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que Martin Chemnitz, Jean Gerhard et Charnier, s'atta-
chèrent à le réfuter longtemps même après la mort
du redoutable jésuite, on composait encore des Anti-
bèllarmin. Les catholiques, de leur côté, étaient partagés
à son égard entre la reconnaissance des éminents ser-
vices qu'il avait rendus à leur religion et l'aversion que
ses doctrines sur le pouvoir suprême des papes et les
droits des peuples inspiraient aux clergés nationaux qui
avaient retenu un reste d'indépendance, et aux défenseurs
de la souveraineté des princes et de l'autorité des magis-
trats temporels. Ces doctrines sont exposées dans diverses
parties des Disputationes, mais plus spécialement dans.
cellequi a pour titre De summo pontifice capite totius
militantis Ecclesix; dans trois écrits publiés en 1606
contre le gouvernement de la république de Venise, et
contre Fra Paolo Sarpi, son défenseur; dans le livre De
potestate summi pontifias in rebus temporalibus
(Rome, 1610), dirigé contre un évêque catholique d'An-
gleterre, qui, malgré la défense du pape, avait prêté le
serment d'allégeance exigé par Jacques ler à la suite de
la Conspiration des poudres. Ce dernier livre provoqua de
la part de Jacques ler l'Admonitio regis Magnœ Britanniœ
ad principes Christianos; il fut prohibé en France par
arrêt du parlement de Paris; mais le crédit des jésuites le
sauva d'une condamnation plus infamante.
La tendance générale des théologiens jésuites, fort natu-
relle d'ailleurs chez eux, est d'attribuer au pape dans
l'Eglise et, par suite, dans les Etats chrétiens une fonc-
tion et des pouvoirs analogues à ceux que le général
exerce dans leur ordre, et de faire ressortir de lui l'intel-
ligence, la conscience et la volonté de tous. Dans l'ordre
spirituel, Bellarmin acceptait cette conception, sans la
moindre hésitation et avec toutes ses conséquences: il
professe que le pape est l'âme de l'Eglise; sans lui, elle
serait un corps mort; il est un monarque absolu, auquel
une obéissance inconditionnelle est due. Si le pape ordon-
nait de commettre un péché ou défendait de pratiquer la
vertu, l'Eglise serait tenue de croire que les vices sont des
vertus et les vertus des vices mais comme cette hypo-
thèse absurde ne peut se réaliser, le pape est nécessaire-
ment infaillible. Il est supérieur aux conciles généraux, et
il n'est justiciable d'aucune juridiction car il est la source
d'où découle toute juridiction ecclésiastique la juridiction
des évêques n'est qu'une émanation de la sienne.
En l'ordre temporel, Bellarmin s'abstient des formules
aggressives et menaçantes pour l'autorité des princes et
des Etats, employées par les jésuites Azorius, Cornelius a
Lapide, Santarelli et plusieurs autres qui proclamaient
l'omnipotence du pape, prétendant qu'il doit exercer en
toutes matières un pouvoir absolu et direct; qu'il a le droit
de commander aux princes, de les destituer pour leurs
péchés ou leur incapacité, de délier leurs sujets du ser-
ment de fidélité, d'attribuer leurs Etats à d'autres princes,
de les condamner à l'emprisonnement et même à la peine
de mort. Mais, sous des formes mystiques et par voie
détournée, sa doctrine aboutit aux mêmes conséquences
< Le pouvoir spirituel, écrit-il, est au pouvoir temporel
ce que l'esprit est au corps. La chair est placée sous la
direction de l'esprit. Il est vrai que l'esprit n'empêche
point la chair d'exercer ses fonctions naturelles; néan-
moins l'esprit commande à la chair, il la châtie quand il
est besoin, et lui impose des jeûnes et des mortifications
salutaires. De même, le pouvoir spirituel: il ne s'ingère
point dans le maniement des affaires temporelles, tant que
l'ordre supérieur dont il a la garde ne l'exige point; mais
quand cet ordre est mis en péril par les puissances tem-
porelles, le pouvoir spirituel doit les châtier par tous les
moyens qui peuvent présenter quelque efficacité. Si le salut
des âmes l'exige, le pape a le droit de changer le gouver-
nement, de l'enlever aux uns et de l'attribuer à d'autres,
d'édicter des lois civiles et de les abroger, et de juger en
dernière instance les rois et les princes. Bellarmin
affirme aussi qu'il n'est pas permis aux chrétiens de laisser
sur le trône un prince hérétique ou incrédule, s'il veut
amener ses sujets à l'hérésie ou à l'incrédulité. C'est le
pape qui décide sur ces cas et qui déclare si tel ou tel
prince doit étre déposé. Sixte V ayant trouvé insuffisante
l'affirmation indirecte de l'autorité suprême des papes con-
tenue dans la disputatio de Summo Pontifice capite
totius militantis Ecclesice, elle fut mise à l'index, et ce
fut seulement, paratt-il, après la mort de Sixte que
cette censure fut retirée ex Indice probosorum libro-
rum.
Outre ceux qui ont été déjà mentionnés, Bellarmin a
laissé un grand nombre d'écrits. Voici les titres des prin-
cipaux Dichiarazime piu copiosa della dottrina chri-
stiana (Rome, 1603, in-4), ce catéchisme romain est un
des livres qui ont eu le plus d'éditions et de traductions;
il fut prohibé à Vienne en 1775, comme contraire aux
droits de la puissance temporelle Explanatio in Psalmos
(Rome, 1611, in-4); De Scriptoribusecelesiasticis cum
brevi chronologia ab orbe condito ad annum 4643
(Rome, 1613, in-4; Lyon, 1675, in-8): catalogue sans
critique des écrivains ecclésiastiques jusqu'en 1500; In-
stitutiones linguœ hebraïcœ (Turin, 1616, in-8) Admo-
nitio ad epticopum Theanensem, nepotem suum (Paris,
1618, in-12; Wurtzbourg, 1749) sur les devoirs des
évêques De editione latina Vulgata, quo sensu a conc.
Tria, definitum sit ut pro Authentica habeatur (Wurtz-
bourg, 1749, in-4); De translatione imperii: dans ce livre
écrit contre Flacius Illyricus, un des auteurs des Centu-
ries de Magdebourg, Bellarmin prétend que c'est par
l'autorité des papes que l'empire a été transféré (tes Grecs
aux Francs, et ensuite de la famille de Charlemagne à
celle des Othons De Ascensione mentis in Deum per
scalas rerum creatarum, traduit par le P. Bignon, sous
le titre Degrés pour élever son âme à Dieu (Paris, 1701,
in-12); De Gemitu Columbœ, ou Bellarmin écrit qu'une
des choses qui doivent faire gémir les bonnes âmes, c'est
le grand relâchement de quelques ordres religieux. Une
édition de ses OEuvres complètes a été faite à Cologne
(1617-1620, vol. in-fol.), une autre à Venise par les
soins de Maffeo (1721-1728, 5 vol. in-fol.), et une der-
nière à Paris par J. Favre (1873-1874, 12 vol. in-4).
E.-H. VOLLET.
BIBL. FULIGATTI, Vita del cardinale R. Bellarmino;
Rome, 1624, in-4; traduit en français; Paris, 1625. Mar-
cellin Cervinùs, De Vita et moribus Bellarmini Sienne,
1622, in-8. Edouard Coffin (K. C.), De Morte cardinalis
Bellarmini Saint-Omer, 1623. Daniel Bartoli, De Vita
Bellarmini Rome, 1677. Le P. Frizon, jésuite, Vie de
Bellarmin; Nancy, 1708, in-4. L'abbé Daras, Essai
historique sur le cardinal Bellarmin, en tête de l'Explica-
tion des Psaumes; Paris, 1856, 3 vol. in-8.
BELLARI ou BALHARI. Ville de l'Inde anglaise, pré-
sidence de Madras, dans une position stratégique impor-
tante sur le chem. de fer de Bombay à Madras; 53,460
hab. (en 1881), dont 15,000 musulmans et, 3j60O
chrétiens. Climat maisain. Au N.-E. sont les ruines de
Bisnagour. Le district de Bellari a 28,144 kil. q..
et 1,336,696 hab. C'est une plaine déboisée et sans
eau.
BELLART (Nicolas-François), avocat et magistrat
français, né à Paris le 20 sept. 1761, mort le 7 juil.
182fî. Inscrit au tableau des avocats en 1785, il ne fit son
véritable début que sept ans après, devant le tribunal du
17 août 1792. Son éloquence et son habileté arrachèrent
successivement aux bourreaux Mme de Rohan, Dufresne
de Saint-Léon et Lacoste, dernier ministre de la marine
sous Louis XVI. Dans la défense de Lacoste, Bellart fut si
éloquent, que son client dit qu'il l'avait lui même écouté,
comme s'il s'était agi du salut d'un autre. D'aussi
beaux succès plaçaient naturellement Bellart au rang des
avocats entre lesquels Louis XVI dut choisir un défenseur
il fut proposé par Tronchet, et sa jeunesse seule fut cause
qu'on lui préféra Desèze. Après la condamnation du roi,
toute liberté ayant cessé pour la défense, Bellart quitta
Paris et passa les deux années de la Terreur successive-