_̃ 85 BELLECOUR BELLE-FLEUR
5 août 1799, était fille d'un ancien capitaine d'artillerie
d'une famille noble. On ne sait comment elle se trouva
séparée de sa famille et, à l'âge de treize ans, aux mains
d'un comédien de province qui lui fit prendre son nom de
Beaumenard et sa profession. Toujours est-il qu'en 1743,
elle vint, amenée par lui, débuter à l'Opéra-Comique de
la foire Saint-Germain, alors dirigé par le fameux Monnet,
et qu'elle y obtint tant de succès dans le rôle de Gogo
d'une pièce de Favart, le Coq de village, que le sobri-
quet de Gogo lui en resta toute sa vie.
Jolie, spirituelle, espiègle, douée par la nature de
facultés scéniques toutes particulières, la jeune Beaume-
nard ne pouvait manquer de fournir une brillante carrière.
Pourtant, après une année passée à l'Opéra-Comique, elle
retourna en province et s'engagea dans diverses troupes,
entre autres dans celle du maréchal de Saxe, qui,
dit-on, ne fut pas insensible à ses charmes. Après avoir
joué une première fois devant la cour, à Versailles, le
11 mars 1749, elle vint débuter à la Comédie-Française, le
17 avr. suivant, par les rôles de Dorine dans Tartuffe
et de Marton dans le Galant Jardinier. Bien que la
Comédie possédât alors déjà une soubrette de premier
ordre en la personne de M119 Daugeville, le succès de
Mue Beaumenard fut complet dès l'abord et ne fit que s'afler-
mir par la suite. Elle se retira au bout de sept ans, le 3 avr.
1756. Il est supposable que ce fut à la suite d'un coup de
tête causé par une de ses nombreuses intrigues amoureuses,
car Mlle Beaumenard défraya considérablement la chronique
galante de son temps, et l'on connaît, entre autres, sa
liaison avec le compositeur Dezèdes et ses relations avec
le fermier général Danguy, qui se ruina pour elle et lui
fit construire à grands frais le superbe hôtel dans lequel
est installée aujourd'hui la mairie du neuvième arrondis-
sement.
Après une absence de cinq années, durant laquelle elle
avait épousé l'excellent comédien Bellecour, elle rentra à
la ComMie-Française, le 7 avr. 1761, sous le nom de
Mme Bellecour, parles deux rôles de Lisette du Légataire
universel et de la fausse comtesse de l'Epreuve réci-
proque. Elle y retrouva ses succès passés, justifiés par un
talent de premier ordre. Elle riait en scène d'une façon à la
fois si immodérée et si naturelle, qu'elle communiquait
instantanément la gaieté aux spectateurs et les faisait se
tordre dans des accès d'hilarité. Sous ce rapport, elle
était inimitable dans les rôles de Nicole du Bourgeois
gentilhomme, de Zerbinette des Fourberies de Sapin
et de Mme de Martigues de l'Amant bourru. Enfin.
Mme Bellecour joignait à toutes ses autres qualités celle,
bien rare de son temps, d'observer constamment et avec
le plus grand soin le costume de son emploi.
Bien que sa carrière à la Comédie-Française embrasse
un ensemble de trente-six ans, Mme Bellecour fit peu de
création? dans les ouvrages nouveaux, qui, pour la plu-
part, étaient d'un genre qui convenait peu à la nature de
son talent. C'est dans le grand répertoire surtout qu'elle
brillait, particulièrement dans les soubrettes franches et
délurées de Molière et de Regnard. Elle établit pourtant
un certain nombre de rôles, entre autres dans la Gageure
imprévue, le Cercle ou la Soirée à la mode, le Tuteur
dupé, les Valets maîtres, le Bourru bienfaisant, les
Muses rivales, les Courtisanes, le Mariage de Figaro,
les Aveux difficiles, la Fausse Coquette, le Couvent, les
deux Pages, l'Amant bourru, le Vieux garçon, etc. etc.
M"16 Bellecour prit définitivement sa retraite au mois
d'avr. 1791. Elle était alors âgée de soixante ans, et sa
vieillesse devait être bientôt cruellement éprouvée. La
disparition de la royauté, qui lui enleva la pension de
2,000 lianes qu'elle tenait de Louis XVI, les événements
qui 'frappèrent la Comédie-Française et qui lui firent
perdre aussi celle de 3,700 livres que lui avaient valu
ses trente-six années de service-, firent tomber cette
malheureuse femme dans un dénuement lamentable. Dans
cette détresse elle accepta, en 1798, la proposition de
Sageret, directeur du théâtre Feydeau, où il avait /éuni
une partie des artistes de l'ancienne Comédie-Française,
qui lui offrait de reparattre sur ce théâtre. Mais elle avait
soixante-huit ans, elle était presque aveugle, et le public
ne reconnut plus l'artiste à qui il avait dû tant et de si
vives jouissances. Après trois représentations l'essai fut
jugé suffisant, et Mme Bellecour dut renoncer à le pour-
suivre. Retombée dans sa misère, n'ayant pour vivre,
dans la chétive mansarde qu'elle occupait rue Barbette,
que les modestes secours d'un frère qui ne l'abandonna
jamais, elle tomba malade et mourut au bout de quelques
mois. La Comédie-Française possède un joli portrait
de Mme Bellecour, qui lui a été offert en 1818 par
MUo Adèle Pourrier, petite-nièce de M. de Cormeille,
ancien caissier du théâtre. Arthur Pougin.
Bipl.: Lemazuribh., Galerie historique des acteurs du
Théâtre-Français Paris, 1810,2 vol. in-8. De Manne*
Galerie historique des comédiens français de la troupe de
Vollaire; Lyon, 1877, in-8. Almanach des spectacles
de Paris pour l'an Vlll Paris, in-18.
BELLECROIX (Ernest), dessinateur et écrivain cyné-
gétique français, né à Alençon en 1837. De bonne heure
il a fourni des dessins de sujets de chasse à divers jour-
naux illustrés, et en a fait flgurer à plusieurs Salons.
Comme écrivain cynégétique, il débuta dans la Chasse
illustrée en 1869. Promoteur ardent et convaincu de l'in-
troduction des chiens anglais, il a fait en faveur de cette
cause une campagne vigoureuse, et a fini par remporter
la victoire. En dehors de ces articles dans la Chasse
illustrée, dont il est le rédacteur en chef depuis 1873, et
où l'on trouve un grand nombre de gravures sur bois d'après
ses dessins, remarquables par leur vérité ou leur ins-
piration poétique, it a publié: la Chasse pratique (1874);
le Dressage des chiens d'arrêt (1879) les Chasses fran-
çaises, plaine, bois et marais (1880); les Chiem d'arrêt
français et anglais (en collaboration, 1881); Guide
pratique du garde-chasse (1886). Ces travaux révèlent
un praticien consommé et un observateur perspicace, et
leur auteur est considéré comme un des écrivains les plus
compétents en matière de chasse, même par les adversaires
de certaines de ses doctrines. Aussi a-t-il été choisi plusieurs
fois pour juge français dans des expositions cynégétiques
internationales à l'étranger. G. P-i.
BÉLLEDONNE, c.-à-d. Belle-Dame, montagne des
Alpes françaises:, cette belle cime granitique(alt. 2,981 m.)
située à l'E. de Grenoble, domine le Graisivaudan-et la
vallée de la Romanche et forme le point culminant d'un
massif qui porte son nom et qui fait partie des Grandes-
Alpes du Dauphiné (V. Alpes).
BELLE-FLEUR. La belle-fleur, dite aussi chevalet,
chevalement ou châssis à molettes, est l'espèce de chèvre
au haut de laquelle sont placées les molettes servant de
guides aux câbles d'extraction dans les mines. La belle-
fleur doit être établie sur un cadre en charpente offrant
une base assez grande pour que les forces aient toujours
leurs résultantes dirigées dans l'intérieur du cadre et
tombent même à une distance assez considérable de son
périmètre, sinon il sera nécessaire de l'étançonner par
quelques jambes de force prenant leur point d'appui par
exemple contre le bâtiment de la machine d'extraction.
La belle-fleur a encore deux autres conditions à remplir
elle doit avoir une solidité suffisante pour résister aux
efforts exceptionnels ainsi qu'à toutes les secousses et
vibrations sa hauteur doit être assez grande pour éviter
que, par suite de la moindre inattention de l'ouvrier qui
manoeuvre la machine, les cages ne soient portées aux
molettes. Cette hauteur est d'ordinaire d'au moins 10 m.
Souvent la charpente est en bois, mais si le climat est
humide, la construction, qui fatigue beaucoup, se détruit
rapidement et on a construit des charpentes en fer com-
posées de pièces en fer à double T ou à sections circu-
laires, propres à assurer la résistance tout en présentant
une économie de matière. On fait des chevalements en
maçonnerie, formant une tour ronde ou carrée qui prolonge