Ma
MAGASIN PITTORESQUE.
mands pendant une de leurs plus anciennes incursions dans
la Gaule. Les solides débris de cette forteresse furent en
partie conservés lorsque saint Amand fit élever la chapelle
et le cloître: ils existent encore, et l'on y remarque les traces
distinctes du genre de maçonnerie connue sous le nom
d'ouvrage « en arête de poisson )) ou « en feuille de fou-
gère. < Un des caractères de cette maçonnerie est que sur
chaque rang de pierres plates disposées obliquement de
gauche à droite est ptacéun autre rang de pierres obliques
de droite à gauche.
Allovin Bavon, prince de la Hesbaie, converti par saint
Amand, se retira dans l'abbaye de Saint-Pierre, et mourut
en état de sainteté, dans une cellule qu'il s'était construite
près du monastère. Sa béatification eut lieu en 680, sous
l'abbé Wilfrid; la proclamation en fut faite par saint Ëtoi,
évoque de Noyon, et,.à cette occasion, l'abbaye passa de
l'invocation de saint Pierre sous celle de saint Bavon. Ce
fut, suivant toute vraisemblance, au temps d'Arnoutd te
Grand que l'on construisit la crypte de Sainte-Marie, dont
nous donnons la vue, sur remplacement de la chapelle élevée
par saint Amand parmi les ruines du C<M<nmt Ca~at~M.
Cette crypte, seulement à demi souterraine, paraît avoir subi
une première restauration versll48; en effet, àcette époque
elle fut de nouveau consacrée par Anselme, évoque de r
Tournay. C'est là que fut enseveli, en 1012, saint Macaire, l
archevêque d'Antioche, mort de la peste à l'abbaye de Saint-
Bavon, et dernière victime de l'impitoyable fléau, qui sévis- t
sait alors à Gand. En 1177, on transféra le corps du saint
archevêque au-dessus du sanctuaire, dépôt des reliques, et,
en 1179, on le plaça dans une chapelle spéciale, construite
au-dessus du ~M~onMK, consacrée dès lors à saint Macaire
et bénie par Éverard, évoque de Tournay.
Quand une femme a de la capacité, il faut la reconnaître
et en tirer parti. Plus exacte que la plupart des hommes
dans les choses de détail, elle fait mieux qu'eux ce qu'elle
sait aussi bien. Les circonstances, faisant connaître les
femmes, les mettent enfin à leur place, au lieu que les
hommes sont destinés avant d'être connus, puis nommés à
des places pour lesquelles bien souvent ils nevatëntrien.
M' DE CHARRIÈRE.
DE LA PRODUCTION DE L'OR
ET D'UN APPAREIL NOUVEAU POUR SA PRÉPARATION.
Parmi tant d'événements considérables qui se déroulent
sous nos regards, le développement inouï que la production
de l'or vient de prendre n'est pas le moins imprévu, et nous
croyons intéressant de présenter quelques données numé-
riques sur ce point particulier du merveilleux ensemble de
nouveautés dont notre âge est témoin.
L'or a cela de singulier, qu'il est à la fois le métal le plus
cher et celui qui,'pourétre extrait, de la terre, exige lë
moins d'habileté, le moins d'efforts, le moins de temps.
Les autres métaux, profondément enfouis au sein de roches
dures, et généralement dissimulés dans les minerais qui les
renferment, ne peuvent en être tirés qu'au prix d'un labeur
prolongé, de dangers terribles, de soins minutieux et d'une
expérience longue et variée; des machines puissantes, des
constructions nombreuses, toute une organisation indus-
trielle et commerciale, sont indispensables pour entreprendre
leur exploitation ces longs préparatifs une fois achevés, le
temps nécessaire à l'extraction définitive du métal est rare-
ment de moins d'un à deux mois; elle est souvent d'une bien
plus longue durée aussi les industriels qui disposent de ca-
pitaux considérables peuvent seuls produire du fer, du cuivre,
du plomb, du zinc, de l'argent. Cela même ne suffit pas.
Combien de fois n'a-t-il pas fallu attendre une longue suite
d'années avant de savoir si l'entreprise réussirait!
'Pour l'or, rien de pareil; la chance de le rencontrer fait
tout le mérite de sa production. Vos yeux sont arrêtes par
sa belle couleur, qui reluit au milieu d'un sable blanc, rosé,
jaune, gris ou noir; pendant que vous recueillez un premier
grain, la rivière qui se joue à vos pieds,met à nu de nou-
velles paillettes du métal précieux, et vous enseigne la ma-
nière d accroître votre trésor. Seul, sans secours d'aucune
espèce, vous pouvez stiffire à la tâche; elle ne sera pas
toujours également productive, mais elle sera toujours facile
et la portée d'un travailleur bien portant. En outre, ce n'est
pas en profondeur que le travail devra se développer, mais
en superficie donc à tout homme de bonne volonté sa place,
et à chaque place sa chance.
il ne fallait pas moins que des conditions aussi excep-
tionnellement favorables pour porter 300 000 âmes, en trois
ans, sur une des plages les plus ignorées de l'océan Paci-
fique, en Californie.
Le mouvement d'émigration vers l'Australie a été plus
rapide encore.
Ces. expéditions si puissantes n'ont pas tardé à faire sentir
teur'influence.
Avant les émigrations en Californie (qui ne datent que
d.e ~849), on admettait que l'or produit par l'Amérique,
.depuis la conquête, représentait une valeur de 7 à
10 milliards, et que la production annuelle du monde entier
ne dépassait pas 150 millions; elle n'était même que de
30 millions vingt à trente ans plus tôt, c'est-à-dire avant
)a.découverte des mines d'or de la Russie asiatique.
-Aujourd'hui ta production' de la Californie a dépassé
353 millions en 1853, et celle de t'Âustratie(dont la richesse
ne s'est révélée qu'en -1851) s'élevait déjà à 400 millions
en 1852.
Ainsi la production de l'or a plus que sextuplé en moins
de quatre ans, et elle est quinze fois plus grande que ce
qu'elle devait être avantl815.
Cet accroissement rapide ne s'arrêtera probablement pas
là, et, sans se prononcer sur la durée, encore obscure, des
exploitations nouvelles, on peut croire que dix années snf-
iiront à la Californie et à l'Australie pour produire de 8 à
10 milliards, c'~st-â-direplus d'or que la vieille Amérique
n'aura pu en livrer au monde pendant tes trois cent cin-
quante années qui ont suivi sa découverte.
Nionbtions pas, d'ailleurs, que parmi les métaux précieux
fournis par l'Amérique jusqu'en 1849, l'or n'occupait que
le second .rang; l'argent figurait dans la production totale
pour une valeur trois ou quatre fois aussi importante, et,
par conséquent, pour un poids environ cinquante fois plus
grand. v
Pour donner par an un milliard en or, les terrains auri-
fères nouveaux n'exigeraient qu'un accroissement de pro-
duction d'un tiers, environ par rapport fi la production de
185~, et d'un quart au plus, sans doute, par rapport à la
production de. 1853. Tt y a tout lieu de croire que cet ac-
croissement est.â la veille- d'être atteint, et que la généra-
tion actuelle, grande chance de voir décupler la production
annuelle de 150 millions d'or que l'on. admettait avant la
découverte des mines de la Californie.
Les trois causes principales d'accroissement de la pro-
duction annuelle de l'or sont 1" l'ardeur de l'émigration
vers les régions aurifères 2" l'immense étendue des ter-
rains exploitables; 3° la possibilité de retirer de la plupart
des minerais plus d'or avec moins de main-d'ceuvre.
Examinons ces trois points
1" Population ouvrière.
On estime que la production de chaque ouvrier est moyen-