BELLEGAMBE BELLEGARDE
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vent de la Saincte-Croix, etc. Douai, 1633, in-4,
p 142). Dans la suite, Bellegambe est complètement
oublié, ses œuvres méconnues à Douai même, et il faut un
hasard, la découverte d'une pièce d'archive par M. Alphonse
Wauters en 1862 dans la bibliothèque de Bruxelles, pour
ressusciter l'auteur du retable d'Anchin. Bien des points
sont encore ignorés dans l'histoire de sa vie. On sait qu'il
était l'unique fils du premier mariage de Georges Belle-
gambe, cayelier ou fabricant de chaises à Douai, dont la
famille occupait depuis longtemps une assez belle situa-
tion parmi la bourgeoisie marchande de la ville. Quand
est-il né? où s'est passée la première partie de sa vie? On
en est réduit aux conjectures. Il est probable qu'il a
voyagé en Italie les fonds d'architecture de ses tableaux
sembleraient le prouver. En 1504, nous le trouvons tout
à fait installé dans sa ville natale, et marié à une des filles
de Jean Lemaire, craissier ou épicier en gros à Douai. A
partir de ce moment jusque vers 1533, il ne parait plus
avoir quitté la ville. 11 y tient un certain rang de bour-
geois aisé, possesseur de quatre ou cinq maisons, et comme
peintre est chargé par le magistrat ou les corporations
religieuses, en particulier par le chapitre de la collégiale
Saint-Amé, de presque tous les travaux importants qui s'y
font pendant près de trente ans. On trouvera le détail de
ces travaux dans les monographies spéciales relatives à
Bellegambe. Il est bon de remarquer que beaucoup d'entre
eux rentrent dans ce que nous appelons aujourd'hui l'art
industriel. Parmi les oeuvres de peinture proprement dites,
citons d'abord des peintures murales pour le chœur de la
collégiale Saint-Amé, sa première œuvre connue (1509-
1510) un retable pour l'autel de Saint-Maurand, patron
de la ville, dans la même collégiale (1523-1530); le
retable de l'Immaculée Conception dont les volets sont
aujourd'hui au musée de Douai, commandé par la famille
Pottier pour le couvent des Cordeliers et terminé en 1526;
enfin un retable représentant la Mort et les miracles de
saint Dominique, fait à la requête de Marguerite Oudart
pour la tombe de son mari, Nicolas de la Papoire (mort en
533), dans l'église des Dominicains. C'est la date extrême
où l'on trouve mention du nom de Bellegambe. Que fit-il
ensuite? quand mourut-il? on l'ignore.
Les œuvres authentiques qui nous ont été conservées
sont peu nombreuses. Le retable d'Anchin est regardé jus-
tement comme son chef-d'œuvre. C'est un grand tableau
polyptique à neuf panneaux, dont deux volets mobiles au
centre laissent voir, selon qu'on les ouvre ou qu'on les
ferme, à l'extérieur l'Adoration de la croix ou l'Eglise de
la terre, à l'intérieur l'Adoration de la Sainte Trinité ou
l'Eglise du ciel vaste ensemble aussi imposant par la
profondeur de la conception théologique que par la richesse
de l'ornementation et la beauté du coloris. Exécuté pour
Charles Coguin, abbé d'Anchin de 1511 à 1546, et placé
autrefois au maître-autel de l'église de l'abbaye, ce magni-
fique tableau fut dispersé penilaut la Révolution, puis
reconstitué pièce à pièce par le docteur Escallier qui l'a
légué à l'église Notre-Dame de Douai. Deux triptyques
représentant le même sujet que le panneau central du
retable d'Anchin, la Sainte-Trinité, et faits tous deux
pour Jacques Coène, abbé de Marchiennes de 1501 à
1542, dont l'image figure à chaque retable sur un des
volets, appartiennent l'un au musée de Lille (autrefois au
docteur Tesse), l'autre au curé d'Oisy-le-Verger (Pas-de-
Calais). Le musée de Lille a de plus une des meilleures
œuvres de Bellegambe, le Bain dans le sang du Christ,
triptyque symbolisant la Rédemption. Au musée de Douai,
il n'y a qu'une œuvre authentique, les volets du retable de
l'Immaculée Conception: deux volets provenant du tom-
beau deNicaiseLadam en l'église Saint-Jean de Ronville à
Arras, qui lui ont été attribués sans preuves suffisantes,
ne paraissent pas de sa main. Dans la cathédrale d'Arras
sont deux beaux triptyques, l'Adoration des mages et le
Crucifiement, que M. Woermann regarde comme ses chefs-
d'œuvre. Au musée de Berlin, triptyque du Jugement
dernier, n° 641, autrefois attribué à Lancelot Blondeel et
qu'on a restitué depuis à Bellegambe.
Venu après l'admirable éclosion des primitifs flamands
du xv. siècle, Bellegambe est comme Gossaert, comme
Lancelot Blondeel et quelques autres, un de ces artistes
intermédiaires, nés aux confins de deux époques, qui tout
en conservant certaines des qualités de l'ancienne école,
annoncent déjà l'esprit nouveau, forment le lien entre
Memling et Van Orley. Toutefois parmi les précurseurs de
la Renaissance il a une physionomie à part: s'il ressemble
à Gossaert et à Lancelot Blondeel par son goût pour l'archi-
tecture compliquée, pour les somptuosités de l'ornementa-
tion à l'italienne, en revanche il est resté plus qu'eux
profondément chrétien. C'est l'artiste catholique par exc: 1-
lence. Il semble avoir aimé à traiter des points de dogme,
à les illustrer sous forme symbolique avec toute la subti-
lité d'esprit d'un homme de la Renaissance: de là, grande
abondance de cartels, d'inscriptions qui peuvent aider
parfois à le reconnaître. Il fait de la peinture presque en
théologien. Son dessin est d'ordinaire un peu mou; mais
la vivacité et la douceur harmonieuse de son coloris jus-
tifient pleinement son surnom de Maître des couleurs.
Le portrait de Bellegambe figure dans un précieux recueil
de dessins au crayon et à. la sanguine conservé à la biblio-
thèque d'Arras tn0 266 du catalogui), avec cette inscrip-
tion en caractères du xvi8 siècle « Maistre Jehan
Bellegambe, paintre excellent. » La physionomie un
peu triviale, mais vive et animée, révèle une intelligence
ouverte, un esprit ingénieux et fin. Un certain nombre de
ses descendants ont été peintres comme lui. On montre au
musée de Douai des œuvres de Jean et Vaast Bellegambe,
ses petit-fils et arrière-petit-fils. Paul Leprieor.
BIBL. Guichardin, Description de tout le Païs-bas
Anvers, 1567, p. 132, in-fol. Vasari, éd. Milanesi,
t. VII, p. 583. A. Wauteus. Jean Bellegambe de Douai;
Bruxelles, 1862, in-8.– A.Preux, Résurrection d'un grand
artiste Douai, 1862, in-8, avec portrait (Extr. des Souve-
nirs de la Flandre wallonne, 1862, t. II, pp 81 sq.).
F. BRASSART, Jean Bellegambe, auteur du tableau de
l'Immaculée Conception (Ibid., 1863. t. III, pp. 162 s.j.)-
EsCallier, L'Abbaye d'Anchin; Lille, 1852, in-4 (gravure
du retable avec volets mobiles). Dehaiskes, Etude sur
le retable d'Anchin; Arras, 1860, in-4, même gravure
(Extr. de L'art chrétien en Flandre. A paru à part dans la
Revue de l'Art chrétien, t. IV, t860). Asselin et
Dehaisnes, Recherches sur la vie et l'œuvre de Jean
Bellegambe (Revue de l'art chrétien, t. VI, IS62J. Des
mêmes, Recherches sur L'art à Douai, 1864, in-8. A.
CAHIER, Fragments de peintures du xvi« siècle placés
en juillet 1863 au musée de Douai (Mémoires de la
société d'agriculture, sciences et arts de Duuai, lSii3,
2' série, t. VII). H. Hymans, Notes sur quelques œuvres
d'art conservées en Flandre et dans le nord de la. France
(Bulletin des commissions royales d'art et d'archéologie,
1883). MICHIELS, Histoire delà peinture flamande, t. 'IV,
pp 150 sq., 2" éd. -Biographie nationale belge, t. II (ar-
ticle de A. Wauters); Bruxelles, in-8.– S:ret, Diction-
naire des peintres.
BELLEGARDE. Com. du dép. de l'Ain, arr. de Nan-
tua, cant. de Chàtillon-de-Mirhaille, au confluent du
Rhône et de la Valserine 1,725 hab Station du chem.
de fer P.-L.-M., ligne de Culoz à Genève, embranchement
sur Bourg et sur le Bouveret. Bureau de douanes. Belle-
garde, qui n'était au commencement du siècle qu'un petit
hameau de la commune de Musinens, a pris, surtout dans
ces dernières années, une importance industrielle considé-
rable. Autrefois la Perte du Rhône et celle de la Valserine
attiraient seules à Bellegarde des touristes et des géoligues.
Après avoir contourné la montagne de Crêtd'Eau, le Kliône
se rétrécit dans un lit profondément creusé, au point de
n'avoir plus sous le pont de Grésin que quinze pas envi-
ron de largeur; à deux kil. plus bas, il pénétrait dans les
rochers et y disparaissait complètement. La Valserine,
également profondément encaissée entre des roches cal-
caires, disparait à plusieurs reprises dans des crevasses,
se précipite dans d'étroites et profondes fissures et repa-
rait un peu plus loin. Aujourd'hui la perte du Rhône
n'existe plus à proprement parler le lit du fleuve est
partout à découvert. En 1871, la Compagnie hydrau-