BELGRAND
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démentir lès prévisions relatives au débouché de l'ouvrage,
en détruisant les travaux en cours d'exécution. Belgrand
devina tout de suite l'influence presque exclusive, mais
jusque-là ignorée, que la constitution géologique du sol
exerce sur le régime des eaux, et le phénomène, dont son
esprit judicieux avait si rapidement déterminé la cause,
fut pour lui le point de départ d'une série d'études appro-
fondies auxquelles il ne cessa de se livrer pendant les quinze
années qu'il passa, comme ingénieur ordinaire, à Montbard
et à Avallon. Dès 1846, il faisait présenter par Arago à
l'Académie des sciences un mémoire intitulé Etudes
kydrologiques dans la partie supérieure du bassin de la
Seine. Cette communication, très remarquée, établit sa
réputation comme savant l'occasion lui fut bientôt offerte
de montrer ses talents de constructeur. La petite ville
d'Avallon, séparée d'une source par un ravin de 80 m. de
profondeur, manquait d'eau; elle n'était pas riche, et un
aqueduc coûte cher. Belgrand risqua un siphon en fonte de
88 m. de flèche et de 0m,16 de diamètre, et, amena ainsi,
à peu de frais, les eaux du rû d'Aillon dans un réservoir
dont la voûte, de 16 m. de rayon, n'avait que Om,ll
d'épaisseur. Tant de hardiesse, jointe à une rare justesse
d'idées, frappa M. Haussmann, alors préfet de l'Yonne,
qui, devenu préfet de la Seine, se rappela l'ingénieur
d'Avallon nommé, en 1852, ingénieur en chef de la navi-
gation de la Seine, le fit passer, en 1854, au service de
la Ville, et le chargea d'étudier les mesures propres à déve-
lopper l'approvisionnement en eau de la capitale. Préparé
par ses études préliminaires, Belgrand fournit, au bout de
trois mois, une belle carte hydrologique' du bassin de la
Seine et un avant-projet que la Commission municipale
accepta, presque sans modifications, et dont elle lui confia
l'exécution.
Paris ne recevait journellement que 90,000 m. c.
d'eau provenant en partie de la Seine, en partie de
l'Oureq, c.-à-d. ou contaminées par des déjections orga-
niques, ou contenant du sulfate de chaux en quantité
excessive; la faible altitude des réservoirs en rendait
d'ailleurs la distribution difficile dans les quartiers élevés.
Belgrand remédia à tous ces inconvénients par les déri-
vations de la Dhuis, sous-affluent de la Marne, et de la
Vanne, affluent de l'Yonne. Un aqueduc de 131 kil.
conduisit les eaux de la première de ces sources dans les
bassins supérieurs d'un réservoir de 100.000 m. c. établi
à 103 m. d'alt., sur les hauteurs de Ménilmontant
un second aqueduc amena celles de la Vanne, après
173 kil. de parcours, dans un autre réservoir construit
à Montsouris (80 m. d'alt.) et cubant 275.000 m.
La capitale se trouva ainsi dotée de 120.000 m. c.
d'eau de sources « pures, limpides, fraîches, arrivant
à une altitude telle que leur distribution, à toute hau-
teur d'étage, se fit par là pente naturelle, sans machines ».
Une double canalisation les réserva pour l'alimentation
privée, laissant aux services publics les anciennes eaux
de la Seine et de l'Ourcq dont le débit fut en outre
accru par les pompes élévatoires établies au pont d'Aus-
terlitz, à Saint-Maur et sur la place de l'Ourcq. L'ensemble
de ce travail colossal avait coûté 100 millions; mais Paris
disposait de 370.000 m. c. d'eau (V. EAU).
La plupart des rues étaient à la même époque privées
d'égouts, et ceux qui existaient, mal construits et d'un
nettoyage difficile, avaient encore leurs débouchés sur les
quais et transformaient la Seine, dans la traversée de
Paris, en un insupportable cloaque. Belgrand, à qui il était
réservé de faire pour l'assainissement de la capitale ce
que M. Alphand devait entreprendre un peu plus tard
pour son embellissement, proposa, des 1856, la construc-
tion d'un réseau qui, embrassant l'ensemble des différentes
voies, attribuait à chacune, suivant son importance, un
ou deux égouts variant, d'après 14 types, entre 5 et 2 m.
de hauteur et construits avec une incroyable légèreté. Les
artères de cette vaste canalisation devaient être au nombre
de trois le collecteur d'Asnières, sur la rive droite sur
la rive gauche, celui de la Bièvre se jetant dans le précé-
dent après avoir traversé le fleuve au pont de l'Alma
enfin le collecteur du Nord, ayant son point de départ au
Pèrè-Lachaise et aboutissant à Saint-Denis. Toutes les
immondices se trouvaient ainsi rejetées à plusieurs kil.,
tandis que d'ingénieuses dispositions et l'emploi de wagons-
vannes permettaient l'entretien régulier et facile de ces
innombrables conduits. Ce projet fut accepté, et la lon-
gueur des égouts qui, en 1856, atteignait à peine 200 kil.,
s'élevait, après la guerre de 1870, à plus de 600 kil.
Malheureusement l'argent manquait, et 390 kil. de lacunes,
exigeant une dépense de 40 millions, existaient encore
sous des voies secondaires. C'est alors que Belgrand,
dans lé but de procurer à la ville les ressources néces-
saires, proposa de remplacer par la vidange à l'égout la
vidange par fosses fixes ou mobiles, et d'imposer aux pro-
priétaires, en échange de l'économie ainsi procurée, un
abonnement aux eaux Paris y aurait d'ailleurs gagné
en salubrité, et l'emploi de ces eaux grasses pour la fécon-
dation des terroirs suburbains aurait pu devenir la source
d'importants bénéfices. La question du « tout à l'égout >
était posée elle a donné lieu à bien des polémiques, et
dix-sept ans après, eUe n'est pas encore résolue (Y.
Egodt).
Ces gigantesques entreprises ne suffisaient pas pour
absorber complètement ce travailleur infatigable l'in-
venteur de l'hydrologie trouva encore le temps de pour-
suivre les recherches qui avaient signalé le début de sa
carrière. Tout le monde sait aujourd'hui combien il im-
porte aux riverains en général, aux bateliers en parti-
culier, de connattre, au moins quelques heures d'avance,
les mouvements ascendants d'un cours d'eau. Chargé du
service hydrométrique du bassin de la Seine, Belgrand,
mettant en œuvre les données qu'il avait recueillies sur le
plus ou moins de perméabilité des terrains compris dans
cette zone, trouva, avec l'aide de M. l'ingénieur Lemoine,
des règles qui lui permirent de prédire trente-six heures,
parfois trois jours d'avance, le niveau qu'atteindrait le
fleuve en un point donné. Ce service d'annonce des crues
a été jugé tellement utile qu'il a été organisé plus tard,
sur des bases analogues, dans les bassins de tous les
grands fleuves de France. Tout ce qu'a fait cet éminent
ingénieur a d'ailleurs eu la même fortune les grandes
villes de l'étranger l'ont plusieurs fois consulté pour leurs
travaux d'édilité, et il n'y a guère eu de distributions
d'eau faites en France sans qu'il y eût contribué par sa
direction ou par ses conseils.
Tels sont, dans leurs grandes lignes, les principaux
travaux que Belgrand put, grâce à sa constitution et à
sa santé exceptionnelles, ainsi qu'au genre de vie qu'il
s'était imposé, mener de front pendant un quart de
siècle toujours levé de très grand matin, il réservait,
aussi régulièrement que possible, la première partie de la
journée au travail personnel dans son cabinet le travail
avec ses ingénieurs, la réception des visiteurs et les tour-
nées de surveillance sur les travaux se faisaient l'après-
midi. Jusqu'à sa dernière heure, il ne prit guère de repos,
et c'est en plein travail qu'une mort presque foudroyante
est venue le surprendre. Il avait été nommé, en 1867, ins-
pecteur général des ponts et chaussées et directeur des eaux
et égouts de Paris. L'activité à la fois patriotique et mo-
deste avec laquelle il s'était occupé d'assurer pendant les
cinq mois du siège et malgré la suppression des ouvrages
extérieurs, le mouvement des eaux, des égouts et des vi-
danges, lui avait valu le 22 janv. 1871 la croix de com-
mandeur de la Légion d'honneur. Le 28 août suivant,
tous les concurrents s'étant retirés devant lui, l'Académie
des sciences le nommait à l'unanimité membre libre en
remplacement de Duméril.
L'oeuvre de Belgrand a été diversement appréciée. On
lui a reproché, comme constructeur, d'abord d'avoir trop
négligé la forme, en n'accordant à ses monuments ni une
saillie, ni une moulure, ensuite et surtout de s'être tenu