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le Gibus en question et demande le fameux chapeau. ̃̃ Mylord, dit M. Gibus, vous me voyez au désespoir; vous arrivez trop tard, je viens de vendre le chapeau de ce martyr à un vaudevilliste, M. Siraudin.

L'Anglais prend l'adresse de Siraudin et s'empresse d'aller chez lui soumissionner le chapeau du père Tom; mais Siraudin est inflexible. L'Anglais a offert jusqu'à mille guinées, Siraudin n'a rien voulu entendre. Que faut-il le plus admirer? l'entètement du lord ou le désintéressement de Siraudin.

On m'a dit une histoire qui pourrait bien avoir un peu de barbe, mais je n'essayerai même pas de la raser, je vous la transmets telle qu'on me l'a donnée

Un marinier fit construire des bains quand ils furent achevés, il songea à une enseigne, et voici celle qu'il rédigea

BAINS A 4 SOUS POUR DAMES A FOND DE BOIS

Et il la montra à ses garçons, qui lui rirent au nez; il les flanqua à la porte; après quoi il réfléchit mûrement, et arrivant à penser qu'après tout le public n'était'pas forcé d'être aussi intelligent que lui, il modifia ainsi sa rédaction < ̃ ̃. BAINS A FOND DE BOIS POUR DAMES A 4 SOUS

Les garçons, étant renvoyés, n'avaient plus voix au chapitre de notre marinier mais son épouse cria au scandale. Il prit enfin un parti, et, quelque peu las de la vie, il écrivit

BAINS POUR DAMES A 4 SOUS ET A FOND DE BOIS G. Bourdin.

ENCORE LES IMPOTS VOLONTAIRES

Nous avons reçu beaucoup de réclamations et presque autant de renseignements, a la suite de notre article sur les impôts volontaires. Les réclamations proviennent, pour la plupart, de garçons qui croient que nous avons voulu les attaquer dans leurs moyens d'existence. Ils se trompent. Personne n'acquitte de meilleure volonté, je dirais presque avec plus de plaisir, ces autres contributions indirectes.

Quant aux renseignements, il en est auxquels nous ne pouvons donner de publicité qu'à bon escient. Nos amis nevoudraient pas nous voir tomber dans des pièges. Nos ennemis en riraient trop.

Un ancien confrère de la presse, M. Justin, un homme d'esprit et de bon sens, qui a eu assez de ce dernier pour employer l'autre à faire sa fortune en engraissant ses contemporains, nous adresse une lettre, et nous nous empressons de la publier.

Mais avant, quelques mots encore, et sur M. Justin, et sur ce qui a probablement motivé sa lettre. Nous déjeûnions l'autre matin chez lui. En prenant la carte, nous apercevons au bas le nota bene suivant « L'Administration du Dîner de Paris n'a pas la prétention d'empêcher les consommateurs de rémunérer les garçons, s'il leur plait mais elle punit de 20 fr. d'amende toute parole, tout geste des gens de service ayant trait au pourboire, et elle prie instamment les personnes qui auraient a se plaindre de quelque inconvenance, de la signaler à l'un des comptoirs, où il en sera toujours fait prompte et sévère justice. »

» Elle est bonne, celle-là! s'écria mon compagnon. Garçon, allez nous chercher M. Justin.

Le maître de la maison arrive bientôt.

» Eh bien! lui dis-je, et le service gratuit?-La transition est superbe.

» -Riez, riez, nous dit Ai. Justin, quand j'ai débuté, j'avais mis carrément au bas de mes cartes « Le service est gratuit toute sollicitation, ou toute observation des garçons, ayant le pourboire pour objet, est punie de 20 francs d'amende.»

Mais que voulez-vous, j'ai été débordé.

» C'est égal la transition est brusque.

Pas tant que vous croyez car elle n'est pas la première; quand j'ai vu que ce torrent était plus fort que moi, j'ai voulu essayer de faire la part de l'eau, et voici ce que j'avais mis

» Toute sollicitation ou toute observation des garçons relativement au pourboire est punie d'une amende de 30 francs.

» Cela n'a pas suffi, et ma foi tant pis! j'ai renoncé a faire la guerre à mes dépens.

» Vous voulez dire aux dépens de vos garçons

n- C'est une erreur, c'est bien aux miens; je vous le prouverai dans une lettre que je vous enverrai. » Voici cette lettre

A Monsieur de Tillemessant, rédacteur en chef du Figaro.

Monsieur le rédacteur,

La question des impôts volontaires se montre sous des faces assez diverses pour que j'aie encore mon mot à dire après M. Ch. Joliet, sur cette affaire des pourboires que j'ai voulu résoudre par les faits, et qui m'a coûté assez de soins et d'argent pour que j'aie le droit de vous raconter mes peines et mes labeurs du côté de la question qui peut intéresser ceux que j'appelerai les contribuables de MM. les garçons de café, de restaurant, de bains, des académies de coiffure, etc. Je m'étais imaginé qu'une des plus piquantes innovations essayées par moi au profit des gens comme il faut, auxquels je dédiais le Diner de Paris, serait la suppression de cet abus énorme, monstrueux, qu'on appelle le tronc. Il me semblait que la dignité des serviteurs du public gagnerait autant que le puhlic lui-môme à voir disparaltre cet état de quasi-mendicité qu'acceptent les employés de tous les établissements publics, vis-à-vis des habitués. En ce qui touche les patrons, j'imaginais que leur dignité était intéressée au plus haut point à ce qu'on ne pût les accuser, et non sans cause pour quelques-uns d'entre eux, d'avoir leur part dans cette sorte d'clémosyne que l'homme satisfait et parfois même mécontent se creit obligé d'ajouter au prix fixé par les tarifs locaux.

Ici, j'ajouterai qu'il n'est peut-être pas exact, littéralement parlant, de dire qu'à Paris, les garçons paient les chefs d'établissement, pour avoir le droit de servir leurs habitués; mais, ce qui est vrai, c'est que le tronc des pourboires n'est presque jamais affecté intégralement aux services que le public entend rémunérer. Ainsi aux garçons de salle dont le consommateur a cru devoir payer les petits soins et la politesse, il faut ajouter un certain nombre de parties prenantes qu'il n'aurait jamais soupçonnées. Tantôt ce sont les garçons d'office et les sommeliers qui sont payés par des parts de l'offrande en gros sous, qui se décompte chaque soir en présence et sous le contrôle des intéressés. Tantôt c'est le gaz de la maison qui est payé aux dépens du tronc des salles; dans quelques maisons, une part, deux parts quelquefois de la petite recette du jour sont affectées à la maîtresse de la maison pour son coiffeur, ses rubans et ses dentelles et ne croyez pas que ces parts soient minimes. Dans les bonnes maisons et dans les bonnes saisons, une part de tronc produit de deux cent cinquante à trois cents francs par mois, et ici je ne parle pas des primes et rémunérations spéciales qu'on paie en certains cas aux garçons, qui utilisent le droit de conseil que leur accorde la "pratique, à faire passer comme le plat le plus frais du jour, les rossignol* les plus pressés de quitter leur cage de glace et de plomb.

Je reviens a mes idées de croisade contre le pourboire lors de mes débuts dans l'art difficile, non pas peut-être de bien nourrir le public, mais de discipliner ceux qui le servent, en rendant à leur position que l'usage du pourboire me semblait avoir entamée quelque peu. Je me disais qu'en payant ses garçons et en dispensant le public de les payer à sa place, un chef d'établissement rendrait un véritable service au monde des consommateurs. Je trouvais qu'il était peut-être bien d'appliquer le tact incontestable des dames de comptoir et leur vigilance si connue à autre chose qu'à la combinaison de la monnaie à rendre, aux uns en pièces blanches sans billon, pour élever leur générosité à un diapason voulu, aux autres en simples sous, menaçants pour les porte-monnaie du jour et, pour cette cause, destinés à rentrer de suite dans la caisse d'où on vient de les tirer.

Je croyais encore que les garçons payés par la maison et débarrassés du vil souci de ne pas faire chou blanc avec la pratique dont ils guettent le départ, serviraient tous et chacun avec un soin plus égal. Enfin il m'avait semblé quesi les omnibus obtiennent un service régulier, avec des tarifs affranchis de toute taxe additionnelle; que si les pâtissiers vendent leurs gâteaux et leur vin de Madère, sans le supplément de l'offrande au tronc, il était tout simple qu'on pût dîner chez moi dans les mêmes conditions où l'on avait l'habitude de collationner chez Félix ou chez les frères Iulien. Je m'étais trompé, j'en dois faire l'humble aveu, en disant que mon erreur m'a coulé tout juste l'argent que j'ai donné à messieurs mes garçons, à la condition qu'ils n'accepteraient aucune rémunération des consommateurs, c'est-à-dire environ 1,500 francs par mois pendant près de deux ans. Faut-il accuser de ce résultat les garçons eux seuls? non, certes, et avec tout le respect que je dois au public et que je professe hautement pour mes habitués en particulier, je dois vous dire que les mille et une ressources des Ouinola et des Figaro n'ont jamais manqué à mes serviteurs pour faire comprendre qu'ils étaient toujours prêts à risquer une amende de vingt francs pour recueillir deux sous, les consommateurs, de leur côté, pour le plus grand nombre du moins, se sont crus obligés à compromettre autant qu'ils l'ont pu ceux qui les servaient, en tentant leur cupidité, assez bonne diablesse, par les plus ingénieux artifices; tantôt en creusant le bout d'un petit pain, où s'insérait une pièce de cinquante centimes tantôt en laissant couler au fond du rince-bouche deux ou trois décimes qu'on n'y laissait pas, si salis qu'ils pussent être par le bain étrange qu'on leur faisait prendre. Je vous l'ai dit, j'ai poursuivi cette lutte absurde pendant deux ans. Un beau jour, j'ai dû y renoncer. J'ai pensé qu'il y avait de ma part excès de candeur à payer seul, dans Paris, des serviteurs que, malgré moi, le public s'obstinait à payer en partie double, et de les laisser faire ainsi deux récoltes pour une. Cette révolution, opérée du soir au matin s'est faite avec plus de calme que je n'aurais pu l'espérer et désormais, je n'aurai plus la crainte de voir un de mes

amis de quarante ans se brouiller avec moi parce que j'avais frappé d'une amende un garçon qui acceptait ses libéralités, à la charge de lui faire servir exclusivement les ailes de volaille, en réservant aux dames les pilons ou les carcasses. Cette lettre est déjà bien longue, je suis néanmoins tenté de vous dire encore que, dans les notes que j'avais recueillies sur cette question du pourboire, se trouvait un état assez curieux de ce que coûte à nos contemporains, qui vivent hors de chez eux, ces libéralités de chaque jour. Paris et la banlieue compte 22 à 25,000 garçons de restaurant ou de café, qui perçoivent en moyenne 900 francs chacun de ce qu'on appelle leur part de tronc. Ci, environ 25,000,000 5,000 garçons de bains ou garçons coiffeurs,

chacun 900 francs. 4,500,000 5,000 cochers de voitures de places ou de re-

mises, à 1,500 francs. 7,500,000 600 ouvreuses de loges a 1,000 francs. 6,000,000 200 ouvreurs de portières a 400 francs. 80,000 40,000 cuisinières (pourboire donnés par les

fournisseurs à 360 francs au minimum). 14,400,000 50,000 portiers a 601) francs. 30,000,000 4,000 charretiers, porteurs de charbon de

bois, etc. à 1,000 fr. 4,000,000 Facteurs de la poste (étrennes) 500,000 J'en passe, et probablement des pires, ce

qui n'empêche pas les chiffres ci-dessus de donner un total de quatre-vingt-douze millions 700,000 francs. Total 92,7C0,00O

Recevez, mon cher directeur, etc.

Le Directeur du Dîner de Paris.

BOUFFES PARISIENS

M. Offenbach ouvre un concours de composition à son théâtre, et appelle à lui tous les jeunes musiciens à l'exclusion de ceux qui ont eu soit un ouvrage représenté à l'Opéra-Comique, soit plus de deux actes. joués au Théâtre-Lyrique. Voila certes un concours sérieux, puisque le seul privilége que puisse invoquer un musicien de mérite, c'est celui d'être inconnu. Nous applaudissons, sans réserve aucune, à l'initiative prise par le directeur des Bouffes-Parisiens, et nous nous empressons d'ouvrir les colonnes du Figaro au travail qu'il nous adresse à ce sujet.

C'est un coup d'œil rapide et historique sur la marche de l'opéra-comique en France.

11 y aurait bien des choses à dire là-dessus, et, en. sa qualité de directeur et de compositeur, M. Offenbach ne les a pas dites. Armé du goupillon de la bienveillance, il s'est contenté de donner de l'eau bénite de cour à tous ses confrères. Jamais, dans le Figaro, ils ne se seront vus pareille fête mais, présentés par notre ami Offenbach, ils deviennent aujourd'hui nos hôtes. Nous laissons la parole au directeur des Bouffes Parisiens

̃•̃̃̃• H. de v.

CONCOURS POUR UNE OPÉRETTE EN UN ACTE

L'opéra-comique est une création éminemment française, Bien que formé à l'imitation de l'opéra bouffe italien, dont l'ergolèse a personnifié le genre au milieu du siècle dernier, il en diffère par le tempérament de la nation, qui, en l'adoptant, se l'est approprié. Où l'Italien donnait carrière à sa verve et à son imagination, le Français s'est piqué de malice, de bon sens et de bon goût; où son modèle sacrifiait exclusivement à la gaité, il a sacrifié surtout à l'esprit,. Rien n'est plus dissemblable au fond que Pergolèse, ses successeurs et Grétry, que Cimarosa et Boïeldieu. Il est pourtant hors de doute que l'œuvre des maîtres italiens fut l'idéal que se proposèrent les deux maîtres français; seulement chacun, en imitant, y mit du sien Grétry, son naturel et son génie; Boïeldieu son esprit et son cœur.

La ligne de démarcation s'établit si vite et si complètement entre l'opéra-comique et l'opéra-buffa, que l'italien Duni, l'émule et un moment le rival de Pergolèse, se fait, à son insu, Français en écrivant en France. L'auteur du Chasseur et la Laitière est plus près de Philidor, l'auteur du Maréchal, que des musiciens de son pays.

L'opéra-comique, en effet, qu'est-ceautre choseque le vaudeville chanté?Le mot lui-même l'indique œuvre gaie, recréative, amusante. C'est ainsi que l'ont compris et pratiqué les maîtres qui en furent les illustres pères. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un coup d'œil rapide sur ce chapitre spécial de l'histoire musicale.

§1 I

Le premier opéra-comique, vraiment digne de ce nom, Blaise le savetier, de Philidor, fut représenté à la foire Saint-Laurent, le 9 mars 1759. On y trouve le germe ries qualités qui devaient caractériser le genre, et qui se déve-