MAGASIN PITTORESQUE.
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du monde n'a été opérée par tel ou tel individu les masses'
obéissent à leurs instincts, à leurs besoins, à leurs intérêts,
elles se préparent de longue main et d'une manière plus ou
moins apparente aux actes importants qu'elles doivent ac-
complir, et, le moment venu, le plus petit prétexte, la
moindre impulsion, les déterminent.
Longtemps avant !e.s prédications de Pierre l'Ermite et
d'Urbain H, le désir de la délivrance de lu terre sainte
agitait en Europe les âmes chrétiennes. Les nombreux
pèlerins qui s'étaient succédé aux lieux ou le Christ mourut
pour l'humanité, avaient rapporté à l'Occident le sinistre
tableau de l'humiliation, des misères sounertes -par tes
populations restées fidèles à la foi de Jésus. Bien des voix
avaient sollicité des secours et fait appel à la vengeance.
n En 999, dit M. Ludovic Lâlanne (dans ses PcM-
nages CR ~'re MM~e, excellent travail couronné par Fin-,
stitut), le célèbre Gerbert adressa à l'Église universelle,
au nom tle l'église de Jérusalem désolée, une lettre tou-
chante dans laquelle il implorait l'aide des chrétiens
contre la tyrannie et l'oppression des infidèles. Cette lettre
eut un grand retentissement, et son résultat immédiat fut
d'encourager puissamment les attaques dirigées par les
Pisans contre tes Sarrasins d'Afrique.
x En 10!0, suivant Raoul Glaber, les juifs d'Orléans
envoyèrent prévenir le soudan de Babylone qu'il ne tar-
derait pas à être chassé de son royaume par les sectateurs
du Christ,. s'il ne détruisait pas le temple de Jérusalem.
? Au mois de décembre 1074, Grégoire VU écrivait à
l'empereur Henri IV que plus de cinquante mille habitants
de l'Italie et-de la France lui avaient fait savoir que, si te
chef de l'Église voulait se mettre à leur tête, ils iraient dé-
livrer le saint sépulcre..Dans sa jeunesse, Godefroy de
Bouillon disait sou\'ent,'a ce que racontait sa mère, qu'il
n'avait d'autre désir que. d'aller à Jérusalem à la tête d'une
nombreuse armées
"Les inudétes eux-mêmes, dominés par de sombres
pressentiments, semblaient résignés d'avance au sort qui
les attendait. Le'Sarrasin chez lequel Robert de Flandre
logea à Jérusalem, en 1090, lui dit un jour Nous avons
vu dans le mouvement des étoiles des signes extraordinaires
qui nous prédisent que les chrétiens viendront dans ce pays,
et nous subjugueront à la suite de nombreux combats et
de fréquentes Victoires. mais'plus tard, nous les vaincrons
à notre tour, et Mus les chasserons des pays qu'ils auront
conquis."
En 1095, l'idée d'une croisade était toute formée dans
les esprits. Pierre l'Ermite, de retour d'un voyage en Pales-
tine,. ou il était atte, en 1093, pleurer ses péchés sur le
saint sépulcre, avait parcouru l'Italie et la France un cru-
cifix à la main; se plaignant avec amertume des persécutions
mftigées aux chrétiens par les .infidèles., proclamant les
révéMons qu'il avait reçues du ciel, et excitant tes peuples
i la guerre sainte. Urbain II céda aux suggestions de cet
enthousiaste,- eut l'honneur d'attacher son nom à l'entre-
prise que Pierre avait préparée. Dés l'an 1094, il avait
tenu a Plaisance un concHe en rase, campagne, auquel
assistèrent de nombreux ecclésiastiques et plus de trente
mille laïcs. Des ambassadeurs de l'empereur byzantin Alexis
Comnène vinrent y demander des secours contre les Sar-,
rasins, et on y agita le projet d'une expédition des Latins
en Palestine. Mais rien ne fut résolu, et un nouveau, concile
fut indiqué à Vezetay. au Puy, et enfin à Clermont, pour le
mois de novembre ~095;
Clermont-Ferrand, capitale du pays des Arvernes sous
le nom de A~moMp~, puis, au temps de la domination
romaine, sous celui' d'MS~oJV<'H:e<KW, célèbre par ses
privilèges municipaux, par son école de belles-lettres, par
sa statue colossale de Mars .et son temple consacré au même
dieu, avait subi, depuis la chute de l'empire, de malhe.u-
rëuses vicissitudes. Devenue tour à tour-la proie des Van-
dales, des soldats d'Honorius, des Wisigoths, des divers
membres de la famille de Clovis, de Pépin-Ie-Bref, des
Normands et des Danois, elle avait perdu son nom antique,
et la forte citadelle qu'elle possédait sur un monticule de
forme conique lui avait valu celui de Chi~Ms moKs ou C~r-
moaf. Cependant elle avait conservé une certaine impor-
tance, et était reconnue comme le chef-lieu du comté d'Au-
vergne. Urbain H arriva à Clermont le 14 novembre 1095.
Dans les premières séances du concile on s'occupa du
règlement de plusieurs affaires concernant l'antipape Gui-
bert, maitre d'une partie de l'Italie, l'empereur Henri IV,
soutien de ce. pontife schismatique, et Philippe roi de
France, qui avait répudié sa femme Berthe, pour prendre
Bertrade, épouse du comte d'Anjou. Dans la dixième séance
on agita l'importante question de la guerre sainte. Cette
séance fut tenue, suivant l'opinion commune, dans une
grande place dé Clermont, au milieu d'un concours in-
nombrable de personnes, attirées par la curiosité que la
présence du pape faisait naître et par t'intérét qu'excitait
l'entreprise qui allait être décidée. On comptait dans l'as-
semblée les prélats de la cour romaine, 225 évoques,
4000 ecclésiastiques et 300'000 laïcs: Qu'on se figure
cette masse passionnée et pourtant attentive, montagnards
vétus de bure, guerriers couverts d'armures de fer, mar-
chands et bourgeois des villes, rêvant la liberté munici-
pale, prêtres, moines, prélats, et au-dessus, sur une
estrade élevée, Urbain If, à côté duquel se tenait, dit-on,
le saint .et le héros du jour, Pierre l'Ermite. La beauté
même de la nature extérieure, la plaine immense qu'arrose
f'AHier, avec ses villes et ses villages les montagnes pit-
toresques que domine le puy de Dôme, le plateau de Ger-
govie,'}e puy volcanique de Gravenoire, le mont Rognon,
s'harmonisaient avec. la grandeur du spectacle que devait
présenter l'assemblée, La suite à MH6 autre livraison.
UNE ANECDOTE RELATtVE A M. LÂPLACE.
Lu à l'Académie française dans sa séance partifuji~re du 5 février 1850,
-parM.J.-B.BMT(').
Quand un homme d'ordre s'apprête à partir pour un
grand'voyage, it met ses affaires en régte et prend soin
d'acquitter toutes les dettes qu'il peut avoir contractées.
Voilà pourquoi je vais vous raconter comment, il y quelque
cinquante ans, un de nos savants les plus itiustres accueillit
et encouragea un jeune débutant, qui était venu lui mon-
trer ses premiers essais.
Ce jeune .débutant, c'était moi, ne vous déptaise. Notez,
pour excuser l'éj~tMte, que ceci remonte au mois de bru-
maire an de la république française, première édition.
Quelques mois plus tard, on me fit i'insigne honneur de
me nommer associé de l'institut national; mais, à cette
date, et surtout à l'époque un peu anténeure où mon récit
commence, je me trouvais complètement inconnu. J'étais
alors un tout petit professeur de mathématiques a FËcoIe
centrale de Beauvais. Sorti nouvellement de l'Écote poly-
(') Nous empruntons cette narration au J'oMmai! <fM sat'QH~, avec
russeutiment de M. Biot, a qui nous devons, de pins, la ~Vo<e t'e~<<e
à l'habitation {f&J!f.a~aef, à /1)'C!M! page 38. C'est une nouvelle
prouve de la bienveillance que t'iHustre et vénérable savant n'a cessé de
nous témoigner pendant vingt-deux ans. De même que Geoffroy-Saint.
Hilaire, il avait pris note de notre début, et il nous avait appelé près de
lui pour nous entretenir des espérances qu'il en avait conçues depuis,
il a constamment encouragé nos intentions et notre persévérance nous
considérons comme un honneur de notre vie d'avoir mérite et conservé
une telle estime. Si quelques lecteurs trouvaient de Forgueit dans cette
déclaration, qu'ils veuillent bien nous excuser en songeant que, dans
notre humbieet obscure carnere, ces hautes approbations sont un grand
soutien.