M HËLIAY
Retie" du Bellay, frère des précédents, né vers la fin du
xve siècle, mort Paris en août 1546. D'abord conseiller
clerc an Parlement, René du Bellay fut nommé en 1528 à
Téyêché de Grasse. S'en étant démis en faveur de Benoit
Taillecorne, précepteur des enfants de France, il administra
le diocèse de Paris pendant l'ambassade à Londres de son
frère Jean (1533-1534). Le 27 sept. 1535 il fut appelé
au siège épiscopal du Mans. Il put s'y livrer à son goût
pour les sciences physiques et pour l'horticulture. Ses jar-
dins de Tourvoye étaient célèbres et on lui doit peut-être
fintroduction en France de la culture du tabac. Il ne
montra pas moins de zèle pour le soulagement des pauvres
il avait fait le voyage à Paris durant lequel il mourut,
pour représenter à François Iw les misères de son diocèse.
On a de lui Missale ad ztsum ecclesite Cenomanensis
(Paris, 1541, in-8. Il y a eu deux autres éditions in-folio
publiées en 1546 et 1548).
.Eustache du Bellay, né au commencement du xvie siècle,
mort à Bellay en Anjou en 1565, neveu à la mode de
Bretagne des précédents. Après la mort de son père René,
fils d'Eustache et de Catherine de Beaumont, il fut élevé
par son oncle Louis du Bellay, archidiacre de Paris, et
étudia à l'université de cette ville. D'abord archidiacre,
puis curé et archiprêtre de Saint-Séverin, il succéda à
Jean du Bellay comme évêque de Paris le 15 nov. 1551,
mais ne prêta serment au roi qu'en 1557. Envoyé au
Concile de Trente il y soutint les droits de l'épiscopat
français. En même temps qu'il s'opposa à l'introduction
des jésuites en France, il fut l'adversaire des protestants.
C'est ainsi qu'en 1559 il déclara Anne du Bourg, qui était
diacre, déchu des ordres sacrés. En déc. 1563, il se
démit de son évêché en faveur de Guillaume Viole et se
retira à Bellay où il mourut. 11 avait publié en 1559 des
Statuts pour son diocèse. Louis Farges.
Birl. Outre les articles 'qui leur sont consacrés dans
les Dictionnaires biographiques, l'histoire des du Bellay est
éparse dans tous les auteurs qui ont écrit sur leur époque.
On peut cependant consulter spécialement Brantôme,
Mémoires des Capitaines français. DE Thou (1. XVI,
XXVI et passim). Amblot DE LA HOUSSAYE, Mémoires,
t. 1. Le p. Nicbroî», t. XVI et XXII. Les Eloges de
Sainte-Marthe. la Bibliothèque Chartraine de dom
Liron. La Bibliographie de LACROIX DU MAINE et
Duvebdier. AUBERY, Histoire des Cardinaux. LE
COURVAISIER, Hist. des èvêques du Mans. David
CLÉMENT, Bib. curieuse, t. III, Hauréau, Hist. lit-
téraire du Maine, t. III, etc.
BELLAY (Joachim du), poète et littérateur français, né
au château de la Turmelière, en Liré, près d'Ancenis
(Loire-Inférienre),vers 1525, mort à Paris le 1er janv. 1 560.
Il était fils de Jean du Bellay, sieur de Gonnor, capi-
taine de quarante hommes d'armes et gouverneur de Brest,
et de Renée Chabot, dame de Liré et de la Turmelière.
Son père était cousin germain de Guillaume, Martin, Jean
et René du Bellay dont nous avons parlé plus haut. Il n'était
donc que le neveu à la mode de Bretagne du cardinal Jean
du Bellay qui l'amena à Rome. Il perdit ses parents d'assez
bonne heure et se trouva ensuite sous la tutelle de son frère
ainé René qui avait hérité de la terre de Gonnor tandis que
lui-même avait eu celle de Liré. René du Bellay étant mort
jeune, Joachim se trouva à son tour chargé des difficultés de
la tutelle de son neveu qu'aggravaient encore les soucis d'une
succession embarrassée. 11 en tomba malade et ce fut eette
maladie qui décida de sa vocation. Renonçant à la poli-
tique et aux armes dans lesquelles plusieurs membres de
sa famille s'étaient illustrés, il résolut de chercher la
gloire uniquement dans les lettres. L'université de Poitiers,
alors une des plus célèbres de France, l'attira et il y ren-
contra Ronsard et Baïf..Dès lors il fut un des membres
de la Pléïade et engagé dans le grand mouvement litté-
raire du milieu du xvie siècle. II avait publié plusieurs ou-
vrages quand le cardinal Jean du Bellay l'appela à Rome pour
en faire l'intendant de sa maison, vers 1550 ou 1551. Il y
resta quatre ans. Diverses causes restées obscures, mais
plus probablement une intrigue amoureuse avec une noble
romaine, le firent revenir en France en 1555. A son
retour, son cousin Eustache du Bellay le nomma cha-
noine de Notre-Dame de Paris. Mais il était parti de
Rome brouillé avec son parent le cardinal deux autres
de ses protecteurs, Henry II et la reine de Navarre, mou-
rurent enfin la princesse Marguerite de France quitta
la cour pour aller régner en Savoie. Lui-même était
devenu sourd et avait vieilli avant l'âge. Toutes ces causes
hâtèrent sa fin et il mourut, âgé d'environ trente-cinq
ans, au moment où il allait être nommé à l'archevêché
de Bordeaux.
D'après' Sainte-Beuve, son premier ouvrage aurait été
un recueil de poésies, dédiées à la princesse Marguerite,
soeur de Henri Il, et parues en 1549. Ce serait pour ce
livre qu'il aurait fait en secret des emprunts à Ronsard,
acte que leur amitié persistante semble démentir absolu-
ment. La Défense et Illustration de la langue fran-
çoise, qui parut le 5 ou le 15 févr. 1550 sous les sim-
ples initiales 1. D. A. B., fat le manifeste de la nouvelle
école. Elle est divisée en deux livres. Le premier, qui
comprend douze chapitres, est consacré à la défense de la
langue française le second est une sorte de portrait
idéal du poète tel que le comprenaient les novateurs.
Ecrit avec chaleur et très juste dans beaucoup de ses
parties, ce livre eut une grande influence bien que l'école
de Marot ait répondu à ses théories par le Quintil
Horatian de Charles Fontaines. L'Olive le suivit de près
et parut probablement en octobre de la même année. C'est
un recueil de sonnets amoureux, forme poétique, née en
Provence, puis développée en Italie d'où du Bellay la
rapporta. Les uns ont prétendu que l'héroïne du livre
était une mattresse imaginaire, les autres qu'Olive était
l'anagramme de son véritable nom Viole. Nous pencherions
plutôt pour cette dernière hypothèse que semble justifier le
fait que les du Bellay connaissaient une famille Viole. En
1653,eneffet, ce fut en faveur d'un Guillaume Violequ'Eus-
tache du Bellay se démit de son évêché de Paris. Trois
ans après le retour de Rome de Joachim du Bellay paru-
rent ses Jeux rustiques (1558, lrB édition) et ses
Regrets. Ces derniers coururent d'abord manuscrits, puis
furent imprimés à Paris, chez Frédéric Morel, en un
volume in-4 (1558). Une nouvelle édition de ces deux
recueils, qui sont certainement l'ouvrage le plus parfait
de Du Bellay, a été donnée récemment (Paris, 1876). Elle
comprend huit sonnets nouveaux découverts par M. Paulin
Paris dans un exemplaire qui avait appartenu à la biblio-
thèque du Roi et publiés par M. A. de Montaiglon.
Joachim du Bellay a encore laissé des lettres et des
œuvres latines. Les dernières forment deux recueils
1° Joachimi Bellaii Andini poematum libri quatuor.
Parisiis, apud Fcderioum Morellum, (4858, in-4); 2°/oa-
chimi Bellaii Andini Poetce clarissimi Xenia seu illus-'
trium quorumdam nominum allusiones (Paris, 1569,
in-4). L'ensemble des poésies latines de Du Bellay a été
recueilli dans les Delieiœ Poetarum Gallorum publiés
en 1609 par Ranutius Grehus (Gruter). Les œuvres de
Joachim du Bellay ont été souvent réimprimées. De notre
temps, M. Ch. Marty-Laveaux a donné une édition excel-
lente de ses oeuvres françaises (Paris, 1866, in-8) et
M. Becq de Fouquières a publié un recueil de ses oeuvres
choisies (Paris, m-12).
Poète délicat et quelquefois puissant, du Bellay est
presque toujours facile, et il a su éviter le pédantisme où
sont tombés quelques-uns de ses amis de la Pléïade, Baïf
en particulier. Nous ne pouvons d'ailleurs mieux faire
que de nous rallier au jugement si sûr et si fin qu'a porté
sur lui Sainte-Beuve « Des images, dit-il, de l'énergie,
de la dignité, du sentiment, telles sont les qualités jusque-
là inconnues qu'on distingue en lui quelquefois et dont
les vestiges révèlent un poète. sa facilité le sauve de
l'enflure pédantesque. Du Bellay a composé des poésies
lyriques où se rencontrent beaucoup de strophes d'un ton
élevé et soutenu. Mais c'est surtout par la grâce et la
douceur qu'il parait exceller, ainsi que l'avaient bien senti