BELGIQUE 16
du jeune prince, est un moraliste et un patriote.
Jean Lemaire des Belges (1473-1546) réunit les divers de
caractères littéraires de l'époque; il est à la fois poète, di
historiographe érudit et polémiste ardent; on a dit avec po
raison qu'il prépare à la fois Ronsard et Luther. de
Le xvie siècle produisit d'innombrables pamphlets; au pl
premier rang des pamphlétaires brille Marnix, le « Protée re
littéraire de la révolution religieuse ». Un poète de la se
cour de Marguerite d'Autriche, Louis Desmasures (1515- ti(
1574), traduit en vers français l'Enéide de Virgile. Les in
œuvres historiques de l'époque ont trait spécialement aux 41
dissensions ci'viles et religieuses qui déchirent le pays. Les eu
travaux d'Ensinas, de Jean le Petit, de Pasquier de la d
Barre, de Van Meteren sont en quelque sorte des mémoires h
personnels. Citons aussi les mémoires anonymes sur les
troubles des Pays-Bas de 156S à 1580, publiés de nos jours in
par Blaes et Henne. m
La persécution religieuse fit émigrer une quantité de A
littérateurs, et le mouvement littéraire belge fut trans- d<
porté en Hollande comme l'avait été déjà le mouvement Si
scientifique. De la fin du xvr3 siècle à la fin du xvnie d'
c'est peine si l'on peut citer en Belgique quelques écri- (1
vains flamands de valeur: Poirters (1605-1674) qu'on a G
surnommé le Cats catholique, Hardwijn, Wellekens et le
quelques autres. à
Le xviie et le xvm« siècle n'ont guère produit que des 11
écrivains sans valeur réelle; il y a cependant quelques el
honorables. exceptions Paquot, Christyn, auteur d'une J<
histoire des Pays-Bas jusqu'en 1720, Rapedius de Berg. G
annaliste précis, enfin le prince de Ligne, au dire de L
Mme de Staël « le seul étranger qui, dans le genre français, D
soit devenu modèle au lieu d'être imitateur ». t(
Il se produisit pourtant aux xvue et xviii0 siècles un qi
mouvement fort important, qui fut déterminé par une d
société de jésuites connus sous le nom de Bollandistes. p'
Cette société subsista de 1643 à 1794, et publia une p'
collection connue sous le nom de Acta sanctorum. Elle el
contient la vie de tous les saints du calendrier de l'Eglise U
catholique romaine. Jean Bolland, né en 1596 à Tirle- si
mont, et mort en 1663, entreprit cette œuvre immense, d
et publia en 1643 les deux premiers volumes contenant les
saints du mois de janvier il donna son nom à la société qui, ir
sous ses auspices, continua son œuvre (V. BOLLAN- a'
DISTES). t!
4° Droit. Dès le xive siècle, il existe en Belgique un ta
jurisconsulte célèbre Jean Boatillier, auteur de la Somme n
rurale au siècle suivant,' indépendamment d'un certain q
nombre de professeurs romanistes ou canonistes distin- n
fués de l'université de Louvain, nous pouvons citer ci
P.Wielant,le père du droit national flamand (1439-1519); si
Everardi, président du Grand Conseil de Malines, écrivit d
en 1556 la Topique, dans le but d'indiquer aux jeunes h
gens la source des arguments juridiques. En 1557, un a
premier pas fut fait dans l'étude des sources antérieures s
à Justinien par Pierre Gillès ou jEgidius d'Anvers, qui 1(
édita l'Epitome summm legum, abrégé du code romain r
des Visigoths. En 1534, Viglius d'Aytta publia' le cours
d'Institutes du professeur Théophile, que des Grecs fugi- h
tifs avaient rapporté d'Orient et dont bientôt Jacques de (
Corte ou Curtius, de Bruges, fit une traduction. Mudée q
(1501-1561) fut le chef de l'école élégante pendant son n
professorat, Louvain rivalisa avec Bourges; plusieurs de q
ses élèves illustrèrent des chaires de droit à l'étranger, v
par exemple, M. van Wesenbeeck à Iéna, Vivien à Co- p
logne, Gilkens à Wurzbourg, De Backer et Haneton à L
Bourges, etc. 1
Josse Damhouder (1507-1581) publia avec une égale e
autorité des ouvrages considérables sur le droit criminel, a
le droit civil et la procédure. Les criminalistes belges ne s
furent pas nombreux on ne peut citer au xvïe siècle que s
Baert et Del Rio, et au xviii0 Wynants, qui composa sous f
le titre De publicis judiciis un bon traité sur le droit i
en vigueur. r
La plupart des juristes belges se sont voués à l'étude
des coutumes et des arrêts: on assigne à ce fait des causes
diverses: l'administration espagnole, qui localisait la vie
politique, isolait les Belges et interdisait la fréquentation
des écoles étrangères; d'autre part, le caractère des Belges,
plus porté vers ce qui est d'une utilité visible que vers les
recherches abstraites. Au premier rang de ces coutumiers
se placent: Paul van Christynen (1631) et son fils Sébas-
tien (1617), Zypœus (1580-1644), auteur d'une synthèse
intitulée Notitia juris belgici, G. A. Wynants (1661-
1732), P. Slockmans (1608-1671). Au xvm8 siècle, il y
eut à Louvain quelques canonistes' distingués, Delvaux,
Govaerts et surtout Van Espen (1646-1728), auteur de
Jus ecclesiasticuin universwn.
4" Philosophie. Pour terminer cet aperçu de l'histoire
intellectuelle de la Belgique, il nous reste à dire quelques
mots des travaux philosophiques dus à des savants belges.
Au xnie siècle, l'université de Paris attira plusieurs Belges
dont quelques-uns devinrent des mattres Hugues de
Saint-Victor, Guillaume de Saint-Thierry, l'adversaire
d'Abélard, Gauthier de Mortagne. Thomas de Cantimpré
(127b), originaire du Brabant, traduisit Aristote. Henri
Goethals (1217-1293), dit Henri de Gand et surnommé
le Docteur solennel, enseigna pendant plus de trente ans
à la Sorbonne. Ses œuvres les plus intéressantes pour
l'histoire de la philosophie sont sa Somme de théologie
et ses Quod libeta vulgo aurea. Au xiv° siècle apparaît
Jean de Ruysbroec (1293-1381), prieur de l'abbaye de
Groenendael et mystique célébré. Parmi les professeurs de
Louvain au xvie siècle, nous citerons Boyens, Erasme,
Dorpius, Vivès, tous philosophes à tendances larges et
tolérantes, combattus par Jacques de Hoog straeten Baius,
qui renonce à la scolastique pour ressusciter la doctrine
de la grâce et de la prédestination de saint Augustin,
puis le célèbre Jansenius. Juste Lipse, philologue et érudit,
plutôt que philosophe, étudia la philosophie des stoïciens
et spécialement celle de Sénèque. Signalons encore le car-
tésien Geulincks (1625-1668). Au xvm9 siècle, la, philo-
sophie ne compte en Belgique que deux hommes de quelque
distinction Mann et l'abbé de Nelis.
Il. Période MODERNE (xix8 siècle). La culture.
intellectuelle du peuple belge est restée pou en rapport
avec le développement de son commerce et de son indus-
trie, et nous en verrons les principales raisons en étudiant
la littérature belge de notre siècle. C'est là qu'elles se
marquent avec le plus d'évidence. Mais il faut reconnaître
que les Belges ont fait de louables efforts pour relever le
niveau intellectuel de leurs publications de nombreux
concours, ouverts par l'Etat, par le roi, par des sociétés
savantes, par de riches particuliers même, dans les ordres
de sciences et de travaux les plus divers, ont eu la plus
heureuse influence; des progrès notables ont été accomplis
au xix0 siècle et s'accomplissent encore tous les jours. Les
savants belges voient en grand nombre leur nom franchir
les frontières de Belgique et conquérir en Europe une noto-
riété croissante.
1° Sciences physiques et naturelles. L'astronomie et
les mathématiques ont été cultivées par Adolphe Quetelet
(1796-1874), directeur de l'Observatoire de Bruxelles,
qui a publié la plus grande partie de ses travaux dans les
mémoires de l'Académie des sciences belges il est remar-
quable par la clarté de son exposition et la largeur de ses
vues. La chimie a été dignement représentée en Belgique
par de Koninck qui, après avoir publié quelques études sur
les fossiles de Belgique, s'adonna à la chimie et publia, en
1 871 un Manuel pratique d'analyse chimique fort estimé;
et surtout par Stas, qui,membrede l'Académie deBruxelles,
a été nommé correspondant de l'Institut pour ses recherches
sur la nicotine, ses travaux en collaboration avec Dumas et
ses recherches sur lespoids atomiques des corps simples. Les
physiciensles plus célèbres sont Melsens, chimiste distingué,
inventeur d'un paratonnerre, Glœsener et Plateau ce der-
nier cour ses études d'optique et ses travaux sur la lumière