quelle fortune) ouy faire lecture, m'auoit commandé expressément qu'elle'feust bien tost imprimée. Il feust son plaisir d'user de la puissance qu'elle a sur moy, qui suis son treshumble et tresobëisgant homme vassal et serviteur subject et ne luy pleust oncques admettre aucune de mes excuses. » La dédicace, adressée.par Durban à son cousin Mauléon, est composée pour rehausser l'importance de cette publication, non seulement dans la famille dont elle proclame l'illustration, mais aux yeux de tous les lettres qui amène son nom au voisinage de Ronsard. II y t~ à ce sujet, une jolie lettre de leur mère à cet humaniste dans un ms. de Munich (coll. Camer, vol. 33, fol. t31).. è t. Bibi. nat., Res. X 3S27. Feuillets marqués de A_à Giij, Le passage de la dédicace cité plus loin n'atteste pas l'existence d'une édition manuti~nno, ou portant le nom des Alde; il ne vise que le texte latin.

Le sonnet de Baïf, traduit des distiques grecs de ce Rammille qui se trouvent dans le recueil de Gryphe, manque à l'édition Marty-Laveaux. Il n'a point échappé à Augé-Chiquet, La vie. de J.-A. (~e Ba< p. 5S. 3. Marguerite de Navarre n'a pu voir la publication française, étant morte u Odos en Bigorre, le 21 décembre. La page d'agréable description des Pyrénées n'aurait pas manqué de lui plaire.


!3avantaig'e n'est-il raison que ceulx qui sont des nostres à present et naistront d'eu)x à l'advenir sachent que M. le Reverendissime Cardinal d'Armaignac advoua ton frere et les siens pour parens, Paschal pour gentilhomme de sa maison, et print ceste cause autant. à cœur, que le plus important de ses propres alfaires ? Ce que M. de Morviiliers, Ambassadeur pour le Roy, a solicité à Venise, et M. de Termes soutenu en Piedmond, ne mérite il pas d'estre cogneu par ceulx à qui touche l'offense ? ne sommes nous pas redevables de beaucoup a M. de Corneillan, evesque de Vabres, et à M. l'auditeur Reomanus, autrefois mon precepteur, qui se sontmonstrex autant liberaulx à n'y espargner leur bien, que voluntaires à y employer leurs personnes ? Doibt il estre caché l'honneur que Paschal a fait à nostre maison, le vouloir qu'il nous a monstré, la peine qu'il en a prinse, les dangers où il s'est exposé et la memoire qu'il a laissée desa charge ? Scaurions nous tajre Fhonnesteté de P. Manutius, un des premiers hommes qui se meslent des lettres, qui a voulu imprimer soubs sa marque t'œuvre dudict Paschal ou plustost la nostre, aimant mieulx soustenir le party de la verité que favorir les coulpables de sa propre patrie ?Ces deux petits volumes, qui se réduisent à un seul ouvrage, vont être pendant longtemps tout le bagage littéraire du jeune humaniste. Mais il est de ces gens de plume qui font de leurs moindres pages une distribution avisée et avantageuse. Après en avoir tiré gloire parmi ses amis de province, Paschal a gardé quelques exemplaires du tirage pour les faire circuler dans la capitale, où il a décidé de chercher fortune. S'il l'a offert aux personnes en place, il n'a' pas manqué d'en munir les poètes. Ronsard, qui l'a reçu, y fera plus d'une allusion directe. Chacun l'accueille avec bienveillance, et ce n'est que plujs tard qu'Étienne Pasquier y dénoncera, comme le poète déçu, la médiocrité de la composition, les emprunts du style, la sérvile imitation des Italiens 1. Au début, presque tout le monde y est trompé. Une seule protestation paraît s'élever contre les prétentions de l'auteur. Elle vient d'un de ses anciens maîtres de Toulouse, le professeur de droit civil, Étienne Forcadel. Cet écrivain, qui n'a pas été sans relations avec Ronsard a déjà des liens avec le groupe de protecteurs dont se réclame Paschal il dédie des vers au cardinal d'Armagnac, à Jacques de Corneillan (Cornélianus), à Phi1. V. plus haut, p. 26i, 265.

2. V. p. 192.


landrier à Antoine du Moulin, à Pierre de Mauléon lui-même, au Premier Président et aux conseillers de Toulouse Du même milieu littéraire que Paschal, et son aîné, il ne se laisse pas' prendre à tant d'étalage son recueil de ISSi contient une petite pièce, qui le vise assurément

~~nM~eu/'deCxcc~o,

Toy Orateur, singe du grand Romain,

Uy ce que dit sa dorée éloquence Que le parler, tant doux soit il, est vain, Si quand et luy n'y ha bonne sentence Profond savoir, mais rude, c'est enfance, Les mots ornez et nuds, temerité

Qui parle bien avecques gravité

Sembte !e champ fleurissant et fertile Car en tous poincts ha le prix mérité, Qui scet le doux accoupler à l'utile

Il semble que le talent qu'elle a vu naitre inspire à Toulouse quelque défiance. Il n'en est pas de même pour Paris, où s'exercera sans contrôle sur les lettrés le prestige des succès d'Italie et de l'imperturbable faconde du cicéronien.

II

Ce fut Ronsard lui-même qui commença la renommée de Pierre de Paschal. La sienne débutait à peine et n'était guère sortie du cercle de poètes son génie était fraternellement reconnu. En iSSO, paraissait son premier volume, le Ser recueil des Qua~'c 1. Stephani Forcatuli iureconsulti ept~TMMtata, Lyon, J. de Tournes, 1551, p. 8'?, 145, no. Une pièce est dédiée à Jean de Mauléon: .M. P. Durhano .;Maf;Ho Senatori nobiliss. une autre Ad 7o. Afenseftca~u/H &natus T'o/.praMtWpnt Max., p. 53, iM). Les vers adressés à Philundrier. sont intitulés: De Gu<M<KtoP/M<anefro Architecturae Aonar~m~ue a~tu~pe~MS. Le poète suppose que Phébus est inquiet pour son palais, qui menace ruine son embarras ne durera point Ecce PMantfer adest. 2. Poésie d'Estienne Forcade~, Lyon, J. de Tournes, 18S1,p. i3t, 13$. 3. Poésie, p. 1!)2. Les Ej9~rantma<a ne contiennent qu'un distique ijisignifiant adressé Pc. Pasclialio doc~. (p. lii). Paschal mentionne Forcadel dans une lettre à Revergat ~'orca~uM nostruni MeM -Bér&ts saXu~a&M ,,RecueiIdelS48,p.'t3S).


n/'<'7?~'ers livres des Odes, où s'affirme le chef de l'école. Dès le premier livre, Paschal obtient sa dédicace, et l'on va voir de quel ton Ronsard associe à sa fortune ce jeune homme inconnu, cet autre Pierre, qu'il se charge d'immortaliser avec lui. N'àùrais-je point tort, dit-il avec emphase,

Si je n'emp!umoi!a gloire De toi, mon Paschal, affin Qu'eue voltige sans fin

Dans le temple de Mémoire ? '? La cheine qui entrelace

Ton esprit avec le mien, Et mon nom semblable au tien Commande que je le face. .la ton Languedoc se vante D'honnorer son nourrisson

Fait immortel par le son Du Vandomois qui le chante. Vraiment mes vers manifeste Diront que tu fus ami

De moi, t'elevant parmi

L'honneur des troupes celestes. La carrière du tens use

Les palais laborieus,

j~on les traits victorieus

Venant de l'arc de ma muse

Comment ce lien est~il si promptement noué entre deux écrivains fort dissemblables de talent et de caractère ? comment Paschal a-t-il eu la fortune d'entrer dans le petit monde de Ronsard ? On peut penser a une rencontre au cours de ce voyage en Gascogne et aux Pyrénées, dont l'itinéraire nous est si mal connu et que le poète paraît avoir fait au cours de l'année 1549. Ce voyage l'a au moins intéressé à la province d'où Paschal est originaire Sans recourir à une hypothèse, il est plus simple d'admettre que la réputation de l'enseignement de Jean Dorat vient d'attirer au collège de Coqueret, parmi les auditeurs du grand humaniste parisien, Pierre deMauléon etson ami revenant d'Italie. Nous avons le témoignage même du poète, qui, sans 4. C'est l'ode xix de ce livre I, où sont les grandes dédicaces littéraires et amicales à Du Bellay, à Dorat, à Ba'if, etc. Odes, éd. Laumonier, t. I, p. 160. Les deux derniers quatrains viennent d'Horace, Car/H. IV, vin, 13 et suiv. Ils subissent dans l'édition de ISSSIa variante significative qu'on trouvera plus loin.

2. On ne paraît pas avoir relevé, à propos du voyage de Ronsard aux Pyrénées, que rappellent les vers sur la mort de sa haquenée (Odes, t. I. p. 205), d'autres vers de l'necfe Charles cardinal de Lorraine (éd. L. t. IV, p. 235), qui ont tout l'accent du souvenir personnel

Qui a point veu courir à bruyantes ondées

Un torrent franchissant ses rives desbordées,

Ou surlesmonts d'Auvergne,ou surte plus haut mont

Des cloistres Pyrenez, quand la neige se fond

Et que par gros monceaux le Soleil la consomme?


préciser absolument la première rencontre, assure que sa liais-on intellectuelle avec les jeunes méridionaux a commencé chez Dorât: ï .Chez lui premierement,

Nostre ferme amitié print son commencement,

Laquelle dans mon âme, à tout jamais, et celle

De ton ami Durban, sera perpétuelle

C'est donc l'Humanisme qui l'es a unis, et ce qu'on sait des dispositions d'esprit de Ronsard, à cette époque de sa formation, explique aisément son enthousiasme. Sensible à la belle phrase latine, qu'il pratiquait avec moins d'adresse que Paschal, il l'est aussi à l'autorité conférée par ce séjour d'Italie, qu'il souhaite pour lui-même. Dorat, plus averti, semble s'être détaché très vite de ces beaux parleurs;. On peut croire qu'un maître aussi informé ne fit qu'un cas médiocre de la supériorité à l'italienne dont Paschal était fier il ne le nomme qu'une fois dans ses écrits, sans louange particulière, et n'a conservé avec Durban lui-même aucune relation. Des élégances purement verbales, qui le laissaient indifférent, devaient au contraire éblouir le jeune Ronsard. Celui-ci ne se contentait pas, dans son recueil de 1SSO, de l'ode à la louange de Paschal il revenait à lui, dans une seconde pièce, qui célébrait avec la même chaleur pédante les qualités d'esprit du conseiller au Parlement de Toulouse Languedoc me sert de temoin,

"l[)" ,t 1

Voire Venise, qui plus loin

S'emerveilla de voir la grace

De ton Paschat, qui louengeant Les Mauleons, alla vengeant

L'outrage fait contre ta race,

Lorsqu'au meillieu des Pères Vieus, Degorgeant le présent des Dieus Par les torrents de sa harangue, !i embla l'esprit des oians

Comme épies çà et là ploians

Dessous le dous vent de sa langue

Deux ans plus tard, le second recueil de Ronsard, les Amours, montre la même admiration affectueuse pour Pasclial. Voici le ). Bocage de 554 ( épttrc biographique A P. de Pasc&a/),

0(7<'s, t. li, p. 84-8S. La fin de l'ode indique la préparation d'un ouvrage d'ast.rologte que Durban n'a pas publié,


sonnet qu'il lui adresse à Toulouse, y faisant sonner six fois .son nom, et que va commenter Muret

De toi, Paschal, il me plait que j'ecrive,

Qui de bien loin le peuple abandonnant,

Vas de l'Arpin les tresors moissonnant, Le Ion des bors où ta Garonne arrive. Haut d'une langue éternellement vive, Son cher Paschal Tolose aille sonnant, Paschal, Paschal Garonne resonnant, Rien que Paschal ne responde sa rive. Si ton Durban l'honneur de nostre tans Lit quelque fois ces vers par passetans, Di lui, Paschal, (ainsi l'apre secousse Qui m'a fait choir, ne te puisse émouvoir) Ce pauvre Amant estoit dinne d'avoir Une maitresse ou moins belle ou plus douce.

li adresse ce Sonet à Pierre Paschal, gentilhomme natif du bas pais de Languedoc, homme, outre la conoissance des sciences dignes d'un bon esprit (ausquelles it a peu d'egaus), garni d'une telle eloquence Latine, que mesme le Senat de Venise s'en est quelque fois emerveillé Vas de /4.r~o:rt les tresors moissonnant. Vas soigneusementrecueiltant les richesses de l'eloquence de Ciceron. II dit cela, parce que Paschal est un des hommes les mieux versés en Ciceron, qui vivent pour le jourd'hui. Si ton Durban. Michel Pierre de Mauleon, Protonotere de Durban, conseiller en parlement à Tolose, homme tant exceUent. Entre luy et Paschal est une si grande amitié qu'elle est sut'Hsante pour etfacer toutes celles qui sont par les anciens auteurs recommandées

Pendant que tant des vers de Ronsard ajoutaient au lustre de cette amitié incomparable, Paschal faisait encore de Toulouse, f~crit Muret, «sa plus ordinaire residance » mais il était quelquefois sur le chemin de Paris, etMag'ny le mentionne dans une ode ~4u.rn!/n/es du /.o<A,~)OH/* caresser /asc/ta~ passant par Cahors. H annonce à ces nymphes qu'il ira bientôt chanter leur gloire sur les bords de la Seine, où son ami va le devancer i. Muret cite en témoignage trois strophes de l'ode à Durban (Les .ImMr.s', (7'aprés le texte de ~o7~, éd. Vaganay, p. 391. Ed. L., t. VI, p. 160). La seule variante que présente l'édition de 1552 est au v. 3 Vas du Arpin. Notons qu'il n'y a aucune place faite à Paschal dans le recueil des J;n;e/a.


Xagutère, Mignonnes, vous vistes L autre mignon des trois Charites, Son Durban l'ornement françoys Paschal, Nynt'es, vous voiez ores, Vous voiez l'autre Arpin ainçois, Et bien tost vous verrez encores Vostre nourrisson Quercynois

Paschal se trouvait à Paris, au carnaval de ISS3,lors de la représentation de la Cléopâtre de Jodelle en l'hôtel de Reims, devant le Roi, bientôt suivie de celle du collège de Boncourt, que Pasquier a si bien contée « Toutes les fenestres estoient tapissées d'une innnite de personnages d'honneur, et la cour si pleine d'escholiers que les portes du collège en regorgeoient. Et les entreparleurs estoient tous hommes de nom, car mesme Remi Belleau et Jean de la Péruse jouoient les principaux rollets~. » Notre humaniste assista au festin d'Arcueil, où les poètes fêtèrent le succès d'un des leurs, et il a l'honneur de figurer dans l'énumération des Dithyrambes recitez à la pompe du Aouc deJbffeMe

Tout forcené à leur bruit je fremy J'entrevoy Bayf et Remy,

Coiet, Janvier et Vergesse et le Conte, Paschal, Muret et Ronsard qui monte Dessus le bouc, qui de son gré

Marche affin d'estre sacré

Aux pieds immortelz de Jodelle,

Bouc le seul pris de sa gloire eternelle, Pour avoir d'une voix hardie

Renouvelle la Tragédie. 3

La même année, Ronsard, publiant avec quelques odes récentes la deuxième édition des .4Mon/*$, introduit le nouvel ami dans une réunion d'un caractère plus sérieux. C'esiLceIle de la « ch~re bande H Idéale, choisie pour aller vivre aux 7~es fortunées, parmi le repos et la solitude consacrée aux Muses, Le texte original t. ~.y<?< éd. E.Courbet, p. 39.

3. Gustave Lanson, dans ses Etudes sur les ort~Mes de la 7'rayMte c/f.~t'yue en ~ant;< a reporté à 1553 cet intéressant épisode de notre histon-e littéraire. 'RcBuecfAM~ 1903. p. 187-189 eEi9S).Cf. Laumonier, poète lyrique, p. iOO, et l'éd. de Binet, p. 1S4.

3. Ëd. L., t. VI, p. 186. La pièce a paru dans les Folastries.


lu poème dédié à Muret porte en bonne place le nom de Paschal, iisparu des éditions suivantes

Je voy Baïf, Denizot, Tahureau, Mesme, du Parc, Bellai, Dorat et celle Troupe de gens que devance Jodelle. Ici Maclou, là Castaigne conduit, Et là j'avise un grand peuple qui suit Notre Paschal. 1

Au mois d'août de cet an mémorable, Denys Lambin, en voyage aux environs de Paris avec le train' du cardinal de Tournon, rencontre Paschal, qu'il a dû connaître à Toulouse. Il raconte à Ronsard leur conversation à son sujet, et loue la réserve et la bonne tenue du jeune lettré (« inest enim in eius fronte et oculis pudor ille ingenuus, doctrina et literis. dignus x)~. Quoi qu'on pense de ce dernier détail, la lettre atteste que Paschal fait bien partie de la Brigade.

C'est le moment où la renommée de Ronsard s'étend avec rapidité et où la France littéraire se prend tout entière à l'acclamer. Une preuve, entre bien d'autres, est l'anecdote des Jeux Floraux, à laquelle Paschal se trouve mêlé. Un passage ampoulé et peu exact de Claude Binet raconte comment son maître « reçeut de Tolouze une gratification, non seulement libérale, mais qui temoignoit le bon esprit et jugement de ceux qui l'offroient et le mérite de celuy qui la recevoit » ce fut le prix de l'églantine des Jeux Floraux, « instituez par ceste noble dame Clemence Isore » 3. Binet fait honneur à Pibrac de cette initiative il semble bien qu'elle revient plutôt à Paschal, si l'on interprète le texte de la délibération du Collège de rhétorique de Toulouse, du 3 mai 1554 « Quant à la fleur de l'églantine, fut par commun advis et délibération arresté qu'elle seroit adjugée à M. Pierre de Ronsard, poëte ordinaire du Roy nostre sire, pour excellense et vertu de sa personne, et que la dicte fleur soit aug1. Texte publié par Laumonier (Revue d'hist. litt., 1905, p. 249). Il est tiré des .4Mours de 1553, achevés d'imprimerie 24 mai et accompagnés de quatre pièces « non encor imprimées dont Les Isles foriunées. L'énumération a souvent changé suivant la fantaisie de Ronsard. Cf. éd. Bl., t. VI, p. 173. En 1360, le nom de Paschal est remplacé par celui de Magny. 2. V. p.161.

3. La vie de P. de Ronsard, éd. L., p. 23, et l'annotation, p. 146-150.


inentée de prix selon ce qui seroit advisé, laquelle luy seroit envoyée et portée en la court, et en son lieu serait reçue et acceptée par M. Pierre Pascal, docteur et maistre en la dicte science. » Le greffier consigne en son l'ivre rouge qu'il a délivré, dans la séance solennelle de l'année, « la fleur de l'églantier audict Paschal, tenant lieu du sieur de Ronsard poëte )) Cette formalité fut accomplie dans la séance annuelle où le Collège reçut les remerciements des précédents lauréats~; mais la..fleur réservée à Ronsard ne fut point envoyée et, l'année suivante, par délibération commune du Collège et des Capitouls, convertissant et augmentant le prix de l'églantine, on fit exécuter par un orfèvre de la ville une Pallas d'argent, qui prit le chemin de Paris. Ronsard adressa des remerciements pour un présent qui paraît lui avoir été agréable et qu'il offrait, à son tour, au roi Henri II. 0~1 a six courtes pièces latines de Du Bellay, consacrées à célébrer le don d'une ville lettrée et sa destination dernière; elles prouvent l'intérêt que prit à cet hommage l'entourage du poète, et contrastent avec le dédain affiché, quelques années plus tôt, dans le manifeste batailleur de la Dépense, pour ces Jeux Floraux de Toulouse, bons, semblait-il, h couronnerdes« épissenes » et a prolonger misérablement l'existence des formes désuètes de notre poésie

Cet épisode, qui prouve tout au moins que Paschal savait être agréable aux gens, n'a laissé chez Ronsard aucun sentiment de reconnaissance. Il l'oublie naturellement, le jour où il lui coni. Du Mèg?, .HM<ou'c des institutions de Toulouse, 1. IY, p. 310 (ciLé par Paul Bonne~on, c., p. 39). J. de Lahondès, dans le-Bullelin de la So.cK~ a/'e/tMoyKjru? du Midi de la France, année 1908, p. 183 -ISS-Les documents de ces deux pubticatioas se complètent sur notre sujet.

Voici ces noms sans gloire, d'après Du Mège, qui voisinent avec Ronsard Rot~uieris, Moèan et Podius. Ce dernier .u& serait-il pas B. du Poey du Luc ? ?

3..Poema~a, Paris, 1558, fot.26 V à 38 -fy: ~McruayK <:rgren<cantà S. P. Q. y/to~osano ~c<ro Ro/tsay~o lulis Floralibus //ecre<am_c~pos<eà ab ipso Bonsa/o~/v'Mo R?</tC/trts<My:MS. dicatam. On notera, surtout la pièce, qui commence ainsi

Car, Mansarde, nouo atque inu5itato

Secrète tibi ttOMM 7'o!osa

Caclatam modo de~u{[< j~tMersant ?

Vt qui scilicicet et as~ab GaHte

Stcues<:a!'a linquit.

4. Décence, 1. H, oh. !v Cf. plus haut, p. 263, n. 1.


vient de faire un récit satirique de la conduite adoptée par le Gascon pour se faire bien venir des poètes. On ne peut peindre avec plus de férocité l'indiscrétion du quémandeur et ces flagorneries mutuelles dont usent quelquefois encore les gens de lettres. Pas un écrivain n'échappait aux sollicitations, même ceux qui composaient en grec aucun ne savait s'en défendre; et Ronsard s'accuse d'avoir donné l'exemple de la pire faiblesse (« impudentissimis iisce laudationibus, ad taedium et nauseam usque et usque eftiagitatis, malo daemone initium dedit »). Il cite quatre noms de sa future Pléiade parmi ceux des innombrables dupes (« alii innumeri eodem veleno infecti ») L

Quels que soient les procédés, ils ne laissent pas de réussir. Paschal recueille de tous côtés les attestations louangeuses. Du Bellay lui dédie, dès 1S53, un sonnet où il lui confie ses ennuis de plaideur au Palais et son labeur de traducteur du VP livre de l'Enéïde. Le ton y est tout pareil à celui de Ronsard Docte Paschal, honneur de la Garonne,

Qui, retraçant d'une diuine main

Les plus beaux traicts du mieux disant Romain,

T'es mis au chef la plus docte couronne

Jacques Tahureau compose une longue épître A Pierre de Paschal et aux dieux en sa /aueu/ Que glaner dans ces trois cents vers, où l'éloge du « divin Paschal x et l'analyse de son fameux discours de Venise s'entremêlent de prolixes évocations mythologiques ? Celle-ci a le mérite de quitter l'Olympe

Je voy, je voy desjà près des belles fontaines S'assemblerles beautez des nimphes Tholozaines; Je les voy, ce me semble, aux bords des cleres eaux, Tortiller de leurs doys mille odorans chapeaux De fleurettes, d'eslite, et toutes faisans feste A Paschal, à l'envy luy en couvrir la teste 3.

I.V.p.264.

2. Du Bellay. OEuvres poétiques, éd. Chamard, t. II, Paris, 1910, p. 284 '~éd. M.-L., t. II, p. 141). La date est établie parChamard, J. du Bellay, p. 248.

3. Les p;'eynté;'es poësies delaques Tahureau, Poitiers, 1554 (dans les Poësies de J. Tahureau, éd. Btanehemain, Paris, 1870, t. I, p. 75-91). Le pot'me, dont Colletet parle avec un éloge qui surprend, fait allusion au procès de Paschal mentionné plus loin.


Loys le Caron nomme l'humaniste parmi les nobles esprits Qui ont rendu au François

Un vaillant brüit eterneI

Mais c'est surtout Olivier de Magny qui donne à Paschal une place considérable et, de son propre aveu, encombrante. Leur caractère autant que leur origine les prédisposent à s'entendre. fi y a en Magny le plus aimable des cadets dej&ascogne, qui a pu accorder Paschal une sympathie sans réserve, étant lui-même fort habile à bien aménager son destin. Venu avant lui à Paris, son charme et son talent l'ont fait adopter de bonne heure par la Brigade. Il commence, à vingt-trois ans, d'édifier sa fortune sur le recueil de ses Amours et aussi sur le souvenir de son mattre, le célèbre aumônier de François P'\ un des amis de, la Reine de Navarre, Hugues Salel, abbé de Saint-Chéron, dont il a été plusieurs années le secrétaire. Le titre même des Amours du jeune poète de Cahors annonce des vers inédits de Salel, qu'il a crupouvoirjoindre à ses propres œuvres La précaution est Ingénieuse, et les vers liminaires, dont il est honoré avec une abondance extrême, attestent l'avantage qu'il tire de la. mémoire respectée de l'helléniste, sous le patronage duquel il abrite ses débuts. Il a préparé en même temps l'édition des livres X et XI de l'Iliade, traduite par Salel. Cette publication, destinée à compléter celle des dix premiers livres mise à l'impression.du vivant de l'auteur, témoigne à nouveau du culte que Magny lui garde, ainsi que de la part prise à ses derniers travaux il y joint un Tombeau de Salel, où il sait grouper de beaux hommages posthumes, parmi lesquels Un poème de Ronsard lui-même~. Paschal y figure par une simple épitaphe latine, rappelant surtout la retraite à Chartres et les dernières années du traducteur de l'ade HvGOM! SAJLELLio ). 7,a PoMM, Paris, 1S54. fol. 47 v.

3. Les Amours d'CMtffey de ~8<jryn/ Quercinois, et yue~ucs odes de luy. Ensemble un recueil d'aucunes OMeres de Monsieur S~e~, aM~ (feS~t'CMroH. non encore MHM, Paris, Est. GrouUeau, 1883. Le pnvilcge est du IX mars 185:

3. Les M.~cme et douzieme livres de l'Iliade dY~o~efe, <radut'e<s de ~rrcc en /anço!'s par feu jH~Ms .S'a~ avec quelques vers mis sur son <QBt&eau par divers poëles de ce temps, Paris, Sertenas, 1SS4'. Le privilège est du 2S juillet 1554, et la dédicace est à Jean d'Avanson. Cf. l'édition des Souspirs d'E. Courbet, p. xij, et Jules Favre, Olivier de A?ayn.< Paris, i883,p. 4S-

.M.


CADVRCO, qui ex regia mortuo Francisco, ut se totum otio et doc~r.z/tac dederet, Car/nz/u~ venit, uhi aliquot post annos diuturna et Mo/ero mor~o affectus de vita placide et constanter decessit. ~4nno asalute mo/aMus restituta M. D. LIII. Vixit an. //tcn. VI. C'est le ton des inscriptions relevées par l'auteur sur les tombes italiennes de l'époque Paschal se plaira à en composer d'autres, et celle qu'il fera pour Joachim du Bellay est vraiment un modèle du genre. N'oublions pas que cette sorte de travail ne lui coûte guère et qu'il aimera toujours ëblouir ses contemporains à peu de frais. L'éditeur prête à « l'ombre de Salel » ce remerciement

Je te veux dire aussi comme je vien d'entendre

Le Ciceron Paschal, qui daigne sur ma cendre,

Tesmoignant mes vertuz, respandre de sa main

Les tresors plus divins de son parler Romain

Magny célèbre encore, dès sa première ode, l'orgueil qu'il ressent de cette amitié. D'après lui, Paschal a attiré les regards du Roi, l'estime du poète de la Cour, Mellin de Saint-Gelais, et Toulouse est de plus en plus fière d'un fils aussi glorieux

Ja desjaje voyce grand Roy, Ce grand Henri, Dieu de la France S'aprivoysant dessous la toy De tes escritz pleins d'excellance; Je voy comme beant il fait Jugement saint de ta doctrine, Et comme il estime parfait L'enfantement de ta poitrine. Je voy le mignon d'Apollin, Celuy qui repaist son oreille, Le graue-doux savant MeMIn Tout ravy de ceste merveille

Je voy son esprit et ses yeux Fichez d'un travail qui recrée Sur le distillant gracieux

De ta langue docte-sucrée. Je voy Garonne desborder Orgueilleuse de sa victoire, Et avec Tholose acorder

L'hinne consacré de ta gloire Je voy encor les Seurs au bal, Mignardans un chant delectable Qui ne resonne que Paschal, Leur cher Paschal inimitable 2..

La dédicace des Gayetez constitue un nouvel -hommage 3. Le recueil a une réputation fâcheuse, qu'il ne justifie qu'à demi, car le ton lascif y est assez rare et, pour peu qu'on ait feuilleté une t. Oc/es,éd. E. Courbet, Paris, 1876, t. I, p. 58 (à Monsieur d'Avanson). 2. Amours, éd. E. Courbet, Paris, 1878, p. 93-94. Les « Seurs au bal a sont les Muses. L'ode a, bien entendu, une strophe consacrée à Durban. 3. V. o. 272.


certaine littérature latine de la Renaissance, on est porté à moins de sévérité pour cette gaîté gauloise et plutôt bachique. La pimpante pièce des Martinales, qui ne serait point indigne de la veine plaisante de Ronsard, désoblige à peine un instant les chastes oreilles. Paschal y paraît plusieurs fois, dans les attitudes les plus joviales, mêlé à ce groupe d'amis réunis autour de François de'Charbonier et de sa :< nynfe geolière » pour fêter Bacchus, « le bon Denis, le bon père n, sous la treille du cabaret parisien. La compagnie est au rendez-vous, et la faim l' « espoinçonne »; la perdrix se dessèche sur la broche, parce que Paschal est en retard il arrive, s'excusant sur la pluie « qui l'a tnoitement trempé ». On se met à table, le garçon passe « l'aiguière lavandière H et, tandis qu'on attaque les viandes et que Charbonier découpe le « poulastre indien », Magny entonne l'éloge des convives

Dieu gard Paschal, qui les Grâces Par leur trasses

Suyt tousjours d'un libre pas. Voyez Paschal notre guide Comme il vuyde

Ce verre plein de vin blanc.

Les belles Muses ne sont point oubliées, non plus que les

maîtres absents. On évoque le « Pétrarque Vendomois », on rappelle le festin d'Arcueil. et tous boivent en chœur (c à ce tout divin Jodelle », s'essayent à vider le pot à la-ronde, avalent « au tireligot le malvoisie « et ce bon gros vin de grave qui les lave de tristesse et de tourment »

Paschal enseigne et radresse De la presse

Ceulx qui faillent en cecy, Et nous monstre la maniere Taverniere

D'escarbouiller le soucy.

Voyez le comme il enserre De ce verre

Les despouilles dedans soy, En l'honneur de son Oreste Tout celeste,

Son Durban à qui je boi

Tout cela est innocent et joyeux, dàns une tradition qu'on sait assez être nationale; Ronsard n'a pas dédaigné d'accorder son 1. Gaye~M, éd. E. Courbet, p. 64, 65, 70, 72. La date est donnée par le motif du retard que met Pascal à rejoindre la compagnie Pascal, qui plus la décore,

Est encore

Par la ville à son procès.


luth à de telles chansons, et son élève ne s'y montre point maladroit. Il peint vivement un Paschal de belle humeur, hors du ton gourme de pédant, qu'il reprend ailleurs avec son latin et qu'il affiche avec avantage en d'autres lieux. Ses amis de lettres s'entendent à merveille à soutenir son ambition en bataille et à le pousser dans le monde. Il faut s adresser encore à Magny, dans ses Odes, pour savoir jusqu'où s'enfle, chez un poète -d'alors, l'hyperbole de l'amitié. Le livre II est presque entièrement rempli par la gloire et les intérêts de Paschal.

Un procès important, qu'il soutient à Paris, fournit matière à trois longues odes adressées àM.d'Avanson,premierprésidentau Grand Conseil du Roi, à Jean Bertrand et à Nicolas Compain, conseillers au même Conseil, toutes « en faveur de Pierre de Paschal ». Le poète décrit dans la première les tourments du plaideur, « son front qui trop se ride ))~ sa face « trop humide » il dit comment se lamentent ses amis

Ij'ode au conseiller Bertrand lui annonce que Paschal a pris en main l'éloge de l'illustre famille à laquelle il appartient, et qu'il va célébrer dans la langue « du mieux disant Romain H Je rencontray l'œuvre latine,

Ce nourrisson des Muses, si dévoué à la famille des Bertrand, mérite qu'on se hâte d'arrêter une ordonnance en sa faveur 1. Oe~s, t. I, p. 88-89. Après Durban et Panjas, le poète énumère Tumcry, Reverg'at, la Roze, Dubuix [du Poey '?J, Charbonier. C'est le groupe toulousain de Paschal les A~a/'<:na~M l'ont montré à Paris dans un autre groupe, avec Magny, Charbonier, Cappel, Navières, etc. Mis au net en 1537, le recueil des Odes contient des pièces de diverses époques. Odes, t. I, p. 102.

Et la docte Tholoze encore,

Qui par l'honneur de son sçavoir

Tant d'honneur se sent recevoir

Qu'en l'honorant elle s'honore.

Je cognoy parmy cette bande

Son Durban, le mignon des Dieux'

Ainçois de Paschal les torrentz,

Plains d'eloquence et de doctrine

Quibruvolent l'honneur des Bertrandz.

Paschal que les Graces chérissent,

Paschal que les Muses nourrissent


un tel geste est digne du magistrat ami des_ lettres, qui serait Bien aymer des Cygnes parfaite,

Des Cygnes qui sont les Poëtes.

Les mêmes adjurations sont adressées au conseiller Nic&las Compain, a qui l'écrivain promet de chanter son los sur la Seine, le Lot et la Loire, à la manière des Anciens, c'est-à-dire de façon pindarique, « tout ainsi que notre Ronsard ~_H. L'ami soutenu auprès de ses juges de cette façon originale gagna-t-il ce fameux procès ? Il obtint, du moins, fort peu de temps après, un succès beaucoup plus considérable. Dans la dernière ode, du livre, Magny instruit la postérité de la nouille dignité de son héros. Elle a pour titre Sur son partement de France pour aller en Italye, à Pierre de Paschal, historiographe du Roy ?. Les premières strophes annoncent à celui-ci le _départ de Magny, avec l'ambassadeur Avanson, et le plaisir qu'il aura de retrouver à Rome Panjas et Du Bellay, parmi « les plus belles antiquitez », cependant que leur ami commun tiendra à Paris une plume honorée

Tandis sur le mestier Romain

Tu tixtras de ta docte main

Le fil de ta Françoise histoire, Empennant si bien la victoire Et l'honneur de nostre grand Roy, Qu'à jamais sa gloire par toy

Volera vive en la mémoire.

Certes noz nepveuz qui viendront Grandement heureux tiendront Nostre belle et fertile France, De quoy dechassant L'Ignorance Elle allaicte ore en son giron

Un Paschal qui de Ciceron

Egalle la douce eloquence.

).(Mes, t. I, p. Hi-112. Le sonnet xcn des Souspirs mentionne avec Paschal le même conseillerau Grand Conseil.

2. On assigne communément à ce départ, avec l'ambassadeur Avanson, l.j date de 1583. Mais Avanson paraît avoir fait le voyage de Rome, plus d'une fois, et c'est à l'année 1S54 qu'il convient de reporter la nomination de Paschal.


Aussi ce grand Roy le sçait, bien,

Qui soigneux d'acquerir le bien

A qui nul bien se parangonne,

Maintenant la charge te donne

D'escrire tout ce que soubz luy

Nous avons veu iusqu'au jourd'huy,

Depuis qu'il vint à la couronne

Interrompons ici le défilé des poètes qui ont célébré notre humaniste, pour le contempler dans ses fonctions inattendues d'historiographe de France.

III

Pierre de Paschal voyait ses ambitions comblées. Il obtenait, pour l'unique mérite de son pur langage, d'être chargé d'écrire l'histoire de son temps et de son roi, honneur insigne que son modèle cicéronien, Etienne Dolet lui-même, avait sollicité et espéré vainement de François I"' Le petit Gascon, dont la seule force était de croire en soi-même, avait fini par imposer cette confiance autour de lui et en tirait un prodigieux parti. Fort attaché aux biens terrestres, ilpouvait regarder sa fortune faite. Il avait charge de cour; il approchait les grands, recevait pension du Roi. Cette pension était de douze à quinze cents livres selon Brantôme, qui le peint, en un malin portrait, « tout glorieux M au temps de sa « piaffe M Le pamphlet de Ronsard donne, sur les moyens qu'il employa pour réussir, des détails particuliers que nous pouvons vérifier en partie.

Le bruit extravagant fait par les poètes autour de lui servit assurément à son succès. Mais il eut des répondants plus sérieux auprès de Henri II, de Catherine de Médicis et du cardinal de Lorraine, qui le fit choisir ce furent deux prélats lettrés, importants à la Cour, auxquels il fut recommandé sans doute par le 1. Odes, t. I, p. 114-115. L'ode prévient un reproche déjà entendu Si quelcun, Paschal, te trouvant

Dedans mon livre si souvent,

Envieux, m'en vouloit reprendre.

2. Voir l'épître par laquelle Dolet dédie au Roi le second tome des Comme/t<art3 linguae latinae, Lyon, 1538.

3. Voirplusloin,p. 338.

20


cardinal d'Armagnac. L'un, ledisertLancelotd~ Carie, évêquede Riez, appréciait l'Italie et la culture qu'on en rapportait l'autre e Jean de Moulue, ëvêqnede Valence, frère du grand capitaine-et fort différent de lui par le caractère, était mêlé. de près à la politique royale et se rapprochait des idées conciliatrices de Michel~ie L'llospital Ronsard louera ses vertus ecclésiastiques, notamment dans la C~p~a:'n~e la Royne mère, de qui Monluc sera un intime conseiller Le poète assure que la flatterie n'a pas ssfn à Paschal pour obtenir l'appui de ces émments personnages, mais qu'il a exploité leur goût sincère des bonnes lettres, en se faisant valoir à leurs yeux par des épîtres 'pillées chez les cicéronions qualifiés (« decepti quibusdam e Sadoleto et Bembosubrepticiis epistolis et a quibusdam dicendi formulis e Cicérone perperatnpetitis Il oublie que lui-même fut le premier prôneur d'un obscur écrivain proclamé par lui le Cicéron de la France. Comment s'v prit Paschal pour faire réussir ses démarches, .on le voit dans une lettre adressée à un de ses parents, Guillaume Bohier, président au Parlement de Toulouse, personnage influent et consulté Ce document, qui a trouvé le chemin de la Cour, définit en bons termes toute la doctrine littéraire qu'il exploite. On y apprend par quels arguments il fait soutenir sa candidature au poste lucratif sur lequel il a jeté son dévolu~ et aussi quelles sout les idées régnantes sur l'art de l'histoire eLsurla~onvenance de ne l'écrire qu.en pur langage cicéronien

Auere te certo scio tum Gallicarum rerum historiam pure et lutine scriptam videre, tum a me scriptam. Quod quidem quam sit V. p. i88.

Ed. L.. t. II, p. 14; t. Vil, p. 569 (Bocage t'o~a~. Monluc fut ambassadeur en Pologne où il assura l'élection, royale du dfo d'Anjou. TamKcy de Larroque a publié des Notes et doc. M~c~. pour ssy~M'A ~a Atoyrap/në de J''a/! de ~on~uc, '1868. ËmHe Picot a esquissé cette biographie, c., t. I, p. 2H1-;M9. Son rôle équivoque lors de la Samt-B.~héleMiy est migjen lumière, à propos de l'~pts~ob de Pibrac, par René BadoaaB~ dans la Revue J'/tt. ~«., t9i9, p. 17-38.

3. V. p. 265.

4. tl avait été lié avec Lazare de Baïf, ayant été chargé de procéder, de concert avec lui, pendant sa mission de 1844 en Languedoc, aux engagemcnts du domaine, négociations d'emprunts, etc. (Ca<ai!og'ue des actes de Franfofii~t.IV,p.668.) Dibl. nat., ~.a/. 8a8! fol. 4T-48. « P. Paschalius G. Boeno Praesidi S. 1). Ces quatre pages autographes sont la seule }eM.re originale de Paschal que j'aie retrouvée.


magnum, quamque et magnae et arduae cogitationis indigeat vel ex hoc ipso inteUigi potest, quod hominem qui pro dignitate id praestare potuerit adhuc vidimus neminem. Quotus enim quisque est. qui de horridis rebus nitidam, de ieiunis plenam, de peruuigatisnouam orationem facial? Permulti sunt in Gallia, fatenr, qui non pessime illi quidem loquuntur, et literatius fortasse quam caeteri sed qui plane, qui dilucide, qui ad rem et dignitatem ornate scribant, non ita multi. Unus manem quandam verborum volubililatem eloquentiasi esse putat alter una aut altéra oratione, horridis verbis et insolentibus ab autoribus omnibus sine ullo delectu sumptis, quoquo modo composita ejoquentemseesse praedicat Quid quaeris ? Tota HIa vêtus copiose loquens sapientia, hoc est eloquentia, in obliuione quasi perpetua iacet. Et nisi Ciceroniani quidam, qui iampridem Dei Opt. Max: quodam veluti munere ex Italia sunt exorti~ illam ab,obliuione homi- num atque a silentio vindicassent, obruta omnino iaceret. Horum ego hominum sectam atque institutionem iuuenis apud I:)cobum Sadoletum Cardinalem (qui fuit eodem ex studio non apud italos solum, sed apud omnes gentes etiam vir, ut scis, eruditissimus) dHIgenter satis sum prosecutus idque me unum assecutum esse confido, ut scriptorum subtilitatem aliorum et elegantiam perspiciam; subtiliter vero ac eieganter, et antiquo illo et Romano more me scribere posée plane desperem. Quare, Boeri, dolet mihi, et vghementer quidem dolet, cum honestae tuae postulationi, ut maxime yellem, conçedere non possum.

Veruntamen fac me eum esse qui hoc ample praestareet cuMuIate possim. Fac meam eius generis esse orationem quae nostrorum Ciceronianorum (quos enumerare perfacile est, ita sunt pauci) teretibus ac religiosis auribus abunde satisfaciat. At Regis annales, et Regis praesertim omni praestantia praeceDentis, conficere nostrorum Imperatorum rei militaris virtute caeteris omnibus praestantium, et eruditionem, nostrorum denique temporum consiJia atque euent.us tiistoriis latinis ita mandare, ut veteris illius eloquentiae pressum aliquod vestigium perpetuo appareat, magnum hoc totum est, fateor, atque haud scio an de caeteris omnibus aliis rebus longe maximum. Quod quoniam proximis h:s Buperioribug annis quidam, orationis faciundae ac poliendae meo quidem iudicio piane ignari, attingere sunt conati, quid in hoc ego genere possim non experiar. Tantum dicam me nuper in quendam historicum forte incidisse, qui tanta verborum ieiunitate et fame de laudibus Franeisci illius, illius inquam

1. Ceci touche au point essentiel de la théorie cicéronienne, Cf. plus haut, p. 273.


magni Francisci Gallorum Regis patriae totius ac Musarum omnium vere parentis, scripsit, ut ego humunculus Man~um tanti Regis sanctissimorum quodam modo misererer Atque.tali impudentia amarior factus, non solum genus scribendi putidum, sed hominem etiam ipsum quem nunquam videram, sum stomachatus. Videbatur enim certe tant! Regis splendorem, nescio quibuslaudibus, maculare. Alicunde est tibi, Boeri, Ciceronianus aliquis requirendus inL hoc quod petis unus, mihi crede, satis erit. ÏHe enim potest, quod isti volunt ille solus perficiet, quod isti conantur.

Le morceau est joli et adroit. Rien n'y manque, ni la fausse modestie, ni la féroce critique des prédécesseurs et des rivaux. L'autorité de l'Italie est invoquée avantageusement dans une cour où l'italianisme sous toutes ses formes gagne du terrain, grâc~àla Reine et à son entourage. La thèse cicéronienne est défendue~dans un style qui veut joindre l'exemple à la théorie. Ne nous étonnons pas de voir purement littéraires les titres qu'a fait valoir Paschal écrire l'histoire de France. Telle était la tradition de l'historiographie officielle en langue latine~ à laquelle avaient procuré quelque éclat les travaux sur les rois français du yéronais Paul Emile 2. Cette tradition devait se maintenir, lorsque le français fut tardivement adopté pour narrer les gestes de nos princes et de notre nation. La charge resta littéraire, et même oratoire, jusqu'au temps de Mézeray, et il suffit de rappeler les noms d'écrivains qui la tinrent au xvni~ siècle, Voltaire, Dn.clos, Marmontel, et aux vingt et un volumes' de D:scoH/'s sur l'histoire 1. L'historiographe de François I' dont Paschal parle avec mépris parce qu'il n'est pas cicéronien, ne peut être qu'Arnoul le Perron (15151863), le célèbre jurisconsulte bordelais, dont la continuation de PaurËmile s'arrête à la mort de François I" Son ouvrage historique venait d'être précisément publié par Vascosan. A la fin de sa vie, mieux éclairé sur les mérites d'Arnou! le Ferron ou n'ayant plus à diminuer un rival, on verra Paschal lui consacrer un court éloge funèbre.

S. Vascosan réimprime à Paris, en 1555, l'ouvrage su!vant:,Pau/t.4c7Kyh't t'e/'onpKSts /t:s<orM clarissimi <7e jRe~us gestis jFraMorum K&r: X. Arnoldi /'eryc'nt Bur~tya~nsM, Regis consitiarii, de rebus gestis Gallorum libri ad historiam Pauli Aemylii additi, Chronicon .T. TtHtde re~:j!)tis Françorum, a ~Aaramu/ido usque a~HeHr:cufK II (in-8 de 4~8 p.). La dédica.ce de Michel Vascosan à François I"' est datée Lut. jPar~JTiKo~Ma/'j!. ~~9. Le recueil ne dépasse pas le règne de Charles VIII et, malgré la promesse du titre, ne contient que l'oeuvre de Paul Émile. La liste chronologique des rois comprend Henri II, qui est le 57" depuis Pharamond. `


de France laissés par Moreau, pour s'apercevoir qu'elle garda jusqu'à la fin des traces de son origine

Une quinzaine d'années après l'épisode ici raconté, Ronsard semble avoir compris la vanité d'une composition historique où la ~cherche de la forme reste le premier souci de l'écrivain. Il pense peut-être à l'expérience faite avec Paschal, il donne en tous cas un tvis mûri par le temps et d'une éloquente autorité, lorsqu'il défiait le rôle de l'historien dans un sonnet adressé au traducteur de ~uichardin

Non, ce n'est pas le mot, Chomedey, c'est la chose Qui rend vive l'Histoire à la postérité;

Ce n'est le beau parler, mais c'est la verité Qui est le seul Trésor dont l'Histoire est enclose. Celui qui pour son but ces deux poincts se propose D'estre ensemble eloquent et loing de vanité, Victorieux des ans, celuy a merité

Qu'au giron de Pallas son Livre se repose. 2

L'ami de nos poètes n'eut point d'ambition aussi haute. Mais son travail historique ne fut pas une pure illusion, comme les contemporains l'ont cru. S'il y mit une lenteur exagérée, qu'explique son laborieux artifice, on ne peut nier qu'il ait accompli au moins une partie de la tâche pour laquelle il fut pensionné 3. Ses 1. Lacurne de Sainte-Palaye, dans son Dictionnaire des ~~mMs na~'e~ na/es que possède le fonds Moreau de la Bibl. nat., a dressé une liste insuffisante, quoique abondante, des écrivains qui ont porté le titre d'historioy/'ap/:e. (La liste est résumée par Chéruel, Dict. hist., t. I, p. 548.) Un arrêt. du Parlement est relatif au choix de l'avocat Jacques Gohorry et à des émoluments de 500 livres tournois à prendre sur un legs de Ramus on y voit assez bien quelle incertitude régnait dans la continuation de nos chroniques. Le ms. de Sainte-Palaye assigne à l'année 1553 la nomination de Paschal (fonds Moreau, 1518). Le titre d'historiographe de Henri II a été porté par un autre des premiers amis de la Brigade, Denys Sauvage, sieur du Parc.

2. Ed. L. t. VI, p. 422; éd. B)., t. V, p. 356. Le sonnet a paru en titre de la traduction de I'.HM<ot/'e d'Italie. translatée par Hierosme Chomedey, Paris, 1568.

3. L'historiographe était appelé à rendre par sa plume des services à la politique royale. Le premier travail de Paschal, à peine investi de sa fonction, fut précisément la publication d'un pamphlet intitulé Ad principes cArM<t'anos cohortalio pacificaloria (Lyon, Tournes, 1555), que lui attribue Dupuy. 29 pages in-8. Cum priuilegio Regis. (V. Léon Dorez, /~t). de la coll. Dupuy, t. II, p. 154, description du vol. 624.)


manuscrits existent; on pourrait aujourd'hui les étudier/et même avec utilité 1. Ce sont trois volumes de brouillons et de mise au net,' équivalant à peu près aux quatre premiers livres de son ouvrage Le témoignage sur certains faits de son temps prendra même un réel intérêt au premier livre (qui commence a .l'an 15~7 et s'achève sur le récit de la naissance déjà princesse Claude de France a Fontainebleau), si la mention suivante, que je trouve à l'x'/)~'c~. est tout à fait véridique « Pnmug hic liber (reïum ab Hcnrico rege gestarum) totus ex Caroli LQtharingi cardinalis commenta.riis est confectus qui, quia maxi[misj occupationibus distentus persequi historiam non potest, aduersaria scribit. At, ut hune primum librum suis commentariis, sic caeteros omnes aduersariis, ut spero, il.lustrabit. vxi MO HpNOR ET GLORix. i?' sEMt'n'ERXvMAEVVMS.)) Il y a une tradition assez incertaine sur des mémoires écrits par le cardinal de Lorraine, dont rien ne s'est retrouvé jusqu'à présent. Cette collaboration illustre, attestée par la minute même de Paschal et dont il~ s'est fait gloire devant le public dans la dédicace de son éloge de Henri II, mérite sans doute d'être relevée dans son oeuvre.

Ronsard, après leur brouille, l'accusera non seulement d'esquiver par paresse les obligations de sa charge, mais même de pratiquer le ptagiat. Il nommera un personnage, simple homme d'armes des armées royales, dont l'historiographe aurait pillé les notes rédigées en français pour les transcrire en son latin Cette 1. Le mérite de ['étude de Paul Bonnefon a été de Mettre ~niumière l'existence de ces manuscrits et d'établir que l'oeuvre de ~aschal n'est pas aussi infime que l'on s'est plu à le redire après Pasquier, Brantôme et La Croix du Maine. Bonnefon a publié, comme spécimen du travail de Paschal, un important fragment de son livre I! contenant le récit des émeutes bordelaises de InM (Pierre dg.P.McA~, p. 63-71).

3. Bib!. nat., Dupuy M-t (Dorez, t. II, p. 1M); fragments autographes du I' et du II' livre. Lat. 11481 fragment du !< livre, en brouillon, et notes diverses. Lat. 18339 les livres M, III et IV.

3. Bibi. nat., Lat. 114&i, JoL 80. On lira plus loin, dans la lettre au cardinal de Lorraine, une autre attestation de cette coIlaboraUon et de existence de ces Conamentaires.

4. V. p. 268. Ce texte du poète précise pour la première fois l'accusation de plagiat contre Paschal, portée par les contemporains et vaguement recueillie par le P. Lelong et par Aubery, qui paraît le confondre avec Chartes Paschfd. traducteur français d'un élog'e de Catherine de M~dicis (Bonnefon, p. 36). Le texte d'Aubery mentionne la disparition d'« une très ample et très curieuse histoire du règne de Henri H a, rédigée par le car-


fois, la passion l'égaré hors des limites de la bonne foi. On reconnaît aisément à quel ouvrage il fait allusion; ce sont les Commentaires sur <!e/a:c< des JemMresyue/es en la Gaule Bely~ue entre Tfe/~rt IIe e~CAa/~es V* qu'a publiés en 1555 François de Rabutin, gentilhomme bourguignon de la compagnie du duc de Nevers, et qui ont été plusieurs fois réimprimés Or, l'auteur conte, dans la dédicace à son duc, comment il s'y prit pour tirer parti des notes journalières recueillies sur les faits qu'il avait vus et quels secours il dut solliciter

Au retour du camp, fortune m'a porté à Paris, lieu honoré pour l'excellence de plusieurs hommes de bon esprit je m'enquiers des plus suffisans, je les recherche,. cognoy, frequente, et Hnabtement m'efforce d'acquérir leur bonne grace. Entre autres je m'addresse à monsieur Barthelemy, Maistre des Requestes du Roy, des plus estimez; je luy communique mes brouillons et memoires, je luy fais ouverture de mon intention il cognoit mon labeur avoir esté grand et mes escrits conformes à la vérité de ce qu'il en avoit sceu et entendu. Parquoy me conseille et m'admoneste de les faire imprimer et mettre en lumiere, non toutefois sans derechef les avoir communiquez à gens doctes; entre lesquels, pour la singuliere amitié qu'il portoit à P. Paschal, gentilhomme de rare doctrine et sçavoir, il m'adressa à luy. Qui, voyant mon oeuvre mal digéré et le stile mal limé et poly, ce que moy-mesme je cognoissois, tant à cause du peu de temps qui m'estoit resté à les disposeren bonne forme, que pour le default queje puis avoir des lettres, s'oflrit de bon cueur à m'y vouloir ayder. Et ne pouvant satisfaire à ce labeur, pour estre continuellement occupé à escrire no'z histoires Françoises en Latin (je dis en Latin, Monse:'jneu/ pource que, selon l'opinion des plus sçavans honzmes, il ne semble point que ce soit un François, mais un César ou un Saluste escrivant), il pria un gentilhomme sien amy, nommé Guy de Bruès de Languedoc, proveu de grand sçavoir et humanité, vouloir m'ayderde son opinion. Lequel, pour divers empeschements, qui luy ostoient le moyen de veoir les autres, retint seulement le sixième livre. < dinal de Lorraine et confiée par lui à Paschal. La souscription du livre 1°'' des.histoires de celui-ci, qu'on vient de lire, donne toute précision sur ces divers points.

t. UneCon<!{!ua<t'oft des Com/Mcn<at'es a paru en 1559. Guy de Bruès, lié aussi avec Ronsard, les a continués jusqu'en 1862 (Hauser, Les sources f7f ~t.~o~ de France, A'V/" siècle, n" d2S3). Je cite le texte de 18~.


Telle est la source du renseignement envenimé par Ronsard. L'accusation de plagiat a dû laisser Paschal indifférent. Il se croyait en droit d'emprunter des récits de soldat, puisqu'il les fondait dans un texte bien à lui. A ses yeux, tout le mérite de ce' texte était d'être celui d'« un César ou Salluste écrivant c'est aussi le défaut de ce qui nous reste de son histoire. La plus élégante uniformité ne cesse d'y régner. Le détail n'y tient de place que dans la description des cérémonies, où l'auteur paraît se complaire. S'il aborde une chronique plus familière, c'est sans quitter le ton noble, ce qui en enlève l'intérêt. Il est tout à fait à l'aise dans le discours, oratio ou concio, et dans l'éloge des princes et des grands personnages qui paraissent dans son récit. On voit qu'il s'est attaché par exemple, après avoir narré dans tous ses détails la pompe funèbre de François I" à Saint-Denys, à consacrer plusieurs pages au portrait moral et intellectuel du protecteur des lettres et des arts et à l'énumération des grands esprits qui ont honoré son règne Ce morceau devait, dans sa pensée, faire valoir sa prose abondante aux dépens du style sec de l'historiographe du roi chevalier, Arnoul le Ferron. Les narrations militaires l'intéressent beaucoup moins elles sont presque toujours traitées sans particularités bien précises et la phrase y est empruntée d'aussi près que possible à Cicéron ou à César. Des notes conservées dans les brouillons de Paschal, et rédigées sous forme de lexique, témoignent de sa manière de lire les Anciens et d'en extraire les termes techniques qu'il peut utiliser sans trahir la pureté de la langue. La source est généralement indiquée et l'expression française est quelquefois mise en regard Ce travail d'adaptation du vocabulaire antique aux choses modernes est revendiqué dans sa préface comme un mérite considérable. Quelque médiocre valeur que garde cette œuvre de pur i. L~éloge de François !< et des écrivains de son temps ne manque pas d'un intérêt littéraire. On le trouve au ms. Dupuy <MM,M. 56. 2. Voici quelques-unes de ces notes, tirées du nis. Lat. ii48i « SMS<te/'e p~itos. Les tenir en bride et faire aller au petit pas. CoAors, <urm8. Une bande de gendarmes. Turmatim, par bandes. Archiers de la garde. S<tpa<o/'es. Escarmoches. Prima excursio /eN:s arTna~urae. Cie.. Espuiser. Nox ;7/a tota exinanienda naui coM;MM<ar. ZKVe/ Un homme perdu. A'pyno est inquam :nuen<us tam p7'o/?t~a<:M, <am per~t~us. CM. jP/'o Rab. » Dans un autre ordre d'idées, je relève une phrase que l'autj&ur applique à son cher cardinal d'Armagnac: « AMtEtG. Est oratione suauis et ita ~o/'a~us u< prae se p/'Oj&Ma~ent quandam e< MgrenH:~em /era~. C:o. »


humanisme, l'auteur y a travaillé avec méthode, se conformant à l'exemple de ses modèles italiens, eux-mêmes imitateurs des Anciens, et c'est justement ce qui lui constituait, dans le milieu français de son temps, la sorte d'originalité dont il était si vain. L'effort coûtait à sa nonchalance il le faisait cependant, et s'en exagérait l'importance. Au surplus, il était assuré d'écrire un latin meilleur que celui qui s'employait autour de lui. On ne peut donc pas dire, comme Ronsard, qu'il n'avait même pas commencé son travail, ni, comme Brantôme, qu'il vivaitdans la fourberie et ~< amusoit le monde ». Il semble, au contraire, à qui parcourt ses manuscrits, qu'il croyait à son œuvre et qu'il était lui-même sa propre dupe.

IV

L'élévation de Paschal lui valut, parmi les poètes, un renouveau d'admiration. Aucun d'eux ne mettait en doute qu'on ne vît sortir un chef-d'œuvre historique de ses doctes veilles aucun ne jalousait l'honneur rendu à des mérites aussi rares ils y voyaient plutôt l'assurance que des faveurs analogues les attendaient sous d'autres formes. Joachim du Bellay s'inspire de cette espérance dans le discours qu'il adresse à Henri II pour lui recommander d'honorer Ronsard et de le traiter aussi bien que son historiographe. Le poète parle très noblement de ce qu'un roi peut attendre de l'histoire: la postérité s'étonne seulementde le voir, même dans ce poème de circonstance, réunir deux noms aussi inégaux

SIRE, parlant ainsi du pouvoir de l'histoire,

Je parle du poète, estant assez notoire

Que tous deux sont esmeuz d'un semblable désir,

Qui est de profiteret de donner plaisir.

Tous deux par leurs escripts mesme chose pretendent,

Mais par divers moyens à mesme fin ilz tendent.

Cestuy-Ià, sans user d'aucune fiction,

Représente le vray de chascune action,

Comme un qui, sans oser s'esgayer davantage,

Rapporte après le vif un naturel visage

Cestuy-cy, plus hardy, d'un art non limité

Sous mille fictions cache la verité,


Comme un peinctre qui fait. d'une brave entreprise La figure d'un camp ou d'une ville prise,

Un orage, une guerre, ou mesme H fait. les Dieux En façon demortelz se monstrer à nos yeux. Tel que ce premier là est vostre lanet, SmE, Et tel que le second Michelan~e on peult dire r A l'un vostre Paschal estsemblable en son art, A l'autre est ressemblant votre docte Ronsard. Je ne veux pas icy par le menu deduire

Plusieurs autres raisons, que je pourrois induire Pour.monstrer ce qui est de semblable en ces deux, Et ce qui est aussi de difference entre eux. t

Le même rapprochement se retrouve sous la plume de Magny, qui l'inserit dans une dédicace commune A.PM/e de Ronsard et Pierre de Paschal, o<Ze onze strophes y poursuivent ce singulier paraUète

Quand je voy Ronsard et Paschal,

Qui d'un noeud saintement fatal Se lient par amour ensemble,

Je beneiz l'estoile des cieux,

Qui d'un accord si precieux

Deux espritz si rares assemble. Puys quand je m'arreste pour veoir De l'un et l'autre le sçavoir

Ht l'heur qu'ilz ont de la nature, Admirant leurs espritz aigus,

Ronsard je compare à Phebus Et Paschal j'esgalle à Mercure. Phebus à la table des Dieux,

Avecq son luth melodieux,

Paist des Dieux les sainctes oreilles Et Ronsard à celle des Roys,

Mariant son luth à sa voix,

Paist les Roys de grandes merveilles. Quand la Mort les hommes a pris, Mercure en guide les espriz

1. Ronsard comparé à Michel-Ange, c'est un souvenir du séjour à Rome. Puis-je indiquer que j'ai établi que Du Bellay a habité le Palais Farnèse,à à l'époque Miche~Ange y faisait travailler à sa fameuse. corniche '? (Souvenirs d'unvieux Romain, Paris, '193i, p. 48).

2. Du Rellay, éd. Marty-Laveaux, t. I, p. 2i0.


Làbasauxbordzdelanoireunde:

Mais Paschal fait plusde sa voix,

Car il y va quérir noz Roys

Et les faif revenir au monde

Malg'ré son bel orgueil, Ronsard n'eut jamais l'idée de s'offusquer de ces comparaisons. 11 renchérissait, au contraire, sur ses propres hommages il créait à ce Paschal, qui n'avait rien produit de sérieux, une gloire factice il lui prodiguait le laurier, au point de s'attirer de vigoureux reproches d'Etienne Pasquier « Je souhaitterois que ne fissiez si bon marché de votre plume à hault-loûer quelques-uns de ceux que nous sçavons notoirement n'en estre dignes car en ce faisant, vous faictes tort aux gens d'honneur. Je sçay bien que vous me direz qu'estes contraint par leurs importunitez de ce faire, ores que n'en ayez envie. Je le croy mais la plumed'un bon Poëte. doit estre seulement voüée à la célébration de ceux qui le méritent » En dépit de ces avertissements, aucun des recueils que publie alors le jeune maître ne paraît sans être orné du nom de son ami. Dans les 7~yKne~ (1555) oùl'Z/7t/~e de la Afo~ lui est dédié, il le nomme dans une des plus nobles listes qu'il aitdressée de contemporains glorieux, celle ou il n'y a que trois autres noms, ceux de Dorat, de Du Bellay et de Michel de L'Hospital. Elle se lit dans l'Hymne de Charles, cardinal de Lorraine. Le poète rappelle qu'au commencement du règne de Henri 11, « la Muse estoit sans grâce M et que la protection du cardinal vint réveiller « les courages M des Français

Mais si tost qu'il te pleut, par un destin fatal, Regarder d'un bon œil ce divin t'Hospita), Nourriçon d'Apollon, que si doctement touche La lyre, et qui le miel fait couler de sa bouche Et si tost qu'il te pleut prendre dessous ta main Du Bellay, que la Muse a nourri dans son sein

1 Odes, éd. Courbet, t. I, p. 44-46.

2. Lettre à Ronsard datée de 1S55 (OEuvres d'Est. Pasquier, t. Il, col. 14). Que Paschal soit particulièrement visé, on peut en être assuré par t'animosité que Pasquier témoigne contre lui et par sa lettre à La Croix du Maine,où L'on retrouve les mêmes expressions que dans celle-ci « Ses t')or<u/n<es et prières portèrent tel coup qu'estant haut loüé par Monsieur de Ronsard. » V. plus haut, p. 261.


Et qui par ses chansons les Grâces nous r'ameine;

Et Paschal qui nous fait nostre histoire Romaine,

A qui tu as commis les honneurs des François

Et Dorat qui en Grec surpasse les Grégeois. 1

Un autre prince de l'Église,. le cardinal protecteur de Paschal, Georges d'Armagnac, apparaît dans un poème de cette époque, en ce Bocage de 1554, où Gascogne et Gascons tiennent une énorme placer Le passage, qui sera remarqué à Rome, où réside alors Du Bellay, est dans une pièce dédiée à .Fami de celui-ci, Jean de Pardaillan, protonotaire de Panjas. Ronsard y loue le prélat, que Pardaillan vient de suivre en Italie,

Ton Georges d'Armagnac, Cardinal qui enserre Tout le bien et l'honneur qui vient du ciel en terre, Et qui sans recevoir nul service de moi

Daigne louer ma Muse, esmeu comme je croi Des propos de Pascal, qui de tous coûtés sonne Les vers que moi de France en François je façonne. 3

Le recueil entier de ce Bocage appartient à Paschal. L'ode dédicatoire, qui sera supprimée dès la première édition collective de 1560 commence par des images d'une élégante mélancolie, inspirées de Callimaque

-t. Ed. L., t. IV, p. 24S.

2. On trouve une suite de dédicaces à Durban, à Panjas, à Magny, à Revergat, a Brués, et aussi à Jean Nicot, de Nîmes. Ce groupement d'amis de Pascbal est significatif.

3. Ed. L., t. VU, p. 2S8. Le morceau est supprimé à partir de 1860. Le protonotaire de Panjas a suivi G. d'Armagnac à Rome, comme secrétaire, en avril 1KS4.

4. Elle n'a été reprise que dans l'édition Marty-Laveaux, t. Vf, p. 359; éd. L., t. Y!, p.200. L'impression du Bocage est achevée le 27 novembre 1554, pour la veuve M. de La. Porte (Laumonier, R. co<Me ~/r:<yue, p. j.28). La même année, en mars, avait paru l'édition du pseudo-Anacréon (v. p. 10')). Cet événement fut salué par l'odelette où Ronsard boit à Henri Estienne. Paschal est des convives du festin

Fay moy venir d'Aurat icy,

Paschal et mon Pangeas aussy,

Charbonier et toute~a troupe.

Le recueil des ~es~angres, paru chez Gilles Corroxet_&vec la date de l~iSS, contient une petite ode adressée à Paschal « Tu me fais mourir de~ me dire o (éd. L., t. II, p. 363; t. V, p. 389). La dédicace a passé plus tard à Pasquier. Dans les Bi/mnes, autre recueil de 1S5S, l'/ft/mne de la JMor'< est dédié à Paschal.


Toutes les fleurs espanoüyes.

Dont le chef je me suis orné

Au vent se sont evanoüyes.

Mais la leçon, que par l'oüye

La Muse m'a mise au cerveau,

Ne s'est perdüe evanoüye,

Comme une fleur du renouveau Car tous les jours elle foisonne En fruict qui n'a point son égal. Tesmoing ce livre que je donne Pour un présent à monPaschal. Quelcun trouvera bien estrange Et ridera son front, de quoi

J'heûre Paschal d'une louange

Dont heureux se tiendroit un Roi Mais moi contant, qui ne mandie Des Rois ni bienfaictz, ni honneurs, Aux sçavans mes vers je dedie

Plus volontiers qu'aux grans Seigneurs, Car leur faveur n'est perdurable Et leurs bienfaictz sont inconstans: Mais la science venerable

Dure pour jamais, ou long tems. Puis j'espère qu'en recompense, Paschal me fera quelquesfois

Immortel par son eloquence

Qui vault mieux que le bien des Rois

Cet espoir, Ronsard le précise en réimprimant sa vieille ode de 1550, dont la fin se trouve changée. Ce n'est plus le poète qui promet d'immortaliser l'humaniste c'est celui-ci qui va se charger d'établir la gloire du poète

Quoy C'est toyqui m'éternise! Car jamais le temps n'ameine, Et. si j'ay quelque renom, Comme aux autres, des oublis Je ne l'ay, Paschal, sinon Aux escrits qui sont polis Que par ta vois, qui me prise. Par ta langue si romaine Que s'est-il donc passé et quel surcroît peut attendre la renommée de Ronsard de l'éloquence d'un historiographe ? C'est

1. Cf. Laumonier, l. c., p. 126.

2. Odes, éd. L., t. I, p. 162. Le lecteur a trouvé plus haut le texte deISSO.


que Paschal annonce qu'il fera une place à l'histoire des lettres dans le récit des faits contemporains et qu'on le verra, à l'imitation de Paul Jove, y fixer pour la postérité -l'éloge des hommes doctes de son temps. A chacun des poètes qui l'ont célébré luimême jusqu'à présent par pure amitié, il promet de travailler pour lui à son tour, dans la langue de l'histoire qui assure l'immortalité. Ronsard a narré tout au long cette entreprise de mutuel encensement, où il a compté trouver sa grande part Pendant plusieurs années le projet est pris au sérieux. Les poètes comme les humanistes restent convaincus, à cette époque,

que le latin seul, traité à la façon des

Italiens, peut

répandre un nom dans l'Europe lettrée. Tant de manifestes bruyants et sincères en faveur de la langue nationale n'empêchent pas cette idée de dominer les esprits, et Ronsard luimême, visant à la gloire universelle, se persuade qu'un Paschal peut la lui donner.

Notre grand homme compose alors, pour servir d'aide-mémoire à son futur biographe, une sorte de récit des origines de sa famille et des événements de sa jeunesse. Nous devons à cette circonstance le précieux poème autobiographique qui deviendra plus tard l'E/py!'e à 7?e~M.8e~pau, tant de fois citée, et dont les historiens de Ronsard se sont parfois servis assez mal, parce qu'ils ont ignoré l'esprit qui en a dirigé la composition. Sous sa forme première, celle du Bocage de 1854, elle estadres.sëea l'humaniste:

Je veus, mon cher Pascal (sic), que tu n'ignores point D'où, ne qui est celui que les Muses ont ioint D'un neud si ferme à toi, afin qne des années A nos nepveus futurs les courses empanëBâ

Ne celent que Paschal et Ronsard n'estoient qu'un Et que tous deus n'avoient qu'un mesmeceeur commun. i

On a, de ces sentiments de Ronsard, un témoignag'e indirect, mais singulièrement pittoresque et précis. C'est la dernière page des Dialogues philosophiques, publiés en 18S7, où le Languedo~ cien Guy de Bruès le met en scène avec Baïf, Aubert et Nicot. i. V. p.264,269.

3. Le poème est intitulé .d Pierre de Paschal, du bas pais du Languef/oc (jBocsye de 15S4, fol. 2S). MarLy-La veaux (A~t'ce sur de jRons~'tY, Paris, 1893, p. ij) a le premier signale cette fortneorjginclie de l'JF~te à Remi Belleau (éd. Blanchemain, t. IV, p. 296).


Ronsard tient naturellement la première place parmi les « entreparleurs H, et les propos qui lui sont prêtés sont conformes à la vraisemblance. Après une suite de causeries au bord d'un ruisseau, à l'ombre d'une saulaie, Ronsard donne le signal de la séparation pour se diriger lui-même chez son ami Paschal RoNSARD. Or mes amys, puisqu'il a pieu à Dieu de nous faire la grâce d'avoir amené nostre dispute à une si honeste fin, vous ne serez marris, s'il vous plaist, que ie laisse maintenant la compaignie, attendu mesmement que i'ay promis à PIERRE PASCHAL, hystoriographe du treschrestien et tres-puissant Roy Henry, de l'aller voir, et ie serois marri de luy faucer ma promesse, ioint que ce m'est un plaisir incredible de lire l'histoire qu'il a desia faitte, tant pour la gravité des sentences, que aussi pour l'aornement et élégance du langage, qui ne semble en rien différant d'aveq celuy de Ciceron ou de. Cesar, sinon de tant qu'il a rencontré un subiect, qui luy apreste tout les moiens de faire la plus belle et mémorable histoire que nous ayons encore veüe du Roy ny d'aucun Empereur qui ait iamais esté. –AL'BERT. le te prie, Ronsard, que ie t'y accompaigne, car ie voy bien que ~icoT et BAÏF ont quelques affaires, et par ce moien ils seront bien ayses qu'on les laisse tous seuls, et ie le seray encore plus d'aller voir PASCHAL et de lire son histoire avec toy. Et ie crov certainement que, si nous avons tenu en quelque réputation les hystoriens estranges, d'oresnavant ils auront le nostre à une grande admiration, et luy donneront'l'honneur d'avoir amené Cesar et Ciceron en riostre France

Derrière leur chef, les poètes s'empressent. Chacun s'évertue à g.tgner les bonnes grâces de ce distributeur prochain du « verd laurier )). Baïf le convie en ces termes à célébrer sa Francine Pascal, qui nostre temps illustres noblement,

Ornant les hommes preux et les faits de nostre âge

D'un si pur et Romain et tant loué langage

Que ton honneur en doit vivre immortellement:

Que ne t'employes tu pour ce rare ornement

De la terre, ains du monde. 2

1. Les dialogues contre les nouveaux académiciens, p. 305 (cités plus haut, p. 169). Dans le Boca,ge de 1554, fol. 54, Ronsard a dédié à Bruès t'épigramme « Quel train de vie est-il bon que je suive qui portait le nom de Muret dans les ~Was/<es.

2. &'fc/'M en rime de lan Antoine de Baïf, Paris, 1573 (éd. M.-L., t. I, p. 184).


· Jacques Grévin, alors tout dévoué à Ronsard, ne manque pas

de dédier un sonnet à Paschal dans chacun de ses recueils. Celui de la première Ge~oc~acrye commence ainsi

Pascal, si je pouvois emprunter ta science

Ou que je fusse tant favorisé des cieux.

Que sçavoir entonner quelque son gracieux

Qui peut heureusement contenter nostre France;

Je suis tant animé que j'aurois espérance

D'envoyerune histoire aux ans de nos neveux.

Les rimeurs des provinces font écho à ceux de Paris. Charles Fontaine adresse une de ces plates compositions, qu'il ose dénommer odes, « à Pierre Pascal, chroniqueur du Roy »: Si le Philosophe ancien Il te diroit par grand bonheur Grand Philosophe Samien De l'Arpinat l'âme et l'honneur, Revivoit et venoit en France, De l'Arpinat l'honneur et l'ame, Oyant ta Latine éloquence. Que le Tybre encores réclame~. Le savoisien Marc-Claude de Buttet indique l'oeuvre de.Paschal, aussitôt après avoir parlé de Ronsard et de la jP'raftp:ade dans une ode où il annonce l'immortalité au cardinal de Châtillon

'J'oi, ce me semble, Pascal, Qui ja tonne en ses Annales De ton frère l'Admirai

Les grands batailles navales, Pouvant tous les tiens nommer Foudres des bandes guerrières, En la terre et en la mer. 3.

1. L'Olimpe de jhcyues GreoM. Ensemble les autres œuvres poetiques dudict auteur, Paris, R. Estienne, 1560, p. 98. L'histoire de Grévin e~t été, paraît-il, celle de la rébellion de Jupin et de la chute de son père Saturne. Dans la seconde GfMof/aerye (Le théâtre de Iacques Grevin, Paris, V. Sertenas, 1561, p. 305), le sonnet n'est qu'un lieu commun de déclamation contre la femme

Trop heureux nous fussions sans ceste bestc estrange

Qui l'homme accompagna des le commencement.

Sans elle, mon Paschal, l'homme seroit un Ange;

L'homme seroit parfaict de corps, d'entendement.

2. Odes, enigmes et epigrammes. par CAar!es~'on<aMe~Pa7':s:en, Lyon, Jean Citoys, 1SS7, p. 33.

3. Le premier livre des vers de M.-C. de Buttet Savoisien, Paris, 1861 (dans les UEutM'es poétiques, éd. du bibl. Jacob, Parts, 1880~ t. II, p. &9).


Il n'est pas jusqu'à Dorat qui ne consente à placer, au moins une fois, le nom de l'historiographe dans son latin. Au cours d'une Exhortatio ad milites Gallicos, imprimée chez Wechel en 1558 et qui latinise un éloquent discours de Ronsard aux soldats de Guise et de Montmorency, il proclame que leur renommée sera due à l'histoire qui va s'écrire

Paschalis labor hic, cui Rex mandata perenni

Acta suae yen<~ tradidit historiae.

Mais c'est à Rome que se préparent des sonnets assurés de mêler à jamais un nom au souvenir des poètes. Les -SaHSp!~ de Magny, les Regrets de Du Bellay, conçus sous la même inspiration et composés parallèlement, font défiler les mêmes personnages français ou romains. Cinq fois, Magny interpelle son Paschal. le fait confident de ses observations de mœurs, du chagrin de sa destinée ou tout simplement de ses ennuis de secrétaire

Cependant, mon Paschal, que tu fais ton histoire,

Ton dous style egallant au mieux disant Romain,

Icy, sans liberté, un espoir inhumain

Me tient pris en ses rets et rit de sa victoire.

On se rappelle aussi le sonnet des nouvelles de Paris Assié-toi là, Guyon, et me dy des nouvelles,

m 1

Nous nous sommes assez embrassés et cheriz; Que dit on à la court, que fait on à Paris'?. Quels seigneurs y void on et quelles damoiselles?. As tu point apporté quelque livre nouveau ? As tu point veu Ronsard, ou Paschal, ou Belleau ? Que dit on, que fait on? dy moi je te demande. 3

1. /?onM/'(7t exhortatio ad m~t/es Gallicos latinis uerst'Aus de Gallicis expressa /o. Auralo Lemouice, Paris, Wechet, 1858, 4 ff. non cMH'rés. Le nom de Paschal doit figurer dans le texte de Ronsard paru à cette date. 2. Les Souspirs d'Olivipr de Afagr7! Paris, Jean Dallier et V. Sertenas, 1558, sonnet CXLVI. (Dans l'édition E. Courbet, Paris, 18ï4, p. 102. Cf. p. 32, 66, 81, 91, 103.) Le sonnet cxx;x intéresse l'ami à ses amo'urs Après avoir, P.aschal, d'une sçavante main

Remplyde cent discours ton histoire immortelle,

Ornant nostre grand Roy d'une gloire aussi belle

Que celle d'Alexandre et dujeuneAphricain.

3. Sonnet xxxviu (éd. Courbet,?. 30).

2l


Dès le seuil des Regrets, s'étale le nom de Paschal il est a la première dédicace, au sonnet sur cette rime « si facile M que le poète défie ses rivaux d'imiter

Un plus sçavant que moy (Paschal) ira songer

Aveques l'Ascrean dessus la double cycle.

Une des pièces contre le « pedante », le fameux sonnet du conclave (« Il fait bon voir, Paschal, un conclave serre H),'un autre sur le Pape et les cardinaux faits « de_ tout bois », un autre entm sur Marguerite de France, duchesse de Savoie, portent à cinq, comme dans les Soupirs, le nombre des sonnets dédiés. Le dernier parle du travail de l'historien

Paschal, je ne veulx point Juppiter assommer, ~Y, comme fit Vulcan, luy rompre la cervelle Pour en tirer dehors une Pallas nouvelle,Puis qu'on veult de ce nom ma Princesse nommer. Mais suivant, comme toy, la véritable histoire, D'un vers non fabuteux je veulx chanter ga gloire A nous, à noz enfans, et ceulx qui naistront d'eulx 1.

C'est un honneur aussi d'être au nombre des amis par qui le poète exilé attend d'être ieté à son retour

.le voy mon grand Ronsard, je le cognois d'ici,

Je voy mon cher Morel, et mon Dorat aussi,

Je voy mon Delaha.ie, et mon Paschal encore y

Et vov un peu plus loing (si je ne suis deceu')

Mon divin Mauleon, duquel, sans l'avoir veu,

La grâce, le sçavoir et la vertu j'adore 2.

En ces vers, qui sont parmi ses derniers écrits à Rome, dans l'été de 1557, Du Bellay nomme, avec Jean de Morel et Robert de la Haye, et divinise l'ancien protonotaire de Durban, que Paschai lui a tant vanté et qu'il va connaître entin, puisqu'onl'a pourvu, depuis son départ, d'un siège au Parlement de Paris. Le poète a dû s'embarquer à Cività-Vecchia vers la fin d'août, et revoit ses amis Parisiens à l'automne de 4857. Le privilège de t. <Eu'M /a~çot'SM de J. du Bellay, éd. Marty-Laveaux, t. II, p. 1S8, 300, 20T, 218, 2i;'7; GEu~-M poétiques, éd. Chamard, t. n, p. 53,103, H3, 13~,200).

2. Sonnet cxxrx (éd. Marty-LaveauXj p. 2S7; éd. Chantard, p. ISBr).


ses Regrets est du 17 janvier suivant c'est vers ce moment qu'il compose le parallèle du poète et de l'historien, adressé à Henri II. On va bientôt le voir directement mêlé à la levée de boucliers assez brusque contre Paschal, à la tête de laquelle se met Ronsard.

V

L'attaque vint du côté des humanistes. Les deux savants le plus étroitement liés avec les poètes, Dorat et Turnèbe, n'avaient jamais pris au sérieux les puérilités cicéroniennes qui en imposaient à leurs amis. Épris de connaissances solides et plus préoccupés de la science de l'Antiquité que de l'imitation d'un style, ils goûtaient fort peu la mode dont Paschal se réclamait. Ils mirent les gens en garde, dès le début, contre ces prétentions transalpines. Si Muret se montra moins sévère pour le nouvel ami que Ronsard alors portait aux nues, c'est que lui-même, artiste autant qu'érudit et extrêmement sensible à la forme, songeait déjà à édifier une carrière en Italie, où le renom de parfait cicéronien devait lui servir. Nos durs Français furent impitoyables. Parmi les savants qui se chargèrent de l'exécution, Ronsard nomme, avec Ramus et Jacques Peletier, cet excellent helléniste Louis Le Roy, avec qui Du Bellay, brouillé par des racontars venus jusqu'à Rome, venait de se réconcilier à son retour et célébrait comme « nostre Platon françoys » 1. C'était un groupe d'adversaires redoutables pour le Gascon italianisé.

Il n'a pas seulement outrepassé la vantardise il excite aussi, chez plusieurs, le sentiment de l'envie. Ronsard s'indigne que la Cour l'ait choisi, au lieu de Dorât* ou de Turnèbe, tout désignés pour écrire en latin l'histoire du Roi; un autre observe qu'il reçoit, pour cette besogne, des émoluments triples de ceux des professeurs au Collège royal 2. On se plait donc à lui tendre des pièges, à l'interroger à l'improviste, à l'embarrasser sur une quantité de points de philosophie, d'histoire et de grammaire, dont il ne semble pas informé. Son ignorance universelle, hors la précieuse « éloquence » de ses modèles, éclate peu à peu à 1. V. p. 85, pour Le Roy, et p. 265, pour le texte de Ronsard.

Du Verdier, B:j6~o<<~ue,t. t. III, p. 309.


tous les yeux, et l'on commence à le tourmenter sans répit. Ce jeu cruel se poursuit même à la Cour, où sa sufnsance Irrite également. Brantôme l'y montre assez vite démasqué, « encore qu'il vonust quelquefois quelques sentences latines, de parade seulement, mais non pas de durée, car il 'estoit s~nn qu'il s'engardoit bien de s'enfoncer dans un grand gué de discours )) Le signal est donné par Turnèbe. II a assurément entendu parler de Paschal, quand celui-ci étudiait à Toulouse et s'y poussait dans le monde le savant professeur n'a quitté cette ~lle qu'en 1347, lorsque le cardinal.de Châtillon lui a procuré, au Collège royal, la chaire de grec rendue vacante par la mort de Toussain2. Doit-on croire qu'il a déjàsurlejeune homme l'opinionqu'il exprimera dans la suite s? L'étude spéciale qu'il consacre alors à Cicéron, sur qui il multiplie les éditions et les commentaires, doit le rendre particulièrement sensible à certaines prétentions de Paschal, et peut-être celui-ci a-t-il commis l'imprudence de se mêler aux détracteurs dont Turnèbe a eu à se défendre' En tout cas, le savant n'a pris aucune part au concert de louanges qui s'éleva dans la capitale, et auquel Dorat a consenti un instant à unir sa voix, lorsqu'on a attendu de l'historiographe royal une sorte d'éloge officiel des hommes illustres. Ce chef-d'œuvre ne s'achevant point, et le travail de l'annaliste ne paraissant pas avancer davantage, Turnèbe « despité de voir la France ainsi befflée », comme dit Pasquier, décide de faire connaître sous son vrai jour un homme qui exploite, selon lui, la crédulité de la Cour et de ses confrères.

La satire en vers qu'i] fait imprimer sans la signer aura du

t. V. plus loin, p. 336, pour le portrait de Brant&me.

2. Clément, De ~artt 7'u~e&treg'Mpro/esso/'Mpy'ap/~MM:j&us<po<?f<!a<ts, Paris, 1899, p. 9. On va trouver plusieurs tenvois à. cet excellent travail, H. Chamard est arrivé aux mêmes conclusions que l'auteut, eu reconnaissant Paschal dans la satire latine qu'a traduite Du Bellay (~. du /}<a)/, p. 4t~-4t8). Mais Clément a approfondi la question et doit être signale ici comme un des très rares lecteurs du recueil de 1M8. 3. Clément, p. 60. Cette supposition s'attache à un poète désigne sous le nom de T'u/'f~a~uhM et attaqué pour ses médisanc.es dans les lettres de Paschai(p. U2. H'7, 129).

t. II l'a fait par une publication, dédiée à Laocelot de Carle, qui me paraît viser des contradicteurs beaucoup plus savants que Paschal 4dr.. yf;rM/)< -ripo/oyta aduersus yuoy'M/:<~ay?! calumnias, a<? H,&u~~<7num Ctce/M <7<< /.<us, Paris, impr. Turnèbe, i5S4.


succès parmi les lettrés. Elle s'intitule De noua captandae utilitatis e litteris ratione epistola ad ~eoyuernHm 1. Ce Leoquernus est Léger du Chesne, ancien professeur de Toulouse comme Turnèbe et l'un de ses meilleurs amis Presque aussitôt, une pièce imprimée sur huit pages paraît K à Poitiers », jetant dans un public plus étendu une traduction de bonne facture; les initiés peuvent y reconnaître l'élégante typographie de l'éditeur des Regrets et le pseudonyme de fantaisie qui s'étale sur le titre trompe peu de gens. C'est La nouvelle manière de faire son profit </<?.s lettres, traduitte de ~a~n en François par I. Quintil du Tronssay en Potc~ou.nse/nNe le Poëte courtisan 3. Les deux plaquettes, la latine et la française, sont datées de 1S59; la seconde est de Joachim du Bellay.

Nos deux auteurs prétendent s'en prendre à un travers général; mais le portrait individuel se glisse vite dans leur satire. Il s'est introduit depuis peu, disent-ils, parmi les gens qui font profession des lettres, l'habitude de suivre Mercure plus qu'Apollon il ne suffit pas d'être docte pour réussir certaines manœuvres sont nécessaires, quand on veut acquérir gloire et fortune. La première est de tirer orgueil d'un voyage en Italie, qui permet de mépriser son propre pays

//tMcp/'e<tOM t'enta merx, quae nos ducit hiantes Defixosque tenet quis mendacia /)/au~<rt'~ Qaa~aor inde referlsimulalis Oj6/t<a fucis, Si /)'oyna~: sonat e< Pataui ~j0e/<re/?~ urhem, L'ndiuagos et si ~~en.e~o~, atque ~Lnpu~a ruy'a, Si prae se Gallas con~e/nn~ et tmproAus a/'<M, jDe.SjD~<< inque ~t/tu/M Gallae ~e/'mone ~nerHae~ ~Vau.!ea< o~eH~usyue, C!)o ceu pa~/Hsamaro

t. Parisiis, apud viduanz P. ~.«atgr/!a/t< ~oa9.

2. Léger du Chesne, que les titres de ses livres appellent Leodegarius a Quercu, et dont j'ai eu à parler p. 16, a publié en 1563, chez Morel, le 7~u~tu/i/.sde Turnèbe, où reparurent d'anciens vers de Du Bellay. Il a professé l'éloquence au Collège royal de 1568 à 1586, et sa fille épousa en 1581 Fédéric Morelle jeune.

3. L'attentif bibliographe, qui a donné les « annales M de Morel, n'a pas compris ce petit pamphlet dans la liste des publications de l'ami de Du Bellay (Jos. Dumoulin, Vie et apures de Fédéric Morel, Paris, 1901). Cf. Clément, p. 57, n. 2.

4. Quelques variantes sont à relever dans l'édition intitulée Adr. Turnpj~f. poe/tta~a, Paris, 1580, p. 36 et suiv. Je cite le recueil ou Léger du


La traduction très libre de Du Bellay transpose à merveille ce vif début, d'accord avec les rancunes de son séjour romain Tu dois veoir l'Italie et les Alpes passer

Car c'est de là que vient la fine marchandise Qu'en bëant on admire, et que si hault on prise, Si le ruse marchand est menteur asseuré,

Et s'il sçait pallier d'un fard bien coloré

Mille bourdes qu'il a en France rapportées~ Assez pour en charger quatre grandes ehartéea S'il sçait. parlant de Rome, un chacun ostonner, Si du nom de Pavie il fait tout résonner~

Si des Vénitiens, que la mer environne,

Si des champs de la Pouille il discourt et raisonne, Si vanteur il sçait bien son art authoriser,

Loüer les estrangers, les François mepriser,. Si des lettres l'honneur à luy seul il réserve, Et desdaigne en crachant la Françoise Minerve.

Inutile de se morfondre « à l'estude », comme on le fait en France avoir vu l'Italie suffit à conférer le renom de « grand clerc et de « singe-sçava.nt )'. Il sera bon d'user des manières 11 la mode au-delà des Alpes

Mais tu retourneras Italien aussi

De gestes et d'habits, deport et de langage Bref d'un Italien tu auras le pelaige,

Afin qu'entre les tiens admirable tu sois.

Ce sont les vrays appas pour prendre noz François~ H sera bon aussi de te faire ad vouer,

De quelque Cardinal, ou te faire loüer

Chesne a réuni, parmi beaucoup de poètes latins (dont L'Hôpital, Dorat, Du BeUay), un choix de Fœuvre de son ami. Farrago poe/Ma~unt ex op~tmM ym7<us~u<' a~~Mtor~us, et ae<a<M Ms~ss poa~tS M~ecta. Paris, IS60, p. 133 et suiv.). Dès r&ntlee qui suit la publioatioa anohyfn6, Turnêbe accepte ta paternité dela satire, que leSdet'nieM-t'ërsaMribuent& un rustre: Gf'H/ttus Ga<:aMs, dont le nom signifierait peut-être « pourceau du SStinais

I. Rapprochons ce détail de ce que disait de lui'-niêtnëPaSchâl en Itatîe, écrivant & Durban « Quod seribis te subuereri n6_ïtûn me ad Italorum mores fingere et âccofntnodare possim ego vër8 eC Su.ftt iani vultu, oratiohB, omni reliquocorporis alotu, ut nte non Gallum ag&oScere~~ Sëd totuîqlta~lum iudicares. Neque quemadmodum salebam, ingenùo liberoque fastidio ineptiashominutnregpuo, sedotntna!audo,otntiiaapprobo. v (Reçue!! de ~48, p. i07).


Par quelque homme sçavant, afin que tes touënges

Volent par ce moyen par les bouches estrang'es

Mais il fault que le livre où ton nom sera mis

Tu donnes çà et là à tes doctes amys.

Tous ces traits tombent sur Paschal, y compris l'allusion au cardinal d'Armagnac 1. On le montre ensuite occupé à flatter les gens de cour, les gentils reciteurs », qui rendent l'opinion favorable à leurs amis, « au bout d'une table, au disner des seigneurs )', et surtout les dames « qui ont bruit de savoir » et dont le suffrage emporte celui des plus grands. Dédaigner toujours ou blâmer à propos ce que publient les autres, vous fait passer aisément pour plus savant qu'eux. Si l'on risque à l'imprimerie quelques feuillets, qu'on n'y mette point son nom on les désavouera, s'ils n'ont pas de succès

Le plus seur toutefois seroit en tout se taire

Et c'est un beau mestier, et fort facile à faire.

Voici maintenant le manège de Paschal dénoncé aussi clairement que si son nom se trouvait écrit. Bien que Turnèbe et Du Bellay semblent s'en prendre à plusieurs personnages, toute la fin de leur satire ne vise que lui

Quelque autre dit avoir entrepris un ouvrage Des plus illustres noms qu'on lise de nostre age, Et jà douze ou quinze ans nous deçoit par cet art Mais il accomplira sa promesse plus tard

Que l'an de jugement. Toutefois par sa ruse Des plus ambitieux l'esperance il abuse,

Car ceulx là qui sont plus de la gloire envieux Le flattent à l'envy, et tachent curieux

Degaigner quelque place en ce tant doctè livre, Qui peut à tout jamais leur beau nom faire vivre Et nul (comme il promet) n'immortalisera

Mais il peindra le nez à tous, et pour sa peine De les avoir trompez d'une esperance vaine,

Dessus un cheval blanc ses monstres il fera

Par la ville, et du Roy aux gages il sera.

1. Un seul portrait plus loin paraît viser un autre personnage (Clément, p. 63).

3. L'aveu de ces flatteries intéressées, bien plus court dans Turnèbe, est H remarquer chez Du Bellay. Le latin de Ronsard ne les dissimule pas.


C'est un gentil apas pour les oyseaux attraire

Ce que d'un autre dit le commun populaire, Qui par les cabaretx tout expres delaissoit Quatre lignes d'un livre, et outre ne passoit, Avec un titre au front, qui se donnoit la gloire D'estre le livre quart de la Françoyse histoire. Qui doncques, je te pry, nyra quecestuyci Ne soit des plus heureux sans se donner s.oucy Qui quatre livres peult de quatre lignes faire, Qui du doy pour cela est montré du vulgaire, Qui pour cela de France est dit l'Historien Et auquel pour cela on fait beaucoup de bien 2 ? 2

Les feuillets de l'historiographe royal oubliés au cabaret font une piquante anecdote, qui sera reprise par d'autres. Ce dernier morceau ne ngure pas au texte primitif, et le prétendu « Quintil du Tronssay » en a joint les vers latins à son opuscule. Ils pourraient être de Du Bellay lui-même, car ils ont le ton aisé de ses .P~ema~a: mais il est plus naturel de croire que Turnèbe, non moins bon poète que lui en langue latine,.les ayant ajoutés après coup à la satire, les a communiqués à son complice pour achever le portrait de leur commune victime.

Comme Du Bellay mourut le 1~ janvier 1860, il est possible que Paschal ne sût pas encore à ce moment qui avait assuré avec tant de malice la diffusion de ce latin méchant, si Ipin d'être de méchant latin. Soit qu'il l'ait ignoré, soit qu'il ait jugé plus avantageux de se parer jusqu'à la fin d'une si belle liaison, il tint à collaborer avec éclat au recueil des ~p!taphes sur le trespas de Joachim du Bellay, ~nyet.n, Poète Latin et François. Il y apporta une inscription à la fois éloquente et précise, qui est certainement sa meilleure page 3. Cette épitaphe donne, avec une brièveté toute romaine, des détails sur la carrière du poète et sur ses derniers jours elle se 1. H s'agit toujours de Paschal, mais c'est ici que commence le passage rajouté.

2. Ed. Marty-Laveaux, t. I, p. 4.69.

3. Les biographes de Du Bellay, et particulièrement H. Chamard, ont tirp parti des détails de cette inscription. Mais on ne la trouve reproduite, sous sa forme originale, qu'au tome II de l'appendice A la Pléiade /artpoMe de Marty-Laveaux. Les~Hu:!i'ones parues dans le recueil posthume :J'oac/t:M: .Be~att.4n</MMpoe~e c/a/'tssMM-.ïenta, Paris, 1869, contiennent (fo1.11 Y") deux distiques en l'honneur de l'historiographe.


termine par l'attestation plus pompeuse que véridique d'une amitié sans nuage

PETRVS PASCHALIVS ET VETVS ET VERVS AMICVS AMICO I~COMPARABILI DOLE~'S POSVIT.

A la satire de Turnèbe et de Du Bellay venait s'adjoindre le pamphlet plus direct, dont Ronsard désabusé accablait Paschal dans sa propre langue d'humaniste. Il faut qu'une circonstance l'ait bien personnellement blessé pour qu'il ait pris ce ton violent et se soit complu à une vengeance aussi laborieuse. Je relève une coïncidence de dates qui en apporte peut-être l'explication. De tous ces éloges vainement promis, Paschal n'a composé qu'un seul, resté manuscrit et dont le poète a pu avoir connaissance au commencement de 1559. Il se trouve être celui de son ancien rival, Mellin de Saint-Gelais, mort au mois d'octobre précédent*. Quoique Ronsard n'ait plus d'aigreur contre Mellin et sache lui rendre justice 2, il ne peut admettre une primauté à son détriment.. Bien plus, certain passage l'atteint au vif de ses prétentions d'inventeur lyrique, et plus d'une allusion est de celles qu'un orgueil sensible comme le sien ne saurait pardonner. Voici quelques lignes de ce panégyrique, qui ont dû lui être particulièrement désagréables

GaUice omnium in GaHIa primus amatorios [versus] et omnis generis innumeros, ornatissimos et optimos fudit, ac poetae melici nomen summa omnium approbatione obtinuit. Fidibus praeclare homo musicorum prostudiosus cecinit, idque ut cetera omnia singulari quadam cum dignitate ac venustate fecit. Si qui erant in Regia ludi paratissimi magnificeritissimique apparandi, si quid amatorie, si quid facete et urbane, si quid acute arguteque erat scribendum, si quid tractandum ingeniose ad Sangelasium tanquam ad Apollinem concurrebatur. Erant enim in eo celeres animi atque ingenii motus ad excogitandum sane acuti, ad explicandum et ornandum uberrimi. Eius etiam erat acumen in reprehendis aliorum scriptis (qua ex re aliquam habuit aliquando inuidiam) plane solers

1. Je publie ce texte, qui date de la fin de dS58, d'après l'autographe de la collection Dupuy, dans le volume du Ctf:yuan.<ena:e de l'École desHautes Études, Paris, d921, p. 33-37.

2. V. p. 185-187.

3. BIbUoth. nat., D;;pt~ .9~, fol. 8.


En fallait-il davantage pour irriter le poète? C'était de la part (le Paschal maladresse plus encore que trahison. En tout caà, ne devait-il pas le premier des éloges à ce Ronsard de qui il tenait tout ? On le lui fit bien voir, et l'invective fut écrite pour lui apprendre à se conduire.

Mais il ne pouvait rester sous le coup d'une agression, que les cercles lettrés de la Cour n'ignoraient pas et qui allait porter une sérieuse atteinte au prestige qu'il y conservait encore. Le moment était d'autant plus fâcheux pour lui, que le roi qui l'avait pris en gré, et auprès de qui sa situation restait assurée, disparaissait brusquement de la scène du monde. Henri II était blessé mortellement par Montgomery, ait tournoi du 29 juin 1559. Cette mort fournit, du moins, à l'historiographe l'occasion de se montrer à son avantage et de répondre indirectement à ses détracteurs.

On le voit publier, peu de temps après l'événement tragique et sous le patronage même de Catherine de Médicis, un panégyrique du roi défunt, qu'il présente comme le résumé d'une grande œuvre historique consacrée au règne qui vient deimir. Il est imprimé chez Michel Vascosan, en un magtunque in-folio intitulé Henrici II G'a~oyi~ /*e<~s .E7o~a~, CH~ e:u~ re/s~p p-rpres~a effigie, Pe~ro Paschalio aurore. ~!H~?6~ He~'tC! <c[/?~lus aurore eodem Ce recueil, de seize feuillets seulement, a exigé toutes les ressources de l'art typographique du temps. Il s'y trouve un beau portrait du Roi au burin et une image de son tombeau gravée sur bois, qui sont des ouvrages de Jean Cousin 2, puis six feuillets d'inscriptions funéraires entourées'd'encadrements et composées en lettres capitales (SîaTE VîATOR. MiRERE vtATOR QVîsQYts ïss.). Ce sont les formules chères ..a la Renaissance italienne, qui les empruntait depuis longtemps aux marbres antiques. Bien qu'élégamment tournées, elles ne valent point la noble épitaphe que Joachim du Bellay, autre italiani1, Lu<e<;ae jPa/'Mt'orum, apud MtC/tae~Mt V.~CMM!M! Af.D.I.. ~<B. priuilegio Regis. 16 ff. in-folio. Chacune des trois traductions quisui.VBnt a une pagination distincte, de 1'6, 16 et 13 pages. L'un des trois exetnp!au'es de la Bibl. nat. est celui que Catherine de Médicis avait à Fontainebleau. (Vascosan a publié, sous la même date, une édttton in-8 comprenant aussi les traductions.)

2. G. Ouplessis, Z.ePM/:<e-Grat)eu/ t. IX, Paris, 186S,p. S.


sant, vient de composer en l'honneur des soldats français tués pour la patrie au siège de Saint-Quentin

La dédicace au cardinal de Lorraine n'est pas seulement un hommage de reconnaissance, c'est un appel à son témoignage. Paschal mentionne les livres de l'histoire de Henri II qu'il a écrits, que des gens doctes ont lus et approuvés, et pour lesquels il a eu la précieuse collaboration du cardinal en personne. Il fait allusion a ces l?loges d'hommes illustres qu'il a entrepris, et qui sont précisément l'ouvrage que Ronsard prétend tout à fait fictif l'occasion d'en attester l'existence devant le public ne peut être plus solennelle ni plus habilement choisie

CAROLO LOTHARfN&IO S. R. E. CARDIXALI H.LUSTRISS. PETRUS PASCHASIUS S. D.

Quoniam tu penè unus scribendae Henrici Regis historiae non solum auctor, sed adiutor etiam fuisti, et virorum quoque quorundam illustrium elogiorum conHciendorum suasor,.Princeps illustrissime idcirco quicquidiama a me est profectum proficisceturque in posterum, non magis meum esse duco quam tuum. Neque enim illi historiarumlibri, quos confecimus, quosque nonnulli doctissimiviri tantopere probarunt, sunt loti nostri; tui sunt maiore ex parte et ex doctissimis luis commetitanis decerpti. Hoc autem reglum elogium, quod nondum perfectum, semel alque iterum Henrico Regi perlegisti, sic vel ipso nutu (aderam enim ipse praesens) emendasti, ut illud non indignum quod in manus hominum perueniat iam tandem iudicem. Quare illo nobis erepto Rege confectoque hoc eius elogio, visum mihi et tibi libitum est ut id in apertum nunc demum proferremus, et tanti Regis tam illustres laudes ab obliuione hominum, quantum in nobis esset, atque a silentio vindicaremus. Quod facio illudque interea dum nostri temporis integram historiam, maximarum san,e vigiliarum opus, contexto, in tuo clarissimo nomine apparere cupio. Huic ego elogio eius sanctissimi Regis demortui formam et imaginem, ut non solum iisquieumnunquamviderunt, sed iis etiam qui multis post seculis futuri sunt, ipsa quasi de facie sit cognitus, optimis ab artificibus expressam, praeponendam typoque aeneo, quod tibi posteritatiquegratum futurum spero, imprimendamcuraui.Munus igitur hoc, sapietitissime Princeps, magnificum illud quidem (de uno enim magnificentissimo Rege, tuique, dum vixit, amantissimo, est Ce curieux morceau accompagne une élégie patriotique sur le même sujet (Poemata, fol. 53 v°, et Poésies et <a<. de J. du Bellay, éd. E. Courbet, Paris, 1918, t. I, p. 520).


totum) a tantulo tuo Paschalio oblatum, aequo anime accip~; et homini, et tui et caeterorum illustrium virorum nominis memoriam aeternis monumentis consacrare exoptanti, perpétue faue. Vale. Lutetiae Parisiorum. Calend. Sextil. M. D. LIX.

Les traductions qui grossissent le volume font quelque honneur à l'original. La française, écrite par exprès commandement de la Reine mère, est de Lancelot de Carie, l'italienne d'Antoine Carraciolo, évêque de Troyes, et l'espagnole de Garci Sylves de Tolède. Brantôme, chaud admirateur du roi Henri II, ne s'est point laissé prendre ce luxe de présentation et qualifie l~ouvrage de « chétif éloge d'un si grand maître. On appréciera cependant certains détails, qui sortent de la banalité du genre. En voici qui se rapportent aux arts en les prenant dans la traduction française, on aura un exemple du style de ce Carle, qu'a loué Ronsard et qui mériterait d'être mieux connu Tout ainsi qu'il [Henri If] aimoit la cognoissance de toutes choses honnestes, aussi se delectoit il singulièrement del'Architecture. II feit bastir en plusieurs endroits, au temps mesme deson regne que la fortune sembloit luy estre plus ennemie. Et fut le premier de tous ses predecesseurs qui feit ouvrir dans les mons Pyrénées des quarrieres, que le long temps avoit couvertes, et plusieurs autres nouvelles, dont il feit tirer et amener par eau dedans Paris infinies sortes de tres beaus marbres. Il feit parachever'avec tres grande magnificence celle partie du cbasteau du Louvre qui regarde vers l'Orient, laquelle avoit esté commencee par le Roy François son pere. Il faisoit faveur aux gens de lettres, tant de son naturel que incité par l'exemple du feu Roy Francois son père et faisoit principalement cas des beaus esprits, qui peuvent rendre immortels les faits des grands et illustres personnages. Il entendoit la langue latine.

Catherine de Médicis vit, dans le travail de l'historiographe à la mémoire du roi disparu, un hommage digne d'être conservé à la postérité. On a l'exemplaire, magnifiquement relié a ses armes et devises et orné d'un frontispice peint, qu'elle fit placer dans la bibliothèque de Fontainebleau. Elle voulut qu'il en fût déposé un autre par les soins du Parlement de Pari.3_dans le Trésor,des Chartes ou parmi les registres de cette cour 1. L'auteur adressa t. « A Nos seigneurs du Parlement suplle humblement Pierre de Paschal, docteur ès droit, conseiller et historiographe du Roy. Comme le dit suppliant a, par le commandement de la Reine mère du,Roy et pour le devoir


une requête à ce sujet; satisfaction lui fut donnée, et sur l'avis du procureur général, le Parlement ordonna que le livre serait « mis au greffe de ladite cour pour y être gardé sous clef », honneur qui pouvait consoler Paschal des méchancetés des « gens de lettres 1.

IV

La brouille avec Ronsard n'avait pu être dissimulée. Le poète l'affichait avec une rage orgueilleuse, ne pardonnant point à Paschal l'attitude ridicule où tant de ses vers flatteurs l'avaient mis. Son terrible .E7oy!u/~ faisait quelque bruit parmi les rimeurs et dans le. petit monde de lettrés qui gravitait autour d'eux. L'auteur fut pourtant bien inspiré de ne pas le livrer aux presses les lecteurs eussent trop aisément souligné la contradiction éclatante de ses jugements sur la science et l'éloquence du « divin Paschal ». Mais les belles dédicaces disparurent, le nom s'effaça de l'édition collective de 1560, et la plupart des amis du poète cessèrent de faire bon visage à l'historiographe. Ce fut probablement le cas de Jean de Morel mais il n'alla pas jusqu'à accepter le transfert d'une dédicace, celle de l'jHym/tt; de la Mort, que Ronsard retirait à Paschal pour la lui offrir il refusa, « ne voulant estre honoré des dépouilles d'autruy », et sa fille, la brillante Camille, ne consentit pas davantage à accepter cette dédicace disponible. Peu de temps après, Morel fit accueil à la belle épitaphe qui fut la contribution de Paschal au « Tombeau » de Du Bellay, préparé par Uytenhove dans la maison de la rue de la charge en'iaquelle il est appelé d'écrire l'histoire de France, dressé et rédigé en bref l'éloge de la vie et gestes du feu Roy, Henry 2e de ce nom, et reçeu commandement exprès de la dite dame d'icelluy présenter à la dite Cour pour y estre mis et gardé à perpétuelle mémoire ce considéré, il vous plaise, tant pour la décharge du commandement que ledit supliant a reçeu de la dite dame Reine que pour la louable et recommandable mémoire (lu dit sieur feu Roy, ordonner le dit éloge estre reçeu et mis entre les registres du temps et règne du dit feu Roy, ou au Trésor des Chartes, et de la réception du dit éloge décerner et expédier au dit supliant ordonnance de la dite Cour, et vous ferez bien. Ainsy signé Paschal. x (Registre du Conseil du Parlement de Paris, cité parBonnefon, <. c., p. 35).

1. On vient de lire cette expression dans le morceau de Lancelot de Carie. Elle est tout à fait courante à la fin du siècle, par exemple chez Brantôme.


Pavée Ce fut le premier signe de la rentrée en grâce du coupable.

Ayant mis sa colère en latin, Ronsard n'y associa point sa muse. Les initiés reconnurent la querelle au passage, en lisant le morceau del'élégie « au sieur L'HuilIier M, où le poète se plaint de ne recevoir de ses beaux labeurs nulle réco.mpense, alors que les s rois, les princes et particulièrement le cardinal de Lorraine comblent de libéralités des protégés indignes

Il me fache de veoir, ore que je suis vieulx, Un lourd Prothenotaire, un muguet envieux, Un plaisant courtizeur, nn ransaafgar d'Atstoire, Un qui pour se vanter KO!M veult forcer de croyre <~uec'e~ un Cicéron, advancez devânt moy, Qui puys de tous coste? semer l'honneur d'un Roy. Il faudroit qu'on ~ardast. les vacqans benefices A ceux qui font aux Rois et aux princes services, Et non pas les donner aux hommes incogneuz Que comme potirons à la Court sont venuz, Vieux Corbeaux affamez, qui faucement héritent Des biens ef. des honneurs que les autres méritent~.

Mais le ressentiment des poètes ne dure le plus souvent que le temps d'en trouver une expression satisfaisante. Après avoir fortement manifesté le sien, le nôtre cessa d'yattacher de l'importance. Au reste, Paschal n'ayant riposté qu'indirectement, leurs amis de la Cour durent travailler à une réconciliation. Dès 1563, c'est-à-dire après quatre ans à peine, Ronsard accorde son absolution publique, au cours de la Remonstrance au peuple de .France 3. Répondant aux attaques des huguenots, qui accusent la vieille religion de ne plus convenir aux savants et aux hommes de jugement, il évoque contre eux, en un passage éloquent, de grandes et doctes figures, « Amyot et Danès, lumières de notre âge x beaucoup plus loin, et sans risquer de parallèle, il fait apparaître un troisième personnage

1. Voir sa plaisante réponse dans le livre de Henri Longnon, PterM de Ronsard, p. 281-282. Cf. éd. L., t. IV, p. 364. L'hymne échut à Des Mazures. 2. Ed. L., t. VII, p. 382 éd. BL, t. III, p. 40i. Le morceau est dans l'éd. de 1560 seulement.

3. La .RcfMo/!s/ance a été imprimée pour la première fois à Paris, chez G. Buon, en 1563, in-4 de 16 H.


Toy, Paschal, qui as fait un œuvre si divin, Ne le veux-tu point mettre en évidence, afin Que le peuple le voye et l'apprenne et le lise A l'honneur de ton Prince et de toute l'Eglise ? Eh bien tu médiras « Aussi tost qu'ils verront Noz escrits imprimez, soudain ils nous tueront Car ils ont de fureur l'ame plus animée Que freslons en un chesne estouffez de fumée. » Quant à mourir, Paschal, j'y suis tout resolu, Et mourray par leurs mains, si le ciel l'a voulu. Si ne veux-je pourtant me retenir d'escrire, D'aymer la vérité, la prescher et la dire

En mêlant ainsi à d'autres noms, dans un discours de portée générale, le nom de l'ami réconcilié, Je poète lui faisait sans s'humilier amende honorable il rendait justice, en même temps, à une œuvre historique, qui s'édifiait peu à peu et cessait d'être la grande mystification qu'on avait cru. En dépit de leurs défauts et de leurs artifices, les Res aj6 //e/co rege yes/ae prenaient figure et l'on pouvait croire qu'elles seraient un jour publiées. Mais les attaques de Turnèbe et des écrivains dépités pesaient toujours sur la réputation de Paschal Florent Chrestien, converti au protestantisme et donnant par de vifs pamphlets des gages à son parti, les reprenait les unes après les autres pour accabler l'auteur de la Remonstrance et ruiner ses autorités. Elles reparaissent dans la Seconde reponse de F. de la Baronie à Afes.~ye Pierre de Ronsard, ~rcs/rp-yeM~V/to/Ke Vandomois, evesque /u/u/ Le pamphlétaire écarte, en quelques mots de mépris, le t. Ed. L., t. V![, p. S43 éd. BL, t. VII, p. 70. Ces douze vers disparaissent des réimpressions après i578. L'édition de 1584 conserve encore par inadvertance le nom de Paschal, remplacé à partir de 1587 par le mot Lecteur, dans le morceau qui suit les douze vers supprimés (éd. L., t. V, p. 382 t. VII, p. 544)

° Je sçay qu'ils sont cruels et tyrans inhumains

N'agueres le bon Dieu me sauva de leurs mains

Après m'avoir tiré cinq coups de harquebuse,

EncorII n'a voulu perdre ma pauvre Muse.

Je vis encor', Paschal, et ce bien je reçoy

Par un miracle grand que Dieu fist dessus moy.

2. En 1567, le nom de l'humaniste reparaît dans un sonnet nouveau des j4Mours Je meurs, Paschal, quand je la voy si belle. »). Ed. L., L I, p. J9. Cf. Les ~Mo~rs,éd. Il. Vaganay, p. 151. Le commentaire très court est de Belleau.


<' lecteur Danès et le « traducteur Amyot zl s'en prend à l'historiographe, étant documenté par Ronsard lui-même

Quant à ton cher Paschal, tout le monde confesse Qu'il est docte et sçavant, l'Italie et la Grèce Le cognoissent fort bien, car par tout l'univers On ne lit que lenom de Paschal en tes_vers. Puis l'attente qu'on a de sa Françoise histoire Fera graver son nom au dos de la mémoire, Histoire que jamais peut estre ne mourra, Car peut estre qu'aussi jamais ne vivera. C'est luy qui a premier d'une façon nouvelle Fait croire qu'il estoit historien fidele

Sans rien mettre en escrit; c'est luy qui Hnen~ent Entretenoit un Roy de mines seulement. Il est vray qu'autresfois pour cacher ceste ruze II en a bien tracé quatre lignes d'excuse, Car ce pendant tousjours ses gages il tiroit, Et pourestre admiré de ceux qu'il désiroit (S'il est vray ce que dit l'Epistre à. Leoquerne) II les laissoit tomber mesmes,dans la taverne, Là où quelqu'un venant amassoit ce papier Quel'aucteur tout expres vouloit bien oublier

Le plus grave pour Paschal- était que la Cour se dégoûtait de lui. Privé de l'appui du souverain qui l'avait attaché à sa personne, son crédit ne tarda pas à décroître, et l'écho dés brocards littéraires parvint à des oreilles qui n'y furent point insensibles. C'est au Louvre, et chez le cardinal de Lorraine, qu'ont été recueillis les traits d'une image peinte du pinceau de Brantôme. Honorant Henri II dans Les vies des grands eap:~a:Mes, il regrette l'insuffisance des écrivains qui ont narré ses hauts faits, et notamment de « ce bel abuseur. de Paschal », si vaniteux dans sa charge

II en tiroil une bonne pention tous les ans, de douze à quinze cens livres par an, et promettoit un'histoire de nostre temps la nompareille du monde si bien que j'ay veu noz roys et npz princes, et M. le car1. La Seconde Reponse (s. I., 1S63) n'est pas paginée. Le morceau sur Paschal n'occupe pas moins de trois pages, où l'injure du partisan ne le

ménage pas

ménage pas Venex, Muses, venez pour aceoterJPascha!,

Donnez luy le chappeaudigne d'un cardinal;

Asnes rouges, venez,


dinal, pour cela faire grand cas de luy et luy faisoit la bonne mine. Pensez qu'il songeoit en soy et disoit soubs bourre en se mocquant «. Ce n'est pas ce que vous pensez, mes bons amis il y a de la fourbe » et si s'en monstroit tout glorieux, car je l'ay veu en telle piaffe. Après avoir faict monstre de faire enfanter des montagnes, pour tout pottageil n'a produit qu'un chétif éloge après la mort du Roy, que j'ay vu en latin. Et qui plus est, on n'a trouvé après en sa bibliothèque un seul chétif beau mémoire qui peut monstrer l'envie qu'il eut en cela de s'acquicter de ses debtes, encor qu'il fust d'ordinaire h la suite de la court, et qu'il vist l'œit et entendist de son Roy et des grandz, et eust toute matière en place pour bien bastir son œuvre mais, comme disoit M. le cardinal, l'art et la science lui failloient pour si haute entreprise

Ainsi fut établie, pour durer jusqu'à nos jours, la légende accréditée contre Paschal par sa paresse et sa fatuité. Elle put achever de le dégoûter d'un ouvrage, dont il avait cependant mis au point des parties considérables. Il dut sentir sa présence importune à la Cour, où il n'eut bientôt plus de fonction. Celle d'historiographe du nouveau règne venait d'être confiée à François Hotman, recommandé par le chancelier de L'Hospital2. C'est à lui peut-être que pensait Ronsard, quand il s'écriait au Discours des misères de ce temps, invoquant ce témoin des discordes françaises

0 toy historien, qui d'encre non menteuse

Escris de .nostre temps l'histoire monstrueuse,

Raconte à nos enfans tout ce malheur fatal,

Afin qu'en te lisant ils pleurent nostre mal

Et qu'ils prennent exemple aux péchez de leurs pères. Paschal était encore à Paris au printemps de 1563, car Lambin le mentionne parmi les personnages intervenus dans une affaire intéressant les lecteurs du Collège royal 4. On le voit bientôt 1. Ed. Lalanne, t. III, p. 283-285. Cf. plus haut, p. 324. Lalanne n'ignorait point que Brantôme était mal informé des ouvrages de Paschal et signalait déjà l'existence de nos autographes conservés dans le fonds Dupuy. 2. Revue /:M<or;yue, t. 11, p. 50.

3. Ed. L., t. V, p. 333 éd. BI., t. III, p. 13.

4. Dans le discours d'ouverture de son cours sur la Rhétorique d'Aristote prononcé en avril 1563, Lambin remercie ceux qui ont fait des démarches pour faire pâyer leurs gages en retard aux lecteurs royaux L'Hospital, Amyot, Lancelot de Carle, Henri de Mesmes et, enfin, Pelrus Paschalius

No.HAC. Hoftsard e< ~umants~te.


après finir sa vie dans sa province d'origine. Le cardinal d'Armagnac, promu à l'archevêché de Toulouse, continuait deréunirson cercle de savants il y retrouva sa place d'autrefois. Il se reprit à composer des vers, comme ceux qui lui avaient valu ses premiers succès parmi les lettrés de la docte ville. De cette époque date sa courte élégie sur la mort du légiste bordelais Arnoul le Perron, son prédécesseur comme historiographe de François. 1°', dont la gloire la plus certaine vient de ses fameux Commentaires sur la CoH<uMe de Guyenne. Jules-César Scaliger, qui était son ami, le célébra aussi en vers latins. Les vers de PaschaL les seuls qui restent de lui, ne sont faits que de réminiscences classiques ceux de Scaliger ont assurément plus d'accent~, L'historiographe de Henri II n'avait que quarante-cinq ans, lorsqu'il mourut à Toul'ouse, le 15 février 156~. Trois jours après, ) mourait chez le cardinal d'Armagnac Guillaume Philand~ier, dont la science de l'Antiquité était grande, mais qui, par sa négligence à publier ses travaux, avait déçu, lui aussi, ses admirateurs On enterra les deux amis côte à côte dans le cloître SaintEtienne, réservé à la sépulture des illustres de la cité. Le monument funéraire du premier reçut une épitaphe, dont on a le texte elle consacrait en peu de mots toutes les prétentions littéraires de sa courte vie

PETRO PASCHAUO RERVM GESTARV;t AU HENRICO tl GALLIARVM REGE

SCRIPTORI POLITtSStMO ANTtQVAE VtRTVTtS ET ROMANAE ELOQVENT. A!SMVLATOR! PEAESTANTISS. AMtCt MOHREKTES B. M. P.

VIXIT ANNOS XLV. OBHT XHH KL. MAH. AN. POST CHRtSTVM NATVM M. DLXV.

/tM<o/'teus /</tus hi om/!M cer~a<:m suo quisque loco causa/M Mos~fan: ;)(-cu/'<t<eeyef'a~< (Duae o;'a<;o~es D. Lambini. in aula gymnasii Safnaro&nensM habitae, Paris, 1S63, p. S).. 1. Ces vers, cités par P. Bonnefon, c., p. 44, sont imprimés en t~te de l'édition in-fotio des Contmc~SM'es sur la Coutume.

L'ode de J.-C. Scaligerà lalouanged'Arnaudle F6Mon(PoeMa<a,p.353) est citée par Saitite-Martheet par Tissier, Éloges, t. II, p. tOT. 3. Le témoignage de J.-A. de Thou est bien signiS.catif à ce sujet. 4. Cf. P. Bonnefon, ~.c.,p. 26-3T. Je lui emprunte le texte de l'in.scnption, jadis donné par Moréri et. Le Duchat, et recueilli par A. du Mège sur la pierre avant sa disparition.


Peu de temps après la mort de Paschal, Dorat écrivait à un ami qu'il préparait la traduction des odes de Pindare dans les mètres originaux l, et qu'il en dédierait une au défunt en reconnaissance d'une belle libéralité « Alteram destino Paschalio amico Historico Regis, nuper vita functo, qui singulos anulos aureos singulis amicis, Tornaebo, Ronsardo, mihi, pluribus moriens legauit. Ferreus sim, non aureus aut auratus, si non hoc ego munus amem, et muneris etiam magis auctorem~.)) » Ces anneaux d'or, collectionnés par l'humaniste et légués à ses confrères de Paris, avaient une signification ils attestaient sa réconciliation complète avec le groupe de Ronsard. L'adroit cicéronien, qui n'était point un méchant homme, avait trouvé une façon délicate d'effacer ce qui pouvait rester de mauvais souvenirs au cœur de ses anciens amis.

1. « Etquia Latinum aliquando Pindarum meditor iisdem numeris edere et sin~'ulas Odas singulis amicis consecrare, tua iam esto. » 2. André Du Chesne, jH:s<. généal. de la maison de C/tas<et'yne7', p. 12S (lettre a Fr. de Chasteigner de la Rochepozay). Les Sca~fra/ta mentionnent le legs Aurat et autres de beaux et riches anneaux; le moindre valoitaOescus, et il y en avoit qui valoient 100 escus » (Amsterdam, 1740, TT n M;~



ADDENDA

Le lecteur ne peut s'étonner que, pendant l'impression de ce livre commencée depuis plusieurs années, d'assez nombreuses additions se soient offertes, qu'il a semblé utile de recueillir.

P. 36. Comment Jean Dorat a-t-il été introduit chez Lazare de Baïf? On peut établir que l'ambassadeur de François 1~ le connaissait par sa première réputation littéraire dès 1540. C'est à Baïf, en effet, qu'est dédié le recueil Roherti B/'t<a~M:A/re/)a<ensM e/)t~o/a?'u~ libri duo, Paris, 1540 (fol. 64 Lazaro Baifio libellorum magistro), où les productions poétiques du jeune Limousin sont déjà louées avec enthousiasme « Delectauit me tuum carmen ne dici quidem potest quanta utilitate animi et ingenii mei. Erant enim in illo splendida et acuta omnia. Ego, ut iam me tibi aperiam, neminem esse puto his temporibus qui tantum lyrica valeat venustate quam tu unum excipio Macrinum, cui tu facile concedis. » (fol. 59 v°). Trois distiques de Dorat sont à !a fin du recueil de vers de ce même Robert Breton, d'Arras, dédié à Arnoul le Ferron et contenant des pièces adressées à Dolet, Toussain, Turnèbe, Ant. de Gouvea. Un long poème en distiques, à Dorat lui-même, témoigne de la cordialité de leurs rapports (R. Britanni .A<re.&. car~tftum liber unus, Paris, 1541, fol. 17 v°. Cf. Marty-Laveaux, Notice sur Dorat, p. xij). Mais une lettre du précédent recueil nous met sur une autre piste. L'humaniste d'Arras l'adresse au compatriote de Dorat, Jean Maledent, à l'occasion de son entrée comme précepteur dans la maison de Mesmes (a Agis in domo honorinca. Magnum est Propraetoris ciuilis nomen, sed virtus Mesmii multo maior. » Fol. 59 v°). Or, le jeune Henri de Mesmes et Maledent fréquentaient la maison de l'ambassadeur « Mon précepteur me menoit quelquefois chez Lazarus Baïfius, Tussanus, Strazellius, Castellanus et Danesius, avec honeur et progrès ès lettres s (~emo:res, p. 137). Il est naturel qu'ils aient recommandé leur ami Dorat, avec qui j'ai mis en lumière leurs étroites relations (p. 67 n.), lorsque Baïf a cherché un maître pour son fils. Tel fut sans doute l'enchaînement des circonstances qui conduisirent Dorat vers Ronsard.

P. 37, I. 15. Tous les bibliographes, depuis Du Verdier jusqu'à Hmile Picot, se sont accordés à attribuer à Lazare de Baïf la traduction en vers de l'Hécube d'Euripide, parue sans nom d'auteur en 1544 et réimprimée en 1550. Dans la dédicace du livret à François Ier, on a


interprété les mots K mes enfants comme une expression de tendresse paternelle de 1 ambassadeur pour le jeune Ronsard, ainsi assimilé à son propre fils, compagnon de son travail. Cette attribution de l'ouvrage à Baïf (et par conséquent ce que j'ai cru pouvoir en tirer aux p. 38 et 39) tombe devant une démonstration de René Sturel, dans les AMany~ 7~m!7e Chalelain, Paris, 1910, p. 576-580. LWecaAe a été traduite dans la maison du berrichon Guillaume Bochetel, secrétaire du Roi, qui avait alors Jacques Amyot pour précepteur de ses (Us. Amyot semble Fauteur d'une traduction en vers des 7'roades dont le ms. est au Musée Condé. En tout cas, c'est à lui, non point à Dorat, que s'appliquent les observations sur l'/yecuAe, de même qu'on s'explique comment la Deffence de Du Bellay nefnontionne pas cette traduction, à côté de celle d'J~ec~re, de Sophocle, qui est due à Lazare de Haïf.

P. 47, 1. 16. Aux précisions que je crois apporter sur les origines de l'ode pindarique en France manquait celle des circonstances qui ont introduit l'u'uvre de Benedetto Lampridio auprès de Dorat et de nos poètes. Les T~o~t'a ftro/'umMerM illustrittm de Paul Jove, qu'ils ont bien connus et qui ont été publiés pour la première fois en 1546, contiennent un article sur le poète crémonais (« Scripsitodasaemulatione Pindarica eruditas et graues. )'), accompagné d'une épigramme de Mareantonio FIaminio. (La bibliographie récente de la « lirica pindareggiante » en Italie est donnée par Ferdin. Neri, avec qui l'on verra que je me suis rencontré sur le rôle de Lampridio C7:!a~y'e?'aë la Pleiude francese, Turin, Î920, p. 106.) Mais le propagateur des odes de Lampridio en France est certainement Michel de L'HospitaI, qui a fait à Padoue six années d'études littéraires autant que juridiques, de l.')26à à 1532. Non seulement je le vois citer Pindare parmi les auteurs qu'il étudiait, mais il nomme expressément son imitateuravec Longueil et Lazaro Bonamico, parmi les trois maîtres de Padoue qu'il a le plus aimés (Ca/vnt/M, Amsterdam, !732, p. 429)

.A'a~ me dulcis afnor <ene~ ae~ernuTHyse lenehit

6'i.sPa~a</i'ae, Longoli, LamprK~K'yae ·

Va<; s, et egregii Bonam ica ye~<e magislri.

P. 121, n. 5. Henri Guy désigne l'ouvrage de Michel Psellos, dont Ronsard a fait un résumé assez exact dansF~/mne des Dations c'est le dialogue publié dans MIgne. Pa<ro~rM<jryaeca,t. CXXII. col.8t6876. (Les sources /'r<tnca!~< de Ronsard, dans la Revue d'hist. litt. de 1902, p. 227.)

P. 123, n. 1. Dans le travail cité ci-dessus, H. Guy, qui~ commencé par un volume sur les Rhétoriqueurs sa préoieuse\S7s<o~'e de


la poésie française au seizieme s:ec/e, donne une très utile analyse des passages des Illustrations de Gaule et 5'tny:~art'~z de Troye, par Jean Lemaire de Belges, qui ont inspiré l'auteur de la Franciade. !) observe la liberté du poète à l'égard de la légende de Francus et le peu de créance qu'il accorde lui-même à la réalité historique de son sujet. Ronsard écrit qu'Homère et Virgile ont inventé la matière de leurs poèmes « Suivant ces deux grands personnages, dit-il, j'ai fait le semblable. »

P. 130, n. 2. Cette épigramme d'Estienne Pasquier n'est pas la seule qu'il dédie à Ronsard. On la trouve avec deux autres dans la première édition de son recueil 5'<e/)A. Paschasit iurisc. Paris. ac :nsu/)/'emo Ga~:a/'um 5ena~ patron: .Ë~'fjrra/nma~um ~'A/'t VI, Paris, P. t'Huillier, 1582. V. les ff. 7, 54 et 81. Les hendécasyllabes semblent antérieurs aux projets d'épopée, rappelés dans les distiques De/H <e</e~ec<a< strepitus c~a~yor~He <Oj&a7'Mm,

~r/nayHe ~ranc:ac~M saeuaque hella canis.

P. 135, 1. 11. Aymar de Ranconet, qui fut président aux Enquêtes du Parlement, possédait des mss. grecs. Turnèbe, qui a consacré à Eschyle sa première publication de textes anciens (Paris, 1552, avec une lettre dédicatoire en grec à Michel de L'Hospital), a trouvé chez Ranconet un bon ms. de trois tragédies. Son Sophocle (Paris, 1553), qui est'dëdié à ce dernier, mentionne le prêt de mss. du poète et de son commentateur Demetrios Triclinios. Ces éditions sont celles qu'a le plus pratiquées Ronsard.

P. 135, I. 20. Ronsard a dû connaître l'humaniste Papire Masson, historien de Charles IX, chez le chancelier de Cheverny, dont ce fécond polygraphe fut le bibliothécaire pendant six ans. Masson fait intervenir le souvenir du poète dans l'éloge de Dorat, lorsqu'il s'écrie « 0 si hodie discipulus eius Petrus Ronsardus insignis poeta viueret, quas Ule naenias aut quae epitaphia scriberet » (,Ë7o<a, cités plus haut, p. 59, n. 2; p. 60, n. 3).

P. 135, n. 5. Sur le bibliophile Nicolas Moreau, seigneurd'Auteuil, trésorier de France de 1571 :') 1586, v. l'étude d'A. Vidier, dans les ~c/anyes 7~n!7e P;co/, Paris, 1913, t. II, p. 371. N'est-ce pas à lui, plutôt qu'à son père Ilaoul Moreau, qu'est adressé le poème de Ronsard .-lu lresorier de r.E'.sparyfte (éd. L., t. VI, p. 51-56 cf. t. VIII, p. 9)? J'ai cité, p. 58, un poème dédié à Nicolas Moreau dans le recueil de Dorât.

P. 157, n. 3. On trouvera deux jolies lettres de G. Vaillant de GuéHs à Scaliger dans le recueil publié par J. de Reves, Lettres /ran-


C~M des personnages illustres et doctes à JMbns*' Joseph ,/u~e ~e Scala, Harderwyek, 1624, p. 186 et 336. Des lettres de J. Gillot, p. H6 et 437 du même recueil, montrent Scaliger en relations avec Desportes, mais après la mort de Ronsard.

P. 186, n. t. « Mademoiselle de Morel » est Antoinette de Loynes, femme de Jean de Morel. J'ai quelque soupçon que cette unique lettre connue de Ronsard à son ami est celle-là même qui a disparu du ms. Lat. 8589 de la Bibliothèque nationale. Ce ms., où j'ai retrouvé jadis les premiers autographes de Du Bellay, est formé de lettres originales réunies par Morel et la table ancienne révèle la disparition d'une lettre de Ronsard à lui adressée, ainsi que d'une lettre de Jodelle. L'autographe d'où l'on tient le texte connu a appartenu à Feuillet de Couches, avant de figurer dans les collections Benj. FiMonetBovet; il a été revendu par Charavay, le 27 nov. 1888, et j'ignore où il se trouve aujourd'hui.

P. 187, l. 5. La faute de quantité a/)[s est répétée plusieurs fois. P. 196. En regard de la lettre de Ronsard sur le livre de SainteMarthe, on mettra une lettre d'humaniste qui loue le même ouvrage. Elle est adressée par Fédéric Morel à 1 auteur de la jPae</o<roN/tM « apud Pictones », et commence par un éloge de Poitiers au temps des dames Desroches Felices istic esse vos quis neget?. Habetis ibi iurisconsultissimos, p'r)'roptX(OT<xTou;, Yoct~t.'XTtXMTKTOu?, Poetas et poetrias longe melioresllomero et Sappho. @<xC~O!!SEs8x[.ExPictonum, urbe, velut ex equo Troiano innumeri viri magna et excellenti literarum peritia insigniti prodiere. Tu quidem certe, quem iure omnes maiorum gentium vatibus inserunt, sublimi feries sidera vei'tice. Cuius cum eximia sint omnia, tamen illud postremum opus TttxtSo'rso<p~; micat, velut inter ignes Luna minores. Mirifice sane id pro- bat Poeta Reglus [Dorât] nec ullum unquam poema ab illo de meliore nota counnendarimemini. Cal. aug. Lut. 1579 x (Biblioth. de l'Institut, ms. ~92, fol. 48).

P. )98, n. François Le Duchat, qui avait publié son recueil à dix-huit ans et dont la tragédie d'Agamemnon, imitée de Sénèque, parut en i561 (avec un privilège de 1553), est mort prématurément. L'Hospitat, qui l'avait protégé auprès de Marguerite de France et du cardinal de Lorraine, a composé une élégie sur sa mort (Carnttna, p. 20j, 218).

P. 200, t. 2. Les recueils de vers que font imprimer les jeunes étudiants humanistes, pendant leur séjour à Paris, contiennent souvent un hommage à Ronsard. Le limousin Martial Petiot, par exemple,


lui adresse une épigramme pour lui souhaiter longue vie (Varto/m ad a/~tcos~);'o.Yef:t't.'<' F/)t'aM/?ta~;m lihellus, Paris, 1573, f. 11), dans un recueil où il n'est guère question que de gens des collèges (à Dorat, f. 7, à Goulu, f. 12, à Léger du Chesne, f. 13). Plus intéressant est Jean de la Gessée, de Mauvesin en Gascogne, qui est un familier de la maison de Morel. Dans le recueil Intitulé Gessei Mauuesii [ft Vasconia e~ty/'a/7!/na/on. ad principes e< Htayna~es Galliae permullosque alios insignes viros pro Xen:'t's lihri duo, Paris, 1574 (vers liminaires de Dorat et de Camille de Morel et portrait à 23 ans), on lit de petites pièces dédiées à Ronsard, à Dorat, à Morel, à Jodelle, à Passerat et Jacq. (sic) Garnier, à Belleforest, etc. 11 écrit à Baïf

A~oos maxime maximis ~a:

Cui par </M/)artj6u~ modis Camoena

~u7'a<t numeros re ferre Graios,

Ronsardi numeros referre Gallos

Exaequando </a< annuente PAoe/)o,

A tuo data sume </ona Gesseo.

Le jeune gascon, qui a aussi rimé en français, met ses essais latins sous le patronage de Ronsard

.Z)t~fno/' et aust/n </oc<ae me adiungere <u/'Aae

Si mea Ronsardo tudice Musa placet.

H a dédié au maître d'autres vers dans le « Tombeau B de Belleau (/~n!;<yn nellaquei Poelae 7~ynH~us, Paris, M. Patisson, 1577). Non loin du quatrain de Ronsard paraît le nom de La Gessée. Ses vers, De /?e/?nyto .Ce~a</Heo defunelo ad P. Ronsardum, commencent ainsi

Ille Bellaqueus ~uus meusque,

/mô 7~te/-t~om comes Dearum,

Cuius scripla venusta, <e/'sa, cfoc<a,

Communi studio student probare

Phoehus, e< Charis, et nouem .So/'ores

Ille inquam /utz~ ac meus vicissim,

~tf<e 7?ef?t!'y:'t7/n lihet vocare,

~tue Bellaqueum vocare mauis,

Pro /?OfMarc~e, libi, mihi omnibusque

Ereplus modô, nos reliquit inter

/?/anc<us, mu/'mura, lacrymationes

P. 202, n. 2. Le séjour de Scaliger à Leyde vient d'être excellemment étudié par Gust. Cohen, dans ses Fcrt'uatns français en Hollande, Paris, 1920, p. 187-217.


P. 302, n. 5. Ces relations peu connues de Joseph Scaliger avec la Pléiade intéressent assez nos études pour qu'on m'excuse de citer encore un fragment de correspondance familière de Dorat. C'est la lettre (utilisée à )a p. 339\ que reçut François de Chasteigner au mois d'avril 1565, au château de la Rochepozay, en remerciement d'un don Hbéraldont lepoela reyt'us avaiteu.dit-ii, fortgrand besoin « La necessité où je me suis trouvé ces jours passés me le fait trouver ~.up'o~ 6'7o\' plus grand. Je ne sçay si Monsieur de l'Escale vous l'a dict, car il luy seul comme tulissimis aurihus deponere as&HS e~Sm, ille non t'yna/'M~ yna~t aliquando /nMerM snccn/'rere <~Mceye<. La cause de ma necessité a hesté les procès, i'aqui~ition de ma maison et réparation d'icelle, et qui pis est la longue absence du Roy, qui est Tro~M~ Tau/x. in quibus ettam meus, comme dict nostre Pindare duque) jeac)tevois la première Ode des Pythies, où il presche fort de la liberalité des Seigneurs envers les lettrés, quand vostre ~p-)c;E!X fjtop~ A~oA~ovoç xan toTt~oxx~Mv iu~S:x& ~to:Tx~ xTstxvov m'a esté appofté, (/cet/t ~tze~ore leuamen, par vostre bon Marc. Et a6n que la petite lettre ne soit pas o~t~o~Y~ je vous prie de demander à vostre Phoenix [l'interprétation complète du motcruv8[xo"/]. » Le Phoenix de la Rochepoxay est appelé plus loin nos~ Seatiger.

P. 2]f,I. t8. La preuve des relations que je supposais entre Jan Van der Does et Ronsard m'est fournie par le premier recueil de vers du célèbre écrivain hollandais /an:'Docsae a ~Vbor~u)yc/j' .M'<y7'aynma~um /t'A. 7/, tSa~/rae /:j&. ~e<yoyu/n ~MarHm ~t' /7._Atf f/rnm t~M.s/7-. <?erntarmm t~a~n~e/n Pt/K~on~m, 7?eyn!m in Carta .~n~rema j~'art~tefm ~eRa<ore/?!, Anvers, G. Silvius, 1569. Portrait ~ravé anno aetalis (Brunet ne cite qu'une édition de 1570.) Ce recueil, d'un extrême intérêt pour nous par les SQMvenirs du séjour à Paris de Van der Does, contient des poèmes adresses Guillaume des Auteiz, à Dorat (ad ~C7'. praecepl.), à Baïf, à Thorius Bellio, et des vers dédiés au jeune hollandais par Vaillant de Guélis, Des Autelz, Florent Chrestien, Lucas Fruytiers, D. Rogers, etc., d'où l'on tirerait aisément un vivant tableau de ce petit monde d'étudiants de tous pays, férus de poésie latine et parmi !esque)s Ronsard ét-ait adoré. Voici, en attendant, un témoignage sur notre poète, dans une épitre A<~ Cu~'e~am Cripium T~ay/n'e/Mern 7. C. (p. 109~, où Van der Does prie ce compatriote, lui-même poète, d'accueillir ses vers; ils n'en sont pas indignes, dit-il, puisqu'il est lu et estimé de Ronsard et de ses amis

?'<* quoque Parrisiae t'a/em aefm:7'aK<u?' /KAenae.

l'eslis ego, e< T~ranea positi tellure sodales,

Quo~ inler, memini, non nnam ~eK:o de te


/ac/em meetz/n decurrere saepe solehat. Et miraris adhuc, si te quoque ~er~)H~ addat Douza suis <!7/-Ae<yue noHO tua seria lusu ? Desine. ~Vt/ praeter solitum leuis ille fn):fta~ar Cum /nu«t~~)a~ert~ communia. ~ey~ eunc~em ~~rm~ ipse /)a<er ua<u/n /?ofMa/'<~HS, et illo 73oc<tor~4.u/'a<u.s, 7'7'a~:c:erue Bat/it~ oris, Quo.~yuea/MS /o/~um foret enHm.erarejooé7as. Te cfHoyae ne nterea~ Celtarum exempla seculum Douzaeae mala /<'rre morae, nutuque secundo Ad 7Kpa~/at7.N/'o~ f/!mt«ereca/'yn!nafu//u~.

P. 216, 1. 12. Plusieurs documents ronsardiens non signalés figurent dans le très rare volume des .Xema de Ch. Uytenhove, dédiés à la reine Elisabeth (Aen.a ~eu ad illuslrium aliquot Europae hominum nomina Allusionum. liher), qui font suite aux poèmes de Buchanan et à la triple Silua (Turnèbe, L'Hospital, Dorat), édites à Baie, s. d.[)568~ par l'imprimeur beig'e Thomas Guarinus. Le recueil du Gantois a formé une sorte de pendant aux Xenia de son cher ami Du Bellay, et leurs papiers, mêlés pour la publication qu'ils projetaient ensemble, avaient été triés par les soins de Morel (cf. Chamard, J. du Bellay, p. 479). Uytenhove a imprimé aux p. 83-87 des distiques grecs et latins sur l'anagramme connue du nom de Ronsard, les sept distiques de Du Bellay sur le même sujet (signés I. /?.), une compa/'a~'o des deux poètes, deux sonnets et un petit poème latin dédiés à Ronsard, enfin une traduction en hexamètres du début du discours au duc de Savoie (« Vous Empereurs, Vous Princes et vous Roys. » Ed. L. t. HI, p. 259). Voici une partie de ces morceaux

I. 7?p//a<t et P. Ronsardi comparatio.

amahilis L ac/mt/'an.c~u.! ) i

.6e//a: ) 7?on~ar</H~ f a/nAo joares.

BrM:p<!o/' t~crento (/oc/tor )

Rellaius, Ronsardus, amahilis, admirandus,

P/'om/)h'or :ftyen:'o, docti'or, aM/)o pares.

Ad P. 7~o/sa/'d!z/?~ Vindocinum, cum ah eo ad coenam unca<<7~ c.~e~.

Si n:/At /e potior sit 7~e/ca cogna, t'oca/c.!

Protinus ad coenan! sim </At t'amène comes.

Sim <tj6: sim Co/?!t comes ~~t'nooyue h'/)ef!/e/'

Ca~trAooyue comes, Pa~cAa/too'ne comes.

/N~e sed ar/f/H~tae c:!r me coMU/H:a coenae,

Ad <e non potius Docte poe<a vocas ?


7'e sine non epulis capior, torperile palato, Te sine vina mt/n S!!R< aqua, coena /ames. 0 Ad coenam quoties /i/)t me co~:ce?'e coere~, /7uc ades ad coenam, non mihi cftc, sed ades. Carole, dic ades e~r7'ey:um visere Po~am, A'uttc tibi conuiuas inter et hospes evo. Ah valeant eoenae quieunque cupidine <~oc<: Vtsere T~on~ar~Hm, CaMtf/iOHmQrHepayaft~. Coena tuae mihi sun< diuina poemata JMusae, A'o~ amet Oj6 cocnam te, scio, quisquis a/na~.

Les amis cités dans ce poème sont Denisot, Paschal et Belleau. Celui-ci est en effet désigné dans une des aMc~Mmc~ sous le nom transparent de (Ja~rAo!M. I.e premier sonnet d'Uytenhove A P. de /?onMr<~joo~e tresexcellent est daté de J557 et convie le poète, qui vient de publier les 77ymMM, à se consacrer à la poésie religieuse Si tu me crois, Ronsard, tu changeras la Muse

De ton diuin esprit à chanter desormais

Les louanges de Dieu plus que ne Ss jamais;

A chanter ce grand Roy personne ne s'abuse.

Cette pièce vient se placer à côté de celle de Denisot, qui félicite Ronsard pour la composition de i'erc!~e cAres~en (Ed. L., t.. IV, p. 247. Cf. Pierre Perdrizet, ~onMr</ et la Réforme, Paris, 1902, p. 6t-63). Le second sonnet, écrit sans doute en Angleterre, répond au Discours envoyé à l'ambassadeur Paul de Foix, qui a été recueilli au ~ocaye royal (éd. L., t. III, p. 280-285)

J'ai leu, Ronsard, et releu l'Elegie

Qu'auez escripte à Monseigneur de Foix

Comme un ouvrage excellent, mille foix,

Et plus la lis, et plus m'en prent enuie.

Aussi faut il que pour donner la vie Au livre (ainsi comme en vostre françois Auez sceu faire) en Latin et Gregeois Pour Guide on ayt ce qu'on nomme Genie C'est un esprit d'Enthusiasme tout-plein, Plein de fureur, d'un jugement bien sain, Plein de sauoir, plein de diuinité, Comme le vostre à vray dire, qui estes Sans compagnon le premier des Poètes Qui sont, seront, et ont oncques esté.


P. 217, n. 2. Les circonstances qui ont éloigné de Paris Charles Uytenhove sont établies par sa lettre autographe à Morel, du 2 nov. t562, d'où j'extrais les détails suivants « Rouerium[cf. la dédicace de Ronsard à Girol. della Rovere, rappelée p. 206] diuinae indolis adolescentem. summa cum voluptate doceo. Turnebum, Auratum et Balduinum, a quibus doceor, frequentare soleo. Quod reliquum est temporis meis lucubratiunculis limandis, perpoliendis. expendo, bonam non noctis partem huic curae decedens. Postridie venit ad me Balduinus cum Regis oratore [l'ambassadeur Paul de Foix], qui hodie in Angliam legationis nescio cuius obeundae gratia ablegatur, num et me sibi comitem adiungere vellem ex me quaerens. Heri cum eo coenaui. Incertus sum an unquam in Galliam sim rediturus. La lettre à Turnèbe citée dans la. même note, et qui exprime un souvenir pour Lambin et Ange Vergèce, est une copie de la main de Camille de Morel; les billets écrits de Paris et de Grigny, où Uytenhove mentionne Du Bellay et Ronsard, sont autographes. P. 218, n. 1. Longtemps après sa démarche auprès de Ronsard, Uytenhove continuait à intéresser ses amis à sa traduction des Psaumes, qui ne parut jamais. En 1593, Melissus et J. Gruter en recevaient des parties à Heidelberg (E. Weber, Virorum clar. epist. sel., Leipzig, 1894, p. 41).

P. 219, 1. 4. Un autre Rhénan de marque, le médecin-poète Jean Posthius, qui traversait la France et s'arrêtait à Paris après un séjour d'études à l'Université de Montpellier, a eu avec Ronsard et son groupe des relations personnelles. Le distique Ad Ronsardum, qu'on lit dans son recueil (7oaa. Posthii Ge/'m.e/AeyKn ai-chiatri Wtr;seAuny:'ct Parerga poetica, Wurzbourg, 1580, f. 58), est assez banal

7'tz/n nomen ~on~arJe ~uum laudesque pert'Auft<,

<7aft(/o erit in f~Mo Gallicus ore sonus.

Mais répigramme Ad /oAa/!ftem Passeratium ~oe<a/~ doctiss (f. 64 v") est beaucoup plus significative

Tandem f7!ayrn/:caw veni, yuo</ laetor, in urAem

Cut~arM ae<ernum nomen ~a~ere <~e(/t<.

Omnia stin< maiora fide, maiora videntur

0~fna~ /ama prius quam mihi y-e«:z/era<.

Sed licet ostendet miranda Lutetia mulla,

Quae surt< ~H/n~tAus grata <Aea<ra meis;

~V[~ lanten hic vidi Ronsardo gratius, huius

Colloquiurrr reliquis oMnt/)usan<e/ero.


.VHf!c desiderio cajOt<M ma~e ~oyyueoy tfyto,

M (/on!nam aspiciam, lane diserte, tuam.

LevoyagedePosthiusen France succédant à un long séjour en Italie, que Boissard raconte dans ses Icones et auquel fait des allusions son ami Melissus, est de l'année 1567. La partie de son recueil intitulée Gallica contient des pièces dédiées à Dorat, à Henri Estienne, à Scévole de Sainte-Marthe, à François Hotman et une autre intitulée .lc/ ~tcA. Hospitalii u:~ay)i.

P. 2)9, n. 3. La première édition des poésies de Paul Melissusn'a point été imprimée à Paris, mais à Francfort, en deux parties ~ft~MM ~('Aef/ia.~na~ajooe/t'ca. 1574(194 p., avec 31 p, pour les Flumina de F. Fidier) et Afe/:Mt' .S'cAef~'a~ma~um reliquiae, 1575 (459 p.). Le premier de ces volumes contient, p. 2)-23, un Dialogus .P. Afe~s~t' e~ A'. C~emef~s 7relaei qui raconte comment ce jeune Nicolas Ctément de Treles, lorrain du pays de Vaudémont et lui-même un peu poète, a révélé à M elissus Ronsard ignoré en Allemagne:

Clemens, dulcisocelle Cra~t'aruM,

<~uas (/:y~e ~)/'o J'spore~cn~

Ro~sARDt ceMcrrf'yni ~t'~eM:

~e per-M~uere cr7'a~:as</ecej6t<?.

Ce document fait connaître un nouveau propagateur des oeuvres et des théories de Ronsard hors de France. 11 faut joindre à Nicolas Clément un autre ami deMeiissus, petit poète ronsardisant,inconnu-des répertoires français, François d'Averly, qui fut un agent du prince de Condé auprès de l'Electeur Palatin à Heideiberg. Un trouvera des détails sur ces personnages, avec des extraits du .Ota~r:M, dans une prochaine étude sur t/K poète Rhénan ami de la Pléiade (et d'abord dans la Revue de littérature comparée, t. I, 1921). P. 251, t. 10. Si Du Bellay n'a pas nommé Brinon dans ses œuvres françaises, on trouve parmi ses ?*um;7/t, dans les Poemala. (Poésies et lat., éd. E. Courbet, t. p. 5)2), quatre petites pièces en distiques étégiaqucs Tant Br!/noM;.s sena~orM Fa7':$:eMSM. Elles furent composées à Rome pour le second tombeau M, qui n'a pas été rëâlisé. Le poète y fait allusion à la ruine du jeune conseiller, qu'il compare à Tibulle pour sa fin prématurée.

P. 257. 1. 5. Le livre II de la Frarrciade écrit de la main de Ronsard et on'ert à Charles IX est aujourd'hui le ms. Fr. 19141 de la BIbi. nationale. Cf. E. Faral, dans la Revue d'AM~. lilt. de 1910, p. 685 sqq. ~avee un t'ac-similé). L'auteur a cru devoir, un peu plus tard, frapper


lui-même d'un doute ses intéressantes conclusions (Revue de 1913, p. 673). J'ai dit pourquoi la multiplicité des textes, corroborée par le témoignage de Pierre Dupuy, me fait rejeter l'opinion de Laumonier sur la question si controversée de l'écriture du poète.

P. 370, t. 20. Le portrait physique tracé dans le latin de Ronsard suit, avec une intention satirique, celui qu'on trouve dans l'éloge de Saint-Gelais par Paschal. Cf. le texte publié dans le vol. du Cinquan<eKc!t're de l'École des Hautes Études, p. 37.

P. 377, n. 2. Seul de la Pléiade, Baïf est allé en Italie après Du Bellay; mais il n'en a rien écrit, sinon qu'il a visité Venise, « sa naissance'). Ce futau printemps de 1563, après cinq moisd'un ennuyeux séjour dans « Trente pierreuse ') (éd. Marty-Laveaux, t. IV, p. 378) Laisson, Griffin, laisson le Concile et faison

Un voyage Mantoue, à Vincence et Veronne.

Je fretille d'aller, je desire de voir

Les villes d'Italie et veu ramentevoir

Les marques des Romains, jadis Rois de la terre.

Ronsard écrivait de même à Odet de Châtillon, dans le Z)Mcou/'s contre fortune composé vers 1558

Aucunefois. Prélat, ilme prend une envie

(Où jamais je ne fus) d'aller en Italie.

Un pense avec regret à tout ce que la poésie française pouvait attendre d'un tel voyage.

P. 333,1. 20. Ronsard n'a point collaboré au « tombeau )) de Morel V. C. 7oa; /o7'e~ Ehredun. co7M:artt oeconomiq: Regii, moder.o/'t.! illusfrissimi principis /K/Ct Engolismaei, magni ~'a~ctae Prt'o/'t' T~nn/us, Paris, Féd. Morel, 1583(56 p.). Le poète avait été cependant sollicité à nouveau, au cours de l'impression (p. 45), par une élégie pressante de la fille du défunt CaM:7/a Morella ad 7?onsardum (.Sic Patris ynanes iam ney~yM ?). Elle sollicitait de même façon Sainte-Marthe, qui finit par se décider (p. 49). Cf. ses deux lettres conservées par celui-ci (Bibl. de l'Institut, ms. 290). Quelque explication qu'on doive chercher pour l'abstention de Ronsard, alors loin de Paris et souvent malade, il n'est point permis de penser à l'ingratitude. Dorat parlait pour tout le groupe dans une longue pièce que ses .Poe/na~a n'ont pas recueillie et qui commence ainsi

~e/t .l/<j/'t;o <~<M ca/'y;n'fia iure n.e~art<,

Omnta c/oc~o/'Hm s<~t<U6' ytit'car/7HMa M~/Ht


Mayno cun: studio co~H:'rere, et illa re/e /K fm/nerum, H< possent prodesse se~Hen~t'~H.! a?tK:s? DH~ce nnn.M<e7'HM, duplexque duos simul e/s O~ïcfHfn, sc~Ao/'t prtmHnt cui fama snaers~es, .la~ptce AforeMo /)er saecula longa yna~eA~. 7'ës<f.! erit ~en:HS, Xeniique poemata, pai't7n /am 't'u~a~a, ~Ht' ~a/nt rmnc condita-cistis. 7'es/M BeHa! yuac iam nasce?:~ta/amae

y'raJ;</t'<, haud t!~sus dedit in penetralia Vestae Ae fmmcreM uiuos ~)~H/'M, aliosque ~ë~n~os, Pt<jrno/'t'j6u~ yaoruM! hic o/)s<e<r:a' ei! pta nu<r!x.

Les '< cassettes o de More), indiquées par un témoignage aussi précis, contenaient diverses séries de papiers, dont la plus nombreuse passa chez Camerariusetqui nous révèlent tant de choses sur Du Bellay et sur Ronsard.

Peut-on mieux terminer ce livre que par ce témoignage d'humaniste, retrouvé dans lW:'s~o:y'e de la maison de Chasteigner d'André DuChesne. p. 382? C'est le dernier document sur l'amitié de Ronsard et de Muret. Celui-ci écrit à l'ambassadeur d'Abain, qui vient de quitter Rome en 1581 pour rentrer en France: « Je vous supplie, quand vous verrez M. d'Aurat, que vous lui fassiez foi que je l'aymo et l'honore à bon escient et de même à M. Cujas, à M. de la Scale [Scaliger], au grand Monsieur de Ronsard, M XoyM à tout le ch.ceur des Muses, encore que le seul nom de Ronsard embrasse toutes les Muses et toutes les Grâces qui furent onques au monde 1 »


Abain )d') de La Rochepozay, 223, 233, 234, 352.

Adanson, 155.

Atamanni,46,47.

Albret (Jeanne d'), 209.

Alcée, 53, 86, 109, 118, t48.

A!eman,118.

Aleandro, 12.

A]ençon(dued'),75.

Alsinois. V. Denisot.

Amboise (card. d'), 202.

Ammien, 115.

Amyot, 134, 142, 1S6, 193, 232,334, 336, 337, 342.

Anacréon, 86, 107-115, 117, 118, 136, 448, 159, 209, 316.

André (Elie), 110,119.

Andréas,2SO.

Angeli da Barga, Bargaeus, 234, 23a. Angennes (d'), 255.

Angeriano, 15.

Angoulême (duch. d'), 10, H. Angoulême (Henri d'), 171, 173, 351. Apollonios de Rhodes, 86-88, 91, 96, 99, 106,127,159.

Aratos, 86, 88, 96, 107,170.

Arioste, 224,244.

Aristophane, 75.

Aristote, 71,85, 94. 145, 169,178, 230, 234.

Armagnac, 193, 278, 281, 285, 287, 289, 290, 312, 316, 326, 338.

Armand, 80,273.

Artus, 245.

Auge, Augentius, 113, 242.

Aubert, 169, 249, 319.

Aubespine (Madel. de l'), 241. Aubigné, 238.

Audebert (G.), 196, 223, 233, 235. Audebert (N.), 233, 235.

INDEX

DES NOMS ANTERIEURS AU XVII' SIÈCLE

Nor.HAC. Ronsard et r~amafus~

Auguste (empereur), 41.

Ausone, 24, 78, 114,115, 118. Autetz (Des), Altarius, 103, 185, 199, 211, 2i4, 263, 346.

Automedon, 1!5.

Avanson, 126, 149, 300, 303-304. Averly (Fr. d'), Averhus, 350. Averly (G. d'), 221.

Bacchylide, 118.

Bade, 15, 114.

Badue), 273.

Baïf (J.-Ant. de), 7, 50, 6), 62, 66, 92, 93, 97, 103,112,114, 142,147, 152, 154, 156, 163, 169-171, 193197, 202, 211, 214, 219, 222, 223, 236, 237, 242, 247, 250, 254, 265, 290, 297, 319, 346, 347, 351.

Baïf (Lazare de), 12, 36-39, 133, 266, 306, 341, 342.

Bargeo. V. Angeli.

Bartas (Du), 55, 200, 208, 218, 238. Barthélémy, 311.

Bathory,207.

Baudouin, 215, 349.

Baumgartner, 219.

Beaubrueil, 151.

Bellay (Joachim du), 1-5,7,13,16, 37, 54,57,62,85, 91,103,122,128,136, 145-150, 167, 168, 173, 175-179, 193, 203, 204, 206, 214, 2~5, 227, 230, 247, 264, 265, 286, 297-299, 313-316,322,325-330,347,350,352. Bellay (René du), 34, 202.

Bellay (Jean du), 150, 255.

Belleau, 8, 103, 105, 110, 111, 118, 119, 136, 142,153, 167, 203, 214, 216, 237, 250, 254, 264, 265, 296, 318,321, 345, 348.

Belleforest, 45, 345.

23


Bettozane.142.

Bembo, 1, 30, 46, 94, 138, 180, 190, 196,224,24.5,267.

Bencivieni, 226.

Bergier de Montembeut', 62,100, 265, 267.

Bertrand (Jeani, 303.

Bétolaud, 55.

Bèze, 3, 14, 17, 125, 179, 188. Binet, 44. 55,169, 224, 234-237, 241, 242,297.

Bien, 102, 103,119.

Btanchon, 86.

Btétonnière ~La 200.

Boccace,35,96.

Bocca]ini, 228.

Bochetet.342. 352.

Boderianus. V. Le Fèvre de la Boderie.

Bohier, 306.

Boissard, 219. 350.

Boistaillé, 135.

Bonamico, 342.

Bongars,75,82.

Bonî(G.),8i.

Bonnefon, 224.

Borcling, 272, 273, 284.

Bouchot, 9.

Bouguter, 50.

BouUers.282.

Bourbon :Nic.. 4, 50, 289.

Boyssières, 199.

Boysson (Jean de), 281.

Bramante, 281.

Brantôme, 47,134,144,191,306,27S, 305, 324, 332, 336.

Breton, Britannus, 341.

Brie, Brixius, 4, 237.

Brinon, 16, 17, 39, 60, 61, 74, 146, 149,198,249-281, 350.

Brodeau, 114.

Bruès,167, 169,170, 311, 316, 318319.

Brusquet, 222.

Bucer, 12.

Buchanan, 3, 9 1, 106,144, 145,172, 175, 189,211.

Budé,2,12,36,37,152,237,~66,381. Bunel, 272.

Buon,1SO,242.

Busbecq, 222.

Buttet, 199, 206, 320.

Calcagn!nt,115.

Calliergi, 47, M.

Callimaque, SO, 83, 78, 70, 86,106, 107,117,136,1~9,212,316.

Calliste, 249, 250.

Calvin, 13.

Camerarius, 124, 171, 218.

Canter (G.), 60, 72, 78, 89, 90, 10t, 208,212.

Canter (Th.), 158, 212,

Gap;!upi,94,97.

Cappel, 303.

Carle, 40,126,183-186,267,306, 334, 332,337.

Carnesecchi,224.

Caro,206,227.

Carraciolo,332.

Carrion, 213, 223.

Casa (Della), 103.

Castaigne, 297.

Castelvet!-o,22S,226.

Castiglione, 46.

Catherine de-Médicts, 7S, 134, 171, 209, 224, 229, 235, 330, 332.

Caton,266. Catulle, 3, S3,23,24,2~,42, lOS~llS, 130,148, 149,168,202,203. Caurres(J.de§), Gaurraeus, 198~ 199. Cavalcanti, 224.

Cavellat, CaveUart, 16, 78, 89, 214, 219. Celtes,220.

Ceporinus, 80.

Certon,188.

César, 143, 266, 289, 311-312, 3IC. Charbonier, 107, 302, 303.

Charles IX, 126, 143, 186, 237,'286, 350.

Charon, 59.

Charpentier, 142, i68.

Chasteigner. V. LaRoahepoxay. ChâteUerault,ll.

Châtillon (card. de), 116, 180, 320, 324,381. Chaumont, 1S7.


Chavigny, 86.

Cheverny, 135, 343.

Chiabrera, 227, 228.

Chiron, 255.

Choiseul, 1 tl.

(:homedey, 309.

Cin'estien, 8, 45, 175, 188, 198, 202, 211,222,223,248.253.335,346. Chrichton,Cntton[us.6,133,239. 240.

Chytraeus,2t8.

Cicéron, 2. 76, 80, 151, ~53, 245, 254,266.269,270,274,276.289, 292,295,307,312,319,324.

(;Iau<.)ien,4t.42,96,244.

Clausse,45.

C)émentdeTreIe.s,3:iO.

Colet, 296.

Colines, 23.

Collalto, 46.

Compain, 303-304.

Corbitielli,75,82,102,[49,226,232,

235.

Corinnia,176.

(~ornarius,120.

CorneHIan,287,29t.

Corras,274.

(.:orrozet, 191.

Cortese, 231.

Cossé-Brissac, 145.

Cotta, 15.

<~onrviHe,214.

Cousin (Jean), 59, 330.

Cripius,346.

Cujas,75.197,204,235,352. Daltier,206,218.

Dampierre,4,196.

Danès, 80, 143,334,336,341. Daniet.158,198,302,212.

Dante, 32, 82, 214, 224, 228. I)arès, 127.

David, 216.

Davy, 214.

t)eimier,238.

Delbene (Alph.), 153, t63, 198. DeIbene(Bart.),49,I63,228,329. Detbene (P.), 31, 75, t02, 233. Démosthène, 74, 85.

1~'DEX

Denisot (Gérard), 50.

Denisot (Nie.), « Comte d'AIsmois », 50, 62, 114,147, 167, 181-189, 203, 214, 264,297, 348, 361.

Denys le Périégète, 50, 121.

Desportes, 59, 138,199, 209,214, 222,235,344.

Desroches, 196, 344.

Desserans,2t3..

Dictys, 96.

Didyme,96.

Does(Vander),Douza,211,223. Dolce,46.

Dolet, 2, 4, 85, 265, 266, 305, 341. Dolu, 150.

Dorât, Auratus, 16, 18, 21, 36,4384. 103,-104, 112-114, 120, 133, 134,138. 141-145, 150-152, 156158, 166, 171, 175,179, 198,202, 204, 211, 214, 215, 217, 221, 223,, 231, 233, 236-239, 242, 245, 250254, 264, 266, 294, 316, 321, 323, 339-342,344-347,349,351.

Douza. V. Does (Van der).

Du Boys (S.), Bosius, 82, 250. Dubuix, 303.

Du Chastel, Castellanus, 12, 341. Duchat (Le), Ducatius, 61, 198, 344. Du Chesne, Leod. a Quercu, 16, 63, 142,178,250, 275-276,325, 345. Duchi, Due, 9, 10.

Dudith,164,210.

Dumay, 206.

Du Pare, 297, 309.

Dupuy (Cl.), Puteanus, 75, 78, 102, 151,204,232-234.

Dupuy (Pierre), 256, 351.

Du Prat, 275.

Durant (Jean), 273.

Duret.142,152,230.

Durban. V. Mauléon.

Du Thier, 104,130.

Du Verdier, 53, 56, 168, 272, 341. Elisabeth d'Angleterre, 205, 221. Élisabeth de France, 57.

Ellain, 216.

Emery.V.Tt)ou(J.-A.de).

Emile (Paul), 308.


Empédoclc,)7.

EobanusHessus,t04.

Kj)ict.ète,281.

Epicure, 97.

Erasme, 1, 37, 38, 171, 243, ?6. Eschyle, 4-4., 68,7?;, 78,81,86,243,343. Est,aço.Statius,223.235.

Este (Hippo)yte d'), 150, 193.

Este(Lui~id'22S.-

Estienne (Ch.), 13, 40.

Estienue!tIenrh,3t),Sl,8,(i6,74, 75,7a,91,)0~.t0f),107,100,m), H4,Hf,2I8.219,2~-23S,2M,272. EsUpnne; Robert), 12, 4~, 9! 121, 17.263.

Ësti(-nne(Rot).n~.242.

Eumolpe,87.

Euripide, 38, 39, 74, 96, 13!), 3.H. 1. F:dkcn))ur~,[07.

Faur!Du)deS!)in).)ory,l!)7. î.

Fauchct.l78,23[.

Fcstus,78.

Fictes, t37.2S7.

)''iUeu).214.

F)~mmin,l:2t,H:224,247.342. !oc):n, 137.

!oix(P.d<Foxius,lS6,2I7,233, 348.349.

Fontaine, S, 193, 320.

Forcadel (Ètienne~, 103, 191-1'J4, 276,291,292.

Fracastor, 4, 42, 196.

François 124, 30S, 308, 312, 341. François II, 138.

Fruytiers, Fruterius, 78, 1SO, 158, 213,346.

Fulgenee. 70, 96.

Fumée, 9;i.

Gaba!dino,t02.

169, 232, 236-241.

Galland (Jean), 133, 232, 233, 2362H.

Galland (P. 83, 91, 149, 160,169. GaHus,3, 23, 24, 148.

Ganay,16.

Garnier, 214, 242, 345.

Gassot,110.

Gaultier (Léon. ), 57.

Gauvain, 248.

Gelida, 271.

Gerbelius, 12, 88.

Cessée (J. de la), Gesseus, 348. Giberti,46.

GifFen (Van), Gjtfanius, 89, 14S, 2(3. Gilles (Nie.), 180.

Gillot, 233, 344.- ·

Gohorry, 309.

Gordes, 3.

Gorris, 106i

Goulu, Gutonnis,M, i06,I4),M-i-, S42,a87,34S.

Goudimel,3i, 819, 222.

Galland (Jean), 83, 91,132, i33,160, Goupyl (Jacques), SO.

GoutpyI(Jean), 16.

Gouvea, Goueanus, 144, 148, 163, 179, 206, 276, 341.

Grangier, 206.

Grévin, 8, 45, 178,188, 206, 2t3, SU), 253, 275, 320.

Grigiom, 229.

Gruter, 349.

Gryphe, Gr!8o, Gt-yphius, 378, 283, 289.

Guarinus(Th.),347.

Guichardin, 309.

Gulietmius, 217.

Guyon, 321.

Héliodore, 18~~

lienr: II, H2, [27,17S, 208, 289, 269, 298, 305, 312, 330-332, 336. Henri 111, 59, 209, 22S, 23S, 373. Héroard, 242, 243.

Héroet, 2, 13..

Hérodote, 74.

Hésiode, 68, 87, 88, 97, 1S8, 244. Hesteau, 60, 214.

Hiéroclès, 82.

Homère, 36, 69-73, 70, 77, 87~ 88, 91, 96, 123-129,148, 158, 244, 343. Horace, 22, 66, 149, 1S6,1S9, 168, 203, 209,339, 266, 292.

Hospitatius. V. L'Hospital.

Hotman(A.nt.),242.

Hotman(Fr.), 164, 337, 350.


Hout(Van),2H.

Murauit. V. Boistaillé, Cheverny. Hutten,220.

!bycos,119.

!mber!6' 86,194,210.

!socrate,85.

Jamot,90.

Jamyn, 158, 198, 214, 242.

Janvier, 296.

Jarnac,52.

Jeanne de Navarre, 105.

Jodelle, 5, 7, 100, 147, 160, 161, 168, 188, 193, 203, 204. 214. 215, 219, 231, 249, 250, 264, 296, 297, 302, 344,345.

Jove, 15,48,258,269,342.

Joyeuse,241.

.Joyeux, Laetus,241.

Julien (empereury, 63.

Junius, 218.

Juvénal, 168.

Ketteler, 216.

Kochanowski, 207-209.

Labé, 290.

La Croix du Maine, 199, 238, 261, 272,315.

La Haye (Maclou de), 162, 297. î. La Haye (Rob. de), 162, 189, 322. Lambin, 43, 53, 76, 80, 85, 102, 142, 149, 150, 154-166, 198, 202, 213, 230, 233, 254, 274, 297, 337, 349. Lampridio, 15, 45-48, 342.

Lancelot, 245.

Lange,282.

L'Ang'eHer.213.

La Péruse, 29, 197, 214, 296.

La Rochefoucauld, 82.

La Rochepozay, 233, 234, 339, 340, 346. V. Abain.

La Roze, 303.

Lascaris, 12, 46, 106, 114.

Lassus, 31, 214, 219, 220, 222. Latomus, 218.

Le Blanc, 281.

Le Caron, Charondas, 231.

Lectius, 218.

Le Fèvre de la Boderie, Boderianus, 214.

Lemaire de Belges, 11, 96, 281, 342Le Ferron, 308, 312, 338, 341. Le Masle,Masculus, 68, 69,102. Léonidas de Tarente, 97.

Le Riche, 16.

Le Roux, 213.

Le .Roy, Regms, 84, 85, 265, 323. L'Estoile.257. î.

L'Hospital, 3, 8, 16, 52, 87, 91, 104, 138, 166, 174, 178, 187, 189, 193, 197, 219,231, 256, 267, 315, 337, 342-344.

L'Huillier, 334.

Ligneris, 62.

Linocier, 84, 238.

Linos, 8 î.

Lampridius, 47.

Lipse (Juste), 78, 223, 230.

Loisel, 242.

Longueil, 245, 266, 342.

Lonicer, 50, 124.

Loredano, 149.

Lorraine (cardinal de), 104, 126, 132, 145, 167, 169, 180, 182, 185, 193, 253, 267, 269, 310, 315, 331, 336. Lotich, 220.

Loynes (Ant. de), 50,173, 1''5, 177, 218.

Lucain, 41, 42, 244.

Lucas de Leyde, 59.

Lueilius, 115.

Lucrèce, 41, 42, 77, 91, 157, 244. Lycophron, 59, 87-89,91, 93, 127. î. Macé, 28.

Macrin, 3, 4, 14, 17, 21, 50,109, 172, 196, 341.

Magny,5,23,107, 185,193, 194,251, 259, 276, 295, 297, 300-304, 314, 316,321.

Maledent, Maludanus, 76, 192, 271, 341.

Ma!espina,229.

Malvyn,122.

Manilius, 203.

Manuce (AIdet, 38, 88.


Manuce (Pau)', 149, 164, 265, 270, 273,283,390,291.

~~ansencaI, 276, 292.

MaMuoto.78.79.

Marcassus,73.

Marguerite de France, duch. de Savoie. S0,:i2,103.l76,179-)82, 306, 228, 322, 3~.

Marguerite, reine de Navarre, 50, 18), 185, i88. t<)2,.224. 228, 281, 290.

Marie Stuart, 85, i38, 145, 205, 268. Marot, 13, 34, 37,167,193.

Martct (Louis', 243.

MartiniJean),89.

Ma rutte, 3, t4.2t.23, 100, 107, H6. Masson ..Pap. 59, 60, 88,.343. Mauduit, 240.

Maugis, 268.

Mauléon ~M. P. dp', proton. de Durban, 263, 2(t4, 274, 290, 893-293, 316,322.

Mautéon (Jean de), 279, 280.

Maxures (Des',8, 125, 167, 334. Metanehthon, Si, 74, 119.

Métanippide, 119.

Melissus,83, 167, i76, 318, 219-223, 242, 349, 350.

MeMini,46.

Ménandre,117.

Mercier {Jean Moroerius, 167, 175, 18r.,218.

Mercier (Josiasi,2t8.

Mesmes (H. dei, Memmius, 40, 76, 77, 13S, 1S6, la7, 166, 192, 219, 223, 254. 274, 297, 337, 341.

MesmesfJ.-J.de), 40, 178.

Michel-Ange, 314.

Mimnerme,117. î.

Minturno, 47.

Mireurs (Des), Mirarius, SO, 6S, 188191.

Moean, 298.

Molsheym, 124.

Molza, 18.

Monier, 193.

Monin(Du),56,199,238,252. Monluc(J. de), 2ti7, 306.

liontaigue, 3, 143, 153,252.

Montdoré, Montaureus, 3, 134, 1~6, 178,198.

Montembeuf, M.ontibos. V. Bergier. Montjosieu (Louis de), S9.

Montmorency, 126,188/331. Moreau (Nie.), 88,135, 343. Moreau(Raout),343.

Morel (Fédéric),174,223,323,344,330.

Morel (Féd.), le fils, 57, 82, 204, 217, 243, 325.

Morel (Camille de), 4S, 171, 174-178, 219,333,343, 349, 351.

Morel (Jean de),_ 80, 67,169-178,183185, 189, 190, 193, 19S, 206, 211, 21S-217, 262, 289, 332, 333, 344, 349, 3S1.

Mornac, 2.43.

Morvilliers, 156, 279,291.

Moschos,102,108.

Moulin (Du), 192, 281, 289, 292. Muret, 7,17, 18, 57, 60, 78, 81, ,86, 91,10~,107, 125,144-131,138, 164, 198,203, 207,211, 214, 221, 2~2, 226, 227, 234, 29S-297, 323, 3H2. Musée, 21, C8, 87, 99.

Nancel, 168.

Navagero, Naugerius, 1S, 21, Al, 116,117, 196,247. Navieres, 303.

Kesmond, 197.

Ne vers (duc de), 268.

NIcandre ,86,88,97,99, -.[D6,136,213. Nicarque, 11S.

Nicot, -ISO, 169, 316, 319.

Nizzoli,NtzoUu8,265.

Nonnos,106.

Nostradamus, 8,6.

Olivier, 171.

Oppien, 81, 99.

Oradour, 160,

Orlande. V. Lassus.

Orléans (Louis'd'), 243.

Orphée, 21, 87,193.

Orsini, 74.

Ostrowski, 209.

Ovide, 23-26, 42, 66, 96, 99, 1~, 148,1S9,168,191,289.


Paimpont. V. Vaillant de Guélis. Palœoeappa, 131.

Palingène, 195.

PaMadas,115.

Pangeas, Panjas. V. Pardaillan. Panyasis, 117.

Pardaillan, proton. de Panjas, 107, 303, 304, 316.

ParthénipsdeNicée, 120.

Paschal (P. de), 107, 153, 161,194, 257-339,348,381.

Paschal (Charles), 310.

Pasquier.8,57,123,130,154,167. 196,231,289-261,291,315, 316, 343.

Passerat, 102, 129, 153, 156, 163167, 214, 223, 233, 245, 345. 349. Patouillet, 163, 203.

Paul 111, 278, 284.

Peccate, 9.

Pc'Uetier,duMans,2,35, 50,122, 167,192, 206, 214,265.

Perron (Du), 205, 211, 240.

Petiot, 344.

Pétrarque, 3, 20, 23, 24, 32, 33, 35, 94,103,123,130,136,139,191, 207,224,229.

Pétrone, 55, 235.

Pttérécyde,96.

Phitandrier,281,287,289,292,338. Philetas, 53.

Phoeylide,74,117. î.

Pibrac, 297, 306.

Pietre, 83.

Pig'afetta,230,23l.

Pifon (Germain), 59.

Pimpontius. V. Vaillant de Guélis. Pindare, 30, 44, 45, 49-53, 68, 86, 90, 96, 99, 118,119,130, 131, 159, 223,229,339,342,346.

PineHi,t02,233.

Pisides,82.

Pisseleu, 160.

Pithou (P.), 202, 204, 242.

Plantin, 106, 119, 213-215.

Planude, 108, 114, 115.

Platon, 74, 85, 155, 170, 244. Plante, 78, 157, 158, 266.

Pline, 96, 266.

PIutarque,74.

Poitiers (Diane de), 193.

Poey du Luc (Du), Podius ?, 249-251, 276.

Politien, 189, 190, 266.

Pontano,3,14,18,21.

Porte(Ambroisedeta),139,147. Porte (M. de ia),55.

Posthius, 349, 350.

Posidippe, 115.

Preudhomme,15.

Prévost,160, 161.

Primavera, 57.

Proclos, 96.

Properce, 3, 23, 24, 42, 78, 79, 109, 148, 150,153, 159,168.

Psellos, 121, 342.

Quinti[ien,23,281.

Rabelais, 71, 128, t68,28f, 282, 285. RabeHe.59.

Rabutin, 268, 311.

Radziwill, 209.

Ramée (P. de la), Ramus, 75, 82, 145,167-169,230,264,309.

Rammile, 290.

Ranconet, 343.

Rapin, 196, 240-242.

Rasse des ?<œux, 249.

Regnard (Fr.), 30.

Renieri,94.

Retz, 241.

Revergat, 115, 274, 276, 282, 292, 303, 316.

Reomanus, 291.

Ridolfi, 134.

Rivier, 276, 285.

Robin du Faux, 90.

Ruggieri, 229.

Robortello, 79, 109.

Rogers,211,224, 346.

Roguiéris, 298.

RoiHet,54.

Ronsard (Jean de),11, 138.

Ronsard (Louis de), 9.

Rovere (G. della), 206, 349.

Rutgers, 204.


Sadolet, 15, 245, 263, 267, 373,28S, 307. Saint-Gelais, i3, 179-187, 189, 193, 269,301,329,351.

Sainte-Marthe (Ch. de), 50.

Sainte-Marthe (Scév. de), 7, S6, 79,84. 157,171,176,177, 180, 194, 204, 222, 234, 240-242, 338, 344,350,351.

Satet,124,300.

Salluste,244,311.

Salviati(Cassandre),22,91,101. Sannazai-,3,14,17,103,116, 247. Sappho, 53,109,110, 118, 119, 176, 344.

Sauvage. V. Du Parc.

Sca!iger(Jos.),77,81,82,89,112, 135, 157, 194, 198, 202-205, 223, 234,245, 344-346, 352.

Scaliger (J.-C. 112, 167, 202, 338. Scève,13,214.

Schoppe, Scioppius, 203.

Schott,212.

Scriverius, 212.

Second, 14, 19, 21, 109,190.

Séguier (Pierre), 59, 65.

Séguier (Martin), 50.

Selve, 143.

Seymour, 50, 188.

Sénèque, 244.

Serlio, 281.

SibiIet,SébiHet,39,53.178,l')l. Sidère, 61.

Sidoine Apollinaire, 41.

Sigonio, 58, 79, 80.

Silius Italicus, 42, 244.

Simonide, 53, 117, H8, 131, 132. Sittart, 219.

Sleidan, 12.

Solon, 117.

Sophocle, 37, 38, 67,74, 78, 86, 117, 118, 343.

Speroni, 1, 227-231, 234.

Stace, 42, 78, 99, 244.

Stcsichore, 53, 118, 119.

Stephanus. V. Estienne.

Stobée, 114, 117.

Straceel, 91, 341.

Strozzi(Pier)-e~,134,143,144.

Sturm, 12,164.

Surgères, 139. 166.

Sylve, 332.

Tabourot, 86.

Tagault,50.

Tahureau,197,297,299.

Tasso (Bern.), 49.

Tasso (Torq.), 72, 225, 226.

Tatios(AcMUe),120.

Tebaldeo, 46.

Telestos, 119.

Térence,266.

Termes, 69.

Terpandre,190,243.

Théocrite, S3, 74, 78, 86, 87, 101106,189,191.

Théognis, 117.

Tbéophraste, 244.

Thevenin, 200.

Thou (Christ, de), Thuanus, 13o, ?7. Thou (J.-A. de), 56, 84, 144, 210, 223, 233, 237,242, 24S.

Thevet, 56, 215.

Thorius, 211, 233, 346.

Thucydide, 75.

Tibulle, 3, 19, 23, 24, 41, 43, 78, ~0, 148, 189,3SO.

Tissard, 39.

Tite-Live, 244, 266.

Tomeo, 48.

Toscani, 47.

Tournes, Tornaesius, 192, 193, 384, 289.

Tournon(card.de),180,160,193,231. Toussain, Tusanus, 39, 4S, 7S, 142, 182,337,266,289,341.

Toutain,82,214.

Triclinios, 343.

Trissino, 30.

Truchy,146.

Tumery,303. t Turnèbe, 3, 16, 76, 79,80. 91,117) 124, 139, 144, 149, 180, 182, 183, 188, 164, 166, 178/21S, 217, 330, 262, 267, 274, 323-328, 339, 341, 343,349.

Tyard, 3, 7, 200-202, 314, 241, 242, 264. p


Tyrtée, 117.

Tzetzès, 88, 90,

Urbain HI, 271.

Uytcnhove, Utenhouius, 7, 67, 106, t7i,t74-i'76,3[0,2)5-2i8,347-349. Vaillant de Guélis, Pimpontius, lS7,166,178,19S,d98,2H,212, 223, 242, 245, 343, 346.

Valeranus, 138.

Valerius Flaccus, 96, 106.

Valet, 82.

Valla (Nie.), 242.

Varchi, 227.

Varron, 266.

Vascosan, 106, 290, 308, 330. Vatable, 152.

Vauquetin de la Fresnaye, 197, 215. Vaumesnil, 214.

VeUiard,l[,n8,239,240.

Le portrait de Dorat, placé en face de la p. 80, est au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale (N. A. 21 a, foi. 172). Je serais tenté de voir en ce crayon inédit une œuvre de Nicolas Denisot, le peintre de la Brigade; mais on ne connaît jusqu'à présent de cet artiste que des portraits gravés (la Reine de Navarre, Muret, Grévin). La pièce autographe de Ronsard, placée en face de la p. 256, est au Cabinet des Manuscrits, 7)upui/ ~~7, fol. 248.

INDEX

Vergèce (Ange), 39, 40, "5, 76, 349 Vergèce (Nicolas), 40, 132,134, 155, 179, 296.

Vettori, 58, 223, 234, 235.

Vig-enèt'e,51.

Villeroy, 241.

Virgile, 10, 27, 42, 70, 103, 105,122, 123, 159, 168, 191, 205, 239, 244, 245,266,343.

Visagier, Vulteius, 4.

Vitruve, 89, 281, 289.

Vivonne, 241.

Vulcanius, 212.

Wechel, 50. 102, 104, 110, lit, 137, 249, 321.

Xénophon,74,85.

Xiphilin, 281.

Zampini, 229.


CORRtGENDA

P. 6, 1. 7.nnEChnchton;I.12.nREpangenda.

P. 7, t. 7. URE Chrichton; 28. LIRE Tyard.

P. 19, I. petnilt. LIRE ~VeaM'a.

P. 25, 13 des notes. suppptMER ne t. 2~i. REMPLACER Lazare de Ba't'fpÂR Guillaume Bochete!.

P. 78, L 10 des notes; p. M,). 15 des notes; p. 214, !.2;p. 219,1.12 des notes. LIRE Cavellat.

P. 139, L 11. nnE En tête du dernier tome d'une édition L i4. une qui ces vers liront; 1.16. LIRE En lieu. P. 129, 1. 17. AjouTEK LE RE~vot Ed. L., t. Ml, p. S. Cf. Laumonié)', Tableau cAy'o~o! 2° éd., p. 6~. P. 177, 1. 1 des notes. un): T. II.

P. 220, 1. 6. LIRE clarae 1. 25. uRE iugii; 1. 23. VIRGULE APRÈS /'s<en<tn'. P.321,I.ult.L!RE(jrtM/K.

P. 226, 1. Ides notes. LIRE 15 novembre 1570.

P. 228, ). 18. AU LIEU DE neveu LIRE père; 1. 13 des notes. unE Sarthe et Loire.

P. 333, 1 des notes. tjRET. 167 I. 13. SUPPRIMER et Ch. Uytenliove. P. 247, 1. 32. POINT APRÈS l'egni 1. 37. LIRE ~u<~am.

P. 292. POUR II, LIRE III p. 30o. LIRE IV p. 313. V; p. 323. VI p. 333. VII.


TABLE DES MATIÈRES

PREMIÈRE PARTIE

RONSARD mjMAMSTE. L'ÉDUCATION, LE MtL[EU, LES LECTURES.

Les langues littéraires au xvr~ siècle. Importance de la poésie néo-latine. Les latinistes de la Pléiade. [. L'humanisme autour de Ronsard. Son compagnon de jeunesse Claudio Duehi. Son oncle Jean de Ronsard. Son parent LazaredeBaïf.–Le voyaged'Afsace. 8 [L Ronsard et les poètes humanistes. L'exemple de l'Italie. Le florilège de Léger Du Chesne. –LecereiedeJean Brinon.–Théorie liumaniste de l'imitation. 13 [II. L'étude des Htégiaques romains, d'Ovide, de Virgile, d'Horace. Union du vers lyrique et du chant. Idées de Ronsard sur la musique. L'influence d'Horace. Les conseils de Jacques Petetier du Mans. 21 [V. L'initiation au grec. Jean Dorat dans la maison de Lazare de Baïf. Études de Ronsard et de Jean-Antoine de Baïf. Vue nouvelle de l'antiquité romaine. 36 V. Ronsard au collège de Coqueret. La révélation de Pindare. Les origines de l'ode pindarique en France. Benedetto Lampridio. Le pindarisme de Ronsard. 43 Vf. Caractère et rôle de Dorat. Les témoignages de son temps. Son auditoire. Le voyage d'Arcueil et le poème de Dorat. Ronsard parmiles écoliers. 52 v'II. L'enseignement de Dorat. Ses idées sur Homère et l'épopée allégorique. L'allégorie chez Ronsard. Auteurs étudiés par Dorat. Son autorité de philologue et de critique. Son œuvre de poète. 69 VIII, Ronsard et lalittératuregrecque. –Son classement des poètes anciens. Lycophron au xvt~ sièc)e. Lycophron et Ronsard. 84 ~X. L'obscuri(.ésavantedes~n:oH/'s. -Muret interprète de Ronsard. Méthode et intérêt de son commentaire. La légende mythologiqué. Le vocabulaire grec chez Ronsard. 92 Théocrite et les Bucoliastes au temps delà Pléiade. L'égfogue de Ronsard. –Callimaqueetl'Alexandrinisme. L'Anacréon de Henri Estienne. L'imitation anacréontique. L'Anthologie. Les florilèges de Turnèbe et d'Estienne. Les Hymnes. 101


XI. Ronsard lecteur d'Homère. La F/'MCHMfe et ses modèles.antiques. Les personnages de l'épopée homérique chez Ronsard. Fidélité de son culte pour Homère. 121 XH. '< Les François qui ces vers liront –L'histoire des deux Ci'é-~ tois. Ronsard philologue. L'exploration des bibliothèques et l'étude des manuscrits. Ronsard et ses livres. 139 DEUXIÈME PARTIE

UONSARB ET LES HUMANISTES DE SON.TEMPS.

I. Les hellénistes de la Cour Danès, Amyot, Stroxzi. Ronsard par~ mi les humanistes. Buchanan et Gouvea. L'amitiéde Murets Son départ et son retour à Paris. 14-3 Il. Ronsard et Turnèbe. L'intimité avec Lambin. La dédicace du Lucrèce. Ronsard et le Collège royal. Passerat. –Ramus~ 152 ltl. Jean de Morel, sa famille et son cercle littéraire. 170 V Ronsard et Michel de L'Hospital. L'affaire Saint-Gelais. L'HospitatgrandprotecteurdeRonsard. 178 V. Enthousiasme des humanistes pour Ronsard. Des Mireurset, tes~'o~as~Wes. Forcadel. Sainte-Marthe et Je groupe de Poitiers. Ronsard admiré dans les universités et les collèges. Pontus de Tyard. Ronsard et Scaliger. 187 i VI. Ronsard hors de France. L'Humanisme propage sa renommée.La cour de Savoie. Kochanowski et la Pologne. 308 VII. Les humanistes des Pays-Bas élèves de Dorat. Jan van def Does. Les frères Canter. Ronsard et la maison Plantin.Le Fèvre de la Boderie. Uytenhove. 311 VU!. Relations de Ronsard avec l'Allemagne. PaulMelissus disciple et ami de la Pléiade. Ses deux séjours à Paris. 318 IX. Ronsard et les Italiens. Prétendues relations avec Tasso. Ronsard lu par Gastetvetro, Chiabrera, Sperohi. Bart. Delbene.~ Pigafetta. Pinelli. Voyages de Claude Dupuy et de Claude Binet.j 334 X. Ronsard au collège de Boncourt. Son amitié pour JeanGaMand~ Ses obsèques à Boneourt. Son « tombeau M, œuvre des humanistes et des poètes. 33S TROISIÈME PARTIE

LES ÉCMTS LATINS DE RONSAM..

Jugement définitif de Ronsard sur la poésie et l'Humanisme. Les prétentions de Baïf. Ronsard défend la langue française. FaiMe importance des vers latins qu'il a laissés. 244


Recueil des vers latins de Ronsard. 248 Ronsard prosateur latin l'invective contre Paschal. 257 QUATRIÈME PARTIE

LECtCKRONtEN DE LA BRIGADE. RONSARD ET PIERRE DE PASCHAL. f. l~a jeunesse et les études de Paschal. Le collège de Carpentras. Sadolet et le Cicéronianisme. L'Université de Toulouse. 271 Il. Le séjour en Italie.– Le cercle romain du cardinal d'Armagnac.Discours de Paschal prononcé à Venise et publié à Lyon. Recueil de ses lettres latines. 277 HI. Ronsard établit l'autorité de Paschal. Premières dédicaces. L'ÉgIantine des Jeux Floraux. Paschal dans la Brigade. Paschai et Magny. 292 IV. Paschal historiographe de France. Ses titres de cicéronien. Ses relations avec le cardinal de Lorraine. Ses prétentions et ses travaux. 305 V. Étroite union de Ronsard et de Paschal. Promesses faites aux poètes en échange de leurs louanges. Paschal dans les Souspirs etles jReyre<s 313 VI. Les humanistes contre Paschal. Les satires de Turnèbe et de Du Bellay. L'invective de Ronsard. L'éloge funèbre de Henri H. 323 VII. La réconciliation avec Ronsard. -Paschal sans crédit à la cour de Charles IX. Sa retraite et sa mort à Toulouse 331 ADDENDA. 343 INDEX DES NOMS 383


MAÇON, PKOTAT FRÈRES, tMPMMEURS.