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LE FIGARO UfflD» 27 JANVIER 18361

sea~us~®~u~s~

tesspendances Etrangères "i

.̃̃l-r.n.-l.t,T-. ̃ -T u-r.r-.x-run- £

FIOABQ EN AMERIQUE î

-̃̃ c

̃>̃. New-Vprk, 18 janvier 1896.
Une artiste française, Mme Jane May,
qui eut jadis, si mes souvenirs ne me
trompent pas, maille à partir avec la
presse parisienne,, fait en ce moment i
beaucoup parler d'elle, à la suite d'un a a
procès en diffamation, qu'elle vient d'in- j.
têntéiiàu révérend Joseph Pulmann, pas-
téur du premier temple méthodiste de
Bridgeport (Connecticut). p
Après la représentation de Pygmalion, i
à Bridgeport, les journaux de la_ ville

n'onE pas m~ngué,~e donnèr cômpté t

n'ont pas manqué 4e donner le compte

rendu détaillé de la pièce et tout spécia- I
lement de la fameuse scène dans la- c
quelle Mme May. dans le rôle de Pyg- g
malion,- s'éprend de la statue. Or, le
dimanche suivante Révérend Pullmann,
que les lauriers du docteur Parkhust
empêchent, sûrement de dormir, car ce
dernier est le gardien vigilant de la mo- j ]
raie à New-York, se permit de diffamer l
en chaire l'artiste française qui lui de- (
mande la bagatelle de, vingt-cinq mille »
dollars de dommages-intérêts l' II est dit
îiotammeht dans la plainte que « Mme I
May est une femme mariée, qu'elle joue ̃
depuis plus de cinq ans dans les tliéâ- (
très de Paris et des Etats-Unis et que le l
Révérend Pùllmàtlii a porte publique- l
ment coiïtre elle; des accusations faussesi (
malicieuses et de nature à porter atteinte 1
à sa bonne-réputation )). 1

~?~ (

Les fêtés de Noël, maigre le /trouble i i
momentané des affaires financières et <
l'excitation, inattendue d'une menace de <
guerr&ue se sont pas trop ressenties de 1
cet.état de choses, car tous les magasins ]
regorgeaient de monde et la foule en'va-
hissaîi les églises brillaient, dans le
fond des grandes nefs, des couronnes de
cierges, éclairant le divin enfant, endor-
mi sur paille, entre le bœuf et l'âne.'
Tout ce monde paraissait heureux, sur-
tout les humbles, que l'espérance fait
vivre et que les fluctuations de la
Bourse ne peuvent atteindre.
C'est surtout dans la haute société de
la financé et des affaires que l'animation,
en ces jours de liesse, n'a pas été ce
qu'elle est d'ordinaire et au lieu d'y par-
ler bals* dîners et réceptions; il n'était
question que du Venezuela et de la doc-
trine Munroe. –-Cela était très appa-
rent surtout à l'Opéra, ou généralement
les ̃visites s'échangent pendant les en-
tr'a.ctés dans" les loges, délaissées cette
fois. par les abonnés, qui encombraient
les.LCorrï.dp.rs;du. Metropolitan rappelant
l'office du Windsor hôtel, petite bourse
du ,soi.r. des. brockers g!e. la ville, et
l'on pouvait percevoir "lès accords de
l'orchestre ainsi que la fo|x des chan-
teurs flottante dans le tumulte du
brouhaha des conversations et des po-
lémiques soulevées- par le message du

président Çlevelànd. `

Poir la. messe dp Noël, 1-tj, gi-ande ca-
thédrale de àyenué résplendissait
avec rinïïniïjè de ses ï'unjjiergs se reflétant
sur les mjpji du^î^lûi^^l^qués en mar-
bre, j^spe1^ et-- porphyre; ortté,s, d'arabes-
ques '4'or'^ et ,dàns ta tiède «ftnosphère
des ûliagés d'encens et laprofusion de
fleurs ouvrant leurs càlicèa embaumés,
alors,: que toutes les têtes s'inclinèrent
au niomlBntd.e l'Elévation, on entendit
Ja voix ^ur6mën^e;xquise de., la" Melba,
4oat les .accents ̃émus ont monter
,-veig. je Très^Haut sur les, ailes invisibles
des harmonies eélestes î^4.

A la même heure et dans une autre
église française (Saint-Paul), la messe
était-âjiBsi-célébrée en musique et c'est
dans le recueillement profond des fi-
dèles que notre compatriote Plançon a
chanté d'une voix vibrante et sym-
pathique Je crois en Dieu, de notre
g.rand.chanteur Faure, et le duo du Cru-
cifix, Au même auteur, avec un ténor
français tout heureux, j'en suis certain,
de -donner la réplique au populaire ar-
tiste du Metropolitan-Opera-house.

"É'Âniériqùé, ainsi que les autres pays,

n'ëeïiàppéra pas à l'envahissement jour-

n"~happèra pas a l'envahissement jour-

nalier du music-hall, qui devient pour
les théâtres une concurrence de plus en
pfôs désastreuse. Comme tout ce qui se
fait ici &styery great, ces établissements
sont naturellement plus vastes que par-
tout, ailleurs. Voici le Koster and Bial's,
un dés Beuglants les mieux fréquontôs et
les plus suivis de New-York, distancé
par l'Olympia, dont l'ouverture vient
d'àvom lieu dans des conditions de suc-
ces assuré, grâce au concours de notre
ctiarmeuse parisienne Yvette Guilbert,
dànt rapparition à New-York était très
impatiemment attendue.

Ûans: Uimmense artère du Broadway
ebrà. la, hauteur de la 45* rue, où, il y a
quelques années à peine, se trouvaient
énGô're des terrains vagues qui sont de-
venus aujourd'hui l'un des quartiers les
plus animés de New-York, s'élève un
très vaste édifice, dont la façade monu-
mentale déroule ses festons et astragales
de pierre grise sur l'emplacement de
tout un bloc, environ 90 mètres carrés.
Pans rirtténeur de la bâtisse princi-
pal© se trouvent trois salles bien dis-
tinctes le café-concert, une grande ta-
verne brasserie avec orchestre et un
théâtre Ton joue et chante le genre
burlesque très en faveur ici. Un ticket
d'admission vous permet de parcourir le
–-tout, grâce aux galeries du fond, qui
dorment accès dans les trois-salles. Si
\'ous 'voulez bien me' suivre un instant,
nous assisterons à quelques scènes du
ti'fiice's Esrcelsior » joué par une troupe
d'opérette vous verrez plus de jolies
jambes que vous n'entendrez de jolies
voix, spectacle d'ailleurs bien américain,
très gai et fort luxueusement monté
comme costumes et comme décors,, le
tô.ut gôusun ruissellement de lumières
électriques de toutes couleurs donnant
aux satins des mordorations criardes et
aux paillettes d'or d'aveuglantes clartés.
De là.nous passons dans la salle voi-
sine pour y savourer'un. verre de cette
ftière exqmsesque vous ne pouvez boire
qu'ici ou a Munich et nous arrivons en-
fin dans ta grande salle, de café-concert,
une foule compacte se presse, atten-
dant l'entrée- sensationnelle d'Yvette
Guilbertr v
La voici, telles que tes modernes affi-
ches illustrées, de Bac et Willette, l'ont
popularisée, dans sa robe claire, très sim-
ple. en forme de fourreau, modelant les
àvelteïses ^racieuees du corps, les fa-

tfleux gants noirs montant en spirales,
presque à la liaûteur des épaules, for-
rpant avec l'attache du cou un dessin
d'une gracilité de statuette antique. L'at-
titude décidée, les yeux vifs et perçants,
figés comme deux petits diamants, noirs
dans ce masque d'oiseau moqueur, révè-
lent à première vue « quelqu'un».
Mais l'impression première, surtout
pour les étrangers, est encore hésitante,
et ce n'est que lorsque l'éclat de ses yeux
brille et que ses lèvres- s'entr 'ouvrent
au sourire éclairé des blancheurs de sa
bouche qu'on subit le charme irrésistible
de cette diseuse bien moderne dont la
voix aigrelette résonne avec une netteté
parfaite, jusqu'aux extrémités du vaste
music-hall.

En somme plus qu'un succès, un vrai
triomphe, qui, va sûrement se renouve-
ler dans les provinces qu'elle doit pro-
chainement parcourir, à l'expiration de
son traité avec la direction de l'Olympia.

Le frère cadet de William R. Vànder-
bilt vient de faire bâtir dans l'Etat de
North Carolina un magnifique château
de style Renaissance,- qui d'après les
plans et les divers aspects de cette royale
demeure, reproduits cette semaine dans
les journaux de, New-York, doit être
une pure merveille du célèbre, ar-
chitecte. Huât, qui fit ses études premiè-
tes à notre Ecole des beaux-arts de Pa*
iis et qui a présidé à tous les travaux,
qui n'ont pas duré moins de sept an-

nées. ̃'̃ ."̃;̃̃

C'est aujourd'hui, paràît-il, Ta résidence
La plus- somptueuse des Etats-Unis* et des
colonnes entières ne suffiraient pas s'il
fallait vous transcrire ici l'énumêration
des merveilles sans nombre entassées
dans les diverses pièces plus luxueuses
les unes que les autres de ce nouveau
palais des mille et une nuits appelé le
château de Biltmore. ̃̃

L'installation des écuries, la grande
serre d'hiver et la bibliothèque, notam-
ment, défient toute description, fit quand
je vous aurai dit que l'ensemble du do-
maine a une étendue de cinquante mille
hectares, vous pourrez vous faire une
idée de l'aspect grandiose delà construc-
tion principale, des jardins, des parcs,
ainsi que des contrées de chassé ou de
pêche, que le milliardaire américain peut
a son gré faire parcourir à ses invités,
grâce à un service de voitures et de che-
vaux, admirablement organisé, ou, ce
qui est plus américain encore, en che-
min de fer privé, qui part d'un village
miniature, uniquement habité par les
serviteurs, employés, jardiniers du fabu-
leux domaine.

Ajoutez à cela que le pays est merveil-
leux, admirablement situé entre les
montagnes du The Blue Mode et celles
deVAlleghanhy, à trois mille pieds' au-
dessus du niveau de la mer.
M. Geoi'gé Vanderbilt, l'heureux pro-
priétaire de cette unique demeure, est,
pàràît-il, un sage et un' intelligent, pas
gâté du tout par l'amoncellement de tous
ses raillions de dollars qui font perdre la
tête et quelquefois, la 'vie à d'autres.
Jèune encore, il fuit le monde et le ma-
riage. au grarjd désespplrdè-irieiT- des-

partis gui, VôU5,;le. pensez,' nû< fc ifereteri't

pas de vue v i vànt dans seule inti-
mité de ses livres, ou ceUe:de sa fa-
mille, aujourd'hui réunie tout entière à
Biltmore. ̃̃•

̃̃ ̃̃ ̃- ̃̃:

Une superstition fort répandue ici as-
sure aux personnes qui restent debout
de minuit à une heure du matin, pen-
dant la nuit du 31 décembre au 1" jan-
vier, qu'elles verront la fin de Tannée
qui commence; aussi l'animation était-
elle grande dans les principales rues et
avenues de New-York, principalement
dans le Broadway, aux abords du Tem-
ple de la Trinité, dont le joyeux carillon
s'est fait entendre, vers onze heures et
demie. A minuit sorinant c'est à-peine si
on pouvait percevoir les premiers ac-
cents de la chanson «Heureuse année à
toi », car il est d'usage ici de célébrer le
nouvel an aux accords des trompes et
cornets à bouquin, mêlant leurs siffle-
ments aigus aux appels soutenus des
sirènes des nombreux bateaux à vapeur
sillonnant les deux rivières et aux ré-
sonnances lointaines des cloches de la
ville et des églises le tout formant un
indescriptible vacarme aggravé parfois
par quelques coups de revolver

Le décor ordinaire de cette dernière
nuit de l'année, généralement embrumé
du brouillard, s'élevant des rivières
voisines, ou bien encore ouaté des blan-
cheurs neigeuses et durcies par le froid,
̃, avait cette fois un tout autre aspect, car
le temps est resté sec et y if, sous un- ciel
sidér-alement étoile, et' c'est dans l'apo-
théose d'un soleil radieux que s'est levé
le premier jour de l'année nouvelle 1

̃̃̃ l ;v:v;1 1 v.r; ̃•

La saison d'opéra, au Metropolitan
bat son plein en: ce pioment. et, durant la
semaine, qui Ment d;e .s'écouler, nous
avons eu la rentrée de la Melba dans
ZMC!'a.; C.omme .toujo.urs, l'organe mer-
veilleux g.t l'exécution impeccable de la
célèbre cantatrice ont soulevé les ap-
plaudissements d'une salle absolument
bondée, et après la scène delà folie, c'est
à peine si elle pouvait soulever, malgré
l'assistance de tous. ses camarades. les
monceaux de fleurs qui jonchaient litté-
ralement la scène. •-•̃

Les frères de Reszké restent les grands
triomphateurs du moment, et soit qu'ils
paraissent dans le répertoire français,
italien ou allemand, c'est toujours le
même charme, la même perfection et,
par contre, le même succès.

La nouvelle tentative 4e donner une
fois par semaine l'opéra allemand a été
bien accueillie par la colonie allemande,
si considérable à New-York, ainsi que
par les nombreux adeptes du wagné-
risme, et il faut reconnaître que l'ensem-
ble do l'œuvre du grand- maître alle-
mand gagne singulièrenjent à être'' exé-
cuté dans l'idiome dans lequel elle a été
conçue. Mais rintérêtprimordîal, la vraie
attirance de ces soirées sont -dus en
grande partie surtout au talent hors de
pair, à l'autorité et au bras puissant du
prodigieux chef d'orchestre chargé spé-
cialemënt de conduire ce répertoire. J'ai

nommé Anton Seild..

nomi~~ Anton seild, Viçtûr CapouL

Tous les Bureaux de Poste de France
et d'Algérie reçoivent des abonnements

J Figaro.

tonipe fle l'Image étrangère

Londres et New- York continuent leur
guerre pacifiquement caricaturale. En-
lacés dans les bandelettes sur lesquelles
se lisent les énoncés de leurs mutuels in-
térêts, John Bull et Jonathan se mon-
trent le poing avec l'attitude de gens qui
ont entre eux bien trop de rapportscom-
muns pour jamais en venir aux mains
d'une façon sérieuse. C'est du moins ce
que laisse entrevoir le dessin du Puck,
alors que le lion britannique affecte,une
attitude de plus en plus belliqueuse.
Habillé en matelot par le Moonshine, une
épée en chaque main, le bouillant fait
fuir de tous côtés les ennemis qui sédis-
posaient à l'attaquer.

Mais Londres n'est plus uniquement
préoccupé, des attaques de frère Jona- >
than. Les bruits qui ont couru d'un rap-
prochement entre la France et l'Angle- •;
terre ont déjà donné lieu à une interpré-
tation par l'image, et c'est le Punch qui
s'en est chargé. John Bull fait la cour à
la République française, et tous deuxtra-
duisent sous la forme suivante l'impres-
sion qu'ils ressentent,:

« C'est tout de même une femme at-
trayante», observe le premier, alors que
la seconde, également à part elle, dit.:
« Tiens! après tout, il n'est pas si mal. » `
Les journaux italiens consacrent éga-
lement de nombreuses vignettes à' ce
qu'ils appellent les variations de la Tri-
plice. D'abord on voit l'éternelle R. F. à
la crête de coq s'en allant bras dessus
bras dessous avec la Gretchen casquée
qui représente l'Allemagne, tandis que
l'Angleterre, gentil petit matelot, sourit
en montrant des dents plus que britan-
niques puis, changement de front, trois
femmes s'enlacent étroitement R. F.,
Russie, Angleterre, nouvelle Triplice,
tout au moins à l'ordre du jour en ce
quart d'heure l'on fait et défait tant
de combinaisons'.

̃

Après la politique générale,après les af-
faires anglo-américaines, les fêtes du 18
janvieràBerlin,réterneldualismeaustro-
hongrois auquel l'Exposition millénaire
de Buda-Pesth donne de nouveaux pré-
textes à discorde;'les diverses questio ns
allemandes au premier rang desquelles'
la réforme de la Bourse, l'affaire Max
Lebaudy figurée par le Pasquino en un
sucrier contre lequel se trouve liguée la
triplice de la corruption le Pape et les
affaires d'Orient et le toujours noir
royaume d'Erythrée dans lequel, malgré
toutes les dépêches fulgurantes de leurs
gazettes, les Italiens continuent à ne
point voir très clair.

Les fêtes du 18 janvier, a,Berlin,ont été
quelque peu ridiculisées par Die Geissel
de Munich qui, après avoir reproduit la
cérémonie du sacre de 1871 en un des-
sin qui semble évoquer le royaume des
morts, représente, sous forme de' bas-
relief égyptien, les hauts dignitaires ap-
portant au jeune souverain les insignes
par lui rêvés le sceau, l'épée, le globe,
la couronne, le drapeau du nouvel em-
pire. Le Fischietto montre Guillaume,
jaloux de la gloirè de Justinien etde'-Na-

•pbIé,ônV"sbh|é?â'|i't'àv.-aôteT'i><l'A:lIeHîafgrtte^

d'un èôdfeqiyîl unique' niêffie de' feprg-*
senter l'unité de l'empire mieux que^ les
fêtes officielles prussiennes ces der-
niers jours. Il est à remarquer que la
caricature italienne ne manque pas une
occasion de manifester ses sentiments
antiprussiens. D'elle on peut dire hardir
ment qu'elle ne fut jamais pour la Tri-

plice.

Mais, en même temps, voici la gallor
phobie qui va revenir sur le tapis. Le
rappel de M. Lefebvre de Béhaine devait
mettre en joyeuse humeur Fischietto,
Pasquino, Papagalto, Epoca, tous les or-
ganes qui vivent de l'image, puisque
tous sont pour le Quirinal « maître
absolu de Rome ». On peut voir,
ainsi, la R. F. emportant dans ses
bras son ambassadeur afin qu'il puisse
venir s'amuser quelque peu à Paris, du-
rant les fêtes du Carnaval, l'air du Vati-
can n'engendrant point une folle gaieté.
Quant aux fêtes de Nice, c'est une au-
tre affaire', et le Fischietto, en une grande
page qu'il intitule Madame Sans-Gêne,
pièce du Vaudeville, acte I, scène pre-
mière, crayonne une de ces images rouge
et noir dont il a le secret en l'accompa-
gnant de cette légende significative
« Pour avoir eu la chance de trouver
un empereur. cosaqu.e.(\\xi a bien voulu
accéder à ses faiblesses, Madame Mà-
rianne Sans-Gêne se croit en droit d'in-
jurier les dames qui l'entourent, à
commencer par l'Italie, en l'invitant à
assister aux fêtes pour l'annexion (??)
de Nice. Il faut avoir bien du toupet,
ma chère madame » `

Les mots soulignés étant en français
dans l'original italien, on peut juger, par
là, du degré de gallôphobie aiguë" qui va
agiter les crayons italiens durant toute
la période des fêtes niçoises.

John Grand- Carteret.

LA VIE ARTISTIQUE
LES AQUARELLISTES

La fatigue èt la satiété que je signalais
l'autre jour au Cercle Volney se retrou-
vent, tout aussi évidentes, tout aussi do-
minantes, au dix-huitième salon des
aquarellistes.

Faute de s'être renouvelé depuis tantôt
dix ans qu'on l'en supplie, ce groupe
n'apporte que monotonie, que choses
prévues, que refrains d'une' chanson
trop connue.

Le public n'est pas si sot qu'on ne le
pense il s'aperçoit très bien, au bout,
d'un temps plus ou moins long, que, mal-
gré les noms et les xélëbritéê, malgré les
vieux certificats décernés jadis, on ne
lui sert que des articles de commerce
courant, des morceaux de virtuosité ap-
pris par cœur et joués sans conviction.
Et, peu à peu, il se désabonne. Le tour-
niquet se rouille le commerce des éven-
tails et des dessus de boites à bonbons
languit, parce que tous les salons comme-
il-faut en regorgent. Cependant; les con-
fiseurs sont surpris et indignés. 1
Frappés du constraste entre l'agitation
élégante, les compliments à bout por-
tant de la soirée 'd'inauguration ,et
d'invitation et le vide des salles dès le
lendemain, le ralentissement régulier de
la vente chaque année, ils répètent':
« Faut-il aue ce public soit.bête? »

Non, il, n'est pas. bête. Il trouve ses è
gloires un peu paresseuses, voilà tout.
L'exposition des aquarellistes ouverte
hier "est tout ce qu'il y a de plus bril- r
lante. en tant que preuve qu'il lui faut c
se rajeunir ou disparaître.

C'est devenu une exposition de for-
mules, un rayon de spécialités, et l'on ·
se demande presque à quoi bon par-
ler de produits qu'il suffirait de signaler
aux annonces, la saison venue, comme
on signale les pâtes pectorales au temps
des rhumes et les ombrelles au prin-
temps.

Il y aurait l'arrivage d'Espagnoles de
celui-ci; les marines bon teint de celui-
là; le lot de cardinaux de cet autre; de
soubrettes de ce dernier. On mettrait
les prix courants, les soldes et occa-
sions, et' chacun saurait à quoi s'en te- é
nir. Il n'y aurait ainsi ni tromperie pour 1
le public, ni dégoût pour la critique, ni <
froissements pour les artistes.
C'est du reste comme cela qu'on finira s
par procéder si de telles expositions ne (
cessent pas de prendre cet aspect de (
« magasin d'articles nouveaux et ne t
cherchent pas à se régénérer par un c
peu d'art. s

En attendant, que vous dirai-je de <
celle-ci que l'on ne sache par cœur? i
Comme toujours ce sont les deux côtés j
de la médaille. Si les miniaturistes; les i
pourlécheurs de choses agréables et 1
fausses, scènes d'opéra^comique,; por* 1
traits flattés, anecdotes puériles peintes, v
soigneusement avec des couleurs sans a
poison. Là, les rapides, les aquarellistes- 1
saris-s'en-apercévoir. Pif paf J la pp- .1
cîiade. géniale;, le coup du soleil ou .l'eik.
fet de neige « fait avec rien ». et l'on s'en 1
aperçoit L'un ne vaut guère mieux que
l'autre, et mon coeur ne balance guère 1
entre les crânes et les suaves. ]
M. Vibert a mis cette année du jaune ]
d'oeuf dans son eau. On parle quelque
peu de ce nouveau procédé d'un pein-
tre qui aurait été un grand chimiste
peut-être, et même ministre des affairés
étrangères, mais qui ne fut: jamais qu'un
artiste de mince envergure, ne sachant
jamais s'élever au-dessus de l'amusant.
Et encore, je sais des gens que n'amu-
sèrent jamais les cardinaux en goguette
de M. Vibert. Ces gens trouvaient qu'un
cardinal est personne fort vénérable, ou
fort tragique parfois, mais burlesque,
point. Aujourd'hui M. Vibert nous donne
néanmoins une page sérieuse des évê-
quës et des moines rapportant sur la
grève les chasses d'or dans lesquelles
.avaient été exilées de saintes reliques.
Lès moines blancs sont à genoux parmi
les rochers les évêques, debout, bénis-
sent.

La scène pourrait être belle. Il n'y a
ici, aucun sacrifice; tout se voit, dans
cette scène de nuit; tout a une égale im-
portance, et par suite rien n'a de vérita-
ble intérêt. M. Vibert s'est trop habitué
à rechercher la bouffonnerie pour le p u-
blic peu difficile. Le jour où, acteur de
farces dont le rêve. est de jouer une fois
lei drame, il essaye de monter le ton, la
force lui manque. 1

jôn peut, toutefois, lui savoir gré des
efforts qu'il tente pour signaler ;auxar-
tintes des procédés pour rendre leurs s
touvres durables, encore que ce soit bien
.affligeant de penser quecejMnes pages-
.BéEonfc.indesteuctibleBi Eftftni«et te année;
ft[. Vibéft-'à mis de l'œuf dans son eau.'1
Quand viendra quelque artiste pour de
vrai qui fera de l'aquarelle durable avec'
de reau, de l'oeuf, et ^de l'art, tout', sera,
pbur le mieux.'

ee nestpas que nous soyons ennemi
de l'extrême minutie dans la facture,
quand cela correspond à un vrai teinpé-
rament d'artiste et que l'on nous dit
des choses élevées en un langage infini-
ment châtié et épuré. C'est le cas de
M. Boutet de Monvel, de qui les Scènes
pour la vie de Jeanne d'Arc et certains
portraits d'enfants sont d'un homme qui
pense, qui compose et qui ressent avec
supériorité. Cette vie de Jeanne d'Arc est
curieuse, délicate, richement imagée,
après tout ce qui a été dit sur le sujet.
Tout cela est exécuté avec un soin ex-
trême, mais c'est plein de savoir, de goût
et d'émotion. Peut-être critiquerai-je la
page de frontispice, montrant la Jeanne
d'Arc de M. Paul Dubois coloriée au na-
turel et guidant au combat de petits li-
gnards cela frise la romance patrioti-
que, et il faut laisser de telles inven-
tions à ceux qui ne peuvent, comme
1\1. de Monvel, suggérer de grands sen-
timents aux vivants, par la seule évoca-
tion des disparus. ̃

.La conscience et le sérieux de. M.
Lhermitte ne se peuvent contester, et ses
Habituels fusains demeurent, bien que
se répétant avec régularité, ce qu'il y
a de plus coloré et de plus solide dans
son œuvre.

De même, l'habileté de main de' M.
Luigi Loir, et de M.Zuber en tant que
paysagiste, et de M. Rochegrosse en tant
que chef de magasins d'accessoires, ap-
paraissent une foj£ de plus. M. Edouard
Détaille, pour une scène de Napole'on en
cqmpaqiie, a fait une tentative de pein-
ture à la détrempe.. Le procédé semble
pouvoir donner des résultats assez fins.
M. Edmond Yon a montré un sens ingé-
nieux et-très louable des proportions en
envoyant, .certaines aquarelles de petit
format encadrées à plein; l'effet est h eu-
reux et la tentative intelligente.

'Enfin, il faut louer particulièrement I
M. Jeanniot, qui fit. toujours preuve de
pénétrante observation, de goût et de
variété. Quant aux fleurs gravées par
M. Duez, ce sont sans doute choses spi-
rituelles et très légèrement égratignéës
mais ces pièces se justifient-elles abso-
lument- -dans une exposition d' « aqua-
rellistes » '? Fortistes se comprendrait

mieux»; <

J'ai citéLles principales choses dont on
peut dire du bien ou du niai selon son
goût. Mais il n'y a pas grands commen-
taires à faire du reste des exposants:
M. de Penne, avec ses chiens courants,
qui courent toujours M. Lambert, avec
ses chats qui miaulent encore; M. De-
lort, avec ses soubrettes et ses marqui-
ses qui minaudent plus" que jamais
MM Gros, Béthune, Rivoire, Max Claude,
Dubufe, V. Gilbert, Pujol, Lecomte,
etc., etc., dans leurs exercices connus.
Le succès de cette exposition sera au
moins médiocre. Et si, malgré les aver-
tissements; la Société ne fait pas plus
d'efforts, on peut sans grande malice pré-
dire que l'an prochain il sera nul.
Que faudrait-il faire? Le malheur de
toutes les Sociétés, c'estqu'eîlës sont fer-
mées et sentent le renfermé. Il faudrait
-des nouveaux venus, des œuvres inïpor-
tantes, des choses, en un mot, en dehors
de; la production ̃annuelle ou de l'indif-
férent «envoi »/ "̃•"̃•

Peut-être les présents aquarellistes re-

doutent-ils, pour eux-mêmes les nou-
veaux voisinages. Mais alors, pourquoi
veulent-ils que nous ayons la naïveté de
nous intéresser à euxèt de déplorer une
âécadence;méritée ?

Arsène Alexandre.

MOUVEMENT SCIENTIFIQ UE

SOCIÉTÉ' DE BIOLOGIE

Atténuation des toxines par l'électricité. La
cellule nerveuse. Croissance rapide et amai-
grissement par ingestion de corps thyroïde.
Le successeur de/ïyl. Brown-Séquard
au Collège de France, M. d'Arsonval (de
l'Académie des sciences), et M- Charrin,
son préparateur, rendent compte d'une
série d'expériences fort curieuses. Ils
soumettent des ioxmes, des poisons issus
des microbes, à l'action puissante des
courants de haute fréquence: et ces
toxines jusque-là mortelles s'atténuent
au point de devenir parfaitement inoffen-
sives ou, ce qui est plus curieux encore,
au point de= n'être plus que des vaccins
immunisants. Le jour lointain encore
j'imagine– ces messieurs seront assez
maîtres de ce procédé pour l'appliquer à
l'homme, et pour pratiquer la désinfec-
tion électrique à même l'organisme vi-
vant, ils àurqnfeiait faire uii grand-pas
à la théi-àpéutiqûe des maladies micro-'
biennes.Mais, ce n'est là., pour le mo-
.ijient,. qu'un assez ;nébuleùx espoir; j
M. Marinescp, un des jeunes néurplo*
gistes les plus émiflénts de ce temps-ci,
vient de se livrer à une étude d'anatomie
fixe de la cellule nerveuse certaines
lésions observées. à la suite de telles ma-
ladies permettent de reconnaître que
certaines parties de la cellule nerveuse
sont affectées ,h la nutrition, certaines
autres à la contraction des muscles pla-
cés sous sa dépendance. C'est une no-
tion tout à fait neuve et importante, que.
je me borne à signaler rapidement, l'in-
térêt qu'elle, présente pour les gens du
métier devant échapper forcément à la
majorité de nos lectrices.

A noter encore une copieuse et très
documentée communication de M. Bour-
neville sur le traitement de certaines
formes .de l'idiotie, --et du myxœdème par
l'ingestion de glaude thyroïde.

Lorsqu'on fait manger à un enfant
atteint de cette maladie bizarre qu'on
appelle le myxœdème, des morceaux de
corps thyroïde de .cette glande aux fonc-
tions mystérieuses que nous portons au
cou de chaque côté du larynx, on voit la
vitalité du petit malade s'accélérer sin-
gulièrement, son corps grandir, son obé-
sité diminuer, sonlntelligence i s'éveiller
peu ou prou.

̃Déjà bien. d'autres savants– M. Pierre
Marie, notamment -=- s'étaient attachés
à l'étude de ce moyen thérapeutique
extrêmement actif, périlleux même, si
l'on dépasse certaines doses. M. Bôur:
neville s/est contenté d'appliquer la mé-
thode à ses enfants de Bicêtre et de Vi-
try, et de préciser un peu plus un pro-
cédé de traitement très délicat à manier.

MÉDECINE PRATIQUE

Traitement ^es>pûlM"'es par Vacide picrique
Le dô'Eri'ïe^'iiuïnéro'ide la Gazette des
Hôpitaux est consacré à-urië fort intéres-
sante étude de M. le professeur agrégé `
.Tlriéry sur; le* traitement des brûlures
pari 'acide picrique.

taifluestion est d'un intérêt pratique si
constant que je puis la passer sous
silence. •.̃̃•

Sachez donc, vous tous dont les bébés
aiment à jouer avec le feu, et vous aussi
que votre profession expose particulière-
ment aux brûlures,, que l'acide picrique,
en dépit du mauvais renom que lui ont
fait les anarchistes, n'est, dans les condi-
tions la ̃ médecine l'utilise, ni un
explosif dangereux ni un poison bien
redoutable. Son grand inconvénient est
de teindre en jaune serin la main qui le
touché.Son grand avantage est de calmer
presque instàntatément la douleur des
jrûlures, de-permettre aux plaies de se
réparer promptement et à l'épiderme de
recouvrir sans relâche le derme à vil.
Ge sont des propriétés qu'aucun au-
tre agent thérapeutique ne possède à un
pareil degré.

J'ai lu avec d'autant plus d'intérêt et
de .satisfaction.: l'excellent mémoire de
MJThiéry,que depuis bien longtemps je e
connaissais et j'utilisais ces propriétés si
précieuses de l'acide picrique. Je les
avais apprises du docteur J.Chéron, mé-
deciri de Saint-Lazare, qui dès 1 année
1875 il Y ;a vingt et un ans, faisait à ce
suietaufîon-gTès international de scien-
ces médicales de Bruxelles une commu-
nication du plus vif intérêt.

J'ajoute' plus d'un dernps lecteurs
me saura gré ce conseil en cette sai-
son froide que l'acide picrique est de
beaucoup le moyen qui m'a le mieux
réussi dans letfâitementde cet énervant
et insupportable bobo qu'on appelle les
engelures.

Demandez donc à votre pharmacien de
vous;prépârei-un bon litre de solution
saturée à froid d'acide picrique. Cela lui
reviendra a un ou deux sous, verre non
compris. Mais' ne vous plaignez pas s'il
vous fait ftayer la bouteille cinquante
fois plus cher vous ne serez pas volé
tout de rîiême, car le remède est pré-
1 Dr Maurice de Fleury.

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"/1 (41 brodés, nuances. 1 ""5

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1

CERONIQÏÏE FONCIÈRE
26 janvier.

Semaine assez calme, les bons immeubles
se faisant de plus en plus rares sur le mar-
ché. Aussi, pour peu qu'il s'en présente un,
est-il aussitôt très disputé et se vend-il à un
taux se rapprochant toujours très sensible-
ment de ceux que nous indiquions dans notre
dernière chronique comme base de la valeur
actuelle de la propriété foncière.
C'est ainsi que l'immeuble d& la: rire-U,-
borde, 8, mis en adjudication à la séance dq*
la Chambre' des notaires, du mardi 3.1 .• janvier
dernier, sur la mise à prix de 200,000 francs, a
atteint le prix de 372,000 francs^ représentant^
un placement à un taux inférieur à 4,50,0/6'.
A cette même séance nous relevons "deux1"
ventes de terrains qui nous donnent les cours u
suivants
Rue Mozart, 131 1 403m à..ioofr..leruètw
Rue de la Source, 23 2730112 à 44 >
Les occasions de bons placeinents immobi-
liers ne péchant pas par le nombre, ainsi que.
nous venons de le voir, nos lecteurs 'nous sau-
ront d'autant plus gré de leur signaler l'inté-
ressante adjudication à laquelle doit procéder
Me Meignen à la séance de la ^Chambre des
notaires du mardi 4 février prochain..
Il s'agit d'une belle maison de rapport dans
la meilleure partie du XVIIe arrondissement,
rue Jouffroy, no 39 et rue Daubigny' po i&}\
maison d'angle offrant par conséquent. urC.
développement de façade considérable pour la
superficie de l'immeuble: sur chaque rue; .la
façade est en effet de io,m635 avec, àTangle,
un pan'eoupé de 3 métrés, soit au total 42!U272
de façade. ̃ ̃̃
Si l'on considère en. outre que le prix iitoyen?
des loyers- de cet immeuble pour ainsi dire toat.
en façade est d'environ 1,200 fr*^ on è<l!>.Çoit.Be
suite combien I3 location eu est ià,6ii'ie d'au-
Modo texto Modo sonoro
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