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Titre : Oeuvres complètes de Gustave Flaubert ; 13-16. Correspondance. [4]. 1871-1877 / de Gustave Flaubert

Auteur : Flaubert, Gustave (1821-1880)

Éditeur : Club de l'honnête homme (Paris)

Date d'édition : 1974-1976

Contributeur : Société des études littéraires françaises (Paris). Éditeur scientifique

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : 4 vol. : ill. ; 22 cm

Format : application/pdf

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k26958m

Source : Bibliothèque nationale de France

Relation : Notice d'ensemble : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34294076b

Relation : Titre d'ensemble : Oeuvres complètes de Gustave Flaubert

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34566560q

Description : Collection : Club de l'honnête homme

Provenance : bnf.fr

Date de mise en ligne : 15/10/2007

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Title : Oeuvres complètes de Gustave Flaubert ; 13-16. Correspondance. [4]. 1871-1877 / de Gustave Flaubert

Author : Flaubert, Gustave (1821-1880)

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Correspondance 1872 191

Votre dernier livre est toujours inférieur au précédent 1 Que je sois pendu
si ce n'est pas vrai Il admire bien plus Ponsard et Octave Feuillet Lévy est
académique. Je lui ai fait gagner plus d'argent que Cuvillier-Fleury, n'est-ce
pas ? Eh bien, faites un parallèle entre nous deux, et vous verrez comme vous
serez reçue. Vous n'ignorez pas qu'il a [refusé ma copie, il n'a pas] voulu
vendre de Dernières Chansons plus de mille deux cents exemplaires, et les
huit cents qui restent sont dans le grenier à foin de ma nièce, rue de Clichy.
C'est très étroit de ma part, j'en conviens; mais j'avoue que ce procédé m'a
simplement enragé. Il me semble que ma prose pouvait être plus respectée
par un homme à qui j'ai fait gagner quelques sous. [Les éditeurs n'ont jamais
à faire qu'à des enfants. Ils en abusent. Voilà tout le mystère.]

Comme je ne veux plus reparler audit Michel, c'est mon neveu Comman-
ville qui va me remplacer pour liquider ma position. Je vais lui payer l'impres-
sion de Dernières Chansons, [cinq cents francs environ] et puis je me débarras-
serai de toute relation avec lui.

Pourquoi publier, par l'abominable temps qui couxt ? Est-ce pour gagner
de l'argent ? Quelle dérision Comme si l'argent était la récompense du travail,
et pouvait l'être Cela sera quand on aura détruit la spéculation d'ici là, non.
Et puis comment mesurer le travail, comment estimer l'effort? Reste donc
la valeur commerciale de l'œuvre. Il faudrait pour cela supprimer tout inter-
médiaire entre le producteur et l'acheteur, et quand même, cette question
en soi est insoluble. Car j'écris (je parle d'un auteur qui se respecte) non pour
le lecteur d'aujourd'hui, mais pour tous les lecteurs qui pourront se présenter,
tant que la langue vivra. Ma marchandise ne peut donc être consommée
maintenant, car elle n'est pas faite exclusivement pour mes contemporains.
Mon service reste donc indéfini et, par conséquent, impayable.
Pourquoi donc publier? Est-ce pour être compris, applaudi? Mais
vous-même, vous grand George Sand, vous avouez votre solitude.
Y a-t-il maintenant, je ne dis pas de l'admiration ou de la sympathie,
mais l'apparence d'un peu d'attention pour les œuvres d'art ? Quel est le critique
qui lise le livre dont il ait à rendre compte ?

Dans dix ans, on ne saura peut-être plus faire une paire de souliers,
tant on devient effroyablement stupïde Tout cela est pour vous dire que,
jusqu'à des temps meilleurs (auxquels je ne crois pas), je garde Saint Antoine
dans un bas d'armoire.

Si je le fais paraître, j'aime mieux que ce soit en même temps qu'un autre
livre tout différent. J'en travaille un maintenant qui pourra lui faire pendant.
Conclusion le plus sage est de se tenir tranquille.

Pourquoi Duquesnel ne va-t-il pas trouver le général Ladmirault, Jules
Simon, Thiers1 ? Il me semble que cette démarche le regarde. Quelle belle
chose que la censure 1 Rassurons-nous, elle existera toujours, parce qu'elle
a toujours existé. Notre ami Alexandre Dumas fils, pour faire un agréable
paradoxe, n'a-t-il pas vanté ses bienfaits dans la préface de La Dame aux samédias?
Et vous voulez que je ne sois pas triste ? J'imagine que nous reverrons
prochainement des choses abominables, grâce à l'entêtement inepte de la
Droite. Les bons Normands, qui sont les gens les plus conservateurs du
monde, inclinent vers la Gauche très fortement.

Si l'on consultait maintenant la bourgeoisie, elle ferait le père Thiers
roi de France. Thiers ôté, elle se jetterait dans les bras de Gambetta et j'ai
peur qu'elle ne s'y jette bientôt.

Je me console en songeant que jeudi prochain j'aurai cinquante et un ans.

Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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